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Today — April 3rd 2025Crypto FR

Bitcoin peut-il faire tomber les banques ?

April 2nd 2025 at 17:00
Illustration d'un Bitcoin géant face à une banque fissurée

La finance traverse une mĂ©tamorphose silencieuse, mais brutale. Bitcoin, nĂ© dans l’ombre de la crise de 2008, incarne aujourd’hui une rĂ©volution qui secoue les fondations des banques. Entre promesses d’émancipation et dĂ©fis techniques, son ascension interroge : peut-il vraiment dĂ©trĂŽner les gĂ©ants de la finance traditionnelle ? Loin des clichĂ©s, plongeons dans une analyse sans concession.

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L’avarice et Bitcoin : une relation ambigĂŒe

February 9th 2025 at 10:00

Le 5 dĂ©cembre dernier, le cours boursier du bitcoin a dĂ©passĂ© le niveau emblĂ©matique des 100 000 dollars, un Ă©vĂšnement attendu de longue date par de nombreuses personnes. Cette hausse a Ă©tĂ© portĂ©e (entre autres) par l’arrivĂ©e des ETF au comptant aux États-Unis en janvier 2024, par le halving de l’émission des bitcoins en avril, et par l’élection de Donald Trump Ă  la prĂ©sidences des États-Unis en novembre, lui qui avait promis au prĂ©alable la mise en place d’une « rĂ©serve stratĂ©gique » en BTC. Les dĂ©tenteurs de bitcoins, devenus tout Ă  coup un peu plus riches, se sont particuliĂšrement rĂ©jouis de cette augmentation, allant jusqu’à organiser des soirĂ©es spĂ©ciales pour l’occasion. Depuis, le cours oscille autour 100 000 $ sans parvenir s’élever beaucoup plus haut, mais les prĂ©visions pour 2025 n’en sont pas moins extrĂȘmement optimistes : certains s’attendent Ă  voir un prix de 250 000 $ d’ici la fin de l’annĂ©e, tandis que d’autres visent plutĂŽt les 700 000 $.

Ce nouvel engouement spĂ©culatif constitue une circonstance idĂ©ale pour Ă©voquer un phĂ©nomĂšne particuliĂšrement rĂ©pandu dans le secteur de la cryptomonnaie : celui de l’attachement excessif Ă  la richesse matĂ©rielle, communĂ©ment appelĂ© l’avarice. Dans un premier temps, nous reviendrons ainsi sur le rĂŽle qu’a jouĂ© la spĂ©culation dans l’amorçage de Bitcoin et sur la place de plus en plus grande que la thĂ©saurisation a pris dans le discours des bitcoineurs au cours du temps. Puis dans un second temps, nous parlerons des consĂ©quences de la prĂ©dominance de cette passion dans la communautĂ© de Bitcoin, en reprenant notamment la critique faite par la tradition chrĂ©tienne. PrĂ©cisons qu’il s’agit ici de parler d’un excĂšs, dont tout le monde peut faire preuve (moi-mĂȘme compris), et non de remettre en cause le bienfondĂ© de l’intĂ©rĂȘt financier, qui est Ă  la base du fonctionnement du systĂšme de Nakamoto.

La spéculation sur le bitcoin

Il existe trois raisons principales de s’intĂ©resser Ă  Bitcoin : la premiĂšre est la curiositĂ© technique ; la deuxiĂšme est la motivation idĂ©ologique ; la troisiĂšme est l’intĂ©rĂȘt spĂ©culatif. Ces trois aspects Ă©taient prĂ©sents dĂšs les dĂ©buts de la cryptomonnaie et existent toujours dans la communautĂ© sous des formes diverses. Toutefois, c’est le troisiĂšme qui est dĂ©sormais dominant, si bien que le prix de l’unitĂ© de compte est devenu un sujet immanquable dans les conversations concernant Bitcoin.

À l’origine, la spĂ©culation (du latin spĕcĆ­lor, « observer », « regarder d’en haut », « surveiller ») dĂ©signe l’acte de rĂ©flĂ©chir profondĂ©ment aux consĂ©quences d’une hypothĂšse. Mais aujourd’hui, le mot a surtout tendance Ă  se rapporter Ă  la spĂ©culation financiĂšre, c’est-Ă -dire l’activitĂ© d’anticiper l’évolution du prix d’un actif Ă  court, moyen ou long terme, dans le but d’en tirer un bĂ©nĂ©fice. C’est dans ce sens que nous l’employons ici.

MĂȘme si le terme prĂ©sente un caractĂšre pĂ©joratif dans la bouche de certains (dont les nombreux contempteurs de Bitcoin), la spĂ©culation peut ĂȘtre une action tout Ă  fait banale et anodine. En un sens, nous sommes tous des spĂ©culateurs : chacun rĂ©flĂ©chit Ă  son avenir et Ă  celui de ses proches, en essayant de prĂ©dire l’avenir et de rĂ©aliser des opĂ©rations financiĂšres en consĂ©quence. Par exemple, le Français moyen, qui conserve de l’euro Ă  moyen terme, spĂ©cule : il fait le pari que la monnaie europĂ©enne ne connaitra pas une inflation Ă©levĂ©e entretemps. Le caractĂšre nĂ©faste de la spĂ©culation est plutĂŽt Ă  chercher dans l’obsession qu’on peut retrouver chez certains boursicoteurs compulsifs, dont l’activitĂ© se rapproche plus du jeu d’argent que de la gestion de patrimoine saine et dĂ©passionnĂ©e.

Le bitcoin, en tant qu’unitĂ© de compte numĂ©rique Ă©tant Ă©changĂ©e librement sur Internet, est soumis Ă  la loi de l’offre et de la demande et possĂšde un prix qui varie en fonction du temps. De ce fait, il est sujet Ă  la spĂ©culation financiĂšre des acteurs du marchĂ©, pour toutes sortes de raisons et Ă  des horizons temporels multiples. Mais le principal argument derriĂšre la spĂ©culation Ă  moyen-long terme sur le bitcoin est gĂ©nĂ©ralement celui de sa premiĂšre monĂ©tisation, c’est-Ă -dire de son adoption initiale comme intermĂ©diaire d’échange par un nombre plus ou moins Ă©levĂ© d’utilisateurs.

Le bitcoin est prĂ©sentĂ© comme une monnaie en devenir depuis ses dĂ©buts, et il parait naturel de miser sur le fait qu’il va devenir un intermĂ©diaire d’échange plus ou moins rĂ©pandu. La valeur agrĂ©gĂ©e d’une monnaie dĂ©pend de son utilitĂ© (c’est-Ă -dire la quantitĂ© de choses qu’elle permet de se procurer), et doit donc thĂ©oriquement augmenter Ă  mesure que son adoption grandit. Puisque la quantitĂ© de bitcoins est en principe limitĂ©e Ă  long terme Ă  21 millions d’unitĂ©s, l’accroissement de la valeur agrĂ©gĂ©e doit se traduire par une hausse du prix unitaire. D’oĂč l’idĂ©e qu’on s’en fait d’un « investissement1 » : acheter du bitcoin permet de miser sur son potentiel d’adoption futur.

Cette spĂ©culation est indissociable de l’histoire de Bitcoin. Elle a en effet Ă©mergĂ© dĂšs le lancement du rĂ©seau en janvier 2009. À ce moment-lĂ , la rĂ©flexion portait sur le fait d’amorcer Ă©conomiquement le systĂšme, et la spĂ©culation reprĂ©sentait l’un des facteurs initiaux qui a poussĂ© les gens Ă  donner une valeur au bitcoin2.

C’est le cypherpunk Hal Finney, premier destinataire d’une transaction sur le rĂ©seau, qui a initialement suggĂ©rĂ© cette idĂ©e dans un courriel adressĂ© Ă  la liste de diffusion de Metzdowd.com, la fameuse Cryptography Mailing List. Le 11 janvier 2009, en rĂ©ponse Ă  la publication de la politique monĂ©taire par Satoshi Nakamoto, il a ainsi dĂ©crit comment le minage de bitcoins pouvait constituer « un trĂšs bon pari », Ă©tant donnĂ© le potentiel de hausse du pouvoir d’achat. Voici son courriel, dans son intĂ©gralité :

« Il est intĂ©ressant de noter que le systĂšme peut ĂȘtre configurĂ© de maniĂšre Ă  n’autoriser qu’un certain nombre maximum d’unitĂ©s Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ©es. Je suppose que l’idĂ©e est que la quantitĂ© de travail nĂ©cessaire pour gĂ©nĂ©rer une nouvelle unitĂ© deviendra de plus en plus importante avec le temps.

Un des problĂšmes immĂ©diats avec n’importe quelle nouvelle monnaie est de savoir comment lui donner une valeur. MĂȘme en ignorant le problĂšme pratique liĂ© au fait que quasi personne ne l’acceptera au dĂ©but, il est toujours difficile de trouver un argument raisonnable justifiant l’attribution d’une valeur non nulle pour les unitĂ©s.

En guise d’expĂ©rience de pensĂ©e amusante, imaginons que Bitcoin soit un succĂšs et devienne le systĂšme de paiement dominant utilisĂ© dans le monde entier. Alors, la valeur totale de la monnaie devrait ĂȘtre Ă©gale Ă  la valeur totale de toutes les richesses du monde. Les estimations actuelles de la richesse totale des mĂ©nages dans le monde que j’ai trouvĂ©es varient entre 100 et 300 milliers de milliards de dollars. Pour un nombre d’unitĂ©s de 20 millions, cette prĂ©vision donnerait Ă  chaque unitĂ© une valeur d’environ 10 millions de dollars.

La possibilitĂ© de gĂ©nĂ©rer des unitĂ©s aujourd’hui avec l’équivalent de quelques centimes de temps de calcul peut donc constituer un trĂšs bon pari, dont la cote serait d’environ 100 millions contre 1 ! MĂȘme si les chances que Bitcoin atteigne un tel niveau de rĂ©ussite sont minces, ces chances sont-elles vraiment de 100 millions contre 1 ? Il y a lĂ  matiĂšre Ă  rĂ©flexion  »

Le 15 janvier, soit quelques jours plus tard, Satoshi Nakamoto et l’ingĂ©nieur Dustin Trammell (qui venait de dĂ©couvrir l’existence de Bitcoin) ont discutĂ© en privĂ© de ce message de Hal Finney. Satoshi a Ă©voquĂ© la « possibilité » que le bitcoin « soit considĂ©rĂ© comme un investissement Ă  long terme », et Trammell a approuvĂ© en Ă©crivant que c’était « l’une des raisons pour lesquelles [il avait] dĂ©marrĂ© un nƓud si rapidement ». Le lendemain, Satoshi a envoyĂ© un courriel Ă  la liste de diffusion qui retranscrivait ce dont il avait parlĂ© avec Trammell. Il Ă©crivait alors :

« Il pourrait ĂȘtre judicieux de s’en procurer au cas oĂč le phĂ©nomĂšne prendrait de l’ampleur. Si suffisamment de gens pensent la mĂȘme chose, on pourra assister Ă  une prophĂ©tie autorĂ©alisatrice. »

Il a confirmĂ© ce point de vue sur le forum de la Fondation P2P oĂč il expliquait qu’il pouvait se former une « boucle de rĂ©troaction positive », dans le sens oĂč « plus les utilisateurs [Ă©taient] nombreux, plus la valeur [augmentait], ce qui [pouvait] attirer davantage d’utilisateurs dĂ©sireux de profiter de cette hausse ».

