En dĂ©cembre 2025, la France renouvelait son contrat Palantir pour trois ans. Six mois plus tard, elle le rĂ©siliait. Dites vous que cette accroche nâest pas un coup de théùtre Ă la marge. Câest une sĂ©quence, un feuilleton. En effet, en lâespace de trois semaines, lâEurope a : larguĂ© Palantir au profit dâune pĂ©pite française ; remplacĂ© Google par Qwant au Parlement europĂ©en ; lancĂ© W, son concurrent souverain Ă X ; et obligĂ© lâindustrie tech Ă se prĂ©parer contre la menace quantique. Washington a accompagnĂ© le mouvement Ă sa maniĂšre : en coupant lâaccĂšs Ă ses Intelligences Artificielles les plus avancĂ©es aux ressortissants Ă©trangers. Bref, la souverainetĂ© IA de lâEurope est menacĂ©e.
- La France a rĂ©siliĂ© son contrat avec Palantir six mois aprĂšs lâavoir renouvelĂ©, en faveur de la sociĂ©tĂ© française ChapsVision.
- LâEurope a entrepris des actions symboliques pour rĂ©duire sa dĂ©pendance technologique, comme remplacer Google par Qwant au Parlement europĂ©en.
Le détonateur américain : quand Anthropic coupe les ponts
Les USA Palantir-sur-lâambulance
Pour comprendre pourquoi lâEurope sâest mise en mouvement aussi brutalement, il faut dâabord regarder ce qui sâest passĂ© du cĂŽtĂ© amĂ©ricain.
En effet, le 13 juin, Anthropic a dĂ©clarĂ© quâelle « dĂ©sactiverait brusquement » ses modĂšles dâIA les plus avancĂ©s pour tous les utilisateurs Ă©trangers, aprĂšs que le gouvernement amĂ©ricain lui a ordonnĂ© dâen restreindre lâaccĂšs aux ressortissants non amĂ©ricains pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale. La dĂ©cision nâa pas Ă©tĂ© longuement expliquĂ©e. Elle nâavait pas Ă lâĂȘtre. Câest lĂ tout le problĂšme.
Des milliers dâentreprises, dâinstitutions publiques, dâarmĂ©es et de services de renseignement europĂ©ens utilisent des outils dâIA amĂ©ricains dans leur quotidien opĂ©rationnel. ChatGPT, Claude, Gemini, ces noms sont devenus aussi banals que le Microsoft Office qui tourne dans toutes les administrations françaises. Et, du jour au lendemain, sur dĂ©cision dâun exĂ©cutif amĂ©ricain que personne en Europe nâa Ă©lu, lâaccĂšs Ă ces infrastructures est rĂ©voquĂ©. Sans prĂ©avis. Sans recours.
La question qui sâest posĂ©e instantanĂ©ment dans toutes les capitales europĂ©ennes est simple et vertigineuse : quâest-ce qui se passe demain matin si le robinet se ferme ? Et que sera-t-il fait de toutes les donnĂ©es que ces outils ont traitĂ© : donnĂ©es classifiĂ©es, donnĂ©es fiscales, donnĂ©es sanitaires ? Des donnĂ©es qui, on le rappelle, sont stockĂ©es sur des serveurs soumis au Cloud Act amĂ©ricain, loi qui autorise Washington Ă accĂ©der aux donnĂ©es hĂ©bergĂ©es par des entreprises amĂ©ricaines oĂč quâelles se trouvent dans le monde.
IA et données : un levier géopolitique pour les USA
Dâailleurs, les USA ont dĂ©jĂ utilisĂ© ces donnĂ©es comme levier de pression gĂ©opolitique contre lâEurope. En dĂ©cembre 2025, le rĂ©publicain Marco Rubio, ancien maire pro-bitcoin de Miami et actuel SecrĂ©taire dâEtat amĂ©ricain, a placĂ© cinq personnalitĂ©s europĂ©ennes sous sanctions amĂ©ricaines, dont lâancien Commissaire europĂ©en Thierry Breton, pour avoir « censurĂ© des AmĂ©ricains », comprendre : rĂ©gulĂ© les plateformes tech via le Digital Services Act.
