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Today — April 3rd 2025Crypto FR

Les 10 ans du repas, célébrés lors du 91Úme Repas du Coin, à Paris le 3 mars 2025

March 5th 2025 at 11:45

Le premier Repas du Coin, c’est un peu comme l’Appel du 18 juin : trĂšs peu de gens ont Ă©tĂ© tĂ©moins de l’évĂ©nement, dont on n’a mĂȘme aucune trace.

Nous Ă©tions 45 rĂ©unis dans le mĂȘme quartier de la rue Montorgueil, 10 ans et 1 jour aprĂšs, pour cĂ©lĂ©brer autour d’un couscous cette « institution » qui n’en est justement pas une et les nombreuses amitiĂ©s qui se sont forgĂ©es au cours des 90 repas dĂ©jĂ  tenus.

Dans le meilleure tradition, des convives venus de Belgique, de Suisse, du Luxembourg  (et mĂȘme d’Andorre, autre pays francophone trop souvent oubliĂ© !) s’étaient joints aux parisiens et Ă  des amis venus de Gironde, d’Occitanie et d’Alsace. Peu de « nouveaux venus » Ă  ce repas un peu spĂ©cial, mis Ă  part un contingent de la banque la plus crypto-amie de France et la tĂȘte de liste d’une organisation pirate fort connue dans le milieu.

Les conversations furent on ne peut plus animĂ©es : quand on eut fini les tours de table, vite expĂ©diĂ©s entre amis se connaissant dĂ©jĂ  presque tous, et l’évocation de ces dix annĂ©es, avec quelques sĂ©quences nostalgie, une fois n’est pas coutume on parla du cours et surtout de ses soubresauts (jugĂ©s « trĂšs spĂ©culatifs » naturellement).

On parla aussi de gouvernance dĂ©centralisĂ©e (aprĂšs la prĂ©sentation de sa thĂšse par MaĂ«l Rolland lors d’un petit-dĂ©jeuner offert le matin mĂȘme par le Cercle) et plus prosaĂŻquement de droite et de gauche, de politique (surtout amĂ©ricaine) et de rĂ©gulation (surtout europĂ©enne) ou d’expatriation, hĂ©las. Bref, la libertĂ© offerte par Bitcoin et sa politisation avec Trump.

On Ă©voqua le problĂšme rencontrĂ© par la gendarmerie : avoir des outils en interne plutĂŽt que de dĂ©pendre d’entreprises tierces pour chercher des informations dans les diffĂ©rentes blockchains. On se posa la question des possibilitĂ©s de possĂ©der du Bitcoin dans le bilan de son entreprise, avec un comptable qui veut bien le traiter et accepte de trouver les rĂšgles comptables appropriĂ©es.

Il y eut beaucoup de références à la période des confinements, à leur influence et à leurs séquelles.

Comme le dit un convive aprĂšs coup « Nous sommes en dĂ©saccord sur tous les sujets de discussion. Pourtant, je quitte la table avec le sentiment que nous sommes d’accord sur presque tous les points. Qu’est-ce qui s’est passĂ© ? » Peut-ĂȘtre un instant de grĂące ?

On parla également de littérature autour de quelques bitcoineurs-auteurs (dont celui du nouveau petit dictionnaire baba du Bitcoin qui était présent), de bande-dessinée, de science-fiction. On parla de déterminisme historique. Thé à la menthe en main, certains parlÚrent de Teilhard de Chardin et de la noosphÚre.

Et puis, lentement, bien aprĂšs les derniĂšres pĂątisseries et les derniers verres de thĂ© (la gĂ©nĂ©rositĂ© de Tahar est inĂ©puisable) les petits groupes s’en allĂšrent dans des bistrot proches pour conclure des affaires ou dans des caves plus lointaines pour cĂ©lĂ©brer Brassens.

 

Cet article Les 10 ans du repas, célébrés lors du 91Úme Repas du Coin, à Paris le 3 mars 2025 est issue du site Le Coin Coin.

Le 90Ăšme Repas du Coin, Ă  Auxerre le 30 janvier 2025

February 11th 2025 at 18:11

TroisiĂšme Repas du Coin Ă  Auxerre oĂč l’évĂ©nement CryptoXR, dĂ©sormais incontournable, ramĂšne chaque annĂ©e une vĂ©ritable foule.

Avant la « soirĂ©e VIC » Ă  laquelle de nombreux membres du Cercle du Coin devaient participer ce Repas a rĂ©uni 44 bitcoineurs venus des « capitales » de la communautĂ© : Paris, Bruxelles, GenĂšve, Luxembourg et NeuchĂątel, mais aussi d’Angers, Bordeaux, Lyon, Troyes, OrlĂ©ans, Lille, Reims, Strasbourg ou LiĂšge. Si la team des organisateurs auxerrois Ă©tait bien trop mobilisĂ©e pour participer aux agapes, une adjointe au Maire reprĂ©sentait la ville si accueillante oĂč une quarantaine de commerçants allaient accepter Bitcoin durant le week-end.

 

Toujours aussi inclusive la petite troupe accueillit Alfonce, quatriÚme chien (depuis le molosse qui nous avait rejoints à Lausanne) à participer, avec beaucoup de gentillesse et de sérieux, à notre Repas.

Entre personnes de divers horizons, connaisseurs ou nĂ©ophytes, on se retrouvait nĂ©anmoins « entre nous », avec des discussions trĂšs sympathiques dĂšs la fin des traditionnels « tour de table ». CryptoXR fournissait Ă©videmment le premier sujet de conversation, et chacun a pu dire ce qu’il pensait du magnifique travail de Maxime.

On a Ă©videmment discutĂ©, aprĂšs le traumatisant Ă©pisode de Vierzon, des faits divers inquiĂ©tants et des problĂ©matiques de sĂ©curitĂ©, mais aussi des potins (sĂ©curitĂ© aussi, mais dans les activitĂ©s sportives comme l’escalade) ou des voyages (plusieurs voyages en Asie et un grand dĂ©sir de dĂ©part chez nombre de convives) .

Face Ă  certaines positions « maximalistes » , on a rappelĂ© la nĂ©cessitĂ© de faire contribuer des acteurs du web3 qui ont plus de force financiĂšre que les acteurs de bitcoin pour financer ce type d’évĂ©nement.

On a abordĂ© la tokenisation immobiliĂšre (un sujet dont les promoteurs sont  difficilement arrĂȘtables), des explications sur le paiement en bitcoin lightning, la formation aux « technologies de blockchain », la cybersĂ©curitĂ©/lutte contre les scams, du orange pilling suisse. 

Les conversations sont allĂ©es bon train au sujet de l’écosystĂšme bitcoin : un vrai dĂ©bat constructif sur Ordinals nous faisant remonter Ă  la genĂšse de bitcoin en passant par la bonne vieille discussion sur la taille des blocs, le marchĂ© des fees ou la dĂ©finition du concept du pre-mine, de la problĂ©matique de lister ses transactions « complexes » genre DeFi

Une discussions sur les scams (comment lutter contre ceux-ci et assurer la sĂ©curitĂ© financiĂšre des investisseurs) a pu susciter quelques frictions concernant les alĂ©as d’un projet rĂ©cent de stablecoin.

Alfonce veillait, lui, sur notre sĂ©curitĂ© physique. Pour ĂȘtre honnĂȘte, il n’était pas le seul ce jour lĂ .

Enfin, au-delĂ  d’une prĂ©sence toujours insuffisante des femmes dans les Ă©vĂ©nements de ce type, une conversation sur le fĂ©minisme a marquĂ© les conversations de l’une des tables.

Les convives membres du Cercle ont ensuite enchaĂźnĂ©, pratiquement sans transition, sur l’AGO de l’Association, avant de gagner la soirĂ©e d’ouverture de CryptoXR. Une (premiĂšre) journĂ©e bien remplie !

Cet article Le 90Ăšme Repas du Coin, Ă  Auxerre le 30 janvier 2025 est issue du site Le Coin Coin.

Before yesterdayCrypto FR

151 - La liberté, une « bonne nouvelle » ?

March 16th 2025 at 19:00

La bibliothĂšque du bitcoineur ne cesse de s'enrichir. Ce nouvel opus tranche Ă  bien des Ă©gards : son titre, son sous-titre : Spinoza, les LumiĂšres et la philosophie des Cypherpunks et sa couverture sur laquelle le portrait du philosophe d'Amsterdam s'orne de laser eyes dont il aurait Ă©tĂ© lui-mĂȘme fort Ă©tonnĂ©. Qu'aurait-il pensĂ© du livre ?

J'ai reçu celui-ci, gentiment offert et dédicacé par son auteur. Ceci me met dans la situation difficile d'avoir à exprimer courtoisement mais nettement mes désaccords, tout en faisant ressortir ce qui fait l'originalité de sa publication.

DĂšs la premiĂšre page, l'auteur abat une carte Ă  laquelle ceux qui ne le connaissaient pas encore ou n'auraient pas vu sa keynote prĂ©sentĂ©e Ă  Biarritz en 2023 ne s'attendaient pas : c'est en ayant appris par la  rude tĂąche de faire rire  beaucoup de choses sur lui-mĂȘme et sur les autres qu'il a abordĂ© des sujets ardus, criblant son intĂ©rĂȘt pour Bitcoin Ă  la philosophie rationnelle et optimiste de Baruch de Spinoza . Mais aucune dĂ©marche, Ă  mes yeux, n'est invalide : aprĂšs tout, c'est moi-mĂȘme en historien que j'avais profitĂ© de ma propre incursion dans ces Provinces-Unies du grand siĂšcle Hollandais pour effeuiller la tulipe ! Et que l'auteur ait Ă©galement Ă©tĂ© prestidigitateur avant d'ĂȘtre bitcoineur me ravit : j'ai toujours dit que la disruption apparaĂźt d'abord aux voleurs, aux militaires et aux prestidigitateurs, bien avant les gendarmes, les reprĂ©sentants en cornichons ou les journalistes tech.

La question qui se pose est tout autre. Pierre Ginet dĂ©crit Ă  raison ces Provinces-Unies de jadis comme la rĂ©gion la plus libre du monde dans laquelle, comme l'Ă©crivait Spinoza lui-mĂȘme,  tous tiennent la libertĂ© pour le plus cher et le plus doux des biens . J'avais, de mon cĂŽtĂ©, en riant de la  bulle de la tulipe  admis que le bitcoineur avait  quelque chose en lui d'Amsterdam .

Cela fait-il de Spinoza un anarchiste et punk avant l'heure ? Et de quelle liberté nous parle-t-il ?

