Polygon sacrifie 30 % de son équipe pour dominer les paiements crypto. On vous livre tous les détails dans cet article.
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Les législateurs américains ont mis en attente un important projet de loi sur la structure du marché crypto aprÚs une forte opposition de Coinbase. De nouvelles critiques du directeur général de l'échange ont soulevé des doutes sur la possibilité que la proposition avance sans modifications. En conséquence, les membres du comité bancaire du Sénat ont retardé une séance prévue de révision tout en réévaluant les préoccupations de l'industrie et de la réglementation liées au projet.
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Et si la prochaine menace pour les banques traditionnelles ne provenait pas dâune crise Ă©conomique, mais dâune simple innovation dans les stablecoinsâ? Brian Moynihan, PDG de Bank of America, avertit que lâessor des stablecoins Ă rendement pourrait entraĂźner une fuite massive de dĂ©pĂŽts bancaires, perturbant ainsi lâĂ©quilibre du systĂšme financier amĂ©ricain. Ce scĂ©nario inquiĂ©tant pour les Ă©tablissements traditionnels pourrait voir leur rĂŽle de prĂȘteurs gravement affectĂ© par cette nouvelle forme de concurrence numĂ©rique.
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Depuis 2023, la filiale FORGE de la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale se trouve Ă lâavant-poste de lâinnovation numĂ©rique avec le lancement de son stablecoin Euro CoinVertible (EURCV). Un token qui vient dâĂȘtre injectĂ© pour la toute premiĂšre fois sur le rĂ©seau mondial SWIFT.
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Stablecoins sous surveillance. En ThaĂŻlande, le secteur de Bitcoin (BTC) et descryptomonnaies reste un sujet sensible. En effet, bien que les autoritĂ©s aient mis en place un cadre lĂ©gal assez favorable pour les crypto-actifs, quelques dĂ©boires avec des fermes de minage illĂ©gales y avaient un peu terni lâimage de cette jeune classe dâactif. Aujourdâhui, câest la Banque centrale de ThaĂŻlande qui a rĂ©cemment annoncĂ© sa volontĂ© de surveiller de prĂšs lâutilisation des stablecoins dans le pays, comme lâUSDT de Tether notamment.
Selon une publication du mĂ©dia local The Nation parue ce 13 janvier 2026, la Banque de ThaĂŻlande (BOT) a Ă©mis une mise en garde concernant lâutilisation des stablecoins dans le pays. Ce sont les stablecoins du dollar amĂ©ricain, comme lâUSDT de Tether, qui sont ici visĂ©s.
En pratique, la banque centrale craint que ces derniers ne soient utilisĂ©s comme « monnaie grise » (grey money) , Ă mi-chemin entre des monnaies lĂ©gales et de lâargent blanchi issu dâactivitĂ©s illĂ©gales. Les banquiers annoncent ainsi vouloir surveiller de prĂšs les transactions impliquant des stablecoins.
« Nous ne nous limiterons plus Ă la simple observation. (âŠ) Nous allons prendre les choses en main pour jouer un rĂŽle moteur dans la rĂ©solution des problĂšmes structurels. Si ces questions ne sont pas traitĂ©es, elles finiront par avoir un impact sur la stabilitĂ© macroĂ©conomique Ă long terme. »
Vitai Ratanakorn, gouverneur de la Banque de ThaĂŻlande
Selon le gouverneur Vitai Ratanakorn de la BOT : « 40% des vendeurs du stablecoin USDT sur les plateformes thaïlandaises sont des étrangers qui ne devraient pas faire de transactions en Thaïlande ».
Pourtant, il y a moins dâun an, en mars 2025 pour ĂȘtre plus prĂ©cis, les rĂ©gulateurs de la Securities and Exchange Commission (SEC) de ThaĂŻlande avaient donnĂ© le feu vert Ă lâutilisation de lâUSDT de Tether et Ă lâUSDC de Circle pour le trading, comme base de paires dâĂ©changes.
Et depuis, ces deux stablecoins du dollar amĂ©ricain sont devenus trĂšs populaires sur les plateformes dâĂ©change de cryptomonnaies du pays. Le volume quotidien des transactions sur le marchĂ© thaĂŻlandais des cryptomonnaies sâĂ©lĂšverait Ă 2,8 milliards de bahts selon la banque centrale, soit environ 89 millions de dollars.
Reste maintenant à savoir comment la Banque de Thaïlande va mettre en place cette surveillance accrue. Et surtout, quelles seront les conséquences pour les utilisateurs de stablecoins en Thaïlande. Heureusement, le pays reste par ailleurs plutÎt ouvert à la cryptosphÚre. Ainsi, en juin 2025, les régulateurs de la SEC thaïlandaise ont approuvé une exemption de 5 ans des taxes sur les plus-values des cryptomonnaies.
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Suite au dĂ©ploiement de son stablecoin natif, USD1, le projet crypto de la famille Trump, World Liberty Financial, semble bien dĂ©cidĂ© Ă accompagner le dĂ©veloppement de ce secteur Ă lâinternational. Au programme : son intĂ©gration dans une « nouvelle architecture de paiement numĂ©rique » au Pakistan.
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LâUSD1 dĂ©barque au Pakistan. En juin 2025, le projet de plateforme DeFi World Liberty Financial (WLFI), soutenu par le prĂ©sident Donald Trump et sa famille, avait distribuĂ© en airdrop pour 4 millions de dollars dâUSD1 Ă ses 85 000 investisseurs initiaux. Depuis, ce stablecoin se dĂ©veloppe, et permet Ă WLFI de nouer de nouveaux partenariats. Aujourdâhui, câest avec les autoritĂ©s du Pakistan que le projet crypto des Trump vient de signer un accord.
Ce mercredi 14 janvier 2026, les reprĂ©sentants du ministĂšre des Finances et de la Virtual Assets Regulatory Authority du  Pakistan ont signĂ© un protocole dâaccord (MoU) avec World Liberty Financial, pour Ă©tudier lâintĂ©gration des stablecoins Ă lâĂ©conomie du pays.
Un des objectifs serait notamment dâutiliser lâUSD1, le stablecoin adossĂ© au dollar amĂ©ricain du projet WLFI, pour faciliter les paiements transfrontaliers. Ce partenariat pourrait rĂ©duire les coĂ»ts et augmenter la vitesse des transactions, offrant ainsi une alternative aux systĂšmes bancaires traditionnels, souvent lents et coĂ»teux.
« Aujourdâhui, World Liberty Financial a signĂ© un protocole dâaccord avec le ministĂšre des Finances, afin dâexplorer les innovations dans le domaine de la finance numĂ©rique, en particulier lâutilisation des stablecoins pour les transactions transfrontaliĂšres, ce qui tĂ©moigne de lâintĂ©rĂȘt croissant que suscite le Pakistan Ă lâĂ©chelle mondiale en tant que marchĂ© clĂ© pour les actifs numĂ©riques. »
Virtual Assets Regulatory Authority du Pakistan