Ces cinq EuropĂ©ens se sont retrouvĂ©s du jour au lendemain interdits dâentrĂ©e aux Ătats-Unis et coupĂ©s de tout service fourni par des entitĂ©s amĂ©ricaines. Visa, le rĂ©seau de paiement, pas le document de voyage, est compris dans la liste. En consĂ©quence, de hauts fonctionnaires europĂ©ens qui ont rĂ©gulĂ© des plateformes amĂ©ricaines se retrouvent incapables dâutiliser une carte bancaire.
La mĂȘme logique sâapplique aux magistrats de la Cour pĂ©nale internationale, dont le juge français Nicolas Guillou, sanctionnĂ© en aoĂ»t 2025 pour avoir participĂ© Ă lâĂ©mission dâun mandat dâarrĂȘt contre Benjamin Netanyahou. Guillou lâa formulĂ© clairement face aux commissaires europĂ©ens Ă Bruxelles :
« Si les juges, les procureurs, les hauts fonctionnaires ont peur de faire leur travail et ne prennent plus les dĂ©cisions quâils devraient prendre, on a quittĂ© le champ de la dĂ©mocratie. »
Le fil conducteur est le mĂȘme dans tous ces cas : les Ătats-Unis utilisent lâaccĂšs Ă leurs infrastructures, financiĂšres, numĂ©riques, physiques, comme instrument de coercition contre des dĂ©cideurs europĂ©ens qui prennent des dĂ©cisions souveraines lĂ©gitimes. Couper Fable 5 et Mythos allait dans cette continuitĂ©.
La souverainetĂ© IA de lâEurope menacĂ©e
Ce que Guillou dĂ©crit pour la justice vaut mot pour mot pour la finance. Christine Lagarde lâa dit lors dâune intervention en avril 2025 devant les institutions europĂ©ennes, puis rĂ©pĂ©tĂ© sur un podcast irlandais :
« Visa, Mastercard, PayPal et Alipay sont toutes contrĂŽlĂ©es par des entreprises amĂ©ricaines ou chinoises. Nous devons veiller Ă ce quâil existe une offre europĂ©enne. »
En fĂ©vrier 2026, la BCE formalisait lâalarme dans un rapport officiel, qualifiant de « forte dĂ©pendance » la situation europĂ©enne vis-Ă -vis des rĂ©seaux de paiement internationaux, une dĂ©pendance qui pose des problĂšmes de « protection des donnĂ©es, de traçabilitĂ©, de rĂ©silience et de concentration du pouvoir de marchĂ©. » La Russie en a fait lâexpĂ©rience en 2022 quand Visa et Mastercard ont coupĂ© leurs rĂ©seaux du territoire russe du jour au lendemain, sur dĂ©cision amĂ©ricaine.
De plus, le dollar (USDT, USDC etc âŠ) est ultra dominant sur les marchĂ©s cryptos. Et les deux tiers des paiements par carte dans la zone euro transitent par des serveurs amĂ©ricains. Lâinfrastructure financiĂšre de lâEurope, comme son infrastructure numĂ©rique et son infrastructure dâIA, appartient Ă dâautres.
Câest le mĂȘme problĂšme, dĂ©clinĂ© sur trois couches. Et câest exactement pour ça que Wero, lâeuro numĂ©rique et la souverainetĂ© IA ne sont pas des projets sĂ©parĂ©s : ce sont les trois fronts dâune mĂȘme guerre.
Acte I : La DGSI claque la porte Ă Palantir
Reprenons lâhistoire de notre Soldat Europe, et de fait, du fantassin France. Câest dans ce contexte dâune IA made in USA omniprĂ©sente que Mardi 16 juin 2026, le Premier ministre SĂ©bastien Lecornu a confirmĂ© que la Direction gĂ©nĂ©rale de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure allait cesser de collaborer avec Palantir. Câest lâentreprise tricolore ChapsVision, qui venait dâintĂ©grer lâindice Next40 la veille, qui travaillera dĂ©sormais avec le renseignement français.
Lâironie du calendrier mĂ©rite dâĂȘtre soulignĂ©e. En dĂ©cembre 2025, Palantir annonçait le renouvellement pour trois ans de son contrat avec la DGSI, prolongeant une collaboration initiĂ©e en 2016. Alex Karp, co-fondateur, saluait « le soutien Ă la France depuis 2016 et Ă la sĂ©curitĂ© du peuple français. » Six mois plus tard : terminĂ©.
