Jâai rĂ©cemment participĂ© Ă la traduction en français du livre The Sovereign Individual, qui sort ce vendredi 15 mai chez Konsensus Network sous le titre LâIndividu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă lâeffondrement de lâĂtat-providence. Cet ouvrage, coĂ©crit en 1997 par William Rees-Mogg et James Dale Davidson, est un texte de prospective, emblĂ©matique par les prĂ©dictions quâil faisait sur les consĂ©quences politiques de la rĂ©volution numĂ©rique, alors balbutiante Ă lâĂ©poque. Riche en contexte historique et long de quatre-cents pages, il apporte des Ă©lĂ©ments de rĂ©flexion qui nâont pas vieilli aujourdâhui.
William Rees-Mogg Ă©tait un lord anglais et avait Ă©tĂ© Ă©diteur du Times de 1967 Ă 1981. James Dale Davidson Ă©tait un investisseur amĂ©ricain. Au moment de la publication initiale du livre, les deux hommes gĂ©raient une lettre dâinformation financiĂšre depuis 1984. Ils avaient alors dĂ©jĂ publiĂ© deux livres Ă succĂšs (Blood in the Streets en 1987 et The Great Reckoning en 1993), oĂč ils formulaient dĂ©jĂ des prĂ©dictions, notamment sur le monde financier et la gĂ©opolitique. LâIndividu Souverain constituait pour eux un parachĂšvement de leur vision de lâavenir.
Dans cet ouvrage, ils soutenaient quâune nouvelle phase de lâhistoire de lâhumanitĂ© sâouvrait â lâĂšre de lâinformation â et quâelle allait permettre aux individus de sâĂ©manciper du joug des Ătats-nations. Revenant sur lâhistoire de lâhumanitĂ©, du nĂ©olithique Ă lâĂ©poque moderne en passant par le Moyen Ăge, ils examinaient les dynamiques rĂ©gissant lâĂ©volution politico-Ă©conomique du monde. Ils mettaient en avant le caractĂšre libĂ©rateur du progrĂšs technique, et prĂ©disaient en particulier lâĂ©mergence dâune monnaie numĂ©rique Ă©chappant au contrĂŽle Ă©tatique, chose qui se matĂ©rialiserait avec Bitcoin au dĂ©but des annĂ©es 2010.
Aux Ătats-Unis, le livre sâest rapidement popularisĂ© dans les cercles libertariens, grĂące au portrait peu flatteur quâil faisait des Ătats centralisĂ©s et des idĂ©ologies qui les soutenaient. Il sâest aussi diffusĂ© dans la Silicon Valley, en raison du point de vue techno-optimiste des auteurs. Il a plus tard connu un succĂšs croissant au sein de la communautĂ© de Bitcoin (et du milieu des cryptomonnaies en gĂ©nĂ©ral), inspirant notamment Francis Pouliot, Jameson Lopp ou Naval Ravikant. En France, il est aujourdâhui mis en avant par le mĂ©dia indĂ©pendant Le Bunker, par la plateforme Zone Franche, et par lâinfopreneur Olivier Roland, qui a Ă©crit son propre livre sur le sujet.
Ă lâheure oĂč la stabilitĂ© de lâordre mondial est remise en question et oĂč les Ătats deviennent de plus en plus autoritaires, la thĂšse de lâindividu souverain est plus que jamais dâactualitĂ©. Cet article constitue une analyse et une critique de cette thĂšse. Le progrĂšs technique va-t-il nous libĂ©rer et sommes-nous Ă la veille du Moyen Ăge ? Câest ce Ă quoi nous allons tenter de rĂ©pondre ici.
La thĂšse de lâindividu souverain
La thĂšse de lâouvrage de Rees-Mogg et Davidson est que la rĂ©volution numĂ©rique (dite « de lâinformation ») va provoquer lâeffondrement de lâĂtat-providence moderne et conduire Ă lâavĂšnement dâune souverainetĂ© individuelle rĂ©elle. Cette souverainetĂ© sâexercera par le renversement du rapport entretenu par les autoritĂ©s politiques et les individus : ces derniers ne seront plus considĂ©rĂ©s comme des sujets ou des citoyens, et comme des « vaches Ă lait » (p. 238) pour les plus productifs, mais comme des « clients » (pp. 117â118). Et, comme le dit le dicton, le client est roi.
Le concept de « souverainetĂ© de lâindividu » nâest pas tout rĂ©cent, puisquâil a Ă©mergĂ© avec la pensĂ©e libĂ©rale anglo-saxonne (John Locke) et quâil a Ă©tĂ© formulĂ© par John Stuart Mill en 1859, qui Ă©crivait : « Sur lui-mĂȘme, sur son corps et son esprit, lâindividu est souverain1. » Le terme a ensuite Ă©tĂ© repris dans son acception la plus radicale par les anarchistes individualistes amĂ©ricains, comme Josiah Warren ou Benjamin Tucker, puis par les thĂ©oriciens du libertarianisme moderne, notamment Murray Rothbard.