Ce nouveau partenariat avec le Pakistan intervient alors que WLTC Holdings LLC, une entitĂ© créée par World Liberty Financial, a dĂ©posĂ© dĂ©but janvier 2026 une demande auprĂšs du Bureau du contrĂŽleur de la monnaie (OCC) afin de crĂ©er une banque fiduciaire dâĂ©chelle fĂ©dĂ©rale aux Ătats-Unis, spĂ©cialement conçue pour les opĂ©rations en dollars amĂ©ricains.
En octobre 2025, câest la tokenisation RWA (la numĂ©risation sur blockchains des actifs du monde rĂ©el) qui Ă©tait annoncĂ© comme dĂ©sormais explorer par le projet WLFI des Trump.
Et avec cet accord aujourdâhui, câest donc le stablecoin USD1 qui se trouve un nouveau dĂ©bouchĂ© potentiel. Le projet World Liberty Financial avait dâailleurs dĂ©jĂ engrangĂ© 1 milliard de dollars de revenus en octobre 2025, au bout dâĂ peine un an dâexistence. Les futures actions du projet DeFi de la famille Trump seront Ă surveiller de prĂšs.
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Le futur dâEthereum en question. Le cofondateur dâEthereum, Vitalik Buterin, a jetĂ© un pavĂ© dans la mare ce dimanche 11 janvier 2026 en avertissant que les stablecoins dĂ©centralisĂ©s actuels ne sont pas assez rĂ©silients pour soutenir la vision Ă long terme de lâindustrie. Selon lui, le secteur a besoin de nouveaux modĂšles moins dĂ©pendants du dollar amĂ©ricain et moins vulnĂ©rables Ă la capture par les acteurs financiers puissants.
Ces dĂ©clarations interviennent alors que le marchĂ© des stablecoins a connu une annĂ©e 2025 historique, avec une capitalisation totale ayant bondi de 49 % pour atteindre 306 milliards de dollars en dĂ©cembre dernier. Cette croissance a Ă©tĂ© largement propulsĂ©e par le GENIUS Act aux Ătats-Unis, une lĂ©gislation majeure signĂ©e par le prĂ©sident Trump en juillet 2025, qui a clarifiĂ© le cadre des jetons adossĂ©s au dollar.
Dans une sĂ©rie de messages sur X, Vitalik Buterin a identifiĂ© trois obstacles fondamentaux qui, selon lui, empĂȘchent les stablecoins de devenir une infrastructure mondiale vĂ©ritablement robuste.
Pour lui, la dĂ©pendance au prix du dollar est une faiblesse structurelle sur une Ă©chelle de 20 ans. Il sâinterroge sur la viabilitĂ© dâun systĂšme liĂ© Ă une monnaie fiat qui pourrait subir une hyperinflation, mĂȘme modĂ©rĂ©e. Il appelle Ă la crĂ©ation dâindex alternatifs ou de paniers dâactifs plus reprĂ©sentatifs de la valeur rĂ©elle. Georgii Verbitskii, fondateur de TYMIO, soutient cette vision dans la presse en affirmant que « lâinflation et le contrĂŽle politique finissent inĂ©vitablement par dĂ©teindre sur le systĂšme ».
Ensuite, la plupart des stablecoins dĂ©centralisĂ©s reposent sur des oracles (des flux de donnĂ©es externes) qui peuvent ĂȘtre manipulĂ©s par de larges pools de capitaux. Sans une conception plus sĂ©curisĂ©e, les protocoles sont forcĂ©s dâextraire une valeur excessive de leurs utilisateurs pour se protĂ©ger, rendant les systĂšmes moins Ă©quitables. Boris Bohrer-Bilowitzki, PDG de Concordium, insiste sur le fait que la dĂ©centralisation des oracles nĂ©cessite un travail dâinfrastructure rĂ©el et non du « théùtre de gouvernance ».
Le troisiĂšme problĂšme est Ă©conomique : si un utilisateur gagne un rendement faible sur ses stablecoins alors que le staking dâETH propose des retours bien plus Ă©levĂ©s, le stablecoin devient structurellement moins compĂ©titif. Vitalik propose plusieurs pistes de rĂ©flexion, comme la crĂ©ation de nouvelles catĂ©gories de staking avec des risques de pĂ©nalitĂ© (slashing) rĂ©duits ou plus compatibles avec lâutilisation de collatĂ©ral.

ParallĂšlement Ă ses critiques sur les stablecoins, Vitalik Buterin a introduit ce lundi un nouveau concept technique majeur : le « Walkaway Test » (le test de lâabandon). LâidĂ©e est quâEthereum doit devenir un outil si fini et robuste quâil pourrait fonctionner de maniĂšre autonome pendant des dĂ©cennies, mĂȘme si ses dĂ©veloppeurs principaux venaient Ă disparaĂźtre.
Cette vision dâune « ossification » du protocole sâaccompagne dâun sentiment dâurgence concernant la menace quantique. Le cofondateur dâEthereum exhorte la communautĂ© Ă ne pas attendre que les ordinateurs quantiques soient une rĂ©alitĂ© pour agir. Il prĂ©conise lâadoption immĂ©diate dâune cryptographie capable de rĂ©sister Ă ces machines, affirmant que le protocole de base doit ĂȘtre « cryptographiquement sĂ»r pour les cent prochaines annĂ©es ».
Cependant, cette accĂ©lĂ©ration technique fait dĂ©bat. Charles Hoskinson, fondateur de Cardano, a averti que la cryptographie post-quantique est souvent dix fois plus lente et inefficace, ce qui pourrait drastiquement rĂ©duire les performances du rĂ©seau. Pour Vitalik Buterin, câest un prix nĂ©cessaire Ă payer pour garantir que le rĂ©seau ne se transforme pas en une course contre la montre quâil ne pourrait pas gagner au dernier moment.
La rapiditĂ© de lâinstitutionnalisation des stablecoins, symbolisĂ©e par le succĂšs du USD1 (qui a dĂ©passĂ© les 3,3 milliards de dollars en circulation en un an), ravive une tension interne au monde crypto. Dâun cĂŽtĂ©, une Ă©volution vers une extension rĂ©gulĂ©e du systĂšme financier traditionnel ; de lâautre, la recherche dâune alternative dĂ©centralisĂ©e et souveraine prĂŽnĂ©e notamment par Vitalik Buterin. En 2026, Ethereum semble se prĂ©parer Ă un avenir oĂč sa survie dĂ©pendra de sa capacitĂ© Ă se dĂ©tacher totalement des structures de pouvoir centralisĂ©es.
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L'augmentation des sanctions mondiales et l'implication accrue des Ătats ont conduit l'activitĂ© illicite en cryptomonnaie Ă des niveaux record en 2025. Les donnĂ©es indiquent que les entitĂ©s sanctionnĂ©es Ă©taient la principale source de ces flux, bien que l'utilisation illĂ©gale ne reprĂ©sente qu'une petite partie du total des transactions crypto. Les analystes dĂ©crivent ce changement comme une rĂ©ponse Ă la pression gĂ©opolitique croissante plutĂŽt qu'une dĂ©faillance de la conformitĂ©.
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Les stablecoins sont indĂ©niablement une des tendances fortes du moment, et cela nâest pas prĂšs de sâarrĂȘter, selon Bloomberg. Lâinstitution estime que les flux liĂ©s Ă ce type de cryptomonnaies pourraient atteindre 56 000 milliards de dollars dâici Ă 2030.
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Selon le dernier rapport de Chainalysis, la criminalitĂ© liĂ©e aux cryptomonnaies a atteint un niveau record en 2025 avec un total de transactions estimĂ© Ă 154 milliards de dollars au minimum. Serait-ce en lien avec la hausse marquĂ©e de lâactivitĂ© des Ătats-nations dans lâĂ©cosystĂšme crypto ? On fait le point...
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LâarrivĂ©e au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025 a marquĂ© un tournant majeur dans lâhistoire amĂ©ricaine. AprĂšs avoir connu une persĂ©cution judiciaire et une tentative dâattentat, ce dernier sâest prĂ©sentĂ© comme une force inarrĂȘtable. Et bien quâil ait dĂ©jĂ Ă©tĂ© prĂ©sident des Ătats-Unis entre 2017 et 2021, il est indĂ©niable que son second mandat a dĂ©jĂ une toute autre saveur : il nâest plus le mĂȘme Trump quâen 2017, ses aspirations ont changĂ©.
On observe en particulier que son positionnement sur Bitcoin sâest inversĂ©, passant de lâopposition butĂ©e Ă lâapprobation enthousiaste. Courant 2019, Ă lâoccasion de lâannonce du projet privĂ© de monnaie numĂ©rique Libra par Facebook, il dĂ©clarait en effet quâil nâĂ©tait pas « un fervent partisan du bitcoin et des autres cryptomonnaies », qui pour lui nâĂ©taient « pas des monnaies », dont la valeur Ă©tait « trĂšs volatile et basĂ©e sur du vent » et qui facilitaient « le trafic de drogues et dâautres activitĂ©s illĂ©gales ». En revanche, cinq ans plus tard, Ă la confĂ©rence de Nashville sur Bitcoin de juillet 2024, il promettait au public quâil serait « le prĂ©sident pro-innovation et pro-bitcoin dont lâAmĂ©rique a besoin » et quâil formerait une « rĂ©serve nationale stratĂ©gique de bitcoins » avec les fonds saisis par les agences fĂ©dĂ©rales.
Comment expliquer ce revirement ? On pourrait lâattribuer au « comportement erratique » du prĂ©sident, une caractĂ©ristique rĂ©guliĂšrement mise en avant par ses dĂ©tracteurs. Mais ce changement dâopinion peut aussi sâexpliquer par un Ă©lĂ©ment demeurĂ© constant chez lui : son attachement au dollar et au rĂŽle international du billet vert. La chose qui a Ă©voluĂ© est quâil voit dĂ©sormais le secteur cryptoĂ©conomique (la « crypto » comme il aime le dire) comme un moyen de soutenir la suprĂ©matie de la monnaie amĂ©ricaine, notamment par le biais des stablecoins indexĂ©s sur le dollar.
Les stablecoins sont des monnaies numĂ©riques adossĂ©es Ă une monnaie peu volatile, dont le transfert se fait sur des chaines blocs dĂ©centralisĂ©es comme Bitcoin ou Ethereum. Le plus emblĂ©matique de ces stablecoins â le plus ancien et le plus important â est le Tether USD (ou USDT), qui est gĂ©rĂ© par la sociĂ©tĂ© Tether Ltd. et qui se base, comme son nom lâindique, sur le dollar amĂ©ricain. LancĂ© en 2014 sur la chaine de Bitcoin, il a connu une croissance phĂ©nomĂ©nale pour reprĂ©senter aujourdâhui plus de 185 milliards de dollars. Depuis 2025, il est devenu un Ă©lĂ©ment non nĂ©gligeable de la politique Ă©trangĂšre de lâactuelle administration fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine, aux cĂŽtĂ©s dâautres stablecoins comme lâUSDC.
Cette intĂ©gration institutionnelle des stablecoins sâinscrit en opposition totale avec la philosophie de la cryptomonnaie. Bitcoin sâest, on le rappelle, construit comme une monnaie rĂ©sistante Ă la censure et dĂ©flationniste, et le stablecoin de Tether est lâantithĂšse de cette proposition : lâentreprise peut geler les comptes Ă volontĂ©, et la monnaie est soumise Ă la dĂ©prĂ©ciation du dollar. En raison de son implication dans le destin de la cryptomonnaie, on peut qualifier Tether de cheval de Troie de lâasservissement financier : un cadeau empoisonnĂ©, dont on perçoit les avantages, mais qui nous mĂšne Ă une dĂ©faite cuisante. Câest la thĂšse que nous allons dĂ©fendre dans cet article.
Avant dâaborder le sujet des stablecoins proprement dit, il convient dâĂ©voquer le cas de PayPal, qui constitue en quelque sorte leur prĂ©curseur. PayPal est un service de paiement qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par lâentreprise Confinity Inc. Ă la fin des annĂ©es 90. Il permettait dâeffectuer des paiements faciles et sans frais entre adresses de courrier Ă©lectronique, et se destinait Ă lâenvoi de paiements simples entre particuliers (pay pal signifie littĂ©ralement « payer copain »). Construit en surcouche du systĂšme bancaire, le service se rĂ©munĂ©rait grĂące Ă lâargent de ses utilisateurs, qui Ă©tait placĂ© Ă intĂ©rĂȘts.
Confinity Inc. a Ă©tĂ© fondĂ©e en 1998 par Peter Thiel, diplĂŽmĂ© de philosophie Ă lâuniversitĂ© Stanford, et Max Levchin, un informaticien juif ukrainien ayant Ă©migrĂ© aux Ătats-Unis Ă la suite de la chute de lâURSS. En tant que PDG, Peter Thiel assumait le rĂŽle dâidĂ©ologue de lâentreprise. Il se dĂ©crivait alors comme libertarien, conservateur et girardien1. Pour lui, PayPal Ă©tait un moyen de libĂ©ration, qui devait notamment permettre aux gens souffrant de lâhyperinflation dans des pays comme la Russie ou la Serbie de bĂ©nĂ©ficier des avantages apportĂ©s par une monnaie stable, et en particulier le dollar. En 1999, il expliquait ainsi Ă son Ă©quipe :
« La plupart des gens ordinaires nâont jamais lâoccasion dâouvrir un compte Ă lâĂ©tranger ou de mettre la main sur plus de quelques billets dâune monnaie stable comme le dollar amĂ©ricain. Un jour, PayPal sera en mesure de changer cette situation. Ă lâavenir, lorsque notre service sera disponible en dehors des Ătats-Unis et que la pĂ©nĂ©tration dâInternet continuera Ă sâĂ©tendre Ă tous les niveaux Ă©conomiques, PayPal permettra aux citoyens du monde entier dâexercer un contrĂŽle plus direct sur leurs monnaies quâils ne lâont jamais fait auparavant2. »
Cette idĂ©e de remplacer les monnaies Ă©trangĂšres par le dollar pour mettre fin aux hyperinflations se retrouvait dans son discours donnĂ© Ă Oakland en Californie pour lâIndependent Institute en octobre 1999. Il a par la suite confirmĂ© (voire enjolivĂ©) cette vision initiale, en dĂ©clarant en 2009 que « lâidĂ©e qui a prĂ©sidĂ© Ă la fondation de PayPal Ă©tait la crĂ©ation dâune nouvelle monnaie mondiale, libre de toute dilution et de tout contrĂŽle Ă©tatique ».

