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L'Iran abat un hĂ©licoptĂšre amĂ©ricain – les marchĂ©s plongent, le Bitcoin sous pression

June 9th 2026 at 19:28

Coup de tonnerre sur les marchĂ©s ce 9 juin. Donald Trump affirme que l’Iran a abattu un hĂ©licoptĂšre Apache amĂ©ricain au-dessus du dĂ©troit d’Ormuz. Wall Street dĂ©croche et le pĂ©trole s’envole. Tour d'horizon.

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À 24 ans on l’appelle dĂ©jĂ  le « Nostradamus de l’IA » - Qui est Leopold Aschenbrenner ?

June 9th 2026 at 12:00

Le secteur de l’IA capte toutes les attentions, mais Ă©galement les fonds de bon nombre d’investisseurs dĂ©sireux de s’inscrire dans ce que certains comparent dĂ©jĂ  Ă  une bulle spĂ©culative. Une dynamique qui voit Ă©merger de nouvelles personnalitĂ©s populaires, comme le tout jeune Leopold Aschenbrenner dĂ©jĂ  comparĂ© Ă  un « Nostradamus de l’IA ». Pour quelles raisons ?

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Trump relance la demande d’audit des 6 000 tonnes d’or de Fort Knox

June 1st 2026 at 13:00
EnquĂȘte spectaculaire Ă  Fort Knox avec Trump, lingots d’or empilĂ©s, agent arrĂȘtĂ©, gardes armĂ©s, audit financier sous haute tension politique et sĂ©curitaire.

Fin mai 2026, le FBI a saisi 303 lingots d'or d'une valeur d'environ 40 millions de dollars au domicile de David Rush, un ancien haut responsable de la CIA. Donald Trump a saisi l'occasion pour relancer publiquement son appel à un audit physique des réserves d'or américaines. Le coffre-fort le plus célÚbre du monde est-il vraiment plein ?

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BientÎt des vérifications d'identité sur Polymarket et Hyperliquid ?

May 28th 2026 at 16:00

Les plateformes dĂ©centralisĂ©es font l’objet d’une surveillance accrue ces derniers mois. Au point de devoir instaurer des vĂ©rifications d’identité ? C’est ce qu’envisage Polymarket, et Hyperliquid pourrait suivre.

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Un ingĂ©nieur de Google arrĂȘtĂ© pour avoir utilisĂ© sa position pour parier sur Polymarket

May 28th 2026 at 11:00

Un insider de plus. Un ingĂ©nieur de Google aurait utilisĂ© sa position pour faire des paris sur les requĂȘtes des utilisateurs du moteur de recherche. Il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, soulignant une fois de plus les problĂ©matiques liĂ©es aux marchĂ©s de prĂ©diction.

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Les cours du pĂ©trole chutent aprĂšs un signal d’apaisement entre les États-Unis et l’Iran

May 25th 2026 at 10:10

This is the end ? Les marchĂ©s du pĂ©trole affichent un repli marquĂ© ce lundi 25 mai sous l’effet des perspectives d’apaisement gĂ©opolitique au Moyen-Orient. Le baril de Brent de la mer du Nord enregistre une baisse d’environ 5 % pour s’établir autour de 98,30 dollars, tandis que la rĂ©fĂ©rence amĂ©ricaine, le West Texas Intermediate (WTI), recule vers le seuil des 92 dollars. Cette dĂ©tente des cours dĂ©coule directement de l’avancement des discussions diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran, qui laisse entrevoir une possible augmentation de l’offre mondiale. Les investisseurs intĂšgrent dĂ©sormais la possibilitĂ© d’une rĂ©solution ordonnĂ©e, ce qui limite les stratĂ©gies spĂ©culatives Ă  la hausse.

Les points clés de cet article :
  • Les marchĂ©s pĂ©troliers ont subi un repli marquĂ© en raison de perspectives d’apaisement gĂ©opolitique au Moyen-Orient, avec une baisse notable du baril de Brent et du West Texas Intermediate.

  • Les discussions diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran laissent entrevoir une augmentation potentielle de l’offre mondiale, influençant ainsi les stratĂ©gies spĂ©culatives des investisseurs.

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Les paramĂštres des nĂ©gociations diplomatiques et l’enjeu d’Ormuz

La dynamique baissiĂšre s’alimente de dĂ©clarations officielles qualifiant les Ă©changes en cours de constructifs. L’administration amĂ©ricaine Ă©voque un progrĂšs significatif dans l’élaboration d’un accord-cadre, mĂȘme si les autoritĂ©s prĂ©cisent qu’aucun texte n’est encore finalisĂ©. Le prĂ©sident amĂ©ricain a notamment indiquĂ© qu’il n’entendait pas prĂ©cipiter la conclusion des discussions, estimant que la position de son pays restait favorable.

Les sanctions et le blocus maritime en vigueur s’appliqueront de fait jusqu’à la certification et la signature d’un compromis dĂ©finitif. L’enjeu technique majeur de ces discussions repose sur la rĂ©ouverture du dĂ©troit d’Ormuz, une voie maritime stratĂ©gique par laquelle circule habituellement prĂšs de 20 % de la production pĂ©troliĂšre mondiale.

Un mĂ©morandum d’entente pourrait d’ailleurs formaliser la libertĂ© de navigation dans cette zone, en contrepartie d’un dĂ©gel partiel des avoirs iraniens et d’une levĂ©e progressive des restrictions Ă©conomiques. NĂ©anmoins, des points de divergence notables subsistent, en particulier sur le volet du programme nuclĂ©aire et sur la nature des inspections requises par Washington. La validation interne par le pouvoir exĂ©cutif Ă  TĂ©hĂ©ran pourrait par ailleurs nĂ©cessiter un dĂ©lai de plusieurs jours.

Les marchĂ©s du pĂ©trole affichent un repli marquĂ© ce lundi 25 mai sous l'effet des perspectives d'apaisement gĂ©opolitique au Moyen-Orient. Le baril de Brent de la mer du Nord enregistre une baisse d'environ 5 % pour s'Ă©tablir autour de 98,30 dollars, tandis que la rĂ©fĂ©rence amĂ©ricaine, le West Texas Intermediate (WTI), recule vers le seuil des 92 dollars. Cette dĂ©tente des cours dĂ©coule directement de l'avancement des discussions diplomatiques entre les États-Unis et l'Iran, qui laisse entrevoir une possible augmentation de l'offre mondiale. Les investisseurs intĂšgrent dĂ©sormais la possibilitĂ© d'une rĂ©solution ordonnĂ©e, ce qui limite les stratĂ©gies spĂ©culatives Ă  la hausse.
La Maison-Blanche semble optimiste sur une sortie de crise dans le conflit en Iran – Source : Compte X

PĂ©trole : Les implications structurelles et l’attente des marchĂ©s

Cette réévaluation des cours modifie les perspectives d’approvisionnement des pays importateurs de pĂ©trole Ă  moyen terme. Les marchĂ©s anticipent qu’une stabilisation de la zone gĂ©ographique permettrait un retour rĂ©gulier des volumes exportĂ©s, ce qui attĂ©nuerait les tensions sur les capacitĂ©s de raffinage occidentales. Pour les Ă©conomies europĂ©ennes, et notamment pour le marchĂ© français, ce repli du brut offre une possibilitĂ© de stabilisation des prix des carburants Ă  la pompe, bien que l’effet ne soit pas immĂ©diat en raison des dĂ©lais de stockage.

La dĂ©pendance des cours vis-Ă -vis des facteurs gĂ©opolitiques confirme cependant le caractĂšre incertain des prĂ©visions Ă©nergĂ©tiques pour le reste de l’annĂ©e. Les analystes soulignent que l’absence d’un calendrier prĂ©cis pour la signature finale maintient une volatilitĂ© latente.

Le comportement des autres pays producteurs de pĂ©trole, notamment au sein de l’OPEP+, constituera un autre facteur dĂ©terminant pour l’équilibre global si l’offre iranienne venait Ă  se rĂ©intĂ©grer pleinement dans les circuits officiels.

Les fluctuations observĂ©es en ce dĂ©but de semaine illustrent la sensibilitĂ© des marchĂ©s Ă©nergĂ©tiques aux signaux de dĂ©tente internationale. La baisse du Brent sous la barre des 100 dollars montre que les craintes d’une rupture prolongĂ©e de l’approvisionnement s’estompent au profit d’une approche plus pragmatique des flux commerciaux. Si un accord-cadre se dessine pour garantir la sĂ©curitĂ© des voies maritimes, la rĂ©solution des questions de fond sur le dossier nuclĂ©aire exigera probablement de longues phases de vĂ©rification. La pĂ©rennitĂ© de ce reflux des prix dĂ©pendra donc de la transformation de ces dĂ©clarations d’intention en engagements contractuels vĂ©rifiables.

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Attaque en cours sur Polymarket ? 600 000 dollars seraient en train de s'envoler

May 22nd 2026 at 11:43

L’enquĂȘteur on-chain ZachXBT signale ce matin un exploit qui semble ĂȘtre en cours sur Polymarket. Quels sont les Ă©lĂ©ments dont nous disposons Ă  ce stade ?

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L’individu souverain, la technique et le nouveau Moyen Âge

May 15th 2026 at 09:00

J'ai rĂ©cemment participĂ© Ă  la traduction en français du livre The Sovereign Individual, qui sort ce vendredi 15 mai chez Konsensus Network sous le titre L'Individu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă  l'effondrement de l'État-providence. Cet ouvrage, coĂ©crit en 1997 par William Rees-Mogg et James Dale Davidson, est un texte de prospective, emblĂ©matique par les prĂ©dictions qu'il faisait sur les consĂ©quences politiques de la rĂ©volution numĂ©rique, alors balbutiante Ă  l'Ă©poque. Riche en contexte historique et long de quatre-cents pages, il apporte des Ă©lĂ©ments de rĂ©flexion qui n'ont pas vieilli aujourd'hui.

William Rees-Mogg Ă©tait un lord anglais et avait Ă©tĂ© Ă©diteur du Times de 1967 Ă  1981. James Dale Davidson Ă©tait un investisseur amĂ©ricain. Au moment de la publication initiale du livre, les deux hommes gĂ©raient une lettre d'information financiĂšre depuis 1984. Ils avaient alors dĂ©jĂ  publiĂ© deux livres Ă  succĂšs (Blood in the Streets en 1987 et The Great Reckoning en 1993), oĂč ils formulaient dĂ©jĂ  des prĂ©dictions, notamment sur le monde financier et la gĂ©opolitique. L'Individu Souverain constituait pour eux un parachĂšvement de leur vision de l'avenir.

Dans cet ouvrage, ils soutenaient qu'une nouvelle phase de l'histoire de l'humanitĂ© s'ouvrait — l'Ăšre de l'information — et qu'elle allait permettre aux individus de s'Ă©manciper du joug des États-nations. Revenant sur l'histoire de l'humanitĂ©, du nĂ©olithique Ă  l'Ă©poque moderne en passant par le Moyen Âge, ils examinaient les dynamiques rĂ©gissant l'Ă©volution politico-Ă©conomique du monde. Ils mettaient en avant le caractĂšre libĂ©rateur du progrĂšs technique, et prĂ©disaient en particulier l'Ă©mergence d'une monnaie numĂ©rique Ă©chappant au contrĂŽle Ă©tatique, chose qui se matĂ©rialiserait avec Bitcoin au dĂ©but des annĂ©es 2010.

Aux États-Unis, le livre s'est rapidement popularisĂ© dans les cercles libertariens, grĂące au portrait peu flatteur qu'il faisait des États centralisĂ©s et des idĂ©ologies qui les soutenaient. Il s'est aussi diffusĂ© dans la Silicon Valley, en raison du point de vue techno-optimiste des auteurs. Il a plus tard connu un succĂšs croissant au sein de la communautĂ© de Bitcoin (et du milieu des cryptomonnaies en gĂ©nĂ©ral), inspirant notamment Francis Pouliot, Jameson Lopp ou Naval Ravikant. En France, il est aujourd'hui mis en avant par le mĂ©dia indĂ©pendant Le Bunker, par la plateforme Zone Franche, et par l'infopreneur Olivier Roland, qui a Ă©crit son propre livre sur le sujet.

À l'heure oĂč la stabilitĂ© de l'ordre mondial est remise en question et oĂč les États deviennent de plus en plus autoritaires, la thĂšse de l'individu souverain est plus que jamais d'actualitĂ©. Cet article constitue une analyse et une critique de cette thĂšse. Le progrĂšs technique va-t-il nous libĂ©rer et sommes-nous Ă  la veille du Moyen Âge ? C'est ce Ă  quoi nous allons tenter de rĂ©pondre ici.

La thĂšse de l'individu souverain

La thĂšse de l'ouvrage de Rees-Mogg et Davidson est que la rĂ©volution numĂ©rique (dite « de l'information ») va provoquer l'effondrement de l'État-providence moderne et conduire Ă  l'avĂšnement d'une souverainetĂ© individuelle rĂ©elle. Cette souverainetĂ© s'exercera par le renversement du rapport entretenu par les autoritĂ©s politiques et les individus : ces derniers ne seront plus considĂ©rĂ©s comme des sujets ou des citoyens, et comme des « vaches Ă  lait » (p. 238) pour les plus productifs, mais comme des « clients » (pp. 117–118). Et, comme le dit le dicton, le client est roi.

Le concept de « souverainetĂ© de l'individu » n'est pas tout rĂ©cent, puisqu'il a Ă©mergĂ© avec la pensĂ©e libĂ©rale anglo-saxonne (John Locke) et qu'il a Ă©tĂ© formulĂ© par John Stuart Mill en 1859, qui Ă©crivait : « Sur lui-mĂȘme, sur son corps et son esprit, l'individu est souverain1. » Le terme a ensuite Ă©tĂ© repris dans son acception la plus radicale par les anarchistes individualistes amĂ©ricains, comme Josiah Warren ou Benjamin Tucker, puis par les thĂ©oriciens du libertarianisme moderne, notamment Murray Rothbard.