La France dĂ©bloque simultanĂ©ment 655 millions dâeuros supplĂ©mentaires pour lâIA via le programme France 2030. Tous les agents publics auront accĂšs Ă un assistant IA baptisĂ© « lâAssistant », alimentĂ© par le français Mistral AI, le site Ameli sera dotĂ© dâun chatbot santĂ©, et une plateforme de donnĂ©es publiques. Lecornu prĂ©vient que la capacitĂ© des ministĂšres Ă utiliser lâIA pĂšsera dans les arbitrages budgĂ©taires de 2027.
Lecornu a été explicite sur la motivation profonde du basculement :
« Nous devons utiliser nos propres outils dâIA. Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dĂ©pendances stratĂ©giques dans le numĂ©rique. On ne peut pas se reposer sur les outils dĂ©veloppĂ©s par des puissances Ă©trangĂšres.»
La France nâest pas seule dans ce mouvement. LâarmĂ©e allemande a dĂ©clarĂ© quâelle nâutiliserait plus Palantir, tandis que le Royaume-Uni rĂ©examine le contrat de donnĂ©es de 330 millions de livres sterling conclu entre le National Health Service et Palantir, Ă la suite de pressions politiques et parlementaires.
Palantir conteste. La société affirme que le contrat renouvelé fin 2025 reste « pleinement en vigueur. » Le bras de fer juridique commence.
Acte II : Le Parlement européen dit non à Google
Depuis le 4 juin 2026, les ordinateurs institutionnels du Parlement européen ont un nouveau moteur de recherche par défaut : Qwant. Lancé en 2013, ce moteur de recherche français remplace officiellement Google au nom de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles des eurodéputés.
Le changement concerne 720 lĂ©gislateurs et des milliers de membres du personnel. Les recherches effectuĂ©es via la barre dâadresse dans Firefox et Edge seront automatiquement acheminĂ©es vers Qwant. Les utilisateurs resteront toutefois libres de modifier ce rĂ©glage.
Le geste est symbolique, personne nâest forcĂ©. Mais la portĂ©e politique est rĂ©elle. Qwant ne possĂšde quâ1 % de parts de marchĂ© en France, et ce chiffre descend Ă 0,5 % au niveau mondial. Actuellement, Qwant repose sur lâindex de recherche de Bing de Microsoft, avec anonymisation totale des requĂȘtes. La sociĂ©tĂ© française sâest toutefois associĂ©e Ă lâallemand Ecosia dans le but de crĂ©er un index complĂštement europĂ©en, appelĂ© Staan, destinĂ© Ă rĂ©duire la dĂ©pendance de lâUE aux entreprises californiennes.
La dĂ©cision sâinscrit dans le paquet « Tech Sovereignty » de la Commission europĂ©enne, qui vise explicitement Ă rĂ©duire la dĂ©pendance aux fournisseurs amĂ©ricains et asiatiques dans le cloud, lâIA et les donnĂ©es. La France va plus loin : elle est en train de faire passer ses postes de travail gouvernementaux de Windows Ă Linux et de remplacer Zoom et Microsoft Teams par lâoutil national Visio.
Acte III : W, le rĂ©seau social europĂ©en qui prĂ©cĂšde X dans lâalphabet
W, le nouveau concurrent européen de X
Le rĂ©seau social W, a lancĂ© sa premiĂšre version publique le mercredi 17 juin 2026. AnnoncĂ© en janvier Ă Davos, W a choisi son nom en clin dâĆil Ă X. La plateforme espĂšre rivaliser avec le rĂ©seau social amĂ©ricain en capitalisant sur la confiance.
W intĂšgre la vĂ©rification dâidentitĂ© obligatoire par scan de document officiel, des donnĂ©es hĂ©bergĂ©es en Finlande et un chiffrement assurĂ© par Proton. Ursula von der Leyen, Antonio Costa, Roberta Metsola, le maire de Londres Sadiq Khan : tous prĂ©sents dĂšs le lancement.
Lâironie nâa pas Ă©chappĂ© aux observateurs. La Commission europĂ©enne a officiellement rejoint la plateforme en annonçant la nouvelle depuis X.
Looking for a new place to debate Europe?
â European Commission (@EU_Commission) June 17, 2026
Follow our account on W, a freshly launched independent social media network â based in Europe and aiming for open, safer online conversations.
