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Alerte de sécurité iPhone (iOS) : cette faille peut exposer vos cryptomonnaies

September 21st 2026 at 15:30

Une alerte de sĂ©curitĂ© vient d’ĂȘtre Ă©mise Ă  l’attention des utilisateurs d'iPhone. En effet, des chercheurs rĂ©vĂšlent une chaĂźne d’exploitation complĂšte capable de dĂ©rober les clĂ©s privĂ©es de vos cryptomonnaies ainsi que les « seed phrases » stockĂ©es sur votre smartphone. On fait le point


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Crypto et impÎts : le fisc français pourrait récupérer des milliards

September 7th 2026 at 11:00

Un rapport de Chainalysis chiffre Ă  9,4 milliards de dollars l’activitĂ© crypto potentiellement taxable en France en 2025. Face Ă  cette masse, seuls 368 millions d’euros de plus-values ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s par 24 000 contribuables l’an dernier. Un Ă©cart abyssal que la directive DAC 8 pourrait bien rĂ©duire dĂšs 2027.

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Ripple : 5 000 € en XRP dont un lot de 3 000 € offerts par Bitvavo

September 6th 2026 at 14:47

L'exchange europĂ©en Bitvavo lance une campagne dĂ©diĂ©e Ă  la cryptomonnaie de Ripple durant tout le mois de septembre 2026. Au total, 5 000 € en XRP sont mis en jeu, dont un premier lot de 3 000 €. Comment participer et gagner ?

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StarkWare teste sur Bitcoin une protection facultative face au risque quantique

September 1st 2026 at 09:00
Une transaction QSB de StarkWare a Ă©tĂ© minĂ©e sur Bitcoin sans modifier ses rĂšgles. Cette dĂ©monstration ouvre une piste de protection anticipĂ©e, mais ne sĂ©curise ni tous les fonds ni l’ensemble du rĂ©seau.

France : 2 millions de propriétaires visés par une nouvelle fuite à la DGFiP

August 14th 2026 at 11:30

À peine 24 heures aprĂšs la confirmation d'un premier piratage, la Direction gĂ©nĂ©rale des Finances publiques (DGFiP) fait l'objet d'une nouvelle revendication. Un cybercriminel affirme avoir extrait les donnĂ©es cadastrales de plus de 2 millions de propriĂ©taires : noms, dates de naissance, adresses et biens immobiliers associĂ©s.

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Agence publicitaire piratée : des milliers de sites exposés aux vols de cryptos

August 13th 2026 at 17:03

Le piratage d’Adform, l’un des poids lourds europĂ©ens de la publicitĂ© en ligne, a entraĂźnĂ© la diffusion d’un script malveillant sur des milliers de sites. Celui-ci pouvait remplacer les adresses Bitcoin, Ethereum et TRON copiĂ©es par les internautes afin de dĂ©tourner leurs cryptomonnaies vers les portefeuilles de l’attaquant.

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Faut-il s'attendre Ă  une nouvelle chute de l'action SpaceX ?

August 5th 2026 at 18:30

Le déblocage de 911,5 millions d'actions SPCX ce jeudi pourrait accentuer la pression vendeuse sur le titre. Alors que les premiers résultats trimestriels de SpaceX ont déjà déçu les marchés, cette fin de période de blocage constitue un test majeur pour l'action.

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Les cartes en stablecoins de l'émetteur français Kulipa cessent de fonctionner - Que se passe-t-il ?

July 31st 2026 at 12:47

Selon certaines informations qui circulent en ligne, l’émetteur de cartes en stablecoins implantĂ© en France, Kulipa, aurait cessĂ© ses activitĂ©s de façon inattendue, mettant un terme soudain Ă  plus d’une vingtaine de programmes en cours. Une situation visiblement bien diffĂ©rente dans les faits, selon les dĂ©clarations de l'entreprise. On fait le point...

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SpaceX : pourquoi l'action pourrait encore chuter

July 28th 2026 at 13:00

L’action SpaceX cote dĂ©sormais 20% sous son prix d’introduction en Bourse. Et le calendrier des prochaines semaines fait craindre une pression vendeuse massive, avec un premier gros dĂ©blocage d’actions le 6 aoĂ»t.

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Ripple obtient son agrément CASP au Luxembourg et donc, son passeport européen

July 6th 2026 at 12:11

Ripple prend ses quartiers europĂ©ens. La sociĂ©tĂ© Ă  l’origine du XRP vient d’obtenir l’autorisation CASP (Crypto Asset Service Provider, prestataire de services sur cryptoactifs) dĂ©livrĂ©e par le rĂ©gulateur luxembourgeois. Elle peut dĂ©sormais commercialiser ses services de paiement crypto rĂ©glementĂ©s auprĂšs des institutions financiĂšres, des entreprises et des commerçants des 30 pays de l’Espace Ă©conomique europĂ©en (EEE). AprĂšs un feu vert prĂ©liminaire dĂ©crochĂ© en juin, l’entreprise bascule en pleine conformitĂ© avec le rĂšglement MiCA.

Points clés

  • Ripple obtient l’autorisation CASP de la CSSF luxembourgeoise et accĂšde aux 30 pays de l’EEE
  • L’agrĂ©ment scelle la conformitĂ© de la sociĂ©tĂ© au rĂšglement europĂ©en MiCA
  • Le portefeuille rĂ©glementaire de Ripple dĂ©passe dĂ©sormais 75 licences dans le monde
  • Ripple rejoint Kraken, Coinbase, OKX et Crypto.com, tandis que Binance peine Ă  obtenir son agrĂ©ment

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Le Luxembourg ouvre à Ripple les portes des 30 pays de l’EEE

C’est la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF), le rĂ©gulateur luxembourgeois, qui a dĂ©livrĂ© cette autorisation CASP. Le sĂ©same donne Ă  Ripple accĂšs aux 30 marchĂ©s de l’Espace Ă©conomique europĂ©en sans repasser par une procĂ©dure dans chaque pays, selon le principe du passeport europĂ©en.

L’agrĂ©ment fait suite Ă  l’autorisation prĂ©liminaire obtenue en juin et scelle la conformitĂ© de l’entreprise au rĂšglement MiCA (Markets in Crypto-Assets), le cadre qui encadre dĂ©sormais les acteurs crypto sur le continent.

Concrùtement, Ripple peut proposer son produit de paiement crypto aux institutions financiùres, aux entreprises et aux commerçants de toute l’Europe.