Cette conception s’est par la suite retrouvĂ©e dans la FAQ et sur la page SourceForge en mai 2009, sous la plume de Martti Malmi, le jeune Ă©tudiant finlandais qui deviendrait le bras droit de Satoshi :

« La valeur du bitcoin est susceptible d’augmenter Ă  mesure que la croissance de l’économie de Bitcoin dĂ©passe le taux d’inflation – considĂ©rez le bitcoin comme un investissement et commencez Ă  faire fonctionner un nƓud aujourd’hui ! »

L’aspect spĂ©culatif prenait donc une place importante dans la prĂ©sentation de Bitcoin auprĂšs des nouveaux utilisateurs. Toutefois, cette communication avait surtout pour but d’amorcer le systĂšme. L’objectif de Nakamoto n’était pas de crĂ©er un objet ultraspĂ©culatif, mais de façonner une nouvelle monnaie pouvant ĂȘtre utilisĂ©e dans le cadre de paiements en ligne. Rappelons Ă  ce titre que la fameuse limite des 21 millions n’a Ă©tĂ© ajoutĂ©e par Satoshi qu’en novembre 2008, Ă  la suite de discussions avec des membres de la liste de diffusion, donc aprĂšs la publication du livre blanc initial.

Par la suite, le crĂ©ateur de Bitcoin a pris ses distances avec la spĂ©culation financiĂšre. Il a rapidement Ă©tĂ© trĂšs mesurĂ© avec la notion d’investissement mise en valeur par Martti Malmi, vraisemblablement pour des raisons lĂ©gales. Dans un courriel adressĂ© au jeune Finlandais en juin 2009, il Ă©crivait :

« Je ne suis pas Ă  l’aise avec le fait de dĂ©clarer explicitement : « considĂ©rez-le comme un investissement ». C’est une chose dangereuse Ă  dire et tu devrais supprimer ce point. Il n’y a pas de mal Ă  ce que les gens arrivent Ă  cette conclusion par eux-mĂȘmes, mais nous ne pouvons pas le prĂ©senter de cette façon. »

Puis il a cessĂ© totalement de parler du sujet, Ă©voquant plutĂŽt les aspects techniques ou l’utilisation du bitcoin comme moyen de paiement.

L’évolution mĂ©mĂ©tique de BTC

Cette propension Ă  la spĂ©culation s’est peu Ă  peu dĂ©veloppĂ©e au sein de la communautĂ© des utilisateurs de Bitcoin. Initialement minoritaire, elle s’est progressivement Ă©largie au fil des bulles successives qu’a connues le prix du bitcoin. Chaque engouement ramenait plus de spĂ©culateurs, qui participaient Ă  contribuer Ă  l’engouement suivant, et ainsi de suite. Si ce phĂ©nomĂšne a permis de faire connaitre la crĂ©ation de Satoshi Nakamoto au monde entier, il a aussi eu un effet dĂ©vastateur sur la culture entourant Bitcoin, c’est-Ă -dire l’ensemble des discours, des reprĂ©sentations, des valeurs et des pratiques pouvant se retrouver chez les gens qui l’utilisent.

Cette Ă©volution s’est en particulier manifestĂ©e par l’intermĂ©diaire de mĂšmes3 circulant dans la communautĂ©, qui se sont propagĂ©s d’abord sur le forum BitcoinTalk, puis sur Reddit et enfin sur Twitter. Ces mĂšmes sont gĂ©nĂ©ralement des courtes formules rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  l’envi, des reprĂ©sentations visuelles Ă  portĂ©e symbolique ou des conceptions simplificatrices sur la nature de Bitcoin. Ils forment les blocs de base de la culture de Bitcoin, notamment dans la mesure oĂč celle-ci se dĂ©veloppe majoritairement sur Internet, oĂč l’on est habituĂ© aux contenus courts et frappants.

Comme nous l’avons suggĂ©rĂ©, jusqu’en 2011, le bitcoin Ă©tait principalement vu comme un moyen de paiement, comme un « argent liquide Ă©lectronique » pour reprendre les termes du titre du livre blanc. Il Ă©tait vantĂ© pour ses propriĂ©tĂ©s liĂ©es aux transferts : la possibilitĂ© d’envoyer des paiements quand on le souhaite, l’absence d’exigence d’identification, la non-limitation par les frontiĂšres, les frais minimes, etc. Les achats en bitcoins Ă©taient cĂ©lĂ©brĂ©s comme des actions montrant que l’économie Ă©tait en train de grandir. C’était le cas des fameuses pizzas de Laszlo Hanyecz, achetĂ©es en mai 2010 pour 10 000 bitcoins, qui ont Ă©tĂ© une « grande Ă©tape » dans l’adoption progressive du bitcoin.

Publicité parodique de Bitcoin, le comparant à Western Union (token_dave, 2014)

Mais alors que la financiarisation progressait, le bitcoin a Ă©tĂ© de plus en plus perçu comme une « rĂ©serve de valeur » ou un « or numĂ©rique ». On a vu les financiers professionnels entrer dans la danse, Ă  l’instar des frĂšres Winklevoss, qui avaient rĂ©cupĂ©rĂ© une belle somme aprĂšs avoir gagnĂ© un procĂšs contre Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. S’en est suivie la double bulle de 2013 : le prix est passĂ© de 13 $ Ă  1 150 $ en l’espace d’un an. À partir de lĂ , le discours a changĂ©. La hausse du prix est devenue un facteur de rĂ©ussite. Les mĂ©dias gĂ©nĂ©ralistes ont davantage abordĂ© le sujet sous cet angle, attirant encore plus de spĂ©culateurs. DorĂ©navant, une grande partie des nouveaux mĂšmes Ă©taient liĂ©s Ă  l’aspect spĂ©culatif.

La limite des 21 millions est devenue pour ainsi dire sacrĂ©e, confĂ©rant au nombre 21 une signification particuliĂšre. Ce dernier s’est ainsi retrouvĂ© un peu partout, et notamment dans les noms donnĂ©s Ă  des Ɠuvres diverses : un livre (21 Leçons), un magazine (Citadelle21), une newsletter (21 Millions) ou un discours de confĂ©rence (« 21 rules of Bitcoin »). Un fonds d’investissement (21Shares) a intĂ©grĂ© le nombre 21 dans son nom pour sponsoriser un ETF. On peut aussi citer le cas de la formule « ∞/21M » de Knut Svanholm (2020), qui s’est propagĂ©e au sein de la communautĂ© pour indiquer que si le bitcoin Ă©tait amenĂ© Ă  avaler la croissance Ă©conomique mondiale, son potentiel de hausse Ă©tait infini.

Un autre symbole qui a pris en importance dans l’imaginaire des bitcoineurs au cours des annĂ©es est le taureau. Dans le monde financier, cet animal est liĂ© au marchĂ© haussier en raison de son nom anglais, bull market4. C’est tout naturellement qu’il a pris une place Ă  part dans les crĂ©ations bitcoiniennes, reprĂ©sentant l’espoir d’une hausse prodigieuse du pouvoir d’achat. Il figure ainsi dans le logo et le nom de la plateforme de change Bull Bitcoin, fondĂ©e par Francis Pouliot et David Bradley en 2018. Il est prĂ©sent sur la couverture du livre de Vijay Boyapati, A Bullish Case for Bitcoin, publiĂ© en 2021 (et traduit chez Konsensus Network sous le titre Un scĂ©nario optimiste pour Bitcoin). On peut aussi mentionner qu’une statue de taureau aux yeux laser, appelĂ©e le « Miami Bull », a Ă©tĂ© installĂ©e Ă  Miami Ă  l’occasion de la confĂ©rence Bitcoin 2022.

Bitcoin Bull from Boyapati
Le taureau présent en couverture du livre de Vijay Boyapati Un scénario optimiste pour Bitcoin (A Bullish Case for Bitcoin)

L’injonction Ă  accumuler du bitcoin et Ă  le thĂ©sauriser s’est renforcĂ©e en consĂ©quence. Le bitcoineur Ă©tait appelĂ© Ă  « conserver » (hold) ses bitcoins dans le temps (Zhou Tonged, 2013) de façon Ă  tirer parti de leur apprĂ©ciation, un encouragement qui s’est retranscrit dans le mĂšme « HODL » (GameKyuubi, 2013), dĂ©formation orthographique de hold, qui est ensuite devenu le rĂ©troacronyme de Hold on for Dear Life (« tenez bon pour votre vie »). Dans une reprĂ©sentation plus extrĂȘme de cette injonction, l’utilisateur Ă©tait poussĂ© Ă  garder jalousement ses bitcoins, malgrĂ© la disparitĂ© des richesses, quitte Ă  se retrancher dans une « citadelle » (Luka Magnotta, 2013) pour protĂ©ger sa richesse des hordes de voleurs.

Dans sa vie de tous les jours, l’individu est encouragĂ© Ă  « dĂ©penser sa monnaie fiat et accumuler des satoshis » (« spend fiat, stack sats« , Matt Odell, 2019). Il ne devrait pas chercher Ă  payer en bitcoins en raison de la loi de Gresham (« la mauvaise monnaie chasse la bonne »). De plus, il est devenu commun d’exprimer toute dĂ©pense faite en bitcoins Ă  leur valeur du cours actuel, les pizzas de Laszlo valant aujourd’hui (selon cette conception) prĂšs d’un milliard de dollars5 !

Bitcoin a de moins en moins Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme un moyen d’échange numĂ©rique, mais davantage une « technologie d’épargne » (Pierre Rochard, 2019), dont l’attrait central Ă©tait « le nombre qui monte » (« Number Go Up« , Saifedean Ammous, 2020). En guise de signe de ralliement pour faire augmenter le prix jusqu’à 100 000 $, il fallait ajouter des « yeux laser » Ă  sa photo de profil (GregZaj, 2021). Les sceptiques opposĂ©s Ă  Bitcoin qui choisissent de ne pas avoir de bitcoin en connaissance de cause devaient ĂȘtre traitĂ©s avec mĂ©pris, Ă  l’instar du gold bug Peter Schiff, et on pouvait se moquer d’eux pour car ils manquaient de rĂ©aliser les profits associĂ©s (« have fun staying poor« , Udi Wertheimer, 2020).