LĂ oĂč les auteurs se diffĂ©rencient de cette idĂ©ologie libĂ©rale est que leur discours nâest pas prescriptif (ou du moins pas explicitement), mais descriptif : ils veulent montrer que le sens de lâhistoire va vers plus de libertĂ©. Le livre nâest donc pas un manifeste politique en tant que tel, mais un manuel de survie face Ă la « grande transformation » (p. 234) qui est en train dâavoir lieu. Ils se basent (entre autres) sur les travaux dâun historien amĂ©ricain du XXe siĂšcle nommĂ© FrĂ©dĂ©ric Lane, qui Ă©tait spĂ©cialiste du bas Moyen Ăge et qui avait dĂ©veloppĂ© une analyse Ă©conomique de la violence politique2.
Suivant les idĂ©es de Lane, les auteurs Ă©laborent leur propre modĂšle prĂ©dictif. Ils dĂ©crivent comment les « facteurs mĂ©gapolitiques » conditionnent la forme institutionnelle des Ătats en faisant varier ce quâils appellent « les rendements de la violence » :
« En modifiant les coûts et les gains potentiels liés à la coercition, la mégapolitique détermine la capacité de certains à imposer leur volonté à autrui. » (p. 48)
Les facteurs quâils identifient appartiennent Ă quatre grandes catĂ©gories :
- Les conditions topographiques : les grandes plaines alluviales propices au développement de grands centres de civilisation, les montagnes jouant un rÎle protecteur, les littoraux fragmentés favorisant le commerce3, etc. ;
- Les causes climatiques : la tempĂ©rature gĂ©nĂ©rale qui affecte directement la production agricole, et donc la puissance politique de lâĂtat qui domine la rĂ©gion ;
- Les agents infectieux : les bactéries et les virus derriÚre les épidémies, qui provoquent des fluctuations démographiques massives, limitant de ce fait la taille des grands empires ;
- Les innovations techniques : les outils qui permettent au pouvoir dâasseoir sa domination ou Ă lâinverse Ă lâindividu de se dĂ©fendre.
Pour les auteurs, la technologie â ou la technique, si lâon veut Ă©viter de faire un amĂ©ricanisme â constitue Ă lâĂ©poque moderne le « facteur dĂ©terminant de lâĂ©quilibre entre le coĂ»t et les bĂ©nĂ©fices liĂ©s Ă lâexercice du pouvoir » (p. 52). LâĂ©volution technique liĂ©e Ă lâĂšre de lâinformation (la micro-informatique, le cyberespace et la cryptographie) va libĂ©rer lâindividu, en provoquant une baisse des rendements de la violence. Les Ătats ne pourront plus contrĂŽler leurs citoyens comme ils lâont fait jusquâĂ prĂ©sent, ce qui conduira Ă lâĂ©mancipation des individus. Ce discours nâest dâailleurs pas sans rappeler celui des cypherpunks, qui Ă©crivaient Ă la mĂȘme Ă©poque.
La taille des entitĂ©s souveraines va ainsi grandement diminuer, pour ne parfois concerner quâune poignĂ©e dâindividus. On assistera Ă la dĂ©sagrĂ©gation des grands Ătats, pour donner une multitude de micro-juridictions. Le monde connaitra une nouvelle pĂ©riode de fĂ©odalitĂ© qui rappellera celle du Moyen Ăge, tout en sâen distinguant fondamentalement. En effet, grĂące Ă la gĂ©nĂ©ralisation dâInternet, les individus pourront davantage se rĂ©unir en « groupes dâaffinité » (p. 157), chose qui existait sous forme embryonnaire dans les ordres religieux et militaires mĂ©diĂ©vaux comme les chevaliers de Malte. Cette dĂ©marche se retrouve aujourdâhui dans le concept de lâĂtat-rĂ©seau de Balaji Srinivasan (ancien directeur technique de Coinbase et associĂ© gĂ©nĂ©ral chez Andreessen Horowitz), qui le dĂ©finit comme « une communautĂ© en ligne hautement alignĂ©e, dotĂ©e dâune capacitĂ© dâaction collective, qui finance lâacquisition de territoires Ă travers le monde et finit par obtenir la reconnaissance diplomatique dâĂtats dĂ©jĂ existants ».