LĂ  oĂč les auteurs se diffĂ©rencient de cette idĂ©ologie libĂ©rale est que leur discours n'est pas prescriptif (ou du moins pas explicitement), mais descriptif : ils veulent montrer que le sens de l'histoire va vers plus de libertĂ©. Le livre n'est donc pas un manifeste politique en tant que tel, mais un manuel de survie face Ă  la « grande transformation » (p. 234) qui est en train d'avoir lieu. Ils se basent (entre autres) sur les travaux d'un historien amĂ©ricain du XXe siĂšcle nommĂ© FrĂ©dĂ©ric Lane, qui Ă©tait spĂ©cialiste du bas Moyen Âge et qui avait dĂ©veloppĂ© une analyse Ă©conomique de la violence politique2.

Suivant les idĂ©es de Lane, les auteurs Ă©laborent leur propre modĂšle prĂ©dictif. Ils dĂ©crivent comment les « facteurs mĂ©gapolitiques » conditionnent la forme institutionnelle des États en faisant varier ce qu'ils appellent « les rendements de la violence » :

« En modifiant les coûts et les gains potentiels liés à la coercition, la mégapolitique détermine la capacité de certains à imposer leur volonté à autrui. » (p. 48)

Les facteurs qu'ils identifient appartiennent à quatre grandes catégories :

  1. Les conditions topographiques : les grandes plaines alluviales propices au développement de grands centres de civilisation, les montagnes jouant un rÎle protecteur, les littoraux fragmentés favorisant le commerce3, etc. ;
  2. Les causes climatiques : la tempĂ©rature gĂ©nĂ©rale qui affecte directement la production agricole, et donc la puissance politique de l'État qui domine la rĂ©gion ;
  3. Les agents infectieux : les bactéries et les virus derriÚre les épidémies, qui provoquent des fluctuations démographiques massives, limitant de ce fait la taille des grands empires ;
  4. Les innovations techniques : les outils qui permettent au pouvoir d'asseoir sa domination ou à l'inverse à l'individu de se défendre.

Pour les auteurs, la technologie — ou la technique, si l'on veut Ă©viter de faire un amĂ©ricanisme — constitue Ă  l'Ă©poque moderne le « facteur dĂ©terminant de l’équilibre entre le coĂ»t et les bĂ©nĂ©fices liĂ©s Ă  l’exercice du pouvoir » (p. 52). L'Ă©volution technique liĂ©e Ă  l'Ăšre de l'information (la micro-informatique, le cyberespace et la cryptographie) va libĂ©rer l'individu, en provoquant une baisse des rendements de la violence. Les États ne pourront plus contrĂŽler leurs citoyens comme ils l'ont fait jusqu'Ă  prĂ©sent, ce qui conduira Ă  l'Ă©mancipation des individus. Ce discours n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui des cypherpunks, qui Ă©crivaient Ă  la mĂȘme Ă©poque.

La taille des entitĂ©s souveraines va ainsi grandement diminuer, pour ne parfois concerner qu'une poignĂ©e d'individus. On assistera Ă  la dĂ©sagrĂ©gation des grands États, pour donner une multitude de micro-juridictions. Le monde connaitra une nouvelle pĂ©riode de fĂ©odalitĂ© qui rappellera celle du Moyen Âge, tout en s'en distinguant fondamentalement. En effet, grĂące Ă  la gĂ©nĂ©ralisation d'Internet, les individus pourront davantage se rĂ©unir en « groupes d'affinité » (p. 157), chose qui existait sous forme embryonnaire dans les ordres religieux et militaires mĂ©diĂ©vaux comme les chevaliers de Malte. Cette dĂ©marche se retrouve aujourd'hui dans le concept de l'État-rĂ©seau de Balaji Srinivasan (ancien directeur technique de Coinbase et associĂ© gĂ©nĂ©ral chez Andreessen Horowitz), qui le dĂ©finit comme « une communautĂ© en ligne hautement alignĂ©e, dotĂ©e d'une capacitĂ© d'action collective, qui finance l'acquisition de territoires Ă  travers le monde et finit par obtenir la reconnaissance diplomatique d'États dĂ©jĂ  existants ».

L'Europe occidentale en 1444 (source : u/ratkatavobratka, 2021)

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les entitĂ©s souveraines se feront concurrence, et les personnes procĂšderont Ă  un arbitrage juridictionnel : elles choisiront oĂč elles voudront rĂ©sider et travailler en fonction des conditions offertes (fiscalitĂ©, sĂ©curitĂ©, infrastructures) par ces micro-États. Ce sera une application du « thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence4 » formulĂ© par les auteurs, qui affirme que les individus rĂ©agiront Ă  une hausse d'impĂŽt, non pas en rĂ©duisant leur consommation mais en dĂ©mĂ©nageant :

« À l’ùre de l’information, cependant, la rĂ©action du contribuable rationnel ne consistera plus Ă  Ă©pargner davantage pour absorber l’augmentation prĂ©visible de ses impĂŽts ; il choisira plutĂŽt de transfĂ©rer sa rĂ©sidence ou d’effectuer ses transactions ailleurs. De mĂȘme que les producteurs choisissent les fournisseurs les plus avantageux, la capacitĂ© Ă  sĂ©lectionner son prestataire de protection deviendra un levier bien plus dĂ©terminant pour prĂ©server ses revenus. » (p. 221)

Il s'agira d'un « vote avec ses pieds », d'une « dĂ©fection5 » (p. 218) affectant indirectement la politique de l'État. Les individus les plus productifs iront enrichir les juridictions fiscalement avantageuses et davantage focalisĂ©es sur les missions rĂ©galiennes, tandis que les grands États-providence s'appauvriront considĂ©rablement, et seront contraints Ă  revoir Ă  la baisse leurs politiques redistributives.

La révolution de l'information

Tout comme la dĂ©couverte de la poudre Ă  canon et celle de l'imprimerie ont mis fin Ă  la fĂ©odalitĂ© au moment de la Renaissance, la rĂ©volution de l'information va mettre un terme Ă  l'Ăšre de l'État-nation. Les anciens modes de production Ă©taient soumis Ă  la « tyrannie de l'endroit » (p. 174) : la rattachement de la production Ă  un bien foncier (terre ou usine) rendait les producteurs particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă  l'impĂŽt et aux revendications sociales, et c'est pour cette raison que la crĂ©ation de richesse permise par la rĂ©volution industrielle a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e par l'État. À l'inverse, la rĂ©volution de l'information va permettre aux entreprises de dĂ©centraliser leur mode de production et de transcender cette tyrannie de l'endroit, en devenant davantage mobiles. Les auteurs le rĂ©sument bien : « Le gigantisme des usines a coĂŻncidĂ© avec l’ùre de l’État-providence. À l’inverse, la micro-informatique miniaturise les institutions. » (p. 135)

Internet joue un grand rĂŽle dans la thĂšse soutenue par les auteurs. À la suite de John Perry Barlow, auteur d'une DĂ©claration d'indĂ©pendance du cyberespace en 1996, ils professent que « le cyberespace, tel le royaume imaginaire des dieux d’HomĂšre, forme un univers distinct de notre monde terrestre familier, fait de fermes et d’usines » (p. 174). Ils considĂšrent que l'activitĂ© se fera dans le cadre de la « multinationale virtuelle » (p. 222), association d'individus souverains s'adaptant facilement aux conditions du marchĂ©. Ce type de production est devenu rĂ©alitĂ© aujourd'hui avec l'Ă©mergence des digital nomads, dont le modĂšle a Ă©tĂ© exposĂ© en 2007 par l'influenceur Tim Ferriss dans son best-seller de dĂ©veloppement personnel, La Semaine de quatre heures.

Rees-Mogg et Davidson soutiennent aussi que la rĂ©volution de l'information va mener Ă  la crĂ©ation d'une monnaie numĂ©rique, appelĂ©e « cybermonnaie », qui repose sur la cryptographie asymĂ©trique et Ă©chappe au contrĂŽle de l'État. Ils Ă©crivent :

« Avec l'Ă©mergence du commerce en ligne, l'apparition de la cybermonnaie est inĂ©luctable. Cette nouvelle forme de monnaie sapera la capacitĂ© des États Ă  dĂ©terminer qui pourra accĂ©der au statut d'individu souverain. Ce changement s'explique en grande partie par le rĂŽle de la technologie de l'information, qui affranchira les dĂ©tenteurs de patrimoine de la confiscation dĂ©guisĂ©e que constitue l'inflation. [...] Cette monnaie numĂ©rique est appelĂ©e Ă  jouer un rĂŽle central dans le cybercommerce. Elle se prĂ©sentera sous la forme de suites chiffrĂ©es de nombres premiers de plusieurs centaines de chiffres. Unique, anonyme et vĂ©rifiable, cette monnaie pourra ĂȘtre utilisĂ©e pour les transactions les plus importantes, mais aussi ĂȘtre fractionnĂ©e Ă  l'infini pour rĂ©gler des montants microscopiques. Elle s'Ă©changera instantanĂ©ment et sans aucune restriction sur un marchĂ© mondial pesant plusieurs milliers de milliards de dollars. » (p. 191)

À l'Ă©poque, le modĂšle eCash de David Chaum Ă©tait dĂ©ployĂ© de façon expĂ©rimentale dans certaines banques amĂ©ricaines depuis 1995. Les auteurs n'Ă©taient donc pas les seuls Ă  prĂ©dire l'Ă©mergence d'une monnaie numĂ©rique libre : le constat Ă©tait partagĂ© par Milton Friedman par exemple. Cet idĂ©al de monnaie numĂ©rique a fini par se matĂ©rialiser sous la forme de Bitcoin, conçu par Satoshi Nakamoto en 2008 : une monnaie rĂ©sistante Ă  la censure et rĂ©sistante Ă  l'inflation, confidentielle et programmable, adaptĂ©e aux gros transferts vers l'Ă©tranger comme aux petits paiements.

Une autre vision prophĂ©tique rĂ©alisĂ©e dans L'Individu souverain est l'adoption de l'intelligence artificielle au sein de la population gĂ©nĂ©rale. Les auteurs prĂ©voient en effet que les individus pourront augmenter leurs capacitĂ©s de façon surprenante grĂące Ă  des « serviteurs » ou « assistants numĂ©riques » (p. 150). Ils Ă©voquent notamment la cas de « juristes numĂ©riques » qui « automatiseront la sĂ©lection des clauses contractuelles, en utilisant des processus d’intelligence artificielle tels que les rĂ©seaux neuronaux, pour rĂ©diger des contrats privĂ©s personnalisĂ©s en fonction des conditions juridiques internationales » (p. 185). Certains individus pourraient ainsi devenir extrĂȘmement puissants : « Un gĂ©nie excentrique, Ă©paulĂ© par ses serviteurs numĂ©riques, pourrait thĂ©oriquement rivaliser avec l’influence d’un État-nation dans une guerre informatique. » (p. 169)

Cette prédiction rappelle inévitablement les agents d'IA, ces systÚmes qui effectuent des tùches de maniÚre autonome en concevant des flux opérationnels et en interagissant avec le monde réel à la place de l'utilisateur. L'intelligence artificielle, qui jusque-là était restée confinée à quelques utilisations précises (AlphaGo), s'est popularisée à partir de 2022 avec le succÚs de la premiÚre version ouverte de ChatGPT (basée sur GPT-3). Puis la pratique de l'IA agentique s'est développée à partir de cette base, pour se faire connaitre par le biais de Clawdbot/OpenClaw en 2025. Aujourd'hui, l'individu a désormais la possibilité de démultiplier ses capacités, en disposant d'outils puissants pour automatiser les tùches les plus redondantes, comme la programmation logicielle, la traduction, l'écriture d'articles ou la gestion des courriels.

Ainsi, nous ne pouvons que constater que Rees-Mogg et Davidson ont été visionnaires sur un certain nombre de sujets. Toutefois, on peut largement nuancer cette opinion, trop répandue parmi les défenseurs du livre et de la thÚse de l'individu souverain. Le discours des auteurs semble relever de la pensée désidérative au moins sur deux points : le rÎle libérateur de la technique et l'imminence de la décentralisation politique.

La technique, libératrice ou tyrannique ?

MĂȘme Rees-Mogg et Davidson se contentent de dĂ©crire les choses telles qu'elles sont censĂ©es se passer, on comprend qu'ils ont un point de vue positif sur la rĂ©volution numĂ©rique, ayant une bienveillance toute promĂ©thĂ©enne Ă  l'Ă©gard du progrĂšs technique rĂ©cent et Ă  venir. Ils Ă©ludent ainsi la perspective inverse : que le progrĂšs technique en cours amĂšne une plus grande servitude en mĂȘme temps qu'un plus grand confort. De leur propre aveu, c'est ce qui s'est passĂ© lors de la « rĂ©volution agricole » et de la rĂ©volution industrielle ; pourquoi serait-ce diffĂ©rent cette fois-ci ?

Une technique particuliĂšre n'est jamais neutre et influence la sociĂ©tĂ© entiĂšre dans un sens particulier. Dans le cadre politique, elle vient changer les « conditions mĂ©gapolitiques » de la rĂ©gion dans laquelle elle est adoptĂ©e. Une innovation peut donc apparaitre comme un outil d'indĂ©pendance pour l'individu, tout en favorisant en rĂ©alitĂ© la mainmise gĂ©nĂ©rale de l'État.

Les moyens de transport et de communication, par exemple, sont utiles aux individus pour se dĂ©placer entre les juridictions et pour Ă©changer des informations et des richesses. Mais ils permettent surtout la centralisation au niveau politique : les ordres peuvent ĂȘtre transmis plus rapidement aux gouverneurs de province et les troupes peuvent ĂȘtre envoyĂ©es plus facilement en cas de sĂ©cession. Le dĂ©veloppement des transports terrestres, maritimes, ferroviaires et aĂ©riens, ainsi que le dĂ©ploiement des communications modernes (tĂ©lĂ©graphe, tĂ©lĂ©phone, TCP/IP), ont favorisĂ© l'Ă©mergence d'États-continents centralisĂ©s comme la RĂ©publique populaire de Chine ou les États-Unis. Le cas d'Internet est emblĂ©matique : il a, de par son architecture distribuĂ©e, Ă©tĂ© un outil fantastique pour dĂ©mocratiser la connaissance de l'individu, mais il a aussi largement contribuĂ© Ă  la diffusion de propagande de masse, Ă  la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă  l'abrutissement global.