Join the conversation â @ https://t.co/TCNVFI3ruXhttps://t.co/8vhVeAJ3vR pic.twitter.com/NYgHU2HInn
« Vous cherchez un nouvel endroit pour dĂ©battre de lâEurope ?
Suivez notre compte sur W, un rĂ©seau de mĂ©dias sociaux indĂ©pendant fraĂźchement lancĂ© â basĂ© en Europe et visant des conversations en ligne ouvertes et plus sĂ»res. (âŠ) »
W Ă©voluera en version bĂȘta jusquâĂ fin 2026. La version complĂšte sera rĂ©vĂ©lĂ©e Ă Davos, en janvier 2027. Le dĂ©fi est colossal. Le rĂ©seau X dĂ©passe la centaine de millions dâutilisateurs quotidiens et son plus grand concurrent actuel, Bluesky, est dĂ©sormais relativement bien implantĂ©, notamment dans le secteur des mĂ©dias.
SouverainetĂ© IA : quand lâEurope surveille en prĂ©tendant protĂ©ger
W, câest bien. Mais W implique une vĂ©rification dâidentitĂ© obligatoire. Et câest lĂ que le projet de souverainetĂ© numĂ©rique europĂ©en rencontre son angle mort le plus inconfortable : la tension fondamentale entre protection et anonymat.
Car pour rejoindre W, il faut scanner un document officiel. Pour accĂ©der Ă certains services en ligne, il faudra bientĂŽt prouver son Ăąge via lâapplication europĂ©enne de vĂ©rification. Et le portefeuille dâidentitĂ© numĂ©rique europĂ©en, prĂ©vu pour 500 millions de citoyens dâici fin 2026, centralisera les identitĂ©s numĂ©riques de lâensemble du continent.
De fait, lâEurope construit sa souverainetĂ© numĂ©rique en se dotant des mĂȘmes outils de surveillance que ceux quâelle reproche aux rĂ©gimes autoritaires. Elle prĂ©tend le faire avec de bonnes intentions, protĂ©ger les mineurs, lutter contre la dĂ©sinformation, sĂ©curiser les transactions. Mais une infrastructure dâidentitĂ© centralisĂ©e est, par dĂ©finition, une infrastructure qui peut ĂȘtre dĂ©tournĂ©e, piratĂ©e, ou retournĂ©e contre les citoyens quâelle prĂ©tend protĂ©ger.
Et justement : lâapplication europĂ©enne de vĂ©rification dâĂąge, prĂ©sentĂ©e en grande pompe le 15 avril 2026 par Ursula von der Leyen comme « la plus sĂ©curisĂ©e du monde », a Ă©tĂ© contournĂ©e en moins de deux minutes par un consultant en cybersĂ©curitĂ©. Paul Moore, le chercheur en question, a simplement manipulĂ© des fichiers de configuration locaux pour contourner lâauthentification biomĂ©trique.
Ce qui rend la situation particuliĂšrement prĂ©occupante, câest que cette application est conçue comme un prototype pour le futur portefeuille dâidentitĂ© numĂ©rique europĂ©en. Les failles identifiĂ©es ne concernent donc pas seulement la vĂ©rification dâĂąge, elles pointent vers les fondations dâune infrastructure censĂ©e gĂ©rer lâidentitĂ© de 500 millions dâEuropĂ©ens. La Commission europĂ©enne a maintenu que lâoutil Ă©tait « techniquement prĂȘt », tout en admettant quâil sâagissait encore dâune « version de dĂ©monstration. » Ce nâest pas rassurant. Surtout dans le contexte dâune Europe qui vient de dĂ©cider de centraliser toujours plus de donnĂ©es souveraines.
Acte IV : lâANSSI et la bombe Ă retardement quantique
Sâadapter Ă la menace quantique, une nouvelle norme
Pendant que lâEurope se bat sur les rĂ©seaux sociaux et les moteurs de recherche, une menace avance en coulisses. Ă partir de 2027, lâANSSI cessera de certifier les produits de sĂ©curitĂ© sans chiffrement rĂ©sistant aux ordinateurs quantiques. Les administrations françaises et opĂ©rateurs dâimportance vitale ont jusquâen 2030 pour nâacheter que des solutions dites quantum-safe.