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les entitĂ©s souveraines se feront concurrence, et les personnes procĂšderont Ă un arbitrage juridictionnel : elles choisiront oĂč elles voudront rĂ©sider et travailler en fonction des conditions offertes (fiscalitĂ©, sĂ©curitĂ©, infrastructures) par ces micro-Ătats. Ce sera une application du « thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence4 » formulĂ© par les auteurs, qui affirme que les individus rĂ©agiront Ă une hausse dâimpĂŽt, non pas en rĂ©duisant leur consommation mais en dĂ©mĂ©nageant :
« à lâĂšre de lâinformation, cependant, la rĂ©action du contribuable rationnel ne consistera plus Ă Ă©pargner davantage pour absorber lâaugmentation prĂ©visible de ses impĂŽts ; il choisira plutĂŽt de transfĂ©rer sa rĂ©sidence ou dâeffectuer ses transactions ailleurs. De mĂȘme que les producteurs choisissent les fournisseurs les plus avantageux, la capacitĂ© Ă sĂ©lectionner son prestataire de protection deviendra un levier bien plus dĂ©terminant pour prĂ©server ses revenus. » (p. 221)
Il sâagira dâun « vote avec ses pieds », dâune « dĂ©fection5 » (p. 218) affectant indirectement la politique de lâĂtat. Les individus les plus productifs iront enrichir les juridictions fiscalement avantageuses et davantage focalisĂ©es sur les missions rĂ©galiennes, tandis que les grands Ătats-providence sâappauvriront considĂ©rablement, et seront contraints Ă revoir Ă la baisse leurs politiques redistributives.
La rĂ©volution de lâinformation
Tout comme la dĂ©couverte de la poudre Ă canon et celle de lâimprimerie ont mis fin Ă la fĂ©odalitĂ© au moment de la Renaissance, la rĂ©volution de lâinformation va mettre un terme Ă lâĂšre de lâĂtat-nation. Les anciens modes de production Ă©taient soumis Ă la « tyrannie de lâendroit » (p. 174) : la rattachement de la production Ă un bien foncier (terre ou usine) rendait les producteurs particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă lâimpĂŽt et aux revendications sociales, et câest pour cette raison que la crĂ©ation de richesse permise par la rĂ©volution industrielle a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e par lâĂtat. Ă lâinverse, la rĂ©volution de lâinformation va permettre aux entreprises de dĂ©centraliser leur mode de production et de transcender cette tyrannie de lâendroit, en devenant davantage mobiles. Les auteurs le rĂ©sument bien : « Le gigantisme des usines a coĂŻncidĂ© avec lâĂšre de lâĂtat-providence. Ă lâinverse, la micro-informatique miniaturise les institutions. » (p. 135)
Internet joue un grand rĂŽle dans la thĂšse soutenue par les auteurs. Ă la suite de John Perry Barlow, auteur dâune DĂ©claration dâindĂ©pendance du cyberespace en 1996, ils professent que « le cyberespace, tel le royaume imaginaire des dieux dâHomĂšre, forme un univers distinct de notre monde terrestre familier, fait de fermes et dâusines » (p. 174). Ils considĂšrent que lâactivitĂ© se fera dans le cadre de la « multinationale virtuelle » (p. 222), association dâindividus souverains sâadaptant facilement aux conditions du marchĂ©. Ce type de production est devenu rĂ©alitĂ© aujourdâhui avec lâĂ©mergence des digital nomads, dont le modĂšle a Ă©tĂ© exposĂ© en 2007 par lâinfluenceur Tim Ferriss dans son best-seller de dĂ©veloppement personnel, La Semaine de quatre heures.
Rees-Mogg et Davidson soutiennent aussi que la rĂ©volution de lâinformation va mener Ă la crĂ©ation dâune monnaie numĂ©rique, appelĂ©e « cybermonnaie », qui repose sur la cryptographie asymĂ©trique et Ă©chappe au contrĂŽle de lâĂtat. Ils Ă©crivent :
« Avec lâĂ©mergence du commerce en ligne, lâapparition de la cybermonnaie est inĂ©luctable. Cette nouvelle forme de monnaie sapera la capacitĂ© des Ătats Ă dĂ©terminer qui pourra accĂ©der au statut dâindividu souverain. Ce changement sâexplique en grande partie par le rĂŽle de la technologie de lâinformation, qui affranchira les dĂ©tenteurs de patrimoine de la confiscation dĂ©guisĂ©e que constitue lâinflation. [âŠ] Cette monnaie numĂ©rique est appelĂ©e Ă jouer un rĂŽle central dans le cybercommerce. Elle se prĂ©sentera sous la forme de suites chiffrĂ©es de nombres premiers de plusieurs centaines de chiffres. Unique, anonyme et vĂ©rifiable, cette monnaie pourra ĂȘtre utilisĂ©e pour les transactions les plus importantes, mais aussi ĂȘtre fractionnĂ©e Ă lâinfini pour rĂ©gler des montants microscopiques. Elle sâĂ©changera instantanĂ©ment et sans aucune restriction sur un marchĂ© mondial pesant plusieurs milliers de milliards de dollars. » (p. 191)
Ă lâĂ©poque, le modĂšle eCash de David Chaum Ă©tait dĂ©ployĂ© de façon expĂ©rimentale dans certaines banques amĂ©ricaines depuis 1995. Les auteurs nâĂ©taient donc pas les seuls Ă prĂ©dire lâĂ©mergence dâune monnaie numĂ©rique libre : le constat Ă©tait partagĂ© par Milton Friedman par exemple. Cet idĂ©al de monnaie numĂ©rique a fini par se matĂ©rialiser sous la forme de Bitcoin, conçu par Satoshi Nakamoto en 2008 : une monnaie rĂ©sistante Ă la censure et rĂ©sistante Ă lâinflation, confidentielle et programmable, adaptĂ©e aux gros transferts vers lâĂ©tranger comme aux petits paiements.