La numĂ©risation de la monnaie peut aussi ĂȘtre examinĂ©e sous ce prisme. Elle a certes amenĂ© l'argent liquide Ă©lectronique qu'est Bitcoin (dont le potentiel est sous-exploitĂ© aujourd'hui), mais elle a Ă©tĂ© essentiellement l'occasion de dĂ©ployer la surveillance et le contrĂŽle financier Ă  des domaines qui ne l'Ă©taient pas avant, d'abord dans le systĂšme bancaire, et bientĂŽt directement par les États eux-mĂȘmes, par l'intermĂ©diaire de la monnaie numĂ©rique de banque centrale. Bitcoin constitue bien plus une rĂ©action Ă  cette numĂ©risation de la monnaie, une valorisation des propriĂ©tĂ©s de la « monnaie physique » et une opposition aux « institutions financiĂšres qui servent de tiers de confiance pour traiter les paiements Ă©lectroniques », qu'une volontĂ© de faire advenir une monnaie intĂ©gralement numĂ©rique. De mĂȘme, David Chaum avait en son temps dĂ©veloppĂ© ses mĂ©thodes cryptographiques (et son fameux systĂšme eCash) parce qu'il se catastrophait de l'informatisation de la sociĂ©tĂ©6.

L'intelligence artificielle est également concernée par ce coté double : elle est en effet particuliÚrement puissante dans un certain nombre de domaines (on regardera l'illustration de cet article pour s'en convaincre), mais demeure dans sa conception une chose trÚs centralisée et sensible à l'intervention étatique. L'entrainement des meilleurs modÚles d'IA (Claude, ChatGPT, Gemini) requiert une infrastructure informatique monstrueuse (datacenters), de sorte que ces derniers sont contrÎlés par des grandes sociétés plus ou moins soumises au pouvoir américain (OpenAI, Anthropic, Google). Du cÎté de l'inférence, on peut logiquement déployer localement des modÚles open source (comme Qwen ou Deepseek) à l'aide d'une carte graphique performante valant aujourd'hui une poignée de milliers d'euros. Toutefois, cette façon de faire est significativement moins efficace : les modÚles concernés sont moins bons et le coût de maintenance locale est non négligeable (sans parler du fait que les concurrents sont actuellement subventionnés). On peut donc aisément prédire aisément que l'essentiel de la production par IA se fera par le biais des modÚles propriétaires et hébergés de maniÚre centralisée.

Vue aérienne d'une site de datacenters dédiés à l'entrainement d'intelligence artificielle à Mount Pleasant, dans le Wisconsin, en 2025 (source : Microsoft)

Dans ce registre, il est intéressant de citer Peter Thiel, cofondateur controversé de PayPal et de Palantir, qui était l'auteur de la préface de la réédition de 2020 de The Sovereign Individual. Il écrit ainsi (en écho à une déclaration précédente) :

« L'intelligence artificielle laisse entrevoir la possibilitĂ© de rĂ©soudre enfin ce que les Ă©conomistes appellent le "problĂšme du calcul Ă©conomique" : l'IA pourrait thĂ©oriquement permettre de contrĂŽler de maniĂšre centralisĂ©e l'ensemble d'une Ă©conomie. Ce n'est pas un hasard si l'IA est la technologie prĂ©fĂ©rĂ©e du Parti communiste chinois. La cryptographie forte, Ă  l'autre extrĂȘme, laisse entrevoir la perspective d'un monde dĂ©centralisĂ© et individualisĂ©. Si l'IA est communiste, la crypto est libertarienne7. »

La rĂ©volution de l'information est bel et bien en train de bouleverser le monde, pour le meilleur et pour le pire. Si le progrĂšs technique est aujourd'hui en plein essor, il pourrait nous conduire Ă  la pire des dystopies, oĂč intelligence artificielle cĂŽtoierait identitĂ© informatisĂ©e, monnaie numĂ©rique de banque centrale, surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă©conomie planifiĂ©e — la technocratie. Il est donc avisĂ© d'avoir un certain discernement et de ne pas se rĂ©jouir bĂ©atement de toutes les nouvelles avancĂ©es techniques que nous propose sans cesse l'Ă©lite technologique, cette « élite cosmopolite de l’ùre de l’information » (p. 270).

Le nouveau Moyen Âge n'est pas pour tout de suite

Dans L'Individu souverain, ainsi que dans leurs autres ouvrages, Rees-Mogg et Davidson prĂ©sentent une conception cyclique de l'histoire, et se basent sur les Ă©vĂšnements passĂ©s pour prĂ©dire l'avenir. DĂšs le dĂ©but du livre, ils font ainsi remarquer que l'histoire occidentale est marquĂ©e un « mystĂ©rieux cycle de cinq siĂšcles » depuis la GrĂšce antique : Ă  chaque fois, un « grand bouleversement » provoque « l’apparition d'une nouvelle phase d’organisation sociale » (p. 33). En 508 avant JĂ©sus-Christ, c'Ă©taient les rĂ©formes dĂ©mocratiques de ClisthĂšne ; en l'an 1, la naissance du Christ marquant l'apogĂ©e Ă©conomique antique ; en 476 ap. J.-C., l'effondrement de l'Empire romain d'Occident et le dĂ©but de l'« Âge sombre » ; vers l'an mil, l'instauration de la fĂ©odalitĂ© en Europe occidentale initiant une restructuration ; et en 1492, le dĂ©but de l'Ă©poque moderne avec la dĂ©couverte de la poudre Ă  canon, la Renaissance et la RĂ©forme protestante. Dans cette logique, l'an 2000 devrait amener avec lui le dĂ©but d'une nouvelle Ăšre — l'Ăšre de l'information — oĂč l'organisation sociale reposerait sur une sorte de fĂ©odalitĂ© technologique, marquĂ©e par une division politique forte et par un dĂ©veloppement technique avancĂ©. Cette pĂ©riode nouvelle prendrait les atours d'un nouveau Moyen Âge, sans pour autant en prĂ©senter les inconvĂ©nients principaux.

Si cette façon de présenter les choses est séduisante, elle est peu méthodique en ce que la sélection des évÚnements est arbitraire et ne repose sur aucun critÚre précis, hormis le ressenti dans la mémoire collective8. L'intuition des auteurs sur les variations historiques est néanmoins bonne, et on peut percevoir un autre cycle : le cycle des civilisations, qui a notamment été mis en lumiÚre par l'historien et essayiste français Philippe Fabry. Depuis l'émergence des premiÚres civilisations au néolithique, le monde a connu des hauts et des bas, mesurés selon le niveau d'urbanisation, de commerce et d'unification politique.

Dans ce cadre, le « Moyen Âge » correspondait Ă  une pĂ©riode de transition entre deux Ăšres civilisationnelles : l'AntiquitĂ© grĂ©co-romaine et la ModernitĂ© europĂ©o-amĂ©ricaine. Il a permis une relative « concurrence entre les juridictions9 » prĂ©cisĂ©ment parce qu'il constituait l'aboutissement d'un long processus de dĂ©civilisation. Cette indĂ©pendance s'accompagnait ainsi d'une dominance du mode de vie rural et d'un bas niveau d'Ă©changes Ă©conomiques avec l'Ă©tranger.

Plus encore, le Moyen Âge n'Ă©tait pas la premiĂšre pĂ©riode de ce genre : en GrĂšce, la disparition de la civilisation mycĂ©nienne lors de l'effondrement de l'Ăąge du bronze au XIIe siĂšcle avant JĂ©sus-Christ a conduit Ă  des « siĂšcles obscurs » qui ont durĂ© plus de 400 ans. La reconstruction a eu lieu ensuite, lors de l'Ă©poque archaĂŻque, qui a donnĂ© la GrĂšce antique que nous connaissons, avec les citĂ©s-États d'AthĂšnes ou de Sparte. Il s'en est suivi un mouvement d'unification politique (Ă  l'Ă©chelle de l'Ă©poque), d'abord sous l'Ă©gide de la MacĂ©doine vers 330 av. J.-C. (Alexandre le Grand), puis de Rome au IIe siĂšcle avant notre Ăšre.

Essor et déclin civilisationnel dans le Levant méridional entre l'ùge du bronze et l'ùge de fer (source : Pierre de Miroschedji)

Le monde est donc soumis à des forces au long cours autrement plus immuables que l'innovation technique. Bien que celle-ci atteigne aujourd'hui un niveau inédit dans l'histoire de l'humanité (cybernétique, intelligence artificielle, manipulation génétique, neurotechnologie), elle n'en demeure pas moins assujettie au cycle civilisationnel, qui est une dynamique humaine10. La technique, en tant qu'elle constitue une extension de la vie humaine, a seulement pour effet de ralentir le cycle, pas d'y mettre un terme.

Le processus de dĂ©civilisation et de dĂ©centralisation du monde est un processus lent et graduel : il peut ĂȘtre ponctuĂ© par des Ă©vĂšnements spectaculaires, mais ceux-ci sont l'expression de mutations plus profondes. Rome ne s'est pas effondrĂ©e en un jour par exemple ; il lui a fallu un demi-millĂ©naire. Il parait de ce fait trĂšs illusoire de croire qu'un changement brutal va se produire, et ce d'autant plus que ce potentiel dĂ©clin n'a pas encore commencĂ©. Le monde n'a jamais Ă©tĂ© aussi riche qu'aujourd'hui. La tendance Ă  la centralisation politique (qui a dĂ©butĂ© autour de l'an mil en Europe) ne montre aucun signe d'inversement, malgrĂ© les conflits militaires qui marquent l'actualitĂ© de ces derniĂšres annĂ©es.

L'heure est donc aux grands empires, qui seuls peuvent exercer une souverainetĂ© concrĂšte : les États-Unis, l'Union europĂ©enne, la Chine, l'Inde. Les petites entitĂ©s soi-disant « souveraines » sont en rĂ©alitĂ© soumises au bon-vouloir de ces grands empires11. Elles persisteront probablement, ne serait-ce que pour permettre Ă  l'Ă©lite de jouir de son statut, mais ne constitueront pas de rĂ©elles solutions viables avant des siĂšcles.

La pratique comme maĂźtre-mot

On peut ainsi conclure que la thĂšse de l'individu souverain est intĂ©ressante, mais peine Ă  convaincre dans son entiĂšretĂ©. Rees-Mogg et Davidson sont beaucoup trop optimistes sur la possibilitĂ© de libertĂ© politique des individus. L'État est une institution de servitude qui orchestre la contrainte depuis des millĂ©naires, et qui ne sera pas renversĂ©e du jour au lendemain par un procĂ©dĂ© technique, fĂ»t-il aussi gĂ©nial que Bitcoin.

Toutefois, malgrĂ© ce postulat erronĂ©, le livre prĂ©sente une vĂ©ritable valeur en ce qu'il incite Ă  la pratique. S'il a eu le succĂšs qu'on lui connait, c'est parce qu'il a apportĂ© beaucoup Ă  ceux qui l'ont lu. MĂȘme si les auteurs ne donnent pas de conseils directs (hormis des investissements en lien avec leur lettre d'information, non reproduits dans la version en français), leurs analyses ouvrent la voie Ă  des actions dans le monde rĂ©el. Il pousse ainsi Ă  agir plutĂŽt que de se plaindre, Ă  anticiper plutĂŽt que de subir. Et, Ă  dĂ©faut de prĂ©dire l'effondrement de l'État-providence, il permettra Ă  l'individu d'ĂȘtre libre dans un monde qui ne l'est pas.

On sera ainsi amenĂ©s Ă  voir d'un bon Ɠil l'entrepreneuriat, notamment par le biais d'Internet, qui modifie le marchĂ© Ă  aller chercher. Avoir un flux de trĂ©sorerie issu du cyberespace nous rendra moins facilement saisissable et imposable. On voyagera et on profitera des disparitĂ©s entre les juridictions en dĂ©plaçant certains aspects de notre vie Ă  l'Ă©tranger, voire en s'expatriant dĂ©finitivement. On se regroupera en communautĂ©s basĂ©es sur des intĂ©rĂȘts communs. On filtrera notre flux d'information, en personnalisant nos sources documentaires, plutĂŽt qu'en s'abreuvant du discours gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias de masse.

Certains trouveront Ă  redire de ce mode de vie nomade, mais la dĂ©marche a le mĂ©rite de pousser les gens Ă  se frotter Ă  la rĂ©alitĂ©, qualitĂ© trop peu rĂ©pandue de nos jours. La rĂ©flexion est, et a toujours Ă©tĂ©, censĂ©e nourrir l'action. Et ce sont nos actions qui dĂ©terminent ce Ă  quoi le monde de demain ressemblera. Pour citer Peter Thiel : « La lecture de L'Individu souverain en 2020 est un moyen de rĂ©flĂ©chir attentivement Ă  l’avenir que nos propres actions contribueront Ă  façonner. »


Références et notes

James Dale Davidson et William Rees-Mogg, L'Individu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă  l'effondrement de l'État-providence. Konsensus Network, 2026. 411 pages. À retrouver sur la boutique en ligne de l'Ă©diteur (10 % de rĂ©duction avec le code promo lugaxker) et sur Amazon.

Illustration : image générée avec GPT Image 1.5, à partir du tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages peint en 1818 par Caspar David Friedrich. Texte : rédigé intégralement sans LLM. Traduction : sauf précision contraire, les traductions sont réalisées par l'auteur au moyen de DeepL.