L’objectif perçu de Bitcoin a dĂ©rivĂ© vers quelque chose qui n’avait pas Ă©tĂ© envisagĂ© par Satoshi Nakamoto. La vision d’un « argent liquide numĂ©rique », que chaque individu conserverait et utiliserait individuellement, s’est progressivement faite plus timide au profit de la notion de « monnaie de rĂ©serve » (Hal Finney, 2010). Dans cette derniĂšre conception, les bitcoins seraient principalement dĂ©tenus par des entitĂ©s (des banques) pour le compte de clients qui devraient passer par des applications dĂ©positaires et n’auraient donc pas directement la propriĂ©tĂ© de leurs fonds. C’est cette vision qui a inspirĂ© la thĂšse de l’« étalon-bitcoin » (Saifedean Ammous, 2018), un systĂšme monĂ©taire calquĂ© sur le modĂšle de l’étalon-or classique (1873–1914) oĂč le bitcoin jouerait le mĂȘme que l’or en tant que monnaie de base6. Bitcoin pourrait ainsi devenir un systĂšme de « monnaie de rĂ©serve mondiale » (Gavin Andresen, 2011), surpassant toutes les autres devises dans la pyramide monĂ©taire.

DĂšs 2014, les bitcoineurs se sont mis Ă  envisager une « hyperbitcoinisation » (Daniel Krawisz, 2014), c’est-Ă -dire une rapide dĂ©monĂ©tisation des devises fiat au profit du bitcoin. Le bitcoin Ă©tant un actif dĂ©flationniste, son prix monterait « pour toujours » (Michael Saylor, 2021), « jusqu’à la lune » (ToTheMoonGuy, 2013). Cette Ă©volution inĂ©luctable pousserait certains acteurs Ă  procĂ©der Ă  une « attaque spĂ©culative » (Pierre Rochard, 2014) en empruntant de l’argent pour acheter du bitcoin, ce qui accĂ©lĂ©rerait la chute de la monnaie Ă©tatique. Bitcoin constituerait ainsi un « cheval de Troie » (u/sovereignlife, 2015), qui servirait Ă  infiltrer le systĂšme Ă©tatico-bancaire et Ă  le purifier de l’intĂ©rieur grĂące aux incitations Ă©conomiques qu’il apporterait supposĂ©ment.

La culture de Bitcoin a donc connu une Ă©volution majeure, qui s’est traduite par le dĂ©veloppement de mĂšmes qui, mĂȘme s’ils ne sont pas nĂ©cessairement compatibles entre eux, vĂ©hiculent tous la notion d’un bitcoin qu’il faut acquĂ©rir et conserver jalousement. Ce changement est devenu de plus en plus prononcĂ© avec la financiarisation de l’utilisation, si bien que ce qui Ă©tait Ă  l’origine une simple spĂ©culation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© chez certains bitcoineurs en une passion bien connue : l’avarice.

La critique traditionnelle de l’avarice

L’avarice, au sens traditionnel du terme, dĂ©signe l’attachement excessif Ă  la richesse matĂ©rielle et en particulier Ă  l’argent. Le terme provient du mot latin du mĂȘme sens, avaritia, lui-mĂȘme dĂ©rivĂ© de ăvĕo, signifiant « dĂ©sirer vivement ». En ce sens, l’avarice peut se manifester par une volontĂ© d’accumuler plus de richesse (ce qu’on nomme en français la cupiditĂ©) ou la rĂ©ticence Ă  s’en sĂ©parer (Ă  savoir la radinerie).

L’avarice est unanimement condamnĂ©e par toutes les religions traditionnelles, et en particulier par le christianisme. Dans la tradition catholique romaine, elle forme l’un des sept pĂ©chĂ©s capitaux listĂ©s par l’évĂȘque GrĂ©goire le Grand. Dans la tradition orthodoxe grecque, elle est appelĂ©e l’« amour de l’argent » (ΊÎčÎ»Î±ÏÎłÏ…ÏÎŻÎ±, philargurĂ­a) et constitue l’une des huit pensĂ©es tentatrices (logismoĂŻ) mises en avant par le moine Évagre le Pontique.

Pour la doctrine chrĂ©tienne, l’avarice a pour effet de dĂ©tourner l’individu de Dieu, en le poussant Ă  se prĂ©occuper de sa richesse matĂ©rielle plutĂŽt que de son salut spirituel. Elle le conduit Ă  poursuivre l’argent au dĂ©triment de ses relations avec les autres. L’avare a tendance Ă  nĂ©gliger ses proches, Ă  ne pas aider ses amis, Ă  rechigner Ă  faire des dĂ©penses essentielles, Ă  ne pas pratiquer l’aumĂŽne ; ce qui l’éloigne de plus en plus des gens qui l’aiment. Cet enseignement est rĂ©sumĂ© dans les mots de saint Paul, qui Ă©crivait dans sa PremiĂšre Ă©pitre Ă  TimothĂ©e :

« [L]a racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y ĂȘtre livrĂ©s, certains se sont Ă©garĂ©s loin de la foi et se sont transpercĂ© l’ñme de tourments sans noms. » (1 Tm 6:10)

Le Nouveau Testament illustre le comportement de l’avare par l’exemple de Judas Iscariote, le disciple de JĂ©sus-Christ qui l’a trahi en le dĂ©nonçant aux autoritĂ©s. Judas Ă©tait en effet le trĂ©sorier parmi les douze apĂŽtres, mais n’hĂ©sitait pas Ă  prendre dans la bourse commune, car il « était voleur » (Jn 12:6). De plus, il a dĂ©noncĂ© le Christ au SanhĂ©drin pour « trente piĂšces d’argent » (Mt 26:15). Il a fini par se suicider en se pendant Ă  un arbre.

Le christianisme rejette en particulier la thĂ©saurisation, c’est-Ă -dire la tendance Ă  Ă©pargner son argent sans chercher Ă  le faire fructifier. D’aprĂšs JĂ©sus-Christ lui-mĂȘme, « celui qui thĂ©saurise pour lui-mĂȘme » au lieu de « s’enrichir en vue de Dieu » est un « insensé » (Lc 12:21). Cette critique de la conservation maladive peut aussi se retrouver (en premier niveau de lecture) dans la parabole des talents (Mt 25:14–30), oĂč est racontĂ©e l’histoire d’un maitre qui, partant en voyage, laisse des fonds Ă  ses serviteurs en son absence et qui, Ă  son retour, dĂ©cide de rĂ©tribuer ceux qui ont investi cet argent dans une activitĂ© productive et de punir celui qui n’a « point semé ».

La tradition chrĂ©tienne voit Ă©galement d’un mauvais Ɠil l’usure (c’est-Ă -dire le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt), cette derniĂšre ayant Ă©tĂ© condamnĂ©e par le concile de NicĂ©e de 325 et par les PĂšres de l’Église. Durant le Moyen Âge, le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt a ainsi Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement interdit dans de nombreuses nations, notamment en Europe. Ce n’est qu’à la Renaissance, avec l’apparition de la banque moderne et du protestantisme, que cette interdiction a Ă©tĂ© allĂ©gĂ©e.

L’avarice est par ailleurs reprĂ©sentĂ©e de façon figurĂ©e dans la Bible. On l’associe ainsi Ă  la figure du veau d’or, qui Ă©tait originairement un symbole d’idolĂątrie, mais qui est progressivement devenue la reprĂ©sentation de la puissance corruptrice de la richesse matĂ©rielle. Cette figure provient d’un Ă©pisode de l’Exode (Ex 32), durant lequel les HĂ©breux se sont mis Ă  adorer une statue de « veau » en or, moulĂ©e Ă  partir de leurs bijoux, alors qu’ils attendaient que MoĂŻse descende du mont SinaĂŻ, oĂč il restĂ© 40 jours et 40 nuits pour recevoir les Tables de la Loi. DĂ©tail intĂ©ressant : si cette statue est appelĂ©e un « veau » (ŚąÖ”Ś’Ö¶Śœ, ‘egel), il s’agit en rĂ©alitĂ© d’un taureau, Ă  l’image de certaines divinitĂ©s qui Ă©taient alors vĂ©nĂ©rĂ©es en Égypte (Apis) ou Ă  Canaan (El) ; l’appellation de « veau » est en effet censĂ©e jeter le ridicule sur les idoles.

L’Adoration du Veau d’or (Nicolas Poussin, 1634)

Une autre figure mise en avant par la tradition chrĂ©tienne est celle de Mammon. Il s’agit d’une personnification de l’argent (Mammon vient de l’aramĂ©en ŚžÖžŚžŚ•Ö茠֞Ś, māmƍnā signifiant « richesse »), Ă  qui les hommes sont susceptibles de vouer leur vie. C’est contre cette possibilitĂ© de corruption que JĂ©sus-Christ a averti ses disciples dans le Sermon sur la Montagne :

« Nul ne peut servir deux maĂźtres : ou il haĂŻra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera Ă  l’un et mĂ©prisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent [ΌαΌωΜ៷, mamƍnĂą]. » (Mt 6:24)

The Worship of Mammon (Evelyn De Morgan, 1909)

L’avarice est donc une forme particuliĂšre d’idolĂątrie, et en est probablement une des plus visibles. Elle se manifeste dans notre monde moderne par la place que nous donnons Ă  la richesse dans nos objectifs de vie. Nous nous imaginons ainsi que l’accumulation d’argent nous apportera une sĂ©curitĂ© pour l’avenir, voire une « libertĂ© financiĂšre » qui nous permettrait de « sortir de la rat race », conformĂ©ment Ă  ce qu’enseignent les apĂŽtres du dĂ©veloppement personnel.

Bitcoin n’échappe pas Ă  l’idolĂątrie, faisant lui-mĂȘme l’objet d’une pseudo-religion, et l’amour de l’argent joue un rĂŽle de premier plan dans cette adoration. Beaucoup de personnes affirment ainsi que Bitcoin les a « sauvĂ©es », non pas par sa caractĂ©ristique de rĂ©sistance Ă  la censure, mais parce que la hausse drastique du pouvoir d’achat de l’unitĂ© de compte les a libĂ©rĂ©es de la contrainte de travailler. En les rendant riches, Bitcoin a abaissĂ© leur prĂ©fĂ©rence temporelle et les a fait se focaliser sur les choses qui comptent vraiment pour elles. Il n’est donc pas Ă©tonnant que la culture dominante dans la communautĂ© se soit concentrĂ©e autour l’intĂ©rĂȘt financier : les plus anciens bitcoineurs ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s pour avoir conservĂ© leurs bitcoins, et ont donc encouragĂ© les gens (au moins par l’exemple) Ă  faire de mĂȘme.

Les consĂ©quences de l’avarice sur Bitcoin

Les enseignements de la tradition chrĂ©tienne peuvent nous paraitre dĂ©suets, dĂ©modĂ©s. NĂ©anmoins, le sujet de l’avarice est tout Ă  fait d’actualitĂ© dans notre sociĂ©tĂ© moderne, et en particulier dans la communautĂ© de Bitcoin comme nous l’avons vu. Il convient ainsi de s’interroger pourquoi une telle opposition Ă  l’amour de l’argent existe et comment l’avarice des utilisateurs peut influer sur Bitcoin dans son ensemble.