 Spinoza nous enseigne que les hommes ont naturellement une servile propension, presque mécanique et inconsciente à dire du mal d'un concept qu'ils ne connaissent pas et l'auteur a beau jeu de mettre ce jugement en face de quelques cas d'école, dont le fameux rapport Théry de 1974 reste le plus fameux, qui témoignent tous du mélange d'ignorance, de peur et de pessimisme qui anime les hommes si hauts placés soient-ils.

En tournant les premiĂšres pages du livre, j'ai d'abord eu le sentiment d'une certaine proximitĂ© avec la dĂ©marche qu'Adli Takkal Bataille et moi-mĂȘme avions suivie pour L'AcĂ©phale : une lasagne de technique et de politique, pour ne perdre le lecteur ni par excĂšs de l'une ni par abus de l'autre. Spinoza est loin d'y ĂȘtre le seul guide : Camus, Descartes mais aussi Proudhon et mĂȘme Keynes qui, dans cet ouvrage bien peu keynĂ©sien, est convoquĂ© pour rappeler opportunĂ©ment que  la difficultĂ© n'est pas de comprendre les idĂ©es nouvelles mais d'Ă©chapper aux idĂ©es anciennes  chose dont celui qui prĂȘche la bonne nouvelle de Bitcoin peut s'apercevoir Ă  chaque occasion.

Et puis, au cinquiĂšme chapitre entrent soudain en scĂšne les pĂšres fondateurs Menger, von Mises et von Hayek. Le premier est prĂ©sentĂ© comme influencĂ© (via Hobbes) par le matĂ©rialisme spinozien. Lui comme von Mises sont aussi irriguĂ©s de spinozisme via Bastiat. Enfin Hayek  en bon spinoziste  considĂšre que la libertĂ© (et non la planification autoritaire, pour faire simple) est le seul fondement sur lequel l'État de droit puisse espĂ©rer se maintenir.

Je rejoindrai volontiers l'auteur pour admettre que  pour les Ă©conomistes autrichiens, comme pour les cypherpunks, les crypto-anarchistes et les libertariens qui reprendront cette idĂ©e Ă  leur compte plus tard, aucun État ne dispose jamais des vraies informations pratiques et nĂ©cessaires pour gĂ©rer correctement une sociĂ©té . Le plus comique est que ces jours-ci, un dirgeant adulĂ© des libertariens se plait Ă  en donner une dĂ©monstration planĂ©taire. Il est vrai que l'exemple sur lequel Ginet insiste (l'Ă©tat dĂ©sastreux du marchĂ© immobilier) ne prĂȘche pas pour une trĂšs grande compĂ©tence des autoritĂ©s. J'ai toutefois un peu de mal Ă  suivre ensuite l'auteur qui, d'hyper-inflation allemande en famine maoĂŻste, balise la route du socialisme (y compris dans sa version la plus ventre-mou) de tous les gibets et de tous les Ă©chafauds possibles.

Il est non moins vrai que certaines stupides déclarations de Madame Lagarde voyant l'inflation surgir pretty much from nowhere donnent bien de l'eau à son moulin, et cela devrait suffire. Car ce qui intéresse son lecteur, ce n'est pas le procÚs de Keynes, les attributions de prix dits Nobel à des économistes autrichiens (d'autres, hostiles à Bitcoin, n'ont d'ailleurs pas moins été nobelisés) mais le fait de disposer pour le long terme d'un placement sûr, inoxydable, imputrescible et non saisissable et, à court terme, d'un moyen de payer sans demander la permission à quiconque comme un gueux tournant sa casquette entre ses grosses mains devant le monsieur en haut de forme.

Appliquer Ă  Bitcoin la derniĂšre phrase de l'Éthique,  tout ce qui est beau est difficile autant que rare  est Ă©videmment un trait dont il faut fĂ©liciter Pierre Ginet. J'ai repris mon exemplaire (trad. Roland Caillois, derniĂšre scolie, Ă©dition de la PlĂ©iade page 596) et je cite :  Comment serait-il possible, si le salut Ă©tait lĂ , Ă  notre portĂ©e et qu'on pĂ»t le trouver sans grande peine, qu'il fĂ»t nĂ©gligĂ© par presque tous ? Mais tout ce qui est trĂšs prĂ©cieux est aussi difficile que rare . C'est donc (plutĂŽt) le fait de dĂ©couvrir, comprendre et aimer Bitcoin qui serait rare, que l'objet lui-mĂȘme ? Qu'importe, et qu'importe si Spinoza jette ici une ombre sur les perspectives de mass adoption que moi-mĂȘme je ne vois pas arriver au trot.

Le chapitre 6, la trajectoire vers une abstraction de la monnaie est particuliĂšrement intĂ©ressant, mĂȘme si il porte sur des sujets (des dilemmes) que pour ma part j'estime un peu vain (ou un peu prĂ©somptueux) de vouloir trancher.

Le chapitre 8, malheureusement, me semble rater sa cible. Son titre laisse entendre que l'auteur va mettre le projecteur sur un aspect longtemps minoré (ou au contraire décrié, du fait de la consommation électrique) : le fait que Bitcoin soit une  monnaie fondée sur les vertus de l'énergie .

Mais durant au moins 5 pages il s'en prend Ă  l'extrĂȘme-gauche ou aux dĂ©croissants (avec une acrimonie fort peu spinoziste et sans un mot pour dĂ©noncer symĂ©triquement les cornucopistes ou l'extrĂȘme-droite) avant d'expliquer ce que le minage peut apporter de positif au problĂšme Ă©nergĂ©tique contemporain, sans pour autant selon moi aller au fond de la chose.

C'est une loi empirique que je retire de mes lectures sur Bitcoin : plus un auteur met en avant les saints patrons économistes (les siens, de rigoureux savants, pas comme les idéologues dogmatiques voire pervers du camp d'en face) plus il a tendance à oublier que Bitcoin n'a pas été inventé par eux.

Et Ă  oublier, par exemple, ce qu'Henry Ford imaginait en 1921 : une monnaie intrinsĂšquement fondĂ©e sur l'Ă©nergie. Certains projets furent imaginĂ©s, oĂč la calorie reprĂ©sentait l'unitĂ© de base. Cela aurait pu ĂȘtre rappelĂ©, aussi.

Le livre de Pierre Ginet, oĂč l'on croise des personnages inattendus, comme Benjamin Franklin, et parfois dans des emplois inattendus (comme Robespierre) fourmille nĂ©anmoins de dĂ©tails stimulants pour l'imagination.

Revenons Ă  Spinoza.

Je me souviens quant Ă  moi d'un article (uchronique!) du Mouton Noir dans Usbek et Rica qui lui faisait dire  A prĂ©sent, j’ai l’impression que les gens sont si ignorants d‘eux-mĂȘmes, si tristes qu’ils ont renoncĂ© Ă  tout, sauf Ă  la cupiditĂ©. Vous cherchez la gloire non pour elle-mĂȘme mais pour gagner plus d’argent. Il est difficile de trouver plus absurde. Je n’aimerais pas vivre dans votre monde, malgrĂ© le « tout numĂ©rique » que vous vantez et qui n’augmente en rien votre joie de vivre .

Sa  Liberté  inspire Ă©videmment de nombreuses dĂ©clinaisons philosophiques ou politiques de la libertĂ©. Mais comment doit-on la comprendre et jusqu'oĂč doit-on la prendre, si j'ose dire, pour monnaie comptant ?

La Libertad ? La Libertad Carajo ? La Libertay comme on dit chez certains de mes amis ? Le Free speech comme on dit chez certains qui sont moins de mes amis ? Il n'est que trop clair que le mot, chez Spinoza, n'a pas le sens illimitĂ© voire arbitraire que certains lui donnent aujourd'hui, qu'elle n’est pas l’absence de contraintes, y compris matĂ©rielles, mais la maĂźtrise de soi par la comprĂ©hension rationnelle de soi-mĂȘme et du monde. Ce peut ĂȘtre un projet bitcoinesque, ce n'est pas le projet de tous les bitcoineurs.

Comme Nietzsche, qui le considéra un temps comme son prédécesseur et qui le précéda(*) en tout cas sur le chemin de la popularité philosophico-médiatique, Spinoza est moins que jamais aujourd'hui à l'abri des usages abusifs. Je n'ai pas dit que le livre de Pierre Ginet commet de tels abus, mais je crains qu'il ne les laisse commettre par certains.

Je pense d'ailleurs que Spinoza pourrait non seulement conforter les bitcoineurs, mais au besoin en soigner quelques-uns. Lorsqu'il Ă©crit, dans la prĂ©face Ă  la 3Ăšme partie de l'Éthique, que  l'homme n'est pas un empire dans un empire  par exemple. En ce sens prĂ©cis, sa diffusion dans notre communautĂ© serait une  bonne nouvelle  ! Puisse donc le livre de Pierre Ginet y contribuer.

* * *

Le hasard (qui n'est pour Spinoza que le fait de notre manque de connaissance, sans toutefois exclure une causalitĂ© chaotique) fait qu'en mĂȘme temps que le livre ornĂ© de son portrait, je recevais dans ma livraison mensuelle de PhiloMag un article suggĂ©rant ni plus ni moins que de nous dĂ©barrasser de sa statue.

Mes lecteurs, qui sont peu nombreux et au deureurant gens discrets ne le répÚteront pas, mais ils pourront lire cela in extenso mais aussi free of charge ici. Il y aurait quelques raisons de prendre des distances critiques :

  • par principe, parce que ça commence Ă  bien faire, saint Spinoza et sa  joie  partout, et notamment dans la blockchain comme en atteste une recension faite en 2022 par le professeur Pilkington (**) ;
  • parce que son dĂ©terminisme strict est une maniĂšre trop facile de fermer la porte au nez Ă  une expĂ©rience humaine cruciale, largement partagĂ©e par les ĂȘtres humains et chĂ©rie par les bitcoineurs, celle de la libertĂ©, justement !
  • parce qu'en outre ledit dĂ©terminisme condamne l'honnĂȘte littĂ©rature uchronique (voyez un excellent rĂ©cit contre-factuel ici, must read, amazing). Pardon pour ce placement de produit !

Et blague mise Ă  part, il y en aurait encore une autre :

  • parce que son refus de considĂ©rer le mal (et spĂ©cifiquement son refus d'appeler mauvais le mĂ©chant) rend difficile notre coupable mais principale occupation qui est de nous invectiver, notamment entre bitcoineurs. Et c'est lĂ  que j'en reviens Ă  me demander si Pierre Ginet a, d'un strict point de vue spinoziste, raison de traiter de gauchistes pervers des gens qui simplement ne pensent pas comme lui et dont le seul crime serait de ronger ses petites Ă©conomies (fiat) par l'inflation sans pour autant le mettre au supplice, car les temps ont changĂ© et cela c'est une  bonne nouvelle .