  1. John Stuart Mill, De la libertĂ©, trad. Dupont-White (Guillaumin et Cie, 1860), p. 18. ↩
  2. Voir notamment Frederic C. Lane, « Economic Consequences of Organized Violence », The Journal of Economic History, vol. 18, n° 4 (dĂ©cembre 1958), pp. 402–417. ↩
  3. L'argument du littoral accidentĂ© qui favorise le commerce fait penser Ă  la thĂšse de la « thalassographie articulĂ©e » de David Cosandey, formulĂ©e la mĂȘme annĂ©e, en 1997. ↩
  4. Le thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence est appelĂ© ainsi en rĂ©fĂ©rence Ă  l'Ă©quivalence ricardienne, selon laquelle, lors d'une relance budgĂ©taire, les acteurs Ă©conomiques rĂ©duisent leur consommation par anticipation d'une future hausse d'impĂŽt. Ce thĂ©orĂšme de Rees-Mogg et Davidson est prĂ©sentĂ© dans The Bitcoin Handbook d'Anil Patel, traduit en français chez Konsensus Network. ↩
  5. Dans le livre Exit, Voice, and Loyalty Ă©crit 1969 par l'Ă©conomiste amĂ©ricain Albert Hirschmann, le terme « dĂ©fection » (exit) s'oppose Ă  la « prise de parole » (voice) et au « loyalisme » (loyalty) dans la gouvernance des organisations. Hirschmann Ă©crivait notamment : « Ce n'est que lorsque les pays commenceront Ă  vraiment se ressembler, grĂące Ă  la modernisation et Ă  l'Ă©volution des communications, que le danger des dĂ©fections prĂ©maturĂ©es et excessives se prĂ©sentera. » ↩
  6. En 1985, David Chaum Ă©crivait : « L'informatisation prive les individus de la capacitĂ© de surveiller et de contrĂŽler la façon dont les informations les concernant sont utilisĂ©es. (
) Nous sommes en train de jeter les bases d'une sociĂ©tĂ© du fichage, dans laquelle les ordinateurs pourraient ĂȘtre utilisĂ©s pour dĂ©duire le mode de vie, les habitudes, les dĂ©placements et les frĂ©quentations des individus Ă  partir de donnĂ©es collectĂ©es dans le cadre de transactions de consommation ordinaires. L'incertitude quant Ă  la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es contre les abus de ceux qui les conservent ou les exploitent peut avoir un "effet paralysant", amenant les gens Ă  modifier leurs activitĂ©s observables. À mesure que l'informatisation se gĂ©nĂ©ralise, ces problĂšmes risquent de s'aggraver considĂ©rablement. » — Voir « Security without identification: transaction systems to make big brother obsolete », in Communications of the ACM, vol. 28, no. 10, octobre 1985, p. 1030. ↩
  7. Peter Thiel, « Preface », in James Dale Davidson et William Rees-Mogg, The Sovereign Individual (Touchstone, 2020), p. 6. ↩
  8. Pourquoi parler de l'instauration de la dĂ©mocratie athĂ©nienne et ignorer la rĂ©volution anglaise du XVIIe siĂšcle par exemple ? ↩
  9. Rees-Mogg et Davidson vantent notamment les « marches », ces « rĂ©gions frontaliĂšres mĂ©diĂ©vales » qui Ă©taient « le théùtre d’un enchevĂȘtrement de souverainetĂ©s » et avaient dĂ©veloppĂ© « des formes institutionnelles et juridiques singuliĂšres » (p. 166). ↩
  10. Philippe Fabry, citĂ© plus haut, affirme que le processus de dĂ©civilisation dĂ©coule d'un effondrement dĂ©mographique, dĂ» en partie Ă  la baisse de la natalitĂ©. Une sociĂ©tĂ© qui dĂ©cline dĂ©mographiquement a en effet tendance Ă  connaitre une dĂ©croissance Ă©conomique, ce qui diminue l'incitation Ă  la centralisation politique. ↩
  11. Dans sa prĂ©face de 2020, Peter Thiel a mis en perspective la thĂšse de l'individu souverain en mentionnant la prise de contrĂŽle de la Chine sur la citĂ©-État d'Hong Kong, qui correspondait, pour les auteurs, « au type de juridiction qui [...] prospĂ©rera Ă  l’ùre de l’information » (p. 303). ↩

La pensĂ©e technocratique et l’abolition de la monnaie

May 2nd 2026 at 10:00

Savez-vous ce qu'est un technocrate ? Lorsque le terme est évoqué, on pense vaguement à un bureaucrate bien nourri, fonctionnaire habitué de l'administration publique, dont les décisions politiques se basent sur des études statistiques plutÎt que sur des considérations sociales et humaines. Néanmoins cette image n'est qu'une version édulcorée de ce que représente l'idéologie technocratique originelle : le rÚgne absolu de la technique et de ses représentants (les scientifiques et les ingénieurs) aboutissant à une gestion rationnelle et planifiée de la société.

Cette philosophie politique est nĂ©e avec la rĂ©volution industrielle, et a culminĂ© avec le mouvement technocratique amĂ©ricain des annĂ©es 1930 menĂ© par Howard Scott. Si elle ne s'est jamais directement emparĂ©e du pouvoir oĂč que ce soit, elle a nĂ©anmoins profondĂ©ment influencĂ© la politique de l'Occident et continue de le faire de nos jours, d'Emmanuel Macron Ă  Donald Trump en passant par Jinping Xi. De plus, Ă  l'heure oĂč la technique est de plus en plus prĂ©sente dans nos vies avec la numĂ©risation accĂ©lĂ©rĂ©e de la sociĂ©tĂ©, l'effet de cette philosophie prend une toute autre dimension.

La pensée technocratique tient un discours dur sur l'économie : elle abhorre le marché libre, et prÎne la planification pure et simple. En particulier, elle propose d'abolir la monnaie telle que nous la connaissons pour lui substituer un systÚme de distribution centralisé. Dans cet article, je me propose de retracer les origines de cette pensée et d'examiner plus en détail son discours inquiétant sur le systÚme monétaire.

À l'origine de la technocratie : le saint-simonisme

La technocratie est, comme son nom l'indique, une forme de gouvernement oĂč le pouvoir est laissĂ© Ă  la technique, ou du moins Ă  ses reprĂ©sentants, c'est-Ă -dire les scientifiques et les ingĂ©nieurs. Elle recourt entre autres Ă  une planification de l'Ă©conomie, et refuse en cela de laisser faire le marchĂ©. Le terme a Ă©tĂ© créé en 1919 par l'ingĂ©nieur amĂ©ricain William H. Smyth, qui la dĂ©crivait comme une « dĂ©mocratie industrielle rationalisĂ©e », et il s'est par la suite popularisĂ© par le biais du mouvement technocratique amĂ©ricain au dĂ©but des annĂ©es 30.

À l'Ă©poque, il ne s'agissait pas d'une idĂ©e nouvelle. La pensĂ©e technocratique a Ă©mergĂ© avec le progrĂšs technique issu de la rĂ©volution industrielle. Certaines personnes, constatant que la science permettait de rĂ©soudre le problĂšme de la production des biens, voulaient appliquer cette mĂȘme science Ă  la politique, c'est-Ă -dire Ă  la distribution des richesses.

La pensĂ©e technocratique prend en particulier racine dans le saint-simonisme, courant de pensĂ©e nĂ© au dĂ©but du XIXe siĂšcle, fondĂ© par le philosophe, Ă©conomiste et militaire français Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon. Cette doctrine industrialiste prĂŽnait l'organisation rationnelle de la sociĂ©tĂ© afin de rĂ©partir le travail et la richesse produite : « à chacun selon sa capacitĂ©, Ă  chaque capacitĂ© selon ses Ɠuvres1 ». Cette doctrine avait Ă©galement un pan spirituel, se voulant ĂȘtre un « nouveau christianisme », une religion rationaliste sans dieu, censĂ©e dĂ©barrasser les hommes de leur Ă©goĂŻsme.

Saint-Simon, fondateur de la religion nouvelle, gravure de Gottfried Engelmann en 1825 (source : Wikimédia)

Concernant l'organisation économique, Saint-Simon s'est contenté de donner des principes généraux, et n'a pas eu de mot particulier sur la monnaie. Toutefois, ses disciples, menés par Prosper Enfantin et Armand Bazard, s'en sont chargés. Dans la Doctrine de Saint-Simon publiée en 1931, ils imaginaient ainsi un « systÚme général de banques » qui ferait circuler des « crédits », en les distribuant aux travailleurs :

« Ce systÚme comprendrait d'abord une banque centrale représentant le gouvernement, dans l'ordre matériel : cette banque serait dépositaire de toutes les richesses, du fonds entier de production, de tous les instrumens de travail, en un mot, de ce qui compose aujourd'hui la masse entiÚre des propriétés individuelles.

De cette banque centrale dépendraient des banques de second ordre qui n'en seraient que le prolongement, et au moyen desquelles elle se tiendrait en rapport avec les principales localités, pour en connaßtre les besoins et la puissance productrice ; celles-ci commanderaient encore, dans la circonscription territoriale qu'elles embrasseraient, à des banques de plus en plus spéciales, embrassant un champ moins étendu, des rameaux plus faibles de l'arbre de l'industrie.

Aux banques supérieures convergeraient tous les besoins ; d'elles divergeraient tous les efforts : la banque générale n'accorderait aux localités des crédits, c'est-à-dire ne leur livrerait des instruisons de travail, qu'aprÚs avoir balancé et combiné les opérations diverses ; et ces crédits seraient ensuite répartis entre les travailleurs par les banques spéciales, représentant les différentes branches de l'industrie. »

Ces idĂ©es ont aussi inspirĂ© un certain nombre de doctrines et d'expĂ©riences socialistes en France, mĂȘme si le socialisme (courant idĂ©ologique alors naissant) diffĂ©rait sensiblement par sa dĂ©marche Ă©galitaire et dĂ©mocratique. La vulgate saint-simonienne a ainsi influencĂ© le communisme de Louis Blanc, le mutuellisme de Pierre-Joseph Proudhon, et le « socialisme scientifique » de Marx et Engels.

Les clubs nationalistes d'Edward Bellamy

La pensĂ©e technocratique a connu un nouvel essor Ă  partir de la fin du XIXe siĂšcle. Les États-Unis ont en particulier Ă©tĂ© propices au foisonnement de ces idĂ©es, en raison de leur industrialisation rapide Ă  partir de la guerre de SĂ©cession. À titre d'illustration, le nombre d'ingĂ©nieurs dans le pays, qui n'Ă©tait de 7 000 en 1870, est passĂ© Ă  28 000 en 1890, puis 43 000 en 1900, pour finalement atteindre 226 000 en 1930. Cette Ă©volution a provoquĂ© une mutation idĂ©ologique profonde au tournant du XXe siĂšcle, faisant advenir ce qu'on a appelĂ© la Progressive Era, une pĂ©riode de rĂ©formes Ă©conomiques et sociales, s'opposant au laissez-faire et Ă  l'individualisme du Gilded Age qui la prĂ©cĂ©dait.

L'une des personnes qui Ă©mettaient alors des idĂ©es progressistes Ă©tait le journaliste et auteur amĂ©ricain Edward Bellamy. En 1888, alors qu'il n'avait que 27 ans, ce dernier a publiĂ© un roman d'anticipation utopique, intitulĂ© Looking Backward 2000–1887 (et traduit en français sous le nom Cent ans aprĂšs ou l'An 2000), dans lequel il dĂ©crivait une sociĂ©tĂ© future, ayant rompu avec le capitalisme et l'individualisme pour lui substituer la mĂ©ritocratie et l'Ă©galitĂ©. Dans ce monde, le commerce et la monnaie ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par un systĂšme de distribution contrĂŽlĂ© par l'État, oĂč les citoyens utilisent une « carte de crĂ©dit » (terme inĂ©dit Ă  l'Ă©poque) pour subvenir Ă  leurs besoins. Dans le roman, le docteur Leete (homme de l'an 2000) explique au protagoniste (projetĂ© dans le futur) le fonctionnement de ce systĂšme :

« Un crédit, correspondant à sa part du produit annuel de la nation, est ouvert à chaque citoyen, au commencement de l'année, et inscrit sur les livres de l'Etat. On lui délivre une carte de crédit, au moyen de laquelle il se procure, quand il veut, dans les magasins nationaux établis dans toutes les communes, tout ce qu'il peut désirer. Vous voyez que ce systÚme supprime toute transaction commerciale entre producteurs et consommateurs2. »

Couverture de l'édition illustrée de Looking Backward, 1890

Cet ouvrage de fiction a connu un succĂšs populaire retentissant aux États-Unis, Ă©tant vendu Ă  prĂšs de 400 000 exemplaires en l'espace d'une dĂ©cennie, ce qui en a fait le troisiĂšme roman le plus vendu du XIXe siĂšcle outre-Atlantique. Cet ouvrage a eu pour consĂ©quence de crĂ©er un vĂ©ritable mouvement intellectuel Ă  tendance socialiste, formĂ© des partisans de Bellamy, Ă  Boston d'abord, puis tout autour de l'AmĂ©rique du Nord. Les membres de ce mouvement se faisaient appeler les « nationalistes » en raison de leur revendication principale : la nationalisation des biens de production.

On a assistĂ© Ă  la formation de plus de 500 associations nommĂ©es « clubs nationalistes » aux quatre coins du continent. Une revue mensuelle, The Nationalist, a Ă©tĂ© lancĂ©e en 1889. Et Bellamy lui-mĂȘme s'est joint Ă  l'effort, publiant un « programme des nationalistes » en 1894, dans lequel il dĂ©crivait le nationalisme comme une « dĂ©mocratie Ă©conomique » qui visait « à instaurer l'Ă©galitĂ© Ă©conomique en appliquant le principe dĂ©mocratique Ă  la production et Ă  la rĂ©partition des richesses » et Ă  mettre les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques du pays entre les mains d'« organismes publics responsables Ɠuvrant pour le bien-ĂȘtre gĂ©nĂ©ral ». Le mouvement a cependant pĂ©riclitĂ© avec l'implication de ses membres dans la politique Ă©tasunienne (qui se sont notamment ralliĂ©s au jeune Parti populiste lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 1892) et Ă  cause d'un manque de financement. Il Ă©tait nĂ©anmoins avant-coureur du mouvement technocratique3, qui a pris son plein essor quelques dĂ©cennies plus tard.

Henry Gantt, Thorstein Veblen et la Technical Alliance

L'industrialisation de l'AmĂ©rique a poussĂ© Ă  une gestion de plus en plus rationnelle du travail au sein des usines. À la fin du XIXe siĂšcle, l'ingĂ©nieur amĂ©ricain FrĂ©dĂ©ric Taylor a mis au point un modĂšle d'organisation scientifique du travail, qui porterait plus tard son nom : le taylorisme. Cette mĂ©thode, formalisĂ©e dĂ©finitivement dans ses Principes d'organisation scientifique des usines en 1911, consistait Ă  donner une tĂąche Ă  chaque ouvrier Ă  exĂ©cuter dans un temps dĂ©terminĂ©, afin d'accroitre la productivitĂ© de l'entreprise.