Toutefois, tout ne sâest pas passĂ© comme prĂ©vu. En lâan 2000, en raison de problĂšmes de financement, Confinity a dĂ» fusionner avec la sociĂ©tĂ© X.com dâElon Musk pour former PayPal Inc. Puis, au fil des annĂ©es, lâentreprise sâest conformĂ©e Ă des contraintes rĂšglementaires de plus en plus drastiques, y compris en dehors des Ătats-Unis, ce qui a Ă©branlĂ© lâeffet libĂ©rateur escomptĂ©. Elle procĂšde ainsi rĂ©guliĂšrement Ă des gels de compte arbitraires, comme celui de WikiLeaks en 2010.
Le destin de Peter Thiel lui-mĂȘme est aussi intĂ©ressant, car le visionnaire de PayPal a Ă©voluĂ© et sâest depuis impliquĂ© dans lâappareil politique amĂ©ricain. En 2004, il a cofondĂ© la sociĂ©tĂ© de surveillance informatique Palantir Technologies, dont les logiciels sont utilisĂ©s (entre autres) par les services de renseignement, comme la NSA aux Ătats-Unis, le GCHQ au Royaume-Uni ou la DGSI en France. Il a aussi largement soutenu la carriĂšre politique de J. D. Vance, lâactuel vice-prĂ©sident des Ătats-Unis, en le prĂ©sentant Ă Donald Trump en 2021 et en finançant sa campagne pour les Ă©lections sĂ©natoriales de 2022.
Peter Thiel est Ă©galement liĂ© Ă David Sacks, entrepreneur sud-africain ayant aussi Ă©tudiĂ© Ă Stanford, avec qui il a publiĂ© lâouvrage The Diversity Myth en 1995, pour dĂ©noncer lâeffet nĂ©faste du politiquement correct et du multiculturalisme sur les campus universitaires amĂ©ricains. David Sacks lâa accompagnĂ© dans lâaventure Confinity, oĂč il travaillait sur le marketing pour le produit PayPal, et il est devenu le directeur de lâexploitation aprĂšs la fusion. AprĂšs avoir rĂ©alisĂ© un certain nombre dâinvestissements fructueux dans la Silicon Valley, il sâest aussi impliquĂ© en politique, et il a fini par ĂȘtre nommĂ© « czar » chargĂ© de la cryptomonnaie et de lâintelligence artificielle auprĂšs de la Maison-Blanche en janvier 2025.
Les deux hommes font partie de la « mafia PayPal », surnom donné au groupe informel des anciens fondateurs ou employés de la société qui ont depuis fondé et développé des entreprises technologiques de la Silicon Valley.

PayPal a ainsi Ă©chouĂ© Ă devenir un moyen de libĂ©ration financiĂšre et sâest simplement transformĂ© en un service de paiement classique. Toutefois, avec lâĂ©mergence de Bitcoin en 2010, un vent dâinnovation a soufflĂ© sur le secteur financier. Lâabsence de besoin dâautorisation permettait Ă nâimporte qui de lancer un service sans se soucier de la rĂšglementation en premier lieu. Et les stablecoins ont fait partie des premiers projets Ă se manifester.
Comme nous lâavons expliquĂ© en introduction les stablecoins (ou « cryptomonnaies stables ») sont des jetons numĂ©riques arrimĂ©s Ă une monnaie peu volatile, le plus souvent au dollar amĂ©ricain. Ils sont transfĂ©rĂ©s par le biais dâun ou de plusieurs systĂšmes cryptoĂ©conomiques dĂ©centralisĂ©s comme Bitcoin, Ethereum ou Solana. Leur premier avantage est de permettre Ă lâutilisateur dâĂ©chapper Ă la volatilitĂ© propre aux cryptomonnaies, de maniĂšre simple et directe.
Le concept de stablecoin est apparu vers 2011â2012 avec le mouvement « Bitcoin 2.0 », une mouvance qui visait Ă amĂ©liorer Bitcoin en lui adjoignant des fonctionnalitĂ©s supplĂ©mentaires. Câest de ce mouvement quâont Ă©mergĂ© les diffĂ©rents modĂšles de piĂšces colorĂ©es (ChromaWay, Open Assets, Colored Coins), les mĂ©taprotocoles Mastercoin et Counterparty, et les systĂšmes cryptoĂ©conomiques externes Ă Bitcoin comme Bitshares, NXT et Ethereum.
LâidĂ©e du stablecoin a en particulier germĂ© au sein du projet Mastercoin (qui serait rebaptisĂ© Omni en 2015). Il sâagissait dâun systĂšme bĂąti en surcouche de Bitcoin, sur lequel les utilisateurs pouvaient Ă©mettre leurs propres jetons, appelĂ©s user currencies, grĂące Ă des commandes inscrites sur la chaine de Bitcoin et interprĂ©tĂ©es par un logiciel spĂ©cifique. Mastercoin a Ă©tĂ© imaginĂ© en janvier 2012 par J. R. Willett, un dĂ©veloppeur amĂ©ricain de 32 ans travaillant pour un fabricant dâĂ©quipements aĂ©ronautiques. On lui attribue Ă©galement lâinvention du concept de stablecoin, quâil a formalisĂ© dans le livre blanc de son projet, intitulĂ© « The Second Bitcoin White Paper », en ces termes :
« Il est possible de concevoir des outils permettant aux utilisateurs finaux de crĂ©er des monnaies ayant une valeur stable, indexĂ©e sur une monnaie externe ou une marchandise extĂ©rieure. De cette maniĂšre, les utilisateurs de ces monnaies peuvent possĂ©der une monnaie virtuelle stabilisĂ©e, rattachĂ©e au dollar amĂ©ricain, Ă lâeuro, Ă lâonce dâor, au baril de pĂ©trole, etc. »

Le systĂšme Mastercoin a Ă©tĂ© lancĂ© au cours de lâĂ©tĂ© 2013, Ă la suite dâune ICO dâun mois, qui a recueilli 5 120 BTC soit un demi-million de dollars Ă lâĂ©poque ! Le montant obtenu (tout Ă fait inattendu) a motivĂ© la crĂ©ation dâune organisation spĂ©ciale, la Fondation Mastercoin, pour que la gestion de lâargent puisse se faire. Les membres fondateurs Ă©taient des investisseurs. On y trouvait notamment Brock Pierce, ancien enfant acteur pour Disney (Les Petits champions, PrĂ©sident junior), qui Ă©tait devenu investisseur prolifique dans le jeu vidĂ©o puis dans la cryptomonnaie.