* * *



(*) Lire ici une intéressante étude sur les rapports de ces deux philosophes trÚs populaires en bitcoinie.
(**) En bibliographie d'un important article du professeur Pilkington de l'université de Dijon (Blockchain Technology and Spinoza publié en anglais en 2022) que l'on trouvera ici et dont j'offre aussi une traduction sauvage.

150 - Bitcoinica

March 4th 2025 at 19:30

Ali Mitchell sait Ă©crire, mĂȘme s'il le fait trop rarement.

Avec Bitcoinica il nous livre un petit dictionnaire baba du Bticoin que j'ai trouvĂ© assez envoĂ»tant, on va vite comprendre pourquoi. Tournant le « ₿ » Ă  90 degrĂ©s comme une paire de lunettes, il le colle non devant le soleil royal comme l'avait fait mon ami Adli jadis pour doter la confĂ©rence Bitcoin pluribus impar d'un hiĂ©roglyphe appropriĂ©, mais devant la tĂȘte d'un Ă©lĂ©phant. Logique, puisqu'un Ă©lĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment.

Cet Ă©lĂ©phant, baba sans en avoir l'R, n'a que la tĂȘte de l'emploi, car juchĂ© sur le corps d'un acĂ©phale et chaĂźne fraĂźchement brisĂ©e en main, prĂȘt Ă  en dĂ©battre, il vient en fait libĂ©rer le lecteur et l'enchanter.

De quoi s'agit-il, en effet, dans ce court dictionnaire (26 lettres dans notre alphabet, 26 entrĂ©es, y compris l'Ă©nigmatique Ki ou l'amusant Qu'en-dira-t-on) qui rappelle avec Satoshi lui-mĂȘme que  dĂ©crire cette chose pour le grand public est sacrĂ©ment difficile  ? Bien sĂ»r ce n'est pas un manuel technique, et il ne fait pas davantage miroiter la moindre martingale d'enrichissement.

Mais il offre beaucoup de bons mots et quelques explications dĂ©capantes, en se jouant habilement de l'ordre alphabĂ©tique : Argent puis Bitcoinie puis Cryptographie sont ainsi opportunĂ©ment placĂ©s en tĂȘte.

Et au-delĂ , il s'agit aussi d'une chose autour de laquelle nous Ă©tions dĂ©jĂ  quelques-uns – pas assez – Ă  tourner : la beautĂ© de Bitcoin, pour ceux qui, ayant longtemps tĂąchĂ© de comprendre la rĂ©alitĂ© de l'Ă©lĂ©phant en le touchant de leurs cannes blanches, ont enfin atteint l'Ă©tape oĂč  possĂ©der devient connaĂźtre  et oĂč l'on a mieux Ă  faire que dĂ©battre : jouir.

L'ouvrage s'ouvre par une citation de Bergson mise en exergue : Partout oĂč quelque chose vit, il y a , ouvert quelque part, un registre oĂč le temps s'inscrit. Elle manquait Ă  notre carquois, cette flĂšche-lĂ .

Vient ensuite de quoi exciter : une extraordinaire sĂ©rie de mĂ©taphores, passant de la mythologie bitcoin (le terrier) Ă  la mythologie classique (j'ai beaucoup aimĂ©  le navire de ThĂ©sĂ©e maintenu par des codeurs ), revenant par le droit fĂ©odal (oĂč Bitcoin serait un bien allodial) et ne refusant pas la route de la soie.

J'avoue que je suis restĂ© perplexe devant la phrase  Tout est vrai, et en mĂȘme temps il pourrait s'agir de bien autre chose . Le rusĂ© Ali Mitchell n'avait pourtant pas (encore) en main lorsqu'il Ă©crivait cette accroche narquoise ma propre uchronie. Il est vrai qu'il y a un article Utopie...

Ali Mitchell partage mon goût des citations bibliques.  Amassez-svous des trésors dans le ciel , c'est quelque chose que j'avais tÎt trouvé chez le prophÚte de Guernesey et qu'il a retrouvé sur le bloc 666.666. J'ai souri de entrées Halal ou Immaculée Conception ; j'ai trouvé trÚs pertinent l'article Jésus.

On voit passer bien du monde dans ce petit livre, Bitcoineurs connus ou improbables dont Emmanuel Kant mais aussi Baruch Spinoza lequel orne aussi, la couverture de la rĂ©cente publication de Pierre Ginet Bitcoin, l'Évangile de la libertĂ© avec des yeux laser, lesquels ont aussi leur article pour rappeler qu'il ne s'agit pas d'attendre bĂ©atement le million, comme dans certains jeux tĂ©lĂ©visĂ©s, mais de mettre en oeuvre un aptitude critique Ă  sĂ©parer le signal du bruit.

Ali Mitchell fait ici Ă©noncer au philosophe d'Amsterdam (il a hĂ©las attribuĂ© la lettre T Ă  Temps et non Ă  Tulipe) la grande question de savoir ce qui pourrait dĂ©clencher en l'homme le dĂ©sir de rĂ©sister Ă  ce qu'il y a d'illĂ©gitime dans l'autoritĂ©-machine, en Ă©tant lui-mĂȘme le protecteur de sa libertĂ©.

L'ouvrage s'achĂšve par un Ă©pilogue plus politique, une utile liste des jours de fĂȘte des Bitcoineurs et une courte bibliographie qui me fait l'honneur de citer l'AcĂ©phale comme la Voie du Bitcoin.

Le 89Úme Repas du Coin, à Bruxelles le 12 décembre 2024

January 4th 2025 at 18:40

L’annĂ©e des « Repas » s’est achevĂ©e en beautĂ© Ă  Bruxelles oĂč il fait si bon se retrouver.

La veille au soir, plusieurs membres du Cercle du Coin, tant Belges que Français, se retrouvaient avec leurs amis de BE-Crypto et les membres bruxellois, wallons et flamands du Bruxelles – Bitcoin Meetup dans le QG  de ceux-ci, le cĂ©lĂšbre bar Dolle Mol de la rue des Éperonniers, un lieu historique du milieu libertaire belge.

A midi le lendemain, c’est au Stekerlapatte, toujours aussi accueillant que 33 convives ont cĂ©lĂ©brĂ© le 89Ăšme « Repas », le premier Ă  se ternir « au-dessus des 100 k » comme l’a fait remarquer Jacques Favier, dans sa traditionnelle exhortation Ă  la bonne humeur et au respect, en ajoutant sous des applaudissements nourris « nous avons bien travaillĂ© : le premier repas, il y a dix ans, Bitcoin cotait 250 euros ».

Six Français seulement (car certains avaient étĂ© effrayĂ©s par les rumeurs de grĂšve) mais une belle dĂ©lĂ©gation venue du Luxembourg et des Belges de Bruxelles, Louvain, LiĂšge, Namur ou Bastogne. Un parlementaire, des journalistes (qui ont pris un temps en otage l’immense savant dont la prĂ©sence nous honorait et qui se trouvait sĂ©questré par eux dans le l’amusant fumoir du lieu), une chroniqueuse ayant dĂ©couvert Bitcoin durant l’épisode du Covid, quelques convives nouveaux – c’est la rĂšgle – dont un qui Ă©crira le lendemain : «C’était littĂ©ralement gĂ©nial!!! La bienveillance, la diversitĂ© et l’inspiration Ă©taient au rendez-vous! »

Et il est vrai qu’autour du gratin de moules, de la carbonade flamande et de la gaufre, dans ce lieu qu’un convive belge dĂ©crivait comme le plus bruxellois des restaurants, l’humeur fut excellente !

Les conversations ont portĂ©, comme d’habitude, sur les sujets les plus divers:

  • la taille » des blocs ; l’un des sujets pourtant formellement proscrits, mais comme le dit le PrĂ©sident du Cercle  » rules are made to be broken » ;
  • la crypto et le chaĂźnage avant Satoshi (avec l’intĂ©ressant tĂ©moignage d’un homme citĂ© par ledit Satoshi) ;
  • le lobbying et les nĂ©cessaires assouplissements rĂ©glementaires pour les cryptos;
  • le prix et les cycles, l’accĂ©lĂ©ration de l’adoption Outre-Atlantique et son Ă©ventuel effet sur le reste du monde ;
  • le concept de monnaie (« vaste sujet »)
  • le cash-out, Ă©tape encore problĂ©matique ;
  • les problĂ©matiques du lightning ;
  • des anecdotes savoureuses sur l’activitĂ© des mines d’or ( au Canada) ;
  • l’initiative europĂ©enne de « DLT » ;
  • les changements Ă  venir en Belgique concernant le droit relatifs aux cryptos ;
  • l’aventure des NFT des Schtroumpfs, la chute de la hype et l’abandon final de ce projet ;
  • un projet de blockchain pour la redistribution de royalties ;Au total une opinion gĂ©nĂ©rale assez sĂ©vĂšre sur ce qu’il est possible de faire en Europe aujourd’hui face aux rĂ©glementations en cascade et au reste du monde moins contraint. Ajoutons, pour dĂ©tendre, le ridicule spectacle offert par la politique française !

Et comme le dit André  » ça passe si vite ! « 

Cet article Le 89Úme Repas du Coin, à Bruxelles le 12 décembre 2024 est issue du site Le Coin Coin.

149 - Les cinq piliers

December 17th 2024 at 06:13

L'article Cinq bonnes raisons de ne pas acheter de cryptomonnaie publié le 9 décembre 2024 dans Le Temps par Alexis Favre (présentateur de l'émission Infrarouge de la Radio Télévision Suisse) a été jugé comme simplement  provoquant  par certains de mes amis. Tout le monde, à GenÚve comme ailleurs, ne parlant plus que de Bitcoin depuis l'élection de M. Trump et le franchissement du seuil symbolique de  100 k, un journaliste un peu dandy avait bien le droit d'exprimer son overdose de cette  fiesta permanente  et son scepticisme face à  l'hybris technosolutionniste . Je mentirais en affirmant qu'il ne m'arrive pas de ressentir un peu de doute devant certains discours et certains comportements.

Cependant ce mĂȘme article a Ă©tĂ© jugĂ© sĂ©vĂšrement par d'autres amis, voire comme  le pire truc que je n'ai jamais lu sur bitcoin  par l'une des figures de la communautĂ©. Je signale ici l'excellente rĂ©ponse de mon ami (t Ă©diteur) Lionel Jeannerat, Ă©galement publiĂ© dans Le Temps, le 5 janvier.