Cette volonté d'optimisation rationnelle ne s'est toutefois pas limitée au secteur économique, et certains théoriciens ont tenté de l'appliquer à la politique. C'était le cas de l'ingénieur et consultant Henry Gantt, qui avait été l'assistant de Taylor pendant plus d'une décennie et qui s'était fait connaitre en mettant au point l'outil de gestion de projet qui porterait son nom, le « diagramme de Gantt », en 1910. Avec le déclenchement de la Grande Guerre en 1914, ce dernier a cherché à mettre en pratique les principes d'efficacité industriels dans les secteurs politique et militaire. En avril 1916, il écrivait :

« Il apparaĂźt de plus en plus clairement que les principes qui sous-tendent l'efficacitĂ© industrielle et militaire sont les mĂȘmes et qu'une nation, pour ĂȘtre efficace sur le plan militaire, doit d'abord l'ĂȘtre sur le plan industriel4. »

Henry L. Gantt en 1916 (source : Engineering Magazine via Wikimedia)

En dĂ©cembre 1916, lors de l'assemblĂ©e annuelle de l'American Society of Mechanical Engineers (ASME) Ă  New York, Gantt a inspirĂ© la formation d'un groupe de rĂ©flexion de 34 personnes appelĂ© The New Machine, qu'il a dirigĂ© avec un certain Charles Ferguson. Le groupe se focalisait sur l'Ă©limination des faiblesses qui, selon ses fondateurs, s'Ă©taient insinuĂ©es dans le systĂšme Ă©conomique. Il prĂ©conisait entre autres de « s'attaquer aux causes des frais gĂ©nĂ©raux excessifs et de la flambĂ©e des prix en remĂ©diant aux inefficacitĂ©s de la main-d'Ɠuvre et de la direction, en modifiant le climat de laxisme qui [rĂšgnait] dans le monde des affaires et de l'industrie, et en mettant fin Ă  la pratique consistant Ă  surĂ©valuer la valeur des biens immobiliers industriels5 ». Mais ces ambitions affichĂ©es n'ont pas portĂ© beaucoup de fruits, et le groupe s'est dissout aprĂšs la mort de Gantt en 1919.

Parmi les sources d'inspiration de Henry Gantt, on retrouvait les idĂ©es de Thorstein Veblen, Ă©conomiste et sociologue amĂ©ricain, Ă  l'origine des concepts de « rivalitĂ© pĂ©cuniaire » et de « consommation ostentatoire ». Veblen Ă©tait notamment l'auteur de The Theory of Business Enterprise (1904), oĂč il avait examinĂ© le conflit entre les intĂ©rĂȘts commerciaux axĂ©s sur le profit et les besoins sociĂ©taux plus larges. Voyant les efforts rĂ©alisĂ©s par Gantt avec The New Machine (ainsi que ceux de Morris Cooke, autre disciple de Taylor et dirigeant d'un groupe planiste au sein de l'ASME), Veblen s'est fortement intĂ©ressĂ© aux ingĂ©nieurs et Ă  leur potentiel de direction. Au cours de l'annĂ©e 1919, il a Ă©crit une sĂ©rie d'essais pour le magazine The Dial 6, oĂč il critiquait le « systĂšme des prix », affirmant que le systĂšme de marchĂ© Ă©tait inefficace car la recherche du profit faussait la production. Il spĂ©culait Ă  propos d'une prise de pouvoir par les ingĂ©nieurs, qui formeraient ce qu'il nommait le « soviet des techniciens », en rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©volution bolchĂ©vique survenue quelques annĂ©es auparavant.

À la fin de l'annĂ©e 1919, Veblen a participĂ© Ă  la fondation de la New School for Social Research, universitĂ© privĂ©e new-yorkaise qui offrait un enseignement libre des sciences humaines et sociales. C'est dans cette derniĂšre que s'est formellement constituĂ©e la Technical Alliance, un groupe constituĂ© de d'ingĂ©nieurs, de mathĂ©maticiens, de scientifiques, de statisticiens et d'Ă©conomistes, dont beaucoup appartenaient Ă  l'Ă©cole. Les buts de cette association Ă©taient :

  • « de mettre en Ă©vidence les gaspillages et les dĂ©perditions du systĂšme industriel actuel » ;
  • « d'Ă©tablir une estimation des matiĂšres premiĂšres et de la main-d'Ɠuvre nĂ©cessaires pour garantir aux diffĂ©rents membres de la sociĂ©tĂ© un certain niveau de confort » ;
  • « de montrer schĂ©matiquement comment [fonctionnait] le systĂšme actuel de production et de distribution, et, parallĂšlement, d'Ă©laborer un modĂšle provisoire de production et de distribution entiĂšrement coordonnĂ©es ».

La Technical Alliance proposait de mener des recherches concernant le systÚme industriel, et en particulier sur ses inefficacités. Elle offrait aussi des services d'ingénierie appliquée pour les organisations publiques et les grands groupes industriels.

Organigramme de la Technical Alliance, vers 1920 (source : The Words and Wisdom of Howard Scott)

Outre Thorstein Veblen (qui n'était néanmoins presque pas impliqué, étant souffrant et ayant perdu sa femme à l'automne 1920), plusieurs personnalités en vogue dans le monde scientifique faisaient partie de l'association, dont l'ingénieur en électricité Charles Steinmetz, le physicien Richard C. Tolman et le statisticien Leland Olds. Mais un homme se détachait du reste du groupe, et en constituait le réel meneur idéologique : Howard Scott.

La technocratie d'Howard Scott

Howard Scott Ă©tait un AmĂ©ricain nĂ© en 1890 qui se prĂ©sentait comme un ingĂ©nieur. Il Ă©tait plutĂŽt Ă©nigmatique sur son passĂ©, Ă  tel point que son expertise technique serait plus tard remise en question. À la fin de l'annĂ©e 1919, il occupait la position d'ingĂ©nieur en chef de la Technical Alliance, dont il Ă©tait la tĂȘte pensante et le meneur idĂ©ologique. En particulier, il en avait rĂ©digĂ© le programme et se chargeait de rĂ©pondre Ă  la presse.

Il défendait un point de vue purement technocratique. En février 1921, dans une entrevue accordée au New York World, il affirmait :

« Les techniciens sont les seuls Ă  savoir comment les choses se font. Ils ne sont pas les seuls producteurs, mais ils sont les seuls Ă  savoir comment la production s'effectue. Les banquiers, eux, ne le savent pas. Les politiciens et les diplomates ne le savent pas. Si ces gens-lĂ  le savaient, ils auraient dĂ©jĂ  lancĂ© le processus. Ils sont tous favorables Ă  la production – tout le monde l’est ; mais ceux qui ont Ă©tĂ© aux commandes jusqu'Ă  prĂ©sent ne savent pas comment s'y prendre, tandis que ceux qui savent comment s'y prendre n'ont pas encore considĂ©rĂ© que cela relevait de leur compĂ©tence. »

Il poursuivait :

« On pourrait rĂ©sumer tout le problĂšme comme Ă©tant celui de l'Ă©limination du gaspillage. [
] L'ingĂ©nieur reconnaĂźt que l'oisivetĂ© est un gaspillage, que la duplication des efforts est un gaspillage, et que l'Ă©puisement inutile de toute ressource naturelle est un gaspillage. Si nous parvenons Ă  Ă©liminer l'oisivetĂ© et la duplication des efforts, nous pourrions connaĂźtre une prospĂ©ritĂ© immĂ©diate – une prospĂ©ritĂ© telle que le monde n'en a jamais connue. Si nous parvenons ensuite Ă  trouver un moyen de gĂ©rer nos ressources naturelles, nous pourrions rendre cette prospĂ©ritĂ© permanente. »

L'Alliance a Ă©tĂ© cependant dissoute au cours de l'annĂ©e 1921, Ă  cause d'une dissension interne liĂ©e notamment au tempĂ©rament de Scott. À la suite de cette brouille, Howard Scott a peaufinĂ© sa thĂ©orie, refusant d'abandonner sa vision et passant son temps libre Ă  Greenwich Village pour en discuter avec qui voulait l'Ă©couter. Il gĂ©rait en parallĂšle une petite manufacture de cire pour sols dans le New Jersey pour subvenir Ă  ses besoins.

À la fin de la dĂ©cennie, un Ă©vĂšnement est venu changer le cours des choses : le krach d'octobre 1929, dont les effets devaient se faire ressentir pendant plusieurs annĂ©es, au cours de ce que l'on a appelĂ© la Grande DĂ©pression. Beaucoup y ont vu un Ă©chec du systĂšme en place, et ont cherchĂ© des solutions, ce qui a inĂ©vitablement ravivĂ© l'idĂ©e technocratique. Howard Scott est ainsi revenu sur les devants de la scĂšne : en 1930, il a relancĂ© une enquĂȘte sur l'Ă©nergie Ă  l'universitĂ© Columbia (intitulĂ©e « Energy Survey of North America ») ; en 1931, il a remis sur pieds la Technical Alliance avec avec le gĂ©ophysicien M. King Hubbert (futur thĂ©oricien du pic pĂ©trolier) et quelques anciens membres de l'organisation ; et en 1932, il a commencĂ© Ă  communiquer les premiĂšres conclusions de sa recherche.

Howard Scott à l'hÎtel Morrison à Chicago le 29 juin 1933 ; il est entouré par (de gauche à droite) M. King Hubbert, William Knight et Ernest N. Howe (source : Associated Press via Technocracy Technate Picture Archive)

Étant donnĂ© le contexte Ă©conomique de l'Ă©poque, son ton Ă©tait volontiers catastrophique et prophĂ©tique, et il se prĂ©sentait comme un sauveur7. En aoĂ»t 1932, par l'entremise du professeur Walter Rautenstrauch (prĂ©sident du dĂ©partement gĂ©nie industriel de Columbia), un article concernant l'enquĂȘte sur l'Ă©nergie a Ă©tĂ© publiĂ© dans le New York Times. Howard Scott y prĂ©disait l'augmentation du chĂŽmage et « l'effondrement du systĂšme » si aucune dĂ©cision concernant la rĂ©partition de l'Ă©nergie n'Ă©tait prise. Ce mouvement naissant, qui a pris alors le nom de technocratie8, a attirĂ© l'attention du public et les articles se sont multipliĂ©s dans la presse, aboutissant Ă  une vĂ©ritable frĂ©nĂ©sie mĂ©diatique.

Nombre d'articles rédigés sur le mouvement technocratique, dans le New York Times dans les revues (source : David Adair)

Au plus haut de l'engouement, Howard Scott soutenait que l'effondrement du systÚme des prix était à la fois inéluctable et imminent. Dans un article publié en janvier 1933 dans le Harper's Magazine, il affirmait avec emphase :

« Une crise dans l'histoire de la civilisation amĂ©ricaine est imminente. La nation se trouve Ă  l'aube d'un Ă©vĂ©nement qui est Ă  la fois une opportunitĂ© et une catastrophe. L'opportunitĂ© porte sur le bien-ĂȘtre social, la catastrophe est l'Ă©chec du systĂšme des prix ; et il n'est possible d'Ă©chapper ni Ă  l'une ni Ă  l'autre. La meule des dieux a presque accompli son Ɠuvre, et elle a moulu la farine avec une finesse extrĂȘme. »

Mais l'enthousiasme du grand public pour la technocratie de Scott a été de courte durée. D'une part, l'accession de Franklin D. Roosevelt à la présidence et l'application de son New Deal ont eu pour effet de répondre partiellement aux revendications sociales. D'autre part, un discours d'Howard Scott donné à l'hÎtel Pierre 13 janvier 1933 (et retransmis à la radio) a profondément déçu l'élite industrielle, qui s'est aperçue de son amateurisme.

AprÚs cet apogée médiatique, le mouvement s'est scindé en plusieurs branches, dont celle de Harold Loeb, réformiste, qui durerait quelques années. Mais la principale branche restait celle d'Howard Scott, plus révolutionnaire, qui se concentrait autour de la société commerciale Technocracy Inc., enregistrée en 1934.

Le mouvement a alors pris des atours sectaires : il a adopté le symbole du yin et du yang comme emblÚme ; le rouge vermillon et le gris argenté ont été choisis comme couleurs officielles ; et ses membres se sont mis à porter des uniformes et à faire des saluts militaires. Un slogan a été trouvé : « la science appliquée à l'ordre social9 ». Technocracy Inc. a édité plusieurs ouvrages de propagande, dont le propre livre de Scott intitulé Science versus Chaos. Le programme politique du mouvement s'est clarifié, son but étant de faire advenir une « zone continentale soumise à un contrÎle technique » en Amérique du Nord : le « technat d'Amérique ». Les technocrates, comme l'explique David Adair, se voyaient davantage comme une élite, « et qui plus est une élite biologique ». Cette ambition radicale a notamment attiré des auteurs de science-fiction, comme Hugo Gernsback (l'inventeur du terme « scientific fiction »), T. Bruce Yerke, ou encore le jeune Ray Bradbury.

Technat d'Amérique, illustration de 1940 (source : Cornell)

Les certificats d'énergie de Technocracy Inc.