Il va de soi que Bitcoin se fonde sur l’intĂ©rĂȘt Ă©conomique. Son fonctionnement repose sur les incitations des diffĂ©rents acteurs qui assurent sa sĂ©curitĂ©. Les mineurs ajoutent des blocs Ă  la chaine parce qu’ils sont rĂ©munĂ©rĂ©s par la crĂ©ation monĂ©taire et par les frais de transaction. Les commerçants acceptent l’unitĂ© de compte parce qu’ils bĂ©nĂ©ficient de sa rĂ©sistance Ă  la censure ou de sa dĂ©flation naturelle. Les dĂ©veloppeurs contribuent au projet parce qu’ils reçoivent un salaire des utilisateurs les plus importants. Ainsi, la viabilitĂ© de Bitcoin est, dans une certaine mesure, assurĂ©e par les incitations Ă©conomiques qui le soutiennent.

C’est pour cette raison que les bitcoineurs s’imaginent parfois que Bitcoin est un ĂȘtre indĂ©pendant, ne pouvant pas ĂȘtre affectĂ© par le monde, et que son succĂšs ne nĂ©cessite aucune action de leur part. Ils pensent que la « thĂ©orie des jeux » assurera seule sa progressive Ă©lĂ©vation au rang de monnaie mondiale, amenant son prix au million de dollars, voire au-delĂ . Cependant, ils se trompent.

L’intĂ©rĂȘt Ă©conomique ne fait pas tout. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la libertĂ© est un moyen, pas une fin en soi. Dans le domaine Ă©conomique, elle permet de faire concorder l’offre et la demande, d’accomplir le plus possible les volontĂ©s des individus, sans nĂ©cessairement aboutir Ă  un ordre social harmonique. Ce qui est produit dans l’économie dĂ©pend des prĂ©fĂ©rences des personnes qui la composent : le marchĂ© va entrainer la crĂ©ation des biens et des services auxquels elles accordent de la valeur. La libertĂ© Ă©conomique totale peut ainsi aboutir Ă  un paradis sur Terre, peuplĂ© de personnes vertueuses et attentionnĂ©es ; mais elle pourrait tout aussi bien dĂ©gĂ©nĂ©rer en une sorte d’enfer cyberpunk libertarien plongĂ© dans le vice et la mĂ©fiance (d’ailleurs, un tel dĂ©sordre social est tellement intolĂ©rable qu’il se conclut gĂ©nĂ©ralement par l’avĂšnement d’un pouvoir autoritaire).

Le sort de Bitcoin est entre les mains des bitcoineurs. Le systĂšme est ce que les gens en font ; il n’est rien sans ses utilisateurs. C’est pourquoi l’avarice, qui se manifeste chez les utilisateurs, peut avoir un certain nombre de consĂ©quences sur Bitcoin.

La premiĂšre consĂ©quence est la dĂ©gradation de l’image de la cryptomonnaie. À l’origine, Bitcoin Ă©tait vu comme un systĂšme libĂ©rateur, un intermĂ©diaire d’échange rĂ©sistant Ă  la censure, une monnaie anonyme utilisĂ©e sur le marchĂ© noir. Cette vision pouvait poser problĂšme, mais elle est devenue minoritaire au profit de la conception de rĂ©serve de valeur, encourageant la spĂ©culation. Aujourd’hui, l’image de Bitcoin auprĂšs du grand public est celle d’un objet spĂ©culatif qu’il conviendrait d’acheter sur une plateforme de change centralisĂ©e, et de revendre plus tard dans le but de gagner un peu d’argent (fiat). Il a mĂȘme tendance Ă  devenir un memecoin , dans le sens oĂč on ne s’en procurerait qu’en raison de ce qu’il reprĂ©sente culturellement, pas pour son utilisation Ă©conomique rĂ©elle. Ainsi, on peut comprendre pourquoi certains accusent le bitcoin d’ĂȘtre une « bulle spĂ©culative », un phĂ©nomĂšne sans fondement, qui serait similaire Ă  la tulipomanie du XVIIe siĂšcle7. On peut aussi entendre les gens qui le voient comme une « arnaque », comme une « pyramide de Ponzi » reposant sur l’arrivĂ©e de plus en plus d’« investisseurs », attirĂ©s par les anciens dĂ©tenteurs.

Cette image dĂ©gradĂ©e a pour effet de tenir Ă©loignĂ©es les personnes qui pourraient vouloir utiliser Bitcoin pour ses propriĂ©tĂ©s de rĂ©sistance Ă  la censure, et en particulier les activistes et les gens de gauche qui se mĂ©fient initialement de la finance. En parallĂšle, les spĂ©culateurs se multiplient au fur et Ă  mesure du temps, encouragĂ©s par la culture du gain. Et le phĂ©nomĂšne s’amplifie, formant un cercle vicieux : les utilisateurs-spĂ©culateurs font plus de bruit et en attirent d’autres, ce qui isole de plus en plus les utilisateurs authentiques qui doivent faire des efforts considĂ©rables pour trier les informations qu’ils reçoivent. En d’autres termes, les mauvais utilisateurs chassent les bons.

La deuxiĂšme consĂ©quence gĂ©nĂ©rale, apparentĂ©e Ă  la premiĂšre, est l’accentuation de la volatilitĂ©. Puisque les gens voient le bitcoin comme un objet spĂ©culatif, ils s’en procurent pour gagner de l’argent rapidement. Ainsi, lors des marchĂ©s haussiers, ils ont tendance Ă  seulement acheter et Ă  ne pas vendre (laisser courir leurs gains), ce qui fait monter le taux de change considĂ©rablement. À l’inverse, lorsque les marchĂ©s baissiers, les spĂ©culateurs Ă  court terme ont tendance Ă  vendre pour Ă©viter de risquer de perdre trop (en coupant leurs pertes), ce qui contribue Ă  la chute et rĂ©sulte souvent en une vente panique gĂ©nĂ©rale.

Si nous voyions le bitcoin comme un instrument d’échange, les choses ne seraient probablement pas ainsi. Nous serions obligĂ©s d’encaisser des paiements sur la durĂ©e, peu importe le taux de change du moment. De mĂȘme, nous devrions le dĂ©penser rĂ©guliĂšrement, malgrĂ© des taux de change dĂ©favorables. De plus, nous pourrions prĂ©cisĂ©ment en dĂ©penser plus lorsqu’il vaudrait plus, car nous nous sentirions plus riches. Il y aurait toujours une variation et des spĂ©culateurs Ă  court terme, mais la volatilitĂ© serait rĂ©duite. Le pouvoir d’achat du bitcoin serait plus stable, de sorte qu’il pourrait devenir une vĂ©ritable unitĂ© de compte.

Une troisiĂšme consĂ©quence de l’avarice sur Bitcoin est qu’elle constitue un frein Ă  l’adoption dĂ©centralisĂ©e. L’adoption repose en premier lieu sur les commerçants, ceux qui acceptent le bitcoin en Ă©change de biens et de services (ou de monnaies dans le cas des changeurs). Les gens susceptibles de dĂ©penser leurs bitcoins dans le commerce de dĂ©tail (surtout quand cette activitĂ© est, peu ou prou, confinĂ©e Ă  l’illĂ©galitĂ©) sont les bitcoineurs convaincus. Ainsi, les boutiquiers indĂ©pendants et les changeurs de rue, qui reposent sur ce rĂ©seau de bitcoineurs, ne feront quasi aucune vente si les bitcoineurs en question refusent de dĂ©penser leurs bitcoins. Ils seront dĂ©couragĂ©s de maintenir leur capacitĂ© Ă  accepter le bitcoin, qui peut reposer sur des facteurs comme l’utilisation d’un logiciel spĂ©cifique, la formation du personnel ou la gestion (individuelle ou collective) d’un nƓud. Ainsi, l’avarice fragilise l’utilisation entre particuliers de Bitcoin, au profit de son adoption centralisĂ©e, c’est-Ă -dire l’échange sur des plateformes de change rĂ©glementĂ©es comme Coinbase et Binance, frĂ©quentĂ©es par de nombreux spĂ©culateurs opportunistes.

Pour aller plus loin, si le but est seulement de faire en sorte que « le nombre monte », alors cette adoption centralisĂ©e et contrĂŽlĂ©e est le chemin le plus court pour y parvenir. Il n’y a pas lieu de s’opposer Ă  la surveillance financiĂšre si on essaie simplement de maximiser son gain spĂ©culatif Ă  court ou moyen terme. Au contraire, chacun est incitĂ© Ă  ĂȘtre le plus passif possible, pour que les rĂ©gulateurs acceptent que le bitcoin soit dĂ©tenu en tant qu’actif par les individus, par les sociĂ©tĂ©s cotĂ©es en bourse et par les États.

Une quatriĂšme consĂ©quence de la culture de l’avarice est son effet sur l’innovation technique. Les spĂ©culateurs ont intĂ©rĂȘt Ă  prĂ©server leur pouvoir d’achat et offrent une force d’opposition aux changements de rĂšgles de consensus. De ce fait, plus il y a d’utilisateurs-spĂ©culateurs, plus la prudence est mise Ă  l’honneur : peu de risques sont pris pour ne pas bouleverser le systĂšme dans son ensemble. Ce conservatisme a clairement des vertus pour assurer la stabilitĂ© du systĂšme (c’est pourquoi les soft forks sont prĂ©fĂ©rĂ©s aux hard forks sur BTC), mais il peut aussi ĂȘtre nĂ©faste s’il est trop excessif. Ainsi, si la communautĂ© est remplie de spĂ©culateurs, c’est-Ă -dire de personnes qui se procurent du bitcoin uniquement pour le revendre plus tard et rĂ©aliser un bĂ©nĂ©fice, alors il n’y a presque personne qui valorise Bitcoin pour son caractĂšre confidentiel ou pour son aspect programmable (essentiel pour dĂ©velopper des solutions de seconde couche dĂ©centralisĂ©es). Dans ce cas, il n’y pas lieu de prendre un risque pour modifier les rĂšgles de consensus pour amĂ©liorer le systĂšme. C’est dans ce cadre que certaines personnes, comme Jameson Lopp, parlent d’« ossification prĂ©maturĂ©e du protocole ».