Il a fallu attendre 2014 pour que les stablecoins deviennent rĂ©alitĂ©. Les premiers jetons de ce type ont Ă©tĂ© les stablecoins « dĂ©centralisĂ©s » non collatĂ©ralisĂ©s, dont la valeur dĂ©pendait dâun systĂšme de compensation algorithmique. Ils ont Ă©tĂ© Ă©mis sur des chaines de blocs alternatives : tel Ă©tait le cas du bitUSD lancĂ© sur BitShares en aoĂ»t 2014, et de lâUSNBT dĂ©ployĂ© sur NuBits en septembre. Ces modĂšles avaient leur utilitĂ©, mais ils Ă©taient sujets Ă une forte instabilitĂ©, si bien que les gens ont prĂ©fĂ©rĂ© se tourner vers les stablecoins centralisĂ©s, comme le Tether USD (ayant pour sigle boursier USDT).
Le projet Tether (de lâanglais to tether signifiant « attacher ») a Ă©tĂ© annoncĂ© le 8 juillet 2014 sous le nom de Realcoin : il sâagissait dâĂ©mettre des jetons stables par rapport au dollar sur le protocole Mastercoin. Lâentreprise gĂ©rant le projet a Ă©tĂ© cofondĂ©e par trois personnes : Brock Pierce, dont on a dĂ©jĂ parlé ; Reeve Collins, entrepreneur dans le secteur de la publicité ; et Craig Sellars, dĂ©veloppeur de logiciel qui occupait depuis fĂ©vrier le poste de directeur technique de la Fondation Mastercoin. Le but affichĂ© de Realcoin Ă©tait dâ« apporter les avantages de Bitcoin au dollar amĂ©ricain », en passant par le rĂ©seau Bitcoin pour effectuer des transactions Ă faible coĂ»t sans recourir Ă un tiers, et de constituer une « alternative non volatile » Ă la cryptomonnaie de Satoshi, dont la valeur Ă©tait trĂšs fluctante.

La promesse de Realcoin, câĂ©tait que son stablecoin garde une valeur proche du dollar amĂ©ricain en Ă©tant garanti par des « rĂ©serves en dollars, toutes dĂ©tenues dans des placements prudents », et auditĂ©es par une entitĂ© indĂ©pendante. En pratique, la convertibilitĂ© est assurĂ©e Ă paritĂ© par lâentreprise. Si le prix du stablecoin baisse, on peut en acheter sur le marchĂ© et cĂ©der cette monnaie pour un profit ; si son prix augmente, on peut sâen procurer auprĂšs de la sociĂ©tĂ© et la vendre sur le marchĂ© pour un profit. La stabilitĂ© vis-Ă -vis du dollar est ainsi maintenue, pour autant que lâentreprise ne sâamuse pas Ă utiliser les dollars reçus pour investir dans des actifs risquĂ©s.
Les premiers jetons ont Ă©tĂ© Ă©mis sur Mastercoin le 6 octobre 2014, lançant ce qui deviendrait un rĂ©el phĂ©nomĂšne Ă lâĂ©chelle mondiale. Le projet Realcoin a rapidement Ă©tĂ© renommĂ© Tether en novembre 2014, afin dâĂ©viter dâĂȘtre associĂ© aux cryptomonnaies alternatives utilisant le suffixe « coin » comme Litecoin, Dogecoin ou Feathercoin. De plus, le nom « RealCoin » Ă©tait dĂ©jĂ utilisĂ© par un altcoin alors inactif.

En novembre 2014, Tether a annoncĂ© avoir conclu un partenariat avec la plateforme de trading sur marge Bitfinex. Cette derniĂšre avait Ă©tĂ© fondĂ©e en octobre 2012 par un technicien informatique français du nom de RaphaĂ«l Nicolle, qui avait Ă©tĂ© vite rejoint par Giancarlo Devasini, un chirurgien esthĂ©tique italien reconverti en vendeur dâĂ©lectronique, et Jean-Louis Van Der Velde, un entrepreneur nĂ©erlandais expatriĂ© en Asie de lâEst.
Le projet Tether a dĂšs le dĂ©part Ă©tĂ© Ă©troitement liĂ© Ă Bitfinex. DâaprĂšs Philip Potter, directeur de la stratĂ©gie de Bitfinex, lâĂ©quipe Ă©tait en effet en relation avec les membres de la Fondation Mastercoin au cours de lâannĂ©e 2014 pour mettre au point le stablecoin. De plus, bien que les deux structures aient Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es comme distinctes, les gens impliquĂ©s dans Bitfinex lâĂ©taient aussi (plus ou moins secrĂštement) dans Tether. Comme lâont rĂ©vĂ©lĂ© les Paradise Papers en 2017, la sociĂ©tĂ© Tether Holdings Ltd. a Ă©tĂ© enregistrĂ©e dans les Ăźles Vierges britanniques en septembre 2014 par Giancarlo Devasini et Philip Potter. On peut aussi citer le cas de Stuart Hoegner, qui a longtemps Ă©tĂ© conseiller pour les deux entreprises.