Une autre vision prophĂ©tique rĂ©alisĂ©e dans LâIndividu souverain est lâadoption de lâintelligence artificielle au sein de la population gĂ©nĂ©rale. Les auteurs prĂ©voient en effet que les individus pourront augmenter leurs capacitĂ©s de façon surprenante grĂące Ă des « serviteurs » ou « assistants numĂ©riques » (p. 150). Ils Ă©voquent notamment la cas de « juristes numĂ©riques » qui « automatiseront la sĂ©lection des clauses contractuelles, en utilisant des processus dâintelligence artificielle tels que les rĂ©seaux neuronaux, pour rĂ©diger des contrats privĂ©s personnalisĂ©s en fonction des conditions juridiques internationales » (p. 185). Certains individus pourraient ainsi devenir extrĂȘmement puissants : « Un gĂ©nie excentrique, Ă©paulĂ© par ses serviteurs numĂ©riques, pourrait thĂ©oriquement rivaliser avec lâinfluence dâun Ătat-nation dans une guerre informatique. » (p. 169)
Cette prĂ©diction rappelle inĂ©vitablement les agents dâIA, ces systĂšmes qui effectuent des tĂąches de maniĂšre autonome en concevant des flux opĂ©rationnels et en interagissant avec le monde rĂ©el Ă la place de lâutilisateur. Lâintelligence artificielle, qui jusque-lĂ Ă©tait restĂ©e confinĂ©e Ă quelques utilisations prĂ©cises (AlphaGo), sâest popularisĂ©e Ă partir de 2022 avec le succĂšs de la premiĂšre version ouverte de ChatGPT (basĂ©e sur GPT-3). Puis la pratique de lâIA agentique sâest dĂ©veloppĂ©e Ă partir de cette base, pour se faire connaitre par le biais de Clawdbot/OpenClaw en 2025. Aujourdâhui, lâindividu a dĂ©sormais la possibilitĂ© de dĂ©multiplier ses capacitĂ©s, en disposant dâoutils puissants pour automatiser les tĂąches les plus redondantes, comme la programmation logicielle, la traduction, lâĂ©criture dâarticles ou la gestion des courriels.
Ainsi, nous ne pouvons que constater que Rees-Mogg et Davidson ont Ă©tĂ© visionnaires sur un certain nombre de sujets. Toutefois, on peut largement nuancer cette opinion, trop rĂ©pandue parmi les dĂ©fenseurs du livre et de la thĂšse de lâindividu souverain. Le discours des auteurs semble relever de la pensĂ©e dĂ©sidĂ©rative au moins sur deux points : le rĂŽle libĂ©rateur de la technique et lâimminence de la dĂ©centralisation politique.
La technique, libératrice ou tyrannique ?
MĂȘme Rees-Mogg et Davidson se contentent de dĂ©crire les choses telles quâelles sont censĂ©es se passer, on comprend quâils ont un point de vue positif sur la rĂ©volution numĂ©rique, ayant une bienveillance toute promĂ©thĂ©enne Ă lâĂ©gard du progrĂšs technique rĂ©cent et Ă venir. Ils Ă©ludent ainsi la perspective inverse : que le progrĂšs technique en cours amĂšne une plus grande servitude en mĂȘme temps quâun plus grand confort. De leur propre aveu, câest ce qui sâest passĂ© lors de la « rĂ©volution agricole » et de la rĂ©volution industrielle ; pourquoi serait-ce diffĂ©rent cette fois-ci ?
Une technique particuliĂšre nâest jamais neutre et influence la sociĂ©tĂ© entiĂšre dans un sens particulier. Dans le cadre politique, elle vient changer les « conditions mĂ©gapolitiques » de la rĂ©gion dans laquelle elle est adoptĂ©e. Une innovation peut donc apparaitre comme un outil dâindĂ©pendance pour lâindividu, tout en favorisant en rĂ©alitĂ© la mainmise gĂ©nĂ©rale de lâĂtat.