Jusqu’en 2021, le projet Ă©tait encore considĂ©rĂ© comme expĂ©rimental et incomplet. Le logiciel (Bitcoin Core) Ă©tait ainsi en bĂȘta, les numĂ©ros de versions ayant la forme 0.x.y (0.21.1 par exemple). Des mises Ă  niveau avaient rĂ©guliĂšrement lieu : OP_CHECKLOCKTIMEVERIFY en 2015, OP_CHECKSEQUENCEVERIFY en 2016, SegWit en 2017 et Taproot en 2021. Mais depuis cette derniĂšre mise Ă  niveau, les choses ont changé : le numĂ©ro de version du logiciel se prĂ©sente dĂ©sormais sous la forme x.y (22.0 par exemple), et il ne semble pas y avoir de volontĂ© marquĂ©e de modifier Ă  nouveau les rĂšgles de consensus. Les propositions existantes de modification (SIGHASH_ANYPREVOUT, CISA, OP_CHECKTEMPLATEVERIFY, OP_CAT, Drivechain) peinent Ă  se faire une place en dehors de la sphĂšre des dĂ©veloppeurs, celles-ci n’intĂ©ressant que peu les utilisateurs-spĂ©culateurs, et il semble ainsi possible qu’aucune d’entre elles ne soit adoptĂ©e.

Enfin, chose qui peut sembler paradoxale par rapport au prĂ©cĂ©dent problĂšme, une cinquiĂšme et derniĂšre consĂ©quence de l’avarice est de faciliter l’altĂ©ration des propriĂ©tĂ©s fondamentales du systĂšme, et en particulier de sa rĂ©sistance Ă  la censure. Comme nous l’avons dit, Bitcoin dĂ©pend de l’utilisation qui en est faite, et ne constitue donc pas un « cadre mathĂ©matique exempt de politique et d’erreur humaine » (pour reprendre l’expression de Tyler Winklevoss) qui serait indĂ©pendant des actions des gens. Ainsi, une attitude concentrĂ©e sur le gain spĂ©culatif Ă  court-moyen terme (et non sur le gain de libertĂ©) pourrait amener la communautĂ© Ă  accepter un soft fork de censure, qui interdirait Ă  certaines transactions d’ĂȘtre confirmĂ©es, en vue de se conformer aux rĂ©glementations internationales.

Nous n’en sommes pas encore lĂ  heureusement, mais un haut degrĂ© de corruption peut conduire Ă  ce type de modification. C’est cet esprit d’avarice qui a poussĂ© une bonne partie de la communautĂ© d’Ethereum Ă  faire appliquer des changements pourtant primordiaux dans le protocole : l’EIP-1559 (qui intĂ©grait le brĂ»lage des frais de transaction versĂ©s aux mineurs) et le passage en preuve d’enjeu (qui supprimait le minage et rĂ©duisait le montant d’éthers crĂ©Ă©s). Le but avouĂ© de cette dĂ©marche n’était pas tant de rĂ©soudre les problĂšmes des frais Ă©levĂ©s et de la consommation Ă©lectrique de la preuve de travail, que de crĂ©er une « monnaie ultrasaine » (« ultrasound money », rĂ©fĂ©rence calembourdesque Ă  la monnaie saine, de l’anglais sound money), qui serait dĂ©flationniste et dont le pouvoir d’achat croitrait en consĂ©quence. Ces changements, qui ont altĂ©rĂ© la sĂ©curitĂ© du systĂšme, n’ont toutefois pas abouti au rĂ©sultat espĂ©rĂ©, les utilisateurs s’étant reportĂ© sur des alternatives (encore moins sĂ»res) comme Solana.

Vers le saylorisme ?

Nous constatons ainsi que la communautĂ© de Bitcoin a fait une place de plus en plus grande Ă  la spĂ©culation et a laissĂ© l’avarice gagner du terrain au cours du temps, au dĂ©triment de son utilisation comme argent liquide Ă©lectronique. Cette culture a modifiĂ© l’image qu’en a le grand public : de monnaie du dark web, le bitcoin est devenu Ă  ses yeux un moyen de gagner de l’argent rapidement. Cette image a renforcĂ© la prĂ©sence des spĂ©culateurs au sein des utilisateurs, ce qui s’est reflĂ©tĂ©e par la centralisation progressive de l’activitĂ© Ă©conomique sur les plateformes de change. Tout cela affecte aussi le systĂšme en lui-mĂȘme, en avantageant la hausse du prix de l’unitĂ© de compte et en empĂȘchant les autres aspects (comme la confidentialitĂ© et la programmabilitĂ©) de se dĂ©velopper.

En particulier, cette Ă©volution a fait Ă©merger une figure majeure au sommet de la communauté : Michael Saylor. ArrivĂ© en 2020, ce dernier a su se construire une audience massive composĂ©e de millions de personnes, et constitue aujourd’hui l’un des relais d’opinion les plus influents. Il voit Bitcoin comme une monnaie de rĂ©serve, devant respecter le cadre rĂ©glementaire dressĂ© par les rĂ©gulateurs financiers et servant avant tout de base au nouveau systĂšme financier (conservation en trĂ©sorerie d’entreprise, adossement des monnaies Ă©tatiques, garantie dans les prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s, etc.) – une conception contraire Ă  tous les principes de Bitcoin, et en particulier Ă  la dĂ©sintermĂ©diation.

La communautĂ© de Bitcoin, au lieu de rejeter ses propos comme elle le devrait, l’a accueilli Ă  bras ouvert, lui offrant la possibilitĂ© de rĂ©diger des prĂ©faces, d’apparaitre dans des podcasts et allant jusqu’à l’acclamer lors de confĂ©rences. Pourquoi ? Parce qu’il annonce que le prix du bitcoin va monter Ă©normĂ©ment et parce qu’il joint le geste Ă  la parole en achetant beaucoup de bitcoins avec la sociĂ©tĂ© dont il est PDG, Microstrategy.

La cupiditĂ© nous amĂšne ainsi aujourd’hui Ă  applaudir des gens qui, par leur action dans le monde, s’opposent drastiquement Ă  l’émergence d’une monnaie libre, mais font nĂ©anmoins monter le pouvoir d’achat du bitcoin. C’est le cas de Michael Saylor, mais aussi de Larry Fink (PDG de BlackRock) et de Donald Trump. Il arrivera nĂ©anmoins un moment oĂč le fait de laisser les loups rentrer dans la bergerie commencera Ă  poser des problĂšmes.


  1. Le terme « investissement » est maladroit car la thĂ©saurisation de bitcoins, au mĂȘme titre que la conservation d’or, n’est pas un investissement au sens traditionnel du terme (aucune crĂ©ation de richesse directe associĂ©e). ↩
  2. Pour une analyse plus poussĂ©e de la valorisation initiale du bitcoin, voir la section « L’émergence de la valeur du bitcoin » dans le chapitre 3 de L’ÉlĂ©gance de Bitcoin. ↩
  3. Au sens dawkinien du terme, un mĂšme est un Ă©lĂ©ment culturel reconnaissable reproduit et transmis par l’imitation. ↩
  4. Le marchĂ© haussier est appelĂ© bull market car le taureau (bull) attaque du bas vers le haut avec ses cornes. À l’inverse, l’ours (bear) reprĂ©sente le marchĂ© baissier car il attaque du haut vers le bas avec ses pattes. Le lien fort du symbole du taureau avec la finance est symbolisĂ© par le Taureau de Wall Street, sculpture situĂ©e non loin de la bourse de New York (NYSE). ↩
  5. Cette façon de donner le prix actuel des 10 000 bitcoins de Laszlo ayant servi Ă  acheter les pizzas Ă©tait, au dĂ©but, une blague, mais a depuis Ă©tĂ© pris au sĂ©rieux. Les mĂ©dias s’en donnent rĂ©guliĂšrement Ă  cƓur-joie, comme RTBF qui titrait en dĂ©cembre dernier « Cryptomonnaies : les pizzas qui valaient 1 milliard de dollars ». Ce phĂ©nomĂšne a pour effet de renforcer l’idĂ©e laquelle on ne pourrait pas utiliser ses bitcoins sans le regretter, alors qu’il suffit de les remplacer aprĂšs la dĂ©pense. ↩
  6. « Si le bitcoin continue Ă  prendre de la valeur et que les institutions financiĂšres sont de plus en plus nombreuses Ă  l’utiliser, il deviendra une monnaie de rĂ©serve sur laquelle s’appuieront des banques centrales d’un nouveau genre. » — Saifedean Ammous, The Bitcoin Standard, Wiley, 2018, p. 210 (ma traduction). ↩
  7. Sur la comparaison entre la spĂ©culation sur le bitcoin et la bulle des bulbes de tulipe de 1637, on pourra lire l’excellent ouvrage de Jacques Favier, La Monnaie Ă  pĂ©tales. ↩
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Le memecoin PolitiFi FreeDum Fighters ($DUM) explose

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Le principal memecoin PolitiFi, FreeDum Fighters ($DUM), a explosĂ© lors de sa prĂ©vente, dĂ©passant les 700 000 $ en capital d’investissement initial. FreeDum Fighters explose et dĂ©passe les 700 000 dollars Alors que la scĂšne PolitiFi continue de se faire une place en 2024, FreeDum Fighters s’impose rapidement comme le jeton Ă  acheter en dĂ©cembre,...

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État des lieux de la crypto tout autour du monde — Interview avec Fabien Aufrechter, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la LSW3

November 30th 2024 at 16:00

Fabien Aufrechter, SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de la Ligue pour la SĂ©curitĂ© du Web3 (LSW3) et Vice-PrĂ©sident Innovation chez Vivendi, explore les liens entre technologies, sociĂ©tĂ© et politique tout autour du monde. Dans cet entretien, il aborde les dĂ©fis du Web3, la protection des crĂ©ateurs face Ă  l’IA et la nĂ©cessitĂ© d’une gouvernance numĂ©rique Ă©thique en Europe. Une vision Ă©clairante sur l’avenir des technologies dĂ©centralisĂ©es.

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Le sabotage de Bitcoin : une critique de Hijacking Bitcoin

November 21st 2024 at 09:00

En avril dernier, l’homme d’affaires amĂ©ricain Roger Ver, connu pour son implication dans les premiĂšres annĂ©es d’existence de Bitcoin, a publiĂ© un ouvrage pour le moins controversĂ©. Il s’agit de Hijacking Bitcoin: The Hidden History of BTC, dont le titre peut ĂȘtre traduit par « Le DĂ©tournement de Bitcoin : l’histoire cachĂ©e de BTC », qu’il a coĂ©crit avec Steve Patterson, philosophe et auteur professionnel. Ce livre, au ton pour le moins provocateur, revient sur l’évolution qu’a connue la crĂ©ation de Satoshi Nakamoto au fil du temps, pour montrer que le projet a Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© de ses objectifs initiaux.