Cette connivence a aidĂ© Tether Ă se lancer sur le marchĂ©. Le 15 janvier 2015, LâUSDT a Ă©tĂ© ajoutĂ© sur Bitfinex en tant que mĂ©thode de dĂ©pĂŽt et de retrait en dollars. Cette intĂ©gration a permis de garantir la convertibilitĂ© dâun point de vue pratique : lâutilisateur moyen pouvait ainsi envoyer de lâUSDT sur Bitfinex, obtenir le montant Ă©quivalent en dollars, et les retirer par un autre moyen.
Peu Ă peu, les fondateurs officiels de Tether se sont retirĂ©s du projet (lâimplication de Brock Pierce ayant cessĂ© en 20153) et Bitfinex a pris le relai. En 2018, la sociĂ©tĂ© Tether Holdings Ltd. Ă©tait ainsi contrĂŽlĂ©e Ă 86 % par quatre individus, tous impliquĂ©s dans la plateforme de change : Giancarlo Devasini (43 %), Jean-Louis van der Velde (15 %), Stuart Hoegner (15 %) et Christopher Harborne (12 %).
Le jeton de Tether constituait une aubaine pour les plateformes de change et leurs utilisateurs. Dâune part, les plateformes avaient du mal Ă se bancariser, et voyaient dans lâUSDT un mode de dĂ©pĂŽt et de retrait fiable en dollars (Liberty Reserve Ă©tait fermĂ©e depuis mai 2013). Dâautre part, Tether permettait aux utilisateurs de ne pas rĂ©aliser une cession contre une monnaie Ă©tatique, et par consĂ©quent de ne pas avoir Ă payer la taxe sur les plus-values immĂ©diatement (cette Ă©chappatoire a Ă©tĂ© abrogĂ©e en 2018 aux Ătats-Unis).
LâintĂ©gration aux principales plateformes de lâĂ©cosystĂšme sâest dĂ©roulĂ©e entre 2015 et 2017. La place de marchĂ© Poloniex (trĂšs populaire Ă cette Ă©poque-lĂ ) a ajoutĂ© lâUSDT Ă son offre en fĂ©vrier 2015. La cotation au comptant créée a permis au jeton dâapparaitre sur CoinMarketCap le mĂȘme jour. Dans les deux annĂ©es qui ont suivi, la plupart des plateformes ont Ă©galement intĂ©grĂ© le stablecoin : ShapeShift en avril 2015, Cryptsy en mai, Bittrex en dĂ©cembre, Kraken en mars 2017 et la toute nouvelle Binance en aoĂ»t 2017.
En 2017, avec le marchĂ© haussier du prix du bitcoin, le phĂ©nomĂšne a commencĂ© Ă prendre de lâampleur. Le nombre dâUSDT Ă©mis est passĂ© de 7 millions Ă la fin de lâannĂ©e 2016 Ă 55 millions en mars 2017, puis Ă 445 millions en septembre. Ă la fin de lâannĂ©e, il y avait plus dâun milliard dâUSDT en circulation !
Cette croissance du Tether USD ne sâest pas faite sans remontrances, dont certaines sont provenues dâun internaute se faisant appeler Bitfinexâed, qui sâest spĂ©cialisĂ© dans la rĂ©vĂ©lation des manĆuvres parfois douteuses de Bitfinex et de Tether. Des doutes ont ainsi planĂ© sur le fait que la sociĂ©tĂ© Tether Ltd. conservait bien tout en rĂ©serve et nâen profitait pas pour faire des investissements risquĂ©s. On a suspectĂ© la sociĂ©tĂ© dâacheter du bitcoin en masse pour faire monter son prix et nourrir lâenthousiasme spĂ©culatif, de façon Ă accroitre la demande pour les USDT sur les plateformes de change et Ă acheter plus de BTC. On a aussi questionnĂ© la relation incestueuse quâentretenait Tether avec Bitfinex, qui venait de subir un piratage catastrophique (120 000 bitcoins volĂ©s soit environ 70 millions de dollars) et qui rencontrait des problĂšmes de bancarisation.
Ces soupçons sont devenus rĂ©alitĂ© en 2021 lorsque la sociĂ©tĂ© a Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă payer une amende de 41 millions de dollars par la CFTC, pour nâavoir dĂ©tenu « des rĂ©serves fiduciaires suffisantes pour la garantie des jetons USDT en circulation que pendant 27,6 % du temps sur une pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence de 26 mois comprise entre 2016 et 2018 ». Cependant, Tether a fini par se mettre en rĂšgle en 2019, et elle a depuis adoptĂ© une stratĂ©gie de transparence, en publiant un bilan dĂ©taillĂ© de ses avoirs Ă la fin de chaque trimestre.
Ă partir de la fin de lâannĂ©e 2017, le Tether USD a commencĂ© Ă ĂȘtre Ă©mis sur dâautres chaines de blocs, qui se prĂ©sentaient comme des plateformes dĂ©diĂ©es aux contrats autonomes. Le systĂšme Ethereum, qui venait de connaitre le succĂšs grĂące Ă la « folie des ICO », a ainsi accueilli une premiĂšre Ă©mission dâUSDT en novembre 2017. Dâautres ont suivi : Tron en 2019, puis Solana et Avalanche en 2021.
Mais le phĂ©nomĂšne ne sâest pas arrĂȘtĂ© lĂ , et des concurrents Ă Tether sont apparus. Le principal, lâUSDC, a Ă©tĂ© lancĂ© en 2018 par la sociĂ©tĂ© Circle, et il est aujourdâhui 2,3 moins gros que lâUSDT. On peut Ă©galement citer le dai, stablecoin collatĂ©ralisĂ© supposĂ©ment dĂ©centralisĂ©, qui a Ă©tĂ© lancĂ© en dĂ©cembre 2017, renommĂ© USDS en 2024, et qui est aujourdâhui garanti pour moitiĂ© par de lâUSDC.
Cette construction a posĂ© les bases de la « finance dĂ©centralisĂ©e » (ou DeFi), qui se proposait de reproduire les outils du systĂšme financier traditionnel (comme le prĂȘt sur gages, lâĂ©change boursier ou les produits dĂ©rivĂ©s) de maniĂšre numĂ©rique, dĂ©centralisĂ©e, ouverte et transparente. Cette tendance a connu une grande popularitĂ© pendant lâĂ©tĂ© 2020, Ă tel point que ce dernier a pris le surnom de « DeFi Summer ».
La vague de la finance dĂ©centralisĂ©e a largement fait les affaires de Tether, qui voyait son stablecoin ĂȘtre utilisĂ© au sein de protocoles divers en tant que garantie ou de moyen dâĂ©change. Le nombre dâUSDT en circulation est ainsi passĂ© de 4,3 milliards en avril 2020 Ă 83 milliards en avril 2022, soit une multiplication par 19 en deux ans. La finance dĂ©centralisĂ©e a Ă©galement Ă©largi le modĂšle Ă©conomique des stablecoins : pour lâutilisation des protocoles de DeFi, la dĂ©tention de stablecoins devait se faire en propre, plutĂŽt que par le biais de plateformes de change centralisĂ©es. LâactivitĂ© directe de ces jetons sur les chaines de blocs (jusquâalors quasi inexistante) a ainsi connu une croissance prodigieuse : le volume mensuel dâUSDT transfĂ©rĂ©s a ainsi dĂ©passĂ© les 600 milliards de dollars en avril 2021.

Un autre cas dâutilisation sâest dĂ©veloppĂ© durant la mĂȘme pĂ©riode : lâutilisation de Tether dans les pays en dĂ©veloppement, que ce soit en AmĂ©rique latine, en Asie du Sud-Est, au Proche-Orient ou en Afrique. Les habitants de certaines rĂ©gions du monde, et lâAmĂ©rique latine en particulier, utilisent souvent le dollar, de maniĂšre formelle ou informelle, en raison de sa volatilitĂ© rĂ©duite et de son acceptation mondiale. Dans les pays oĂč le taux dâinflation est Ă©levĂ©, les gens recherchent en effet une rĂ©serve de valeur fiable Ă court terme, qui ne soit pas sujette Ă des cycles spĂ©culatifs comme le bitcoin. Cela sâest vu en Argentine lorsque, dans les annĂ©es 2010, la forte inflation du peso couplĂ© Ă un contrĂŽle des changes strict a provoquĂ© lâapparition dâune unitĂ© de compte parallĂšle appelĂ©e le « blue dollar », suivant le taux de change du marchĂ© noir, plus Ă©levĂ© que le taux de change officiel.
Au fur et Ă mesure des annĂ©es, lâutilisation de lâUSDT et des stablecoins dans ces pays sâest popularisĂ©e, notamment par le biais de solutions de transfert Ă frais faibles, comme la blockchain Tron, la surcouche Polygon ou le systĂšme de transfert interne de Binance. On a ainsi pu voir Tether et les stablecoins ĂȘtre adoptĂ©s localement dans des pays variĂ©s comme lâArgentine, le BrĂ©sil, la Colombie, le Venezuela, la Bolivie, le Liban, la Turquie, le NigĂ©ria, les Philippines ou le Vietnam. Cette adoption se traduit en particulier par une demande forte sur les plateformes de change, oĂč le change entre les monnaies nationales et les stablecoins est beaucoup plus Ă©levĂ©.

Ă partir de 2022, la communication de Tether sâest davantage axĂ©e sur ce cas dâutilisation, pour mettre en avant son cĂŽtĂ© humanitaire. La sociĂ©tĂ© se prĂ©sente comme une bienfaitrice qui vient rĂ©soudre les problĂšmes que les gens rencontrent avec leurs systĂšmes monĂ©taires locaux. Tether rappelle ainsi rĂ©guliĂšrement que lâune de ses missions est dâapporter lâ« inclusion financiĂšre » aux populations qui nâont pas nĂ©cessairement accĂšs aux solutions occidentales. Ă cette fin symbolique, Tether a dĂ©placĂ© son siĂšge social au Salvador en janvier 2025.
Ce changement de communication coĂŻncide avec lâĂ©mergence de Paolo Ardoino Ă la tĂȘte de la sociĂ©tĂ©. Paolo Ardoino est un programmeur et entrepreneur italien, qui se spĂ©cialisait Ă lâorigine dans la cybersĂ©curitĂ© et dans la fintech. Il a rejoint Bitfinex en tant que dĂ©veloppeur en 2014 et il en est devenu le directeur technique en 2016 (position quâil occupait toujours en 2025). En parallĂšle, il a Ă©tĂ© nommĂ© directeur technique de Tether Ltd. en 2017. En 2023, Paolo Ardoino a commencĂ© Ă sâexprimer au nom de lâentreprise, et il a finalement accĂ©dĂ© au poste de PDG en dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e, succĂ©dant Ă Jean-Louis Van Der Velde. Il a ainsi accompagnĂ© la troisiĂšme phase de la croissance de Tether qui sâest produite entre 2023 et aujourdâhui.
Ces diffĂ©rentes utilisations de lâUSDT (plateformes de change, finance dĂ©centralisĂ©e, rĂ©serve de valeur dans les pays en dĂ©veloppement) se sont rĂ©vĂ©lĂ©es extrĂȘmement lucratives pour Tether. AprĂšs une annĂ©e 2022 difficile â lors de laquelle le prix des cryptomonnaies a fortement baissĂ©, ce qui a entrainĂ© des conversions en dollars, notamment Ă la suite de lâeffondrement du stablecoin algorithmique TerraUSD en mai â la quantitĂ© dâUSDT en circulation a continuĂ© Ă croitre, en doublant en lâespace de 3 ans. Elle est ainsi passĂ© de 83 milliards en avril 2022 Ă 174 milliards en septembre 2025.