Les moyens de transport et de communication, par exemple, sont utiles aux individus pour se dĂ©placer entre les juridictions et pour Ă©changer des informations et des richesses. Mais ils permettent surtout la centralisation au niveau politique : les ordres peuvent ĂȘtre transmis plus rapidement aux gouverneurs de province et les troupes peuvent ĂȘtre envoyĂ©es plus facilement en cas de sĂ©cession. Le dĂ©veloppement des transports terrestres, maritimes, ferroviaires et aĂ©riens, ainsi que le dĂ©ploiement des communications modernes (tĂ©lĂ©graphe, tĂ©lĂ©phone, TCP/IP), ont favorisĂ© lâĂ©mergence dâĂtats-continents centralisĂ©s comme la RĂ©publique populaire de Chine ou les Ătats-Unis. Le cas dâInternet est emblĂ©matique : il a, de par son architecture distribuĂ©e, Ă©tĂ© un outil fantastique pour dĂ©mocratiser la connaissance de lâindividu, mais il a aussi largement contribuĂ© Ă la diffusion de propagande de masse, Ă la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă lâabrutissement global.
La numĂ©risation de la monnaie peut aussi ĂȘtre examinĂ©e sous ce prisme. Elle a certes amenĂ© lâargent liquide Ă©lectronique quâest Bitcoin (dont le potentiel est sous-exploitĂ© aujourdâhui), mais elle a Ă©tĂ© essentiellement lâoccasion de dĂ©ployer la surveillance et le contrĂŽle financier Ă des domaines qui ne lâĂ©taient pas avant, dâabord dans le systĂšme bancaire, et bientĂŽt directement par les Ătats eux-mĂȘmes, par lâintermĂ©diaire de la monnaie numĂ©rique de banque centrale. Bitcoin constitue bien plus une rĂ©action Ă cette numĂ©risation de la monnaie, une valorisation des propriĂ©tĂ©s de la « monnaie physique » et une opposition aux « institutions financiĂšres qui servent de tiers de confiance pour traiter les paiements Ă©lectroniques », quâune volontĂ© de faire advenir une monnaie intĂ©gralement numĂ©rique. De mĂȘme, David Chaum avait en son temps dĂ©veloppĂ© ses mĂ©thodes cryptographiques (et son fameux systĂšme eCash) parce quâil se catastrophait de lâinformatisation de la sociĂ©tĂ©6.
Lâintelligence artificielle est Ă©galement concernĂ©e par ce cotĂ© double : elle est en effet particuliĂšrement puissante dans un certain nombre de domaines (on regardera lâillustration de cet article pour sâen convaincre), mais demeure dans sa conception une chose trĂšs centralisĂ©e et sensible Ă lâintervention Ă©tatique. Lâentrainement des meilleurs modĂšles dâIA (Claude, ChatGPT, Gemini) requiert une infrastructure informatique monstrueuse (datacenters), de sorte que ces derniers sont contrĂŽlĂ©s par des grandes sociĂ©tĂ©s plus ou moins soumises au pouvoir amĂ©ricain (OpenAI, Anthropic, Google). Du cĂŽtĂ© de lâinfĂ©rence, on peut logiquement dĂ©ployer localement des modĂšles open source (comme Qwen ou Deepseek) Ă lâaide dâune carte graphique performante valant aujourdâhui une poignĂ©e de milliers dâeuros. Toutefois, cette façon de faire est significativement moins efficace : les modĂšles concernĂ©s sont moins bons et le coĂ»t de maintenance locale est non nĂ©gligeable (sans parler du fait que les concurrents sont actuellement subventionnĂ©s). On peut donc aisĂ©ment prĂ©dire aisĂ©ment que lâessentiel de la production par IA se fera par le biais des modĂšles propriĂ©taires et hĂ©bergĂ©s de maniĂšre centralisĂ©e.

Dans ce registre, il est intĂ©ressant de citer Peter Thiel, cofondateur controversĂ© de PayPal et de Palantir, qui Ă©tait lâauteur de la prĂ©face de la réédition de 2020 de The Sovereign Individual. Il Ă©crit ainsi (en Ă©cho Ă une dĂ©claration prĂ©cĂ©dente) :
« Lâintelligence artificielle laisse entrevoir la possibilitĂ© de rĂ©soudre enfin ce que les Ă©conomistes appellent le « problĂšme du calcul Ă©conomique » : lâIA pourrait thĂ©oriquement permettre de contrĂŽler de maniĂšre centralisĂ©e lâensemble dâune Ă©conomie. Ce nâest pas un hasard si lâIA est la technologie prĂ©fĂ©rĂ©e du Parti communiste chinois. La cryptographie forte, Ă lâautre extrĂȘme, laisse entrevoir la perspective dâun monde dĂ©centralisĂ© et individualisĂ©. Si lâIA est communiste, la crypto est libertarienne7. »
La rĂ©volution de lâinformation est bel et bien en train de bouleverser le monde, pour le meilleur et pour le pire. Si le progrĂšs technique est aujourdâhui en plein essor, il pourrait nous conduire Ă la pire des dystopies, oĂč intelligence artificielle cĂŽtoierait identitĂ© informatisĂ©e, monnaie numĂ©rique de banque centrale, surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă©conomie planifiĂ©e â la technocratie. Il est donc avisĂ© dâavoir un certain discernement et de ne pas se rĂ©jouir bĂ©atement de toutes les nouvelles avancĂ©es techniques que nous propose sans cesse lâĂ©lite technologique, cette « élite cosmopolite de lâĂšre de lâinformation » (p. 270).