Je trouve pour ma part que sa lecture, facile et plutĂŽt amusante, sera moins utile au grand public qu'Ă  nous-mĂȘmes, si nous saisissons l'occasion pour rĂ©flĂ©chir Ă  ce que peut penser, intuitivement, quelqu'un que notre sujet ne passionne probablement pas, sans ĂȘtre un adversaire obsessionnel comme il y en a tant. Au fond, malgrĂ© un rien de narcissisme et le mĂ©pris de classe dont sa chute finale tĂ©moigne, un homme un peu superficiel, comme nous le sommes tous nous-mĂȘmes sur un nombre immense de sujets. Notre voisin, notre frĂšre.

D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, nous nous sommes peut-ĂȘtre trop focalisĂ©s sur les invectives ou les grandes dĂ©clarations des hostiles (avec ou sans tulipes!) et pas assez sur le silence des indiffĂ©rents, comme cette gentille convive du Repas du Coin qui m'Ă©crivait rĂ©cemment, tout en me remerciant de l'invitation  mon histoire d'amour avec bitcoin reste nĂ©anmoins timide .

Je pense donc que nous ne pouvons pas faire, avec l'article du dandy genevois, l'Ă©conomie d'un moment d'introspection sur le retard (du moins par rapport Ă  nos espĂ©rances) de la mass adoption. Pour prĂ©parer le fameux repas de NoĂ«l avec les boomers, plutĂŽt que d'affuter des arguments tech ressassĂ©s ou des plaisanteries vaniteuses, autant faire le point avec nous-mĂȘmes. On me dira que c'est un peu catho : ça tombe bien, c'est NoĂ«l!

Je rĂ©sume ses arguments, laissant mon lecteur faire une lecture exhaustive de son article que j'ai sauvĂ© au cas oĂč :

  1. Le nouveau venu ne gagnera pas assez ;
  2. Il misera sur le mauvais cheval ;
  3. Il ne comprendra pas notre idiome ;
  4. Il est trop élégant pour nous fréquenter et surtout pour nous ressembler ;
  5. Il a une conscience morale qui l'empĂȘchera de participer Ă  notre pĂ©chĂ©.

Je ne vais pas entrer dans une réfutation point par point, plusieurs l'ont déjà fait, notamment un bitcoineur du Valais qui propose de  prendre le temps de corriger le Temps . Il est peu probable que Le Temps (qui m'interroge à l'occasion) en soit ébranlé, ni ses lecteurs.

Je proposerais volontiers, de façon ironique de  prendre le temps de nous corriger nous-mĂȘmes  mais en suivant le mĂȘme plan.

1 On pourrait admettre, sans faux-semblants, que les suivants ne gagneront pas autant que les premiers venus Au-delĂ  du cĂ©lĂšbre  on est lĂ  pour la tech ! que nul n'Ă©nonce plus sans un petit sourire, nous devrions ĂȘtre clairs sur un point. Tarde venientibus ossa dirait mon ami Adli. Le  fois cent mille  est fait, mĂȘme si fort peu de nous ont rĂ©alisĂ© le centiĂšme d'un exploit qui aurait supposĂ© un rare alignement des planĂštes, des agendas, des neurones et de l'organe (masculin) dans lequel la langue vulgaire place Ă  tort le courage.

Oui nous avons eu de la chance, mĂȘme si ce ne fut pas tout Ă  fait Ă  la façon de Forrest Gump Ă  qui son capitaine avait achetĂ© la miraculeuse action d'une compagnie qui vendait des pommes. Nous sommes revenus, le plus souvent, sur un premier mouvement d'incrĂ©dulitĂ©, d'indiffĂ©rence ou de conformisme. Nous avons fait ensuite l'effort d'apprendre, tout en supportant le gros comique de ceux qui ne faisaient aucun effort particulier, parce qu'ils Ă©taient dĂ©jĂ  bien installĂ©s. Nous avons, certes, eu la chance d'ĂȘtre ni trop jeunes ni trop vieux dans une dĂ©cennie donnĂ©e, mais d'autres avaient le mĂȘme Ăąge et n'ont pas saisi cette chance. Pour autant, ne laissons pas croire aux suivants qu'ils n'ont qu'Ă  nous singer (notamment avec le premier shitcoin venu) pour gagner autant.

Il faut dire clairement qu'on ne s'improvise pas capital-risqueur, surtout aprĂšs la bataille. Ce n'est pas au moment oĂč les États commencent Ă  envisager de constituer des rĂ©serves stratĂ©giques en Bitcoin qu'il faut en attendre les performances d'une start-up ou d'un billet de loterie. Si l'on parle de Bitcoin comme d'une rĂ©serve stratĂ©gique cela signifie qu'il a dĂ©sormais atteint le statut d'or numĂ©rique. Certains diront qu'il l'a dĂ©passĂ© : en tout cas cette pĂ©pite a depuis longtemps dĂ©passĂ© le prix du lingot !

Les nouveaux bitcoineurs peuvent donc toujours venir pour la tech, pour l'indépendance et la liberté que Bitcoin procure, ainsi que pour la sécurité (de long terme) que cet or numérique apporte à leur épargne.

Ils ne gagneront pas assez ? Ceux qui n'y viendront pas perdront peut-ĂȘtre encore assez pour le comprendre un jour et regretter leur obstination. Mais il sera encore plus tard qu'aujourd'hui.

2 Se  tromper de cheval  est le destin de celui qui joue au plus fin parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Mais s'il joue ainsi, ce n'est pas seulement la faute de sa mauvaise nature, c'est peut-ĂȘtre aussi que nos explications sont faibles, inaudibles, embrouillĂ©es et qu'elles laissent la place aux discours simples des marchands de camelote.

Le bitcoineur doit faire comprendre qu'on ne mettra pas de shitcoins dans les réserves stratégiques, pas plus que d'autres métaux ou de la pacotille à Fort-Knox. Comme l'a écrit une figure de la cryptosphÚre sur X,  Aucun pays, aucune entreprise, aucun milliardaire crédible ne parle aujourd'hui de créer une "réserve stratégique" d'Ethereum, de Ripple, d'Atom, ou de Link .

Mais – au risque de me fĂącher avec certains compagnons – il n'est pas sĂ»r que l'apologie du paiement en LN soit compatible (j'entends : durant le seul temps d'un repas en famille) avec l'exposĂ© de la nature ontologique de notre or numĂ©rique. Or c'est cette derniĂšre idĂ©e que nous devrions faire admettre prioritairement pour ĂȘtre cohĂ©rents avec le point prĂ©cĂ©dent, quitte Ă  prendre argument du cours actuel.

3 Le caractÚre ésotérique (et vaguement vulgaire) de notre langue est effectivement un obstacle imbécile que nous avons placé à l'adoption par nos parents, amis et concitoyens, sans autre raison que de se donner un air instruit pour les uns, ou un genre canaille pour les autres.

Ce qu'il y a Ă  apprendre du cĂŽtĂ© de Bitcoin, ce n'est pas ce jargon. Comme M. Favre, je pense qu'il serait plus distinguĂ© et accessoirement plus dur, plus formateur et plus prometteur d'apprendre le chinois que le sabir communautaire. Cela n'empĂȘche pas d'Ă©tudier aussi Bitcoin. Je me suis frottĂ© aux hiĂ©roglyphes et Ă  l'arabe, je comprends ce que cela veut dire, ce que cela m'a appris ; mais je sais aussi ce que Bitcoin m'a apportĂ©.

Convenons donc qu'il n'y a pas, dans notre façon de nous exprimer en public, dix mots Ă©trangers, acronymes ou sigles Ă©sotĂ©riques qui mĂ©ritent d'ĂȘtre conservĂ©s s'ils sont jugĂ©s nĂ©fastes Ă  l'adoption de masse (voyez : je m'adapte!). Gardons-en deux ou trois, comme l'Église l'a fait avec Amen et Alleluia et parlons la langue de nos familiers.

4 Le critĂšre d'Ă©lĂ©gance, quoi qu'en pense M. Favre, ne nous est pas indiffĂ©rent. C'est le mot choisi par notre ami Ludovic Lars pour donner un titre Ă  son livre, et c'est peut-ĂȘtre l'une des raisons qui m'ont amenĂ© Ă  prĂ©facer avec plaisir son ÉlĂ©gance de Bitcoin dont par ailleurs je n'Ă©pouserais pas forcĂ©ment (il le sait!) tous les postulats.

Non, les bitcoineurs ne roulent pas dans des fantasmes motorisĂ©s et ceux qui le feraient le feraient pareillement s'ils avaient fortune faite dans les bretelles et cornichons, comme disait le Grand Jacques. Ce sont, osons le mot, des AmĂ©ricains. Ceci dĂ©plait Ă  M. Favre  journaliste aussi beau gosse que torturé  et pour ĂȘtre franc encore, ce n'est pas forcĂ©ment non plus my cup of tea. La grande majoritĂ© de mes amis sont terriblement dĂ©cents. Un enrichi rĂ©cent m'a avouĂ© que les principales consĂ©quences de la flambĂ©e avaient Ă©tĂ©, pour lui, de devoir faire admettre, avec dĂ©licatesse, ce type de gains Ă  des parents modestes, mais aussi la dĂ©couverte de cette forme de luxe que sont un peu de temps libre et la lecture. Et nunc erudimini comme disait l'Aigle de Meaux !

Quand il pose comme une cocotte fin-de-siĂšcle, M. Favre prend bien soin de faire prĂ©ciser sous sa photographie que  d’habitude Alexis Favre ne porte pas de pyjama . Pourquoi dĂšs lors ne perçoit-il pas que la plupart des Lamborghini qui ornent le fil X de certains bitcoineurs, sont, comme celle-ci (rĂ©cemment et collectivement conçue) de l'ordre de la plaisanterie ? Et que, lorsqu'on croise ces geeks dans la  vraie vie , id est au bar, on voit bien plus de lambeaux (par nĂ©gligence ou indiffĂ©rence) que de lambos. Il y a en tout cela une forme d'ironie et de second degrĂ©.

Peut-ĂȘtre, cependant, devrions-nous rĂ©flĂ©chir sur les limites de cette forme d'autodĂ©rision qui peut, mal perçue, nous rendre inutilement ridicules. Peut-ĂȘtre devrions-nous oublier le style trader et cultiver une Ă©lĂ©gance reflĂ©tant mieux celle de Bitcoin : la rigueur, la logique, l'efficacitĂ©. J'ai tentĂ© de le dire l'Ă©tĂ© dernier Ă  Biarritz, rappelant que trop souvent nous pouvions ĂȘtre collectivement perçus comme un  secteur d'ahuris , expression heureusement nĂ©e au sein mĂȘme de notre communautĂ© !

