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La mystique de Michael Saylor

August 2nd 2026 at 20:00

Michael Saylor, le PDG de Microstrategy, est devenu extrĂȘmement populaire au sein de la communautĂ© de Bitcoin au cours des annĂ©es. Comme je l'ai expliquĂ© dans le premier article de ce diptyque, il a su se faire une place parmi les bitcoineurs, passant dans des podcasts Ă  large audience, intervenant lors des grandes confĂ©rences, attirant l'attention des mĂ©dias spĂ©cialisĂ©s — si bien qu'il est devenu, en quelque sorte, une Ă©gĂ©rie de la monnaie orange.

MalgrĂ© tout, cette fascination gĂ©nĂ©rale pour le personnage m'a profondĂ©ment surpris. Je trouvais en effet mystĂ©rieux que des gens qui aimaient sincĂšrement Bitcoin, c'est-Ă -dire au-delĂ  du simple gain financier, puissent prendre cet homme au sĂ©rieux. Je m'opposais Ă©videmment Ă  ses prises de position les plus pĂ©remptoires, exprimĂ©es dans certains courts extraits d'entrevues que j'avais entendus Ă  contrecƓur. Et pourtant, n'ayant jamais fait l'effort d'Ă©couter ses longues interventions, je me persuadais que sa perspective sur la monnaie et sur Bitcoin devait prĂ©senter des qualitĂ©s insoupçonnĂ©es ; qu'elle Ă©tait semblable Ă  la pensĂ©e de Saifedean Ammous qui, malgrĂ© ses dĂ©fauts, avait le mĂ©rite de ne pas nier en bloc la proposition de valeur de l'argent liquide Ă©lectronique.

C'est pour combler ce manque de connaissance sur le discours saylorien que j'ai lu, il y a peu, The Treasury of Michael Saylor1. Il s'agit d'une anthologie publiée en 2025 qui compile les paroles les plus marquantes de Saylor prononcées dans des podcasts ou des conférences. Le contenu a été sélectionné et réorganisé par l'investisseur et éducateur Anil Patel, déjà auteur d'un Manuel du Bitcoin en 2023.

Ma premiĂšre impression, en parcourant ce livre, a Ă©tĂ© un sentiment de vide. Certes, le texte provenait d'interventions orales, et il fallait par consĂ©quent s'attendre Ă  ce que le message de fond soit dissĂ©minĂ© au fil de l'eau. Mais il m'a semblĂ© que la pensĂ©e profonde de Saylor sur Bitcoin (censĂ©e ĂȘtre mise en Ă©vidence dans cette compilation) Ă©tait peu cohĂ©rente, parfois dĂ©nuĂ©e de sens, voire complĂštement improvisĂ©e
 Lorsqu'il reste dans son domaine d'expertise, Ă  savoir la finance et la gestion d'entreprise, le PDG amĂ©ricain fait preuve de pertinence et peut nous enseigner des choses. En revanche, son discours sur la cryptomonnaie s'apparente Ă  du technobabillage : il utilise un pseudo-langage technique pour vendre ses produits, n'ayant en rĂ©alitĂ© qu'une maigre connaissance du fonctionnement du protocole Bitcoin2.

Malgré ce qu'il désire afficher, Saylor n'est pas un ingénieur ou un idéologue ; c'est un magicien. Il se sert d'un flou artistique pour créer une sorte d'aura autour de lui, source de son charisme. Tel un numérologue de la kabbale, il joue avec les chiffres pour stupéfier son public3. Tel un alchimiste, il transforme la crédulité des gens en actifs sur le bilan financier de sa société.

Le saylorisme n'est donc pas vraiment une doctrine solidement dĂ©finie, mais bien plutĂŽt une mystique, Ă  savoir un « systĂšme d'affirmations se rapportant Ă  un objet [
] auquel on attribue une sorte de vertu magique ». Et force est de constater que cette mystique saylorienne fascine les foules. C'est pourquoi il me semble essentiel de la dĂ©crypter ici, non pas pour prouver que l'homme est stupide et qu'il raconte n'importe quoi, mais pour montrer que l'esprit de ses propos est indubitablement antithĂ©tique Ă  ce que Bitcoin reprĂ©sente.

Une vision prométhéenne de la vie

La mystique saylorienne semble compliquée par ses circonvolutions, mais elle s'éclaircit une fois qu'on comprend la logique qui la sous-tend. En particulier, elle s'appuie sur un courant philosophique trÚs ancien qui rencontre de plus en plus de succÚs de nos jours. Ce courant, c'est le prométhéisme, pour lequel la technologie est une force libératrice qui permet aux individus de s'émanciper de leur condition. Il tire son nom du titan de la mythologie grecque Prométhée, qui aurait dérobé le feu sacré aux dieux de l'Olympe pour en faire don aux hommes, leur enseignant par ce biais l'intégralité des arts et des techniques, et qui aurait été condamné par Zeus à la torture perpétuelle en conséquence à cet acte4.

PromĂ©thĂ©e apportant le feu Ă  l'humanitĂ©, tableau (recadrĂ©) de Heinrich FĂŒger, 1817.

Michael Saylor adhĂšre tout Ă  fait Ă  cette conception de la vie, voyant d'un bon Ɠil l'accroissement des moyens techniques. Et cette perspective se manifeste dans sa vision de Bitcoin. Par exemple, il considĂšre que le progrĂšs de la civilisation a dĂ©coulĂ© dans l'histoire de sa capacitĂ© Ă  canaliser l'Ă©nergie — de la domestication du feu Ă  la maitrise de la fission nuclĂ©aire, en passant par l'exploitation du pĂ©trole — et que la cryptomonnaie comme une amĂ©lioration de cette capacitĂ©.

Saylor va ainsi jusqu'Ă  comparer directement Satoshi Nakamoto, le crĂ©ateur de Bitcoin, au titan PromĂ©thĂ©e. Pour lui, Satoshi a « offert un cadeau » au monde en mettant au point son systĂšme, et doit par consĂ©quent ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un demi-dieu. Il dit ouvertement :

« Satoshi est une figure spirituelle au sein de la communauté Bitcoin ; il est l'équivalent de Prométhée. Prométhée nous a donné le feu ; Satoshi nous a donné la monnaie. Bitcoin est la premiÚre monnaie parfaite de l'histoire de l'humanité. »

Au-delĂ  de cette rĂ©vĂ©rence envers PromĂ©thĂ©e, Saylor s'inspire de pensĂ©es qui sont trĂšs clairement promĂ©thĂ©ennes dans leur nature. La mystique saylorienne s'incrit ainsi dans l'objectivisme, philosophie de la romanciĂšre libĂ©rale Ayn Rand, qui exalte l'hĂ©roĂŻsme, l'Ă©goĂŻsme rationnel et l'entrepreneuriat capitaliste. Le promĂ©thĂ©isme transparait clairement dans les Ɠuvres de l'autrice, oĂč on retrouve des rĂ©fĂ©rences directes au titan5.

Le PDG de MicroStrategy a particuliĂšrement Ă©tĂ© marquĂ© par La GrĂšve, roman publiĂ© en 1957 aux États-Unis sous le titre Atlas Shrugged. Ce livre met en scĂšne des ingĂ©nieurs qui font sĂ©cession de la collectivitĂ© socialiste sclĂ©rosĂ©e dont ils supportent la charge, en se rĂ©unissant dans le « Canyon de Galt », une vallĂ©e situĂ©e au milieu des montagnes Rocheuses et dissimulĂ©e par un dispositif technique de rĂ©fraction lumineuse. Saylor, lors de son discours inaugural au gala annuel de l'Atlas Society6 en 2022, a ainsi rendu hommage Ă  l'Ɠuvre :

« Les histoires d'Ayn Rand traitent de la lutte de l'individu contre le collectif, et elles sont captivantes. Quand j'ai lu La GrÚve pour la premiÚre fois, je n'ai pas pu lùcher le livre. J'y ai consacré 12 heures par jour, puis 14, et puis 16. La nature humaine ne change pas : cette lutte existait il y a 100 000 ans ; elle existe encore aujourd'hui. Ce qui change, c'est la technologie. »

Michael Saylor lors de son discours inaugural au gala annuel de l'Atlas Society en 2022 (source : The Atlas Society)

Enfin, Michael Saylor a aussi Ă©tĂ© largement influencĂ© par l'auteur de science-fiction Robert Heinlein, qui est connu pour avoir Ă©crit Starship Troopers et dont la vision du monde est proche du promĂ©thĂ©isme7. Le PDG de MicroStrategy en a lu tous les romans, dont RĂ©volte sur la Lune (1966) qu'il a dĂ©clarĂ© ĂȘtre « l'un de ses livres prĂ©fĂ©rĂ©s ». Ce dernier livre raconte la guerre d'indĂ©pendance menĂ©e par la colonie lunaire de Luna contre la Terre, qui est remportĂ©e Ă  l'aide d'un systĂšme balistique gĂ©rĂ© par une intelligence artificielle (nommĂ©e Mike). Heinlein y prĂ©sente des idĂ©es trĂšs libertariennes : on y retrouve notamment l'adage selon lequel « un repas gratuit ça n'existe pas8 », c'est-Ă -dire que la plupart des choses prĂ©sentĂ©es comme « gratuites » sont en rĂ©alitĂ© payĂ©es par quelqu'un d'autre, comme les services publics. Et Ă  nouveau il y a cette idĂ©e que la maitrise technique permet de retrouver sa libertĂ© en faisant sĂ©cession.

Pour Michael Saylor, Bitcoin correspond ainsi trĂšs exactement au projet promĂ©thĂ©en, ce que des bitcoineurs hellĂ©nisants ont remarquĂ© bien avant lui, comme Andreas Antonopoulos (dĂšs 2013) ou Jacques Favier. Mais contrairement Ă  Antonopoulos, Saylor a son interprĂ©tation particuliĂšre de la façon dont Bitcoin doit libĂ©rer le monde du joug de Zeus


L'énergie et la thermodynamique

Conformément à sa philosophie prométhéenne et à son court passé d'ingénieur, Michael Saylor voit le monde sous l'angle de la science et de la thermodynamique. La notion d'énergie, qui est centrale en physique, revient constamment dans son discours, y compris concernant la cryptomonnaie. Entre autres, il considÚre que le bitcoin constitue de l'« énergie numérique », à l'instar de l'acier qui est une « forme métallique d'énergie » et du pétrole qui représente une « forme liquide d'énergie ».

Cette affirmation est plus une image qu'autre chose, car le bitcoin n'a aucun lien direct avec l'énergie. Certes, le réseau est sécurisé par un procédé impliquant une consommation d'électricité dans le monde réel ; mais l'unité de compte n'a jamais été adossée d'une quelconque maniÚre à l'énergie consommée pour la créer. Satoshi Nakamoto avait d'ailleurs déjà réfuté cette idée à son époque, expliquant que le bitcoin n'était pas « stable par rapport à l'énergie ».

Bien entendu, on pourra argĂŒer que cette mĂ©taphore permet d'expliquer les bonnes propriĂ©tĂ©s monĂ©taires que les marchandises possĂšdent habituellement en tant que produits standardisĂ©s (et que le bitcoin prĂ©sente). Sauf qu'elle prend une place prĂ©pondĂ©rante dans ses propos, et qu'elle justifie toutes les aberrations. Par exemple, Saylor considĂšre qu'il ne peut pas y avoir de monnaie sans dĂ©pense Ă©nergĂ©tique et que (faisant Ă©cho au bon mot du banquier J. P. Morgan sur l'or) tout le reste constitue du crĂ©dit. Pour lui :

« Une monnaie sans énergie, c'est du crédit. Des marchandises sans énergie, ce sont des bons d'achat. Dans le cyberespace, un objet sans énergie est une représentation. Si on a un objet et qu'il n'y a pas d'énergie, c'est comme l'ombre dans la caverne de Platon. Une personne sans énergie est un fantÎme. »

Dans ce cadre, seul le bitcoin peut constituer une rĂ©elle monnaie numĂ©rique, car la monnaie des banques centrales ne nĂ©cessite aucun travail pour ĂȘtre produite9. L'invocation de l'Ă©nergie sert Ă  lĂ©gitimer Bitcoin en tant que futur fondement du systĂšme Ă©conomique10.

Michael Saylor se repose aussi beaucoup sur la thermodynamique, et sur les trois lois qui la composent : la conservation de l'énergie, la croissance inéluctable de l'entropie et l'émergence de structures auto-dissipatives. Dans son discours, il assimile Bitcoin à un systÚme physique stable, insensible aux perturbations extérieures. Cette allégorie l'amÚne à présenter la hausse du prix du bitcoin comme une nécessité quasi scientifique. Il explique que miser sur le bitcoin équivaut à placer son argent sur le second principe de la thermodynamique, et donc que c'est un pari sûr :

« Quand on place son argent Ă  la banque et qu'on le garde sous forme de monnaie fiduciaire, on le prĂȘte Ă  un État. Quand on investit son argent dans une action, on le prĂȘte Ă  l'Ă©quipe de direction d'une entreprise. Quand on met son argent dans un immeuble, on le prĂȘte au maire d'une ville. Quand on utilise son argent pour acquĂ©rir une Ɠuvre d'art, on le prĂȘte et on l'investit dans une culture. Quand on achĂšte effectivement du bitcoin, on prĂȘte son argent aux seigneurs de l'Entropie et aux dieux du Chaos. Sur quoi parie-t-on ? On parie que le chaos surpassera les villes, les entreprises, les pays et les cultures. »

Une certaine conception de l'inflation

Toute la démarche de Michael Saylor vis-à-vis de Bitcoin est, comme on l'a vu dans le premier article de ce diptyque, de parvenir à conserver sa richesse malgré les évÚnements extérieurs. Et l'un des éléments qui l'ont amené à la cryptomonnaie est la menace de la hausse généralisée des prix, ou la baisse de la valeur de la monnaie courante, alias l'inflation. Toutefois, il a une conception particuliÚre de ce phénomÚne.

D'abord, il définit l'inflation comme un « vecteur » et pas un « scalaire », une maniÚre mathématique de dire qu'il s'agit d'une variation à plusieurs dimensions. Comme il l'explique :

« Lorsqu'on imprime plus d'argent, l'inflation ne se répartit pas de façon uniforme. On ne peut pas vraiment la réduire à un simple chiffre ; il s'agit plutÎt d'un vecteur. »

Il est en effet incorrect de résumer l'inflation à un seul paramÚtre, comme le fait le monde officiel avec l'indice des prix à la consommation (IPC), qui prend en compte le prix moyen d'un panier de marchandises. Le prix des pommes varie différemment de celui des composants informatiques ou de celui du logement dans une grande ville. De cette maniÚre, l'inflation réelle est largement sous-estimée, ce qui est une aubaine pour ceux qui sont proches de l'émission de nouvelle monnaie.

LĂ  oĂč Saylor pĂšche dans son analyse, c'est lorsqu'il assimile le gonflement des prix Ă  la crĂ©ation monĂ©taire. À ses yeux en effet, « la monnaie courante perd 7 % de sa valeur par an », chiffre qui correspond au taux annualisĂ© d'Ă©mission monĂ©taire dans les pays occidentaux et Ă  l'augmentation moyenne du S&P500, l'un des trois principaux indices boursiers amĂ©ricains. Par consĂ©quent, pour lui, « si on gagne moins de 7 % sur ses investissements, on s'appauvrit ».

Saylor fait ainsi abstraction de la croissance Ă©conomique, qui compense en partie la perte de pouvoir d'achat qui aurait lieu si la richesse totale restait la mĂȘme. Certes, les banquiers centraux profitent largement de leur statut d'Ă©metteur, mais ça ne veut pas dire que l'Ă©mission de nouvelle monnaie se rĂ©percute toujours sur les prix. Dans l'hypothĂšse oĂč on crĂ©erait Ă  la fois deux fois plus d'argent et deux fois plus de biens et services dans une Ă©conomie, les prix resteraient Ă  peu prĂšs les mĂȘmes.

Cette erreur tĂ©moigne nĂ©anmoins d'une chose importante chez Michael Saylor : sa mentalitĂ© de compĂ©titeur. On devine qu'il estime, en un sens, que stagner c'est rĂ©gresser. Sa philosophie correspond Ă  une transcription en Ă©conomie de l'hypothĂšse de la Reine rouge, hypothĂšse biologique qui postule que l'Ă©volution permanente d'une espĂšce est nĂ©cessaire pour maintenir son aptitude face aux Ă©volutions des espĂšces avec lesquelles elle coĂ©volue11. Saylor se trouve dans un monde effrĂ©nĂ© oĂč il faut sans cesse progresser pour ne pas se faire distancer par les autres. Il veut non seulement prĂ©server sa richesse, mais aussi son rang dans la sociĂ©tĂ©.

Le bitcoin comme capital numérique

Le capital est un bien qu'on emploie Ă  la production d'un autre bien. Lorsqu'il s'agit d'une somme d'argent, il faut que l'investissement de cette somme gĂ©nĂšre un intĂ©rĂȘt. Le capital est de cette maniĂšre une façon de crĂ©er de la valeur. Et il constitue ainsi un atout majeur pour conserver sa position Ă©conomique.

Michael Saylor a une conception multiple de Bitcoin. À ses yeux, ce n'est pas une monnaie courante (currency) qui serve de moyen de paiement dans la vie de tous les jours ; il rĂ©serve cette fonction au dollar et Ă  ses dĂ©rivĂ©s. C'est, en revanche, Ă  la fois un genre de marchandise, un type de propriĂ©tĂ©, une forme d'Ă©nergie et, surtout, une sorte de capital. Il pense que le bitcoin constitue du capital numĂ©rique vouĂ© Ă  gĂ©nĂ©rer un revenu qui ressemble Ă  un intĂ©rĂȘt, issu de son apprĂ©ciation en prix qu'il estime ĂȘtre de 29 % par an, et ceci pour toujours.

RĂ©plique emblĂ©matique de Michael Saylor Ă  Laura Shin : « Ça va monter pour toujours, Laura  » (source : Youtube)

Selon lui, l'achat de bitcoins est un jeu Ă  somme positive contrairement aux jeux d'argent : « Bitcoin est le seul jeu du casino oĂč l'on peut tous gagner. » De cette maniĂšre, une baisse est un contretemps, voire mĂȘme une opportunitĂ©. Dans son esprit, la volatilitĂ© est en effet un signe de vitalité ; plus encore, c'est « un cadeau fait aux fidĂšles ».

Cette conviction presque mécanique dans la rente perpétuelle issue du bitcoin l'amÚne logiquement à préconiser non seulement d'en acheter, mais aussi d'emprunter de l'argent pour en acheter. Il le dit clairement :

« Ce qu'on veut, c'est emprunter de l'argent pour une durĂ©e de 10 ans ou plus, et on aimerait obtenir un taux d'intĂ©rĂȘt infĂ©rieur Ă  10 %. [
] Si on a eu l'intelligence de contracter un crĂ©dit immobilier sur 30 ou 20 ans Ă  3 ou 4 % pour acheter du bitcoin, on est un gĂ©nie de la finance. Ce n'est pas compliqué : on Ă©change un coĂ»t du capital de 3 ou 4 % contre un rendement de 29 % sur ce capital. »

Saylor considĂšre que l'invention de Bitcoin a ouvert une brĂšche dans le systĂšme financier traditionnel. Par l'intermĂ©diaire de l'effet de levier, n'importe qui peut ainsi profiter des avantages de l'ancien monde reposant sur la monnaie fiat et le crĂ©dit, tout en ayant un pied dans le nouveau monde reposant sur le « capital numĂ©rique ». Il s'agit de la thĂšse d'investissement derriĂšre l'activitĂ© de MicroStrategy (renommĂ©e Strategy₿ depuis lors), qui s'est endettĂ©e considĂ©rablement pour se construire un trĂ©sor en bitcoins reprĂ©sentant 55 milliards de dollars aujourd'hui.

Toutefois, cette conception du bitcoin comme capital est un sophisme Ă©conomique. Peu importe combien de fois Saylor le rĂ©pĂšte, le bitcoin n'a rien d'un capital : c'est une monnaie de base. Sa premiĂšre monĂ©tisation a certes provoquĂ© une rĂ©guliĂšre croissance du prix (au rythme des diffĂ©rents halvings), mais le pouvoir d'achat du bitcoin n'a aucune raison d'augmenter comme il l'a fait par le passĂ©. À terme, il se stabilisera, et seule la « dĂ©flation naturelle » persistera. Comme l'expliquait Satoshi Nakamoto Ă  son Ă©poque :

« Les bitcoins ne rapportent aucun dividende et n'offrent aucune perspective de dividende futur ; ils ne s'apparentent donc pas à des actions. Ils ressemblent plus à des objets de collection ou à des marchandises. »

Michael Saylor est un homme insensĂ© qui a bĂąti sa maison sur du sable, dont les fondations s'effondreront lorsque la tempĂȘte arrivera. Comme pendant la bulle Internet, il mise tout sur l'engouement suscitĂ© par son charisme ; une fois l'envoutement dissipĂ©, la chute sera vertigineuse.

La conservation personnelle et confidentielle

Un autre Ă©lĂ©ment de la mystique saylorienne est la position ambigĂŒe entretenue Ă  l'Ă©gard de la conservation personnelle (self-custody) et de la confidentialitĂ© (privacy). Saylor prĂ©tend respecter ces valeurs, mais dans les faits ne prend jamais leur parti : ni en paroles, ni en actes.

D'une part, il est naturellement partisan de l'intermĂ©diation par les institutions financiĂšres. Son discours est le symptĂŽme du retournement qui s'est lentement fait depuis la publication du livre blanc en 2008. Dans la premiĂšre phrase du document fondateur, Satoshi Nakamoto rĂ©sumait la raison d'ĂȘtre de Bitcoin Ă  la possibilitĂ© pour les paiements en ligne « d'ĂȘtre envoyĂ©s directement d'une partie Ă  l'autre sans passer par une institution financiĂšre ». Aujourd'hui, les grands financiers comme Michael Saylor et Larry Fink prĂŽnent une conservation par l'intermĂ©diaire d'une institution, relĂ©guant la conservation personnelle au second plan.

On peut supposer que Saylor est de bonne foi, croyant que Bitcoin ne peut plus ĂȘtre attaquĂ© frontalement. Ainsi, lorsque la podcasteuse nĂ©ozĂ©landaise Madison Malone lui parle de la possibilitĂ© d'une confiscation des bitcoins par les autoritĂ©s (comme l'Ordre exĂ©cutif 6102 l'avait fait pour l'or aux États-Unis en 1933), il qualifie cet argument de « mythe » et de « cliché » propagĂ© par les « crypto-anarchistes paranoĂŻaques ». De plus, il rejette la faute sur ces derniers jugeant qu'ils accroissent le risque de saisie par leur existence mĂȘme, car ils « nient l'autoritĂ© de l'État », « refusent de payer des impĂŽts » et « ne respectent pas les obligations dĂ©claratives ». Il prĂ©cise :

« En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, le risque est plus Ă©levĂ© lorsqu'on considĂšre que ceux qui dĂ©tiennent l'actif sont des entitĂ©s privĂ©es non rĂšglementĂ©es. En revanche, quand ce sont des entitĂ©s rĂšglementĂ©es cotĂ©es en bourse comme BlackRock, Fidelity, JP Morgan et State Street Bank qui dĂ©tiennent l'actif, [
] il est impossible que l'intĂ©gralitĂ© des sĂ©nateurs et des dĂ©putĂ©s saisissent les actifs de Fidelity, BlackRock ou Vanguard, car c'est lĂ  que sont placĂ©s tous leurs fonds de retraite. »

D'autre part, Michael Saylor s'oppose complÚtement à la confidentialité sur la chaine de Bitcoin, qui est pourtant un élément essentiel de la cryptomonnaie12, le réservant aux réseaux construits en surcouche. Il explique ainsi :

« Si Bitcoin consacrait toute son Ă©nergie Ă  dĂ©velopper sa confidentialitĂ© et qu'il se faisait connaitre comme un rĂ©seau offrant l'anonymat le plus total, ça risquerait de lui ĂȘtre prĂ©judiciable. En effet, il ne faudrait pas que l'État fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain considĂšre que Bitcoin offre une confidentialitĂ© totale : Ă  ce moment-lĂ , il deviendrait l'outil parfait pour le blanchiment d'argent, serait considĂ©rĂ© comme un ennemi, et devrait ĂȘtre arrĂȘtĂ©. [
] Il n'y a aucune chance que cent mille milliards de dollars affluent dans le bitcoin si son utilisation va directement Ă  l'encontre des intĂ©rĂȘts d'un État qui y participe. On ne souhaite pas ĂȘtre aussi efficace. »

Saylor a confirmĂ© cette position en 2024 en restant silencieux vis-Ă -vis de l'arrestation des fondateurs de Samourai Wallet par l'État fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain. Ces derniers proposaient une solution de mĂ©lange de piĂšces, appelĂ©e Whirlpool, qui permettait aux utilisateurs d'accroitre la confidentialitĂ© de leurs bitcoins. Elle servait Ă  des particuliers soucieux de leur vie privĂ©e, mais aussi (Ă©videmment) Ă  des criminels purs et simples. Les fondateurs de Samourai Wallet — par leur dĂ©sobĂ©issance informelle, puis par leur arrestation et leur condamnation — ont, en quelque sorte, Ă©tĂ© des martyrs de la libertĂ© financiĂšre : ils ont tĂ©moignĂ© qu'il Ă©tait possible d'avoir une utilisation souveraine de Bitcoin.

Mais Saylor ne mange pas de ce pain-lĂ . Il veut gagner au change, au sens le plus matĂ©rialiste du terme, ce qui implique de ne surtout pas se sacrifier. Lors de son discours inaugural au gala annuel de l'Atlas Society, il exprime nettement ne pas vouloir ĂȘtre un martyr, mais un gagnant. Ainsi, il ne fera probablement jamais d'effort pour favoriser cet aspect de Bitcoin pourtant essentiel.

L'essaim de frelons

Comme nous l'avons vu, Michael Saylor n'est pas avare de métaphores, et la mystique saylorienne regorge de ce fait d'images en tous genres. L'une des plus frappantes de ces images est celle de l'essaim de frelons cybernétiques, qu'il a longtemps mise en avant sur Twitter et qu'il a évoquée à plusieurs occasions. Elle lui est venue le 18 septembre 2020, à la suite d'une « révélation » à propos de Bitcoin. Il s'est alors précipité sur le réseau social pour écrire la phrase suivante :

« Bitcoin est un essaim de frelons cybernétiques au service de la déesse de la sagesse, se nourrissant du feu de la vérité, devenant exponentiellement plus intelligent, plus rapide et plus fort à l'abri d'une muraille d'énergie cryptée13. »

On peut croire qu'il rendait par lĂ  une sorte d'hommage poĂ©tique Ă  Bitcoin et Ă  sa communautĂ© mais, comme il l'a ensuite expliquĂ©, il Ă©tait trĂšs sĂ©rieux. En effet, il ne voit pas cette image comme une « mĂ©taphore amusante » ; pour lui, « c'est littĂ©ralement un essaim de frelons cybernĂ©tiques qui ne cessent de gagner en puissance, qu'on ne peut pas Ă©liminer, [
] qui vont devenir de plus en plus intelligents, puissants et rapides », et qui « finiront par dĂ©vorer ceux qui tenteront de les arrĂȘter ». C'est le systĂšme immunitaire du rĂ©seau, qui garantit son antifragilité :

« L'antifragilitĂ© de Bitcoin rĂ©sulte donc du fait que tous les acteurs de l'Ă©cosystĂšme ressentent pareillement la mĂȘme douleur. Si le cours du bitcoin baisse, chaque dĂ©tenteur de bitcoin le ressent. Si Bitcoin est piratĂ© et tombe Ă  zĂ©ro, chaque utilisateur de Bitcoin perd toute son Ă©nergie vitale. Nous formons une sorte de ruche, oĂč nous sommes tous intimement liĂ©s les uns aux autres. Et lorsqu'une douleur est infligĂ©e, elle se propage trĂšs rapidement Ă  travers tout l'Ă©cosystĂšme. L'information circule Ă  toute vitesse. »

Illustration générée par IA reprise par Michael Saylor pour illustrer son tweet sur les frelons cybernétiques (source : Atlas Hodl'd sur Twitter)

Cependant, cette mĂ©taphore interpelle quelque peu. L'image de l'essaim, qui symbolise le caractĂšre inĂ©luctable d'une force dĂ©centralisĂ©e, n'est pas vraiment rassurante, et sonne mĂȘme comme une menace aux oreilles non averties. Saylor le sait : il connait la terreur qu'inspire cette image, qui est par ailleurs trĂšs ancienne14. Dans un podcast ultĂ©rieur, il affirme ainsi (dans une discussion sur la technologie militaire) que « ce qu'il y a de plus terrifiant » n'est pas « une crĂ©ature qui nous attaque » ou encore « une armĂ©e », mais « un essaim de frelons bioniques ».