Howard Scott articulait son discours autour de la critique du systĂšme des prix, qu'il jugeait ĂȘtre la cause des maux de la sociĂ©tĂ©. Il lui opposait une conception Ă©nergĂ©tique de la valeur : en janvier 1933, il affirmait ainsi que le dollar Ă©tait une « unitĂ© purement arbitraire », et mettait en avant la « constance de l'unitĂ© d'Ă©nergie ». Il expliquait :

« L'Ă©nergie se prĂ©sente sous de nombreuses formes, mais il est possible de les mesurer en unitĂ©s de travail — l'erg et le joule — ou en unitĂ©s de chaleur — la calorie. C'est le fait que toutes les formes d'Ă©nergie, quelles qu'elles soient, puissent ĂȘtre mesurĂ©es en ergs, en joules ou en calories qui revĂȘt une importance capitale. La rĂ©solution des problĂšmes sociaux de notre Ă©poque dĂ©pend de la reconnaissance de ce fait. Un dollar peut valoir — en pouvoir d'achat — tant aujourd'hui et plus ou moins demain, mais une unitĂ© de travail ou de chaleur est la mĂȘme en 1900, 1929, 1933 ou en l'an 2000. »

Il prĂ©conisait donc l'abolition du systĂšme des prix, qui se matĂ©rialiserait par le remplacement de la monnaie par un « intermĂ©diaire de distribution ». Il dĂ©fendait la mise en place de certificats d'Ă©nergie attribuĂ©s Ă  chaque citoyen, qui seraient des parts de l'Ă©nergie totale produite et qui ne pourraient pas ĂȘtre Ă©changĂ©es ou prĂȘtĂ©es (mettant fin Ă  la spĂ©culation et aux bulles de crĂ©dit). En 1932, il expliquait :

« Toute unité de mesure sous contrÎle technologique constituerait une certification de l'énergie disponible convertie. Ces unités de certification n'auraient de validité que pendant la période d'équilibre de charge pour laquelle elles ont été émises. »

La vision d'Howard Scott a par la suite été affinée par ses disciples. En 1937, un technocrate appelé Harold Fezer a détaillé à quoi pouvait ressembler ce systÚme de certificats d'énergie. Il écrivait :

« Le nombre total de certificats qui seront Ă©mis correspondra Ă  la quantitĂ© totale d'Ă©nergie nette convertie lors de la fabrication de biens et de la prestation de services. Tous les coĂ»ts d'exploitation, de remplacement, d'entretien et d'extension (en Ă©nergie) du complexe continental, ainsi que tous les coĂ»ts liĂ©s aux services et prestations commerciaux (tels que les transports locaux, la santĂ© publique et la fourniture d'une surface habitable minimale pour chaque individu) sont dĂ©duits avant de calculer l'Ă©nergie nette. La conversion de l'Ă©nergie humaine n'entre pas dans ce calcul puisqu'elle reprĂ©sente moins de 2 % de l'Ă©nergie totale consommĂ©e. La part de chaque individu n'est pas basĂ©e sur sa contribution en termes de travail ou d'effort Ă  l'ensemble des opĂ©rations de la zone. La thĂ©orie de la "valeur" travail — ou de toute autre "valeur" — n'existe pas. [
] Le certificat sera dĂ©livrĂ© directement Ă  l'individu. Il est incessible et non nĂ©gociable, et ne peut donc ĂȘtre volĂ©, perdu, prĂȘtĂ©, empruntĂ© ou donnĂ©. Il n'est pas cumulable, ne peut donc pas ĂȘtre Ă©pargnĂ©, et ne porte pas d'intĂ©rĂȘts. Il n'est pas obligatoire de le dĂ©penser, mais il perd sa validitĂ© aprĂšs une pĂ©riode dĂ©terminĂ©e. »

Fezer dĂ©crivait ensuite l'aspect purement pratique de la chose. Le certificat serait « imprimĂ© sur du papier filigranĂ© et dĂ©livrĂ© sous forme de bandes pliĂ©es en carnets rectangulaires suffisamment petits pour ĂȘtre facilement transportĂ©s dans une poche ».

Exemple de certificat d'énergie (source : Harold Fezer)

Le systÚme défendu par les technocrates était un systÚme de surveillance économique total. Fezer décrivait comment ce systÚme pouvait fonctionner avec les techniques de l'époque :

« Les perforations prĂ©vues permettent l'utilisation d'une cellule photoĂ©lectrique. GrĂące Ă  ce dispositif, il sera possible d'enregistrer automatiquement et pratiquement instantanĂ©ment la date, l'heure, la quantitĂ© et le type d'achat, ainsi que les coordonnĂ©es complĂštes de la personne effectuant l'achat. Les totaux pour le continent ou toute partie du continent seront rapidement disponibles Ă  tout moment. On verra Ă  quel point ce systĂšme — la cellule photoĂ©lectrique et le certificat d'Ă©nergie — sera indispensable pour le maintien de calendriers de production adĂ©quats et de stocks suffisants. GrĂące Ă  lui, de nombreux types de vĂ©rifications pourront ĂȘtre effectuĂ©s rapidement. Si nĂ©cessaire, les dĂ©placements d'un individu pourront ĂȘtre retracĂ©s Ă  partir de ses achats Ă  travers le continent. »

Ainsi, le mouvement technocratique d'Howard Scott a théorisé l'ambition totalitaire par excellence : l'abolition de la monnaie et du systÚme économique tels que nous les connaissons, au profit d'un systÚme de distribution requérant la surveillance et le contrÎle de chaque citoyen.

Le nouvel ordre mondial de H. G. Wells

Un dernier idĂ©ologue de la pensĂ©e technocratique, contemporain du mouvement d'Howard Scott, est l'Ă©crivain de science-fiction britannique Herbert George Wells, qui, avant de connaitre le succĂšs littĂ©raire, avait Ă©tudiĂ© la science Ă  la Normal School of Science de Londres (et notamment la biologie auprĂšs de Thomas Huxley, le « bouledogue de Darwin »). L'Ă©crivain a exposĂ© sa vision du monde dans ses Ɠuvres, tant au sein de ses romans que ses essais : un point de vue planiste et socialiste, radicalement opposĂ© Ă  l'individualitĂ© et Ă  la confidentialitĂ©10. Il y anticipait rĂ©guliĂšrement l'avĂšnement d'un État mondial rationaliste, qui remĂ©dierait aux maux du libre-arbitre humain, comme la guerre11. Cette obsession technocratique, dĂ©jĂ  prĂ©sente dĂšs ses premiers romans, est devenue de plus en plus explicite au fur et Ă  mesure du temps.

H. G. Wells en 1920, portrait réalisé par George Charles Beresford (source : Wikimedia)

H.G. Wells a donné un aperçu de sa vision de la monnaie dans son roman The Shape of Things to Come, publié en 1933. Dans celui-ci, une longue récession économique a provoqué une guerre majeure qui a laissé l'Europe dévastée et menacée par la peste. Les nations dotées des forces aériennes les plus puissantes ont mis en place une dictature bienveillante : la « dictature aérienne », dominée par les techniciens, scientifiques et pilotes, dont la capitale se trouve à Bassorah en actuel Irak. Cette organisation amÚne la paix dans le monde en abolissant les divisions nationales, en faisant respecter l'anglais de base (le « basic » d'Ogden), en promouvant l'apprentissage scientifique et en interdisant la religion (qu'il s'agisse de l'islam ou du catholicisme).

ScĂšne de Things to Come (1836), adaptation cinĂ©matographique du livre de Wells, oĂč le rĂ©gime rationaliste de Bassorah soumet les « derniers vestiges sinistres d'anciens soldats prĂ©dateurs » (source : Youtube)

Wells y affirmait qu'« il ne pouvait y avoir de théorie de la monnaie qui ne soit pas, en réalité, une théorie complÚte de l'organisation sociale ». C'est pour cette raison qu'il imaginait une « monnaie entiÚrement abstraite », « dénuée de tout lien avec une substance matérielle », qui serait émise « de maniÚre à maintenir un indice des prix pratiquement constant », et qui serait « protégée par les lois les plus strictes contre toute forme de manipulation à but lucratif ». Dans le roman, celle-ci prend la forme du « dollar aérien », dont la valeur est indexée à l'énergie liée au transport de marchandises :

« Il ne s'agissait pas du tout d'une piÚce de monnaie métallique, mais d'une série de billets de papier représentant la distance, le poids, le volume et la vitesse. Chaque billet valait un certain nombre de kilogrammes dans un certain espace, pour un certain nombre de kilomÚtres à une certaine allure. La valeur d'un dollar aérien s'était stabilisée à peu prÚs à un mÚtre cube pesant dix kilogrammes et parcourant deux cents kilomÚtres à cent kilomÚtres à l'heure. Il s'agissait déjà d'une unité d'énergie et non d'une unité de matiÚre, comme l'avaient toujours été les anciennes normes mondiales. Ce changement indiquait trÚs clairement que les anciennes conceptions statiques de la vie humaine aux ressources limitées cédaient la place à des idées cinétiques d'une vie en expansion constante. Le dollar aérien était une unité d'énergie liée au transport, et sa transformation en dollar-énergie de notre vie quotidienne d'aujourd'hui avait déjà été clairement esquissée par les experts de Bassorah, bien que le changement effectif n'ait été accompli que dix ans plus tard. »

Tout comme le mouvement technocratique qui lui Ă©tait contemporain, H.G. Wells militait donc pour l'abolition de la monnaie. Mais son ambition Ă©tait mondiale et non continentale. C'est pourquoi il a cherchĂ© Ă  influencer la gĂ©opolitique de son temps par ses publications : en 1940, quelques annĂ©es avant sa mort, il a ainsi rĂ©digĂ© un essai intitulĂ© Le Nouvel ordre mondial, dans lequel il soutenait la formation d'un État mondial socialiste et scientifiquement planifiĂ©. Celui-ci s'inscrivait dans l'effort occidental de crĂ©er une gouvernance internationale durable dans le cadre de la crĂ©ation de l'ONU. Le texte contenait en particulier une « dĂ©claration des droits de l'homme », qui a fait partie des 18 textes consultatifs pour la rĂ©daction de la DĂ©claration universelle des droits de l'homme en 1948.

Les héritages du mouvement technocratique

AprĂšs les annĂ©es 1930, le mouvement technocratique a progressivement dĂ©clinĂ©. La commencement de la Seconde Guerre mondiale et l'entrĂ©e en guerre du Canada est venu bouleverser les choses. Scott s'y est d'abord opposĂ©, envoyant un tĂ©lĂ©gramme au premier ministre canadien en 1939 oĂč il affirmait que « Technocracy Inc. [s'opposait] catĂ©goriquement Ă  la mobilisation des effectifs canadiens pour toute guerre menĂ©e en dehors de ce continent », avant de plaider pour la « mobilisation totale » en juin 1940, alors que la France Ă©tait submergĂ©e par l'Allemagne nazie. À cause de cette volontĂ© d'interfĂ©rer dans les affaires publiques, l'État fĂ©dĂ©ral canadien a interdit le mouvement technocratique sur son territoire Ă  partir de 1940 (au mĂȘme titre que les TĂ©moins de JĂ©hovah et le Parti communiste), et des membres de Technocracy Inc. ont mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par la Gendarmerie royale.

Le mouvement a continuĂ© de dĂ©cliner aprĂšs-guerre, et a presque disparu Ă  la suite de la mort de son meneur messianique, Howard Scott, en 1970. Toutefois, la pensĂ©e technocratique n'a pas pĂ©riclité : elle a mutĂ© et s'est insinuĂ©e dans les sphĂšres de pouvoir. DĂšs la dĂ©claration Schuman en 1950, la construction europĂ©enne Ă©tait dĂ©signĂ©e comme un « technocratisme superdirigiste international, discrĂ©tionnaire, et Ă©ternel » par Albert MĂ©tral, prĂ©sident du Syndicat gĂ©nĂ©ral des industries mĂ©caniques et transformatrices de mĂ©taux. De mĂȘme, le projet RAND aux États-Unis et le Club de Rome en Italie avaient tous les deux une composante technocratique forte.

Dans les annĂ©es 1960–1970, la pensĂ©e technocratique a connu un regain d'intĂ©rĂȘt auprĂšs du public, notamment en raison du dĂ©veloppement de la cybernĂ©tique, d'Internet et de l'intelligence artificielle, qui ont rendu plus envisageable la gestion planifiĂ©e de la sociĂ©tĂ©. Au Chili, c'est ce qui a poussĂ© le gouvernement de Salvador Allende Ă  dĂ©velopper le projet CyberSyn entre 1970 et 1973, un systĂšme informatique en temps rĂ©el qui avait pour but de gĂ©rer une Ă©conomie planifiĂ©e cybersocialiste.

Fréquence du terme « technocracy » dans les sources imprimées entre 1919 et 2022 (source : Ngram Viewer)

Plus rĂ©cemment, la technocratie est Ă  nouveau revenue dans l'actualitĂ© lors de la crise du covid de 2020–2022 (oĂč les concepts de « grande rĂ©initialisation » de Klaus Schwab et de « ville du quart d'heure » de Carlos Moreno ont Ă©tĂ© exposĂ©s au grand public). Puis, elle est a encore fait parler d'elle avec l'accession au pouvoir de Donald Trump en 2025 qui a mis en lumiĂšre des personnalitĂ©s comme Peter Thiel (Palantir) ou Elon Musk (DOGE12). Le cas d'Elon Musk est intĂ©ressant car son grand-pĂšre maternel, Joshua Norman Haldeman, a fait partie du mouvement technocratique originel entre 1936 et 1941 (et a mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  Vancouver en octobre 1940 en raison de son implication).

Concernant la monnaie, on peut trouver dans la pensée technocratique les prémices de concepts comme la « monnaie estampillée » de Silvio Gesell (aussi appelée monnaie fondante, qui perdrait en valeur lors de sa détention selon un taux de demeurage fixe), l'« économie distributive » de Jacques Duboin (qui fournirait un revenu de base à chaque citoyen), ou la « monnaie idéale » du mathématicien John Nash (dont la valeur serait ajustée par rapport à l'inflation des prix). Les projets de monnaie synthétique mondiale, comme le concept de bancor soutenu par Keynes à Bretton Woods en 1944, ou les droits de tirage spéciaux émis par le FMI en 1969, s'inscrivent aussi dans cette tendance. Enfin, les projets de monnaie numérique de banque centrale (tel que le projet d'euro numérique défendu aujourd'hui par la Banque centrale européenne) constituent des objets intrinsÚquement technocratiques, les MNBC étant par essence des systÚmes centralisés et programmables, permettant l'intervention directe et instantanée dans la vie économique des citoyens.

Combattre la dictature technicienne

Le projet technocratique est clair : assujettir les ĂȘtres humains Ă  une administration rationnelle et totalitaire. Bien qu'il soit sĂ©duisant pour les esprits scientifiques obtus, ce projet constitue un danger. C'est cette menace que se sont efforcĂ©s d'exposer des Ă©crivains comme Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932) ou George Orwell (1984, 1949). L'analyse rationnelle, aussi sĂ©duisante soit-elle, ne peut pas apprĂ©hender l'ensemble de la rĂ©alitĂ©, et l'application d'un tel projet mĂšnerait probablement Ă  un avenir dystopique.

Aujourd'hui, la prĂ©sence de la technique dans nos vies a atteint un niveau tel que cette menace semble imminente. L'identitĂ© numĂ©rique est dĂ©jĂ  en train d'ĂȘtre mise en place. La surveillance de masse, en ligne comme dans l'espace public, progresse Ă  vitesse grand V. Les monnaies numĂ©riques centralisĂ©es, qu'il s'agisse des MNBC ou des stablecoins, sont en voie de dĂ©ploiement. L'« intelligence artificielle » est portĂ©e aux nues, et certains thĂ©oriciens dĂ©sirent qu'elles prennent en charge le gouvernement des hommes, ce qui aboutirait Ă  une « technocratie directe » exempte d'« erreurs humaines » et de vicissitudes politiques. En bref, tous les ingrĂ©dients sont lĂ  pour permettre Ă  un rĂ©gime tyrannique mondial d'Ă©merger et de rĂ©duire l'humanitĂ© Ă  du bĂ©tail.