La raison est un scĂ©nario qui a un nom dans les milieux de la cybersĂ©curitĂ© : « Harvest Now, Decrypt Later », rĂ©colter maintenant, dĂ©chiffrer plus tard. Des acteurs malveillants interceptent et archivent des donnĂ©es chiffrĂ©es aujourdâhui dans lâattente de les dĂ©verrouiller dĂšs quâun ordinateur quantique suffisamment puissant sera disponible. Jerry Chow, cadre chez IBM, a situĂ© cette menace au milieu des annĂ©es 2030.
Le problĂšme, câest que lâĂ©tat de prĂ©paration est dĂ©sastreux. En mars 2025, une Ă©tude conduite auprĂšs de 38 bĂ©nĂ©ficiaires avait rĂ©vĂ©lĂ© quâaucun plan de transition nâexistait et que les travaux dâanalyse des risques nâĂ©taient « ni engagĂ©s, ni planifiĂ©s, ni budgĂ©tĂ©s » dans la quasi-totalitĂ© des organisations sondĂ©es. Plus de la moitiĂ© prĂ©sentaient des pratiques vulnĂ©rables aux attaques rĂ©troactives.
LâAnssi prĂ©voit de publier fin 2026 une liste officielle des algorithmes post-quantiques approuvĂ©s pour ses certifications, incluant ML-KEM, ML-DSA, SLH-DSA et FN-DSA. Ce calendrier, plus ambitieux que celui de la Commission europĂ©enne, place la France en tĂȘte de la transition cryptographique sur le continent.
Cryptographie post-quantique et blockchain : lâangle mort de 2030
Le calendrier de lâAnssi a une implication directe pour lâĂ©cosystĂšme crypto et blockchain que personne ne mentionne encore dans le dĂ©bat public. Les blockchains gouvernementales et les registres distribuĂ©s utilisĂ©s par les Ătats membres de lâUE devront remplacer lâalgorithme ECDSA par FN-DSA ou ML-DSA dâici 2029-2030, sous lâimpulsion du rĂšglement europĂ©en sur lâidentitĂ© numĂ©rique.
Or ECDSA, Elliptic Curve Digital Signature Algorithm, câest prĂ©cisĂ©ment lâalgorithme qui sĂ©curise les signatures de transactions sur Bitcoin et Ethereum. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait le casser, exposant potentiellement des millions de BTC dormants sur des adresses dont la clĂ© publique est exposĂ©e on-chain. Et câest une des raisons pour laquelle dans cette guerre Ă©galement : les USA ont dĂ©jĂ investi 2 milliards de dollars, comme nous lâexpliquions dans cet article.
LâAnssi fixe 2027 comme dĂ©but de ses certifications post-quantiques, plus ambitieux que le calendrier europĂ©en. Le message aux administrations françaises est clair : la transition nâest plus optionnelle. Ce qui lâest encore, câest la question de savoir si Bitcoin et les blockchains publiques engageront leur propre migration cryptographique avant que la fenĂȘtre ne se ferme.
LâEurope, (Palan)tir-au-flanc ?
Le paradoxe de la souveraineté numérique en France et en Europe
Au-delĂ des annonces, que nous avons scolairement listĂ©es sans trop nous permettre de commentaire, une rĂ©alitĂ© structurelle saute aux yeux. Qwant utilise encore lâindex de Bing pour ses rĂ©sultats. Mistral AI a levĂ© des fonds auprĂšs dâinvestisseurs amĂ©ricains. W tourne sur des serveurs finlandais mais utilise le protocole AT dĂ©veloppĂ© par Bluesky, lui-mĂȘme fondĂ© par Jack Dorsey. Et les 655 millions dâeuros de France 2030 seront partiellement dĂ©pensĂ©s sur des infrastructures cloud, AWS, Azure, Google Cloud, faute dâalternatives europĂ©ennes suffisamment matures.
Câest le paradoxe de la souverainetĂ© numĂ©rique europĂ©enne : on proclame lâindĂ©pendance depuis des outils dont on nâest pas encore indĂ©pendant. La transition prendra du temps, et les dĂ©cisions prises aujourdâhui sur les standards, les certifications et les investissements dĂ©termineront si lâEurope sort vraiment de cette dĂ©pendance ou si elle change simplement de maĂźtre.