« Cette autorisation CASP signifie que Ripple entre dans l’ùre post-transitoire de MiCA, entiĂšrement conforme et prĂȘte Ă  se dĂ©velopper. Les institutions avec lesquelles nous travaillons Ă  travers l’Europe cherchent Ă  construire leurs services d’actifs numĂ©riques aux cĂŽtĂ©s de partenaires rĂ©glementĂ©s, et Ripple est agréée et prĂȘte Ă  rĂ©pondre Ă  cette demande. »

Cassie Craddock, directrice gĂ©nĂ©rale Royaume-Uni & Europe chez Ripple – Source : CommuniquĂ©
La société à l'origine du XRP vient d'obtenir l'autorisation CASP (Crypto Asset Service Provider, prestataire de services sur cryptoactifs) délivrée par le régulateur luxembourgeois. Elle peut désormais commercialiser ses services de paiement crypto réglementés auprÚs des institutions financiÚres, des entreprises et des commerçants des 30 pays de l'Espace économique européen (EEE). AprÚs un feu vert préliminaire décroché en juin, l'entreprise bascule en pleine conformité avec le rÚglement MiCA.
Ripple obtient une licence CASP sous MiCA et s’ouvre le sprotes de l’Europe – Source : Compte X

Plus de 75 licences dans le monde pour l’émetteur du XRP

Ripple disposait dĂ©jĂ  d’une licence d’établissement de monnaie Ă©lectronique dans l’Union europĂ©enne. Avec ce nouvel agrĂ©ment, son portefeuille dĂ©passe les 75 licences rĂ©glementaires rĂ©parties sur la planĂšte.

L’entreprise a par ailleurs obtenu un enregistrement d’actif numĂ©rique auprĂšs de la Financial Conduct Authority (FCA), le rĂ©gulateur britannique, en janvier 2026.

Ripple rejoint ainsi le cercle des grandes plateformes autorisées sous MiCA, aux cÎtés de Kraken, Coinbase, OKX et Crypto.com. Le contraste est saisissant avec Binance : le premier exchange mondial peine toujours à décrocher son propre agrément et accumule les contretemps sur le Vieux Continent.

Fort de cet agrĂ©ment et de sa licence de monnaie Ă©lectronique, Ripple vise dĂ©sormais les paiements transfrontaliers et les services autour de son stablecoin RLUSD auprĂšs des banques et fintechs europĂ©ennes. Sur ce marchĂ©, la conformitĂ© rĂ©glementaire fait office de ticket d’entrĂ©e, et l’émetteur du XRP vient de composter le sien.

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Crypto : Le XRP retrouve des couleurs aprÚs une chute de 22 % en juin

July 6th 2026 at 11:00
Un investisseur crypto observe le rebond d’une piùce de XRP.

Le XRP traverse l'une des périodes les plus délicates de son histoire récente. AprÚs plusieurs mois de repli, le jeton de Ripple a quitté le cercle des cinq plus grandes cryptos par capitalisation, un déclassement qui illustre la pression exercée par un marché secoué par les incertitudes macroéconomiques. Cette chute tranche pourtant avec une réalité souvent observée ces derniÚres années : le troisiÚme trimestre s'est réguliÚrement révélé favorable au XRP. Entre dynamique historique et faiblesse actuelle, les investisseurs s'interrogent sur la capacité de l'actif à inverser la tendance.

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Bridge, fililale de Stripe dédiée aux stablecoins, obtient la licence MiCA

July 3rd 2026 at 17:00

La filiale de Stripe spĂ©cialisĂ©e dans les stablecoins a obtenu la licence MiCA et un agrĂ©ment d'Ă©tablissement de monnaie Ă©lectronique (EMI). Ce double feu vert lui ouvre les portes des 27 États membres de l'UE et renforce ses ambitions dans les stablecoins en euros.

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SpaceX profite de sa récente IPO pour racheter la startup Cursor valorisée à 60 milliards de dollars

June 17th 2026 at 08:15

Suite Ă  sa rĂ©cente introduction en bourse, la sociĂ©tĂ© SpaceX voit sa valorisation exploser Ă  plus de 2 660 milliards de dollars. L’occasion de procĂ©der au rachat stratĂ©gique de la startup de codage assistĂ©e par IA Cursor, dont la valorisation atteint 60 milliards de dollars.

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IPO de SpaceX : derriĂšre Elon Musk, voici ceux qui en profitent le plus

June 16th 2026 at 11:50

L'introduction en bourse de SpaceX, la plus importante de l'histoire, a créé une fortune colossale répartie entre un cercle restreint d'investisseurs et de salariés. DerriÚre Elon Musk, qui conserve le contrÎle écrasant de l'entreprise, qui sont les grands gagnants de cette opération ? Tour d'horizon des fonds et des individus qui en profitent le plus.

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IPO de SpaceX : comment y participer avant la cotation grĂące Ă  Kraken ?

June 10th 2026 at 11:15

Kraken ouvre l'accĂšs aux introductions en bourse Ă  ses utilisateurs et SpaceX est la toute premiĂšre IPO disponible. Via xStocks, il devient possible de soumettre son intĂ©rĂȘt avant la cotation, d'obtenir une allocation au prix d'offre (incluant un spread de 5 %) et d'acheter l'action de SpaceX dĂšs le premier jour. DĂ©couvrez comment vous pouvez participer Ă  l'IPO de SpaceX via Kraken.

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Flippening : Ethereum rĂȘvait de dĂ©passer Bitcoin, mais une baisse de 6 % ferait passer l'USDT devant

June 5th 2026 at 12:00

Pendant des annĂ©es, le « flippening » a dĂ©signĂ© le scĂ©nario dans lequel Ethereum finirait par dĂ©passer Bitcoin en capitalisation. Mais l’écart le plus proche du marchĂ© crypto se situe dĂ©sormais entre l’USDT de Tether et l’ETH, signe de la place prise par les stablecoins dans l’écosystĂšme.

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Coinbase annonce le lancement de contrats perpétuels pré-IPO, en commençant par SpaceX

June 4th 2026 at 16:30

Malgré de récents déboires avec le géant de l'IA Anthropic, les actions pré-IPO séduisent de plus en plus d'investisseurs... et de plateformes crypto. Dernier exemple en date : le géant américain Coinbase qui entre dans la course avec un marché perpétuel dont le premier contrat concerne SpaceX.

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Crypto : Le XRP glisse derriÚre le BNB au premier trimestre, mais conserve le soutien des investisseurs institutionnels

June 1st 2026 at 11:10
Un immense pont relie plusieurs centres financiers. Une foule d'investisseurs institutionnels continue de traverser vers une plateforme importante malgré une autre structure plus élevée à l'horizon, ce qui symbolise le recul du XRP face au BNB.