5 La conscience, enfin ne saurait ĂȘtre pour nous ce Ă  quoi elle est ramenĂ©e par M. Favre dans la partie la plus vaseuse de son exposé : une extension de la dĂ©licatesse esthĂ©tique et le  vague sentiment  que la marche du monde doit avoir un sens.

C'est Ă  nous de dĂ©monter cette commode et paresseuse opposition entre investissement et spĂ©culation, opposition le plus souvent moralisante, voire hypocrite, car ceux-lĂ  mĂȘme qui nous reprochent notre supposĂ©e spĂ©culation ne manquent pas d'expliquer l'utilitĂ© de cette activitĂ© quand et oĂč cela les arrange. Voyez cette page admirable.

AprĂšs tout, investir n'est jamais qu'investir un excĂ©dent, et bien peu de gens s'interrogent sur la licĂ©ĂŻtĂ© d'un excĂ©dent : rente sociale ? extraction d'une plus-value ? recyclage de bulle monĂ©taire ? On pourrait dire comme Cyrano  bien des choses en somme . Si la marche du monde a un sens autre que de recycler les excĂ©dents extorquĂ©s Ă  autrui, il faut dĂ©couvrir ce sens, et cela c'est proprement spĂ©culer. Peut-ĂȘtre faut-il le faire non seulement Ă  la façon des spĂ©culateurs, mais aussi en mode spĂ©culatif ?

Or si le globish Ă©sotĂ©rique des apprentis-traders comme le goĂ»t de l'invective des zĂ©lotes sont des repoussoirs, les lourdes certitudes puisĂ©es dans trois livres de la mĂȘme Ă©cole Ă©conomique ou les rigides convictions politiques que ne nuance aucune culture historique profonde, c'est Ă  dire critique, sont aux antipodes de la vraie attitude spĂ©culative qui devrait ĂȘtre collectivement la nĂŽtre.

Face aux 5 raisons de ne pas investir telles que le dandy genevois les Ă©nonce, je propose 5 piliers que nous pourrions Ă©lever sur le Forum Bitcoinicus :

  1. vérité sur les espérances et la nature des gains attendus.
  2. clarté sur la nature de Bitcoin et ce qui le rend incomparable.
  3. transparence de notre langue, qui devrait permettre de s'adresser Ă  tous, puisque Bitcoin est pour tous.
  4. élégance, par la rigueur, la logique et l'efficacité.
  5. tact, sensibilité et responsabilité dans notre façon de vivre un statut de nouveau riche, qu'il soit réel ou supposé par notre entourage.

Le 88Ăšme Repas du Coin, Ă  Paris le 13 novembre 2024

November 19th 2024 at 00:40

Retour au spacieux Zango pour ce repas qui a rĂ©uni 42 convives, parisiens ou de Luxembourg et GenĂšve, de Bordeaux, de Lyon, de Valence, de Lille, de Rennes, de La Rochelle, d’Auxerre ou de Gisors. Des gens de tous mĂ©tiers : geeks, devs, juristes, banquiers, ingĂ©nieurs, (ancien) gendarme, psychiatre, journaliste ou vidĂ©aste 


AprÚs les « tours de tables », les conversations ont porté sur :

  • le bitcoin maximalisme face aux innovations technologiques, notamment aux usages monĂ©taires et non monĂ©taires sur ethereum ;
  • le bitcoin en tant qu’objet politique mais aussi sociĂ©tal ( le monde des rĂ©seaux, les boomers, l’immobilier etc) ;
  • les positionnements des autoritĂ©s europĂ©ennes face aux annonces de D. Trump autour de Bitcoin ;
  • le rĂŽle et l’utilitĂ© des CBDC, potentiel ou prĂ©tendu  « nouvel outil (politique / monĂ©taire) commun » ;
  • L’obsolescence (ou au minimum les risques de non maintien dans le temps) de bien des solutions, applications, sites de l’écosystĂšme, alors qu’on Ă©voque par ailleurs des usages de « capsules temporelles » adossĂ©es Ă  des caractĂ©ristiques des blockchains
  • l’inefficience de la compliance telle qu’elle est conçue aujourd’hui et que l’on pourrait obtenir aussi bien avec de la certification dĂ©centralisĂ©e pour les services publics, et de beaucoup de choses qui pourrait ĂȘtre amĂ©liorĂ©es.

MalgrĂ© le cri  » ATH !!! » qui retentit soudain, et la joie bruyante que cela a dĂ©clenchĂ© (mĂȘme si « on est lĂ  pour la tech! » toujours ) certaines conversations trahissaient cependant une forme d’inquiĂ©tude diffuse : dĂ©classement de la France et de l’Europe, temps perdus divers, utilitĂ© (ou non!) du port d’arme, voire risques de guerre civile, moins rĂ©els que ressentis par certains.

Si la fine Ă©quipe Adli Takkal Bataille et Alexandre Schtchenko a tĂŽt quittĂ© les lieux pour s’en aller sur le plateau de BFM dĂ©noncer l’hypocrisie et les biais idĂ©ologiques d’élites se rĂ©signant, comme le gouverneur de la Banque de France, si lentement Ă  Bitcoin, nombre de convives ont eux profitĂ© de l’hospitalitĂ© du lieu pour prolonger les temps d’échange dans le salon.

 

Cet article Le 88Ăšme Repas du Coin, Ă  Paris le 13 novembre 2024 est issue du site Le Coin Coin.

148 - Ne sait quand reviendra

November 9th 2024 at 15:40

Je remercie de tout cƓur mon ami Ryo (chaĂźne Youtube Memento Mori) pour cette belle lecture du premier chapitre de mon livre dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans le billet prĂ©cĂ©dent, Aigle, crocodile & faucon Ă  paraĂźtre le 21 novembre chez Michel de Maule.

On est le 26 février 1815 en fin de journée, sur le port principal de l'ßle d'Elbe. Tous les témoins sentent que Napoléon va se lancer dans l'aventure. Mais laquelle ? Ils l'ignorent, et si les lecteurs des livres d'histoire le savent, les lecteurs de mon récit ne seront pas plus malins que les témoins.

Voici donc le moment critique, quelques heures avant le point de divergence de mon récit. Pour le plaisir d'entendre Ryo, pour attendre l'arrivée du livre par la poste ou chez votre libraire et aussi pour ceux qui n'auront pas le courage de s'attaquer au volume tout de suite (voire qui n'ont pas eu le courage de lire le billet L'historien croco et le crypto saurien).

On peut aussi l'Ă©couter sur Spotify.

Les livres audio lus par Ryo peuvent Ă©galement ĂȘtre Ă©coutĂ©s ici :

147 - L'historien croco et le crypto saurien

October 17th 2024 at 10:41

Bien sĂ»r mes amis bitcoineurs pourront ĂȘtre surpris de dĂ©couvrir ma nouvelle production, mĂȘme si le totem saurien en orne malicieusement le titre.

Ceux qui suivent ce blog savent cependant que NapolĂ©on y apparaĂźt dans plusieurs billets (en rĂ©alitĂ© dans plus de 25 et j’en ai Ă©tĂ© surpris moi-mĂȘme en les comptant) et notamment dans NapolĂ©on et nous et Un bon croquis, vraiment ? Comme l’a dit un de nos amis : « Jacques Favier, vous prononcez trois fois son nom devant une bibliothĂšque, il apparaĂźt et il vous fait un cours sur NapolĂ©on ».

Enfin, Ă©videmment, j’ai prĂ©vu pour les crypto-curieux la possibilitĂ© d’acquĂ©rir Aigle, crocodile & faucon en bitcoin. Ce n’est pas chose facile, du fait de la loi sur le prix unique du livre, mais cela pourra se faire lors d’évĂ©nements communautaires. Je ne me cache pas, et le mot  Bitcoin  apparaĂźt mĂȘme sur la page 4 de couverture, comme le nom de Tintin.


Mais venons-en Ă  l'essentiel : pas plus qu'en Ă©crivant sur Tintin, je n’ai pas rĂ©digĂ© ce livre sur NapolĂ©on avec ma main gauche, ni avec d’autres lobes de mon cerveau que pour les livres consacrĂ©s Ă  Bitcoin.

Ou, pour parler comme Satoshi, I had a few other things on my mind mais I’ve not moved on to other things.

Quinze ans avant le white paper, voyant mon pĂšre qui durant quelque congĂ© s’agitait sur sa tondeuse autoportĂ©e au lieu de se reposer Ă  l’ombre de son marronnier, je le taquinai en comparant cette frĂ©nĂ©sie jardiniĂšre Ă  l’activitĂ© de NapolĂ©on sur sa minuscule Ăźle d’Elbe et lui posai soudain la question : que se serait-il passĂ© s’il y Ă©tait restĂ© tranquillement en fĂ©vrier 1815 au lieu d’enchaĂźner un pari fou, une Ă©popĂ©e jamais vue, un dĂ©sastre sans prĂ©cĂ©dent et un calvaire Ă  l’autre bout du monde ? Nous en avions devisĂ© : Ă©tait-il forcĂ© de s’agiter, pouvait-il ne rien faire ?

On reconnaĂźt lĂ  mon fond de taoĂŻsme, dont le nom La voie du Bitcoin atteste dĂ©jĂ . Lao-Tseu l'a dit : « la voie du Sage est d’agir sans lutter » 

Au-delĂ  de l’anecdotique (le tracteur paternel Ă  l’heure de la sieste) mon intĂ©rĂȘt pour l’annĂ©e 1815 a sa rationalitĂ©. C’est une annĂ©e critique Ă  tous Ă©gards, avec deux « alternances » spectaculaires (trois mĂȘme, si l’on prend la pĂ©riode avril 1814-juin 1815) autour d’un Ă©pisode sans Ă©gal dans l’histoire, ces « Cent Jours » qui sont moins le dernier Ă©clat de l’Empire que la premiĂšre rĂ©volution du 19Ăšme siĂšcle. Des alternances dont les monnaies gardent la trace !