Pour lâĂ©cosystĂšme crypto et blockchain, cette sĂ©quence a des implications directes. Une Europe plus souveraine numĂ©riquement est une Europe plus susceptible de rĂ©guler les actifs numĂ©riques Ă ses propres conditions, comme elle le fait dĂ©jĂ avec MiCA. Et une Anssi qui impose la cryptographie post-quantique Ă toutes les administrations dâici 2027-2030 va mĂ©caniquement accĂ©lĂ©rer la question de la rĂ©sistance quantique des blockchains, une problĂ©matique que nous avons documentĂ©e dans notre article sur les briques technologiques de Bitcoin.
Arthur Mensch devant une salle (presque) vide : le symptÎme le plus inquiétant
On pourrait finir cet article sur une note dâoptimisme prudent : lâEurope sâactive, les dĂ©cisions sâenchaĂźnent, la direction semble claire. Mais il y a une image qui rĂ©sume mieux que tout lâĂ©tat rĂ©el de la prise de conscience politique française sur ces enjeux depuis quelques semaines.
Le 12 mai 2026, Arthur Mensch, brillant cofondateur et PDG de Mistral AI, la seule pĂ©pite europĂ©enne vraiment compĂ©titive face aux gĂ©ants amĂ©ricains dans la course Ă lâIA, Ă©tait auditionnĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale dans le cadre dâune commission dâenquĂȘte sur les dĂ©pendances structurelles dans le numĂ©rique. Câest devant une salle vide quâil a pris la parole. Selon les sources prĂ©sentes, seuls deux dĂ©putĂ©s Ă©taient dans la salle au moment oĂč il a exposĂ© les enjeux de souverainetĂ© IA pour la France. Pas un reprĂ©sentant par groupe parlementaire. Une audition dâune heure et demie sur lâavenir numĂ©rique du pays, programmĂ©e Ă une heure peu propice, devant des chaises vides.
Ce que Mensch a dit mĂ©ritait pourtant dâĂȘtre entendu. Il a posĂ© un cadre radical : lâintelligence artificielle gĂ©nĂ©rative nâest pas un service logiciel, pas un service web, câest une technologie de transformation Ă©nergĂ©tique.
« Nous transformons de lâĂ©lectricitĂ© en gĂ©nĂ©ration de tokens », a-t-il dit aux rares parlementaires prĂ©sents. Une infrastructure stratĂ©gique comparable Ă lâĂ©nergie, pas Ă une application mobile. Et son avertissement sur la dĂ©pendance europĂ©enne : si lâEurope nâa aucune capacitĂ© de production souveraine en IA, elle nâa rien Ă mettre dans la balance face aux Ătats-Unis ou Ă la Chine.
Deux dĂ©putĂ©s prĂ©sents. Sur 577. Pour entendre le patron de la seule IA souveraine europĂ©enne crĂ©dible parler de lâindĂ©pendance numĂ©rique de la France.

La crypto et la blockchain ne sont pas mieux loties dans les hémicycles. Ces sujets sont encore utilisés comme des mots-valises, « blockchain », « IA », « quantique », par des élus qui les mentionnent dans leurs discours sans en maßtriser les enjeux techniques.
Il y a des exceptions : Philippe Latombe, qui prĂ©side prĂ©cisĂ©ment la commission dâenquĂȘte numĂ©rique, est lâun des rares parlementaires Ă suivre ces dossiers avec une rĂ©elle profondeur. Mais ils sont une poignĂ©e.
Guerre des IA : qui sont les prisonniers ?
En trĂšs peu de temps, nous avons Ă©tĂ© privĂ© des derniĂšres versions de Claude, Fable 5 et Mythos. Nous avons remplacĂ© Google par Qwant, larguĂ© Palantir pour ChapsVision, lancĂ© W pour contrer X, imposĂ© la cryptographie post-quantique dâici 2027. Bref, en trois semaines, lâEurope a envoyĂ© plus de signaux de rupture technologique quâen dix ans de discours sur la souverainetĂ© numĂ©rique.
Et pendant quâune salle presque vide Ă©coutait le patron de Mistral avertir que lâIA est devenue une infrastructure aussi stratĂ©gique que lâĂ©lectricitĂ©, lâapplication europĂ©enne de vĂ©rification dâĂąge se faisait pirater en deux minutes par un consultant depuis son bureau. Lâambition est lĂ . LâexĂ©cution, elle, court encore derriĂšre.
Lâarticle Guerre des Intelligences Artificielles : Il faut sauver la souverainetĂ© numĂ©rique du soldat Europe est apparu en premier sur Journal du Coin.