De plus, et c'est lĂ  un Ă©lĂ©ment Ă©nigmatique, la mĂ©taphore de l'essaim de frelons avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© utilisĂ©e en relation Ă  Bitcoin par le passĂ©, et ceci par nul autre que Satoshi Nakamoto lui-mĂȘme ! En dĂ©cembre 2010, ce dernier se dĂ©solait de l'attention que WikiLeaks avait attirĂ© sur Bitcoin, estimant que Bitcoin n'Ă©tait qu'une « petite communautĂ© expĂ©rimentale encore naissante ». Dans son avant-dernier message public sur le forum, il Ă©crivait :

« Il aurait été bon d'attirer cette attention dans un tout autre contexte. WikiLeaks a donné un coup de pied dans le nid de frelons, et l'essaim se dirige maintenant vers nous. »

Par l'essaim de frelons, il désignait l'ensemble de l'appareil institutionnel, constitué des responsables politiques, des représentants parlementaires, des magistrats, des chefs de police, des journalistes des grands médias, etc. Ainsi, il en avait une appréciation négative. Si Saylor vénÚre les frelons, Satoshi les craignait profondément. Et le fait que le premier ait inconsciemment répondu au second une décennie plus tard en dit long sur l'évolution de Bitcoin au cours de cette période.

« Bitcoin est destiné à tous »

L'implication dans Bitcoin des financiers de la Silicon Valley et de Wall Street Ă  partir de 2013 a fait grincer des dents dans la communauté : pour un certain nombre de membres historiques, cette intrusion n'Ă©tait pas de bonne augure, et allait faire perdre Ă  la cryptomonnaie son caractĂšre rebelle. D'oĂč les rĂ©actions Ă©pidermiques qui s'en sont suivies. En juin 2018, par exemple, CĂžbra (le gestionnaire du site Bitcoin.org) appelait sur Twitter Ă  « repousser loin de Bitcoin ces porcs de capital-risqueurs Ă©tatistes venus de la Silicon Valley, de peur qu'ils en fassent un nouvel outil au service de l'Ă©lite mondialiste ». Toutefois, une part grandissante des bitcoineurs voyait dans cette ouverture une Ă©volution naturelle et inĂ©luctable du secteur, nĂ©cessaire pour que l'adoption de Bitcoin se diffuse au grand public. L'influenceur Vortex rĂ©pondait ainsi Ă  CĂžbra :

« Bitcoin est un mouvement pacifique qui rendra la monnaie fiat obsolĂšte ; il n'y a pas lieu de dĂ©tester tous les capital-risqueurs, car beaucoup d'entre eux sont honnĂȘtes. Bitcoin est destinĂ© Ă  tous ceux qui souhaitent l'utiliser, et pas seulement aux anarchistes. »

Cette idĂ©e s'est rapidement transformĂ©e en formule — « Bitcoin is for everyone », que nous traduisons ici par « Bitcoin est destinĂ© Ă  tous » — qui a servi Ă  lĂ©gitimer l'inclusion des financiers. De nombreux faiseurs d'opinion l'ont invoquĂ©e, dont entre autres StopAndDecrypt (alias Beautyon), Parker Lewis, Cory Klippsten et MrHodl15. Une expression apparentĂ©e est Ă©galement apparue en 2018 sous la plume de Pierre Rochard pour signifier que le systĂšme est ouvert Ă  tout le monde, y compris aux adversaires idĂ©ologiques et gĂ©opolitiques : « Bitcoin est destinĂ© aux ennemis ».

L'idĂ©e a ensuite Ă©tĂ© reprise par Michael Saylor lui-mĂȘme, qui a fait sienne la maxime « Bitcoin is for everyone » en l'utilisant comme titre de sa prĂ©sentation Ă  Bitcoin Atlantis en mars 2024. Il concluait son intervention par les paroles suivantes (qui lui ont valu une standing ovation du public) :

« La transformation numĂ©rique du capital, de l'Ă©nergie et de la propriĂ©tĂ© permet Ă  chaque individu, chaque famille, chaque entreprise, chaque État et chaque mouvement de tirer le meilleur parti de sa situation et de rĂ©aliser ses plus grandes aspirations. [
] Bitcoin est destinĂ© Ă  tous. »

Logo de l'association « Bitcoin is for Everyone » installée à Portland (source : bitcoinisforeveryone.com)

L'argument de l'ouverture se dĂ©fend : il est vrai qu'on voit parfois d'un mauvais Ɠil le fait que les personnes qu'on n'aime pas s'impliquent dans le mĂȘme rĂ©seau que nous, et cet aspect a tendance Ă  crĂ©er des tensions (comme en tĂ©moigne l'actuel conflit autour de l'inscription de donnĂ©es, ou bien le clivage gauche-droite dans la communautĂ© francophone). En rappelant que Bitcoin s'adresse Ă  tout le monde, on indique que le systĂšme ne fait pas de discrimination, malgrĂ© les animositĂ©s qui existent. On prend de la distance par rapport Ă  nos propres affects.

Et pourtant, cet argument est un piÚge. Bitcoin est ce que les gens en font : les rÚgles de consensus émanent de la communauté de personnes qui s'en servent. En accueillant de plus en plus d'institutionnels qui font passer le message que le bitcoin est titre financier numérique et qui poussent les nouveaux arrivants à passer par leur intermédiaire plutÎt que de conserver leurs propres clés privées, on affaiblit Bitcoin. La formule « Bitcoin is for everyone » est instrumentalisée pour faire passer la pilule.

Ce n'est pas parce que tout un chacun peut participer qu'il faille pour autant accueillir tout le monde Ă  bras ouverts. Quand un loup entre dans la bergerie, les moutons ne devraient-ils pas ĂȘtre mĂ©fiants16 ?

Or, dans ce contexte, Michael Saylor est bel et bien un loup. Il promeut une vision faussĂ©e de Bitcoin, le considĂ©rant comme du capital et non comme un intermĂ©diaire d'Ă©change. Il relĂšgue la conservation personnelle au second plan, ne daignant mĂȘme pas la mettre en place pour sa propre sociĂ©tĂ©. Il s'oppose frontalement Ă  la confidentialitĂ© sur la chaine de blocs pourtant essentielle Ă  la sĂ©curitĂ© des utilisateurs. Il bloque consciemment tous les changements de protocole, pourtant nĂ©cessaires au dĂ©veloppement de la programmabilitĂ©. Il appelle de ses vƓux une rĂšglementation financiĂšre stricte, Ă  base de connaissance du client et de vĂ©rifications en tous genres. Tout ce qu'il dit et fait mĂšne donc Ă  la complĂšte neutralisation de Bitcoin.

Saylor envoute les bitcoineurs en les faisant rĂȘver. Il leur explique que Bitcoin va rĂ©ussir Ă  contaminer le systĂšme de l'intĂ©rieur tel un cheval de Troie, sans que l'adoption institutionnelle ne l'affecte en retour. Il prĂ©voit que le prix va continuer encore et encore, et qu'il atteindra mĂȘme 21 millions de dollars en 2046. Pour lui, Bitcoin a dĂ©jĂ  gagné ; il ne reste plus qu'Ă  faire confiance aux banques pour assurer sa croissance.

Par cette maniÚre de fasciner son auditoire, Michael Saylor ressemble à s'y méprendre à Craig Wright, l'individu charismatique qui s'était fait passer pour Satoshi Nakamoto à partir de 2015 et qui avait réussi à créer un culte autour de sa propre version de Bitcoin (BSV). La mystique saylorienne rentre dans cette catégorie, à l'exception qu'elle est autrement plus subtile, et donc beaucoup plus efficace.

Une bonne leçon sur le compromis et la compromission

Voyant les ravages que fait le discours de Michael Saylor sur la façon dont les nouveaux arrivants perçoivent Bitcoin, on peut ĂȘtre tentĂ© de rejeter la faute sur l'homme, qui n'hĂ©site pas Ă  utiliser son charme pour parvenir Ă  ses fins. On pourrait aussi en imputer la responsabilitĂ© Ă  ceux qui lui ont donnĂ© du crĂ©dit, Ă  commencer par les podcasteurs amĂ©ricains et les organisateurs de confĂ©rences. Il serait Ă©galement possible, selon un raisonnement moins manichĂ©en, d'expliquer que le succĂšs de la mystique saylorienne parmi les bitcoineurs est le symptĂŽme d'une maladie qui s'est insinuĂ©e depuis longtemps au sein de la communauté : l'amour de l'argent. Mais cette dĂ©nonciation n'aurait probablement que peu d'influence sur le cours des choses. Les gens entendent ce qu'ils ont envie d'entendre, et seul un retour brutal Ă  la rĂ©alitĂ© leur fait comprendre la vĂ©ritĂ©, comme toujours.

La diffusion du saylorisme dans Bitcoin est néanmoins une bonne illustration de la différence entre le compromis et la compromission. Les deux sont des formes de renonciation, mais se distinguent par leur esprit. Le compromis est, avant tout, un acte extérieur : il consiste à adapter nos exigences à celles des autres, faire des concessions dans le but d'arriver à un accord commun. La compromission est, quant à elle, une démission intérieure : elle implique de modifier nos convictions profondes, de revenir sur nos principes moraux, afin de soulager la dissonance cognitive qui résulte d'une inadéquation entre nos actions et nos valeurs.

L'histoire de Bitcoin est marquĂ©e par le compromis. Satoshi Nakamoto lui-mĂȘme, pour qui Bitcoin Ă©tait une façon de « conquĂ©rir un nouveau territoire de liberté » sur le plan politique, n'avait pas une attitude profondĂ©ment hostile Ă  l'autoritĂ©. MĂȘme s'il connaissait l'importance de la confidentialitĂ©, il a renoncĂ© Ă  prĂ©senter Bitcoin comme « monnaie numĂ©rique anonyme » pour ne pas rebuter le grand public ou fĂącher le pouvoir en place. C'est dans le mĂȘme esprit qu'il a confiĂ© les rĂȘnes du projet Ă  Gavin Andresen, homme du compromis par excellence, qui aurait notamment une attitude trĂšs mesurĂ©e vis-Ă -vis de la place de marchĂ© du dark web Silk Road17.

Mais ce compromis a progressivement muté en compromission, dont Saylor est devenu l'incarnation la plus éclatante. Le débat sur la pertinence de la conservation personnelle n'aurait jamais pu avoir lieu à l'époque de Satoshi, la conservation par un tiers étant vue comme un pis-aller, « pour la petite monnaie ». Aujourd'hui, ce qui était vu comme un compromis est en train de devenir la normalité, avec les ETF indexés au bitcoin et les produits financiers de MicroStrategy.

Comment donc combattre la compromission ? Puisque le compromis est inĂ©vitable, il y a toujours une tentation de trahir nos principes pour accroitre notre confort mental. La seule maniĂšre de s'opposer Ă  cette dĂ©mission intĂ©rieure est ainsi de se souvenir, de nous rappeler pourquoi nous sommes lĂ  en premier lieu. Certes, notre position peut Ă©voluer, mais elle n'a pas Ă  ĂȘtre antithĂ©tique Ă  tout ce que Bitcoin promettait.

« Ce dont nous avons besoin, c'est d'un systĂšme de paiement Ă©lectronique basĂ© sur des preuves cryptographiques plutĂŽt que sur la confiance, qui permettrait Ă  deux parties volontaires de rĂ©aliser directement des transactions entre elles sans avoir recours Ă  un tiers de confiance. » — Satoshi Nakamoto


Notes

Cet article a été rédigé intégralement sans LLM, hormis les traductions qui ont été réalisées grùce à DeepL et dont certaines sont inspirées de celle de Jacques-Edouard Tiberghien pour Le Trésor de Michael Saylor(à paraitre). L'illustration a été produite avec GPT Image 1.5, sur la base d'une photographie de Michael Saylor prise par Jason Koerner en 2023.

  1. Anil Patel, The Treasury of Michael Saylor: How Bitcoin Powers Cultures, Corporations, and Countries in the 21st Century, Yaletown Press, septembre 2025. Cette compilation remaniĂ©e devrait prochainement faire l'objet d'une traduction chez Konsensus par Jacques-Édouard de la chaine BTC Touchpoint. ↩
  2. Il a en particulier une vision floue sur la menace quantique. En 2025, au micro de Jordan Peterson, il comparait Bitcoin aux autres protocoles que sont la langue anglaise et le systĂšme dĂ©cimal, et affirmait que « si on dispose d'un programme informatique et qu'il devient vulnĂ©rable, il faut le mettre Ă  niveau », sous-entendant que c'est le logiciel qu'il faudrait modifier en cas d'attaque quantique et pas le protocole lui-mĂȘme. ↩
  3. À Prague en 2025, il prĂ©disait par exemple que le prix unitaire du bitcoin serait de « 21 millions de dollars dans 21 ans ». ↩
  4. Dans la piĂšce d'Eschyle, PromĂ©thĂ©e enchaĂźnĂ©, la titan Ă©numĂšre les bienfaits qu'il a apportĂ© aux mortels : la charpente, l'astrologie, la mathĂ©matique, l'Ă©criture, la domestication, le char Ă  deux roues, la navigation maritime, la mĂ©decine, la divination, la mĂ©tallurgie. Il conclut cette liste en disant : « En un mot, tous les arts, chez les humains, sont dus Ă  PromĂ©thĂ©e. » (vv. 505–506) Son chĂątiment est dĂ©crit par le dieu HĂ©phaĂŻstos qui, mandatĂ© par Zeus, se charge d'exĂ©cuter la peine : « Fils trop entreprenant de la sage ThĂ©mis, malgrĂ© moi, malgrĂ© toi, je vais t'attacher, avec des chaĂźnes d'airain que rien ne pourra briser, sur ce mont inhabitĂ©, oĂč tu n'entendras la voix, ni ne verras le visage d'aucun mortel ; oĂč, brĂ»lĂ© lentement par les rayons ardents du soleil, ton corps brunira. LĂ , toujours trop tard Ă  ton grĂ©, la nuit parsemĂ©e d'Ă©toiles obscurcira le jour, et trop tard le soleil sĂ©chera la rosĂ©e du matin ; car la douleur du mal prĂ©sent t'accablera sans cesse, et ton libĂ©rateur n'est pas nĂ©. » (vv. 18–27) Traduction de François-Jean-Gabriel de La Porte du Theil. ↩
  5. Dans la nouvelle Anthem : Hymne (1938), qui se dĂ©roule dans un monde futuriste oĂč l'individualitĂ© a disparu pour laisser la place au groupe et oĂč les gens n'ont plus de nom distinctif, le hĂ©ros (immatriculĂ© « ÉgalitĂ© 7-2521 ») finit par prendre le nom « PromĂ©thĂ©e ». ↩
  6. L'Atlas Society est une organisation Ă  but non lucratif, qui promeut la philosophie d'Ayn Rand aux États-Unis. ↩
  7. Les Enfants de Mathusalem (1941), qui dĂ©peint des personnages ayant acquis une longĂ©vitĂ© par l'eugĂ©nisme et qui sont persĂ©cutĂ©s pour cette raison, constitue en quelque sorte une apologie du transhumanisme par exemple. ↩
  8. En anglais : There Ain't No Such Thing As A Free Lunch (TANSTAAFL). ↩
  9. Dans l'entrevue citĂ©e, Saylor dit clairement qu'« il n'existe pas de monnaie numĂ©rique » hormis le bitcoin et que le dollar et l'euro « forment du crĂ©dit et [
] ne sont pas adossĂ©s Ă  de l'Ă©nergie ». Pourtant, la monnaie numĂ©rique Ă©mise par les banques centrales et dĂ©tenue en rĂ©serve par les banques commerciales constitue bel et bien de la monnaie de base strictement numĂ©rique, n'Ă©tant pas basĂ©e sur une relation de crĂ©dit. Le systĂšme des taux directeurs tente de reproduire le mĂ©canisme en imposant des « taux d'intĂ©rĂȘt » sur la monnaie nouvellement produite, mais il s'agit d'un dispositif de rĂ©gulation de la crĂ©ation monĂ©taire, pas d'une crĂ©ance quelconque. ↩
  10. Cette vision rappelle un peu l'argumentaire dĂ©veloppĂ© par Pierre Noizat dans son ouvrage L'Énergie, face cachĂ©e de la monnaie, publiĂ© chez Konsensus en 2024. ↩
  11. L'hypothĂšse de la Reine rouge tire son nom d'un Ă©pisode du deuxiĂšme volet d'Alice au pays des merveilles, dans lequel Alice et le personnage de la Reine rouge se mettent Ă  faire la course, et oĂč Alice remarque que les objets qui les entourent ne bougent pas. La Reine rouge lui explique alors que la physique du Pays du miroir n'est pas la mĂȘme : « Ici, vois-tu, on est obligĂ© de courir tant qu'on peut pour rester au mĂȘme endroit. Si on veut aller ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça ! » (Lewis Carroll, De l'autre cĂŽtĂ© du miroir (1871), traduction libre) Cette derniĂšre citation a trĂšs judicieusement Ă©tĂ© incorporĂ©e par Anil Patel dans son anthologie des dires de Saylor. ↩
  12. La confidentialitĂ©, dĂ©crite dans la section 10 du livre blanc, est indissociable d'une conservation personnelle sereine. La liaison d'une adresse Ă  l'identitĂ© de son propriĂ©taire facilite non seulement l'application des rĂšglementations et la perception des taxes par l'État, mais aussi le vol par les criminels communs, comme la vague de sĂ©questrations de 2025–2026 en France l'a amplement dĂ©montrĂ©. ↩
  13. Ce tweet est longtemps restĂ© Ă©pinglĂ© sur son profil, jusqu'Ă  ĂȘtre remplacĂ© en avril 2026. ↩
  14. « Je sĂšmerai devant toi ma terreur, je jetterai la confusion chez tous les peuples oĂč tu pĂ©nĂ©treras, et je ferai dĂ©taler tous tes ennemis. J'enverrai devant toi des frelons qui chasseront les Hivvites, les CananĂ©ens et les Hittites devant toi. » — Ex 23:27–28. On peut aussi penser Ă  l'infestation des moustiques, Ă  l'envahissement par les taons ou aux nuĂ©es de sauterelles qui font partie des 10 plaies d'Égypte. ↩
  15. La formule a aussi Ă©tĂ© utilisĂ©e comme titre d'un livre Ă©crit par la podcasteuse Natalie Brunell en 2025. ↩
  16. « MĂ©fiez-vous des faux prophĂštes, qui viennent Ă  vous dĂ©guisĂ©s en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C'est Ă  leurs fruits que vous les reconnaĂźtrez. Cueille-t-on des raisins sur des Ă©pines ? Ou des figues sur des chardons ? » — Mt 7:15–16. ↩
  17. Sans ĂȘtre favorable Ă  Silk Road, Gavin Andresen a dĂ©fendu l'utilisation anonyme de Bitcoin. En juin 2011, Ă  la suite de l'intervention du sĂ©nateur Chuck Schumer accusant la cryptomonnaie de faciliter le blanchiment d'argent et le trafic de drogue, il Ă©crivait sur son blog : « Personne ne peut contrĂŽler ce qui est achetĂ© avec les bitcoins, tout comme ma banque locale ne peut contrĂŽler ce que je fais des espĂšces que je retire du distributeur de billets. » Cette attitude diffĂšre d'une part de la dĂ©marche anarchiste d'un Amir Taaki, qui dĂ©fendait bec et ongles l'usage de Bitcoin par WikiLeaks et par Silk Road, et d'autre part de la posture collaborationniste d'un Jeff Garzik, qui expliquait qu'il Ă©tait « tout Ă  fait stupide de tenter d'effectuer des transactions illicites importantes avec des bitcoins ». ↩

Faut-il geler les bitcoins de Satoshi ? CZ ranime le débat

June 21st 2026 at 15:07
Illustration dramatique représentant CZ (Changpeng Zhao) face à un Bitcoin gelé dans un bloc de glace, tandis qu'une silhouette mystérieuse évoquant Satoshi Nakamoto observe la scÚne en arriÚre-plan. Une balance symbolique oppose un flocon de neige à un Bitcoin, illustrant le débat entre la préservation de la vision originelle de Bitcoin et son évolution. Plusieurs mains pointent la scÚne, symbolisant les controverses et les accusations au sein de l'écosystÚme crypto.

Le dĂ©bat autour des fonds historiques du rĂ©seau revient au premier plan aprĂšs une dĂ©claration de Changpeng Zhao. Le fondateur de Binance a Ă©voquĂ© la possibilitĂ© de bloquer certains bitcoins de Satoshi Nakamoto face au risque liĂ© Ă  l’informatique quantique. CZ a toutefois prĂ©sentĂ© cette idĂ©e comme une question destinĂ©e Ă  la communautĂ©, et non comme une initiative personnelle.

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La limite des 21 millions n’était pas le but originel de Bitcoin

June 18th 2026 at 18:00

Lorsqu'une personne se renseigne à propos de Bitcoin, il faut peu de temps pour qu'elle apprenne que sa mise en circulation est réduite au cours du temps et que la quantité finale est plafonnée à 21 millions d'unités. Il lui est ensuite suggéré que si son utilisation croit, alors la rareté absolue des bitcoins fera que leur valeur explosera à la hausse. C'est cette logique spéculative qui a mené le prix du bitcoin à passer de 0,001 $ à 126 000 $ en moins de 20 ans.

Cependant, la limite emblĂ©matique des 21 millions, aujourd'hui mise Ă  l'honneur par les vendeurs de rĂȘve, ne constituait pas l'objectif principal du systĂšme de Nakamoto, et a Ă©tĂ© secondaire au cours de sa conception ; elle a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un moyen de rendre le bitcoin attractif, et pas comme une fin en soi. La preuve la plus Ă©clatante de ce fait est qu'Ă  l'origine, Bitcoin a Ă©tĂ© conçu pour avoir une crĂ©ation monĂ©taire constante. Satoshi Nakamoto n'a en effet ajoutĂ© les halvings et le plafond d'Ă©mission qu'aprĂšs la publication du livre blanc.

À l'heure oĂč la mystique saylorienne domine, oĂč les ETF se multiplient, et oĂč l'État le plus puissant de la planĂšte constitue une rĂ©serve stratĂ©gique de bitcoins, il semble essentiel de rappeler que le but originel de Bitcoin Ă©tait bien plus noble qu'attirer toute la cupiditĂ© du monde.

Les deux livres blancs

Le 31 octobre 2008, Satoshi Nakamoto inaugure sa découverte en envoyant le livre blanc de Bitcoin, intitulé Bitcoin : Un systÚme d'argent liquide électronique pair à pair, à la liste de diffusion de courrier électronique de Metdowd.com dédiée à la cryptographie. Ce document n'est cependant pas la seule version qui existe, et il en publiera une autre, mise à jour, le 24 mars 2009, qui est hébergée sur Bitcoin.org et à laquelle nous faisons généralement référence aujourd'hui. Le premier livre blanc diffÚre ainsi légÚrement du second.

En particulier, dans ce premier document, Satoshi ne fait pas mention des « frais de transaction » ou d'un « nombre prédéterminé d'unités », comme il fera plus tard. Pour récompenser les mineurs qui assurent le traitement des paiements, il prévoit une émission de monnaie constante, vraisemblablement de 100 bitcoins toutes les 15 minutes1. Dans le livre blanc, il écrit :

« L'ajout régulier d'une quantité constante de nouvelles unités s'apparente à l'action des mineurs d'or qui dépensent des ressources pour mettre de l'or en circulation. »

Il justifie ainsi le choix d'une « inflation naturelle » en comparant le bitcoin à l'or, qui a toujours connu une certaine création monétaire tout en conservant son pouvoir d'achat2. Avec une quantité constante de nouveaux bitcoins, le taux d'émission annuelle devrait diminuer au cours du temps : il passerait sous les 5 % aprÚs 20 ans, et sous les 2 % au bout de 50 ans. Outre la phrase du livre blanc, Satoshi précisera dans un courriel privé quelque jours plus tard :

« L'offre d'or augmente d'environ 2 à 3 % par an.  N'importe quelle monnaie fiat affiche généralement un taux d'inflation supérieur. »

La discussion avec Ray Dillinger

En novembre 2008, Satoshi discute de Bitcoin avec les membres de la liste. Il échange notamment avec Ray Dillinger, consultant indépendant dans les nouvelles technologies, qui s'intéresse aux protocoles de monnaie numérique. Dans un courriel envoyé dans la soirée du 5 novembre (PST), il reproche au bitcoin son « absence de valeur intrinsÚque », ne comprenant pas bien qu'il s'agit d'une politique monétaire définie, contrÎlée par un algorithme d'ajustement de la difficulté. Pour lui, tout le monde peut créer de nouvelles unités à l'infini (comme dans systÚme RPOW de Hal Finney), ce qui réduit considérablement la valeur de la monnaie. Il conclut faussement que la monnaie « présente une inflation d'environ 35 %, puisque c'est le taux annuel d'amélioration de la performance informatique ». Satoshi en discute en privé avec lui, avant de le corriger publiquement le 8 novembre :

« La difficulté augmente proportionnellement afin de maintenir constante la production supplémentaire totale.  On sait donc à l'avance combien de nouveaux bitcoins seront créés au cours des années futures.

La production de nouvelles unitĂ©s implique une augmentation planifiĂ©e de la masse monĂ©taire, mais celle-ci n'entraĂźne pas nĂ©cessairement de l'inflation.  Si la quantitĂ© de monnaie augmente au mĂȘme rythme que le nombre de personnes qui l'utilisent, les prix resteront stables.  Si elle n'augmente pas aussi vite que la demande, il y aura de la dĂ©flation et les premiers dĂ©tenteurs de la monnaie verront sa valeur augmenter.

Les unitĂ©s doivent ĂȘtre distribuĂ©es d'une maniĂšre ou d'une autre au dĂ©part, et un taux constant semble ĂȘtre la meilleure mĂ©thode. »

Satoshi confirmera l'existence de ce modÚle initial à Martti Malmi en mai 2009 dans un courriel incluant son débat en privé avec Ray :

« Cette discussion sur l'inflation a eu lieu avant la mise en place du mĂ©canisme de frais de transaction et du programme fixe des 21 millions d'unitĂ©s ; elle n'est donc peut-ĂȘtre plus tout Ă  fait d'actualitĂ©. »

Toutefois, ce modÚle s'avÚre défectueux, ce que ne manque pas de lui faire remarquer le premier détracteur de Bitcoin : James A. Donald.