Perdre une place dans le classement des plus grandes cryptos n'est jamais anodin. Au premier trimestre 2026, le XRP a cĂ©dĂ© son rang au BNB, un recul symbolique qui reflĂšte les difficultĂ©s rĂ©centes du jeton de Ripple sur le marchĂ©. Pourtant, derriĂšre cette contre-performance visible, les investisseurs institutionnels continuent d’injecter des capitaux. Alors que le prix peine Ă  convaincre, plusieurs indicateurs montrent un intĂ©rĂȘt croissant des acteurs professionnels pour l'actif.

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L’individu souverain, la technique et le nouveau Moyen Âge

May 15th 2026 at 09:00

J’ai rĂ©cemment participĂ© Ă  la traduction en français du livre The Sovereign Individual, qui sort ce vendredi 15 mai chez Konsensus Network sous le titre L’Individu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă  l’effondrement de l’État-providence. Cet ouvrage, coĂ©crit en 1997 par William Rees-Mogg et James Dale Davidson, est un texte de prospective, emblĂ©matique par les prĂ©dictions qu’il faisait sur les consĂ©quences politiques de la rĂ©volution numĂ©rique, alors balbutiante Ă  l’époque. Riche en contexte historique et long de quatre-cents pages, il apporte des Ă©lĂ©ments de rĂ©flexion qui n’ont pas vieilli aujourd’hui.

William Rees-Mogg Ă©tait un lord anglais et avait Ă©tĂ© Ă©diteur du Times de 1967 Ă  1981. James Dale Davidson Ă©tait un investisseur amĂ©ricain. Au moment de la publication initiale du livre, les deux hommes gĂ©raient une lettre d’information financiĂšre depuis 1984. Ils avaient alors dĂ©jĂ  publiĂ© deux livres Ă  succĂšs (Blood in the Streets en 1987 et The Great Reckoning en 1993), oĂč ils formulaient dĂ©jĂ  des prĂ©dictions, notamment sur le monde financier et la gĂ©opolitique. L’Individu Souverain constituait pour eux un parachĂšvement de leur vision de l’avenir.

Dans cet ouvrage, ils soutenaient qu’une nouvelle phase de l’histoire de l’humanitĂ© s’ouvrait — l’ùre de l’information — et qu’elle allait permettre aux individus de s’émanciper du joug des États-nations. Revenant sur l’histoire de l’humanitĂ©, du nĂ©olithique Ă  l’époque moderne en passant par le Moyen Âge, ils examinaient les dynamiques rĂ©gissant l’évolution politico-Ă©conomique du monde. Ils mettaient en avant le caractĂšre libĂ©rateur du progrĂšs technique, et prĂ©disaient en particulier l’émergence d’une monnaie numĂ©rique Ă©chappant au contrĂŽle Ă©tatique, chose qui se matĂ©rialiserait avec Bitcoin au dĂ©but des annĂ©es 2010.

Aux États-Unis, le livre s’est rapidement popularisĂ© dans les cercles libertariens, grĂące au portrait peu flatteur qu’il faisait des États centralisĂ©s et des idĂ©ologies qui les soutenaient. Il s’est aussi diffusĂ© dans la Silicon Valley, en raison du point de vue techno-optimiste des auteurs. Il a plus tard connu un succĂšs croissant au sein de la communautĂ© de Bitcoin (et du milieu des cryptomonnaies en gĂ©nĂ©ral), inspirant notamment Francis Pouliot, Jameson Lopp ou Naval Ravikant. En France, il est aujourd’hui mis en avant par le mĂ©dia indĂ©pendant Le Bunker, par la plateforme Zone Franche, et par l’infopreneur Olivier Roland, qui a Ă©crit son propre livre sur le sujet.

À l’heure oĂč la stabilitĂ© de l’ordre mondial est remise en question et oĂč les États deviennent de plus en plus autoritaires, la thĂšse de l’individu souverain est plus que jamais d’actualitĂ©. Cet article constitue une analyse et une critique de cette thĂšse. Le progrĂšs technique va-t-il nous libĂ©rer et sommes-nous Ă  la veille du Moyen Âge ? C’est ce Ă  quoi nous allons tenter de rĂ©pondre ici.

La thùse de l’individu souverain

La thĂšse de l’ouvrage de Rees-Mogg et Davidson est que la rĂ©volution numĂ©rique (dite « de l’information ») va provoquer l’effondrement de l’État-providence moderne et conduire Ă  l’avĂšnement d’une souverainetĂ© individuelle rĂ©elle. Cette souverainetĂ© s’exercera par le renversement du rapport entretenu par les autoritĂ©s politiques et les individus : ces derniers ne seront plus considĂ©rĂ©s comme des sujets ou des citoyens, et comme des « vaches Ă  lait » (p. 238) pour les plus productifs, mais comme des « clients » (pp. 117–118). Et, comme le dit le dicton, le client est roi.

Le concept de « souverainetĂ© de l’individu » n’est pas tout rĂ©cent, puisqu’il a Ă©mergĂ© avec la pensĂ©e libĂ©rale anglo-saxonne (John Locke) et qu’il a Ă©tĂ© formulĂ© par John Stuart Mill en 1859, qui Ă©crivait : « Sur lui-mĂȘme, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain1. » Le terme a ensuite Ă©tĂ© repris dans son acception la plus radicale par les anarchistes individualistes amĂ©ricains, comme Josiah Warren ou Benjamin Tucker, puis par les thĂ©oriciens du libertarianisme moderne, notamment Murray Rothbard.

LĂ  oĂč les auteurs se diffĂ©rencient de cette idĂ©ologie libĂ©rale est que leur discours n’est pas prescriptif (ou du moins pas explicitement), mais descriptif : ils veulent montrer que le sens de l’histoire va vers plus de libertĂ©. Le livre n’est donc pas un manifeste politique en tant que tel, mais un manuel de survie face Ă  la « grande transformation » (p. 234) qui est en train d’avoir lieu. Ils se basent (entre autres) sur les travaux d’un historien amĂ©ricain du XXe siĂšcle nommĂ© FrĂ©dĂ©ric Lane, qui Ă©tait spĂ©cialiste du bas Moyen Âge et qui avait dĂ©veloppĂ© une analyse Ă©conomique de la violence politique2.