Roger Ver et Steve Patterson offrent en particulier un point de vue alternatif sur la guerre des blocs, le conflit qui a eu lieu dans la communautĂ© de Bitcoin entre 2015 et 2017 Ă  propos de la limite de taille des blocs (le paramĂštre qui restreint le nombre de transactions pouvant ĂȘtre effectuĂ©es sur le rĂ©seau) et qui a menĂ© Ă  la scission entre Bitcoin-BTC et Bitcoin Cash (BCH). Les auteurs font assez largement l’apologie de l’augmentation de la taille des blocs comme moyen de passer Ă  l’échelle, et se rangent de ce fait dans le camp des big blockers, qui ont Ă©chouĂ© Ă  faire appliquer leur volontĂ© sur le rĂ©seau principal de Bitcoin. Avec cet ouvrage, ils cherchent (entre autres) Ă  faire concurrence Ă  The Blocksize War, le rapport dĂ©taillĂ© de Jonathan Bier relatant cette « guerre civile », qui est sorti en 2021 et dont une traduction en français a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e en 2024. La publication de ce rĂ©cit alternatif est donc une tentative de faire en sorte que l’histoire ne soit pas « écrite par les gagnants » comme le dit l’adage.

Si la vision prĂ©sentĂ©e par Hijacking Bitcoin a ses faiblesses (qui seront Ă©voquĂ©es ici), j’ai la conviction que l’ouvrage ouvre un dĂ©bat Ă  propos d’un sujet primordial et c’est pourquoi j’écris le prĂ©sent article. Ayant dĂ©fendu Bitcoin Cash plus que de raison par le passĂ©, et continuant de le faire dans une moindre mesure, je pense avoir une critique originale Ă  faire, Ă  mi-chemin entre le mĂ©pris automatique et l’éloge dithyrambique. J’expliquerai notamment en quoi la communautĂ© de BTC a effectivement perdu une part de son Ăąme au cours du temps, et pourquoi, Ă  l’inverse, les partisans invĂ©tĂ©rĂ©s de BCH se trompent quand ils prĂ©tendent que leur version de Bitcoin finira par remplacer la premiĂšre.

Qui est Roger Ver ?

Hijacking Bitcoin est indissociable de son principal co-auteur, Roger Ver, qui est un personnage emblĂ©matique de l’histoire de Bitcoin. Celui-ci est en effet un influenceur de premier plan dans le secteur de la cryptomonnaie. Excellent orateur, il a su vanter les mĂ©rites de Bitcoin, rĂ©pĂ©tant Ă  l’envi que ce systĂšme novateur permettait d’envoyer de l’argent Ă  n’importe qui, Ă  n’importe quel moment et Ă  n’importe quel endroit dans le monde, sans avoir Ă  demander l’autorisation.

Roger Ver est un homme d’affaires amĂ©ricain. À la fin des annĂ©es 90, il a fondĂ© l’entreprise MemoryDealers, une sociĂ©tĂ© de revente de composants informatiques en ligne, grĂące Ă  laquelle il est devenu millionnaire au bout de quelques annĂ©es. En parallĂšle, il a dĂ©veloppĂ© des convictions libertariennes, notamment en lisant Murray Rothbard. Il entretient Ă©galement une passion pour l’évolution technique et le transhumanisme, ayant Ă©tĂ© influencĂ© par le futurologue Ray Kurzweil.

Il a dĂ©couvert Bitcoin Ă  la fin de l’annĂ©e 2010 grĂące Ă  un Ă©pisode de Free Talk Live, une Ă©mission de webradio libertarienne aux États-Unis. Il s’est rapidement pris de passion pour la crĂ©ation de Satoshi Nakamoto, et s’est procurĂ© ses premiers bitcoins « pour moins d’un dollar chacun » (p. 2). Au printemps 2011, il a commencĂ© immĂ©diatement Ă  accepter les paiements en bitcoins avec sa sociĂ©tĂ© MemoryDealers. Il a investi dans les premiers projets liĂ©s Ă  Bitcoin comme le processeur de paiement BitPay, le portefeuille Blockchain.info ou le service de change BitInstant. En 2013, suite Ă  la hausse du cours du BTC, il a fait un don Ă  hauteur d’un million de dollars Ă  la Foundation for Economic Education, un think tank libertarien dĂ©diĂ© Ă  la promotion de la libertĂ© individuelle, de l’économie de marchĂ© et de l’entrepreneuriat.

Entre 2012 et 2014, il a gĂ©rĂ© la plateforme BitcoinStore.com, qui vendait du matĂ©riel informatique en bitcoins. Depuis 2015, il est propriĂ©taire de l’entreprise Bitcoin.com, qui hĂ©berge un site d’actualitĂ© et maintient un portefeuille mobile performant.

Il est devenu au fil du temps l’un des promoteurs les plus zĂ©lĂ©s de Bitcoin, ce qui lui a valu le surnom de « Bitcoin Jesus » : le « JĂ©sus de Bitcoin ». Il est apparu dans le documentaire The Bitcoin Gospel diffusĂ© le 1er novembre 2015 sur la chaĂźne Youtube du groupe audiovisuel nĂ©erlandais VPRO. Nombre de bitcoineurs le sont devenus grĂące Ă  lui.

En outre, Roger Ver a Ă©tĂ© un acteur influent dans la communautĂ© au cours de la guerre des blocs. En 2016, aprĂšs les tentatives infructueuses de Bitcoin XT et de Bitcoin Classic, il a soutenu l’initiative de Bitcoin Unlimited, qui voulait modifier la façon de calculer la limite de taille des blocs. En 2017, il a ensuite soutenu le plan de modification de SegWit2X qui visait Ă  activer SegWit et Ă  doubler la taille limite des blocs, contre l’avis des dĂ©veloppeurs de Bitcoin Core et d’une partie de la communautĂ©. AprĂšs l’échec de ce plan en novembre 2017, il est devenu un fervent partisan de Bitcoin Cash, ce qu’il est restĂ© jusqu’à aujourd’hui malgrĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es par cette version alternative de Bitcoin.

Anarcho-capitaliste, Roger Ver a trĂšs vite entretenu une relation conflictuelle avec l’État. En 2002, il a passĂ© 5 mois en prison pour avoir vendu des feux d’artifice sans licence, et s’est par la suite expatriĂ© au Japon. En 2014, il a abandonnĂ© sa nationalitĂ© Ă©tasunienne, en vue d’arrĂȘter de financer l’État fĂ©dĂ©ral depuis l’étranger (ce Ă  quoi il Ă©tait contraint jusqu’alors, conformĂ©ment au principe de l’impĂŽt sur la nationalitĂ©). Il a pour cela acquis la citoyennetĂ© de Saint-Christophe-et-NiĂ©vĂšs, une petite Ăźle des CaraĂŻbes reconnue pour ĂȘtre un paradis fiscal.

Les États-Unis ne l’ont cependant pas oubliĂ©. À la fin du mois d’avril 2024, juste aprĂšs la publication de son livre, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en Espagne en vue d’une extradition vers les États-Unis. Il a Ă©tĂ© accusĂ© de ne pas avoir dĂ©clarĂ© tous les bitcoins qu’il avait emportĂ© avec lui en 2014, pour lesquels il aurait dĂ» payer une taxe sur la plus-value (le « manque Ă  gagner » revendiquĂ© par l’IRS est estimĂ© Ă  48 millions de dollars). Il est vraisemblable que cette arrestation (dix ans aprĂšs les faits !) a un objectif politique, et qu’elle s’inscrit dans l’offensive rĂ©cente contre l’utilisation anonyme de la cryptomonnaie, ouverte par l’arrestation des fondateurs de Samourai Wallet le 24 avril dernier.

MĂȘme si l’engagement de Roger Ver dans ce livre est fort, il ne l’a — Ă  mon avis — pas rĂ©digĂ© lui-mĂȘme et a dĂ©lĂ©guĂ© la tĂąche Ă  Steve Patterson, dont le mĂ©tier est de produire du contenu sur Internet et ailleurs. Ce dernier, qui est un big blocker convaincu et qui a soutenu Bitcoin SV pendant un temps, a ainsi pu influencer fortement le texte et y inclure quelques-unes de ses conceptions.

L’altĂ©ration de la vision originelle

L’ouvrage commence par prĂ©senter la vision originelle de Bitcoin telle qu’exposĂ©e par Satoshi Nakamoto lorsqu’il Ă©tait encore lĂ . Puis, les auteurs expliquent en quoi elle a Ă©tĂ© dĂ©voyĂ©e au profit d’une vision centrĂ©e sur l’appĂąt du gain. Cette lente Ă©volution s’est traduite par une intĂ©gration progressive dans le systĂšme financier traditionnel et par une collaboration accrue avec les autoritĂ©s, allant Ă  l’encontre du caractĂšre rebelle et anarchiste du Bitcoin initial.

Au dĂ©but, Bitcoin Ă©tait vantĂ© comme un moyen permettant de rĂ©aliser des paiements sans tiers de confiance. Le livre blanc, publiĂ© le 31 octobre 2008 par Satoshi Nakamoto, Ă©tait consacrĂ© au problĂšme des paiements en ligne, qui est Ă©voquĂ© dans le rĂ©sumĂ© et qui est le sujet de l’introduction. Au cours des quelques annĂ©es oĂč il a Ă©tĂ© actif, Satoshi a parlĂ© de ce sujet Ă  plusieurs reprises, allant mĂȘme jusqu’à concevoir que Bitcoin pourrait finir par ĂȘtre utilisĂ© pour les micropaiements ! MĂȘme s’il a Ă©voquĂ© la notion d’investissement et la limite des 21 millions, cette propriĂ©tĂ© Ă©tait secondaire Ă  ses yeux, et Ă©tait plus un argument de vente pour amorcer le systĂšme qu’autre chose.

En 2011, alors que Satoshi disparaissait, cette idĂ©e d’un bitcoin qui servirait de moyen de paiement Ă©tait claire. Les utilisateurs Ă©taient principalement des technophiles et des libertariens, qui Ă©taient intĂ©ressĂ©s pour rĂ©aliser des transactions. Les premiers portefeuilles lĂ©gers, permettant de gĂ©rer des fonds sur mobile, faisaient leur apparition. On voyait aussi Ă©merger des processeurs de paiement comme BitPay. Enfin, la place de marchĂ© du dark web Silk Road Ă©tait en plein essor, et allait devenir le premier cas d’utilisation majeur de Bitcoin !