L'échange avec James A. Donald

James A. Donald est un cypherpunk anonyme qui est le premier à avoir répondu publiquement à Satoshi, le 2 novembre, pour reprocher à Bitcoin sa faible capacité à passer à l'échelle. Les deux hommes échangent longuement sur la liste. Ce sont les remarques du cypherpunk sur le systÚme incitatif de Bitcoin qui vont pousser Satoshi à revoir sa politique monétaire et à intégrer des frais de transaction.

Dans la nuit du 8 au 9 novembre, James A. Donald blùme ainsi l'émission monétaire constante choisie par Satoshi pour inciter les mineurs à assurer le traitement des transactions. Il nuance néanmoins son propos en ajoutant que c'est mieux que les monnaies classiques sujettes aux aléas de la politique :

« Cette proposition ne peut pas ĂȘtre mise en Ɠuvre, car dans le systĂšme proposĂ©, le travail de suivi de la propriĂ©tĂ© des unitĂ©s est financĂ© par le seigneuriage, ce qui nĂ©cessite de l'inflation.

Ce n'est pas un défaut insurmontable : une inflation prévisible est moins choquante qu'une inflation qui est traficotée de temps en temps pour transférer les richesses d'un groupe électoral à un autre. »

Dans la journée du 9, James A. Donald émet un nouvelle critique, cette fois-ci sur le fait qu'un mineur n'est pas incité à inclure des transactions dans un bloc :

« Cette solution [
] ne rĂ©sout pas celui de l'enregistrement des dĂ©penses. Si un nƓud ignore toutes les dĂ©penses sans importance pour lui, il n'en subit aucune consĂ©quence nĂ©gative. »

Satoshi a alors l'idée d'ajouter un mécanisme des frais de transaction, qui aurait l'avantage de résoudre les deux problÚmes. Dans la soirée du 9 novembre, répondant à James A. Donald, il décrit ce mécanisme comme suit :

« Si tu as des difficultĂ©s avec la question de l'inflation, il est facile d'ajuster le systĂšme pour qu'il fonctionne avec des frais de transaction.  C'est trĂšs simple : il suffit que la valeur en sortie de toute transaction soit infĂ©rieure de 1 centime Ă  la valeur en entrĂ©e.  Soit le logiciel client construit automatiquement des transactions ayant un montant supĂ©rieur de 1 centime Ă  la valeur de paiement prĂ©vue, soit ce montant est prĂ©levĂ© du cĂŽtĂ© du bĂ©nĂ©ficiaire.  La rĂ©compense obtenue lorsqu'un nƓud trouve une preuve de travail pour un bloc correspondrait au total des frais contenus dans ce bloc. »

Le lendemain, Satoshi ajoute :

« GrĂące au systĂšme de rĂ©compense basĂ© sur les frais de transaction que j'ai rĂ©cemment prĂ©sentĂ©, les nƓuds seraient incitĂ©s Ă  inclure toutes les transactions payantes qu'ils reçoivent. »

Le code de novembre 2008

À la suite de sa discussion avec James A. Donald, Satoshi Nakamoto dĂ©cide de mettre en Ɠuvre le mĂ©canisme des frais de transaction au sein de son modĂšle. Il fait Ă©galement diminuer la crĂ©ation monĂ©taire au cours du temps, de façon Ă  limiter la quantitĂ© Ă  un montant prĂ©dĂ©fini. Le 14 novembre, dans une rĂ©ponse Ă  Ray Dillinger, il Ă©crit :

« Il y aura des frais de transaction, ce qui incitera les nƓuds Ă  recevoir et Ă  inclure autant de transactions que possible.  Les nƓuds finiront par ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©s uniquement par ces frais lorsque le nombre total d'unitĂ©s créées atteindra le plafond prĂ©dĂ©terminĂ©. »

Le 16 novembre, il partage le code logiciel de Bitcoin avec certains membres de la liste, dont Ray Dillinger et James A. Donald. Les paramĂštres prĂ©sents dans cette version diffĂšrent du prototype de janvier 2009. Le temps entre chaque bloc, par exemple, est de 15 minutes (au lieu de 10). Chaque bitcoin (COIN) se divise en 100 centimes (CENT), qui sont eux-mĂȘmes divisibles en 10 000 unitĂ©s plus petites, si bien qu'un bitcoin correspond Ă  1 million d'unitĂ©s de base.

Satoshi y inclut surtout la mécanique de réduction de moitié (le fameux halving) qui divise par deux la création monétaire tous les 100 000 blocs, soit 2 ans et 10 mois environ. Dans cette version du code, il se crée 100 bitcoins durant la premiÚre période de 100 000 blocs, 50 durant la deuxiÚme période, etc. de sorte que la quantité totale de bitcoins converge vers 20 millions d'unités, qui sera atteinte 77 ans plus tard.

Fonction GetBlockValue qui donne le nombre de bitcoins créés par bloc.

Le lancement du réseau

Un mois et demi plus tard, le 8 janvier 2009, Satoshi Nakamoto publie la version 0.1 du logiciel. Cette derniĂšre inclut les paramĂštres qu'on connait bien : les 10 minutes entre chaque bloc, les 50 bitcoins par bloc, les 100 millions d'unitĂ©s de base (« satoshis ») par bitcoin, le halving tous les 4 ans, et le plafond des 21 millions de bitcoins. Comme il l'Ă©crira quelques mois plus tard Ă  Mike Hearn, le choix du nombre des 21 millions et de la granularitĂ© des unitĂ©s est une « estimation Ă©clairĂ©e », un « entre-deux » prenant en considĂ©ration le scĂ©nario oĂč Bitcoin resterait une « petite niche » et celui oĂč il serait utilisĂ© « pour une partie du commerce mondial ».

Outre le code, Satoshi décrit la politique monétaire définitive dans son courriel d'introduction :

« La circulation totale sera de 21 000 000 d'unitĂ©s.  Elles seront distribuĂ©es aux nƓuds du rĂ©seau lorsqu'ils crĂ©eront des blocs, la quantitĂ© Ă©mise Ă©tant divisĂ©e par deux tous les 4 ans. [
] Lorsque cela sera Ă©puisĂ©, le systĂšme pourra prendre en charge les frais de transaction si nĂ©cessaire. »

Le 10 janvier, Hal Finney, ingĂ©nieur amĂ©ricain connu pour son implication dans le mouvement cypherpunk et dans PGP, approuve cette façon de faire en s'enhtousiasmant du fait que « le systĂšme peut ĂȘtre configurĂ© pour n'autoriser qu'un nombre maximum certain d'unitĂ©s Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ©es ». Dans son courriel, il estime que si Bitcoin devient « le systĂšme de paiement dominant utilisĂ© dans le monde entier », chaque unitĂ© aura alors « une valeur d'environ 10 millions » de dollars.

Satoshi voit dans cette prĂ©diction un formidable moyen de communication pour donner envie aux gens d'essayer Bitcoin. Il utilise ainsi cet argument de vente Ă  plusieurs reprises, sur la liste de diffusion en janvier et sur le forum de la Fondation P2P en fĂ©vrier. Et il a son effet : Dustin Trammell, l'un des premiers mineurs aprĂšs Satoshi et Hal Finney, confiera au crĂ©ateur de Bitcoin que cette possibilitĂ© de gagner de l'argent est « l'une des raisons qui [l'ont] poussĂ© Ă  dĂ©marrer un nƓud si rapidement ».

Satoshi prend ensuite ses distances avec cet aspect spĂ©culatif, n'en parlant pratiquement jamais et toujours de maniĂšre trĂšs mesurĂ©e. En juin 2009, dans un courriel Ă  Martti Malmi, il Ă©crit qu'il n'est « pas Ă  l'aise avec le fait de dĂ©clarer explicitement » que le bitcoin devrait ĂȘtre considĂ©rĂ© « comme un investissement », jugeant que c'est une « affirmation dangereuse » (d'un point de vue lĂ©gal vraisemblablement). Il ajoute :

« Il n'y a pas de mal Ă  ce que les gens arrivent Ă  cette conclusion par eux-mĂȘmes, mais nous ne pouvons pas le prĂ©senter de cette façon. »

Mais l'imaginaire des gens est déjà irrémédiablement influencé, et les bulles successives qui se produiront en 2011 et en 2013 termineront de modifier la perception générale de Bitcoin par le public.

Bitcoin a été dévoyé

Satoshi Nakamoto n'Ă©tait donc pas opposĂ© Ă  ce que les gens utilisent le bitcoin comme une rĂ©serve de valeur, comme un vĂ©hicule d'« investissement Ă  long terme ». Mais il voyait cet aspect spĂ©culatif davantage comme un moyen d'amorcer Ă©conomiquement son systĂšme que comme une fin en soi. Le but principal de Satoshi Nakamoto, explicitement citĂ© dans l'introduction du livre blanc, Ă©tait de rĂ©soudre le problĂšme des paiements en ligne en crĂ©ant un « argent liquide Ă©lectronique » pouvant ĂȘtre utilisĂ© « sans avoir recours Ă  un tiers de confiance ».

S'il a jugĂ© que son systĂšme Ă©tait prĂȘt le 31 octobre 2008, c'est que l'objectif pouvait ĂȘtre rempli avec une crĂ©ation monĂ©taire constante. Il a revu cet Ă©lĂ©ment, car le modĂšle incluant des frais de transaction et une quantitĂ© limitĂ©e d'unitĂ©s Ă©tait simplement plus Ă©lĂ©gant : les frais incitaient les mineurs Ă  inclure les transactions dans leurs blocs tandis que « dĂ©flation naturelle » rĂ©compensait les commerçants qui conservaient les unitĂ©s reçues, limitant le change avec les monnaies classiques. Ce second modĂšle Ă©tait donc bien plus Ă  mĂȘme de remplir le but originel de Bitcoin.

Il est difficile de nier que la spĂ©culation liĂ©e Ă  la limite des 21 millions a Ă©tĂ© l'Ă©lĂ©ment qui a permis Ă  Bitcoin de perdurer jusqu'aujourd'hui. Entre autres, elle garantissait une demande minimale pour l'unitĂ© de compte et une utilisation plancher du rĂ©seau. Mais cet appĂąt du gain a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© jusqu'Ă  ne plus vraiment servir le sain dĂ©veloppement de Bitcoin, dans le sens oĂč les gens n'assurent mĂȘme plus la garde de leurs propres bitcoins. Satoshi Nakamoto voulait initialement crĂ©er un « systĂšme d'argent liquide Ă©lectronique », pas une « marchandise numĂ©rique sans Ă©metteur » qui servirait d'adossement pour des instruments financiers institutionnels ou de garantie dans des prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s. Il pourrait ĂȘtre opportun de s'en rappeler.


Notes

Cet article est une version remaniée et augmentée de plusieurs sections du cours sur l'histoire de la création de Bitcoin publié sur PlanB Academy. L'illustration a été produite avec GPT Image 1.5, sur la base du générique de 20th Century Fox ; l'idée vient de u/birth_of_bitcoin sur Reddit. Les traductions ont été réalisée grùce à DeepL. Le reste du texte a été rédigé intégralement sans LLM.

  1. Ce modĂšle rappelle inĂ©vitablement l'Ă©mission rĂ©siduelle de Monero, qui est de 0,6 XMR toutes les deux minutes. ↩
  2. MalgrĂ© la conception soutenue par certains Ă©conomistes autrichiens comme Ludwig von Mises, l'inflation monĂ©taire n'Ă©quivaut pas Ă  l'inflation des prix, car la croissance de l'Ă©conomie compense en partie la crĂ©ation monĂ©taire. Dans le cas d'une monnaie-marchandise soumise uniquement au marchĂ©, il n'y a pas d'inflation des prix, Ă  moins que les conditions de sa production ne changent drastiquement. ↩

Glassnode alerte sur la vulnérabilité quantique de six millions de bitcoins

May 28th 2026 at 08:00
Bitcoin fracturé sous une menace quantique dans un chaos futuriste inquiétant

Glassnode tire la sonnette d’alarme. Plus de 6 millions de bitcoins afficheraient dĂ©jĂ  une exposition potentielle aux futures attaques quantiques. Le marchĂ© crypto doit-il s’inquiĂ©ter ?

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Le teneur de marché GSR lance un ETF crypto basé sur le Bitcoin, Ethereum et Solana

April 23rd 2026 at 16:00

La sociĂ©tĂ© partenaire des marchĂ©s de capitaux crypto GSR vient d’annoncer le lancement d’un fonds nĂ©gociĂ© en bourse basĂ© sur le Bitcoin, Ethereum et Solana. Un ETF Crypto Core3 qui reflĂšte sa vision du marchĂ©, avec une exposition de seulement 7 % au BTC.

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Le Far West de la finance : l’histoire de Bitcoin entre 2011 et 2012

January 13th 2026 at 09:30

Ces derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© particuliĂšres pour Bitcoin. Depuis la publication de mon livre il y a deux ans, l'intĂ©gration institutionnelle de la cryptomonnaie s'est profondĂ©ment accĂ©lĂ©rĂ©e. En janvier 2024, les ETF au comptant ont Ă©tĂ© approuvĂ©s par la SEC, ce qui a notamment conduit le gĂ©ant BlackRock Ă  proposer un produit adossĂ© au bitcoin Ă  ses clients. En novembre 2024, la réélection de Donald Trump a fait rentrer la cryptomonnaie au cƓur de la politique amĂ©ricaine, ce dernier ayant notamment promis de constituer une « rĂ©serve nationale stratĂ©gique » avec les bitcoins saisis par les agences fĂ©dĂ©rales. En 2025, on a assistĂ© Ă  la multiplication des Bitcoin Treasury Companies, sociĂ©tĂ©s cotĂ©es en bourse qui achĂštent du bitcoin en s'endettant sur les marchĂ©s, qui s'inspirent du modĂšle Ă©conomique appliquĂ© depuis 2020 par Michael Saylor au sein de son entreprise, MicroStrategy. Tous ces Ă©lĂ©ments ont propulsĂ© le prix du bitcoin au plus haut, celui-ci atteignant 109 000 $ le 20 janvier 2025 (le jour de l'investiture du prĂ©sident amĂ©ricain), puis 126 000 $ en octobre de la mĂȘme annĂ©e.

En parallĂšle, la guerre contre la confidentialitĂ© financiĂšre s'est accrue dans le secteur des cryptomonnaies. En Europe, la rĂšglementation s'est considĂ©rablement durcie, avec le rĂšglement MiCa appliquĂ© depuis 2025, et la directive DAC8 entrĂ©e en vigueur cette annĂ©e. Aux États-Unis, des poursuites ont Ă©tĂ© enclenchĂ©es contre des dĂ©veloppeurs de solutions de mĂ©lange de cryptomonnaie (indispensables pour compenser partiellement la trop grande transparence des chaĂźnes de blocs), qui ont fini par ĂȘtre condamnĂ©s Ă  de multiples peines de prison ou d'assignation Ă  rĂ©sidence. Ç'a Ă©tĂ© le cas des crĂ©ateurs du contrat Tornado Cash sur Ethereum – Roman Storm, Alexis Pertsev et Roman Semenov – poursuivis depuis 2023, et des fondateurs du Samourai Wallet – William Hill et Keonne Rodriguez – arrĂȘtĂ©s en avril 2024 et condamnĂ©s respectivement Ă  4 et 5 ans de prison trĂšs rĂ©cemment. La nouvelle administration prĂ©sidĂ©e par Donald Trump ne semble pas avoir dĂ©sirĂ© intervenir sur ces procĂ©dures, et a prĂ©fĂ©rĂ© lĂ©gifĂ©rer sur les stablecoins avec le GENIUS Act adoptĂ© en 2025, qui impose aux Ă©metteurs comme Tether d'accroitre leur surveillance au nom de la lutte contre le blanchiment d’argent et de la conformitĂ© aux sanctions Ă©conomiques.

Cette évolution double (qui caractérise en réalité l'essor de la cryptomonnaie depuis 2013) est déroutante car elle nous fait croire que Bitcoin est en train de gagner, tout en nous décourageant subtilement d'essayer d'appliquer ce pour quoi il a été conçu en premier lieu. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Au cours de ses premiÚres années d'existence, Bitcoin bénéficiait d'un flou juridique qui a permis à ses premiÚres utilisations de prospérer librement. Cette période de transition, comprise entre la fin de la démonstration de faisabilité et l'arrivée des premiÚres rÚglementations formelles, a été une période de liberté débridée, rappelant l'Ouest américain du XIXe siÚcle. C'est pourquoi elle a été surnommée le « Far West de la finance » par plusieurs acteurs de l'époque, dont le libertarien Erik Voorhees.

Cette période de l'histoire de Bitcoin constitue le sujet de mon nouveau cours publié sur la plateforme PlanB Academy aujourd'hui. Intitulé « L'histoire de l'Úre pionniÚre de Bitcoin », ce cours retrace de maniÚre sourcée et détaillée les évÚnements qui ont eu lieu entre le départ de Satoshi Nakamoto au printemps 2011 et la création de la Fondation Bitcoin en septembre 2012. Au-delà des faits et des dates, vous serez amenés à mieux comprendre les motivations des personnes impliquées (qu'elles soient techniques, économiques ou politiques) et de saisir en quoi cette époque différait d'aujourd'hui, 15 ans plus tard.

Quatre éléments du Far West de la finance : la portefeuille Electrum, la place de marché Silk Road, le casino en ligne SatoshiDICE et la plateforme de change Mt. Gox

L'intervalle de temps étudié est court (à peine un an et demi), mais il regorge d'évÚnements fondateurs et de développements importants qui ont énormément influé sur l'évolution ultérieure de Bitcoin. C'est à ce moment-là que la plateforme de change Mt. Gox, reprise par le développeur français Mark KarpelÚs, a pris son envol. C'est également durant cette période que divers services financiers ont émergé, à l'instar de la plateforme d'achat-vente instantané BitInstant, de la plateforme de trading sur marges Bitcoinica ou de la bourse en ligne GLBSE. Le commerce a connu un essor important, notamment par le biais de la société BitPay. Les façons de se procurer du bitcoin anonymement via le change de particulier à particulier ont vu le jour, comme LocalBitcoins. C'est à cette époque que les portefeuilles légers (comme Electrum et Armory) ont été développés, que les premiÚres cryptomonnaies alternatives (Namecoin, Litecoin et PPCoin par exemple) ont été créées, et que les coopératives de minage (comme Slush's Pool, DeepBit et BTC Guild) se sont multipliées. La période a aussi été marquée par la premiÚre discorde majeure au sein de la communauté technique lors des discussions autour de la mise à niveau Pay to Script Hash.

Bien entendu, la liberté d'action permise par Bitcoin ouvrait également la voie aux comportements moins communément acceptés, réprouvés par la morale voire par la loi. On a ainsi vu la place de marché du dark web Silk Road, créée par le jeune texan Ross Ulbricht et consacrée surtout au trafic de drogue, devenir un réel phénomÚne populaire, amenant beaucoup de gens à se procurer du bitcoin. Le jeu d'argent a été mis à l'honneur avec le succÚs de la plateforme de poker Seals with Clubs et du casino en ligne SatoshiDICE. On a vu proliférer les projets de cryptomonnaies alternatives opportunistes comme SolidCoin, créés uniquement pour le profit à court terme de leur fondateur, ce qui a déclenché une levée de boucliers chez les membres historiques de la communauté de Bitcoin. De multiples piratages ont eu lieu ; plusieurs services ont subi des vols énormes, comme Mt. Gox, Bitcoinica ou BitFloor. Des escroqueries pures et simples ont également été mises en place, comme la « grande arnaque du 420 » de Tony76 sur Silk Road, ou bien la pyramide de Ponzi BS&T créée par Trendon Shavers.

Cette période a donc constitué la quintessence de ce qu'est Bitcoin : une monnaie de la désobéissance, utilisée pour le meilleur et pour le pire. D'un cÎté, l'image de Bitcoin en a bénéficié : son utilisation par les marginaux et les activistes politiques montrait qu'il fonctionnait comme il le devait, qu'il était résistant à la censure. De l'autre, les excÚs qu'il a rendus possibles lui ont valu une réputation sulfureuse qui l'a suivi pendant des années, et qui existe toujours aujourd'hui. Plus encore, ces excÚs ont amené les autorités à s'intéresser de plus prÚs à cet objet novateur et à vouloir le rÚglementer, une évolution qui a mis progressivement fin au Far West de la finance et qui a fait ce que Bitcoin est aujourd'hui : un navire ballotté entre la révolte des premiers adeptes et la conformité des nouveaux arrivants.

De maniĂšre intĂ©ressante, il s'avĂšre que certaines victimes rĂ©centes de la persĂ©cution de l'État fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain ont Ă©tĂ© des acteurs de l'Ă©cosystĂšme de l'Ă©poque. Roman Sterlingov, connu pour avoir créé le mĂ©langeur Bitcoin Fog en octobre 2011, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  12 ans et 6 mois de prison en 2024 pour la gestion de ce service. Ian Freeman, animateur emblĂ©matique de l'Ă©mission de radio libertarienne Free Talk Live qui a Ă©tĂ© l'une des premiĂšres Ă  Ă©voquer le sujet de Bitcoin et de Silk Road en 2010–2011, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  8 ans de prison en 2023 pour avoir opĂ©rĂ© un rĂ©seau de distributeurs automatiques de bitcoins sans connaissance du client. Enfin, Roger Ver, promoteur zĂ©lĂ© de Bitcoin et investisseur prolifique Ă  partir de 2011, accusĂ© de fraude fiscale par l'IRS alors qu'il avait abandonnĂ© sa nationalitĂ© Ă©tasunienne en 2014, a Ă©tĂ© contraint de payer une amende de 50 millions de dollars dans le cadre d'un accord avec le dĂ©partement de la Justice en octobre 2025.

La pĂ©riode du Far West de la finance est donc trĂšs importante pour comprendre oĂč en est Bitcoin aujourd'hui. C'est pour cela que ce cours est mis Ă  votre disposition. Je ne peux que vous recommander d'y jeter un coup d'Ɠil, surtout si vous vous ĂȘtes intĂ©ressĂ©s tardivement Ă  la cryptomonnaie.

Bonne lecture !

[HIS203] L'histoire de l'Úre pionniÚre de Bitcoin : Le Far West de la finance


Illustration : photographie du John Ford's Point dans la Monument Valley par Luca Galuzzi (via Wikimedia).

L’avarice et Bitcoin : une relation ambigĂŒe

February 9th 2025 at 10:00

Le 5 dĂ©cembre dernier, le cours boursier du bitcoin a dĂ©passĂ© le niveau emblĂ©matique des 100 000 dollars, un Ă©vĂšnement attendu de longue date par de nombreuses personnes. Cette hausse a Ă©tĂ© portĂ©e (entre autres) par l'arrivĂ©e des ETF au comptant aux États-Unis en janvier 2024, par le halving de l'Ă©mission des bitcoins en avril, et par l'Ă©lection de Donald Trump Ă  la prĂ©sidences des États-Unis en novembre, lui qui avait promis au prĂ©alable la mise en place d'une « rĂ©serve stratĂ©gique » en BTC. Les dĂ©tenteurs de bitcoins, devenus tout Ă  coup un peu plus riches, se sont particuliĂšrement rĂ©jouis de cette augmentation, allant jusqu'Ă  organiser des soirĂ©es spĂ©ciales pour l'occasion. Depuis, le cours oscille autour 100 000 $ sans parvenir s'Ă©lever beaucoup plus haut, mais les prĂ©visions pour 2025 n'en sont pas moins extrĂȘmement optimistes : certains s'attendent Ă  voir un prix de 250 000 $ d'ici la fin de l'annĂ©e, tandis que d'autres visent plutĂŽt les 700 000 $.

Ce nouvel engouement spĂ©culatif constitue une circonstance idĂ©ale pour Ă©voquer un phĂ©nomĂšne particuliĂšrement rĂ©pandu dans le secteur de la cryptomonnaie : celui de l'attachement excessif Ă  la richesse matĂ©rielle, communĂ©ment appelĂ© l'avarice. Dans un premier temps, nous reviendrons ainsi sur le rĂŽle qu'a jouĂ© la spĂ©culation dans l'amorçage de Bitcoin et sur la place de plus en plus grande que la thĂ©saurisation a pris dans le discours des bitcoineurs au cours du temps. Puis dans un second temps, nous parlerons des consĂ©quences de la prĂ©dominance de cette passion dans la communautĂ© de Bitcoin, en reprenant notamment la critique faite par la tradition chrĂ©tienne. PrĂ©cisons qu'il s'agit ici de parler d'un excĂšs, dont tout le monde peut faire preuve (moi-mĂȘme compris), et non de remettre en cause le bienfondĂ© de l'intĂ©rĂȘt financier, qui est Ă  la base du fonctionnement du systĂšme de Nakamoto.

La spéculation sur le bitcoin

Il existe trois raisons principales de s'intĂ©resser Ă  Bitcoin : la premiĂšre est la curiositĂ© technique ; la deuxiĂšme est la motivation idĂ©ologique ; la troisiĂšme est l'intĂ©rĂȘt spĂ©culatif. Ces trois aspects Ă©taient prĂ©sents dĂšs les dĂ©buts de la cryptomonnaie et existent toujours dans la communautĂ© sous des formes diverses. Toutefois, c'est le troisiĂšme qui est dĂ©sormais dominant, si bien que le prix de l'unitĂ© de compte est devenu un sujet immanquable dans les conversations concernant Bitcoin.

À l'origine, la spĂ©culation (du latin spĕcĆ­lor, « observer », « regarder d'en haut », « surveiller ») dĂ©signe l'acte de rĂ©flĂ©chir profondĂ©ment aux consĂ©quences d'une hypothĂšse. Mais aujourd'hui, le mot a surtout tendance Ă  se rapporter Ă  la spĂ©culation financiĂšre, c'est-Ă -dire l'activitĂ© d'anticiper l'Ă©volution du prix d'un actif Ă  court, moyen ou long terme, dans le but d'en tirer un bĂ©nĂ©fice. C'est dans ce sens que nous l'employons ici.

MĂȘme si le terme prĂ©sente un caractĂšre pĂ©joratif dans la bouche de certains (dont les nombreux contempteurs de Bitcoin), la spĂ©culation peut ĂȘtre une action tout Ă  fait banale et anodine. En un sens, nous sommes tous des spĂ©culateurs : chacun rĂ©flĂ©chit Ă  son avenir et Ă  celui de ses proches, en essayant de prĂ©dire l'avenir et de rĂ©aliser des opĂ©rations financiĂšres en consĂ©quence. Par exemple, le Français moyen, qui conserve de l'euro Ă  moyen terme, spĂ©cule : il fait le pari que la monnaie europĂ©enne ne connaitra pas une inflation Ă©levĂ©e entretemps. Le caractĂšre nĂ©faste de la spĂ©culation est plutĂŽt Ă  chercher dans l'obsession qu'on peut retrouver chez certains boursicoteurs compulsifs, dont l'activitĂ© se rapproche plus du jeu d'argent que de la gestion de patrimoine saine et dĂ©passionnĂ©e.

Le bitcoin, en tant qu'unité de compte numérique étant échangée librement sur Internet, est soumis à la loi de l'offre et de la demande et possÚde un prix qui varie en fonction du temps. De ce fait, il est sujet à la spéculation financiÚre des acteurs du marché, pour toutes sortes de raisons et à des horizons temporels multiples. Mais le principal argument derriÚre la spéculation à moyen-long terme sur le bitcoin est généralement celui de sa premiÚre monétisation, c'est-à-dire de son adoption initiale comme intermédiaire d'échange par un nombre plus ou moins élevé d'utilisateurs.