Suivant les idĂ©es de Lane, les auteurs Ă©laborent leur propre modĂšle prĂ©dictif. Ils dĂ©crivent comment les « facteurs mĂ©gapolitiques » conditionnent la forme institutionnelle des États en faisant varier ce qu’ils appellent « les rendements de la violence » :

« En modifiant les coûts et les gains potentiels liés à la coercition, la mégapolitique détermine la capacité de certains à imposer leur volonté à autrui. » (p. 48)

Les facteurs qu’ils identifient appartiennent Ă  quatre grandes catĂ©gories :

  1. Les conditions topographiques : les grandes plaines alluviales propices au développement de grands centres de civilisation, les montagnes jouant un rÎle protecteur, les littoraux fragmentés favorisant le commerce3, etc. ;
  2. Les causes climatiques : la tempĂ©rature gĂ©nĂ©rale qui affecte directement la production agricole, et donc la puissance politique de l’État qui domine la rĂ©gion ;
  3. Les agents infectieux : les bactéries et les virus derriÚre les épidémies, qui provoquent des fluctuations démographiques massives, limitant de ce fait la taille des grands empires ;
  4. Les innovations techniques : les outils qui permettent au pouvoir d’asseoir sa domination ou Ă  l’inverse Ă  l’individu de se dĂ©fendre.

Pour les auteurs, la technologie — ou la technique, si l’on veut Ă©viter de faire un amĂ©ricanisme — constitue Ă  l’époque moderne le « facteur dĂ©terminant de l’équilibre entre le coĂ»t et les bĂ©nĂ©fices liĂ©s Ă  l’exercice du pouvoir » (p. 52). L’évolution technique liĂ©e Ă  l’ùre de l’information (la micro-informatique, le cyberespace et la cryptographie) va libĂ©rer l’individu, en provoquant une baisse des rendements de la violence. Les États ne pourront plus contrĂŽler leurs citoyens comme ils l’ont fait jusqu’à prĂ©sent, ce qui conduira Ă  l’émancipation des individus. Ce discours n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui des cypherpunks, qui Ă©crivaient Ă  la mĂȘme Ă©poque.

La taille des entitĂ©s souveraines va ainsi grandement diminuer, pour ne parfois concerner qu’une poignĂ©e d’individus. On assistera Ă  la dĂ©sagrĂ©gation des grands États, pour donner une multitude de micro-juridictions. Le monde connaitra une nouvelle pĂ©riode de fĂ©odalitĂ© qui rappellera celle du Moyen Âge, tout en s’en distinguant fondamentalement. En effet, grĂące Ă  la gĂ©nĂ©ralisation d’Internet, les individus pourront davantage se rĂ©unir en « groupes d’affinité » (p. 157), chose qui existait sous forme embryonnaire dans les ordres religieux et militaires mĂ©diĂ©vaux comme les chevaliers de Malte. Cette dĂ©marche se retrouve aujourd’hui dans le concept de l’État-rĂ©seau de Balaji Srinivasan (ancien directeur technique de Coinbase et associĂ© gĂ©nĂ©ral chez Andreessen Horowitz), qui le dĂ©finit comme « une communautĂ© en ligne hautement alignĂ©e, dotĂ©e d’une capacitĂ© d’action collective, qui finance l’acquisition de territoires Ă  travers le monde et finit par obtenir la reconnaissance diplomatique d’États dĂ©jĂ  existants ».

L’Europe occidentale en 1444 (source : u/ratkatavobratka, 2021)

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les entitĂ©s souveraines se feront concurrence, et les personnes procĂšderont Ă  un arbitrage juridictionnel : elles choisiront oĂč elles voudront rĂ©sider et travailler en fonction des conditions offertes (fiscalitĂ©, sĂ©curitĂ©, infrastructures) par ces micro-États. Ce sera une application du « thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence4 » formulĂ© par les auteurs, qui affirme que les individus rĂ©agiront Ă  une hausse d’impĂŽt, non pas en rĂ©duisant leur consommation mais en dĂ©mĂ©nageant :

« À l’ùre de l’information, cependant, la rĂ©action du contribuable rationnel ne consistera plus Ă  Ă©pargner davantage pour absorber l’augmentation prĂ©visible de ses impĂŽts ; il choisira plutĂŽt de transfĂ©rer sa rĂ©sidence ou d’effectuer ses transactions ailleurs. De mĂȘme que les producteurs choisissent les fournisseurs les plus avantageux, la capacitĂ© Ă  sĂ©lectionner son prestataire de protection deviendra un levier bien plus dĂ©terminant pour prĂ©server ses revenus. » (p. 221)

Il s’agira d’un « vote avec ses pieds », d’une « dĂ©fection5 » (p. 218) affectant indirectement la politique de l’État. Les individus les plus productifs iront enrichir les juridictions fiscalement avantageuses et davantage focalisĂ©es sur les missions rĂ©galiennes, tandis que les grands États-providence s’appauvriront considĂ©rablement, et seront contraints Ă  revoir Ă  la baisse leurs politiques redistributives.

La rĂ©volution de l’information

Tout comme la dĂ©couverte de la poudre Ă  canon et celle de l’imprimerie ont mis fin Ă  la fĂ©odalitĂ© au moment de la Renaissance, la rĂ©volution de l’information va mettre un terme Ă  l’ùre de l’État-nation. Les anciens modes de production Ă©taient soumis Ă  la « tyrannie de l’endroit » (p. 174) : la rattachement de la production Ă  un bien foncier (terre ou usine) rendait les producteurs particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă  l’impĂŽt et aux revendications sociales, et c’est pour cette raison que la crĂ©ation de richesse permise par la rĂ©volution industrielle a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e par l’État. À l’inverse, la rĂ©volution de l’information va permettre aux entreprises de dĂ©centraliser leur mode de production et de transcender cette tyrannie de l’endroit, en devenant davantage mobiles. Les auteurs le rĂ©sument bien : « Le gigantisme des usines a coĂŻncidĂ© avec l’ùre de l’État-providence. À l’inverse, la micro-informatique miniaturise les institutions. » (p. 135)

Internet joue un grand rĂŽle dans la thĂšse soutenue par les auteurs. À la suite de John Perry Barlow, auteur d’une DĂ©claration d’indĂ©pendance du cyberespace en 1996, ils professent que « le cyberespace, tel le royaume imaginaire des dieux d’HomĂšre, forme un univers distinct de notre monde terrestre familier, fait de fermes et d’usines » (p. 174). Ils considĂšrent que l’activitĂ© se fera dans le cadre de la « multinationale virtuelle » (p. 222), association d’individus souverains s’adaptant facilement aux conditions du marchĂ©. Ce type de production est devenu rĂ©alitĂ© aujourd’hui avec l’émergence des digital nomads, dont le modĂšle a Ă©tĂ© exposĂ© en 2007 par l’influenceur Tim Ferriss dans son best-seller de dĂ©veloppement personnel, La Semaine de quatre heures.