Ce succĂšs sâest rĂ©vĂ©lĂ© particuliĂšrement lucratif pour Tether, qui tire ses bĂ©nĂ©fices de ses placements : tout dĂ©pĂŽt est ainsi placĂ© sur un produit financier qui lui rapporte un intĂ©rĂȘt. Par exemple, les bons du TrĂ©sor Ă Ă©chĂ©ance courte (la principale garantie derriĂšre lâUSDT aujourdâhui) rapportent aujourdâhui 3,8 % par an, ce qui reprĂ©sente une coquette somme si le montant placĂ© sâĂ©lĂšve Ă plusieurs dizaines de milliards de dollars (6,6 milliards dâintĂ©rĂȘts pour 174 milliards de principal). Lâentreprise a relativement peu de charges (200 employĂ©s environ), si bien que ses bĂ©nĂ©fices approchent de son chiffre dâaffaires. Entre octobre 2024 et septembre 2025, la sociĂ©tĂ© a ainsi gĂ©nĂ©rĂ© un bĂ©nĂ©fice net de plus de 10 milliards de dollars ! Par comparaison, le rĂ©sultat net de Blackrock ont Ă©tĂ© de 6,3 milliards de dollars en 2024.
Il semble inutile de prĂ©ciser que les quelques personnes impliquĂ©es dans lâentreprise en ont profitĂ© grassement. Les quelques associĂ©s impliquĂ©s dans la sociĂ©tĂ© sont ainsi devenus milliardaires. Câest en particulier le cas de Giancarlo Devasini, dont la fortune est estimĂ©e Ă 22,4 milliards de dollars par Forbes, qui a Ă©tĂ© sacrĂ© lâ« homme le plus riche du Tessin » en 2024. Paolo Ardoino possĂšderait lui un patrimoine dâenviron 9,5 milliards de dollars.
Cependant, la rĂ©ussite de Tether nâest pas seulement attribuable Ă des objectifs qui seraient purement altruistes ; elle cache aussi des intĂ©rĂȘts autrement plus cyniques, relevant de lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain.
Les Ătats-Unis dâAmĂ©rique se sont construits sur un modĂšle expansionniste dĂšs leur crĂ©ation. AprĂšs avoir colonisĂ© un vaste territoire continental lors de la « ConquĂȘte de lâOuest », ils ont commencĂ© Ă exercer une influence de plus en plus grande Ă lâĂ©tranger, en intervenant militairement si le besoin se faisait ressentir. En particulier, ils ont revendiquĂ© une domination croissante sur les AmĂ©riques (quâils appellent lâ« hĂ©misphĂšre occidental »), conformĂ©ment au corollaire Roosevelt de la doctrine Monroe, formulĂ© par Theodore Roosevelt en 1904 et rappelĂ© dans la derniĂšre « stratĂ©gie de sĂ©curitĂ© nationale » publiĂ©e en dĂ©cembre 2025. Leur implication dans la PremiĂšre et surtout dans la Seconde Guerre mondiale leur a permis de former une vĂ©ritable armĂ©e permanente et dâaccroitre leur influence militaire autour du monde, pour les mener Ă leur situation dâaujourdâhui.
Cet impĂ©rialisme est aussi passĂ© par la monnaie. Le rĂŽle du dollar Ă lâinternational est en effet dĂ©terminant pour financer lâĂtat fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain (grĂące au seigneuriage) et, ce qui est une caractĂ©ristique plus rĂ©cente, pour contrĂŽler les Ă©changes Ă©conomiques (censure). Les accords de Bretton Woods signĂ©s Ă la fin de la Seconde Guerre mondiale ont par exemple constituĂ© une vassalisation monĂ©taire des Ătats europĂ©ens aux Ătats-Unis, un Ă©tat de fait constatĂ© en 1964 par ValĂ©ry Giscard dâEstaing et le gĂ©nĂ©ral de Gaulle (alors au pouvoir en France) qui dĂ©nonçaient le « privilĂšge exorbitant » du dollar. On peut aussi citer le rĂ©gime des pĂ©trodollars, instaurĂ© au dĂ©but des annĂ©es 70 par influence diplomatique, qui a obligĂ© les pays exportateurs de pĂ©trole du Moyen-Orient Ă utiliser uniquement la monnaie amĂ©ricaine pour vendre leur production, assurant une demande certaine pour le billet vert.
Aujourdâhui, les stablecoins adossĂ©s au dollar forment une aubaine unique pour lâĂtat fĂ©dĂ©ral. Alors que le rĂ©gime de pĂ©trodollars dĂ©cline et que le taux de change chute Ă cause des droits de douane imposĂ©s par Donald Trump en dĂ©but dâannĂ©e4, il est devenu en effet vital pour les Ătats-Unis de trouver dâautres moyens permettant de continuer Ă financer leur train de vie, et les stablecoins en font partie. Tether en particulier est devenu lâun des principaux crĂ©anciers de lâĂtat fĂ©dĂ©ral : depuis 2021, les rĂ©serves en instruments financiers sont conservĂ©es auprĂšs de la sociĂ©tĂ© de courtage Cantor Fitzgerald (dont le PDG et actionnaire majoritaire, Howard Lutnick, est devenu secrĂ©taire au commerce des Ătats-Unis en 2025) et se composent principalement de bons du TrĂ©sor amĂ©ricain. En septembre 2025, les bons du TrĂ©sor reprĂ©sentaient 62 % des rĂ©serves totales de Tether Ltd., ce qui plaçait la sociĂ©tĂ© au niveau de la 17e position dans le classement des Ătats dĂ©tenant de la dette amĂ©ricaine, au-dessus de la CorĂ©e du Sud.
En outre, Tether entretient des relations de plus en plus Ă©troites avec lâĂtat fĂ©dĂ©ral, ce qui offre Ă ce dernier une mainmise sur les opĂ©rations financiĂšres rĂ©alisĂ©es avec le stablecoin. En dĂ©cembre 2023, Paolo Ardoino dĂ©clarait ainsi que « Tether [aspirait] Ă devenir un partenaire de classe mondiale pour les Ătats-Unis, en continuant Ă aider les forces de lâordre et Ă Ă©tendre lâhĂ©gĂ©monie du dollar Ă lâĂ©chelle mondiale ». LâUSDT constitue donc une arme de diffusion du dollar autour du monde, en Ă©tant transfĂ©rĂ© par le biais dâun systĂšme dĂ©centralisĂ©, qui Ă©chappe au contrĂŽle direct des Ătats les plus faibles.
LâinternĂ©tisation de la monnaie a pour effet dâaccentuer la guerre monĂ©taire entre les Ătats, car il devient plus aisĂ© de faire circuler sa monnaie sur un territoire Ă©tranger sans en contrĂŽler le cadre rĂšglementaire. Câest ce qui explique la rĂ©cente rĂ©action de lâoligarchie europĂ©enne, qui sâest largement opposĂ©e Ă lâessor des stablecoins adossĂ©s au dollar. La lĂ©gislation de lâUnion europĂ©enne a ainsi rĂ©cemment provoquĂ© un retrait de lâUSDT des plateformes de change, Tether ayant refusĂ© de se conformer aux dispositions du rĂšglement MiCa entrĂ©es en vigueur en juin 2024, jugĂ©es trop restrictives. En parallĂšle, la BCE a repris le dĂ©veloppement de son euro numĂ©rique (MNBC), et un consortium composĂ© de dix banques europĂ©ennes a mis en chantier un nouveau projet de stablecoin adossĂ© Ă lâeuro.
De son cĂŽtĂ©, lâĂtat fĂ©dĂ©ral amĂ©ricaine a Ă©galement serrĂ© la vis : mĂȘme sâil veut pousser les stablecoins, il tient Ă ce quâils ne soient pas arrimĂ©s Ă une monnaie Ă©trangĂšre et quâils puissent ĂȘtre contrĂŽlĂ© sur son propre territoire. Le 18 juillet 2025, lâadministration Trump a ainsi fait passer le GENIUS Act, qui a clarifiĂ© (et alourdi) la rĂšglementation autour des stablecoins. La loi, qui devrait rapidement entrer en vigueur, exige que les stablecoins circulant aux Ătats-Unis soient adossĂ©s Ă 100 % par des actifs liquides liĂ©s au dollar amĂ©ricain, afin de « protĂ©ger les consommateurs » et de « gĂ©nĂ©rer une demande accrue pour la dette amĂ©ricaine et consolider le statut du dollar en tant que monnaie de rĂ©serve mondiale ». De plus, elle impose aux Ă©metteurs de stablecoins de « mettre en place des programmes efficaces de lutte contre le blanchiment dâargent et de conformitĂ© aux sanctions, comprenant les Ă©valuations des risques, la vĂ©rification des listes de sanctions et lâidentification des clients ». Pour se conformer, Tether a annoncĂ© le lancement dâun nouveau jeton, lâUSAT, qui suivra la lĂ©gislation amĂ©ricaine. La sociĂ©tĂ© a embauchĂ© Bo Hines, ancien conseiller sur les cryptomonnaies auprĂšs de la Maison-Blanche, pour gĂ©rer sa branche amĂ©ricaine.
Cette approbation officielle a provoquĂ© une nouvelle vague dans la crĂ©ation de stablecoins. On a ainsi vu PayPal Ă©mettre son propre stablecoin, le PYUSD, sur Ethereum en 2022. De mĂȘme, le service financier World Liberty Financial, cofondĂ© entre autres par les fils de Donald Trump (Eric, Donald Jr. et Barron), a lancĂ© un jeton de ce type appelĂ© USD1 le 28 janvier 2025. Les stablecoins ont donc un bel avenir devant eux aux Ătats-Unis.
Un cheval de Troie est un cadeau qui sâavĂšre ĂȘtre un piĂšge. Câest une rĂ©fĂ©rence au mythique cheval de bois offert lors de la guerre de Troie par les MycĂ©niens, qui combattaient les Troyens. Les MycĂ©niens se cachaient en rĂ©alitĂ© Ă lâintĂ©rieur, si bien que les Troyens ont provoquĂ© leur propre destruction en amenant le cheval entre les murs de leur citĂ©.
Cette mĂ©taphore est rĂ©guliĂšrement utilisĂ©e dans lâĂ©cosystĂšme des cryptomonnaies. Bitcoin est ainsi parfois dĂ©signĂ© comme un « cheval de Troie de la liberté » : un actif allĂ©chant offert au systĂšme financier qui sâempresserait de lâadopter, ce qui conduirait Ă dĂ©truire la base sur laquelle il repose, câest-Ă -dire le contrĂŽle sur la monnaie.