Ainsi, durant les premiĂšres annĂ©es d’existence de Bitcoin, c’était bel et bien la fonction de moyen de paiement qui Ă©tait Ă  l’honneur, en paroles et en actions, mais la situation a peu Ă  peu changĂ© au cours du temps. À partir de 2013–2014, le discours a commencĂ© Ă  se transformer et Ă  se focaliser de plus de plus sur la fonction de rĂ©serve de valeur, Bitcoin devenant un « or numĂ©rique ». Cette vision est devenue majoritaire en 2017, suite Ă  quoi elle a Ă©tĂ© promue par des personnes comme Saifedean Ammous (l’auteur de L’Étalon-bitcoin), Tuur Demeester (analyste pour Adamant Research) ou encore Dan Held (directeur du marketing chez Kraken). Comme l’expliquent Roger Ver et Steve Patterson :

« Au sein de la communautĂ© de Bitcoin, le discours s’est peu Ă  peu Ă©loignĂ© du concept d’argent liquide numĂ©rique pour s’orienter vers la notion de rĂ©serve de valeur en l’espace de quelques annĂ©es. Encore en 2016, la majoritĂ© des bitcoineurs continuaient Ă  promouvoir le systĂšme en tant que monnaie en ligne – ou, comme ils aimaient l’appeler, « la monnaie magique d’Internet » – raison pour laquelle on se rĂ©jouissait chaque fois qu’une nouvelle entreprise annonçait qu’elle acceptait le bitcoin comme moyen de paiement. Avec chaque nouveau commerçant qui commençait Ă  l’accepter, Bitcoin gagnait en crĂ©dibilitĂ© et en utilitĂ©. Mais aprĂšs la flambĂ©e des frais fin 2017, les partisans les plus influents de BTC, plutĂŽt que d’admettre qu’il y avait un problĂšme, se sont clairement mis Ă  changer leur discours – car si Bitcoin n’était qu’une rĂ©serve de valeur, alors les frais Ă©levĂ©s n’avaient pas d’importance aprĂšs tout. Ces derniĂšres annĂ©es, on a mĂȘme encouragĂ© les gens Ă  ne pas dĂ©penser leurs bitcoins dans le commerce, le BTC Ă©tant destinĂ© Ă  ĂȘtre achetĂ© et dĂ©tenu indĂ©finiment. » (p. 29)

Cette dĂ©rive dĂ©sole profondĂ©ment Roger Ver et Steve Patterson, qui lui reprochent notamment son manque d’ambition idĂ©ologique. PlutĂŽt que de dĂ©penser ses bitcoins, cette conception de Bitcoin incite les gens Ă  conserver leurs bitcoins et Ă  utiliser plutĂŽt leurs euros. Or, d’aprĂšs eux (p. 7), un tel rĂ©sultat se situe bien en dessous de l’objectif rĂ©volutionnaire initial. Dans cette situation, L’État pourrait garder son contrĂŽle sur l’économie, tout en autorisant les individus Ă  « stocker de la valeur » dans un nouvel actif Ă  la mode, similaire Ă  l’or, Ă  condition qu’ils paient leurs impĂŽts Ă©videmment. Pour reprendre l’expression de John Ratcliff (citĂ©e dans le livre Ă  la page 168) : « l’État se fiche Ă©perdument de l’existence d’une nouvelle « classe d’actifs » [
] ce qui le prĂ©occupe, c’est le fait que les gens puissent transfĂ©rer cette valeur sans qu’il puisse la suivre et l’intercepter ».

Ce dĂ©voiement a menĂ© Ă  une intĂ©gration de plus en plus poussĂ©e dans le systĂšme financier traditionnel. Cette derniĂšre Ă©volution s’est manifestĂ©e en dĂ©but d’annĂ©e aux États-Unis par l’approbation des ETF au comptant par la SEC, qui permettent aux institutions de dĂ©tenir du bitcoin de maniĂšre simple, et par la rĂ©cente promesse faite par le prĂ©sident Ă©lu, Donald Trump, de mettre en place une rĂ©serve stratĂ©gique en bitcoin pour l’État fĂ©dĂ©ral. La tendance est Ă  l’autorisation de la conservation de bitcoin dans la limite des rĂ©glementations financiĂšres. Cette tendance, si elle se poursuivait, mĂšnerait le bitcoin Ă  n’ĂȘtre transfĂ©rĂ© qu’occasionnellement et Ă  servir principalement de garantie dans le cadre de prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s. Il ne s’agirait plus d’un concurrent au dollar comme on l’entendait dans ses premiĂšres annĂ©es d’existence, et c’est prĂ©cisĂ©ment le reproche fait par Roger Ver ici.

La question du passage Ă  l’échelle

Dans un deuxiĂšme temps, les auteurs mettent en relation cette lente Ă©volution du discours avec la question du passage Ă  l’échelle, c’est-Ă -dire de l’impact de l’utilisation de la chaĂźne sur la dĂ©centralisation du rĂ©seau. Comme nous l’avons laissĂ© entendre, Roger Ver et Steve Patterson sont des big blockers, qui prĂŽnent l’accroissement de l’activitĂ© sur la chaĂźne pour rĂ©pondre Ă  la demande, ce qui passerait par l’augmentation significative (voire la suppression) de la taille limite des blocs. Cette conception correspond bien Ă  leur vision de Bitcoin comme un systĂšme de paiement avant tout.

C’est pourquoi ils prĂ©tendent que le maintien de la taille des blocs Ă  un niveau bas provient d’une volontĂ© de faire de Bitcoin une rĂ©serve de valeur, fonction qui ne requiert pas une capacitĂ© transactionnelle Ă©norme. Ils voient cette limitation comme une façon d’handicaper le rĂ©seau pour les paiements. En effet, en limitant la taille maximale des blocs, on fait augmenter les frais de transaction : plus l’espace de bloc est limitĂ© Ă  un niveau bien infĂ©rieur Ă  la demande, plus le prix pour l’inclusion dans un bloc est Ă©levĂ©. De ce fait, les transferts dĂ©plaçant peu de valeur ont tendance Ă  ĂȘtre exclus : en 2017, la hausse des frais liĂ©e Ă  l’atteinte de la limite a ainsi commencĂ© Ă  dĂ©courager les transactions courantes, poussant de nombreux commerçants Ă  ne plus recevoir de bitcoin, comme Steam en 2017. Ç’a Ă©tĂ© une tragĂ©die pour l’utilisation du bitcoin comme moyen de paiement.

Bien entendu, les small blockers ont un discours complĂštement diffĂ©rent. Pour eux, la restriction de la capacitĂ© du rĂ©seau vise Ă  minimiser le coĂ»t de fonctionnement des nƓuds, de sorte Ă  maximiser la dĂ©centralisation potentielle du rĂ©seau, et donc sa rĂ©sistance aux attaques. Durant la guerre des blocs ils n’étaient pas nĂ©cessairement opposĂ©s Ă  son usage comme moyen de paiement courant, mais voyaient les effets nĂ©fastes d’une telle utilisation sur la chaĂźne. C’est pourquoi ils prĂŽnaient plutĂŽt le passage par des solutions de surcouche comme le rĂ©seau Lightning pour satisfaire cet usage, ce qui est devenu la vision majoritaire dans la communautĂ© de BTC aujourd’hui.

Roger Ver et Steve Patterson critiquent cette façon de voir les choses de façon acerbe. Ils pensent qu’il n’y a pas lieu de limiter la capacitĂ© transactionnelle Ă  ce point. Pour eux, les utilisateurs de BTC « paient des frais extrĂȘmement Ă©levĂ©s sans raison valable » (p. 30). Les auteurs rejettent notamment l’importance des nƓuds complets mise en avant par les small blockers, qualifiant leur argumentaire de « religion des nƓuds » (p. 52). Ils avancent (conformĂ©ment Ă  Brian Armstrong en 2016) que les mineurs dĂ©cident des rĂšgles du protocole de maniĂšre collective, mais qu’ils n’ont pas intĂ©rĂȘt Ă  modifier arbitrairement le protocole. Le rĂŽle des nƓuds non miniers est ainsi secondaire, n’intervenant que pour signaler un changement de rĂšgle aux utilisateurs.

De ce point de vue, les auteurs ignorent sciemment les enseignements qui ont pu émerger au cours des derniÚres années et conservent une vision grossiÚre des choses. Ils peinent à voir le compromis qui est réalisé à chaque bloc sur la chaßne de Bitcoin. De plus, ils continuent de soutenir que les mineurs décident des rÚgles, ce qui a été largement invalidé par la raison et par la pratique (annulation de SegWit2X) depuis la guerre des blocs.

Cette position est dommageable, car elle renforce le prĂ©jugĂ© nĂ©gatif contre les auteurs, rendant le reste du discours inaudible. En particulier, elle dĂ©tourne la rĂ©elle critique qu’il y aurait Ă  apporter Ă  l’endroit du niveau arbitraire choisi pour la taille des blocs. En effet, l’inflexibilitĂ© Ă  propos de ce critĂšre n’a en effet pas de raison d’ĂȘtre, hormis la stabilitĂ© Ă  long terme du systĂšme, et le niveau actuel n’a de toute Ă©vidence pas Ă©tĂ© dĂ©terminĂ© scientifiquement.

Une histoire alternative de la guerre des blocs

Outre ces deux prises de position concernant l’utilisation et le passage Ă  l’échelle de Bitcoin, Hijacking Bitcoin Ă  la mĂ©rite d’apporter une autre version de l’histoire de la guerre des blocs, Ă©manant du point de vue des big blockers. Roger Ver et Steve Patterson y dĂ©noncent les mĂ©thodes de communication des partisans des petits blocs, qu’ils jugent ĂȘtre de la « pure propagande » (p. 121), et les manƓuvres utilisĂ©es par les partisans des petits blocs pour parvenir Ă  leurs fins, qui n’ont pas (il faut le dire) toujours Ă©tĂ© honorables.

Les auteurs reviennent d’abord sur la modification du discours sur la taille des blocs, qui s’est produite Ă  partir de 2013. Ils insistent sur le rĂŽle du dĂ©veloppeur Peter Todd (rĂ©cemment dĂ©signĂ© comme Ă©tant Satoshi Nakamoto par Cullen Hoback dans son documentaire diffusĂ© sur HBO) dans ce lent glissement. Peter Todd est en effet Ă  l’origine d’une vidĂ©o sortie en 2013 qui promouvait une restriction de la taille maximale des blocs Ă  1 Mo (p. 112). Il a Ă©galement Ă©tĂ© le promoteur principal de Replace-by-Fee, une mĂ©thode de remplacement des transactions avant inclusion dans un bloc, qui affaiblit considĂ©rablement l’acception instantanĂ©e en 0-conf, viable pour les petits montants (p. 117). Les auteurs Ă©voquent les Ă©changes que Peter Todd a eu avec John Dillon, un personnage mystĂ©rieux qui le soutenait financiĂšrement et qui a admis travailler pour une agence de renseignement (p.122).

Les auteurs laissent ainsi entendre qu’il y a eu un effort de l’establishment politique et financier pour neutraliser Bitcoin. Dans la mĂȘme veine, ils Ă©voquent aussi la crĂ©ation de Blockstream en 2014 et son financement par AXA et d’autres acteurs financiers du monde traditionnel (p. 130). Blockstream a Ă©tĂ© fondĂ©e pour mettre sur pied des solutions de seconde couche oĂč elle gagnerait de l’argent (Liquid) et avait tout intĂ©rĂȘt Ă  ce que Bitcoin ne soit pas efficace on-chain. De ce fait, en employant plusieurs dĂ©veloppeurs de Bitcoin Core (l’implĂ©mentation logicielle principale de Bitcoin), elle a pu influencer la direction prise par BTC (p. 141).