Rees-Mogg et Davidson soutiennent aussi que la rĂ©volution de l’information va mener Ă  la crĂ©ation d’une monnaie numĂ©rique, appelĂ©e « cybermonnaie », qui repose sur la cryptographie asymĂ©trique et Ă©chappe au contrĂŽle de l’État. Ils Ă©crivent :

« Avec l’émergence du commerce en ligne, l’apparition de la cybermonnaie est inĂ©luctable. Cette nouvelle forme de monnaie sapera la capacitĂ© des États Ă  dĂ©terminer qui pourra accĂ©der au statut d’individu souverain. Ce changement s’explique en grande partie par le rĂŽle de la technologie de l’information, qui affranchira les dĂ©tenteurs de patrimoine de la confiscation dĂ©guisĂ©e que constitue l’inflation. [
] Cette monnaie numĂ©rique est appelĂ©e Ă  jouer un rĂŽle central dans le cybercommerce. Elle se prĂ©sentera sous la forme de suites chiffrĂ©es de nombres premiers de plusieurs centaines de chiffres. Unique, anonyme et vĂ©rifiable, cette monnaie pourra ĂȘtre utilisĂ©e pour les transactions les plus importantes, mais aussi ĂȘtre fractionnĂ©e Ă  l’infini pour rĂ©gler des montants microscopiques. Elle s’échangera instantanĂ©ment et sans aucune restriction sur un marchĂ© mondial pesant plusieurs milliers de milliards de dollars. » (p. 191)

À l’époque, le modĂšle eCash de David Chaum Ă©tait dĂ©ployĂ© de façon expĂ©rimentale dans certaines banques amĂ©ricaines depuis 1995. Les auteurs n’étaient donc pas les seuls Ă  prĂ©dire l’émergence d’une monnaie numĂ©rique libre : le constat Ă©tait partagĂ© par Milton Friedman par exemple. Cet idĂ©al de monnaie numĂ©rique a fini par se matĂ©rialiser sous la forme de Bitcoin, conçu par Satoshi Nakamoto en 2008 : une monnaie rĂ©sistante Ă  la censure et rĂ©sistante Ă  l’inflation, confidentielle et programmable, adaptĂ©e aux gros transferts vers l’étranger comme aux petits paiements.

Une autre vision prophĂ©tique rĂ©alisĂ©e dans L’Individu souverain est l’adoption de l’intelligence artificielle au sein de la population gĂ©nĂ©rale. Les auteurs prĂ©voient en effet que les individus pourront augmenter leurs capacitĂ©s de façon surprenante grĂące Ă  des « serviteurs » ou « assistants numĂ©riques » (p. 150). Ils Ă©voquent notamment la cas de « juristes numĂ©riques » qui « automatiseront la sĂ©lection des clauses contractuelles, en utilisant des processus d’intelligence artificielle tels que les rĂ©seaux neuronaux, pour rĂ©diger des contrats privĂ©s personnalisĂ©s en fonction des conditions juridiques internationales » (p. 185). Certains individus pourraient ainsi devenir extrĂȘmement puissants : « Un gĂ©nie excentrique, Ă©paulĂ© par ses serviteurs numĂ©riques, pourrait thĂ©oriquement rivaliser avec l’influence d’un État-nation dans une guerre informatique. » (p. 169)

Cette prĂ©diction rappelle inĂ©vitablement les agents d’IA, ces systĂšmes qui effectuent des tĂąches de maniĂšre autonome en concevant des flux opĂ©rationnels et en interagissant avec le monde rĂ©el Ă  la place de l’utilisateur. L’intelligence artificielle, qui jusque-lĂ  Ă©tait restĂ©e confinĂ©e Ă  quelques utilisations prĂ©cises (AlphaGo), s’est popularisĂ©e Ă  partir de 2022 avec le succĂšs de la premiĂšre version ouverte de ChatGPT (basĂ©e sur GPT-3). Puis la pratique de l’IA agentique s’est dĂ©veloppĂ©e Ă  partir de cette base, pour se faire connaitre par le biais de Clawdbot/OpenClaw en 2025. Aujourd’hui, l’individu a dĂ©sormais la possibilitĂ© de dĂ©multiplier ses capacitĂ©s, en disposant d’outils puissants pour automatiser les tĂąches les plus redondantes, comme la programmation logicielle, la traduction, l’écriture d’articles ou la gestion des courriels.

Ainsi, nous ne pouvons que constater que Rees-Mogg et Davidson ont Ă©tĂ© visionnaires sur un certain nombre de sujets. Toutefois, on peut largement nuancer cette opinion, trop rĂ©pandue parmi les dĂ©fenseurs du livre et de la thĂšse de l’individu souverain. Le discours des auteurs semble relever de la pensĂ©e dĂ©sidĂ©rative au moins sur deux points : le rĂŽle libĂ©rateur de la technique et l’imminence de la dĂ©centralisation politique.

La technique, libératrice ou tyrannique ?

MĂȘme Rees-Mogg et Davidson se contentent de dĂ©crire les choses telles qu’elles sont censĂ©es se passer, on comprend qu’ils ont un point de vue positif sur la rĂ©volution numĂ©rique, ayant une bienveillance toute promĂ©thĂ©enne Ă  l’égard du progrĂšs technique rĂ©cent et Ă  venir. Ils Ă©ludent ainsi la perspective inverse : que le progrĂšs technique en cours amĂšne une plus grande servitude en mĂȘme temps qu’un plus grand confort. De leur propre aveu, c’est ce qui s’est passĂ© lors de la « rĂ©volution agricole » et de la rĂ©volution industrielle ; pourquoi serait-ce diffĂ©rent cette fois-ci ?

Une technique particuliĂšre n’est jamais neutre et influence la sociĂ©tĂ© entiĂšre dans un sens particulier. Dans le cadre politique, elle vient changer les « conditions mĂ©gapolitiques » de la rĂ©gion dans laquelle elle est adoptĂ©e. Une innovation peut donc apparaitre comme un outil d’indĂ©pendance pour l’individu, tout en favorisant en rĂ©alitĂ© la mainmise gĂ©nĂ©rale de l’État.