Le nouveau Moyen Ăge nâest pas pour tout de suite
Dans LâIndividu souverain, ainsi que dans leurs autres ouvrages, Rees-Mogg et Davidson prĂ©sentent une conception cyclique de lâhistoire, et se basent sur les Ă©vĂšnements passĂ©s pour prĂ©dire lâavenir. DĂšs le dĂ©but du livre, ils font ainsi remarquer que lâhistoire occidentale est marquĂ©e un « mystĂ©rieux cycle de cinq siĂšcles » depuis la GrĂšce antique : Ă chaque fois, un « grand bouleversement » provoque « lâapparition dâune nouvelle phase dâorganisation sociale » (p. 33). En 508 avant JĂ©sus-Christ, câĂ©taient les rĂ©formes dĂ©mocratiques de ClisthĂšne ; en lâan 1, la naissance du Christ marquant lâapogĂ©e Ă©conomique antique ; en 476 ap. J.-C., lâeffondrement de lâEmpire romain dâOccident et le dĂ©but de lâ« Ăge sombre » ; vers lâan mil, lâinstauration de la fĂ©odalitĂ© en Europe occidentale initiant une restructuration ; et en 1492, le dĂ©but de lâĂ©poque moderne avec la dĂ©couverte de la poudre Ă canon, la Renaissance et la RĂ©forme protestante. Dans cette logique, lâan 2000 devrait amener avec lui le dĂ©but dâune nouvelle Ăšre â lâĂšre de lâinformation â oĂč lâorganisation sociale reposerait sur une sorte de fĂ©odalitĂ© technologique, marquĂ©e par une division politique forte et par un dĂ©veloppement technique avancĂ©. Cette pĂ©riode nouvelle prendrait les atours dâun nouveau Moyen Ăge, sans pour autant en prĂ©senter les inconvĂ©nients principaux.
Si cette façon de prĂ©senter les choses est sĂ©duisante, elle est peu mĂ©thodique en ce que la sĂ©lection des Ă©vĂšnements est arbitraire et ne repose sur aucun critĂšre prĂ©cis, hormis le ressenti dans la mĂ©moire collective8. Lâintuition des auteurs sur les variations historiques est nĂ©anmoins bonne, et on peut percevoir un autre cycle : le cycle des civilisations, qui a notamment Ă©tĂ© mis en lumiĂšre par lâhistorien et essayiste français Philippe Fabry. Depuis lâĂ©mergence des premiĂšres civilisations au nĂ©olithique, le monde a connu des hauts et des bas, mesurĂ©s selon le niveau dâurbanisation, de commerce et dâunification politique.
Dans ce cadre, le « Moyen Ăge » correspondait Ă une pĂ©riode de transition entre deux Ăšres civilisationnelles : lâAntiquitĂ© grĂ©co-romaine et la ModernitĂ© europĂ©o-amĂ©ricaine. Il a permis une relative « concurrence entre les juridictions9 » prĂ©cisĂ©ment parce quâil constituait lâaboutissement dâun long processus de dĂ©civilisation. Cette indĂ©pendance sâaccompagnait ainsi dâune dominance du mode de vie rural et dâun bas niveau dâĂ©changes Ă©conomiques avec lâĂ©tranger.
Plus encore, le Moyen Ăge nâĂ©tait pas la premiĂšre pĂ©riode de ce genre : en GrĂšce, la disparition de la civilisation mycĂ©nienne lors de lâeffondrement de lâĂąge du bronze au XIIe siĂšcle avant JĂ©sus-Christ a conduit Ă des « siĂšcles obscurs » qui ont durĂ© plus de 400 ans. La reconstruction a eu lieu ensuite, lors de lâĂ©poque archaĂŻque, qui a donnĂ© la GrĂšce antique que nous connaissons, avec les citĂ©s-Ătats dâAthĂšnes ou de Sparte. Il sâen est suivi un mouvement dâunification politique (Ă lâĂ©chelle de lâĂ©poque), dâabord sous lâĂ©gide de la MacĂ©doine vers 330 av. J.-C. (Alexandre le Grand), puis de Rome au IIe siĂšcle avant notre Ăšre.