Le bitcoin est prĂ©sentĂ© comme une monnaie en devenir depuis ses dĂ©buts, et il parait naturel de miser sur le fait qu'il va devenir un intermĂ©diaire d'Ă©change plus ou moins rĂ©pandu. La valeur agrĂ©gĂ©e d'une monnaie dĂ©pend de son utilitĂ© (c'est-Ă -dire la quantitĂ© de choses qu'elle permet de se procurer), et doit donc thĂ©oriquement augmenter Ă  mesure que son adoption grandit. Puisque la quantitĂ© de bitcoins est en principe limitĂ©e Ă  long terme Ă  21 millions d'unitĂ©s, l'accroissement de la valeur agrĂ©gĂ©e doit se traduire par une hausse du prix unitaire. D'oĂč l'idĂ©e qu'on s'en fait d'un « investissement1 » : acheter du bitcoin permet de miser sur son potentiel d'adoption futur.

Cette spĂ©culation est indissociable de l'histoire de Bitcoin. Elle a en effet Ă©mergĂ© dĂšs le lancement du rĂ©seau en janvier 2009. À ce moment-lĂ , la rĂ©flexion portait sur le fait d'amorcer Ă©conomiquement le systĂšme, et la spĂ©culation reprĂ©sentait l'un des facteurs initiaux qui a poussĂ© les gens Ă  donner une valeur au bitcoin2.

C'est le cypherpunk Hal Finney, premier destinataire d'une transaction sur le réseau, qui a initialement suggéré cette idée dans un courriel adressé à la liste de diffusion de Metzdowd.com, la fameuse Cryptography Mailing List. Le 11 janvier 2009, en réponse à la publication de la politique monétaire par Satoshi Nakamoto, il a ainsi décrit comment le minage de bitcoins pouvait constituer « un trÚs bon pari », étant donné le potentiel de hausse du pouvoir d'achat. Voici son courriel, dans son intégralité :

« Il est intĂ©ressant de noter que le systĂšme peut ĂȘtre configurĂ© de maniĂšre Ă  n'autoriser qu'un certain nombre maximum d'unitĂ©s Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ©es. Je suppose que l'idĂ©e est que la quantitĂ© de travail nĂ©cessaire pour gĂ©nĂ©rer une nouvelle unitĂ© deviendra de plus en plus importante avec le temps.

Un des problĂšmes immĂ©diats avec n'importe quelle nouvelle monnaie est de savoir comment lui donner une valeur. MĂȘme en ignorant le problĂšme pratique liĂ© au fait que quasi personne ne l'acceptera au dĂ©but, il est toujours difficile de trouver un argument raisonnable justifiant l'attribution d'une valeur non nulle pour les unitĂ©s.

En guise d'expĂ©rience de pensĂ©e amusante, imaginons que Bitcoin soit un succĂšs et devienne le systĂšme de paiement dominant utilisĂ© dans le monde entier. Alors, la valeur totale de la monnaie devrait ĂȘtre Ă©gale Ă  la valeur totale de toutes les richesses du monde. Les estimations actuelles du patrimoine total des mĂ©nages dans le monde que j'ai trouvĂ©es varient entre 100 et 300 milliers de milliards de dollars. Pour un nombre d'unitĂ©s de 20 millions, cette prĂ©vision donnerait Ă  chaque unitĂ© une valeur d'environ 10 millions de dollars.

La possibilitĂ© de gĂ©nĂ©rer des unitĂ©s aujourd'hui avec l'Ă©quivalent de quelques centimes de temps de calcul peut donc constituer un trĂšs bon pari, dont la cote serait d'environ 100 millions contre 1 ! MĂȘme si les chances que Bitcoin atteigne un tel niveau de rĂ©ussite sont minces, ces chances sont-elles vraiment de 100 millions contre 1 ? Il y a lĂ  matiĂšre Ă  rĂ©flexion  »

Le 15 janvier, soit quelques jours plus tard, Satoshi Nakamoto et l'ingĂ©nieur Dustin Trammell (qui venait de dĂ©couvrir l'existence de Bitcoin) ont discutĂ© en privĂ© de ce message de Hal Finney. Satoshi a Ă©voquĂ© la « possibilité » que le bitcoin « soit considĂ©rĂ© comme un investissement Ă  long terme », et Trammell a approuvĂ© en Ă©crivant que c'Ă©tait « l'une des raisons pour lesquelles [il avait] dĂ©marrĂ© un nƓud si rapidement ». Le lendemain, Satoshi a envoyĂ© un courriel Ă  la liste de diffusion qui retranscrivait ce dont il avait parlĂ© avec Trammell. Il Ă©crivait alors :

« Il pourrait ĂȘtre judicieux de s'en procurer au cas oĂč le phĂ©nomĂšne prendrait de l'ampleur. Si suffisamment de gens pensent la mĂȘme chose, on pourra assister Ă  une prophĂ©tie autorĂ©alisatrice. »

Il a confirmĂ© ce point de vue sur le forum de la Fondation P2P oĂč il expliquait qu'il pouvait se former une « boucle de rĂ©troaction positive », dans le sens oĂč « plus les utilisateurs [Ă©taient] nombreux, plus la valeur [augmentait], ce qui [pouvait] attirer davantage d'utilisateurs dĂ©sireux de profiter de cette hausse ».

Cette conception s'est par la suite retrouvée dans la FAQ et sur la page SourceForge en mai 2009, sous la plume de Martti Malmi, le jeune étudiant finlandais qui deviendrait le bras droit de Satoshi :

« La valeur du bitcoin est susceptible d'augmenter Ă  mesure que la croissance de l'Ă©conomie de Bitcoin dĂ©passe le taux d'inflation – considĂ©rez le bitcoin comme un investissement et commencez Ă  faire fonctionner un nƓud aujourd'hui ! »

L'aspect spĂ©culatif prenait donc une place importante dans la prĂ©sentation de Bitcoin auprĂšs des nouveaux utilisateurs. Toutefois, cette communication avait surtout pour but d'amorcer le systĂšme. L'objectif de Nakamoto n'Ă©tait pas de crĂ©er un objet ultraspĂ©culatif, mais de façonner une nouvelle monnaie pouvant ĂȘtre utilisĂ©e dans le cadre de paiements en ligne. Rappelons Ă  ce titre que la fameuse limite des 21 millions n'a Ă©tĂ© ajoutĂ©e par Satoshi qu'en novembre 2008, Ă  la suite de discussions avec des membres de la liste de diffusion, donc aprĂšs la publication du livre blanc initial.

Par la suite, le créateur de Bitcoin a pris ses distances avec la spéculation financiÚre. Il a rapidement été trÚs mesuré avec la notion d'investissement mise en valeur par Martti Malmi, vraisemblablement pour des raisons légales. Dans un courriel adressé au jeune Finlandais en juin 2009, il écrivait :

« Je ne suis pas Ă  l'aise avec le fait de dĂ©clarer explicitement : "considĂ©rez-le comme un investissement". C'est une affirmation dangereuse et tu devrais supprimer ce point. Il n'y a pas de mal Ă  ce que les gens arrivent Ă  cette conclusion par eux-mĂȘmes, mais nous ne pouvons pas le prĂ©senter de cette façon. »

Puis il a cessé totalement de parler du sujet, évoquant plutÎt les aspects techniques ou l'utilisation du bitcoin comme moyen de paiement.

L'évolution mémétique de BTC

Cette propension à la spéculation s'est peu à peu développée au sein de la communauté des utilisateurs de Bitcoin. Initialement minoritaire, elle s'est progressivement élargie au fil des bulles successives qu'a connues le prix du bitcoin. Chaque engouement ramenait plus de spéculateurs, qui participaient à contribuer à l'engouement suivant, et ainsi de suite. Si ce phénomÚne a permis de faire connaitre la création de Satoshi Nakamoto au monde entier, il a aussi eu un effet dévastateur sur la culture entourant Bitcoin, c'est-à-dire l'ensemble des discours, des représentations, des valeurs et des pratiques pouvant se retrouver chez les gens qui l'utilisent.

Cette Ă©volution s'est en particulier manifestĂ©e par l'intermĂ©diaire de mĂšmes3 circulant dans la communautĂ©, qui se sont propagĂ©s d'abord sur le forum BitcoinTalk, puis sur Reddit et enfin sur Twitter. Ces mĂšmes sont gĂ©nĂ©ralement des courtes formules rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  l'envi, des reprĂ©sentations visuelles Ă  portĂ©e symbolique ou des conceptions simplificatrices sur la nature de Bitcoin. Ils forment les blocs de base de la culture de Bitcoin, notamment dans la mesure oĂč celle-ci se dĂ©veloppe majoritairement sur Internet, oĂč l'on est habituĂ© aux contenus courts et frappants.

Comme nous l'avons suggéré, jusqu'en 2011, le bitcoin était principalement vu comme un moyen de paiement, comme un « argent liquide électronique » pour reprendre les termes du titre du livre blanc. Il était vanté pour ses propriétés liées aux transferts : la possibilité d'envoyer des paiements quand on le souhaite, l'absence d'exigence d'identification, la non-limitation par les frontiÚres, les frais minimes, etc. Les achats en bitcoins étaient célébrés comme des actions montrant que l'économie était en train de grandir. C'était le cas des fameuses pizzas de Laszlo Hanyecz, achetées en mai 2010 pour 10 000 bitcoins, qui ont été une « grande étape » dans l'adoption progressive du bitcoin.

Publicité parodique de Bitcoin, le comparant à Western Union (token_dave, 2014)

Mais alors que la financiarisation progressait, le bitcoin a Ă©tĂ© de plus en plus perçu comme une « rĂ©serve de valeur » ou un « or numĂ©rique ». On a vu les financiers professionnels entrer dans la danse, Ă  l'instar des frĂšres Winklevoss, qui avaient rĂ©cupĂ©rĂ© une belle somme aprĂšs avoir gagnĂ© un procĂšs contre Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. S'en est suivie la double bulle de 2013 : le prix est passĂ© de 13 $ Ă  1 150 $ en l'espace d'un an. À partir de lĂ , le discours a changĂ©. La hausse du prix est devenue un facteur de rĂ©ussite. Les mĂ©dias gĂ©nĂ©ralistes ont davantage abordĂ© le sujet sous cet angle, attirant encore plus de spĂ©culateurs. DorĂ©navant, une grande partie des nouveaux mĂšmes Ă©taient liĂ©s Ă  l'aspect spĂ©culatif.

La limite des 21 millions est devenue pour ainsi dire sacrĂ©e, confĂ©rant au nombre 21 une signification particuliĂšre. Ce dernier s'est ainsi retrouvĂ© un peu partout, et notamment dans les noms donnĂ©s Ă  des Ɠuvres diverses : un livre (21 Leçons), un magazine (Citadelle21), une newsletter (21 Millions) ou un discours de confĂ©rence (« 21 rules of Bitcoin »). Un fonds d'investissement (21Shares) a intĂ©grĂ© le nombre 21 dans son nom pour sponsoriser un ETF. On peut aussi citer le cas de la formule « ∞/21M » de Knut Svanholm (2020), qui s'est propagĂ©e au sein de la communautĂ© pour indiquer que si le bitcoin Ă©tait amenĂ© Ă  avaler la croissance Ă©conomique mondiale, son potentiel de hausse Ă©tait infini.

Un autre symbole qui a pris en importance dans l'imaginaire des bitcoineurs au cours des années est le taureau. Dans le monde financier, cet animal est lié au marché haussier en raison de son nom anglais, bull market4. C'est tout naturellement qu'il a pris une place à part dans les créations bitcoiniennes, représentant l'espoir d'une hausse prodigieuse du pouvoir d'achat. Il figure ainsi dans le logo et le nom de la plateforme de change Bull Bitcoin, fondée par Francis Pouliot et David Bradley en 2018. Il est présent sur la couverture du livre de Vijay Boyapati, A Bullish Case for Bitcoin, publié en 2021 (et traduit chez Konsensus Network sous le titre Un scénario optimiste pour Bitcoin). On peut aussi mentionner qu'une statue de taureau aux yeux laser, appelée le « Miami Bull », a été installée à Miami à l'occasion de la conférence Bitcoin 2022.

Bitcoin Bull from Boyapati
Le taureau présent en couverture du livre de Vijay Boyapati Un scénario optimiste pour Bitcoin (A Bullish Case for Bitcoin)

L'injonction Ă  accumuler du bitcoin et Ă  le thĂ©sauriser s'est renforcĂ©e en consĂ©quence. Le bitcoineur Ă©tait appelĂ© Ă  « conserver » (hold) ses bitcoins dans le temps (Zhou Tonged, 2013) de façon Ă  tirer parti de leur apprĂ©ciation, un encouragement qui s'est retranscrit dans le mĂšme « HODL » (GameKyuubi, 2013), dĂ©formation orthographique de hold, qui est ensuite devenu le rĂ©troacronyme de Hold on for Dear Life (« tenez bon pour votre vie »). Dans une reprĂ©sentation plus extrĂȘme de cette injonction, l'utilisateur Ă©tait poussĂ© Ă  garder jalousement ses bitcoins, malgrĂ© la disparitĂ© des richesses, quitte Ă  se retrancher dans une « citadelle » (Luka Magnotta, 2013) pour protĂ©ger sa richesse des hordes de voleurs.

Dans sa vie de tous les jours, l'individu est encouragé à « dépenser sa monnaie fiat et accumuler des satoshis » ("spend fiat, stack sats", Matt Odell, 2019). Il ne devrait pas chercher à payer en bitcoins en raison de la loi de Gresham (« la mauvaise monnaie chasse la bonne »). De plus, il est devenu commun d'exprimer toute dépense faite en bitcoins à leur valeur du cours actuel, les pizzas de Laszlo valant aujourd'hui (selon cette conception) prÚs d'un milliard de dollars5 !

Bitcoin a de moins en moins Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme un moyen d'Ă©change numĂ©rique, mais davantage une « technologie d'Ă©pargne » (Pierre Rochard, 2019), dont l'attrait central Ă©tait « le nombre qui monte » ("Number Go Up", Saifedean Ammous, 2020). En guise de signe de ralliement pour faire augmenter le prix jusqu'Ă  100 000 $, il fallait ajouter des « yeux laser » Ă  sa photo de profil (GregZaj, 2021). Les sceptiques opposĂ©s Ă  Bitcoin qui choisissent de ne pas avoir de bitcoin en connaissance de cause devaient ĂȘtre traitĂ©s avec mĂ©pris, Ă  l'instar du gold bug Peter Schiff, et on pouvait se moquer d'eux pour car ils manquaient de rĂ©aliser les profits associĂ©s ("have fun staying poor", Udi Wertheimer, 2020).

L'objectif perçu de Bitcoin a dĂ©rivĂ© vers quelque chose qui n'avait pas Ă©tĂ© envisagĂ© par Satoshi Nakamoto. La vision d'un « argent liquide numĂ©rique », que chaque individu conserverait et utiliserait individuellement, s'est progressivement faite plus timide au profit de la notion de « monnaie de rĂ©serve » (Hal Finney, 2010). Dans cette derniĂšre conception, les bitcoins seraient principalement dĂ©tenus par des entitĂ©s (des banques) pour le compte de clients qui devraient passer par des applications dĂ©positaires et n'auraient donc pas directement la propriĂ©tĂ© de leurs fonds. C'est cette vision qui a inspirĂ© la thĂšse de l'« étalon-bitcoin » (Saifedean Ammous, 2018), un systĂšme monĂ©taire calquĂ© sur le modĂšle de l'Ă©talon-or classique (1873–1914) oĂč le bitcoin jouerait le mĂȘme que l'or en tant que monnaie de base6. Bitcoin pourrait ainsi devenir un systĂšme de « monnaie de rĂ©serve mondiale » (Gavin Andresen, 2011), surpassant toutes les autres devises dans la pyramide monĂ©taire.

DÚs 2014, les bitcoineurs se sont mis à envisager une « hyperbitcoinisation » (Daniel Krawisz, 2014), c'est-à-dire une rapide démonétisation des devises fiat au profit du bitcoin. Le bitcoin étant un actif déflationniste, son prix monterait « pour toujours » (Michael Saylor, 2021), « jusqu'à la lune » (ToTheMoonGuy, 2013). Cette évolution inéluctable pousserait certains acteurs à procéder à une « attaque spéculative » (Pierre Rochard, 2014) en empruntant de l'argent pour acheter du bitcoin, ce qui accélérerait la chute de la monnaie étatique. Bitcoin constituerait ainsi un « cheval de Troie » (u/sovereignlife, 2015), qui servirait à infiltrer le systÚme étatico-bancaire et à le purifier de l'intérieur grùce aux incitations économiques qu'il apporterait supposément.

La culture de Bitcoin a donc connu une Ă©volution majeure, qui s'est traduite par le dĂ©veloppement de mĂšmes qui, mĂȘme s'ils ne sont pas nĂ©cessairement compatibles entre eux, vĂ©hiculent tous la notion d'un bitcoin qu'il faut acquĂ©rir et conserver jalousement. Ce changement est devenu de plus en plus prononcĂ© avec la financiarisation de l'utilisation, si bien que ce qui Ă©tait Ă  l'origine une simple spĂ©culation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© chez certains bitcoineurs en une passion bien connue : l'avarice.

La critique traditionnelle de l'avarice

L'avarice, au sens traditionnel du terme, dĂ©signe l'attachement excessif Ă  la richesse matĂ©rielle et en particulier Ă  l'argent. Le terme provient du mot latin du mĂȘme sens, avaritia, lui-mĂȘme dĂ©rivĂ© de ăvĕo, signifiant « dĂ©sirer vivement ». En ce sens, l'avarice peut se manifester par une volontĂ© d'accumuler plus de richesse (ce qu'on nomme en français la cupiditĂ©) ou la rĂ©ticence Ă  s'en sĂ©parer (Ă  savoir la radinerie).

L'avarice est unanimement condamnĂ©e par toutes les religions traditionnelles, et en particulier par le christianisme. Dans la tradition catholique romaine, elle forme l'un des sept pĂ©chĂ©s capitaux listĂ©s par l'Ă©vĂȘque GrĂ©goire le Grand. Dans la tradition orthodoxe grecque, elle est appelĂ©e l'« amour de l'argent » (ΊÎčÎ»Î±ÏÎłÏ…ÏÎŻÎ±, philargurĂ­a) et constitue l'une des huit pensĂ©es tentatrices (logismoĂŻ) mises en avant par le moine Évagre le Pontique.

Pour la doctrine chrétienne, l'avarice a pour effet de détourner l'individu de Dieu, en le poussant à se préoccuper de sa richesse matérielle plutÎt que de son salut spirituel. Elle le conduit à poursuivre l'argent au détriment de ses relations avec les autres. L'avare a tendance à négliger ses proches, à ne pas aider ses amis, à rechigner à faire des dépenses essentielles, à ne pas pratiquer l'aumÎne ; ce qui l'éloigne de plus en plus des gens qui l'aiment. Cet enseignement est résumé dans les mots de saint Paul, qui écrivait dans sa PremiÚre épitre à Timothée :

« [L]a racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y ĂȘtre livrĂ©s, certains se sont Ă©garĂ©s loin de la foi et se sont transpercĂ© l'Ăąme de tourments sans noms. » (1 Tm 6:10)

Le Nouveau Testament illustre le comportement de l'avare par l'exemple de Judas Iscariote, le disciple de Jésus-Christ qui l'a trahi en le dénonçant aux autorités. Judas était en effet le trésorier parmi les douze apÎtres, mais n'hésitait pas à prendre dans la bourse commune, car il « était voleur » (Jn 12:6). De plus, il a dénoncé le Christ au Sanhédrin pour « trente piÚces d'argent » (Mt 26:15). Il a fini par se suicider en se pendant à un arbre.

Le christianisme rejette en particulier la thĂ©saurisation, c'est-Ă -dire la tendance Ă  Ă©pargner son argent sans chercher Ă  le faire fructifier. D'aprĂšs JĂ©sus-Christ lui-mĂȘme, « celui qui thĂ©saurise pour lui-mĂȘme » au lieu de « s'enrichir en vue de Dieu » est un « insensé » (Lc 12:21). Cette critique de la conservation maladive peut aussi se retrouver (en premier niveau de lecture) dans la parabole des talents (Mt 25:14–30), oĂč est racontĂ©e l'histoire d'un maitre qui, partant en voyage, laisse des fonds Ă  ses serviteurs en son absence et qui, Ă  son retour, dĂ©cide de rĂ©tribuer ceux qui ont investi cet argent dans une activitĂ© productive et de punir celui qui n'a « point semé ».

La tradition chrĂ©tienne voit Ă©galement d'un mauvais Ɠil l'usure (c'est-Ă -dire le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt), cette derniĂšre ayant Ă©tĂ© condamnĂ©e par le concile de NicĂ©e de 325 et par les PĂšres de l'Église. Durant le Moyen Âge, le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt a ainsi Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement interdit dans de nombreuses nations, notamment en Europe. Ce n'est qu'Ă  la Renaissance, avec l'apparition de la banque moderne et du protestantisme, que cette interdiction a Ă©tĂ© allĂ©gĂ©e.

L'avarice est par ailleurs reprĂ©sentĂ©e de façon figurĂ©e dans la Bible. On l'associe ainsi Ă  la figure du veau d'or, qui Ă©tait originairement un symbole d'idolĂątrie, mais qui est progressivement devenue la reprĂ©sentation de la puissance corruptrice de la richesse matĂ©rielle. Cette figure provient d'un Ă©pisode de l'Exode (Ex 32), durant lequel les HĂ©breux se sont mis Ă  adorer une statue de « veau » en or, moulĂ©e Ă  partir de leurs bijoux, alors qu'ils attendaient que MoĂŻse descende du mont SinaĂŻ, oĂč il restĂ© 40 jours et 40 nuits pour recevoir les Tables de la Loi. DĂ©tail intĂ©ressant : si cette statue est appelĂ©e un « veau » (ŚąÖ”Ś’Ö¶Śœ, 'egel), il s'agit en rĂ©alitĂ© d'un taureau, Ă  l'image de certaines divinitĂ©s qui Ă©taient alors vĂ©nĂ©rĂ©es en Égypte (Apis) ou Ă  Canaan (El) ; l'appellation de « veau » est en effet censĂ©e jeter le ridicule sur les idoles.

L'Adoration du Veau d'or (Nicolas Poussin, 1634)

Une autre figure mise en avant par la tradition chrĂ©tienne est celle de Mammon. Il s'agit d'une personnification de l'argent (Mammon vient de l'aramĂ©en ŚžÖžŚžŚ•ÖčŚ ÖžŚ, māmƍnā signifiant « richesse »), Ă  qui les hommes sont susceptibles de vouer leur vie. C'est contre cette possibilitĂ© de corruption que JĂ©sus-Christ a averti ses disciples dans le Sermon sur la Montagne :

« Nul ne peut servir deux maĂźtres : ou il haĂŻra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera Ă  l'un et mĂ©prisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent [ΌαΌωΜ៷, mamƍnĂą]. » (Mt 6:24)

The Worship of Mammon (Evelyn De Morgan, 1909)

L'avarice est donc une forme particuliÚre d'idolùtrie, et en est probablement une des plus visibles. Elle se manifeste dans notre monde moderne par la place que nous donnons à la richesse dans nos objectifs de vie. Nous nous imaginons ainsi que l'accumulation d'argent nous apportera une sécurité pour l'avenir, voire une « liberté financiÚre » qui nous permettrait de « sortir de la rat race », conformément à ce qu'enseignent les apÎtres du développement personnel.

Bitcoin n'Ă©chappe pas Ă  l'idolĂątrie, faisant lui-mĂȘme l'objet d'une pseudo-religion, et l'amour de l'argent joue un rĂŽle de premier plan dans cette adoration. Beaucoup de personnes affirment ainsi que Bitcoin les a « sauvĂ©es », non pas par sa caractĂ©ristique de rĂ©sistance Ă  la censure, mais parce que la hausse drastique du pouvoir d'achat de l'unitĂ© de compte les a libĂ©rĂ©es de la contrainte de travailler. En les rendant riches, Bitcoin a abaissĂ© leur prĂ©fĂ©rence temporelle et les a fait se focaliser sur les choses qui comptent vraiment pour elles. Il n'est donc pas Ă©tonnant que la culture dominante dans la communautĂ© se soit concentrĂ©e autour l'intĂ©rĂȘt financier : les plus anciens bitcoineurs ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s pour avoir conservĂ© leurs bitcoins, et ont donc encouragĂ© les gens (au moins par l'exemple) Ă  faire de mĂȘme.

Les conséquences de l'avarice sur Bitcoin

Les enseignements de la tradition chrétienne peuvent nous paraitre désuets, démodés. Néanmoins, le sujet de l'avarice est tout à fait d'actualité dans notre société moderne, et en particulier dans la communauté de Bitcoin comme nous l'avons vu. Il convient ainsi de s'interroger pourquoi une telle opposition à l'amour de l'argent existe et comment l'avarice des utilisateurs peut influer sur Bitcoin dans son ensemble.

Il va de soi que Bitcoin se fonde sur l'intĂ©rĂȘt Ă©conomique. Son fonctionnement repose sur les incitations des diffĂ©rents acteurs qui assurent sa sĂ©curitĂ©. Les mineurs ajoutent des blocs Ă  la chaine parce qu'ils sont rĂ©munĂ©rĂ©s par la crĂ©ation monĂ©taire et par les frais de transaction. Les commerçants acceptent l'unitĂ© de compte parce qu'ils bĂ©nĂ©ficient de sa rĂ©sistance Ă  la censure ou de sa dĂ©flation naturelle. Les dĂ©veloppeurs contribuent au projet parce qu'ils reçoivent un salaire des utilisateurs les plus importants. Ainsi, la viabilitĂ© de Bitcoin est, dans une certaine mesure, assurĂ©e par les incitations Ă©conomiques qui le soutiennent.

C'est pour cette raison que les bitcoineurs s'imaginent parfois que Bitcoin est un ĂȘtre indĂ©pendant, ne pouvant pas ĂȘtre affectĂ© par le monde, et que son succĂšs ne nĂ©cessite aucune action de leur part. Ils pensent que la « thĂ©orie des jeux » assurera seule sa progressive Ă©lĂ©vation au rang de monnaie mondiale, amenant son prix au million de dollars, voire au-delĂ . Cependant, ils se trompent.

L'intĂ©rĂȘt Ă©conomique ne fait pas tout. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la libertĂ© est un moyen, pas une fin en soi. Dans le domaine Ă©conomique, elle permet de faire concorder l'offre et la demande, d'accomplir le plus possible les volontĂ©s des individus, sans nĂ©cessairement aboutir Ă  un ordre social harmonique. Ce qui est produit dans l'Ă©conomie dĂ©pend des prĂ©fĂ©rences des personnes qui la composent : le marchĂ© va entrainer la crĂ©ation des biens et des services auxquels elles accordent de la valeur. La libertĂ© Ă©conomique totale peut ainsi aboutir Ă  un paradis sur Terre, peuplĂ© de personnes vertueuses et attentionnĂ©es ; mais elle pourrait tout aussi bien dĂ©gĂ©nĂ©rer en une sorte d'enfer cyberpunk libertarien plongĂ© dans le vice et la mĂ©fiance (d'ailleurs, un tel dĂ©sordre social est tellement intolĂ©rable qu'il se conclut gĂ©nĂ©ralement par l'avĂšnement d'un pouvoir autoritaire).

Le sort de Bitcoin est entre les mains des bitcoineurs. Le systÚme est ce que les gens en font ; il n'est rien sans ses utilisateurs. C'est pourquoi l'avarice, qui se manifeste chez les utilisateurs, peut avoir un certain nombre de conséquences sur Bitcoin.