Les moyens de transport et de communication, par exemple, sont utiles aux individus pour se dĂ©placer entre les juridictions et pour Ă©changer des informations et des richesses. Mais ils permettent surtout la centralisation au niveau politique : les ordres peuvent ĂȘtre transmis plus rapidement aux gouverneurs de province et les troupes peuvent ĂȘtre envoyĂ©es plus facilement en cas de sĂ©cession. Le dĂ©veloppement des transports terrestres, maritimes, ferroviaires et aĂ©riens, ainsi que le dĂ©ploiement des communications modernes (tĂ©lĂ©graphe, tĂ©lĂ©phone, TCP/IP), ont favorisĂ© l’émergence d’États-continents centralisĂ©s comme la RĂ©publique populaire de Chine ou les États-Unis. Le cas d’Internet est emblĂ©matique : il a, de par son architecture distribuĂ©e, Ă©tĂ© un outil fantastique pour dĂ©mocratiser la connaissance de l’individu, mais il a aussi largement contribuĂ© Ă  la diffusion de propagande de masse, Ă  la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă  l’abrutissement global.

La numĂ©risation de la monnaie peut aussi ĂȘtre examinĂ©e sous ce prisme. Elle a certes amenĂ© l’argent liquide Ă©lectronique qu’est Bitcoin (dont le potentiel est sous-exploitĂ© aujourd’hui), mais elle a Ă©tĂ© essentiellement l’occasion de dĂ©ployer la surveillance et le contrĂŽle financier Ă  des domaines qui ne l’étaient pas avant, d’abord dans le systĂšme bancaire, et bientĂŽt directement par les États eux-mĂȘmes, par l’intermĂ©diaire de la monnaie numĂ©rique de banque centrale. Bitcoin constitue bien plus une rĂ©action Ă  cette numĂ©risation de la monnaie, une valorisation des propriĂ©tĂ©s de la « monnaie physique » et une opposition aux « institutions financiĂšres qui servent de tiers de confiance pour traiter les paiements Ă©lectroniques », qu’une volontĂ© de faire advenir une monnaie intĂ©gralement numĂ©rique. De mĂȘme, David Chaum avait en son temps dĂ©veloppĂ© ses mĂ©thodes cryptographiques (et son fameux systĂšme eCash) parce qu’il se catastrophait de l’informatisation de la sociĂ©tĂ©6.

L’intelligence artificielle est Ă©galement concernĂ©e par ce cotĂ© double : elle est en effet particuliĂšrement puissante dans un certain nombre de domaines (on regardera l’illustration de cet article pour s’en convaincre), mais demeure dans sa conception une chose trĂšs centralisĂ©e et sensible Ă  l’intervention Ă©tatique. L’entrainement des meilleurs modĂšles d’IA (Claude, ChatGPT, Gemini) requiert une infrastructure informatique monstrueuse (datacenters), de sorte que ces derniers sont contrĂŽlĂ©s par des grandes sociĂ©tĂ©s plus ou moins soumises au pouvoir amĂ©ricain (OpenAI, Anthropic, Google). Du cĂŽtĂ© de l’infĂ©rence, on peut logiquement dĂ©ployer localement des modĂšles open source (comme Qwen ou Deepseek) Ă  l’aide d’une carte graphique performante valant aujourd’hui une poignĂ©e de milliers d’euros. Toutefois, cette façon de faire est significativement moins efficace : les modĂšles concernĂ©s sont moins bons et le coĂ»t de maintenance locale est non nĂ©gligeable (sans parler du fait que les concurrents sont actuellement subventionnĂ©s). On peut donc aisĂ©ment prĂ©dire que l’essentiel de la production par IA se fera par le biais des modĂšles propriĂ©taires et hĂ©bergĂ©s de maniĂšre centralisĂ©e.

Vue aĂ©rienne d’une site de datacenters dĂ©diĂ©s Ă  l’entrainement d’intelligence artificielle Ă  Mount Pleasant, dans le Wisconsin, en 2025 (source : Microsoft)

Dans ce registre, il est intĂ©ressant de citer Peter Thiel, cofondateur controversĂ© de PayPal et de Palantir, qui Ă©tait l’auteur de la prĂ©face de la réédition de 2020 de The Sovereign Individual. Il Ă©crit ainsi (en Ă©cho Ă  une dĂ©claration prĂ©cĂ©dente) :

« L’intelligence artificielle laisse entrevoir la possibilitĂ© de rĂ©soudre enfin ce que les Ă©conomistes appellent le « problĂšme du calcul Ă©conomique » : l’IA pourrait thĂ©oriquement permettre de contrĂŽler de maniĂšre centralisĂ©e l’ensemble d’une Ă©conomie. Ce n’est pas un hasard si l’IA est la technologie prĂ©fĂ©rĂ©e du Parti communiste chinois. La cryptographie forte, Ă  l’autre extrĂȘme, laisse entrevoir la perspective d’un monde dĂ©centralisĂ© et individualisĂ©. Si l’IA est communiste, la crypto est libertarienne7. »

La rĂ©volution de l’information est bel et bien en train de bouleverser le monde, pour le meilleur et pour le pire. Si le progrĂšs technique est aujourd’hui en plein essor, il pourrait nous conduire Ă  la pire des dystopies, oĂč intelligence artificielle cĂŽtoierait identitĂ© informatisĂ©e, monnaie numĂ©rique de banque centrale, surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă©conomie planifiĂ©e — la technocratie. Il est donc avisĂ© d’avoir un certain discernement et de ne pas se rĂ©jouir bĂ©atement de toutes les nouvelles avancĂ©es techniques que nous propose sans cesse l’élite technologique, cette « élite cosmopolite de l’ùre de l’information » (p. 270).