C’est aussi le moment de vĂ©ritĂ© pour le personnage politique de NapolĂ©on, en attendant la terrible sanction qui attend le stratĂšge. AprĂšs une longue dĂ©cennie de dĂ©rive monarchique, il s’aperçoit sur l'Ăźle d'Elbe et vĂ©rifie Ă  son retour qu’il n’a plus comme soutiens, en rĂ©alitĂ©, que l'armĂ©e, des vieux jacobins et quelques jeunes libĂ©raux. Lesquels n’en sont pas moins surpris que lui. C'est cette double surprise qui me parait offrir un objet de rĂ©flexion.

Aujourd’hui les diatribes contre NapolĂ©on viennent trĂšs majoritairement « de gauche » tout en reprenant – il faut le noter – la panoplie complĂšte des calomnies forgĂ©es par les Ă©migrĂ©s et surtout par le gouvernement tory de Londres, et tout en ignorant les jugements bien plus pertinents de Marx ou d’historiens marxistes comme Antoine Casanova. Il m’a paru intĂ©ressant, en contre-point, de saisir ce moment historique oĂč le camp de gauche redĂ©couvre un Bonaparte que ses ennemis de droite ont, eux, toujours considĂ©rĂ©, selon le mot de l’autrichien rĂ©actionnaire Metternich, comme un « Robespierre Ă  cheval ».

VoilĂ  pour expliquer le choix de 1815 pour y placer mon point de divergence et y tester l’idĂ©e d’une non-action, d’une histoire alternative Ă  dĂ©velopper dans un univers virtuel. Les nombreuses uchronies qui se fondent sur l’idĂ©e d’un triomphe en Russie ou d’une victoire Ă  Waterloo ne m’intĂ©ressent pas, les hypothĂšses de base en Ă©tant (sauf improbable intervention divine !) historiquement irrĂ©alistes. Il m’a semblĂ© que, le 26 fĂ©vrier 1815, au contraire, NapolĂ©on aurait pu dĂ©cider (seul) de rester sur son Ăźle. La suite du rĂ©cit m'appartenait-elle, pour autant, en toute libertĂ© ? Cette rĂȘverie m’a accompagnĂ© durant prĂšs de 30 ans.

Entre temps, j’avais rencontrĂ© Satoshi. Dans ma famille, on n’est pas assez formatĂ© pour me pinailler sur les fonctions aristotemiques de la monnaie ou sur le fait que Bitcoin n’ait pas de « rĂ©alitĂ© tangible » : la formule canonique pour me charrier c’est « ta monnaie qui n’existe pas » et cette boutade me plait bien, parce que cela pose des questions bien plus vastes que de savoir si l’on peut mordiller une piĂšce ou froisser un bout de papier entre ses doigts. Qu'est-ce qui existe ?

Toutes les rĂ©flexions menĂ©es ou partagĂ©es sur cette monnaie gravĂ©e par une idĂ©e et battue par des calculs, cette monnaie cĂ©leste pour employer un mot de Mark Alizart, dĂ©ployant son propre espace numĂ©rique dans lequel elle a bien toutes les propriĂ©tĂ©s d’un objet tangible et toutes les qualitĂ©s d’une monnaie sui generis, je ne les ai pas cantonnĂ©es dans un coin hermĂ©tique de mon crĂąne quand, Ă  partir du confinement – situation obsidionale trĂšs appropriĂ©e au sujet – j’ai entrepris de faire enfin vivre « mon » NapolĂ©on dans son nouveau royaume.

A vrai dire, partant de Satoshi et de la grande question de sa « disparition » j’avais dĂ©jĂ , quatre ans plus tĂŽt, Ă©voquĂ© un mot de NapolĂ©on selon qui « les hommes de gĂ©nie sont des mĂ©tĂ©ores destinĂ©es Ă  brĂ»ler pour Ă©clairer leur siĂšcle ». J'y abordais surtout le personnage tel que l’imaginait Simon Leys en 1988, dans une autre uchronie oĂč il montrait comment et pourquoi l’empereur Ă©vadĂ© de Sainte-HĂ©lĂšne refusait ensuite de se manifester.

Partant, en sens inverse, de NapolĂ©on, et mĂȘme si je sais bien que le chiffre napolĂ©onien Ă©tait dans la pratique d'assez faible qualitĂ©, il y a des mots de lui qui m’ont fait penser Ă  Satoshi. Ainsi de « je lis toujours utile » car j’ai toujours pensĂ© que l’assembleur de Bitcoin avait dĂ» beaucoup amasser de savoir avant de les assembler. De mĂȘme pour « rien ne se fait que par calcul » et mieux encore « je calcule au pire » qui me semble convenir Ă  l’inventeur d’un systĂšme qui tient non sur nos vices (toute l’économie le fait) mais sur une plus faible rĂ©munĂ©ration de l’action vicieuse que de l’action conforme.

J'ai souri aussi en lisant « Il n’y a pas nĂ©cessitĂ© de dire ce que l’on a l’intention de faire dans le moment mĂȘme oĂč on le fait » et me suis demandĂ© si le jugement portĂ© sur l'un par le gĂ©nĂ©ral Bernard (le futur Vauban du nouveau monde) ne s'appliquerait pas aussi bien Ă  l'autre : « C'est peut-ĂȘtre la meilleure tĂȘte du siĂšcle, la mieux organisĂ©e. Il n'Ă©tait Ă©tranger Ă  rien, faisait tout par lui mĂȘme, il ne s'Ă©tait jamais confiĂ© Ă  personne qu'au moment de l'exĂ©cution, ayant toujours lui seul dĂ©libĂ©rĂ© et dĂ©cidĂ© de ce qui convenait le mieux ».

Au-delĂ  de ces quelques clignotants (car il ne s’agit pas pour moi, Ă©videmment, de comparer l’un des hommes les plus connus de l’histoire avec celui qui a effacĂ© presque toute trace de son existence terrestre) j’ai poursuivi ma propre expĂ©rience de pensĂ©e. Le bitcoineur qui aura le courage de me suivre entre 1815 et 1827 (j’ai donnĂ© quelques annĂ©es de vie supplĂ©mentaires Ă  mon hĂ©ros par vraisemblance et parce que c'Ă©tait utile Ă  mon rĂ©cit) retrouvera au fil des pages bien des histoires dĂ©jĂ  traitĂ©es ici : le thaler de Marie-ThĂ©rĂšse, la monnaie qui n’existait pas mais qui fit si peur au roi, la fantaisie obstinĂ©e de trois ou quatre faquins qui ont privĂ© le Louvre de trĂ©sors d’art Ă©gyptien. Il y trouvera une pique concernant l'Ă©conomie d'Aristote et des idĂ©es qui peuvent ĂȘtre les nĂŽtres : le mĂ©pris des billets sans encaisse ou le financement communautaire par exemple.

Le lecteur trouvera surtout dans mon rĂ©cit des rĂ©flexions qui peuvent ĂȘtre cruciales pour nous : sur la temporalitĂ©, sur la mass adoption et d'abord sur la souverainetĂ© et les limites d’une souverainetĂ© « personnelle » qui prĂ©occupe tant de bitcoineurs Ă  tendance fĂ©odale. NapolĂ©on, d’aprĂšs le TraitĂ© passĂ© avec ses vainqueurs en avril 1814 restait « empereur » mais il ne s’agissait plus que d’un titre honorifique viager. ConcrĂštement il n’était plus « souverain » et de maniĂšre pareillement viagĂšre que de l’üle d’Elbe. Petite robinsonnade : il « rĂ©gnait » sur un territoire 30 fois plus grand que le Liberland mais presqu’aussi dĂ©pourvu des infrastructures concrĂštes qui permettent l’exercice efficace de la souverainetĂ©.

Il se trouvait donc dans la situation inverse de celle qui faisait fantasmer Andrew Howard en dĂ©cembre dernier quand il imaginait des bitcoiners tellement riches qu’ils en deviendraient souverains de larges Ă©tendues de terre. NapolĂ©on restait souverain (et, mĂȘme vaincu, il conservait selon les notes de police un poids politique considĂ©rable en France et en Italie) mais il n’avait plus sous les bottes qu’une sous-prĂ©fecture 16 fois plus pauvre que la Corse voisine et un pĂ©cule (4 millions de francs-or) qui lui filait entre les doigts.

Or la souverainetĂ© ne consiste ni Ă  se pavaner sur un trĂŽne qui « n'est qu'une planche garnie de velours » (mot apocryphe) ni Ă  s’épargner les ingĂ©rences Ă©trangĂšres (en se faisant oublier sur l’üle d’Elbe ou sur quelque Ăźle artificielle) mais Ă  agir souverainement, concrĂštement, efficacement, sur le thĂ©Ăątre du monde. Il avait un exemple : le pape Pie VII, son ancien prisonnier, restaurĂ© dans ses États sans tirer un seul coup de feu et dont on disait, Ă  Londres mĂȘme, qu’aucun gĂ©nĂ©ral ne l’avait combattu aussi efficacement que le pape Ă  la tĂȘte de son Église.

NapolĂ©on dira Ă  Sainte-HĂ©lĂšne qu’il aurait pu sur l'Ăźle d'Elbe « inventer une souverainetĂ© d’un genre nouveau » et je me suis longuement interrogĂ© sur ce que ces mots pouvaient signifier. Il choisit finalement d’en revenir Ă  la forme antĂ©rieure et en perdit en cent jours toute apparence.

Ayant dĂ©cidĂ© que, dans mon rĂ©cit, il n’irait pas se faire Ă©craser Ă  Waterloo, je ne pensais pas qu’une courte sagesse consistant Ă  jardiner tranquillement sur son Ăźle aprĂšs l’avoir un peu mieux fortifiĂ©e fournirait une matiĂšre suffisante Ă  mon livre. Il fallait d’abord que, sans rentrer en France, il pose un acte souverain de nature Ă  desserrer les contraintes (financiĂšres) et les menaces (militaires) qui pesaient sur sa misĂ©rable principautĂ© et puis ensuite qu’il continue d’agir Ă  la mesure, jusque-lĂ  prodigieuse, de son imagination et de son activitĂ©.

Plus facile Ă  dire qu’à Ă©crire. Les historiens normaux, universitaires, mĂ©prisaient traditionnellement les « uchronies » jusqu’à ce que certains ne confessent que « l’histoire contrefactuelle » est aussi un puissant outil pour comprendre l’histoire tout court. Car tout, si l’on est honnĂȘte et factuel, ramĂšne Ă  la contrainte de rĂ©alitĂ© qui est incommensurable par rapport Ă  ce que l’on appelle pompeusement le « volontarisme politique » et qui est bien plus proche de l’imagination romanesque que ne le croient les « dirigeants ».