La premiĂšre consĂ©quence est la dĂ©gradation de l'image de la cryptomonnaie. À l'origine, Bitcoin Ă©tait vu comme un systĂšme libĂ©rateur, un intermĂ©diaire d'Ă©change rĂ©sistant Ă  la censure, une monnaie anonyme utilisĂ©e sur le marchĂ© noir. Cette vision pouvait poser problĂšme, mais elle est devenue minoritaire au profit de la conception de rĂ©serve de valeur, encourageant la spĂ©culation. Aujourd'hui, l'image de Bitcoin auprĂšs du grand public est celle d'un objet spĂ©culatif qu'il conviendrait d'acheter sur une plateforme de change centralisĂ©e, et de revendre plus tard dans le but de gagner un peu d'argent (fiat). Il a mĂȘme tendance Ă  devenir un memecoin , dans le sens oĂč on ne s'en procurerait qu'en raison de ce qu'il reprĂ©sente culturellement, pas pour son utilisation Ă©conomique rĂ©elle. Ainsi, on peut comprendre pourquoi certains accusent le bitcoin d'ĂȘtre une « bulle spĂ©culative », un phĂ©nomĂšne sans fondement, qui serait similaire Ă  la tulipomanie du XVIIe siĂšcle7. On peut aussi entendre les gens qui le voient comme une « arnaque », comme une « pyramide de Ponzi » reposant sur l'arrivĂ©e de plus en plus d'« investisseurs », attirĂ©s par les anciens dĂ©tenteurs.

Cette image dégradée a pour effet de tenir éloignées les personnes qui pourraient vouloir utiliser Bitcoin pour ses propriétés de résistance à la censure, et en particulier les activistes et les gens de gauche qui se méfient initialement de la finance. En parallÚle, les spéculateurs se multiplient au fur et à mesure du temps, encouragés par la culture du gain. Et le phénomÚne s'amplifie, formant un cercle vicieux : les utilisateurs-spéculateurs font plus de bruit et en attirent d'autres, ce qui isole de plus en plus les utilisateurs authentiques qui doivent faire des efforts considérables pour trier les informations qu'ils reçoivent. En d'autres termes, les mauvais utilisateurs chassent les bons.

La deuxiĂšme consĂ©quence gĂ©nĂ©rale, apparentĂ©e Ă  la premiĂšre, est l'accentuation de la volatilitĂ©. Puisque les gens voient le bitcoin comme un objet spĂ©culatif, ils s'en procurent pour gagner de l'argent rapidement. Ainsi, lors des marchĂ©s haussiers, ils ont tendance Ă  seulement acheter et Ă  ne pas vendre (laisser courir leurs gains), ce qui fait monter le taux de change considĂ©rablement. À l'inverse, lors des marchĂ©s baissiers, les spĂ©culateurs Ă  court terme ont tendance Ă  vendre pour Ă©viter de risquer de perdre trop (en coupant leurs pertes), ce qui contribue Ă  la chute et rĂ©sulte souvent en une vente panique gĂ©nĂ©rale.

Si nous voyions le bitcoin comme un instrument d'Ă©change, les choses ne seraient probablement pas ainsi. Nous serions obligĂ©s d'encaisser des paiements sur la durĂ©e, peu importe le taux de change du moment. De mĂȘme, nous devrions le dĂ©penser rĂ©guliĂšrement, malgrĂ© des taux de change dĂ©favorables. De plus, nous pourrions prĂ©cisĂ©ment en dĂ©penser plus lorsqu'il vaudrait plus, car nous nous sentirions plus riches. Il y aurait toujours une variation et des spĂ©culateurs Ă  court terme, mais la volatilitĂ© serait rĂ©duite. Le pouvoir d'achat du bitcoin serait plus stable, de sorte qu'il pourrait devenir une vĂ©ritable unitĂ© de compte.

Une troisiĂšme consĂ©quence de l'avarice sur Bitcoin est qu'elle constitue un frein Ă  l'adoption dĂ©centralisĂ©e. L'adoption repose en premier lieu sur les commerçants, ceux qui acceptent le bitcoin en Ă©change de biens et de services (ou de monnaies dans le cas des changeurs). Les gens susceptibles de dĂ©penser leurs bitcoins dans le commerce de dĂ©tail (surtout quand cette activitĂ© est, peu ou prou, confinĂ©e Ă  l'illĂ©galitĂ©) sont les bitcoineurs convaincus. Ainsi, les boutiquiers indĂ©pendants et les changeurs de rue, qui reposent sur ce rĂ©seau de bitcoineurs, ne feront quasi aucune vente si les bitcoineurs en question refusent de dĂ©penser leurs bitcoins. Ils seront dĂ©couragĂ©s de maintenir leur capacitĂ© Ă  accepter le bitcoin, qui peut reposer sur des facteurs comme l'utilisation d'un logiciel spĂ©cifique, la formation du personnel ou la gestion (individuelle ou collective) d'un nƓud. Ainsi, l'avarice fragilise l'utilisation entre particuliers de Bitcoin, au profit de son adoption centralisĂ©e, c'est-Ă -dire l'Ă©change sur des plateformes de change rĂ©glementĂ©es comme Coinbase et Binance, frĂ©quentĂ©es par de nombreux spĂ©culateurs opportunistes.

Pour aller plus loin, si le but est seulement de faire en sorte que « le nombre monte », alors cette adoption centralisĂ©e et contrĂŽlĂ©e est le chemin le plus court pour y parvenir. Il n'y a pas lieu de s'opposer Ă  la surveillance financiĂšre si on essaie simplement de maximiser son gain spĂ©culatif Ă  court ou moyen terme. Au contraire, chacun est incitĂ© Ă  ĂȘtre le plus passif possible, pour que les rĂ©gulateurs acceptent que le bitcoin soit dĂ©tenu en tant qu'actif par les individus, par les sociĂ©tĂ©s cotĂ©es en bourse et par les États.

Une quatriĂšme consĂ©quence de la culture de l'avarice est son effet sur l'innovation technique. Les spĂ©culateurs ont intĂ©rĂȘt Ă  prĂ©server leur pouvoir d'achat et offrent une force d'opposition aux changements de rĂšgles de consensus. De ce fait, plus il y a d'utilisateurs-spĂ©culateurs, plus la prudence est mise Ă  l'honneur : peu de risques sont pris pour ne pas bouleverser le systĂšme dans son ensemble. Ce conservatisme a clairement des vertus pour assurer la stabilitĂ© du systĂšme (c'est pourquoi les soft forks sont prĂ©fĂ©rĂ©s aux hard forks sur BTC), mais il peut aussi ĂȘtre nĂ©faste s'il est trop excessif. Ainsi, si la communautĂ© est remplie de spĂ©culateurs, c'est-Ă -dire de personnes qui se procurent du bitcoin uniquement pour le revendre plus tard et rĂ©aliser un bĂ©nĂ©fice, alors il n'y a presque personne qui valorise Bitcoin pour son caractĂšre confidentiel ou pour son aspect programmable (essentiel pour dĂ©velopper des solutions de seconde couche dĂ©centralisĂ©es). Dans ce cas, il n'y pas lieu de prendre un risque pour modifier les rĂšgles de consensus pour amĂ©liorer le systĂšme. C'est dans ce cadre que certaines personnes, comme Jameson Lopp, parlent d'« ossification prĂ©maturĂ©e du protocole ».

Jusqu'en 2021, le projet Ă©tait encore considĂ©rĂ© comme expĂ©rimental et incomplet. Le logiciel (Bitcoin Core) Ă©tait ainsi en bĂȘta, les numĂ©ros de versions ayant la forme 0.x.y (0.21.1 par exemple). Des mises Ă  niveau avaient rĂ©guliĂšrement lieu : OP_CHECKLOCKTIMEVERIFY en 2015, OP_CHECKSEQUENCEVERIFY en 2016, SegWit en 2017 et Taproot en 2021. Mais depuis cette derniĂšre mise Ă  niveau, les choses ont changé : le numĂ©ro de version du logiciel se prĂ©sente dĂ©sormais sous la forme x.y (22.0 par exemple), et il ne semble pas y avoir de volontĂ© marquĂ©e de modifier Ă  nouveau les rĂšgles de consensus. Les propositions existantes de modification (SIGHASH_ANYPREVOUT, CISA, OP_CHECKTEMPLATEVERIFY, OP_CAT, Drivechain) peinent Ă  se faire une place en dehors de la sphĂšre des dĂ©veloppeurs, celles-ci n'intĂ©ressant que peu les utilisateurs-spĂ©culateurs, et il semble ainsi possible qu'aucune d'entre elles ne soit adoptĂ©e.

Enfin, chose qui peut sembler paradoxale par rapport au prĂ©cĂ©dent problĂšme, une cinquiĂšme et derniĂšre consĂ©quence de l'avarice est de faciliter l'altĂ©ration des propriĂ©tĂ©s fondamentales du systĂšme, et en particulier de sa rĂ©sistance Ă  la censure. Comme nous l'avons dit, Bitcoin dĂ©pend de l'utilisation qui en est faite, et ne constitue donc pas un « cadre mathĂ©matique exempt de politique et d’erreur humaine » (pour reprendre l'expression de Tyler Winklevoss) qui serait indĂ©pendant des actions des gens. Ainsi, une attitude concentrĂ©e sur le gain spĂ©culatif Ă  court-moyen terme (et non sur le gain de libertĂ©) pourrait amener la communautĂ© Ă  accepter un soft fork de censure, qui interdirait Ă  certaines transactions d'ĂȘtre confirmĂ©es, en vue de se conformer aux rĂ©glementations internationales.

Nous n'en sommes pas encore là heureusement, mais un haut degré de corruption peut conduire à ce type de modification. C'est cet esprit d'avarice qui a poussé une bonne partie de la communauté d'Ethereum à faire appliquer des changements pourtant primordiaux dans le protocole : l'EIP-1559 (qui intégrait le brûlage des frais de transaction versés aux mineurs) et le passage en preuve d'enjeu (qui supprimait le minage et réduisait le montant d'éthers créés). Le but avoué de cette démarche n'était pas tant de résoudre les problÚmes des frais élevés et de la consommation électrique de la preuve de travail, que de créer une « monnaie ultrasaine » (« ultrasound money », référence calembourdesque à la monnaie saine, de l'anglais sound money), qui serait déflationniste et dont le pouvoir d'achat croitrait en conséquence. Ces changements, qui ont altéré la sécurité du systÚme, n'ont toutefois pas abouti au résultat espéré, les utilisateurs s'étant reporté sur des alternatives (encore moins sûres) comme Solana.

Vers le saylorisme ?

Nous constatons ainsi que la communautĂ© de Bitcoin a fait une place de plus en plus grande Ă  la spĂ©culation et a laissĂ© l'avarice gagner du terrain au cours du temps, au dĂ©triment de son utilisation comme argent liquide Ă©lectronique. Cette culture a modifiĂ© l'image qu'en a le grand public : de monnaie du dark web, le bitcoin est devenu Ă  ses yeux un moyen de gagner de l'argent rapidement. Cette image a renforcĂ© la prĂ©sence des spĂ©culateurs au sein des utilisateurs, ce qui s'est reflĂ©tĂ©e par la centralisation progressive de l'activitĂ© Ă©conomique sur les plateformes de change. Tout cela affecte aussi le systĂšme en lui-mĂȘme, en avantageant la hausse du prix de l'unitĂ© de compte et en empĂȘchant les autres aspects (comme la confidentialitĂ© et la programmabilitĂ©) de se dĂ©velopper.

En particulier, cette Ă©volution a fait Ă©merger une figure majeure au sommet de la communauté : Michael Saylor. ArrivĂ© en 2020, ce dernier a su se construire une audience massive composĂ©e de millions de personnes, et constitue aujourd'hui l'un des relais d'opinion les plus influents. Il voit Bitcoin comme une monnaie de rĂ©serve, devant respecter le cadre rĂ©glementaire dressĂ© par les rĂ©gulateurs financiers et servant avant tout de base au nouveau systĂšme financier (conservation en trĂ©sorerie d'entreprise, adossement des monnaies Ă©tatiques, garantie dans les prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s, etc.) – une conception contraire Ă  tous les principes de Bitcoin, et en particulier Ă  la dĂ©sintermĂ©diation.

La communauté de Bitcoin, au lieu de rejeter ses propos comme elle le devrait, l'a accueilli à bras ouvert, lui offrant la possibilité de rédiger des préfaces, d'apparaitre dans des podcasts et allant jusqu'à l'acclamer lors de conférences. Pourquoi ? Parce qu'il annonce que le prix du bitcoin va monter énormément et parce qu'il joint le geste à la parole en achetant beaucoup de bitcoins avec la société dont il est PDG, Microstrategy.

La cupiditĂ© nous amĂšne ainsi aujourd'hui Ă  applaudir des gens qui, par leur action dans le monde, s'opposent drastiquement Ă  l'Ă©mergence d'une monnaie libre, mais font nĂ©anmoins monter le pouvoir d'achat du bitcoin. C'est le cas de Michael Saylor, mais aussi de Larry Fink (PDG de BlackRock) et de Donald Trump. Il arrivera nĂ©anmoins un moment oĂč le fait de laisser les loups rentrer dans la bergerie commencera Ă  poser des problĂšmes.


  1. Le terme « investissement » est maladroit car la thĂ©saurisation de bitcoins, au mĂȘme titre que la conservation d'or, n'est pas un investissement au sens traditionnel du terme (aucune crĂ©ation de richesse directe associĂ©e). ↩
  2. Pour une analyse plus poussĂ©e de la valorisation initiale du bitcoin, voir la section « L’émergence de la valeur du bitcoin » dans le chapitre 3 de L'ÉlĂ©gance de Bitcoin. ↩
  3. Au sens dawkinien du terme, un mĂšme est un Ă©lĂ©ment culturel reconnaissable reproduit et transmis par l'imitation. ↩
  4. Le marchĂ© haussier est appelĂ© bull market car le taureau (bull) attaque du bas vers le haut avec ses cornes. À l'inverse, l'ours (bear) reprĂ©sente le marchĂ© baissier car il attaque du haut vers le bas avec ses pattes. Le lien fort du symbole du taureau avec la finance est symbolisĂ© par le Taureau de Wall Street, sculpture situĂ©e non loin de la bourse de New York (NYSE). ↩
  5. Cette façon de donner le prix actuel des 10 000 bitcoins de Laszlo ayant servi Ă  acheter les pizzas Ă©tait, au dĂ©but, une blague, mais a depuis Ă©tĂ© pris au sĂ©rieux. Les mĂ©dias s'en donnent rĂ©guliĂšrement Ă  cƓur-joie, comme RTBF qui titrait en dĂ©cembre dernier « Cryptomonnaies : les pizzas qui valaient 1 milliard de dollars ». Ce phĂ©nomĂšne a pour effet de renforcer l'idĂ©e laquelle on ne pourrait pas utiliser ses bitcoins sans le regretter, alors qu'il suffit de les remplacer aprĂšs la dĂ©pense. ↩
  6. « Si le bitcoin continue Ă  prendre de la valeur et que les institutions financiĂšres sont de plus en plus nombreuses Ă  l'utiliser, il deviendra une monnaie de rĂ©serve sur laquelle s'appuieront des banques centrales d'un nouveau genre. » — Saifedean Ammous, The Bitcoin Standard, Wiley, 2018, p. 210 (ma traduction). ↩
  7. Sur la comparaison entre la spĂ©culation sur le bitcoin et la bulle des bulbes de tulipe de 1637, on pourra lire l'excellent ouvrage de Jacques Favier, La Monnaie Ă  pĂ©tales. ↩

Satoshi Nakamoto : la derniÚre trace de vie du créateur de Bitcoin remonte à 14 ans

December 12th 2024 at 08:00

Il y a 14 ans, Satoshi Nakamoto, crĂ©ateur anonyme de Bitcoin, se retirait de la scĂšne publique aprĂšs avoir lancĂ© une rĂ©volution financiĂšre basĂ©e sur la dĂ©centralisation et la blockchain. Aujourd’hui, son mystĂšre perdure, renforçant l’aura de Bitcoin comme symbole de libertĂ© et d’indĂ©pendance face aux institutions traditionnelles.

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La ville de Lugano immortalise Satoshi Nakamoto avec une statue dédiée à l'héritage de Bitcoin

October 28th 2024 at 16:00

Le 25 octobre 2024, au troisiĂšme Forum Plan ₿ de Lugano, une statue dĂ©diĂ©e Ă  Satoshi Nakamoto a Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©e devant la Villa Ciani. Cet hommage, organisĂ© par Tether et la ville de Lugano, symbolise l’idĂ©al de dĂ©centralisation portĂ© par le crĂ©ateur de Bitcoin.

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L’histoire des dĂ©buts de Bitcoin comme vous ne l’avez jamais lue ailleurs

September 7th 2024 at 10:07

Bitcoin est un objet fascinant. Au cours des années, il a fait couler beaucoup d'encre. Véritable OVNI technique et monétaire, il a su se faire sa place dans l'inconscient collectif mondial. Avec la hausse du cours et les épisodes spéculatifs successifs, les médias généralistes ont fini par évoquer de ce phénomÚne économique. Tout le monde a déjà entendu parler de Bitcoin, en Occident comme ailleurs, et beaucoup de personnes savent vaguement de quoi il s'agit.

Toutefois, nous ne connaissons pas forcĂ©ment son histoire. Pire que ça : celle-ci se perd au fil du temps. Contrairement aux pionniers qui Ă©taient prĂ©sents Ă  ses dĂ©buts, les nouveaux arrivants n'ont pas conscience de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Ils n'ont pas idĂ©e de ce qui s'est passĂ© durant les premiĂšres annĂ©es, de qui Ă©tait Satoshi Nakamoto, de ce qu'il a dit, des aspirations des premiers utilisateurs. Il y a, en somme, une perte de transmission, qui est problĂ©matique quand on connaĂźt le message initial de Bitcoin, qui s'inscrivait en opposition Ă  l'autoritĂ©, aux États et aux banques.

C'est pour combler cette lacune qu'un nouveau cours arrive sur PlanB Network* : une histoire de la crĂ©ation de Bitcoin (HIS201). Ce cours, rĂ©digĂ© par moi-mĂȘme, prĂ©sente ce qui a eu lieu entre l'Ă©tĂ© 2008 et l'Ă©tĂ© 2011. Il se focalise Ă©videmment sur le personnage de Satoshi Nakamoto, qui, aprĂšs avoir créé Bitcoin, s'est Ă©vertuĂ© Ă  faire croĂźtre son systĂšme avant de disparaĂźtre. Le cours parle Ă©galement longuement des gens qui ont interagi avec Satoshi et qui l'ont aidĂ©. Bitcoin n'existerait pas sans eux.

Dans ce cours, vous apprendrez :

  • Quels ont Ă©tĂ© les systĂšmes qui l'ont prĂ©cĂ©dé ;
  • Comment Bitcoin a lentement Ă©mergĂ© durant l'annĂ©e 2009 ;
  • Comment s'est dĂ©roulĂ© le premier essor de Bitcoin Ă  partir de l'Ă©tĂ© 2010 ;
  • Comment la communautĂ© s'est formĂ©e autour Bitcoin ;
  • Quelles ont Ă©tĂ© les raisons qui ont motivĂ© Satoshi Ă  disparaĂźtre.

Vous découvrirez de nombreux détails passionnants sur cette histoire captivante. Vous aurez également une vision d'ensemble claire de la façon dont les évÚnements se sont succédés entre 2008 et 2011. Les références aux origines de la cryptomonnaie n'auront plus de secret pour vous.

Je vous invite Ă  suivre ce cours gratuitement sur la plateforme de PlanB Network.

Bonne lecture !


* Ce texte a été publié initialement sur le blog de PlanB Network. PlanB Network est une organisation internationale dont la mission est soutenir les communautés locales de Bitcoin par le biais de l'éducation et de la mise en réseau. Elle a été créée en 2023 pour prolonger les efforts menés par Découvre Bitcoin dans la sphÚre francophone.

Top 10 des meilleurs livres sur Bitcoin (BTC)

July 9th 2024 at 07:00

Plongez dans l'univers de Bitcoin avec notre top 10 des meilleurs livres pour approfondir vos connaissances sur cette cryptomonnaie. Ces ouvrages offrent une source fiable et approfondie pour comprendre pleinement les aspects économiques et technologiques de Bitcoin.

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La correspondance entre Martti Malmi et Satoshi Nakamoto

March 16th 2024 at 10:00

Le 23 février 2024, alors que se tenait le procÚs qui opposait Craig Steven Wright à la COPA (Crypto Open Patent Alliance), un évÚnement concomitant a marqué tous les passionnés de l'histoire de Bitcoin. Martti Malmi, ancien développeur du logiciel principal et bras droit de Satoshi Nakamoto entre 2009 et 2010, a publié la correspondance privée par courrier électronique qu'il entretenait avec le créateur de Bitcoin. Dans ces courriels, on retrouvait une multitude de détails intéressants qui permettaient d'éclaircir ce qui s'était passé à cette époque-là et de confirmer quelques aspects de la personnalité de Satoshi.

Martti Malmi a publié cette correspondance sur son site personnel. Il s'agit d'une archive incomplÚte, constituée de 260 courriels, couvrant la période entre mai 2009 et février 2011. On sait en effet que ses échanges avec Satoshi ont eu lieu jusqu'en mai 2011, mais qu'il avait changé d'adresse entretemps. Comme raison expliquant cette publication tardive, il a indiqué :

« Je ne me sentais pas à l'aise de partager des échanges de correspondance privée par le passé, mais j'ai décidé de le faire pour un procÚs important au Royaume-Uni en 2024, dans lequel j'étais témoin. De plus, il s'est écoulé beaucoup de temps depuis que ces courriels ont été envoyés. »

Ces courriels ne sont pas entiĂšrement nouveaux dans le sens oĂč le journaliste Nathaniel Popper avait dĂ©jĂ  eu l'occasion de les consulter en 2015 lors de l'Ă©criture de son livre Digital Gold, qui retraçait les dĂ©buts de l'histoire de Bitcoin. Il avait en effet pu interroger Martti Malmi, qui lui avait fourni ces courriels, et des extraits de ces Ă©changes Ă©taient abondamment citĂ©s dans le livre.

La prise de contact

Martti Malmi est un personnage important dans l'histoire de Bitcoin. Finlandais, il a été actif dans Bitcoin entre 2009 et 2011, avant de prendre un emploi à plein temps et de s'éloigner progressivement de Bitcoin. Il utilisait le pseudonyme sirius-m sur SourceForge, un pseudonyme qu'il a conservé lors de de son implication dans Bitcoin.

En 2009, Martti Malmi est un jeune Ă©tudiant en informatique Ă  l'UniversitĂ© technologique d'Helsinki situĂ©e Ă  Espoo Ă  l'Ouest de la capitale. Il dĂ©couvre Bitcoin en avril grĂące Ă  son intĂ©rĂȘt passager pour le crypto-anarchisme de Tim May. Le 9, il teste le systĂšme et mine ses premiers bitcoins avec son ordinateur portable (bloc 10 351). Dans la soirĂ©e il rĂ©dige un court texte de prĂ©sentation de Bitcoin, qu'il publie sur le forum anti-state.com et celui de Freedomain Radio. Ces deux forums ont pour point commun de promouvoir largement la libertĂ© de l'individu face Ă  l'État, mais ils diffĂšrent dans leur sensibilitĂ© : le premier est de tendance libertarienne de gauche, prĂŽnant un anarchisme de marchĂ© anti-capitaliste, tandis que le second appartient Ă  la droite anarcho-capitaliste rothbardienne, Ă©tant rattachĂ© Ă  la personne de Stefan Molyneux.

Dans son texte au ton résolument agoriste, intitulé P2P Currency could make the government extinct?, Martti Malmi écrit :

« Comme le Liberty Dollar et certaines monnaies locales nous l'ont montrĂ©, nous ne pouvons pas nous fier Ă  une monnaie Ă©mise de maniĂšre centralisĂ©e qui peut ĂȘtre facilement arrĂȘtĂ©e par l'État. À la place, nous pourrions avoir un systĂšme monĂ©taire alternatif basĂ© sur un rĂ©seau p2p dĂ©centralisĂ©. En faisant quelques recherches sur Google, j'ai dĂ©couvert qu'un systĂšme de ce type a rĂ©cemment Ă©tĂ© proposĂ©, et il s'appelle Bitcoin.

[...]

Le systĂšme est anonyme, et aucun État ne pourrait possiblement taxer ou empĂȘcher les transactions. Il n'y a pas de banque centrale qui puisse dĂ©prĂ©cier la devise avec la crĂ©ation illimitĂ©e de nouvelle monnaie. L'adoption gĂ©nĂ©ralisĂ©e d'un tel systĂšme ressemblerait Ă  quelque chose qui pourrait avoir un effet dĂ©vastateur sur la capacitĂ© de l'État Ă  se nourrir Ă  partir de son bĂ©tail. Qu'en pensez-vous ? Je suis trĂšs enthousiaste Ă  l'idĂ©e d'un systĂšme pratique qui pourrait vraiment nous rapprocher de la libertĂ© au cours de notre vie. »

AprĂšs avoir publiĂ© ce texte, Martti Malmi envoie un courriel Ă  Satoshi Nakamoto dans lequel il dĂ©clare ĂȘtre « Trickstern du forum anti-state.com » (son autre pseudonyme) et qu'il « aimerait aider avec Bitcoin ». On ignore Ă  quelle date il a expĂ©diĂ© ce message, mais probablement peu de temps aprĂšs la publication du texte. Satoshi lui rĂ©pond le 2 mai 2009 (#1). Il va droit au but en Ă©crivant directement : « Merci d'avoir lancĂ© ce sujet sur ASC, ta comprĂ©hension de bitcoin est en plein dans le mille. »

Le crĂ©ateur de Bitcoin poursuit en commentant, Ă  propos des rĂ©ponses sur le forum provenant probablement de gold bugs : « Certaines de leurs rĂ©ponses Ă©taient plutĂŽt rustres, mais je suppose qu'ils sont tellement habituĂ©s Ă  s'opposer Ă  la monnaie fiat qu'ils estiment que tout ce qui n'est pas l'or n'est pas assez bon. Ils admettent qu'une chose est inflammable, mais affirment qu'elle ne brĂ»lera jamais parce qu'il n'y aura jamais d'Ă©tincelle. » Ici, il fait rĂ©fĂ©rence (peut-ĂȘtre malgrĂ© lui) au thĂ©orĂšme de rĂ©gression de Mises, qui postule qu'un bien doit nĂ©cessairement possĂ©der une valeur d'usage non monĂ©taire avant de pouvoir devenir une monnaie et que les amateurs d'or aiment invoquer pour dĂ©fendre leur point de vue. Dans son analogie, l'utilisation non monĂ©taire est cette « Ă©tincelle » et la combustion correspond au phĂ©nomĂšne monĂ©taire qui, une fois lancĂ©, peut continuer de lui-mĂȘme Ă  condition de disposer de suffisamment de combustible.

Présenter Bitcoin

Satoshi se prĂ©sente comme meilleur programmeur qu'Ă©crivain, une Ă©valuation pour le moins contestable quand on compare la qualitĂ© de ses interventions avec celle de son code, qui est mĂ©diocre. Dans le premier courriel (#1), il dĂ©clare : « Mon style d'Ă©criture n'est pas trĂšs bon, je suis un bien meilleur codeur. » Cet Ă©lĂ©ment fait Ă©cho Ă  une rĂ©ponse faite Ă  Hal Finney quelques mois plus tĂŽt oĂč il disait qu'il Ă©tait « meilleur pour la programmation que pour l'Ă©criture ». Il dira aussi en 2010 qu'« Ă©crire une description de ce truc pour le grand public est sacrĂ©ment difficile ».