Les Ă©lĂ©ments sont sourcĂ©s et il serait Ă©tonnant que Bitcoin ait entiĂšrement Ă©chappĂ© Ă  certaines influences des autoritĂ©s en place. Toutefois, les auteurs ont tendance Ă  renverser la causalitĂ© et Ă  voir un complot oĂč il n’y en a pas forcĂ©ment. Dans le cas de Blockstream, ce n’est pas parce que la sociĂ©tĂ© dĂ©veloppait des solutions de seconde couche qu’elle a cherchĂ© Ă  « bloquer le flux » (block the stream) des transactions sur la chaĂźne ; c’est plutĂŽt parce que ses fondateurs Ă©taient convaincus que Bitcoin ne passe pas Ă  l’échelle qu’ils ont crĂ©Ă© Blockstream pour mettre sur pied ces solutions.

Par la suite, les auteurs rappellent quelques-unes des mĂ©thodes malhonnĂȘtes employĂ©es pendant la guerre des blocs. Ils Ă©voquent la censure des discussions sur Reddit Ă  partir de 2015 (p. 164), les attaques par dĂ©ni de service contre les nƓuds de Bitcoin XT (pp. 168–170), la proposition de modifier le livre blanc en 2016 (pp. 193–194), l’utilisation du site Bitcoin.org dans le dĂ©bat sur SegWit2X en 2017 (pp. 207–209), l’envoi d’une lettre Ă  la SEC pour qu’elle prenne position dans ce mĂȘme dĂ©bat (pp. 210–211) et enfin l’emploi du terme pĂ©joratif « Bcash » pour dĂ©lĂ©gitimer Bitcoin Cash en tant que candidat au nom de Bitcoin (pp. 224–225). Il est salutaire que ce cĂŽtĂ© de l’histoire soit rappelé : toutes ces mĂ©thodes sont discutables et il est normal de rappeler qu’elles ont Ă©tĂ© employĂ©es, mĂȘme si l’objectif final pouvait ĂȘtre louable.

Bitcoin Cash, un remÚde ?

Dans la derniĂšre partie du livre, Roger Ver et Steve Patterson abordent le sujet de Bitcoin Cash. Cette cryptomonnaie est prĂ©conisĂ©e comme remĂšde, comme une façon de « reconquĂ©rir Bitcoin » (p. 217). Ce soutien n’est pas exclusif : de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, Roger Ver n’est pas maximaliste et promeut l’utilisation de « tout ce qui fonctionne », recommandant d’autres cryptomonnaies comme Monero, ZCash ou encore Zano. Cependant, Bitcoin Cash est le systĂšme mis en avant dans le livre, en raison de sa filiation historique.

Bitcoin Cash a Ă©tĂ© crĂ©Ă© le 1er aoĂ»t 2017 par un hard fork, en continuitĂ© de la chaĂźne de blocs de Bitcoin. Il diffĂ©rait de Bitcoin par le fait qu’il augmentait la taille maximale des blocs Ă  8 Mo et n’intĂ©grait pas SegWit. AprĂšs des dĂ©buts difficiles, il a connu son heure de gloire suite Ă  l’annulation du doublement de la capacitĂ© transactionnelle (SegWit2X) pour BTC en novembre 2017. À la fin de l’annĂ©e, le prix du BCH atteignait les 3 000 $ et reprĂ©sentait 20 % de la valeur d’échange du BTC.

Pour dĂ©fendre Bitcoin Cash, les auteurs prĂ©tendent qu’il s’agit du « vrai Bitcoin » (p. 220) car il respecte davantage les objectifs initiaux de Satoshi Nakamoto. Si je suis sceptique sur le fait qu’il existe un « vrai Bitcoin », je peux au moins leur accorder qu’il est tout Ă  fait lĂ©gitime de rĂ©aliser une scission comme celle-ci, si l’on sent que la version principale a dĂ©viĂ© de ce qu’on considĂ©rait ĂȘtre le but de Bitcoin.

En plus de l’augmentation de la capacitĂ© transactionnelle, Bitcoin Cash a adoptĂ© un certain nombre de changements au cours des annĂ©es (p. 233–237) : l’augmentation de la taille d’inscription sur la chaĂźne (OP_RETURN), la rĂ©activation d’anciens codes opĂ©ration (OP_CAT, OP_MUL, etc.) ainsi que l’ajout de nouvelles instructions amĂ©liorant la flexibilitĂ© du langage de script (OP_CHECKDATASIG, Native Introspection Opcodes), l’intĂ©gration des signatures de Schnorr, l’amĂ©lioration de l’algorithme de difficultĂ© (aserti3-2d), le support de jetons natifs (CashTokens) et une taille limite des blocs adaptative (Adaptive Blocksize Limit Algorithm) ajoutĂ©e en mai 2024. Ces innovations ont soutenu l’apparition de services intĂ©ressants comme le module de mĂ©lange de piĂšces CashFusion et le service de finance dĂ©centralisĂ©e BCH Bull.

Toutefois, ces amĂ©liorations n’ont pas su attirer le public voulu. Bitcoin Cash n’a jamais pu retrouver l’exposition qu’il avait rĂ©ussi Ă  obtenir Ă  ses dĂ©buts et n’a pas connu le succĂšs escomptĂ©. Il a en particulier souffert de son effet de rĂ©seau moindre par rapport Ă  Bitcoin, qui a fait que les gens ont prĂ©fĂ©rĂ© Bitcoin par dĂ©faut, quand bien mĂȘme ce dernier convenait moins Ă  leurs besoins transactionnels.

De plus, la communautĂ© de Bitcoin Cash a Ă©tĂ© en proie Ă  une sĂ©rie de conflits internes (p. 239). L’ouverture du dĂ©bat et le fait que les hard forks Ă©taient relativement bien vus, ont menĂ© Ă  deux scissions majeures, dans lesquelles Roger Ver a jouĂ© un rĂŽle de premier plan. La premiĂšre a Ă©tĂ© celle avec BSV en 2018, la cryptomonnaie de Craig Wright (prĂ©tendant au titre de Satoshi Nakamoto), qui avait supprimĂ© la rĂšgle limitant la taille des blocs et dont la communautĂ© s’était mis en tĂȘte d’inscrire tout sur la chaĂźne (MĂ©tanet). La seconde scission a Ă©tĂ© celle avec XEC en 2020, le systĂšme « eCash » d’Amaury SĂ©chet, le dĂ©veloppeur principal de Bitcoin ABC, l’implĂ©mentation de rĂ©fĂ©rence de Bitcoin Cash jusqu’à cette date.

Les auteurs croient que le relatif Ă©chec de Bitcoin Cash peut ĂȘtre inversĂ© et qu’il peut remplacer BTC sur le trĂŽne de la premiĂšre cryptomonnaie. Pour eux, BTC n’a pas d’utilitĂ© et est un objet spĂ©culatif sans valeur. Cependant, il s’agit encore une fois d’une demi-vĂ©rité : certes, le prix du BTC est augmentĂ© par le phĂ©nomĂšne spĂ©culatif, mais cela ne veut pas dire qu’il y a pas d’utilisation non spĂ©culative. MĂȘme si les frais sont Ă©levĂ©s, l’utilisation de la chaĂźne de Bitcoin peut toujours se borner aux transferts dĂ©plaçant beaucoup de valeur : financements d’initiatives politiques, achats de biens onĂ©reux, paiements de salaires, Ă©changes contre de la monnaie fiat, ouvertures de canaux Lightning, etc. Bitcoin est un systĂšme d’« or numĂ©rique » dans le sens oĂč il est particuliĂšrement adaptĂ© aux grosses transactions.

Dans cet ordre des choses, Bitcoin Cash ne deviendra pas le protocole numĂ©ro 1. Mais il peut rester une cryptomonnaie complĂ©mentaire, dĂ©diĂ©e aux transferts de petites sommes et aux smart contracts de tous les jours, une rĂ©surgence de l’argent ou du cuivre dans le numĂ©rique, si l’on reprend l’analogie avec les mĂ©taux prĂ©cieux. Bitcoin Cash est le candidat idĂ©al pour cela : il constitue en effet l’une des cryptomonnaies alternatives les moins corruptibles aujourd’hui avec Monero.

Un livre qui invite à la réflexion

Sans surprise, conformĂ©ment au ton tranchant de Roger Ver, Hijacking Bitcoin a le mĂ©rite d’ĂȘtre un livre entier, avec des forces et des faiblesses. On y retrouve l’essentiel de l’argumentaire tenu par les big blockers au cours des annĂ©es, sous une forme organisĂ©e et bien documentĂ©e. Le bitcoineur (mĂȘme s’il est maximaliste) y trouvera une source de rĂ©flexions sans pareille : si les critiques peuvent ĂȘtre partiellement invalidĂ©es, elles ne sont pas dĂ©nuĂ©es de fondement, et cela est bon pour Bitcoin.

Je crois que la principale conclusion Ă  tirer de cet ouvrage, c’est que Bitcoin peut ĂȘtre corrompu, et qu’il l’a bien Ă©tĂ© dans une certaine mesure, mĂȘme si cette corruption est plus subtile que Roger Ver et Steve Patterson ne l’imaginent. Les ĂȘtres humains sont profondĂ©ment faillibles et influençables, si bien qu’un mouvement social qui prend de l’ampleur va toujours se voir ĂȘtre « infiltrĂ© de l’intĂ©rieur ». Si Bitcoin reprĂ©sente bien une menace pour le pouvoir en place, alors il est logique qu’il soit « rĂ©cupĂ©ré », d’une façon ou d’une autre.

Aujourd’hui, le conflit majeur ne porte plus sur la taille des blocs. La question a Ă©tĂ© largement dĂ©battue, et mĂȘme si nous pouvons discuter du niveau de ce critĂšre, le principe de la limite n’est plus vraiment remis en question.

Ainsi, l’ennemi de BTC n’est pas le « big-blockisme », Bitcoin Cash ou Roger Ver, qui sont largement minoritaires. L’ennemi, c’est plutĂŽt le saylorisme, la doctrine soutenue par Michael Saylor, le patron de Microstrategy, qui veut faire du bitcoin un outil de conservation de valeur entiĂšrement rĂ©glementĂ© qui servirait de garantie dans les prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s. L’ennemi, c’est l’idĂ©e selon laquelle seul le prix compte, quitte Ă  revenir sur les principes fondateurs de Bitcoin pour le faire augmenter. L’ennemi, c’est la progression insidieuse de l’avarice dans la communautĂ©, qui nous coupe de nos inspirations initiales et qui dĂ©courage la bonne adoption. Mais nous en reparlerons une autre fois.

Merci à Édouard pour sa relecture.

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Un hacker a surfé sur la récente notoriété d'Andy Ayrey, à l'origine de l'IA Terminal Truth qui a permis au memecoin GOAT de se faire un nom, pour mettre en place une arnaque crypto et toucher le jackpot.

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