Admettons donc que NapolĂ©on ne bouge pas de sa « petite bicoque », tolĂ©rĂ© dans son coin de MĂ©diterranĂ©e et qu’il trouve le moyen de s’y fortifier, de s’y dĂ©fendre, d’y vivre en petit prince et d’y poursuivre ses rĂȘves. Ce n’est pas donnĂ© (et tout le dĂ©but de mon ouvrage vise en gros Ă  tracer les manƓuvres qui le lui ont permis dans mon univers virtuel) mais une fois ceci obtenu le reste du monde change-t-il ? Oui et non. Notez que la question se pose aussi pour Bitcoin : admettons qu’il arrive Ă  un point oĂč nul ne peut le dĂ©truire, l’interdire ou le contraindre, et qu’il soit reconnu comme une monnaie « comme les autres » : le reste du monde change-t-il radicalement ou seulement Ă  la marge ?

Personne, donc, ne va mourir Ă  Waterloo, ni mĂȘme errer comme Fabrice Del Dongo sur ce champ de bataille qui va hanter durablement l'Ăąme française. Il n’y aura ni « terreur blanche » ni « chambre introuvable » ; des centaines d’hommes politiques ne feront pas les girouettes, les anciens rĂ©gicides ne seront pas exilĂ©s et Nathan Rothschild ne fera pas de bon coup en Bourse sur ce coup-lĂ .

La France en restera au TraitĂ© de Paris signĂ© en 1814, une paix entre rois qui sent encore l'ancien rĂ©gime, et ne sera pas acculĂ©e au dĂ©sastreux TraitĂ© de Paris de 1815 qui annonce bien davantage les paix des vainqueurs que connaĂźtra le siĂšcle suivant ; elle ne versera pas 2 milliards de francs-or d’indemnitĂ©, Nice et la Savoie resteront françaises, comme quelques places fortes sur les frontiĂšres belge et allemande, que nous ne rĂ©cupĂ©rerons jamais celles-lĂ . Plus de 2000 tableaux resteront suspendus aux cimaises du Louvre et les Chevaux de Saint-Marc perchĂ©s sur l'Arc du Carrousel.

La légitimité du régime politique de la Restauration ne sera pas si sauvagement compromise ni la séculaire prétention française à la suprématie européenne si tragiquement enterrée. La démographie française ne plongera pas.

Pourtant la contrainte du rĂ©el restera forte et continuera de s’imposer Ă  NapolĂ©on sur son Ăźle mĂ©diterranĂ©enne comme Ă  l’auteur sur son clavier : Metternich et Castlereagh ont toujours un agenda rĂ©actionnaire, les Italiens veulent toujours chasser les Autrichiens, que les Prussiens regardent toujours comme un obstacle Ă  leurs ambitions, les AmĂ©ricains et les Anglais sont toujours dĂ©cidĂ©s Ă  corriger les Barbaresques et ceux-ci sĂšment toujours la terreur en MĂ©diterranĂ©e, l’AmĂ©rique du Sud veut toujours se libĂ©rer de l’Espagne. Et puis, bien sĂ»r, le Tambora explose Ă  la mĂȘme minute dans l’histoire et dans mon rĂ©cit, qui connaissent tous deux une annĂ©e sans Ă©tĂ©.

Pour construire ce que j’ai appelĂ© un « rĂ©cit » plutĂŽt qu’un roman, j’ai donc d’abord essayĂ© d’imaginer le moins possible. J'ai voulu partir des faits, des situations, des coĂŻncidences. J’ai moins relu les historiens (qui expliquent ce qui s’est passĂ© tellement finement qu’on en conclut que cela ne pouvait que se passer) que les tĂ©moins : correspondances et mĂ©moires livrent les « petits faits vrais » dont parlait Stendhal, des coĂŻncidences, des traces d’évĂ©nements oubliĂ©s. J’ai aussi passĂ© des heures dans les catalogues de ventes publiques consacrĂ©es aux autographes ou aux reliques napolĂ©oniennes. Mes lecteurs connaissent mon goĂ»t des reliques, ces objets fĂ©tiches.

AprĂšs cela (osons le dire) j'ai, comme Satoshi, moi-mĂȘme agencĂ©. Parce que le problĂšme posĂ© Ă  NapolĂ©on enfermĂ©, appauvri et menacĂ© sur son Ăźle Ă©voque un peu un triangle d’incompatibilitĂ©.

Comme je le dis en introduction de mon livre, tous les faits prĂ©cisĂ©ment datĂ©s et antĂ©rieurs au 26 fĂ©vrier 1815 Ă  dix-huit heures sont exacts et de façon surprenante, bon nombre de faits ultĂ©rieurs le sont Ă©galement. Tous les personnages nommĂ©s ou seulement dĂ©signĂ©s par un nom de lieu ont rĂ©ellement existĂ©, mĂȘme si certains sont demeurĂ©s parfaitement inconnus. Enfin de nombreux propos et Ă©crits, empruntĂ©s Ă  des sources crĂ©dibles, sont littĂ©ralement reproduits mĂȘme si je les ai rĂ©agencĂ©s dans le temps pour les besoins de mon rĂ©cit.

Contrairement Ă  tous les historiens qui accumulent les faits pour montrer que NapolĂ©on Ă©tait pris au piĂšge – ou plutĂŽt aux piĂšges – et que seul demeure encore obscur le point de savoir si ceux qui avaient tendu ces rets ne furent pas eux-mĂȘmes un peu surpris de l’évĂ©nement, j’ai montrĂ© qu’un certain agencement de faits et d’effets lui offrait l’occasion des « soudaines inspirations qui dĂ©concertent par des ressources inespĂ©rĂ©es les plus savantes combinaisons de l’ennemi » comme on l’avait dit une vingtaine d’annĂ©es plus tĂŽt en Italie.

Une fois rĂ©ussies la sortie de l’histoire et l’entrĂ© dans le rĂ©cit, j’ai tenu Ă  ce que celui-ci demeure historiquement crĂ©dible, donc sans odyssĂ©e conquĂ©rante Ă  travers l'Orient, l'Asie et jusqu'Ă  la Chine comme dans ce qui est considĂ©rĂ© comme la premiĂšre uchronie de l’histoire, celle de Geoffroy-ChĂąteau en 1836). J'ai voulu aussi que mon rĂ©cit s’inscrive dans une temporalitĂ© rĂ©aliste, dans une temporalitĂ© du post hoc ergo propter hoc que connaissent bien ceux qui comprennent la blockchain.

Le systĂšme de contraintes a Ă©tĂ© desserrĂ©, mais elles demeurent. Inversement le geste de NapolĂ©on au point de divergence crĂ©e une premiĂšre onde de choc, diffĂ©rente de celle suscitĂ©e par son retour, mais non nĂ©gligeable : il ne fait pas rien, mais autre chose. Il agit sans lutter. L’onde de l’évĂ©nement alternatif se propage dans le temps du rĂ©cit, avec les rĂ©actions des divers acteurs. Elle est suivie d’autres initiatives de NapolĂ©on, anticipant ou rĂ©agissant Ă  d’autres faits historiques : la piraterie des barbaresques, l’insurrection de l’AmĂ©rique latine, la revendication dans de nombreux pays d'un gouvernement constitutionnel, etc.

Ce second temps du rĂ©cit est, pour qui tente d’imaginer l’histoire, aussi difficile que pour qui tente de deviner le futur (chose que l’on demande toujours niaisement Ă  l’historien). Comme je l’avais fait pour Bitcoin, j’ai rĂ©flĂ©chi en termes de mĂ©tamorphoses. NapolĂ©on est un camĂ©lĂ©on, les peintres l’ont bien montrĂ© et de son vivant mĂȘme on a dit qu’il y avait plusieurs hommes, ou qu’un grenadier avait pris sa place aprĂšs sa mort en Russie.

J’ai fait un choix. Saisissant NapolĂ©on au moment oĂč il est dĂ©sarmĂ©, les plus hauts faits que j’aborde sont ceux qui n’auront pas lieu. Parce que dĂ©libĂ©rĂ©ment « mon » NapolĂ©on est un ĂȘtre de raison qui renonce Ă  l’aventure. Il l’avait dit Ă  Caulaincourt en 1812, qu'il n'Ă©tait pas « un Don Quichotte qui a besoin de quĂȘter les aventures ». Il dĂ©cide de revenir Ă  son personnage, le seul qui puisse « dĂ©passer NapolĂ©on » : Bonaparte, le pacificateur et lĂ©gislateur. Mon NapolĂ©on est donc conforme Ă  ce que l’on disait de lui avant le Sacre, le « plus civil des gĂ©nĂ©raux ». Et pour dire les choses crĂ»ment, il penche non seulement pour la paix mais aussi pour les « idĂ©es du siĂšcle » et non vers les fastes et « les prĂ©jugĂ©s gothiques ».

Cette Ă©volution n’est pas totalement un choix arbitraire ou complaisant de ma part. C’est celle que le prisonnier de Sainte-HĂ©lĂšne a rĂ©ussi Ă  suggĂ©rer, posant au Messie de la RĂ©volution. Seulement, au lieu de dire ce qu’il « aurait pu » ou ce qu’il « voulait » faire, il le fait dans la mesure de ses moyens. Au lieu de cĂ©der Ă  ce que l’historien contemporain Emmanuel de Waresquiel dĂ©crit comme « la tentation de l’impossible » en 1815, il tente ce qui est possible de 1815 Ă  sa mort.

Évidemment, il y a la tĂąche du rĂ©tablissement de l’esclavage. S'intĂ©resser Ă  NapolĂ©on est-il dĂšs lors une faute morale ?

À Sainte-HĂ©lĂšne, peut-ĂȘtre du fait de la frĂ©quentation de l'esclave Toby qu'il voulut racheter, comme dans mon rĂ©cit, NapolĂ©on est conscient de la tĂąche, et moi aussi, bien sĂ»r. Insuffisamment Ă©voquĂ©e jadis (on lui a bien plus reprochĂ© l’exĂ©cution du duc d’Enghien) elle obnubile aujourd’hui pratiquement toute l’épopĂ©e et condamne le hĂ©ros au bannissement en 140 signes : on ne peut pas, on ne doit pas s’intĂ©resser Ă  quelqu’un qui a commis cela. L'acte est nul : le personnage doit l'ĂȘtre Ă©galement.

Brisons l'idole... mais cela a déjà été fait, et pas qu'un peu. Et toujours en vain.