Le monde est donc soumis Ă des forces au long cours autrement plus immuables que lâinnovation technique. Bien que celle-ci atteigne aujourdâhui un niveau inĂ©dit dans lâhistoire de lâhumanitĂ© (cybernĂ©tique, intelligence artificielle, manipulation gĂ©nĂ©tique, neurotechnologie), elle nâen demeure pas moins assujettie au cycle civilisationnel, qui est une dynamique humaine10. La technique, en tant quâelle constitue une extension de la vie humaine, a seulement pour effet de ralentir le cycle, pas dây mettre un terme.
Le processus de dĂ©civilisation et de dĂ©centralisation du monde est un processus lent et graduel : il peut ĂȘtre ponctuĂ© par des Ă©vĂšnements spectaculaires, mais ceux-ci sont lâexpression de mutations plus profondes. Rome ne sâest pas effondrĂ©e en un jour par exemple ; il lui a fallu un demi-millĂ©naire. Il parait de ce fait trĂšs illusoire de croire quâun changement brutal va se produire, et ce dâautant plus que ce potentiel dĂ©clin nâa pas encore commencĂ©. Le monde nâa jamais Ă©tĂ© aussi riche quâaujourdâhui. La tendance Ă la centralisation politique (qui a dĂ©butĂ© autour de lâan mil en Europe) ne montre aucun signe dâinversement, malgrĂ© les conflits militaires qui marquent lâactualitĂ© de ces derniĂšres annĂ©es.
Lâheure est donc aux grands empires, qui seuls peuvent exercer une souverainetĂ© concrĂšte : les Ătats-Unis, lâUnion europĂ©enne, la Chine, lâInde. Les petites entitĂ©s soi-disant « souveraines » sont en rĂ©alitĂ© soumises au bon-vouloir de ces grands empires11. Elles persisteront probablement, ne serait-ce que pour permettre Ă lâĂ©lite de jouir de son statut, mais ne constitueront pas de rĂ©elles solutions viables avant des siĂšcles.
La pratique comme maĂźtre-mot
On peut ainsi conclure que la thĂšse de lâindividu souverain est intĂ©ressante, mais peine Ă convaincre dans son entiĂšretĂ©. Rees-Mogg et Davidson sont beaucoup trop optimistes sur la possibilitĂ© de libertĂ© politique des individus. LâĂtat est une institution de servitude qui orchestre la contrainte depuis des millĂ©naires, et qui ne sera pas renversĂ©e du jour au lendemain par un procĂ©dĂ© technique, fĂ»t-il aussi gĂ©nial que Bitcoin.
Toutefois, malgrĂ© ce postulat erronĂ©, le livre prĂ©sente une vĂ©ritable valeur en ce quâil incite Ă la pratique. Sâil a eu le succĂšs quâon lui connait, câest parce quâil a apportĂ© beaucoup Ă ceux qui lâont lu. MĂȘme si les auteurs ne donnent pas de conseils directs (hormis des investissements en lien avec leur lettre dâinformation, non reproduits dans la version en français), leurs analyses ouvrent la voie Ă des actions dans le monde rĂ©el. Il pousse ainsi Ă agir plutĂŽt que de se plaindre, Ă anticiper plutĂŽt que de subir. Et, Ă dĂ©faut de prĂ©dire lâeffondrement de lâĂtat-providence, il permettra Ă lâindividu dâĂȘtre libre dans un monde qui ne lâest pas.
On sera ainsi amenĂ©s Ă voir dâun bon Ćil lâentrepreneuriat, notamment par le biais dâInternet, qui modifie le marchĂ© Ă aller chercher. Avoir un flux de trĂ©sorerie issu du cyberespace nous rendra moins facilement saisissable et imposable. On voyagera et on profitera des disparitĂ©s entre les juridictions en dĂ©plaçant certains aspects de notre vie Ă lâĂ©tranger, voire en sâexpatriant dĂ©finitivement. On se regroupera en communautĂ©s basĂ©es sur des intĂ©rĂȘts communs. On filtrera notre flux dâinformation, en personnalisant nos sources documentaires, plutĂŽt quâen sâabreuvant du discours gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias de masse.
Certains trouveront Ă redire de ce mode de vie nomade, mais la dĂ©marche a le mĂ©rite de pousser les gens Ă se frotter Ă la rĂ©alitĂ©, qualitĂ© trop peu rĂ©pandue de nos jours. La rĂ©flexion est, et a toujours Ă©tĂ©, censĂ©e nourrir lâaction. Et ce sont nos actions qui dĂ©terminent ce Ă quoi le monde de demain ressemblera. Pour citer Peter Thiel : « La lecture de LâIndividu souverain en 2020 est un moyen de rĂ©flĂ©chir attentivement Ă lâavenir que nos propres actions contribueront Ă façonner. »
Références et notes
James Dale Davidson et William Rees-Mogg, LâIndividu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă lâeffondrement de lâĂtat-providence. Konsensus Network, 2026. 411 pages. Ă retrouver sur la boutique en ligne de lâĂ©diteur (10 % de rĂ©duction avec le code promo lugaxker) et sur Amazon.