Une variante de cette mĂ©taphore est apparue plus rĂ©cemment pour impliquer le stablecoin : dâaprĂšs cette thĂ©orie, Tether serait le cheval de Troie de Bitcoin, en constituant une Ă©tape de transition entre la monnaie fiat et la monnaie libre. Cette vision est entre autres portĂ©e par Paolo Ardoino lui-mĂȘme, qui est un bitcoineur convaincu et qui voit lâUSDT comme une solution temporaire, permettant de faciliter lâadoption de Bitcoin.

Tether constitue effectivement un atout pour Bitcoin, en tout cas Ă court terme. La sociĂ©tĂ© est lâun des plus gros dĂ©tenteurs de bitcoin : dans son rapport de septembre, il est indiquĂ© quâelle possĂ©dait directement plus de 86 000 bitcoins en rĂ©serve, soit prĂšs de 10 milliards de dollars. Elle contrĂŽle Ă©galement 116 tonnes dâor, dont 12 servent Ă garantir son stablecoin indexĂ© Ă lâonce dâor, le Tether Gold (XAUT).
De plus, lâimplication de Tether dans Bitcoin va plus loin quâune simple dĂ©tention : la sociĂ©tĂ© finance largement lâĂ©cosystĂšme, en sâimpliquant dans des levĂ©es de fonds dâentreprises liĂ©es de prĂšs ou de loin Ă Bitcoin dont Bitrefill, BTCPayServer ou Synonym. Tether sâinvestit Ă©galement dans lâĂ©ducation autour de la cryptomonnaie, en finançant lâuniversitĂ© en ligne gratuite PlanB Network ou des Ă©vĂšnements comme la confĂ©rence de Lugano.

Cette vision pour Tether est partagĂ©e par Saifedean Ammous, lâĂ©conomiste auteur de LâĂtalon-bitcoin et maximaliste prĂ©sumĂ©. Ce dernier a fait lâapologie du stablecoin dans son intervention Ă la confĂ©rence de Las Vegas en mai, oĂč il cherchait Ă montrer que le succĂšs de Tether serait Ă©galement positif pour Bitcoin, concluant que lâUSDT Ă©tait « un bon moyen de sâaffranchir progressivement du dollar ». Dans son argumentaire, il admet que Tether absorbe une partie de la dette amĂ©ricaine, mais que cela ne suffit pas Ă la faire diminuer ; Ă terme, cette dette est vouĂ©e Ă ĂȘtre supprimĂ©e, directement par le dĂ©faut de paiement ou indirectement par la dĂ©valuation du dollar. Face Ă cette double menace, Tether est incitĂ© Ă se couvrir en achetant dâautres actifs indĂ©pendants du dollar comme lâor et le bitcoin. Le dĂ©clin de la monnaie amĂ©ricaine ferait que lâUSDT finirait par se dĂ©coupler du dollar Ă la hausse, un USDT sâĂ©changeant contre plus dâun dollar. Le Tether deviendrait alors une monnaie privĂ©e adossĂ©e dâabord Ă plusieurs actifs de rĂ©serves, et Ă terme uniquement au bitcoin en raison de sa raretĂ© absolue.
Bref, cette vision correspond Ă peu prĂšs au rĂȘve de Peter Thiel pour PayPal, qui voulait Ă terme en faire « une nouvelle monnaie sur Internet qui supplante le dollar amĂ©ricain5 » comme nous lâavons vu au dĂ©but de cet article. Ainsi, bien quâil existe des diffĂ©rences entre les deux, nous pouvons nous attendre Ă ce que Tether connaisse le mĂȘme destin que PayPal.
Tether est un service centralisĂ© qui, bien que son siĂšge se situe dans une juridiction hors des Ătats-Unis, est directement liĂ© (comme son nom lâindique) au dollar. De ce fait, si la sociĂ©tĂ© voulait ignorer les lois amĂ©ricaines, lâĂtat fĂ©dĂ©ral pourrait intervenir dans le cadre de lâ« extraterritorialitĂ© du droit amĂ©ricain », comme il lâa fait pour Liberty Reserve en 2013. Tether Ltd. est donc contrainte de sây soumettre, ce quâelle est dâailleurs en train de faire avec le GENIUS Act.
Aux Ătats-Unis, le dĂ©ploiement dâune monnaie numĂ©rique de banque centrale a Ă©tĂ© interrompu par lâarrivĂ©e au pouvoir de Donald Trump. Toutefois, il ne sâagit pas dâun rejet dâune monnaie numĂ©rique centralisĂ©e, les stablecoins formant une « monnaie programmable et surveillable », pour reprendre lâexpression de Mark Goodwin. Comme nous lâavons laissĂ© entendre, Tether gĂšle rĂ©guliĂšrement des comptes en suivant les directives amĂ©ricaines et en collaborant avec les agences de renseignement. En mars 2025, la sociĂ©tĂ© a par exemple aidĂ© le Secret Service Ă bloquer 23 millions de dollars de fonds illicites liĂ©s Ă des transactions sur la plateforme de change russe Garantex, soumise Ă des sanctions. Et ce nâest quâun exemple parmi dâautres, mĂȘme si les gels semblent pour lâinstant se limiter aux opĂ©rations criminelles de grande envergure. Bien loin dâapporter la libertĂ© monĂ©taire tant espĂ©rĂ©e, le Tether USD porte ainsi en lui les germes de la censure financiĂšre. Câest en cela quâil constitue un cheval de Troie de lâasservissement financier : câest un piĂšge vouĂ© Ă se refermer, nonobstant la bonne foi des acteurs impliquĂ©s.
Ă la diffĂ©rence de la monnaie numĂ©rique de banque centrale, la menace des stablecoins est plus subtile et insidieuse, car ils ont bel et bien une utilitĂ©, surtout dans le cas oĂč ils bĂ©nĂ©ficieraient dâune grande latitude comme câest le cas aujourdâhui. De plus, ils sont issus par des sociĂ©tĂ©s privĂ©es, en thĂ©orie sĂ©parĂ©es du pouvoir central, ce qui ajoute une Ă©tape dans lâapplication de la censure. Câest pourquoi il est plus difficile de les critiquer, contrairement aux MNBC.
Le fait est que les stablecoins profitent principalement au dollar et Ă lâempire amĂ©ricain, pas au bitcoin. Pourtant, la complaisance vis-Ă -vis de Tether est particuliĂšrement grande chez les partisans les plus zĂ©lĂ©s de Bitcoin, dont un bon nombre nâhĂ©sitent pourtant pas Ă mĂ©priser ouvertement les cryptomonnaies alternatives parce quâelles seraient des « shitcoins ». On peut par exemple penser Ă Adam Back, qui est un soutien de longue date de Bitfinex et de Tether, notamment Ă cause de leur implication dans la sidechain Liquid dĂ©veloppĂ©e par son entreprise, Blockstream. En effet, puisque Tether finance aujourdâhui une grande partie de lâĂ©cosystĂšme, les gens recevant des fonds sont incitĂ©s Ă ne pas trop critiquer lâUSDT, et mĂȘme Ă ne pas sâautoriser Ă penser que ce serait un problĂšme. Pour reprendre les mots dâUpton Sinclair, « il est difficile de faire comprendre quelque chose Ă un homme lorsque son salaire dĂ©pend prĂ©cisĂ©ment du fait quâil ne la comprenne pas ».
Cette situation est prĂ©occupante pour Bitcoin car lâUSDT est clairement un concurrent direct de la cryptomonnaie. Le stablecoin de Tether est en train de devenir la monnaie dâInternet, alors que le bitcoin se transforme chaque jour un peu plus en un or dâinvestissement quâil conviendrait de conserver dans un coffre. Le rĂȘve dâune adoption par la base est en train de lentement sâĂ©vanouir : la confidentialitĂ© sur la chaine de blocs est fĂ©rocement combattue, lâĂ©volution du protocole sâossifie davantage, les dĂ©bats futiles se multiplient, les grandes confĂ©rences se sont transformĂ©es en sĂ©minaires politiques, etc.
Mais la guerre nâest pas perdue. Le prix devrait arrĂȘter de monter comme il lâa fait par le passĂ© â les rendements des cycles de hausse sont dĂ©croissants au cours du temps â ce qui devrait rĂ©tablir un Ă©quilibre entre les gens qui sâintĂ©ressent Ă ce que Bitcoin apporte rĂ©ellement, et ceux qui sont lĂ pour rĂ©aliser un gain financier rapide. Les rĂšglementations de plus en plus drastiques devraient pousser les acteurs Ă opter pour une plus grande dĂ©centralisation, Ă la fois pour la conservation, pour le minage et pour le commerce. Et dans le cas extrĂȘme oĂč lâinstance BTC serait dĂ©finitivement capturĂ©e, nous pourrons profiter des autres mises en Ćuvres du concept. Bitcoin est une trop bonne idĂ©e pour quâon la laisse mourir.
Illustration : image gĂ©nĂ©rĂ©e avec Grok 4âŻ/âŻxAI. Texte : Ă©crit intĂ©gralement sans LLM. Un grand merci Ă Ădouard G. pour avoir relu cet article.
LâAsie aime la crypto. Alors que lâEurope sâorganise tout juste pour mettre en place un stablecoin continental, lâAsie a depuis longtemps tranchĂ© la question et les projets de cryptomonnaies stables se multiplient dans la rĂ©gion. AprĂšs le Japon et sa JPYCoin, câest au tour de la Malaisie dâannoncer le lancement imminent dâun stablecoin adossĂ© Ă la monnaie nationale, le ringgit. Direction Kuala Lumpur pour les premiĂšres infos.
Selon Bloomberg qui rĂ©vĂšle lâinformation, câest le prince hĂ©ritier de Malaisie, Tengku Hassanal Ibrahim Alam Shah, qui serait Ă la tĂȘte du projet de stablecoin et qui aurait investi une partie de sa fortune personnelle dans lâentreprise StableNode qui est en charge du dĂ©veloppement de cette cryptomonnaie.
Le futur roi de Malaisie a dĂ©clarĂ© quâil souhaitait accĂ©lĂ©rer lâadoption de la blockchain dans son pays et que le stablecoin Ă©tait un bon moyen dây parvenir. Il a Ă©galement prĂ©cisĂ© que la crypto en question serait indexĂ©e sur le ringgit, la monnaie nationale, et que cela permettrait de faciliter les paiements transfrontaliers et de rĂ©duire les coĂ»ts pour les utilisateurs.