Si la tendance vers la technocratie existe, nous avons toujours la possibilitĂ© d'y rĂ©sister. Cette opposition peut ĂȘtre sociale ou politique, mais elle passe avant tout par un rĂ©sistance directe et quotidienne. En effet, c'est en refusant les outils du contrĂŽle numĂ©rique dans notre vie de tous les jours que nous pouvons nous prĂ©munir contre le danger technocratique de façon efficace et durable. Diverses mĂ©thodes existent ainsi pour prĂ©server notre libertĂ© et notre confidentialitĂ© face Ă  l'envahissement de la technique, dont quelques-unes sont les suivantes :

  • Utiliser des systĂšmes d'exploitation libres, comme Linux sur ordinateur ou GrapheneOS sur tĂ©lĂ©phone, en lieu et place de systĂšmes propriĂ©taires fermĂ©s comme Microsoft ou iOS ;
  • Passer par des applications de communication chiffrĂ©es pour interagir, comme Signal, plutĂŽt celles oĂč un tiers peut accĂ©der Ă  vos messages (Telegram, Whatsapp) ;
  • Utiliser des services de confidentialitĂ©, comme les VPN ou Tor, pour naviguer en ligne ;
  • PrĂ©fĂ©rer payer en argent liquide ou en cryptomonnaie (Bitcoin, Monero), plutĂŽt que de se servir d'une carte de crĂ©dit, de PayPal ou de Google Pay ;
  • Commander ses biens et services directement aux producteurs, plutĂŽt que de passer par des intermĂ©diaires comme les supermarchĂ©s et les plateformes en ligne (Amazon, etc.) ;
  • PrivilĂ©gier la « vie rĂ©elle » Ă  la « rĂ©alitĂ© virtuelle » pour limiter sa trace numĂ©rique.

La liberté sera décentralisée ou ne sera pas.


Références et notes

David Adair, The technocrats 1919-1967: A case study of conflict and change in a social movement (Simon Fraser University, 1970).
The Words and Wisdom of Howard Scott (Technocracy Inc., 1989)
Finn Brunton, « Speculating with Money », in Digital Cash: The Unknown History of the Anarchists, Utopians, and Technologists Who Created Cryptocurrency (Princeton University Press, 2019), pp. 6–20.

Illustration : « This is the Devouring Monster invented by Technocracy », illustration pleine page de Winsor McCay, parue le 2 avril 1933 dans le San Francisco Examiner (via le blog Yesterday's Papers). Texte : rédigé intégralement sans LLM. Traduction : sauf précision contraire, les traductions sont réalisées par l'auteur, au moyen de DeepL.

  1. Cet adage doctrinal apparait dans la Doctrine de Saint-Simon, rĂ©digĂ©e par les militants saint-simoniens Saint-Amand Bazard, Prosper Enfantin, Hippolyte Carnot, Henri Fournel et Charles Duveyrier et publiĂ©e en 1931. ↩
  2. Edward Bellamy, Cent ans aprĂšs ou l'An 2000, trad. Paul Rey (E. Dentu, 1891), pp. 54–55. ↩
  3. Howard Scott, le fondateur de Technocracy Inc., n'a lu le livre de Bellamy qu'aprĂšs avoir lancĂ© son mouvement, mais il l'a qualifiĂ© d'« ouvrage idĂ©aliste et imaginatif » en 1937. Il en faisait le commentaire suivant : « C'est une tentative sincĂšre qui mĂ©rite d'ĂȘtre lue, mais on ne pourrait pas concevoir un sous-marin Ă  partir de Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne, ni un systĂšme de contrĂŽle technique moderne Ă  partir de Looking Backward. » ↩
  4. CitĂ© dans Peter B. Petersen, « Henry Gantt and The New Machine (1916-1919) », Academy of Management Proceedings, 1986, pp. 128–132. ↩
  5. Peter B. Petersen, « Henry Gantt and The New Machine (1916-1919) », Academy of Management Proceedings, 1986, pp. 128–132. ↩
  6. Les essais de Veblen sur les ingĂ©nieurs ont Ă©tĂ© rassemblĂ©s en 1921 dans un ouvrage intitulĂ© The Engineers and the Price System, qui a Ă©tĂ© traduit en 1971 en français sous le titre Les IngĂ©nieurs et le capitalisme. ↩
  7. L'historien Henry Elsner dĂ©signe le mouvement technocratique de Scott comme un « scientisme messianique ». ↩
  8. Un « ComitĂ© sur la technocratie » a Ă©tĂ© créé durant l'annĂ©e 1932 : il Ă©tait dirigĂ© par Walter Rautenstrauch et largement influencĂ© par Howard Scott. ↩
  9. Le slogan est apparu dans Technocracy: Some Questions Answered, pamphlet Ă©ditĂ© en 1934 par Technocracy Inc. Il a Ă©tĂ© repris Ă  de nombreuses reprises dans la propagande technocratique. ↩
  10. Voir Gabriel Custodiet, « H. G. Wells, prophet of Centralism », in Privacy and Utopia: A History (Amazon KDP, 2024), pp. 61–74. ↩
  11. Par exemple, le roman Une Utopie moderne publiĂ© en 1905, dĂ©crit comment des nobles appelĂ©s les « SamouraĂŻs » gouvernent un État mondial « dynamique, et non statique », qui assure la « combinaison du progrĂšs et de la stabilitĂ© politique ». Voir Une Utopie moderne, trad. Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz (Ă©ditions du Mercure de France, 1907), pp. 88, 295. ↩
  12. De nombreux libĂ©raux se sont rĂ©jouis de la crĂ©ation de ce Department of Governement Efficiency en 2025, qui a ƓuvrĂ© Ă  rĂ©duire les excĂšs de dĂ©pense publique dans l'administration fĂ©dĂ©rale, mais il faut garder en tĂȘte que son but premier Ă©tait l'efficacitĂ© de l'État fĂ©dĂ©ral, et non pas la rĂ©duction des effectifs ou la dĂ©centralisation du pouvoir. ↩

Pour la premiÚre fois de son histoire, Polygon réduit son temps de bloc pour séduire les institutions

May 8th 2026 at 07:35
Un hĂ©ros pousse un immense chronomĂštre Polygon sous les regards stupĂ©faits de financiers, symbolisant l’accĂ©lĂ©ration brutale des infrastructures blockchain modernes

Pendant que certains croque-morts du marché crypto préparaient déjà le cercueil blockchain, Polygon sort le mode « turbo low-latency ». Visa regarde désormais le moteur chauffer derriÚre la vitre, alors que le token POL continue pourtant de boiter comme un vieux taxi cyberpunk rincé aprÚs une nuit sous néons.

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Délit d'initié sur l'arrestation de Nicolås Maduro : un soldat américain poursuivit pour ses paris sur Polymarket

April 24th 2026 at 08:00

Suite à l'arrestation de Nicolås Maduro, des paris sur Polymarket avaient attiré l'attention. Cela n'était pas dû au hasard, car un soldat américain est aujourd'hui bel et bien accusé de délit d'initié.

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Kalshi bloque 3 hommes politiques qui pariaient sur leurs propres élections

April 23rd 2026 at 12:00

Trois hommes politiques viennent d’ĂȘtre bloquĂ©s et ont reçu une amende de la part de Kalshi. Ils avaient pris des paris sur leurs propres Ă©lections. Les plateformes ont des difficultĂ©s Ă  endiguer le flot d'insiders, attirĂ©s par l'appĂąt du gain.

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Manipulation de capteur mĂ©tĂ©o - Jusqu'oĂč peuvent aller les parieurs de Polymarket ?

April 21st 2026 at 08:30

Les parieurs de la plateforme de marchĂ©s prĂ©dictifs Polymarket seraient-ils prĂȘts Ă  tout pour augmenter leurs gains ? C’est ce que laisse penser la rĂ©cente plainte dĂ©posĂ©e par MĂ©tĂ©o France au sujet de la possible manipulation
 d’un capteur de tempĂ©rature.

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Attaque du protocole Hyperbridge - 1 milliard de tokens DOT créés par le hacker

April 14th 2026 at 11:00

La finance dĂ©centralisĂ©e (DeFi) reste un environnement risquĂ© souvent ciblĂ© par les hackers en quĂȘte de failles Ă  exploiter. Une rĂ©alitĂ© qui vient de frapper le protocole Hyperbridge, entraĂźnant la crĂ©ation de 1 milliard de tokens DOT, pour un bĂ©nĂ©fice finalement estimĂ© Ă  237 000 dollars.

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Crypto US : Paul Atkins (SEC) fixe un cap provisoire en attendant le vote d’un cadre lĂ©gislatif

March 20th 2026 at 10:31

La SEC temporise sur la crypto. Le paysage rĂ©glementaire des actifs numĂ©riques aux États-Unis connaĂźt actuellement une transformation majeure sous l’impulsion du CongrĂšs et des instances de rĂ©gulation financiĂšre. Paul S. Atkins, prĂ©sident de la Securities and Exchange Commission (SEC), a ainsi publiĂ© le 17 mars une interprĂ©tation officielle conjointe avec la CFTC, marquant la fin d’une dĂ©cennie d’incertitude juridique. Ce document de 68 pages clarifie la nature des cryptoactifs et rompt avec la politique prĂ©cĂ©dente de « rĂ©gulation par l’exĂ©cution » (regulation by enforcement).

En reconnaissant que la grande majoritĂ© des actifs numĂ©riques ne constituent pas des titres financiers (securities), l’agence fĂ©dĂ©rale propose un cadre lisible qui distingue dĂ©sormais cinq catĂ©gories claires, allant des matiĂšres premiĂšres numĂ©riques aux objets de collection. Toutefois, cette notice interprĂ©tative ne constitue qu’un « socle transitoire », la dĂ©finition d’un rĂ©gime juridique dĂ©finitif et permanent reposant Ă  prĂ©sent entre les mains du CongrĂšs amĂ©ricain, qui traine un peu Ă  voter le fameux CLARITY Act.

Les points clés de cet article :
  • La SEC a publiĂ© une interprĂ©tation officielle clarifiant la nature des cryptoactifs, marquant un tournant dans le paysage rĂ©glementaire amĂ©ricain.

  • Une nouvelle classification distingue les actifs soumis Ă  la SEC, introduisant un cadre transitoire en attendant le CLARITY Act du CongrĂšs, qui tarde Ă  ĂȘtre votĂ©.

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Une nouvelle classification simplifiée de la crypto, des stablecoins et des NFT

La clarification apportĂ©e par la SEC repose sur une taxonomie qui limite dĂ©sormais son propre champ d’intervention. Paul Atkins a prĂ©cisĂ© lors du DC Blockchain Summit qu’une seule classe d’actifs reste soumise aux lois sur les valeurs mobiliĂšres : les titres traditionnels tokenisĂ©s (actions ou obligations sur blockchain). À l’inverse, les matiĂšres premiĂšres numĂ©riques (comme Bitcoin ou Ethereum), les outils numĂ©riques, les objets de collection (NFT) et les stablecoins Ă©chappent dĂ©sormais Ă  la compĂ©tence directe de la SEC.

Cette simplification rĂ©duit le risque juridique pour les entreprises du secteur, le prĂ©sident soulignant que les rĂšgles doivent ĂȘtre assez flexibles pour accommoder l’innovation. Toutefois, Paul Atkins a insistĂ© sur le fait que cette interprĂ©tation n’est qu’un « commencement et non une fin ». Elle constitue un « pont » nĂ©cessaire pour guider les marchĂ©s en attendant que le pouvoir lĂ©gislatif fournisse un cadre dĂ©finitif.

L’agence prĂ©cise d’ailleurs que des activitĂ©s courantes, telles que les distributions gratuites (airdrops) ou le staking de protocole, ne crĂ©ent pas de contrats d’investissement dans ce nouveau cadre. Cette nouvelle grille de lecture sert de transition stratĂ©gique alors que le CongrĂšs travaille activement sur une lĂ©gislation structurelle.

Le paysage rĂ©glementaire des actifs numĂ©riques aux États-Unis connaĂźt actuellement une transformation majeure sous l'impulsion du CongrĂšs et des instances de rĂ©gulation financiĂšre. Paul S. Atkins, prĂ©sident de la Securities and Exchange Commission (SEC), a ainsi publiĂ© le 17 mars une interprĂ©tation officielle conjointe avec la CFTC, marquant la fin d'une dĂ©cennie d'incertitude juridique. Ce document de 68 pages clarifie la nature des cryptoactifs et rompt avec la politique prĂ©cĂ©dente de « rĂ©gulation par l'exĂ©cution » (regulation by enforcement). En reconnaissant que la grande majoritĂ© des actifs numĂ©riques ne constituent pas des titres financiers (securities), l'agence fĂ©dĂ©rale propose un cadre lisible qui distingue dĂ©sormais cinq catĂ©gories claires, allant des matiĂšres premiĂšres numĂ©riques aux objets de collection. Toutefois, cette notice interprĂ©tative ne constitue qu'un « socle transitoire », la dĂ©finition d'un rĂ©gime juridique dĂ©finitif et permanent reposant Ă  prĂ©sent entre les mains du CongrĂšs amĂ©ricain, qui traine un peu Ă  voter le fameux CLARITY Act.
Paul Atkins, le boss de la SEC, explique en substance que dĂ©sormais la balle est dans le camp du CongrĂšs – Source : Compte X

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Un transfert de compétences vers le CongrÚs et la CFTC

Ce changement de doctrine s’accompagne d’une volontĂ© de la SEC de dĂ©lĂ©guer la fixation des rĂšgles finales au pouvoir lĂ©gislatif. Paul Atkins a signalĂ© que l’agence s’effacerait devant le projet de loi sur la structure du marchĂ©, le CLARITY Act, une fois celui-ci adoptĂ©. Ce texte vise Ă  confĂ©rer Ă  la CFTC une autoritĂ© accrue sur la surveillance des actifs numĂ©riques. Les nĂ©gociations au SĂ©nat progressent de maniĂšre notable : une rencontre rĂ©cente entre des sĂ©nateurs rĂ©publicains et le conseiller crypto de la Maison-Blanche, Patrick Witt, a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de trĂšs productive.