Ainsi, mĂȘme si Martti prend part au dĂ©veloppement durant l'annĂ©e 2009 (il sera crĂ©ditĂ© dans les remerciements de la version 0.2), Satoshi le met plutĂŽt Ă  contribution pour remplir la page web sur SourceForge (bitcoin.sourceforge.net), la plateforme oĂč est hĂ©bergĂ© le code du logiciel, notamment en Ă©crivant une foire aux questions (FAQ). Pour ce faire, Satoshi lui fournit (#3) une compilation des explications qu'il a pu fournir çà et lĂ , en privĂ© et en public. On y retrouve des rĂ©ponses donnĂ©es Ă  Hal Finney, Ray Dillinger, Dustin Trammell, Jonathan Thornburg, John Gilmore, Martien van Steenbergen, Michel Bauwens et Mike Hearn. (Notons que certaines d'entre elles n'avaient pas encore Ă©tĂ© publiĂ©es Ă  ce jour.)

AidĂ© par ces courriels riches en informations, Martti rĂ©dige alors la FAQ (#4), qui est approuvĂ©e par Satoshi (#5). Elle contient des Ă©lĂ©ments de langage constitutifs de ce qui fera Bitcoin par la suite. Bitcoin y est prĂ©sentĂ© comme une « monnaie numĂ©rique anonyme basĂ©e sur un rĂ©seau pair Ă  pair » qui « utilise la cryptographie Ă  clĂ©s publique et privĂ©e », qui « est valorisĂ©e pour les choses contre lesquelles elle peut ĂȘtre Ă©changĂ©e, tout comme le sont toutes les monnaies papier traditionnelles » et dont les nouvelles unitĂ©s « sont gĂ©nĂ©rĂ©es par un nƓud du rĂ©seau chaque fois qu'il trouve la solution Ă  un certain problĂšme calculatoire ». Martti Ă©voque Ă©galement quelques-uns des avantages apportĂ©s par Bitcoin : le transfert de fonds sur Internet, l'absence de contrĂŽle des transactions par un tiers de confiance, la protection vis-Ă -vis des politiques monĂ©taires inflationnistes des banques centrales et le potentiel de hausse de la valeur dĂ©coulant de l'accroissement de la taille de l'Ă©conomie.

La page est mise en place le 6 mai (#9). Martti y installe Ă©galement un forum et un wiki le 9 juin (#17). La page, le wiki et le forum seront annoncĂ©s par Martti Malmi lui-mĂȘme sur la liste de diffusion de Bitcoin le 13 juin.

Le 11 juin, Satoshi contacte Ă  nouveau Martti Malmi et lui propose le mot « cryptomonnaie » (cryptocurrency en anglais) pour dĂ©crire Bitcoin (#19). Il Ă©crit : « Quelqu'un a proposĂ© le mot "cryptomonnaie"
 c'est peut-ĂȘtre un mot que nous devrions utiliser pour dĂ©crire Bitcoin, ça te plaĂźt ? » Le Finlandais approuve et avance que « The P2P Cryptocurrency » pourrait ĂȘtre le slogan de Bitcoin. Cette suggestion sera mise en Ɠuvre : le titre de la page web deviendra « Bitcoin P2P Cryptocurrency » et l'annonce de la version 0.3 en juillet 2010 dĂ©crira le projet comme « Bitcoin, the P2P cryptocurrency » (#198).

Toutefois, tout ne convient pas Ă  Satoshi. Par exemple, dans le mĂȘme courriel du 11 juin, il dit Ă  Martti qu'il n'est « pas Ă  l'aise » avec le fait de dĂ©clarer que Bitcoin est un « investissement » (#19). Plus tard, en juillet 2010, il reviendra Ă©galement sur la mise en avant de l'anonymat, pour deux raisons : le danger pour l'utilisateur et la perception du grand public. Quelques heures aprĂšs sa dĂ©claration sur le forum ne pas vouloir « mettre l’aspect "anonyme" au premier plan », il Ă©crira ainsi Ă  Martti (#197) :

« Je pense que nous devrions mettre moins l'accent sur l'aspect anonyme. Avec la popularitĂ© des adresses bitcoin au lieu de l'envoi par IP, nous ne pouvons pas donner l'impression que tout est automatiquement anonyme. Il est possible d'ĂȘtre pseudonyme, mais il faut ĂȘtre prudent. [...] De plus, "anonyme" sonne un peu suspect. Je pense que les gens qui veulent de l'anonymat le dĂ©couvriront sans que nous en fassions la promotion. »

L'obsession de l'amorçage

Les courriels publiĂ©s par Martti Malmi rĂ©vĂšlent aussi l'obsession de Satoshi Nakamoto Ă  propos de l'amorçage de Bitcoin. Le 21 juillet 2009, il Ă©crit Ă  celui qui est devenu son bras droit (#24) : « Cela aiderait si les gens pouvaient l'utiliser pour quelque chose. Nous avons besoin d'une application pour l'amorcer. Des idĂ©es ? » Un mois plus tard, le 24 aoĂ»t, il lui partage ses idĂ©es et il Ă©crit (#28) : « Ce serait plus efficace s'il existait Ă©galement une niche de produits pour laquelle il pourrait ĂȘtre utilisĂ©. Certaines monnaies virtuelles, comme le Q coin de Tencent, ont percĂ© dans le domaine des biens virtuels. » Le 28, Martti rĂ©pond (#30) : « Bitcoin pourrait ĂȘtre promu auprĂšs des utilisateurs de communautĂ©s virtuelles comme World of Warcraft et Second Life, qui comptent toutes deux des millions d'utilisateurs. » Tout ceci rappelle la rĂ©ponse de Satoshi Ă  Dustin Trammell du 15 janvier 2009 oĂč il expliquait que Bitcoin pourrait servir de « points de rĂ©compense », de « jetons de don », de « monnaie pour un jeu », aux « micropaiements pour des sites pour adultes » ou encore au paiement pour un site web ou pour envoyer un courriel.

Il y a nĂ©anmoins un problĂšme qui hante cet amorçage : celui de la premiĂšre valorisation. Bitcoin est en effet le projet d'une nouvelle monnaie qui a besoin d'une « Ă©tincelle ». Pour cela, la mĂ©thode historique la plus simple est l'adossement Ă  une autre monnaie dĂ©jĂ  adoptĂ©e : c'est de cette maniĂšre que les États ont pu faire accepter le papier-monnaie Ă  leurs populations. C'est pourquoi Satoshi l'envisage et dĂ©clare Ă  plusieurs reprises dans ses Ă©changes avec Martti que Bitcoin sera « garanti par du liquide » (#1) ou « par de la monnaie fiat » (#3). Si cela peut paraĂźtre Ă©nigmatique de prime abord, il prĂ©cise sa pensĂ©e quelques mois plus tard (#28) : « Offrir de la monnaie pour garantir les bitcoins attirerait les chasseurs de gratuitĂ©, ce qui aurait l'avantage de gĂ©nĂ©rer beaucoup de publicitĂ©. »

Pour mettre en place ces idées, Satoshi est en contact avec plusieurs donateurs éventuels. Dans le courriel du 21 juillet (#24), il écrit ainsi à Martti : « Il y a des donateurs que je peux solliciter si nous trouvons quelque chose qui nécessite un financement, mais ils souhaitent rester anonymes. » L'un d'entre eux sera sollicité plus tard pour payer les diverses dépenses de Martti : le Finlandais recevra 3 600 $ par la poste tout juste un an plus tard ! (#210)

Les idées de Satoshi pour l'amorçage inspirent Malmi, qui tente de mettre en application la garantie du bitcoin par le biais d'une plateforme de change. Le 22 juillet 2009, il décrit son concept à Satoshi (#25) :

« J'ai pensĂ© Ă  un service de change qui vendrait et achĂšterait des bitcoins contre des euros et d'autres devises. La possibilitĂ© d'Ă©changer directement des bitcoins contre une monnaie existante donnerait au bitcoin la meilleure liquiditĂ© initiale possible et donc une meilleure facilitĂ© d'adoption pour les nouveaux utilisateurs. Tout le monde accepte d'ĂȘtre payĂ© avec des piĂšces facilement Ă©changeables contre de la monnaie commune, mais tout le monde n'accepte pas d'ĂȘtre payĂ© avec des piĂšces qui ne sont garanties que pour l'achat d'un type spĂ©cifique de produit.

À titre pĂ©dagogique, la formule permettant de fixer un prix stable en euros serait quelque chose comme : (Le montant d'euros qu'on est prĂȘt Ă  Ă©changer contre des bc + la valeur en euros des biens que d'autres personnes vendent contre des bc) / (Le nombre total de bc en circulation - les actifs propres en bc). »

La plateforme de Martti consiste Ă  jauger l'offre et la demande d'une maniĂšre diffĂ©rente que la bourse traditionnelle, en prenant en compte les euros et les bitcoins dĂ©posĂ©s par les usagers. Il finit par mettre en Ɠuvre son idĂ©e en mars 2010 au travers du site Bitcoinexchange.com (#133) et rĂ©alise quelques ventes au fil des mois (#191, #214), mais le systĂšme n'est pas avantageux pour les utilisateurs. La plateforme fermera en 2011.

La garantie de la valeur du bitcoin provient en réalité de l'action d'un autre utilisateur, bien connu par ceux qui s'intéressent à l'histoire de Bitcoin : NewLibertyStandard (NLS). Celui-ci s'inscrit sur le forum hébergé sur SourceForge durant l'automne 2009. Le 8 octobre, il annonce qu'il échange des bitcoins contre des dollars sur son site web, newlibertystandard.wetpaint.com, à un taux de change basé sur son propre coût de production. Martti en informe Satoshi (#34), qui lui répond une semaine plus tard (#35) :

« Il est encourageant de voir que davantage de personnes s'intéressent au projet, comme ce site NewLibertyStandard. J'aime son approche de l'estimation de la valeur basée sur l'électricité. Il est instructif de voir quelles explications les gens adoptent. Elles peuvent aider à découvrir une maniÚre simplifiée de comprendre [Bitcoin] qui puisse le rendre plus accessible aux masses. De nombreux concepts complexes dans le monde ont une explication simpliste qui satisfait 80 % des gens, et une explication complÚte qui satisfait les 20 % restants, ceux qui voient les défauts de l'explication simpliste. »

De son cÎté, Martti contacte NLS (#34) et effectue un échange avec lui le 12 octobre : 5 050 bitcoins contre 5,02 $ sur PayPal. Cela donne au bitcoin un prix d'échange pour la premiÚre fois de son histoire : 0,001 $ environ ! Par la suite, NLS continue à contribuer au projet, par l'intermédiaire de son service de change et par ses tests réalisés pour le portage du logiciel sur Linux (#66). Quant à Satoshi, son obsession à propos de l'amorçage ne le quittera que lorsque le projet prendra réellement de l'ampleur, aprÚs le slashdotting de juillet 2010.

La méfiance de Satoshi

Ce qui ressort enfin de ces courriels est la méfiance de Satoshi Nakamoto vis-à-vis du pouvoir. Celui-ci en effet met tout en place pour éviter d'avoir affaire aux autorités, ayant l'intuition qu'il est en train de construire un systÚme monétaire révolutionnaire et que cela ne plaira pas aux élites installées.

Le crĂ©ateur de Bitcoin dĂ©montre une connaissance pointue des systĂšmes de paiements et de monnaies centralisĂ©es alternatives comme les devises en or numĂ©riques telles que Pecunix et e-Bullion, le systĂšme Liberty Reserve, ou encore le service russe WebMoney. Lorsque Martti lui parle de l'avancement du prototype de sa plateforme d'Ă©change en fĂ©vrier 2010, il lui conseille ainsi d'accepter les virements entrants de Liberty Reserve, qui permet de faire des Ă©changes « sans poser de question et en toute confidentialité » (#141). Il Ă©voque aussi l'existence des cartes-cadeaux (« paysafecards ») qui peuvent rendre service pour rĂ©aliser certaines opĂ©rations financiĂšres. Le mĂȘme jour, il suggĂšre Ă  Martti de ne pas « se prĂ©cipiter » et de ne pas « se faire rejeter par toutes les solutions de paiement » (#142), ce qui indique qu'il connaĂźt trĂšs bien la censure bancaire qui rĂšgne dans le milieu. Il a Ă©galement conscience du problĂšme de la rĂ©trofacturation comme l'atteste un courriel adressĂ© Ă  Martti quelques jours plus tard (#151) :

« Toutes les méthodes de paiement conventionnelles ont recours à la réfutabilité pour pallier l'absence de mots de passe et de crypto. Le systÚme est largement ouvert à la copie des numéros de carte de crédit et des numéros de compte en clair, et ils y remédient en inversant la transaction aprÚs coup. »

Satoshi sait donc trĂšs bien oĂč il met les pieds et est conscient que ce qu'il fait remet en cause l'autoritĂ© financiĂšre sur le transfert monĂ©taire sur Internet. Il a probablement entendu parler de la fermeture du systĂšme de devise en or numĂ©rique e-gold a fermĂ© en 2007 et de l'arrestation de ses fondateurs, qui ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour facilitation de blanchiment d'argent et activitĂ© de transfert d'argent sans licence. Il a connaissance de la censure financiĂšre grandissante perpĂ©trĂ©e par les banques pour se conformer aux rĂ©glementations Ă©tatiques.

Il donne quelques indices dans sa façon de dire les choses. Par exemple, lorsqu'il s'oppose au fait de considérer explicitement Bitcoin « comme un investissement » en juin 2009, il écrit à Martti que « c'est quelque chose de dangereux à dire » et qu'il devrait « supprimer ce point » (#19), craignant probablement les lois qui réglementent le conseil en investissement. Plus tard, en février 2010, lorsque Martti lui évoque la volonté de traduire le site web en finnois, Satoshi répond la chose suivante (#158) :

« Il serait peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de ne pas le traduire dans ta propre langue. Souvent, la rĂ©ponse habituelle en matiĂšre de lĂ©galitĂ© est que le contenu n'est destinĂ© qu'aux ressortissants d'autres pays. Le fait de le traduire dans ta langue maternelle affaiblit cet argument. »

Ainsi, la préoccupation de Satoshi vis-à-vis du pouvoir politique atteint un niveau quasi paranoïaque, ce qui montre qu'il a conscience du caractÚre profondément transgressif de sa découverte. C'est probablement pourquoi il déclarera dans l'un de ses derniers messages publics en décembre 2010 que « WikiLeaks a donné un coup de pied dans la fourmiliÚre » et que « la colonie se dirige maintenant vers nous », avant de disparaßtre à jamais.

Le succĂšs de Bitcoin et la disparition

À partir de la fin de l'annĂ©e 2009, les choses commencent Ă  s'arranger pour Bitcoin. Le mois de novembre est consacrĂ© Ă  la migration de la page SourceForge vers Bitcoin.org (#102) : la description de Martti Malmi se retrouve donc sur le site officiel (#124). C'est aussi l'occasion de lancer un nouveau forum, celui hĂ©bergĂ© sur SourceForge n'Ă©tant pas assez Ă©voluĂ©. Satoshi Ă©crit ainsi (#59) : « Maintenant que le forum sur bitcoin.sourceforge.net gagne en popularitĂ©, nous devrions vraiment chercher un endroit qui hĂ©berge gratuitement la gestion d'un forum complet. » AprĂšs des hĂ©sitations au sujet du moteur logiciel Ă  utiliser, c'est Simple Machines Forum qui est choisi par Satoshi (#99). Le nouveau forum est mis en ligne le 26 novembre Ă  l'adresse bitcoin.org/smf (#110).

Quelques mois plus tard, ce forum commence à attirer beaucoup de monde et devient le centre névralgique de la communication autour de Bitcoin. Le 7 février 2010, Satoshi s'étonne ainsi de son succÚs (#153) : « Le forum est en train de décoller. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant d'activité aussi rapidement. » En mai, Martti devra ajouter plusieurs sections pour organiser les nombreuses discussions (#191).

Certaines personnes contactent Ă©galement Satoshi en privĂ©. C'est notamment le cas de Jon Matonis, un Ă©conomiste qui tient le blog The Monetary Future oĂč il traite de sujets liĂ©s aux monnaies numĂ©riques, Ă  la banque libre et Ă  la cryptographie, et qui « souhaite Ă©crire un article sur Bitcoin » (#189). Le 4 mars, Satoshi lui rĂ©pond en le complimentant sur son blog en disant qu'il « aurait aimĂ© qu'il y ait quelque chose comme ça » quand il avait fait ses premiĂšres recherches trois ans auparavant. Le 6, il envoie un courriel Ă  Martti en lui demandant de l'aide, car il n'a « pas le temps de rĂ©pondre Ă  ses questions », chose que le Finlandais accepte le lendemain (#190). NĂ©anmoins, il semble que Satoshi ne le met finalement pas en relation avec Jon Matonis, ce dernier publiant un trĂšs succinct article sur Bitcoin le 13 mars (UTC).

Le 11 juillet 2010, il se produit un évÚnement qui bouleverse l'histoire de Bitcoin : suite à la sortie de la version 0.3 du logiciel, une courte présentation de Bitcoin rédigée par un utilisateur est publiée sur Slashdot, un site d'actualité trÚs populaire auprÚs des passionnés d'informatiques et d'autres sujets. Cet évÚnement provoque un afflux massif de visiteurs sur le site et sur le forum de Bitcoin, une augmentation du nombre d'utilisateurs et de mineurs sur le réseau. En particulier, le prix du BTC connaßt la premiÚre hausse majeure de son histoire, en passant de 0,008 $ à 0,08 $ en une semaine.

Mais cela veut dire aussi que le travail de Satoshi et des développeurs s'accroßt considérablement. Le 18 juillet (#210), le créateur de Bitcoin écrit ainsi à Martti, en réponse à sa suggestion de changer de service d'hébergement pour le site et le forum :

« S'il te plaĂźt, promets-moi de ne pas faire de basculement maintenant. La derniĂšre chose dont nous avons besoin, c'est de problĂšmes de basculement qui s'ajoutent Ă  l'afflux de travail que nous recevons actuellement de slashdot. Je perds la tĂȘte tellement il y a de choses Ă  faire. »

Ce sentiment de surcharge se confirme dÚs l'été avec plusieurs problÚmes techniques qui sont découverts, comme le 1 RETURN bug ou le dépassement de mémoire qui provoque le Value Overflow Incident.

Tout ceci montre cependant que le projet a pris. La communauté est désormais suffisamment grande et enthousiaste pour que Bitcoin ne faiblisse pas. Satoshi sent qu'il peut prendre du recul et donner plus de responsabilités à ses premiers auxiliaires, Martti Malmi et Gavin Andresen. Le rÎle de Gavin est notamment prépondérant. Le 3 décembre, lorsque Martti lui demande à qui il pourrait donner un rÎle d'administrateur serveur supplémentaire pour le site, Satoshi répond (#241) :

« Ce devrait ĂȘtre Gavin. J'ai confiance en lui, il est responsable, professionnel, et techniquement bien plus compĂ©tent que moi avec linux. »

C'est probablement en dĂ©cembre 2010 que le crĂ©ateur dĂ©cide de disparaĂźtre, alors que des utilisateurs du forum suggĂšrent que WikiLeaks devrait accepter le bitcoin, l'ONG de Julian Assange Ă©tant soumise Ă  un blocus financier des acteurs traditionnels et ne pouvant donc pas recevoir de dons. Le 5 dĂ©cembre, Satoshi s'y oppose publiquement en dĂ©clarant que « le projet a besoin de grandir progressivement pour que le logiciel puisse se renforcer en cours de route » et que « Bitcoin est une petite communautĂ© expĂ©rimentale encore naissante ». Le 7 dĂ©cembre, il envoie un courriel Ă  Martti lui demandant s'il peut l'« ajouter Ă  la liste de dĂ©veloppeurs du projet sur la page de contact ». Son intention est de retirer ses propres informations de contact. Cela corrobore les propos que Gavin Andresen tiendra quelques annĂ©es plus tard, Satoshi ayant procĂ©dĂ© exactement de la mĂȘme façon avec lui : « [Satoshi] a fini par me rouler dans la farine en me demandant s'il pouvait mettre mon adresse de courrier Ă©lectronique sur la page d'accueil de bitcoin, et j'ai dit oui, sans me rendre compte que, lorsqu'il mettrait mon adresse, il enlĂšverait la sienne. »

Le 12 dĂ©cembre, Satoshi poste son dernier message public sur le forum, mais continue d'interagir en privĂ© avec les personnes en lesquelles il a confiance. Il cherche Ă  se faire le plus discret possible et ne souhaite pas s'exposer en se chargeant de la communication du projet. Ainsi, le 6 janvier 2011, lorsque Gavin lui dit qu'il ferait mieux de parler Ă  la presse Ă  l'occasion d'un contact avec Rainey Reitman de l'Electronic Frontier Foundation, il rĂ©pond que ce dernier est « la meilleure personne pour le faire » (#254). Ce n'est pas par manque d'intĂ©rĂȘt, car il poursuit en ajoutant :

« L'EFF est trÚs importante. Nous voulons entretenir de bonnes relations avec elle. Nous sommes le type de projet qu'ils apprécient ; ils ont aidé le projet TOR et ont fait beaucoup pour protéger le partage de fichiers en P2P. »

Il disparaĂźt dĂ©finitivement en mai 2011, deux ans aprĂšs la premiĂšre prise de contact avec Martti Malmi. À celui-ci il Ă©crit : « Je suis passĂ© Ă  autre chose et je ne serai probablement plus lĂ  Ă  l'avenir. » Il a peut-ĂȘtre choisi de se consacrer Ă  son activitĂ© professionnelle, mentionnĂ©e dans l'un des courriel pour expliquer son absence d'aoĂ»t 2009 (#24). On ne le saura probablement jamais.

Suite à la disparition du créateur de Bitcoin, le site et le forum seront confiés à Cobra (un autre Finlandais) et Theymos. Le forum sera ensuite déplacé à l'adresse forum.bitcoin.org en mai 2011 puis vers bitcointalk.org en août. Martti Malmi, lui, vendra ses bitcoins durement minés pour s'acheter un appartement à Helsinki. Et Bitcoin continuera de fonctionner, bloc aprÚs bloc.

Des nouveaux éléments dans l'énigme Nakamoto

La publication de la correspondance entre Martti Malmi et Satoshi Nakamoto constitue ainsi un évÚnement important, qui a marqué la communauté de Bitcoin. Ces courriels nous racontent la relation qui unissait le créateur de Bitcoin et le jeune Finlandais lorsqu'ils ont développé ce qui est aujourd'hui une cryptomonnaie utilisée par des millions de personnes, notamment en forgeant un discours qui a depuis été repris par beaucoup. Nous remercions ainsi Martti Malmi de les avoir mis en ligne, malgré sa réticence compréhensible à rendre public des échanges privés sans l'accord de l'autre personne.

Ces courriels sont fondamentaux dans la comprĂ©hension que l'on a de Satoshi. MĂȘme s'ils ne nous apprennent rien de rĂ©ellement crucial, ils ont le mĂ©rite d'Ă©claircir certains points sur la façon dont se sont dĂ©roulĂ©es les choses, tant du point de vue de la communication que de la technique. Certains traits de personnalitĂ© du crĂ©ateur de Bitcoin nous sont aussi confirmĂ©s comme son obsession de l'amorçage ou sa mĂ©fiance des autoritĂ©s.

En outre, ses relations avec d'autres personnages clés de l'histoire de Bitcoin transparaissent un peu plus clairement. Le 21 juillet 2009, Satoshi a ainsi mentionné Hal Finney disant qu'il avait « ouvert la voie » des années auparavant avec « sa Reusable Proof of Work (RPOW) » (#24), ce qui nous confirme qu'il avait bien connaissance de ce systÚme datant de 2004. Martti et Satoshi parlent aussi d'un certain David (#23), qui n'est nul autre que David Parrish ou dmp1ce et qui semble avoir un peu contribué au développement en 2009. On distingue aussi l'importance de NewLibertyStandard qui a tout simplement lancé Bitcoin économiquement en étant le premier commerçant et en garantissant une sorte de plancher de valeur. Enfin, Gavin Andresen apparaßt clairement dans ces e-mails comme celui qui pris la place de Martti Malmi en tant que bras droit de Satoshi au cours de l'année 2010, le Finlandais ayant été assez occupé à partir de ce moment.

En complĂ©ment de cet article, vous pouvez retrouver l'Ă©pisode d'Enigma Nakamoto consacrĂ© Ă  ce sujet : Épisode 11 : les mails de Martti Malmi.

Vous pouvez Ă©galement en apprendre plus sur Bitcoin dans mon livre, L'ÉlĂ©gance de Bitcoin, qui regorge de dĂ©tails croustillants et dont les deux premiers chapitres sont dĂ©diĂ©s Ă  raconter son histoire. Disponible sur le site de l'Ă©diteur en format brochĂ© et ebook, ainsi que sur Amazon.

L’ÉlĂ©gance de Bitcoin : un ouvrage singulier

February 21st 2024 at 10:00

En mars 2022 j’ai dĂ©cidĂ© d’écrire un livre sur Bitcoin. Cela faisait quelques temps que l’idĂ©e me trottait dans la tĂȘte, ayant accumulĂ© un certain nombre de connaissances sur le sujet et voulant exposer clairement ce que j’avais compris. Vingt-et-un mois plus tard, non sans difficultĂ©, celui-ci Ă©tait terminĂ©. Il est sorti officiellement le 31 janvier 2024 et connaĂźt depuis un lancement encourageant !

Cet article est une prĂ©sentation de cet ouvrage. Il en retrace sa longue conception, en expose le contenu gĂ©nĂ©ral et dĂ©voile quelques-uns des sujets abordĂ©s. J’espĂšre ici convaincre les quelques personnes qui hĂ©siteraient Ă  se le procurer.

Un projet de longue haleine

L’idĂ©e de ce projet de livre m’est venue progressivement, mais elle s’est imposĂ©e dans mon esprit au cours de l’hiver 2021. La France Ă©tait alors en proie Ă  la dure restriction du passe vaccinal, ce qui m’avait un peu ouvert les yeux sur les possibilitĂ©s d’évolution de notre sociĂ©tĂ©. Bitcoin reprĂ©sentait pour moi une sorte d’espoir, un outil de libertĂ© sur lequel focaliser mon attention, et je voulais partager cette vision de maniĂšre claire et complĂšte. Ayant Ă©crit plus d’une centaine d’articles sur le sujet et ayant traduit l’ouvrage Cryptoeconomics d’Eric Voskuil, j’estimais avoir la lĂ©gitimitĂ© pour Ă©crire ce livre. J’ai annoncĂ© ma dĂ©cision dĂ©but mars, quelques semaines Ă  peine aprĂšs l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’application de sanctions Ă©conomiques drastiques contre les rĂ©sidents russes.

J’ai mis au point une campagne de financement participatif en bitcoins qui permettrait de payer pour le lancement du livre et de me rĂ©munĂ©rer pour quelques mois d’écriture. Celle-ci a Ă©tĂ© mise en place sur mon propre nƓud grĂące Ă  Umbrel et BTCPay Server, et relayĂ©e via un VPS louĂ© (en BTC) chez BitLaunch. La campagne a Ă©tĂ© financĂ©e principalement en BTC, mais quelques contributions ont Ă©tĂ© aussi faites en XMR et en BCH, cryptomonnaies que j’acceptais manuellement. Diverses contreparties ont Ă©tĂ© promises aux contributeurs et ont depuis Ă  peu prĂšs toutes Ă©tĂ© honorĂ©es.

Le plan de l’ouvrage Ă©tait dĂ©jĂ  cohĂ©rent et il ne changerait pas significativement tout au long de la rĂ©daction. L’idĂ©e Ă©tait de dĂ©crire l’origine avant la destination, le pourquoi avant le comment, le gĂ©nĂ©ral avant le particulier, pour former un ensemble clair et complet. Le contenu n’était pas destinĂ© aux nouveaux venus, mais devait tout de mĂȘme rester comprĂ©hensible pour le lecteur intĂ©ressĂ©. Le propos devait se diffĂ©rencier du contenu produit par les « influenceurs » qui, en gĂ©nĂ©ral, reste souvent Ă  la surface et se limite parfois au prix et Ă  l’investissement
 Il Ă©tait ainsi nĂ©cessaire que les sujets soient traitĂ©s en profondeur, y compris d’un point de vue technique.