En outre, le prince a dĂ©clarĂ© vouloir faire de la Malaisie un hub rĂ©gional pour les technologies blockchain et que ce projet de stablecoin « allait dans ce sens ». Il a enfin ajoutĂ© que la cryptomonnaie serait « conforme aux lois locales et internationales et quâelle respecterait les normes les plus strictes en matiĂšre de sĂ©curitĂ© et de transparence ».
De son cĂŽtĂ©, StableNode a confirmĂ© le partenariat avec le prince hĂ©ritier et a dĂ©clarĂ© que ce stablecoin serait lancĂ© dans le courant de lâannĂ©e 2026. La sociĂ©tĂ© a Ă©galement prĂ©cisĂ© quâelle travaillait en Ă©troite collaboration avec les autoritĂ©s malaisiennes pour sâassurer que ce nouveau stablecoin respecte toutes les rĂ©gulations en vigueur.
Avec ce projet, la Malaisie rejoint donc la longue liste des pays asiatiques qui ont dĂ©cidĂ© de lancer leur propre stablecoin. Le Japon, la CorĂ©e du Sud, IndonĂ©sie ou encore Singapour ont dĂ©jĂ franchi le pas et il semblerait que la tendance soit Ă la multiplication des cryptomonnaies nationales dans la rĂ©gion. LâAsie sera-t-elle le continent de tous les stablecoins ?
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Circle, l'émetteur du célÚbre USDC, franchit un cap décisif en développant USDCx, un stablecoin conçu pour offrir une confidentialité bancaire aux entreprises et institutions. Conçu en partenariat avec Aleo, ce projet répond à une demande croissante : comment profiter de la blockchain sans exposer ses transactions au grand jour ?
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Le marchĂ© crypto sâemballe: Polygon active une mise Ă jour qui pourrait transformer tout lâĂ©cosystĂšme. Tous les dĂ©tails dans cet article !
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La Bolivie vient dâannoncer des prĂȘts multilatĂ©raux de plusieurs milliards de dollars, afin dâamorcer une sortie de crise financiĂšre. Elle compte Ă©galement sâappuyer sur les cryptomonnaies. Quel est le planâ?
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Les marchĂ©s cryptographiques montrent des signes de tension alors que plusieurs mesures clĂ©s des flux de capitaux deviennent nĂ©gatives. Les donnĂ©es rĂ©centes indiquent un refroidissement gĂ©nĂ©ral de la demande pour les ETF Bitcoin, les stablecoins et l'activitĂ© de trĂ©sorerie des entreprises. Et comme prĂ©vu, cette tendance suscite des inquiĂ©tudes quant au fait que les moteurs principaux du rallye se sont arrĂȘtĂ©s.
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Quand les jetons veulent jouer aux bons du TrĂ©sor, la BIS panique. Crypto-confiance ou crypto-catastrophe ? La finance regarde les stablecoins comme une boĂźte de Pandore prĂȘte Ă sâouvrir.
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Visa pour le monde. Les stablecoins sont devenus en quelques annĂ©es un des piliers de lâĂ©cosystĂšme crypto et mĂȘme les gĂ©ants du paiement traditionnel sây intĂ©ressent de prĂšs. Ainsi, depuis plusieurs mois, Visa multiplie les annonces liĂ©es aux stablecoins et le gĂ©ant du paiement vient tout juste dâannoncer le lancement dâun projet un pilote pour permettre aux crĂ©ateurs de contenu dâĂȘtre payĂ©s en USDC.
Depuis la fin de lâannĂ©e 2024, le titan des paiements Visa a multipliĂ© les annonces en lien avec les stablecoins. Ainsi, en dĂ©cembre 2024, Visa a dĂ©voilĂ© Bridge, une plateforme qui permet aux dĂ©veloppeurs de crĂ©er des cartes Visa liĂ©es Ă des stablecoins.
Un mois plus tard, en janvier 2025, Visa lance un partenariat avec Yellow Card pour dĂ©ployer des cartes prĂ©payĂ©es en stablecoins Ă destination du continent africain. En fĂ©vrier 2025, câest au tour de la plateforme Bridge, fraichement lancĂ©e par Visa, de dĂ©voiler un partenariat avec Stripe. Il sâagit cette fois de proposer des cartes prĂ©payĂ©es en stablecoins Ă destination des entreprises et des indĂ©pendants.

Enfin, ces derniĂšres heures, Visa a annoncĂ© le lancement dâun nouveau projet pilote, toujours autour des stablecoins. Cette fois-ci, il sâagit de permettre aux crĂ©ateurs de contenu dâĂȘtre payĂ©s en USDC, le stablecoin du gĂ©ant Circle.
En pratique, ce programme permet aux entreprises et plateformes utilisant Visa Direct de financer les paiements en monnaie fiduciaire. De leur cÎté, les créateurs de contenu peuvent choisir de recevoir ces paiements en USDC.
Selon lâannonce officielle, cela permettrait aux crĂ©ateurs de contenu dâaccĂ©der plus rapidement Ă leurs revenus. Cela est notamment intĂ©ressant pour les crĂ©ateurs Ă©voluant dans des rĂ©gions oĂč les devises sont volatiles ou lâaccĂšs bancaire est limitĂ© :
« Le lancement des paiements en stablecoin vise Ă permettre un accĂšs vĂ©ritablement universel Ă lâargent en quelques minutes â et non en quelques jours â pour nâimporte qui, nâimporte oĂč dans le monde. Quâil sâagisse dâun crĂ©ateur de contenus, dâune entreprise atteignant de nouveaux marchĂ©s mondiaux ou dâun travailleur indĂ©pendant travaillant au-delĂ des frontiĂšres, tout le monde bĂ©nĂ©ficie dâun mouvement dâargent plus rapide et plus flexible. »
 Chris Newkirk, prĂ©sident des solutions commerciales et de transfert dâargent chez Visa â Source : The Block
Ce programme pilote est pour le moment lancĂ© avec une poignĂ©e de partenaires dont le nom nâa pas Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©, mais une mise Ă lâĂ©chelle est prĂ©vue pour la seconde moitiĂ© de 2026.
Le secteur des stablecoins est dĂ©finitivement en effervescence Ă travers la planĂšte avec plusieurs ambiances en fonction des pays. Aux Ătats-Unis, avec lâentrĂ©e en vigueur du GENIUS Act, les projets se multiplient, pendant quâen Angleterre, on en limite le montant pour la population ! Mais le plus impressionnant, câest la place quâils prennent dans certains pays du sud comme le Venezuela oĂč ces cryptos pas comme les autres rencontrent un succĂšs aussi fulgurant que salvateur.
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