Les lĂ©gislateurs estiment ĂȘtre dĂ©sormais Ă  « 99 % du chemin » concernant les points de blocage sur les rendements des stablecoins. En prĂ©vision de cette transition, la SEC prĂ©voit d’instaurer un « Token Safe Harbor », offrant aux startups une pĂ©riode d’exemption pour tester leurs projets sans contrainte d’enregistrement complet.

L’objectif affichĂ© est de transformer le rĂ©gulateur en un « partenaire de la structuration de l’industrie », tout en maintenant la fermetĂ© nĂ©cessaire pour protĂ©ger les investisseurs. Le transfert du pouvoir vers la CFTC et le pouvoir lĂ©gislatif marque l’entrĂ©e du marchĂ© crypto dans une phase d’institutionnalisation, soutenue par une visibilitĂ© rĂ©glementaire inĂ©dite.

Cette orientation rĂ©duit considĂ©rablement les menaces de poursuites judiciaires massives. Bien que cette interprĂ©tation soit un outil provisoire, elle constitue un signal fort pour les acteurs institutionnels opĂ©rant sur le sol amĂ©ricain. La signature d’un protocole d’accord (MOU) avec la CFTC la semaine derniĂšre confirme cette volontĂ© de coordination. Le marchĂ© attend dĂ©sormais le passage dĂ©finitif du CLARITY Act au SĂ©nat pour sceller ce nouveau rĂ©gime juridique pro-innovation et c’est pourquoi Paul Atkins prĂ©fĂšre rester prudent.

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Bitcoin : Boris Johnson dénonce un « systÚme de Ponzi »

March 16th 2026 at 18:00

IncomprĂ©hension ou mauvaise foi ? L’ancien Premier ministre britannique, Boris Johnson, a rĂ©cemment exprimĂ© une position trĂšs critique Ă  l’égard du Bitcoin dans une tribune publiĂ©e par le Daily Mail. Il y dĂ©crit la premiĂšre cryptomonnaie mondiale comme un vaste systĂšme de Ponzi, s’appuyant sur le tĂ©moignage d’un de ses administrĂ©s ayant perdu des fonds aprĂšs une proposition d’investissement frauduleuse rencontrĂ©e dans un pub. Selon l’ancien dirigeant, l’absence de valeur intrinsĂšque physique, contrairement Ă  l’or ou mĂȘme Ă  des objets de collection, rend l’actif dĂ©pendant d’un flux constant de nouveaux investisseurs. Cette sortie mĂ©diatique intervient dans un contexte de marchĂ© volatil, ravivant les dĂ©bats sur la lĂ©gitimitĂ© des rĂ©seaux dĂ©centralisĂ©s face aux structures financiĂšres traditionnelles.

Les points clés de cet article :
  • Boris Johnson a critiquĂ© le Bitcoin, le qualifiant de systĂšme de Ponzi en raison de son absence de valeur intrinsĂšque et de l’absence d’une autoritĂ© centrale.

  • La communautĂ© crypto a rĂ©agi en soulignant que le Bitcoin, contrairement Ă  un Ponzi, n’a pas d’opĂ©rateur central et repose sur un code open source et la loi de l’offre et de la demande.

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Une remise en question de la confiance institutionnelle du Bitcoin

L’argumentation de Boris Johnson repose sur l’absence d’autoritĂ© centrale et l’origine pseudonyme du protocole, attribuĂ©e Ă  Satoshi Nakamoto. Il compare l’inventeur du Bitcoin Ă  des personnages de fiction comme Pikachu, soulignant l’impossibilitĂ© de se tourner vers un responsable lĂ©gal en cas de dĂ©faillance technique ou de fraude. Pour l’ancien ministre, la valeur du bitcoin ne serait qu’une suite de chiffres stockĂ©e sur des serveurs, sans ancrage culturel ou physique rĂ©el. Il considĂšre que le systĂšme repose sur la crĂ©dulitĂ© des participants plutĂŽt que sur une utilitĂ© Ă©conomique concrĂšte, ce qui le rapproche, selon son analyse, des structures pyramidales classiques oĂč les gains des premiers dĂ©pendent exclusivement des apports des suivants.

Cependant, cette lecture omet la distinction technique entre le protocole lui-mĂȘme et les escroqueries pĂ©riphĂ©riques qui utilisent son nom. Si l’administrĂ© citĂ© par l’ancien Premier ministre a effectivement subi un prĂ©judice financier, les analystes – et l’ensemble de la cryptosphĂšre – soulignent que l’arnaque dĂ©crite relĂšve d’une manipulation humaine classique et non d’une faille inhĂ©rente au rĂ©seau Bitcoin. La critique de Boris Johnson porte ainsi davantage sur la perception sociale de l’actif et sur les risques liĂ©s Ă  l’anonymat du crĂ©ateur que sur le fonctionnement algorithmique de la blockchain, qu’il juge trop abstrait pour inspirer une confiance durable.

La rĂ©action de la communautĂ© crypto ne s’est pas fait attendre, opposant des arguments structurels aux affirmations de l’homme politique. Michael Saylor a, par exemple, rappelĂ© qu’un systĂšme de Ponzi nĂ©cessite un opĂ©rateur central promettant des rendements garantis, ce que le Bitcoin ne possĂšde pas.

L'ancien Premier ministre britannique, Boris Johnson, a rĂ©cemment exprimĂ© une position trĂšs critique Ă  l'Ă©gard du Bitcoin dans une tribune publiĂ©e par le Daily Mail. Il y dĂ©crit la premiĂšre cryptomonnaie mondiale comme un vaste systĂšme de Ponzi, s'appuyant sur le tĂ©moignage d'un de ses administrĂ©s ayant perdu des fonds aprĂšs une proposition d'investissement frauduleuse rencontrĂ©e dans un pub. Selon l'ancien dirigeant, l'absence de valeur intrinsĂšque physique, contrairement Ă  l'or ou mĂȘme Ă  des objets de collection, rend l'actif dĂ©pendant d'un flux constant de nouveaux investisseurs. Cette sortie mĂ©diatique intervient dans un contexte de marchĂ© volatil, ravivant les dĂ©bats sur la lĂ©gitimitĂ© des rĂ©seaux dĂ©centralisĂ©s face aux structures financiĂšres traditionnelles.
« Je soupçonne depuis longtemps que le Bitcoin est une gigantesque escroquerie de type Ponzi, et maintenant j’entends des histoires dĂ©sastreuses qui me font craindre d’avoir raison » – Source : Compte X

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Une rĂ©plique coordonnĂ©e de l’écosystĂšme numĂ©rique

Le boss de Strategy dĂ©finit le rĂ©seau comme une infrastructure monĂ©taire dĂ©centralisĂ©e, rĂ©gie par un code open source public et la loi de l’offre et de la demande. De nombreux observateurs ont ajoutĂ© que le Bitcoin dispose d’une offre fixe connue de tous, ce qui le distingue fondamentalement des monnaies fiduciaires soumises aux politiques d’expansion de la masse monĂ©taire des banques centrales.

Sur les rĂ©seaux sociaux, les rĂ©actions ont oscillĂ© entre l’explication technique, l’ironie et l’insulte. Tandis que certains experts dĂ©taillaient le fonctionnement de la preuve de travail pour justifier la valeur de l’énergie consommĂ©e, d’autres ont interprĂ©tĂ© cette critique comme un signal de marchĂ© classique, souvent observĂ© lors des points bas de cycle. Les dĂ©fenseurs du protocole soutiennent que personne n’est « responsable » du Bitcoin, car sa gouvernance appartient Ă  ses utilisateurs et aux nƓuds du rĂ©seau, rendant toute comparaison avec une fraude pyramidale techniquement inexacte. Cette confrontation illustre le fossĂ© persistant entre une partie de la classe politique traditionnelle et les partisans d’une finance dĂ©centralisĂ©e sans intermĂ©diaire.

La tribune de Boris Johnson souligne les tensions persistantes autour de la comprĂ©hension des actifs numĂ©riques. Si ses inquiĂ©tudes sur la protection des Ă©pargnants sont factuelles, sa qualification du Bitcoin comme systĂšme de Ponzi se heurte aux rĂ©alitĂ©s techniques du protocole. La rĂ©ponse unanime de la cryptosphĂšre montre une volontĂ© de dissocier les escroqueries individuelles de la technologie elle-mĂȘme. Bitcoin n’a Ă©videmment rien Ă  voir avec les individus qui l’utilisent et soit Boris Johnson ne l’a pas compris, soit il fait semblant de ne pas l’avoir compris. Mais dans les deux cas, son intervention est relativement problĂ©matique.

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Crypto : La SEC et la CFTC enterrent la hache de guerre avec un accord historique

March 12th 2026 at 09:45

American crypto. Le paysage rĂ©glementaire financier aux États-Unis franchit une Ă©tape dĂ©cisive en ce mois de mars 2026. La Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ont signĂ© un protocole d’entente (Memorandum of Understanding – MOU) visant Ă  harmoniser leurs actions. Ce document, paraphĂ© par Paul S. Atkins et Michael S. Selig, marque la fin d’une pĂ©riode de tensions juridictionnelles souvent qualifiĂ©e de « guerre de territoire ». L’objectif central est de fournir un cadre prĂ©visible aux participants du marchĂ© tout en protĂ©geant les investisseurs au sein d’un Ă©cosystĂšme dans lequel les frontiĂšres entre titres financiers et produits dĂ©rivĂ©s deviennent de plus en plus poreuses.

Les points clés de cet article :
  • La SEC et la CFTC ont signĂ© un protocole d’entente historique pour harmoniser leurs actions dans le secteur des cryptoactifs.

  • Les rĂ©gulateurs amĂ©ricains ont prĂ©vu une coordination inĂ©dite pour partager des donnĂ©es de marchĂ© et Ă©viter les doublons rĂ©glementaires.

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Une stratégie de coordination pour les technologies émergentes

Selon ce protocole d’accord, la coopĂ©ration entre les deux agences se concentre sur la crĂ©ation d’un cadre rĂ©glementaire adaptĂ© Ă  la crypto et aux systĂšmes automatisĂ©s sur chaĂźne (onchain). PlutĂŽt que de multiplier les procĂ©dures d’exĂ©cution, le protocole privilĂ©gie une approche de « dose efficace minimale ». Cette stratĂ©gie cherche Ă  favoriser l’innovation lĂ©gale sans alourdir inutilement la charge de conformitĂ© pour les entreprises.

Les agences s’engagent Ă  coordonner leurs politiques pour lever les obstacles Ă  l’introduction de nouveaux produits financiers numĂ©riques, tout en garantissant que les rĂ©glementations restent neutres sur le plan technologique. Par ailleurs, cette alliance prĂ©voit la mise en place d’un processus de coordination au niveau de la direction. Des Ă©quipes mixtes seront ainsi chargĂ©es de clarifier les dĂ©finitions des produits par le biais de rĂ©glementations conjointes.

Cette méthode vise à réduire les écarts réglementaires et à éviter les processus redondants pour les entités enregistrées auprÚs des deux commissions, comme les courtiers-négociants ou les gestionnaires de fonds. En unifiant leurs efforts, la SEC et la CFTC aspirent à maintenir la compétitivité des marchés américains face à une infrastructure financiÚre mondiale en mutation rapide.

Le paysage rĂ©glementaire financier aux États-Unis franchit une Ă©tape dĂ©cisive en ce mois de mars 2026. La Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ont signĂ© un protocole d'entente (Memorandum of Understanding - MOU) visant Ă  harmoniser leurs actions. Ce document, paraphĂ© par Paul S. Atkins et Michael S. Selig, marque la fin d'une pĂ©riode de tensions juridictionnelles souvent qualifiĂ©e de « guerre de territoire ». L'objectif central est de fournir un cadre prĂ©visible aux participants du marchĂ© tout en protĂ©geant les investisseurs au sein d'un Ă©cosystĂšme dans lequel les frontiĂšres entre titres financiers et produits dĂ©rivĂ©s deviennent de plus en plus poreuses.
La rĂ©gulation amĂ©ricaine accorde enfin ses violons sur la crypto et signe un protocole d’entente – Source : Compte X

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Régulation crypto US : Partage de données et surveillance croisée des marchés

Le second pilier de cet accord repose sur un Ă©change d’informations et de ressources sans prĂ©cĂ©dent. Les deux rĂ©gulateurs prĂ©voient de mutualiser leurs activitĂ©s d’achat de donnĂ©es de marchĂ© sur chaĂźne et d’outils analytiques. Cette gestion commune des ressources vise une utilisation plus efficace des fonds publics tout en assurant une vision cohĂ©rente des transactions.

Les agences auront un accĂšs direct aux dĂ©pĂŽts de donnĂ©es sur les Ă©changes (swaps) et les actifs numĂ©riques, permettant une identification prĂ©coce des risques Ă©mergents et des abus de marchĂ© potentiels. En outre, le protocole encadre strictement la conduite des examens et des enquĂȘtes. Pour Ă©viter de solliciter plusieurs fois les mĂȘmes entreprises pour des documents identiques, la SEC et la CFTC prĂ©voient dĂ©sormais des plans d’examen coordonnĂ©s.

En matiĂšre d’application des lois (enforcement), les agences consulteront mutuellement leurs dossiers dĂšs le dĂ©but des investigations impliquant une juridiction commune. Cette collaboration doit permettre des sanctions proportionnĂ©es et Ă©viter les obligations correctives contradictoires, consolidant ainsi l’intĂ©gritĂ© et la transparence des marchĂ©s financiers aux États-Unis.

La signature de ce protocole entre la SEC et la CFTC symbolise une volontĂ© de modernisation face aux dĂ©fis posĂ©s par la blockchain et la finance numĂ©rique. En formalisant le partage de ressources et la coordination des politiques, les rĂ©gulateurs amĂ©ricains cherchent Ă  instaurer une clartĂ© nĂ©cessaire au dĂ©veloppement du secteur. Le succĂšs de cette entente dĂ©pendra dĂ©sormais de la mise en Ɠuvre pratique de ces principes de collaboration et de la capacitĂ© des agences Ă  maintenir ce dialogue constructif sur le long terme.

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