J’ai mis toute mon Ăąme dans ce livre. J’y ai placĂ© tout ce qui avait de l’importance pour moi, tout ce qui m’avait fascinĂ© dans Bitcoin, mĂȘme si certains sujets pouvaient ĂȘtre controversĂ©s ou complexes. J’ai essayĂ© d’ĂȘtre le plus sincĂšre dans ma dĂ©marche, en indiquant d’oĂč venait ce que j’avançais : l’ouvrage contient ainsi une multitude de rĂ©fĂ©rences dissĂ©minĂ©es au sein de centaines de notes (Ă  tel point que des notes supplĂ©mentaires ont dĂ» ĂȘtre extraites et ĂȘtre hĂ©bergĂ©es en ligne). Cet ouvrage est aussi un tĂ©moignage de ma relation avec Bitcoin, notamment dans la conclusion (chapitre 15) oĂč je donne un avis plus personnel et oĂč j’émets quelques prospectives sur Bitcoin.

Au cours de la rĂ©daction, le contenu a pu ĂȘtre amĂ©liorĂ© grĂące aux diverses relectures bĂ©nĂ©voles. Je remercie grandement ceux qui ont acceptĂ© de relire un chapitre ou deux pour me signaler ce qui n’allait pas, au niveau de la forme ou du fond. Ils sont citĂ©s au dĂ©but du livre. Cet aspect m’a fait prendre conscience que l’écriture d’un livre n’était pas une tĂąche strictement individuelle : c’est un travail menĂ© par une personne unique, certes ; mais celui-ci dĂ©pend du retour et du soutien d’autres personnes. Je n’aurais jamais pu Ă©crire ce livre seul.

Assez rapidement, j’ai eu quelques contacts avec des Ă©diteurs. J’ai finalement choisi la maison d’édition spĂ©cialisĂ©e Konsensus Network pour m’aider Ă  publier l’ouvrage. Elle Ă©tait constituĂ©e de bitcoineurs passionnĂ©s et proposait le paiement en bitcoins directement dans sa boutique, deux choses essentielles de mon point de vue. J’ai notamment Ă©tĂ© en communication avec Édouard Gallego qui m’a grandement aidĂ© dans le processus (et que je remercie infiniment).

Enfin, il m’a Ă©tĂ© conseillĂ© de trouver quelqu’un qui pourrait Ă©crire une prĂ©face, car (on ne va pas se mentir) cet Ă©lĂ©ment peut faciliter les ventes. La prĂ©face sert en effet de caution intellectuelle, garantissant une certaine qualitĂ© du propos auprĂšs du public, une sorte de validation par un pair utile au discernement individuel. J’ai ainsi dĂ» chercher un prĂ©facier. C’était une chose dĂ©licate car, de mon point de vue, la personne devait Ă  la fois m’avoir appris quelque chose (je devais lui ĂȘtre redevable) et apprĂ©cier le livre, au moins partiellement. Mon choix s’est portĂ© vers Jacques Favier, historien et co-fondateur du Cercle du Coin, que j’avais dĂ©couvert en 2017 par l’intermĂ©diaire d’une vidĂ©o de Raj de la chaĂźne Autodisciple, et dont j’avais lu l’ouvrage La Monnaie acĂ©phale co-Ă©crit avec Adli Takkal-Bataille. Jacques est quelqu’un que j’estime et dont j’apprĂ©cie les interventions orales comme Ă©crites, ainsi que les multiples livres. Il a une culture historique que je n’aurais probablement jamais et est d’une finesse remarquable quand il s’agit de parler de Bitcoin.

En octobre 2023, je lui ai formulĂ© ma demande, escomptant qu’il serait ouvert Ă  la chose, et il a acceptĂ© de relire mon manuscrit. Je savais qu’il n’apprĂ©cierait pas tout le contenu du livre, et notamment ses penchants les plus « libĂ©raux » et « autrichiens », mais j’espĂ©rais qu’il y trouverait des points qui lui plairaient. Il a finalement acceptĂ©. Il a rĂ©digĂ© une superbe prĂ©face, avec le talent d’écriture que ses lecteurs lui connaissent. Le fait que nous ayons des points de vue diffĂ©rents n’est Ă  mon avis pas un dĂ©faut, d’autant plus que j’ai voulu m’adresser Ă  tout le monde. MĂȘme s’il existe Ă©videmment des opinions erronĂ©es au sujet de Bitcoin, la diversitĂ© des points de vue est une richesse qu’il convient de cultiver. Tout comme dans la cĂ©lĂšbre fable indienne oĂč des aveugles touchent chacun une partie diffĂ©rente d’un Ă©lĂ©phant et dĂ©crivent l’animal d’une façon diffĂ©rente, nous avons tous notre perspective de Bitcoin qui peut ĂȘtre valable et complĂ©mentaire par rapport aux autres, Ă  condition d’ĂȘtre de bonne foi.

Un contenu riche

Le livre a pour objectif de donner une vue d’ensemble de Bitcoin, Ă  la fois sous des perspectives technique, historique, Ă©conomique et politique. Tout d’abord, j’aborde l’histoire de Bitcoin de ses origines en 2008 Ă  aujourd’hui (chapitres 1 et 2). Puis, j’évoque ses racines proprement dites en explorant ses fondements monĂ©taires, politiques et techniques et en retraçant comment il s’inscrit dans une Ă©volution dĂ©terminĂ©e (chapitres 3, 4, 5 et 6). Ensuite, je prĂ©sente son modĂšle de fonctionnement gĂ©nĂ©ral, qui est plutĂŽt simple quand on y pense mais terriblement efficace, en dĂ©crivant tour Ă  tour la signature numĂ©rique, le minage et la dĂ©termination du protocole (chapitres 7, 8, 9, 10, 11). Enfin, je rentre dans les dĂ©tails plus techniques en m’attardant sur les rouages de Bitcoin et en abordant des thĂšmes tels que la confidentialitĂ©, la programmabilitĂ© et la scalabilitĂ© (chapitres 12, 13, 14).

Table des matiÚres élégance de Bitcoin
Table des matiĂšres (cliquer pour agrandir)

Le contenu est donc trĂšs riche et saura contenter les plus curieux. Les sujets abordĂ©s dans le livre sont des sujets rĂ©els, profonds, et parfois complexes, qui sont rarement abordĂ©s dans les mĂ©dias gĂ©nĂ©ralistes. On alterne entre les idĂ©ologies politiques, les solutions techniques, l’utilitĂ© du systĂšme, la censure des transactions, l’altĂ©ration des rĂšgles de consensus ou les frais de transaction. Il ne s’agit pas de convaincre le lecteur d’« investir » dans le bitcoin, mais de lui faire prendre conscience des enjeux qui s’incarnent au sein mĂȘme de Bitcoin et de la bataille de la monnaie numĂ©rique qui se joue aujourd’hui mĂȘme.

Le titre de l’ouvrage – qui Ă©tait Ă  l’origine provisoire, mais qui s’est imposĂ© comme dĂ©finitif avec le temps – reflĂšte l’élĂ©gance rare qui caractĂ©rise la conception de base de Bitcoin. Dans le propos, cette Ă©lĂ©gance est en filigrane : vous ne trouverez pas de grand discours philosophique sur la beautĂ© ou de rĂ©cit grandiloquent Ă  propos d’une expĂ©rience mystique, mais vous pourrez ressentir cette Ă©lĂ©gance Ă  travers la façon dont Bitcoin est agencĂ©. Bitcoin tire sa force de cet aspect. Sa simplicitĂ© est Ă  la base de sa robustesse : comme l’écrivait Satoshi Nakamoto dans le livre blanc, « le rĂ©seau est robuste du fait de sa simplicitĂ© non structurĂ©e ».

L’image de couverture (conçue par le talentueux ImTechnicolor) reprĂ©sente Bitcoin en tant qu’arbre dont les branches sont des pistes de circuit imprimĂ© et dont les feuilles sont des pastilles. Elle combine ainsi la nature informatique du systĂšme, qu’on retrouve dans le rĂ©seau qui le supporte, et son aspect organique, liĂ© aux ĂȘtres humains et Ă  leurs interactions Ă©conomiques et culturelles. De plus, cette illustration rĂ©sumĂ© particuliĂšrement bien les diffĂ©rents thĂšmes abordĂ©s dans l’ouvrage : les racines techno-idĂ©ologiques de Bitcoin retraçant ce qui a pu mener Ă  sa dĂ©couverte ; son caractĂšre essentiellement pluriel, qui se transcrit dans les diffĂ©rentes scissions et les versions alternatives du protocole ; sa chaĂźne de blocs, que Satoshi dĂ©crivait comme « une structure en forme d’arbre qui a pour racine le bloc de genĂšse, chaque bloc pouvant avoir plusieurs candidats Ă  sa suite » ; et enfin les arbres de Merkle, qui interviennent dans les blocs pour agencer les transactions. J’en suis particuliĂšrement satisfait.

Une perspective différente

Beaucoup de contenu sur Bitcoin se concentre sur les choses qui plaisent au grand public. Le nerf de la guerre numĂ©rique Ă©tant l’attention, il faut aborder les sujets de maniĂšre pĂ©remptoire et simpliste, qui parle au plus grand nombre sans trop le bousculer. Il convient ainsi bien souvent d’évoquer le pouvoir d’achat de nos monnaies qui s’érode et le prix du bitcoin qui monte en consĂ©quence, dans une vision schĂ©matique du phĂ©nomĂšne. En gĂ©nĂ©ral, on ne cherche pas trop Ă  revenir sur les racines cypherpunks de Bitcoin, ni Ă  mettre en avant qu’il permet de contrevenir Ă  la loi positive ou de s’adonner Ă  certains vices. On Ă©vite Ă©galement de parler de ses faiblesses et de ses limites, voulant convaincre autrui d’en acheter un peu.

Étant anticonformiste, je m’oppose Ă  cette vision des choses, qui a ses mĂ©rites (je le concĂšde) mais qui ne cadre pas avec ce que Bitcoin vĂ©hicule. Je pense qu’il est profitable de dire ce qui nous semble ĂȘtre la vĂ©ritĂ© de maniĂšre crue et directe, quitte Ă  dĂ©plaire aux plus modĂ©rĂ©s. Cet ouvrage a Ă©tĂ© Ă©crit dans cette optique et de multiples sujets polĂ©miques sont abordĂ©s. En voici quelques-uns.

Bitcoin possĂšde des racines idĂ©ologiques profondes. Bitcoin n’est pas un assemblage technique neutre, mais possĂšde des valeurs qui sont inscrites dans le code du logiciel, qui peuvent ĂȘtre identifiĂ©es dans les Ă©crits de son fondateur et qui se retrouvent au sein de sa communautĂ©. La valeur principale est bien entendu la libertĂ©, le but de Bitcoin Ă©tant, comme l’écrivait Satoshi, de « conquĂ©rir un nouveau territoire de libertĂ© pour plusieurs annĂ©es ». Parmi les mouvements qui ont influencĂ© la dĂ©couverte de Bitcoin, on peut citer le libertarianisme amĂ©ricain moderne initiĂ© par Murray Rothbard dans les annĂ©es 60, l’agorisme de Samuel Konkin III, le mouvement libriste dĂ©butĂ© par Richard Stallman dans les annĂ©es 80, l’extropianisme transhumaniste de Max More, et le mouvement cypherpunk des annĂ©es 90 reprĂ©sentĂ© par Tim May. Les expĂ©riences de monnaies numĂ©riques forment aussi une indication de la longue quĂȘte qui a menĂ© Ă  la cryptomonnaie. Je ne suis Ă©videmment pas le premier Ă  parler de cette « prĂ©histoire » de Bitcoin : des livres ont Ă©tĂ© Ă©crits Ă  ce sujet – dont notamment Digital Cash de Finn Brunton et The Genesis Book d’Aaron van Wirdum, sorti trĂšs rĂ©cemment – et des Ă©pisodes de podcast y ont Ă©tĂ© consacrĂ©s – et en particulier les premiers Ă©pisodes de celui d’Urbantech.

L’argent liquide physique va disparaĂźtre. Tout comme la monnaie a transitionnĂ© de la monnaie mĂ©tallique au papier-monnaie, celle-ci subit une transformation similaire en devenant peu Ă  peu une monnaie entiĂšrement numĂ©rique. Cette Ă©volution est aujourd’hui en cours en Occident et devrait se finaliser dans les dĂ©cennies Ă  venir, sauf dans le cas d’une prise de conscience massive. Nous nous retrouverons dans un monde utilisant principalement de la monnaie numĂ©rique de banque centrale et ses dĂ©rivĂ©s privĂ©s, dans lequel le rĂŽle de l’argent liquide papier aura Ă©tĂ© rendu obsolĂšte et nĂ©gligeable. La surveillance et la censure financiĂšres pourront se dĂ©ployer comme jamais auparavant. Dans ce monde aux aspects dystopiques, Bitcoin formera une alternative cruciale pour la libertĂ©.

Bitcoin est une monnaie de dĂ©sobĂ©issance. Bitcoin n’a d’utilitĂ© propre par rapport au dollar et Ă  l’euro que dans la mesure oĂč il existe en dehors des lois et de l’intervention des banques. Par sa rĂ©sistance Ă  la censure (aspect largement mis en valeur dans le livre), cet outil est fait pour dĂ©sobĂ©ir aux autoritĂ©s en charge, chose qui peut ĂȘtre jugĂ©e lĂ©gitime ou non. Il garantit la libertĂ© de transaction pour des activitĂ©s sensibles comme la libertĂ© d’expression, l’opposition politique dans les pays, l’envoi de fonds Ă  l’étranger, et plus gĂ©nĂ©ralement l’économie parallĂšle.

L’adoption de masse n’aura pas lieu. L’adoption de masse du bitcoin est dĂ©sirable dans la mesure oĂč elle permettrait Ă  tous de disposer d’une monnaie libre, et empĂȘcherait les diverses manipulations monĂ©taires rĂ©alisĂ©es par les États et par les banques. C’est pour cela qu’elle est souvent prĂ©sentĂ©e comme un objectif Ă  atteindre, comme si les monnaies fiat pouvaient disparaĂźtre dans une hyperbitcoinisation fulgurante. Cependant, il est illusoire de croire qu’une telle adoption pourrait survenir du jour au lendemain, et tous ceux qui ont travaillĂ© sur le terrain peuvent en tĂ©moigner. L’utilisation de Bitcoin suppose des contraintes variĂ©es (comme la volatilitĂ© du pouvoir d’achat, les frais de transaction, le manque de scalabilitĂ© et la rĂ©glementation dissuasive), ce qui crĂ©e une barriĂšre Ă  l’entrĂ©e que tout le monde n’est pas prĂȘt Ă  franchir. La sobriĂ©tĂ© du discours pourrait ainsi ĂȘtre bĂ©nĂ©fique.

Le passage Ă  l’échelle se fera (aussi) par le recours aux mises en Ɠuvre alternatives de Bitcoin. Comme tout le monde le sait, Bitcoin ne passe pas Ă  l’échelle en tant que systĂšme unique : le nombre de transactions pouvant ĂȘtre incluses dans un bloc est restreint par une limite de poids de blocs, et les solutions de seconde couche censĂ©es amĂ©liorer cette capacitĂ© de traitement, comme le Lightning Network, sont par essence imparfaites, puisque reposant sur le rĂšglement des litiges sur la chaĂźne. Toutefois, il existe une troisiĂšme voie pour accroĂźtre le nombre de transferts : c’est l’utilisation de monnaies de substitution, c’est-Ă -dire de cryptomonnaies alternatives libres et dĂ©centralisĂ©es possĂ©dant des caractĂ©ristiques proches de BTC (propriĂ©tĂ© entiĂšre, rĂ©sistance Ă  la censure, rĂ©sistance Ă  l’inflation) mais n’offrant pas la mĂȘme sĂ©curitĂ©. Cet effet peut dĂ©jĂ  ĂȘtre observĂ© lors de la hausse de frais sur le rĂ©seau lorsque les utilisateurs ont recours Ă  d’autres cryptomonnaies (2023 en a Ă©tĂ© un bel exemple avec Ordinals). En parallĂšle, certaines boutiques en ligne focalisĂ©es sur Bitcoin ont compris le phĂ©nomĂšne Ă  l’instar de Bitrefill, qui accepte le litecoin (LTC) et d’autres cryptomonnaies, et de ShopInBit, qui accepte le monero (XMR). De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, cette solution pourrait s’imposer Ă  long terme de la mĂȘme maniĂšre que l’argent a pu ĂȘtre le complĂ©ment de l’or pendant des siĂšcles avant d’ĂȘtre dĂ©monĂ©tisĂ© en 1873, Ă  condition bien sĂ»r que la demande pour Bitcoin ne soit pas trop faible et qu’une solution de scalabilitĂ© rĂ©volutionnaire ne soit pas dĂ©couverte entretemps.

OĂč se procurer l’ouvrage

Vous retrouverez ainsi, dans cet ouvrage qui prĂ©sente une vision profonde et cohĂ©rente de Bitcoin, du contenu qui n’a pas forcĂ©ment Ă©tĂ© abordĂ© dans la langue de MoliĂšre. Ce sera, je l’espĂšre, une lecture qui saura se dĂ©marquer des autres.

Vous pouvez vous procurer l’ouvrage sur la boutique de Konsensus Network, oĂč il est possible de payer en BTC et en euros. Il est aussi disponible Ă  la vente sur Amazon Ă  un prix plus Ă©levĂ© et dans un format lĂ©gĂšrement diffĂ©rent : l’objet est plus grand et plus lourd, et le papier un peu plus blanc. Les Ă©valuations positives sont bien Ă©videmment les bienvenues si vous avez effectuĂ© un achat sur la plateforme rĂ©cemment ; cela aidera Ă  amĂ©liorer la visibilitĂ© du livre. Le livre peut Ă©galement ĂȘtre retrouvĂ© sur le site de la FNAC. Un format numĂ©rique (epub) devrait ĂȘtre proposĂ© prochainement, sur toutes les plateformes.

Enfin, prĂ©cisons que vingt-et-un jetons non fongibles (NFT) liĂ©s au livre ont Ă©tĂ© forgĂ©s via le protocole Ordinals, dont la liste des identifiants a Ă©tĂ© incluse dans le livre. Ils sont en voie d’ĂȘtre distribuĂ©s aux contributeurs et aux relecteurs.

Emails inĂ©dits de Satoshi Nakamoto – 5 rĂ©vĂ©lations sur le crĂ©ateur de Bitcoin (BTC)

February 26th 2024 at 11:00

Une correspondance de Satoshi Nakamoto, jusque lĂ  cachĂ©e, vient d’émerger. Qu’apprend-on dans les 120 pages d’emails, et quels indices cela nous donne-t-il sur la personnalitĂ© du crĂ©ateur du rĂ©seau Bitcoin (BTC) ?

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Réservez vos places pour « Satoshi », la prochaine session de l'école Alyra

January 11th 2023 at 11:00

L’école Alyra, l'une des rĂ©fĂ©rences de la formation blockchain en France, s'apprĂȘte Ă  lancer son nouveau cycle de formations, baptisĂ© « Satoshi ». Les inscriptions pour les formations dispensĂ©es restent ouvertes jusqu'au 19 janvier, alors ne tardez pas Ă  vous renseigner si vous souhaitez y participer. À cet effet, Alyra propose 3 webinaires de prĂ©sentation, l'occasion de dĂ©couvrir la vision de l'Ă©cole.

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Bitcoin : un livre blanc, des livres blancs

November 19th 2022 at 09:00

Le livre blanc (ou white paper en anglais) est le document fondateur de Bitcoin publiĂ© le 31 octobre 2008 par Satoshi Nakamoto. Il s’agit d’un court document de 9 pages, prĂ©sentĂ© comme un article scientifique, qui dĂ©crit le fonctionnement technique du systĂšme. Le titre en fait « un systĂšme d’argent liquide Ă©lectronique pair-Ă -pair », c’est-Ă -dire une monnaie numĂ©rique pouvant ĂȘtre Ă©changĂ©e sans nĂ©cessiter de tiers de confiance sur Internet.

La version gĂ©nĂ©ralement partagĂ©e du livre blanc est celle qui est disponible actuellement Ă  l’adresse bitcoin.org/bitcoin.pdf, conformĂ©ment au lien donnĂ© par Satoshi dans son premier courriel public sur la liste de diffusion de Metzdowd.com dĂ©diĂ©e Ă  la cryptographie. Celle-ci est citĂ©e partout sur la toile, dans les livres blancs des autres cryptomonnaies et jusque dans les articles universitaires. Sauf ce que ce n’est pas la bonne version.

Le 31 octobre dernier, Ă  l’occasion du 14Ăšme anniversaire du livre blanc, je me suis en effet rendu compte que cette version n’était pas celle distribuĂ©e par Satoshi Nakamoto en 2008. En rĂ©alitĂ©, il existe au moins deux versions ayant Ă©tĂ© distribuĂ©es antĂ©rieurement : l’une prĂ©cĂ©dant la publication publique, et donnĂ©e Ă  Wei Dai ; l’autre, correspondant a priori Ă  la version partagĂ©e sur la liste de diffusion.

Livres blancs de Bitcoin

 

Une premiĂšre version

La premiĂšre version du papier a Ă©tĂ© donnĂ©e par Satoshi Ă  l’ancien cypherpunk Wei Dai, crĂ©ateur de b-money, un concept de monnaie numĂ©rique distribuĂ©e datant de 1998.

En aoĂ»t 2008, alors que son projet Ă©tait en voie d’ĂȘtre concrĂ©tisĂ©, Satoshi a contactĂ© Adam Back, le cryptographe britannique Ă  l’origine de Hashcash, la technologie utilisĂ©e pour calculer la preuve de travail. Adam Back l’a renvoyĂ© vers Wei Dai, que Satoshi a contactĂ© le 22 aoĂ»t en lui Ă©crivant qu’il se prĂ©parait « Ă  publier un document » qui Ă©tendrait ses idĂ©es « Ă  un systĂšme complĂštement fonctionnel » et qu’il aurait besoin de « l’annĂ©e de publication de [sa] page sur b-money » afin de citer le concept dans son papier.

Les courriels Ă©changĂ©s ont Ă©tĂ© partagĂ©s par Gwern Branwen en mars 2014, qui les avait reçus de Wei Dai lui-mĂȘme.

Le premier courriel de Satoshi Ă  Wei Dai contenait un lien vers le livre blanc, ainsi que son titre et son rĂ©sumĂ© (abstract). Le titre du document Ă©tait alors « Electronic Cash Without a Trusted Third Party » (« Un argent liquide Ă©lectronique sans tiers de confiance ») et ne faisait pas mention du nom de Bitcoin. D’aprĂšs le lien transmis, le nom du document Ă©tait ecash.pdf et non pas bitcoin.pdf comme c’est le cas aujourd’hui. On suppose que Satoshi hĂ©sitait encore sur le nom de son invention, car il avait alors rĂ©servĂ© (au moins) deux noms de domaine : netcoin.org le 17 aoĂ»t et bitcoin.org le 18 aoĂ»t.

Nous ne disposons nĂ©anmoins pas du document intĂ©gral, et n’en avons que le rĂ©sumĂ©, que je reproduis ici dans sa version originale (les passages en gras marquent les diffĂ©rences avec la version finale) :

« Abstract: A purely peer-to-peer version of electronic cash would allow online payments to be sent directly from one party to another without the burdens of going through a financial institution. Digital signatures offer part of the solution, but the main benefits are lost if a trusted party is still required to prevent double-spending. We propose a solution to the double-spending problem using a peer-to-peer network. The network timestamps transactions by hashing them into an ongoing chain of hash-based proof-of-work, forming a record that cannot be changed without redoing the proof-of-work. The longest chain not only serves as proof of the sequence of events witnessed, but proof that it came from the largest pool of CPU power. As long as honest nodes control the most CPU power on the network, they can generate the longest chain and outpace any attackers. The network itself requires minimal structure. Messages are broadcasted on a best effort basis, and nodes can leave and rejoin the network at will, accepting the longest proof-of-work chain as proof of what happened while they were gone. »

Ce qui peut ĂȘtre traduit par :

« RĂ©sumĂ© : Une version purement pair-Ă -pair d’argent liquide Ă©lectronique permettrait aux paiements en ligne d’ĂȘtre envoyĂ©s directement d’une partie Ă  l’autre sans avoir Ă  passer par une institution financiĂšre. Les signatures numĂ©riques offrent une partie de la solution, mais perdent leurs principaux avantages si une partie de confiance est nĂ©cessaire pour empĂȘcher la double dĂ©pense. Nous proposons une solution au problĂšme de la double dĂ©pense en utilisant un rĂ©seau pair-Ă -pair. Le rĂ©seau horodate les transactions en les hachant dans une chaĂźne continue de preuves de travail basĂ©es sur le hachage, formant un enregistrement qui ne peut ĂȘtre modifiĂ© sans reproduire la preuve de travail Ă©quivalente. La chaĂźne la plus longue sert non seulement de preuve du dĂ©roulement d’évĂ©nements constatĂ©s, mais aussi de preuve qu’elle provient du plus grand regroupement de puissance de calcul (CPU). Tant que les nƓuds honnĂȘtes contrĂŽlent la plus grande puissance de calcul du rĂ©seau, ils peuvent gĂ©nĂ©rer la chaĂźne la plus longue et devancer tous les attaquants. Le rĂ©seau lui-mĂȘme ne nĂ©cessite qu’une structure minimale. Les messages sont transmis au mieux, et les nƓuds peuvent quitter et rejoindre le rĂ©seau Ă  volontĂ©, en acceptant la plus longue chaĂźne de preuves de travail comme preuve de ce qui s’est passĂ© pendant leur absence. »

On note que certains mots et certaines tournures de phrase divergent mais que le sens global est préservé.

 

Une deuxiĂšme version

La deuxiÚme version du papier est la version partagée par Satoshi Nakamoto le 31 octobre 2008, comme le prouve le résumé reproduit dans son premier courriel public adressé à la liste de diffusion.

Cette version a Ă©tĂ© repartagĂ©e en janvier 2015 sur la liste de diffusion de Metzdowd.com, suite Ă  une requĂȘte d’un dĂ©nommĂ© James Evans qui Ă©crivait :

« Quelqu’un dispose-t-il de la version originale de 2008 du livre blanc qui a Ă©tĂ© publiĂ©e sur cette liste de diffusion le 31 octobre 2008 / le 1er novembre 2009 ? La version actuelle du livre blanc tĂ©lĂ©versĂ©e sur Sourceforge date du 24-03-2009. Il s’agit de la deuxiĂšme version du livre blanc. La premiĂšre version a Ă©tĂ© publiĂ©e le 31-10-2008. Elle a Ă©tĂ© tĂ©lĂ©versĂ©e sur www.bitcoin.org/bitcoin.pdf, oĂč se trouve Ă©galement la version actuelle. Est-ce que quelqu’un ici l’a tĂ©lĂ©chargĂ©e et enregistrĂ©e ? »

Un individu se faisant appeler StealthMonger a répondu le lendemain en disant :

« On dirait que je l’ai. Le texte ne contient pas de numĂ©ro de version ou de date, mais la date locale du fichier que j’ai est le 2 novembre 2008. »

DĂ©sirant rester anonyme, ce dernier a refusĂ© de partager ce document directement, et l’a transmis Ă  un certain David Johnson, qui l’a partagĂ© publiquement sur son site web. L’empreinte donnĂ©e dans l’échange et sur le site (427c63b364c6db914cf23072a09ffd53ee078397b7c6ab2d604e12865a982faa) correspond au document hĂ©bergĂ© par Gwern Branwen.