Le nouveau Moyen Âge n’est pas pour tout de suite

Dans L’Individu souverain, ainsi que dans leurs autres ouvrages, Rees-Mogg et Davidson prĂ©sentent une conception cyclique de l’histoire, et se basent sur les Ă©vĂšnements passĂ©s pour prĂ©dire l’avenir. DĂšs le dĂ©but du livre, ils font ainsi remarquer que l’histoire occidentale est marquĂ©e un « mystĂ©rieux cycle de cinq siĂšcles » depuis la GrĂšce antique : Ă  chaque fois, un « grand bouleversement » provoque « l’apparition d’une nouvelle phase d’organisation sociale » (p. 33). En 508 avant JĂ©sus-Christ, c’étaient les rĂ©formes dĂ©mocratiques de ClisthĂšne ; en l’an 1, la naissance du Christ marquant l’apogĂ©e Ă©conomique antique ; en 476 ap. J.-C., l’effondrement de l’Empire romain d’Occident et le dĂ©but de l’« Âge sombre » ; vers l’an mil, l’instauration de la fĂ©odalitĂ© en Europe occidentale initiant une restructuration ; et en 1492, le dĂ©but de l’époque moderne avec la dĂ©couverte de la poudre Ă  canon, la Renaissance et la RĂ©forme protestante. Dans cette logique, l’an 2000 devrait amener avec lui le dĂ©but d’une nouvelle Ăšre — l’ùre de l’information — oĂč l’organisation sociale reposerait sur une sorte de fĂ©odalitĂ© technologique, marquĂ©e par une division politique forte et par un dĂ©veloppement technique avancĂ©. Cette pĂ©riode nouvelle prendrait les atours d’un nouveau Moyen Âge, sans pour autant en prĂ©senter les inconvĂ©nients principaux.

Si cette façon de prĂ©senter les choses est sĂ©duisante, elle est peu mĂ©thodique en ce que la sĂ©lection des Ă©vĂšnements est arbitraire et ne repose sur aucun critĂšre prĂ©cis, hormis le ressenti dans la mĂ©moire collective8. L’intuition des auteurs sur les variations historiques est nĂ©anmoins bonne, et on peut percevoir un autre cycle : le cycle des civilisations, qui a notamment Ă©tĂ© mis en lumiĂšre par l’historien et essayiste français Philippe Fabry. Depuis l’émergence des premiĂšres civilisations au nĂ©olithique, le monde a connu des hauts et des bas, mesurĂ©s selon le niveau d’urbanisation, de commerce et d’unification politique.

Dans ce cadre, le « Moyen Âge » correspondait Ă  une pĂ©riode de transition entre deux Ăšres civilisationnelles : l’AntiquitĂ© grĂ©co-romaine et la ModernitĂ© europĂ©o-amĂ©ricaine. Il a permis une relative « concurrence entre les juridictions9 » prĂ©cisĂ©ment parce qu’il constituait l’aboutissement d’un long processus de dĂ©civilisation. Cette indĂ©pendance s’accompagnait ainsi d’une dominance du mode de vie rural et d’un bas niveau d’échanges Ă©conomiques avec l’étranger.

Plus encore, le Moyen Âge n’était pas la premiĂšre pĂ©riode de ce genre : en GrĂšce, la disparition de la civilisation mycĂ©nienne lors de l’effondrement de l’ñge du bronze au XIIe siĂšcle avant JĂ©sus-Christ a conduit Ă  des « siĂšcles obscurs » qui ont durĂ© plus de 400 ans. La reconstruction a eu lieu ensuite, lors de l’époque archaĂŻque, qui a donnĂ© la GrĂšce antique que nous connaissons, avec les citĂ©s-États d’AthĂšnes ou de Sparte. Il s’en est suivi un mouvement d’unification politique (Ă  l’échelle de l’époque), d’abord sous l’égide de la MacĂ©doine vers 330 av. J.-C. (Alexandre le Grand), puis de Rome au IIe siĂšcle avant notre Ăšre.

Essor et dĂ©clin civilisationnel dans le Levant mĂ©ridional entre l’ñge du bronze et l’ñge de fer (source : Pierre de Miroschedji)

Le monde est donc soumis Ă  des forces au long cours autrement plus immuables que l’innovation technique. Bien que celle-ci atteigne aujourd’hui un niveau inĂ©dit dans l’histoire de l’humanitĂ© (cybernĂ©tique, intelligence artificielle, manipulation gĂ©nĂ©tique, neurotechnologie), elle n’en demeure pas moins assujettie au cycle civilisationnel, qui est une dynamique humaine10. La technique, en tant qu’elle constitue une extension de la vie humaine, a seulement pour effet de ralentir le cycle, pas d’y mettre un terme.

Le processus de dĂ©civilisation et de dĂ©centralisation du monde est un processus lent et graduel : il peut ĂȘtre ponctuĂ© par des Ă©vĂšnements spectaculaires, mais ceux-ci sont l’expression de mutations plus profondes. Rome ne s’est pas effondrĂ©e en un jour par exemple ; il lui a fallu un demi-millĂ©naire. Il parait de ce fait trĂšs illusoire de croire qu’un changement brutal va se produire, et ce d’autant plus que ce potentiel dĂ©clin n’a pas encore commencĂ©. Le monde n’a jamais Ă©tĂ© aussi riche qu’aujourd’hui. La tendance Ă  la centralisation politique (qui a dĂ©butĂ© autour de l’an mil en Europe) ne montre aucun signe d’inversement, malgrĂ© les conflits militaires qui marquent l’actualitĂ© de ces derniĂšres annĂ©es.

L’heure est donc aux grands empires, qui seuls peuvent exercer une souverainetĂ© concrĂšte : les États-Unis, l’Union europĂ©enne, la Chine, l’Inde. Les petites entitĂ©s soi-disant « souveraines » sont en rĂ©alitĂ© soumises au bon-vouloir de ces grands empires11. Elles persisteront probablement, ne serait-ce que pour permettre Ă  l’élite de jouir de son statut, mais ne constitueront pas de rĂ©elles solutions viables avant des siĂšcles.

La pratique comme maĂźtre-mot

On peut ainsi conclure que la thĂšse de l’individu souverain est intĂ©ressante, mais peine Ă  convaincre dans son entiĂšretĂ©. Rees-Mogg et Davidson sont beaucoup trop optimistes sur la possibilitĂ© de libertĂ© politique des individus. L’État est une institution de servitude qui orchestre la contrainte depuis des millĂ©naires, et qui ne sera pas renversĂ©e du jour au lendemain par un procĂ©dĂ© technique, fĂ»t-il aussi gĂ©nial que Bitcoin.

Toutefois, malgrĂ© ce postulat erronĂ©, le livre prĂ©sente une vĂ©ritable valeur en ce qu’il incite Ă  la pratique. S’il a eu le succĂšs qu’on lui connait, c’est parce qu’il a apportĂ© beaucoup Ă  ceux qui l’ont lu. MĂȘme si les auteurs ne donnent pas de conseils directs (hormis des investissements en lien avec leur lettre d’information, non reproduits dans la version en français), leurs analyses ouvrent la voie Ă  des actions dans le monde rĂ©el. Il pousse ainsi Ă  agir plutĂŽt que de se plaindre, Ă  anticiper plutĂŽt que de subir. Et, Ă  dĂ©faut de prĂ©dire l’effondrement de l’État-providence, il permettra Ă  l’individu d’ĂȘtre libre dans un monde qui ne l’est pas.