Illustration : image gĂ©nĂ©rĂ©e avec GPT Image 1.5, Ă partir du tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages peint en 1818 par Caspar David Friedrich. Texte : rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM. Traduction : sauf prĂ©cision contraire, les traductions sont rĂ©alisĂ©es par lâauteur au moyen de DeepL.
- John Stuart Mill, De la libertĂ©, trad. Dupont-White (Guillaumin et Cie, 1860), p. 18. â©ïž
- Voir notamment Frederic C. Lane, « Economic Consequences of Organized Violence », The Journal of Economic History, vol. 18, n° 4 (dĂ©cembre 1958), pp. 402â417. â©ïž
- Lâargument du littoral accidentĂ© qui favorise le commerce fait penser Ă la thĂšse de la « thalassographie articulĂ©e » de David Cosandey, formulĂ©e la mĂȘme annĂ©e, en 1997. â©ïž
- Le thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence est appelĂ© ainsi en rĂ©fĂ©rence Ă lâĂ©quivalence ricardienne, selon laquelle, lors dâune relance budgĂ©taire, les acteurs Ă©conomiques rĂ©duisent leur consommation par anticipation dâune future hausse dâimpĂŽt. Ce thĂ©orĂšme de Rees-Mogg et Davidson est prĂ©sentĂ© dans The Bitcoin Handbook dâAnil Patel, traduit en français chez Konsensus Network. â©ïž
- Dans le livre Exit, Voice, and Loyalty Ă©crit 1969 par lâĂ©conomiste amĂ©ricain Albert Hirschmann, le terme « dĂ©fection » (exit) sâoppose Ă la « prise de parole » (voice) et au « loyalisme » (loyalty) dans la gouvernance des organisations. Hirschmann Ă©crivait notamment : « Ce nâest que lorsque les pays commenceront Ă vraiment se ressembler, grĂące Ă la modernisation et Ă lâĂ©volution des communications, que le danger des dĂ©fections prĂ©maturĂ©es et excessives se prĂ©sentera. » â©ïž
- En 1985, David Chaum Ă©crivait : « Lâinformatisation prive les individus de la capacitĂ© de surveiller et de contrĂŽler la façon dont les informations les concernant sont utilisĂ©es. (âŠ) Nous sommes en train de jeter les bases dâune sociĂ©tĂ© du fichage, dans laquelle les ordinateurs pourraient ĂȘtre utilisĂ©s pour dĂ©duire le mode de vie, les habitudes, les dĂ©placements et les frĂ©quentations des individus Ă partir de donnĂ©es collectĂ©es dans le cadre de transactions de consommation ordinaires. Lâincertitude quant Ă la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es contre les abus de ceux qui les conservent ou les exploitent peut avoir un « effet paralysant », amenant les gens Ă modifier leurs activitĂ©s observables. Ă mesure que lâinformatisation se gĂ©nĂ©ralise, ces problĂšmes risquent de sâaggraver considĂ©rablement. » â Voir « Security without identification: transaction systems to make big brother obsolete », in Communications of the ACM, vol. 28, no. 10, octobre 1985, p. 1030. â©ïž
- Peter Thiel, « Preface », in James Dale Davidson et William Rees-Mogg, The Sovereign Individual (Touchstone, 2020), p. 6. â©ïž
- Pourquoi parler de lâinstauration de la dĂ©mocratie athĂ©nienne et ignorer la rĂ©volution anglaise du XVIIe siĂšcle par exemple ? â©ïž
- Rees-Mogg et Davidson vantent notamment les « marches », ces « rĂ©gions frontaliĂšres mĂ©diĂ©vales » qui Ă©taient « le théùtre dâun enchevĂȘtrement de souverainetĂ©s » et avaient dĂ©veloppĂ© « des formes institutionnelles et juridiques singuliĂšres » (p. 166). â©ïž
- Philippe Fabry, citĂ© plus haut, affirme que le processus de dĂ©civilisation dĂ©coule dâun effondrement dĂ©mographique, dĂ» en partie Ă la baisse de la natalitĂ©. Une sociĂ©tĂ© qui dĂ©cline dĂ©mographiquement a en effet tendance Ă connaitre une dĂ©croissance Ă©conomique, ce qui diminue lâincitation Ă la centralisation politique. â©ïž
- Dans sa prĂ©face de 2020, Peter Thiel a mis en perspective la thĂšse de lâindividu souverain en mentionnant la prise de contrĂŽle de la Chine sur la citĂ©-Ătat dâHong Kong, qui correspondait, pour les auteurs, « au type de juridiction qui [âŠ] prospĂ©rera Ă lâĂšre de lâinformation » (p. 303). â©ïž