Aperçu du livre blanc de Bitcoin octobre 2008
Version du livre blanc de Bitcoin créée le 3 octobre 2008 et distribuée le 31

Ce document a Ă©tĂ© créé le 3 octobre 2008 Ă  13:49:58 UTC-7, si l’on en croit les mĂ©tadonnĂ©es du PDF (que l’on peut retrouver avec la commande pdftk bitcoin-20081003.pdf dump_data sur Linux).

Il s’agit d’une version diffĂ©rente de la premiĂšre version puisque le titre est cette fois-ci « Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System » (« Bitcoin : un systĂšme d’argent liquide Ă©lectronique pair-Ă -pair ») et que son rĂ©sumĂ© ne contient plus le mot « offer » (offrent) mais « provide » (fournissent). Mise Ă  part cette modification, le rĂ©sumĂ© reste le mĂȘme.

Le reste du document (qui est alors disponible) se distingue de la version finale par les éléments suivants :

  • L’adresse de courrier Ă©lectronique prĂ©sente est satoshi@vistomail.com et non pas satoshin@gmx.com.
  • Le paragraphe sur l’ajustement de la difficultĂ© se situe dans la section sur l’incitation des mineurs (Incentive) au lieu de se trouver dans la section sur la preuve de travail (Proof-of-Work).
  • Le terme broadcasted, variante incorrecte de broadcast (que je traduis ici dans les deux cas par « transmis »), est prĂ©sent dans la section sur le fonctionnement du rĂ©seau (Network).
  • Dans la section sur la vĂ©rification de paiement simplifiĂ©e (Simplified Payment Verification), Satoshi fait mention de la vulnĂ©rabilitĂ© des nƓuds complets Ă  un « renversement » (reversal) et emploie le terme « reported transactions » plutĂŽt que « alerted transactions » pour dĂ©signer les transactions signalĂ©es comme des doubles dĂ©penses.
  • Le document ne mentionne pas les frais de transactions, ni la potentielle substitution de la crĂ©ation monĂ©taire, Ă©lĂ©ments qui se trouvent normalement dans la section sur l’incitation (Incentive). Le code donnĂ© par Satoshi Nakamoto le 16 novembre Ă  Hal Finney, Ray Dillinger et James A. Donald, contient cependant ces caractĂ©ristiques fondatrices de Bitcoin, mĂȘme si les paramĂštres de la politique monĂ©taire Ă©taient diffĂ©rents. En effet, dans le code de 2008, la rĂ©duction de moitiĂ© de la subvention intervenait thĂ©oriquement tous les 2 ans et 312 jours et la limite d’émission maximale Ă©tait de 2 millions de bitcoins (COIN), chacun Ă©tant divisible en un million d’unitĂ©s de base.

 

Une troisiĂšme et derniĂšre version

La version finale du livre blanc est apparue plus tard. Selon les mĂ©tadonnĂ©es du PDF, elle a Ă©tĂ© créée le 24 mars 2009 Ă  11:33:15 UTC-6. On peut supposer que Satoshi l’a mise en ligne dans les jours qui ont suivi.

Aperçu du livre blanc de Bitcoin mars 2009
Version du livre blanc de Bitcoin créée le 24 mars 2009

L’empreinte du document par SHA-256 est b1674191a88ec5cdd733e4240a81803105dc412d6c6708d53ab94fc248f4f553. Une traduction est disponible ici.

Cette version a Ă©tĂ© lue et commentĂ©e par la grande majoritĂ© des personnes qui se sont intĂ©ressĂ©es Ă  l’origine de Bitcoin, de sorte qu’elle constitue aujourd’hui la version de rĂ©fĂ©rence, largement citĂ©e dans la communautĂ©. Elle contient notamment le passage relatif Ă  la politique monĂ©taire qui indique qu’« une fois qu’un nombre prĂ©dĂ©terminĂ© de piĂšces a Ă©tĂ© mis en circulation, l’incitation peut ĂȘtre entiĂšrement financĂ©e par les frais de transaction et ne plus requĂ©rir aucune inflation ». À l’époque, cet aspect Ă©tait dĂ©jĂ  mis en avant par Satoshi par sa description de l’émission des nouveaux bitcoins dans le courriel de lancement du 8 janvier 2009 et par ses interventions sur la liste de diffusion et sur le forum de la Fondation P2P, et on imagine qu’il voulait que cette possibilitĂ© de monnaie Ă  quantitĂ© fixe figure dans le livre blanc.

Toutefois, bien que ce document constitue la version finale du livre blanc, elle ne dĂ©crit pas toutes les caractĂ©ristiques de Bitcoin. Il manque d’abord l’aspect programmable des transactions (mis en Ɠuvre au travers des « scripts » dans les entrĂ©es et les sorties), une fonctionnalitĂ© dĂ©jĂ  prĂ©sente dans le code de novembre 2008, au sujet de laquelle Satoshi a dĂ©clarĂ© :

« La nature de Bitcoin est telle que, dĂšs la version 0.1 publiĂ©e, sa conception de base Ă©tait gravĂ©e dans le marbre pour le reste de son existence. C’est pourquoi je voulais le concevoir de maniĂšre Ă  ce qu’il prenne en charge tous les types de transactions auxquels je pouvais penser. Le problĂšme Ă©tait que chaque Ă©lĂ©ment nĂ©cessitait un code et des champs de donnĂ©es particuliers, que cet Ă©lĂ©ment soit utilisĂ© ou non, et ne couvrait qu’un seul cas particulier Ă  la fois. Ç’aurait Ă©tĂ© une explosion de cas particuliers. La solution Ă©tait script, qui gĂ©nĂ©ralisait le problĂšme de sorte que les parties transactantes pouvaient dĂ©crire leurs transactions comme des prĂ©dicats que le rĂ©seau de nƓuds Ă©valuait. Les nƓuds n’ont besoin de comprendre la transaction que dans la mesure oĂč ils Ă©valuent si les conditions de l’émetteur sont remplies. »

Il manque aussi des Ă©lĂ©ments Ă©conomiques relatifs Ă  Bitcoin comme la rĂ©sistance Ă  la censure, la dĂ©termination du protocole ou le modĂšle de sĂ©curitĂ©. Bitcoin constitue donc un concept qui dĂ©passe sa description dans le livre blanc, mĂȘme si l’essentiel s’y trouve.

Le bloc de genĂšse de Bitcoin

March 24th 2022 at 09:00

Lorsqu'il a conçu le prototype de Bitcoin en janvier 2009, Satoshi Nakamoto a dû construire un premier bloc à partir duquel la chaßne s'est allongée. Ce bloc il l'a appelé le bloc de genÚse (« genesis block » en anglais) en référence au premier livre de la Torah et de la Bible, qui raconte la création du monde par Dieu.

Par convention, on considÚre qu'il s'agit du bloc de hauteur 0 (ou « bloc 0 ») au-dessus duquel les autres blocs sont successivement empilés. Examinons plus en détail ce que contient cet élément fondateur de Bitcoin en procédant à une dissection minutieuse !

 

Un bloc fondateur

Le bloc de genĂšse est une donnĂ©e essentielle du protocole Bitcoin car il constitue la base Ă  partir de laquelle on peut dĂ©terminer la chaĂźne la plus longue (c'est-Ă -dire celle ayant le plus de preuve de travail accumulĂ©e) et par consĂ©quent la validitĂ© des transactions du registre. Il est thĂ©oriquement le seul bloc Ă  devoir ĂȘtre inscrit en dur dans le protocole, mĂȘme si d'autres l'ont Ă©tĂ© par la suite.

Tel que l'écrivait Satoshi Nakamoto :

« La chaßne de blocs est une structure en forme d'arbre qui a pour racine le bloc de genÚse, chaque bloc pouvant avoir plusieurs candidats à sa suite. »

Bloc de genĂšse embranchements

Le code de novembre 2008 (fourni par Satoshi à Hal Finney, Ray Dillinger et James A. Donald notamment) contenait déjà une premiÚre version du bloc de genÚse, horodatée au 10 septembre 2008, 18:02:08 UTC. Néanmoins, un nouveau bloc a été construit en janvier 2009 spécialement pour le lancement du prototype.

Le bloc de genÚse que nous connaissons est ainsi présent dans la version 0.1 du logiciel de Bitcoin, publiée le 8 janvier 2009. Un commentaire au sein du code le décrit :

Genesis Block:
GetHash()      = 0x000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f
hashMerkleRoot = 0x4a5e1e4baab89f3a32518a88c31bc87f618f76673e2cc77ab2127b7afdeda33b
txNew.vin[0].scriptSig     = 486604799 4 0x736B6E616220726F662074756F6C69616220646E6F63657320666F206B6E697262206E6F20726F6C6C65636E61684320393030322F6E614A2F33302073656D695420656854
txNew.vout[0].nValue       = 5000000000
txNew.vout[0].scriptPubKey = 0x5F1DF16B2B704C8A578D0BBAF74D385CDE12C11EE50455F3C438EF4C3FBCF649B6DE611FEAE06279A60939E028A8D65C10B73071A6F16719274855FEB0FD8A6704 OP_CHECKSIG
block.nVersion = 1
block.nTime    = 1231006505
block.nBits    = 0x1d00ffff
block.nNonce   = 2083236893
CBlock(hash=000000000019d6, ver=1, hashPrevBlock=00000000000000, hashMerkleRoot=4a5e1e, nTime=1231006505, nBits=1d00ffff, nNonce=2083236893, vtx=1)
  CTransaction(hash=4a5e1e, ver=1, vin.size=1, vout.size=1, nLockTime=0)
    CTxIn(COutPoint(000000, -1), coinbase 04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73)
    CTxOut(nValue=50.00000000, scriptPubKey=0x5F1DF16B2B704C8A578D0B)
  vMerkleTree: 4a5e1e

Ce bloc pÚse trÚs exactement 285 octets. Le voici représenté en hexadécimal brut :

0100000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000003ba3edfd7a7b12b27ac72c3e67768f617fc81bc3888a51323a9fb8aa4b1e5e4a29ab5f49ffff001d1dac2b7c0101000000010000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000ffffffff4d04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73ffffffff0100f2052a01000000434104678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5fac00000000

Le bloc de genĂšse est composĂ© d'un entĂȘte de 80 octets et d'une unique transaction, la transaction de rĂ©compense. Son identifiant (le rĂ©sultat du hachage de l'entĂȘte par double SHA-256) est 000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f. Les zĂ©ros qui dĂ©butent cet identifiant indiquent qu'une preuve de travail a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e.

Notez que les différentes informations contenues dans le bloc sont souvent transmises avec un ordre des octets inverse (dit « little-endian » ou « petit-boutiste »). Nous donnerons ici les informations dans l'ordre ordinaire (qu'on appelle « big-endian » ou « gros-boutiste ») à l'aide du préfixe 0x.

 

L'entĂȘte

Comme tous les blocs dans le protocole, le bloc de genĂšse possĂšde un entĂȘte donnant 6 informations diffĂ©rentes. Voici cet entĂȘte en dĂ©tail :

01000000 - version
0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 - identifiant du bloc précédent
3ba3edfd7a7b12b27ac72c3e67768f617fc81bc3888a51323a9fb8aa4b1e5e4a - racine de Merkle
29ab5f49 - horodatage
ffff001d - valeur cible
1dac2b7c - nonce

 

La version du bloc

0x00000001

La version du bloc indique l'ensemble des rÚgles respectées par le bloc. Cette version 1 indiquait un respect des rÚgles du protocole originel défini par Satoshi. D'autres versions ont été introduites plus tard : la version 2 pour l'application du BIP-34 en mars 2013, la version 3 pour l'activation du BIP-66 en juillet 2015, et la version 4 pour celle du BIP-65 en décembre 2015. Le champ de version a par la suite été utilisé pour que les mineurs signalent leur intention d'appliquer un soft fork (conformément au BIP-9).

 

L'identifiant du bloc précédent

0x0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000

Puisqu'il s'agit du premier bloc de la chaßne, le champ utilisé pour donner l'identifiant du bloc précédent est fixé à zéro par convention.

 

La racine de Merkle

0x4a5e1e4baab89f3a32518a88c31bc87f618f76673e2cc77ab2127b7afdeda33b

La racine de Merkle correspond Ă  l'empreinte finale de l'arbre de Merkle des transactions. Puisqu'il n'y a qu'une seule transaction dans le bloc de genĂšse, il s'agit simplement de l'identifiant de cette transaction.

 

L'horodatage

0x495fab29

L'horodatage indique la date et l'heure à laquelle le mineur a trouvé le bloc. Il est donné par le nombre de secondes depuis le 1er janvier 1970 00:00:00 UTC. Ici, le nombre correspond à 1 231 006 505 secondes : le bloc de genÚse est donc horodaté au 3 janvier 2009 à 18:15:05 UTC.

Toutefois, il ne faut pas croire que cet horodatage indique l'instant précis du lancement effectif du réseau. Ce dernier a en effet été réalisé un peu plus tardivement : le bloc 1 est ainsi horodaté au 9 janvier 2009 à 02:54:25 UTC, soit 5 jours, 8 heures, 39 minutes et 20 secondes plus tard.

 

La valeur cible

0x1d00ffff

La valeur cible est la valeur minimale que l'identifiant du bloc peut avoir pour que ce dernier constitue une solution au problÚme de preuve de travail de Bitcoin. Moins cette valeur cible est haute, plus il est facile de trouver une solution et de miner un bloc. Elle est donc inversement proportionnelle à la difficulté du réseau.

La valeur cible du bloc de genĂšse correspond Ă  la plus grande valeur possible dans Bitcoin, ou la difficultĂ© la plus basse pour le dire autrement. Elle est encodĂ©e comme un nombre flottant oĂč le premier octet reprĂ©sente un exposant et oĂč la mantisse est dĂ©terminĂ©e par les 3 octets suivants. Ici, elle est Ă©gale Ă  0x00ffff × 256(0x1d - 3) c'est-Ă -dire 0x00000000ffff0000000000000000000000000000000000000000000000000000.

La preuve de travail du bloc est valide car l'identifiant est effectivement (largement) inférieur à cette valeur cible :

0x000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f ≀
0x00000000ffff0000000000000000000000000000000000000000000000000000

On définit la difficulté du minage comme l'inverse de la valeur cible multipliée par la valeur cible de base :

difficulté = cible_de_base / cible

La difficulté du bloc de genÚse est donc de 1.

AprÚs le lancement du réseau, la difficulté a stagné à ce niveau pendant prÚs d'un an avant d'enfin commencer à augmenter le 30 décembre 2009.

Au sein du code, le champ de la valeur cible est appelĂ© nBits, car ce paramĂštre dĂ©signait (avant que Satoshi n'en modifie le sens) le nombre de bits de tĂȘte Ă  mettre Ă  zĂ©ro pour que la solution soit valide. Dans la version de novembre 2008, le champ Ă©tait en effet fixĂ© Ă  20, ce qui correspondait Ă  5 zĂ©ros de tĂȘte en reprĂ©sentation hexadĂ©cimale, soit une valeur cible de 0x00000fffff....

 

Le nonce

0x7c2bac1d

Le nonce (mot qui provient de l'expression anglaise « for the nonce » signifiant « pour la circonstance, pour l'occasion ») désigne le nombre que le mineur fait varier pour calculer la preuve de travail. Il n'a aucune signification particuliÚre, étant déterminé au hasard.

 

L'ensemble des transactions

L'ensemble des transactions forme la seconde partie du bloc. Le voici en détail :

01 - nombre de transactions
01000000 - version
01 - nombre d'entrées
0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 - identifiant de transaction de la sortie précédente
ffffffff - index de la sortie précédente
4d - taille du script de déverrouillage
04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73 - script de déverrouillage
ffffffff - numéro de séquence
01 - nombre de sorties
00f2052a01000000 - montant
43 - taille du script de verrouillage
4104678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5fac - script de verrouillage
00000000 - temps de verrouillage

 

Le nombre de transactions

0x01

Le bloc contient une seule transaction : la transaction de rĂ©compense qui rĂ©munĂšre le mineur (ici Satoshi) pour la preuve de travail rĂ©alisĂ©e. Le bloc ne comporte ainsi aucune autre transaction, tout comme les blocs minĂ©s dans les premiers jours. Il a fallu attendre le 12 janvier et le bloc 170 pour voir la premiĂšre transaction effective du rĂ©seau ĂȘtre confirmĂ©e : celle entre Satoshi et Hal Finney.

Toutes les données restantes du bloc appartiennent à la transaction de récompense.

 

La version de la transaction

0x00000001

La version de la transaction indique comment celle-ci doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e. Elle est fixĂ©e Ă  1 conformĂ©ment au protocole initial. Aujourd'hui, il existe Ă©galement une version 2 qui autorise l'usage des verrous temporels relatifs (voir BIP-68).

 

Le nombre d'entrées de la transaction

0x01

La transaction contient une seule entrée : la base de piÚce, ou coinbase, qui permet de créer ex nihilo les nouveaux bitcoins et de recueillir les frais de transaction. Cette entrée est donc purement superflue, mais permet de conserver une certaine cohérence dans l'implémentation logicielle. Elle est constituée des champs identifiant la sortie précédente (théorique), d'un script de déverrouillage et d'un numéro de séquence.

 

L'identifiant de transaction de la sortie précédente

0x0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000

Ce champ est utilisé dans les transactions pour dire à quel sortie transactionnelle correspond une entrée, en donnant l'identifiant de la transaction qui a créé la sortie. Puisqu'il s'agit d'une transaction de récompense qui ne fait pas référence à une sortie transactionnelle précédente, ce champ est fixé à 0 par convention.

 

L'index de la sortie précédente

0xffffffff

Ce champ est utilisé dans les transactions pour dire à quel sortie transactionnelle correspond une entrée, en donnant la position de la sortie dans la transaction qui l'a créée. Puisqu'il s'agit d'une transaction de récompense qui ne fait pas référence à une sortie transactionnelle précédente, ce champ est fixé au maximum par convention.

 

Le script de déverrouillage (scriptSig)

0x04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73

Dans Bitcoin, le script de déverouillage est combiné à un script de verrouillage précédent et détermine la validité d'une dépense. Il contient généralement les signatures nécessaires à la dépense d'une piÚce et est par conséquent souvent appelé scriptSig. Dans le cas d'une transaction de récompense, l'entrée ne fait référence à aucune sortie transactionnelle existante et ce script peut donc contenir des données arbitraires.

Ici, le script se présente de la maniÚre suivante :

<valeur cible> <nonce supplémentaire> <chaßne de caractÚres>

Ainsi, il est constitué de trois informations :

  • Tout d'abord, la valeur cible du bloc, donnĂ©e en sens inverse, conformĂ©ment Ă  la façon dont elle est reprĂ©sentĂ©e dans le code : 0xffff001d
  • Ensuite, un nonce supplĂ©mentaire (0x04), ou extra nonce, mis en place par Satoshi dans le code du logiciel. Le nonce supplĂ©mentaire du bloc de genĂšse a pour valeur 4, et ceux des blocs suivants sont croissants : celui du bloc 1 est aussi Ă©gal Ă  4, celui du bloc 2 Ă  11, celui du bloc 3 Ă  14, etc. La variation de ce nonce supplĂ©mentaire au sein des blocs a permis de mettre en Ă©vidence un motif particulier, appelĂ© le « Patoshi Pattern », qui dĂ©termine prĂ©cisĂ©ment les blocs minĂ©s par Satoshi et qui dĂ©montre que sa fortune s'Ă©lĂšve Ă  plus de 1 125 150 bitcoins.
  • Enfin, une chaĂźne de caractĂšres aujourd'hui emblĂ©matique, encodĂ©e en UTF-8, qui est :
    The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks

    Cette courte phrase correspond à la une du Times du 3 janvier 2009, qui annonçait que le ministre des finances du Royaume-Uni était sur le point de renflouer les banques pour la deuxiÚme fois. Le Times étant un quotidien anglais, cela a mené à des spéculations quant à l'identité de Satoshi, qui écrivait également dans un anglais britannique.

The Times 3 janvier 2009 chancelier ministre des finances renflouement des banques

Cette phrase présente dans le script de la transaction de récompense possÚde un rÎle double :

  • PremiĂšrement, elle prohibe l'antidatage : sa prĂ©sence dans le premier bloc, Ă  partir duquel toute la chaĂźne est construite, prouve que le rĂ©seau de Bitcoin n'a pas Ă©tĂ© lancĂ© avant le 3 janvier 2009. Cependant, cela ne veut pas dire que le bloc de genĂšse date bien du 3 janvier : en effet, il a pu ĂȘtre construit entre le 3 janvier (date de l'horodatage dĂ©clarĂ©) et le 8 janvier (date de publication du code).
  • DeuxiĂšmement, elle indique symboliquement ce Ă  quoi Bitcoin s'oppose en faisant rĂ©fĂ©rence au contexte monĂ©taire et financier de l'Ă©poque : le renflouement des grandes banques d'investissement par les États et par les banques centrales suite Ă  la crise financiĂšre de 2007-2008. Il est d'ailleurs possible que Satoshi ait choisi cette date prĂ©cisĂ©ment pour sĂ©lectionner cette une.

Ce script de la base de piĂšce est encore utilisĂ© de nos jours par les mineurs pour de multiples raisons. À l'instar de Satoshi, ils peuvent inclure des informations arbitraires dans le bloc et faire passer un message public au monde. Ç'a Ă©tĂ© le cas de la coopĂ©rative F2Pool qui, le 11 mai 2020, a Ă©voquĂ© l'injection de liquiditĂ© de la RĂ©serve FĂ©dĂ©rale en rĂ©action Ă  la crise du covid-19 au sein du bloc 629 999 (le bloc prĂ©cĂ©dant le troisiĂšme halving) :

NYTimes 09/Apr/2020 With $2.3T Injection, Fed's Plan Far Exceeds 2008 Rescue

Les regroupements de mineurs peuvent Ă©galement s'identifier en indiquant leur nom, ce qui permet de juger de la dĂ©centralisation du rĂ©seau, mĂȘme si cette pratique reste purement dĂ©clarative.

Enfin, les mineurs se servent encore de ce champ pour faire varier un nonce supplĂ©mentaire, le nonce de l'entĂȘte ne permettant plus depuis 2012 d'essayer suffisamment de possibilitĂ©s par rapport Ă  la difficultĂ© Ă©levĂ©e du rĂ©seau.

 

Le numéro de séquence (nSequence)

0xffffffff

Le numéro de séquence de l'entrée est maximal, ce qui fait que la transaction est considérée comme finale.

À l'origine, le numĂ©ro de sĂ©quence dans les entrĂ©es avait pour objectif de permettre les Ă©changes rĂ©pĂ©tĂ©s au sein de contrats, tels que les canaux de paiement. Ce modĂšle imaginĂ© par Satoshi n'Ă©tait pas suffisamment sĂ©curisĂ© et a par consĂ©quent Ă©tĂ© abandonnĂ©. Cependant, la rĂšgle de finalitĂ©, qui fait que la transaction est considĂ©rĂ©e comme finale (pas de temps de verrouillage) si les numĂ©ros de sĂ©quence de toutes les entrĂ©es sont maximaux (comme ici), a Ă©tĂ© conservĂ©e.

Aujourd'hui, ce numéro de séquence est utilisé pour déterminer le temps de verrouillage relatif d'une entrée et pour signaler Replace-by-Fee.

 

Le nombre de sorties de la transaction

0x01

La transaction contient une seule sortie, celle créditant Satoshi de son revenu de minage. Cette sortie est constituée d'un montant et d'un script de verrouillage.

 

Le montant

0x000000012a05f200

Le montant de la sortie est donné dans la plus petite unité du systÚme, unité qu'on a appelé le satoshi en hommage au créateur de Bitcoin. Ce montant correspond ici à 5 milliards de satoshis, soit 50 bitcoins. Il s'agit de la limite maximale du taux de création monétaire de l'époque (50 bitcoins par bloc).

 

Le script de verrouillage (scriptPubKey)

0x4104678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5fac

Le scrpt de verrouillage est l'ensemble des conditions à fournir pour pouvoir dépenser la piÚce correspondante. Ici, il possÚde la forme :

<clé publique> CHECKSIG

oĂč la clĂ© publique est 04678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5f. Il s'agit donc d'une sortie transactionnelle de type Pay to Public Key (P2PK), un schĂ©ma utilisĂ© dans les dĂ©buts de Bitcoin, qui demande une simple signature pour dĂ©bloquer les fonds. Cela explique le nom donnĂ© couramment Ă  ce script : scriptPubKey.

Bien souvent, cette sortie est rĂ©trospectivement attribuĂ©e Ă  l'adresse 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv7DivfNa, obtenue en prenant l'empreinte de la clĂ© publique. Cela est nĂ©anmoins purement esthĂ©tique car c'est bien la clĂ© publique elle-mĂȘme qui a servi Ă  recevoir les bitcoins, pas l'adresse.

Fait intĂ©ressant : cette sortie transactionnelle n'est pas considĂ©rĂ©e comme dĂ©pensable par le protocole en raison de la façon dont le bloc de genĂšse est exprimĂ© dans le code. Cette erreur de programmation pourrait ĂȘtre corrigĂ©e par un hard fork, mais cela ne serait ni utile (Satoshi n'a pas touchĂ© Ă  ses bitcoins depuis qu'il a disparu), ni mĂȘme souhaitable (incompatibilitĂ© du protocole). Les 50 premiers bitcoins créés sont donc probablement brĂ»lĂ©s Ă  tout jamais.

 

Le temps de verrouillage (nLocktime)

0x00000000

Le temps de verrouillage (donnĂ©e globale appartenant Ă  la transaction) dĂ©termine la date Ă  partir de laquelle cette transaction pourra ĂȘtre confirmĂ©e. En Ă©tant fixĂ© Ă  zĂ©ro, celui-ci est dĂ©sactivĂ©.

 

Les autres chaĂźnes

Si le bloc de genĂšse constitue un fondement du protocole Bitcoin, il sert Ă©galement de base aux diffĂ©rentes branches minoritaires de Bitcoin qui possĂšdent le mĂȘme historique jusqu'Ă  leurs scissions respectives : Bitcoin Cash, Bitcoin SV, Bitcoin Gold ou encore eCash/XEC. D'autres protocoles possĂšdent leur propre bloc de genĂšse et certains d'entre eux ont Ă©galement incorporĂ© la une d'un journal ou d'un magazine pour garantir que le lancement du rĂ©seau ne s'est pas rĂ©alisĂ© avant la date donnĂ©e. Ainsi, le bloc de genĂšse de Litecoin (datant du 7 octobre 2011) contient la phrase suivante :

NY Times 05/Oct/2011 Steve Jobs, Apple’s Visionary, Dies at 56

Celui de Dash (datant du 19 janvier 2014) inclut la une suivante :

Wired 09/Jan/2014 The Grand Experiment Goes Live: Overstock.com Is Now Accepting Bitcoins

 


Source

Bitcoin Wiki, Genesis block

Crypto : Et si on avait retrouvĂ© le vrai Satoshi Nakamoto ?

October 8th 2022 at 17:00
Stoshi Nakamoto, Bitcoin, BTC, McAfee

DĂ©cĂ©dĂ© en juin 2021, John McAfee Ă©tait un informaticien amĂ©ricain. Il a inventĂ© le logiciel antivirus McAfee en 1987, puis a fondĂ© McAfee Associates. RĂ©cemment, l’influenceur TikTok Harry the Soul Coach a dĂ©clarĂ© que John McAfee Ă©tait Satoshi Nakamoto. Cette affirmation apparait comme la suggestion la moins farfelue sur l’identitĂ© du crĂ©ateur du bitcoin (BTC). Mais, est-elle pour autant vĂ©rifiĂ©e ?

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