On sera ainsi amenĂ©s Ă  voir d’un bon Ɠil l’entrepreneuriat, notamment par le biais d’Internet, qui modifie le marchĂ© Ă  aller chercher. Avoir un flux de trĂ©sorerie issu du cyberespace nous rendra moins facilement saisissable et imposable. On voyagera et on profitera des disparitĂ©s entre les juridictions en dĂ©plaçant certains aspects de notre vie Ă  l’étranger, voire en s’expatriant dĂ©finitivement. On se regroupera en communautĂ©s basĂ©es sur des intĂ©rĂȘts communs. On filtrera notre flux d’information, en personnalisant nos sources documentaires, plutĂŽt qu’en s’abreuvant du discours gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias de masse.

Certains trouveront Ă  redire de ce mode de vie nomade, mais la dĂ©marche a le mĂ©rite de pousser les gens Ă  se frotter Ă  la rĂ©alitĂ©, qualitĂ© trop peu rĂ©pandue de nos jours. La rĂ©flexion est, et a toujours Ă©tĂ©, censĂ©e nourrir l’action. Et ce sont nos actions qui dĂ©terminent ce Ă  quoi le monde de demain ressemblera. Pour citer Peter Thiel : « La lecture de L’Individu souverain en 2020 est un moyen de rĂ©flĂ©chir attentivement Ă  l’avenir que nos propres actions contribueront Ă  façonner. »


Références et notes

James Dale Davidson et William Rees-Mogg, L’Individu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă  l’effondrement de l’État-providence. Konsensus Network, 2026. 411 pages. À retrouver sur la boutique en ligne de l’éditeur (10 % de rĂ©duction avec le code promo lugaxker) et sur Amazon.

Illustration : image gĂ©nĂ©rĂ©e avec GPT Image 1.5, Ă  partir du tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages peint en 1818 par Caspar David Friedrich. Texte : rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM. Traduction : sauf prĂ©cision contraire, les traductions sont rĂ©alisĂ©es par l’auteur au moyen de DeepL.

  1. John Stuart Mill, De la libertĂ©, trad. Dupont-White (Guillaumin et Cie, 1860), p. 18. ↩
  2. Voir notamment Frederic C. Lane, « Economic Consequences of Organized Violence », The Journal of Economic History, vol. 18, n° 4 (dĂ©cembre 1958), pp. 402–417. ↩
  3. L’argument du littoral accidentĂ© qui favorise le commerce fait penser Ă  la thĂšse de la « thalassographie articulĂ©e » de David Cosandey, formulĂ©e la mĂȘme annĂ©e, en 1997. ↩
  4. Le thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence est appelĂ© ainsi en rĂ©fĂ©rence Ă  l’équivalence ricardienne, selon laquelle, lors d’une relance budgĂ©taire, les acteurs Ă©conomiques rĂ©duisent leur consommation par anticipation d’une future hausse d’impĂŽt. Ce thĂ©orĂšme de Rees-Mogg et Davidson est prĂ©sentĂ© dans The Bitcoin Handbook d’Anil Patel, traduit en français chez Konsensus Network. ↩
  5. Dans le livre Exit, Voice, and Loyalty Ă©crit 1969 par l’économiste amĂ©ricain Albert Hirschmann, le terme « dĂ©fection » (exit) s’oppose Ă  la « prise de parole » (voice) et au « loyalisme » (loyalty) dans la gouvernance des organisations. Hirschmann Ă©crivait notamment : « Ce n’est que lorsque les pays commenceront Ă  vraiment se ressembler, grĂące Ă  la modernisation et Ă  l’évolution des communications, que le danger des dĂ©fections prĂ©maturĂ©es et excessives se prĂ©sentera. » ↩
  6. En 1985, David Chaum Ă©crivait : « L’informatisation prive les individus de la capacitĂ© de surveiller et de contrĂŽler la façon dont les informations les concernant sont utilisĂ©es. (
) Nous sommes en train de jeter les bases d’une sociĂ©tĂ© du fichage, dans laquelle les ordinateurs pourraient ĂȘtre utilisĂ©s pour dĂ©duire le mode de vie, les habitudes, les dĂ©placements et les frĂ©quentations des individus Ă  partir de donnĂ©es collectĂ©es dans le cadre de transactions de consommation ordinaires. L’incertitude quant Ă  la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es contre les abus de ceux qui les conservent ou les exploitent peut avoir un « effet paralysant », amenant les gens Ă  modifier leurs activitĂ©s observables. À mesure que l’informatisation se gĂ©nĂ©ralise, ces problĂšmes risquent de s’aggraver considĂ©rablement. » — Voir « Security without identification: transaction systems to make big brother obsolete », in Communications of the ACM, vol. 28, no. 10, octobre 1985, p. 1030. ↩
  7. Peter Thiel, « Preface », in James Dale Davidson et William Rees-Mogg, The Sovereign Individual (Touchstone, 2020), p. 6. ↩
  8. Pourquoi parler de l’instauration de la dĂ©mocratie athĂ©nienne et ignorer la rĂ©volution anglaise du XVIIe siĂšcle par exemple ? ↩
  9. Rees-Mogg et Davidson vantent notamment les « marches », ces « rĂ©gions frontaliĂšres mĂ©diĂ©vales » qui Ă©taient « le théùtre d’un enchevĂȘtrement de souverainetĂ©s » et avaient dĂ©veloppĂ© « des formes institutionnelles et juridiques singuliĂšres » (p. 166). ↩
  10. Philippe Fabry, citĂ© plus haut, affirme que le processus de dĂ©civilisation dĂ©coule d’un effondrement dĂ©mographique, dĂ» en partie Ă  la baisse de la natalitĂ©. Une sociĂ©tĂ© qui dĂ©cline dĂ©mographiquement a en effet tendance Ă  connaitre une dĂ©croissance Ă©conomique, ce qui diminue l’incitation Ă  la centralisation politique. ↩
  11. Dans sa prĂ©face de 2020, Peter Thiel a mis en perspective la thĂšse de l’individu souverain en mentionnant la prise de contrĂŽle de la Chine sur la citĂ©-État d’Hong Kong, qui correspondait, pour les auteurs, « au type de juridiction qui [
] prospĂ©rera Ă  l’ùre de l’information » (p. 303). ↩
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