L’une de ses plus violentes ennemies, la reine de Sicile (sƓur de Marie-Antoinette) le considĂ©rait pourtant Ă  la fois comme « l’Attila, le flĂ©au de l’Italie » et comme « le plus grand homme que les siĂšcles aient jamais produit ». Nous ne semblons plus capables d’ambivalence : Ridley Scott le prĂ©sente comme un minus, l’Ɠil vide, dominĂ© par sa femme ou par les Ă©vĂ©nements. C'est peu crĂ©dible, mais un autoritaire belliqueux ne mĂ©ritent guĂšre d'Ă©gards posthumes. C’est ainsi l’opinion courante sur X, hors quelques chapelles bonapartistes dont les dĂ©vots caricaturaux ne perçoivent la lumiĂšre qu’au travers de vitraux trop chamarrĂ©s. Il faut Ă©chapper Ă  ces courtes vues.

Je me demande souvent (et on a senti un petit frisson au moment du rĂ©cent teasing de HBO) ce que les bitcoineurs diraient de Satoshi s’ils apprenaient qu’il battait sa femme, sĂ©questrait sa domestique philippine ou avait violĂ© son neveu ? Le Bitcoin fonctionnerait-il moins bien si Satoshi n'Ă©tait pas un smart guy ou seulement s'il n'Ă©tait pas adepte de l'Ă©conomie autrichienne ?

Passant ainsi, par posture morale, Ă  cĂŽtĂ© du « plus grand homme du plus grand peuple » comme l’écrivit plus tard son frĂšre aĂźnĂ©, le risque est grand de passer aussi Ă  cĂŽtĂ© de ces trĂšs grands hommes que furent ceux qui le servirent. Car presque tous le servirent, comme le remarqua tout de suite l’impertinent Rivarol (mort en 1801) : « ils le servent au lieu de s’en dĂ©faire ». Et pas seulement des sabreurs : depuis l’incroyable entreprise scientifique que fut l’expĂ©dition d’Égypte jusqu’aux derniĂšres heures aprĂšs Waterloo, il fut entourĂ© de savants comme Monge, ContĂ©, Laplace, Chaptal, LacĂ©pĂšde, Fourier.


Ce dernier joue un certain rĂŽle dans mon rĂ©cit. Imaginerait-on, aujourd’hui, un prĂ©fet capable d’inventer un outil mathĂ©matique, de travailler sur la thĂ©orie analytique de la chaleur, de formuler, le premier, l’hypothĂšse de l’effet de serre tout en recevant la belle sociĂ©tĂ© et en protĂ©geant le jeune gĂ©nie qui allait dĂ©chiffrer les hiĂ©roglyphes ?

Oublier volontairement NapolĂ©on, c’est oublier les Français durant 15 ans. Et mĂȘme, puisqu’on ne va pas non plus cĂ©lĂ©brer les rois qui le suivirent, on en vient Ă  se rĂ©veiller miraculeusement en 1848 (avec enfin l’abolition de l’esclavage) sans trop s’appesantir sur le destin qui conduit de nouveau la RĂ©publique et la France sous la coupe d’un Bonaparte. DĂ©cidĂ©ment, mieux vaut lire l’histoire dans Marx que sur X. En arrĂȘtant Ă  Brumaire (voire Ă  Thermidor) la marche de l’Histoire telle qu’on rĂȘverait (aujourd’hui) qu’elle ait Ă©tĂ©, on fait passer Ă  la trappe un demi-siĂšcle de la vie des Français et l’aventure de la plus Ă©tonnante gĂ©nĂ©ration de nos ancĂȘtres, ceux qui comme NapolĂ©on Bonaparte avaient 20 ans en 1789.

Quel sens donner à l’aventure que j’imagine ?

La dĂ©faite de 1814 et la Restauration avaient dĂ©barrassĂ© NapolĂ©on de pas mal d’illusions et de la plus grande partie de la vermine d’Ancien RĂ©gime qu’il avait eu le grand tort de croire ralliĂ©e. Je ne pense donc pas avoir cĂ©dĂ© Ă  une passion personnelle en supposant que, dans la nouvelle Ăšre que mon rĂ©cit permet, NapolĂ©on devait de nouveau s’appuyer sur les « bleus » contre la France « blanche » et la « Sainte-Alliance », sur des savants contre les notables, sur des jeunes ardents contre les fatiguĂ©s.

Talleyrand le lui avait (peut-ĂȘtre) dit : on peut tout faire avec des baĂŻonnettes, sauf s’asseoir dessus. PrivĂ© d’armements et donc de l’ultima ratio regum, il ne lui reste que ce que les plus intelligents de ses ennemis lui reconnaissent : sa prodigieuse capacitĂ© de calcul, son instinct stratĂ©gique, son coup d’Ɠil tactique mais aussi ce que ses vrais vainqueurs, le tsar et le pape lui ont appris : reculer, user la force de l’ennemi ou mĂȘme s’en servir, et souvent attendre. Pour me couler dans cela, j’ai aussi dĂ» affronter l’une des grandes questions qui agitent les bitcoineurs, la « temporalitĂ© ».

Bonaparte, tout au long de sa carriÚre, gÚre une « mass adoption »

Il déclare aprÚs Brumaire que « la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie ». Ce mot, qui a tant plu et rassuré alors, lui est aujourd'hui reproché par les belles ùmes.

Quels qu’aient Ă©tĂ© ses choix ensuite, y compris la fĂącheuse dĂ©cision d’enlever les mots « RĂ©publique française » des monnaies 5 ans (quand mĂȘme) aprĂšs son sacre, il n’a jamais souhaitĂ© revenir sur la RĂ©volution. Il disait seulement, Ă  sa façon, en avoir clos ce que LĂ©nine aurait peut-ĂȘtre appelĂ© la maladie infantile : « J'ai refermĂ© le gouffre de l'anarchie et dĂ©brouillĂ© le chaos ». Quinze ans de consolidation, essentiellement juridique, des « immortels principes » grĂące aux fameux Codes et puis la France se retrouve, sans lui et sans son despotisme, en monarchie certes constitutionnelle mais Ă  forte tentation rĂ©actionnaire.


Encore faudrait-il mesurer la vitesse de percolation. Il y a une anecdote savoureuse, rapportĂ©e par un tĂ©moin occulaire (le trĂ©sorier Peyrusse) et collationnĂ©e par Thiers dont je colle ici l'extrait. C'est, lors du  vol de l'Aigle  (je n'ai donc Ă©videmment pas pu la reprendre dans mon rĂ©cit) la rencontre avec une gardienne de vaches, dans les Alpes, qui ne sait mĂȘme pas qu'Ă  Paris, le roi a, depuis dix mois, remplacĂ© l'Empereur, qui se tient devant elle dans sa masure... et en sort « tout pensif » !

La « mass adoption » des idées nouvelles semble avoir été bien lente, en mettant le T=0 à la nuit du 4 août.

Qu'en sera-t-il pour celle que l'on ferait courir du 1er novembre 2008 ? J’ai citĂ© l’an passĂ© Ă  Biarritz un texte de Aleksandar Svetski, fondateur du Bitcoin Times dans lequel il notait que les bitcoiners ont une tendance Ă  surestimer la vitesse avec laquelle Bitcoin va envahir le monde et devenir une monnaie largement acceptĂ©e. Notamment parce que, considĂ©rant celui-ci sous l'angle pratique et technologique, ils Ă©tablissent des comparaisons avec l'adoption de techniques disruptives antĂ©rieures. Il rappelait qu'avec Bitcoin, le jeu Ă©tait aussi politique et culturel : on joue ici avec les plus grands enjeux, pour les plus grands gains, contre les plus grands ennemis - Ă  la fois externes et internes; on se bat Ă  la fois contre l'establishment et contre les cultures dans lesquelles nous avons nous-mĂȘmes (encore pour bon nombre) Ă©tĂ© Ă©levĂ©s.

Telle est probablement la situation de la société française en 1815. On verra qu'avec malice, j'ai fait en sorte que la « non-action » accélÚre la marche de l'Idée.

Si la vie m'en laisse le temps et si je trouve des Ă©diteurs, mes prochaines publications ne concerneront toujours pas Bitcoin mais resteront virtuelles puisqu'il pourrait s'agir... de femmes qui, de toute leur vie, n'ont laissĂ© qu'une seule trace, ou d'un homme qui en a laissĂ© une, mais sans avoir jamais existĂ©. Et il ne sera plus question de l'Empereur, c'est promis ! Je resterai tel que j'ai tentĂ© de me dĂ©finir un jour : un  historien local, rĂȘveur et virtuel .

(suite)

Le 87Ăšme Repas du Coin, Ă  Angers le 11 septembre 2024

September 14th 2024 at 16:33

Cela faisait longtemps qu’il Ă©tait envisagĂ© ce repas angevin, et ce fut un grand succĂšs, saluĂ© tant par les bitcoineurs « de l’étape » que par leurs visiteurs!

38 convives, dont un nombre respectable de parisiens consentant Ă  prendre le TGV, mais aussi des amis de Bordeaux, Lille, Rennes et Luxembourg, et bien sĂ»r un trĂšs gros contingent de Nantes et d’Angers. PrĂšs de deux tiers de convives participaient pour la premiĂšre fois Ă  notre Repas, et l’expĂ©rience a manifestement plu Ă  tous !

Confortablement installĂ©s chez Pont-Pont, face au chĂąteau du bon roi RenĂ© (qui, lui, n’était pas Ă  Angers ce jour-lĂ ) et servis par un jeune homme enthousiaste du Bitcoin (ce n’était pas prĂ©mĂ©ditĂ©) les convives, installĂ©s en terrasse dĂšs midi pour l’apĂ©ritif ont, pour les derniers, quittĂ© les lieux passĂ© quatre heures.

Parmi les sujets abordĂ©s, outre d’assez longs tours de table pour permettre Ă  chacun de se prĂ©senter et de prĂ©senter son parcours et sa rencontre avec Bitcoin :

  • l’impossibilitĂ© d’une vraie discussion en France sur les sujets de mining, en lumiĂšre de l’expĂ©rience concrĂšte du parc du Virunga
  • l’avancĂ©e du Bitcoin au Salvador (oĂč l’un des convives entend s’installer)
  • la privacy et les covenants, ces mĂ©canisme qui imposent des conditions spĂ©cifiques sur le scriptPubKey pour verrouiller un UTXO dans la transaction suivante
  • les besoins d’accompagnement des nouvelles associations Bitcoin, notamment sur la gestion de leur trĂ©sorerie en bitcoin
  • le Bitcoin Economic Forum et Surfin Bitcoin
  • la dĂ©rive alt right  perceptible chez certains cryptos et qui est loin de faire l’unanimitĂ©
  • les perspectives liĂ©es aux Ă©lections amĂ©ricaines, et les espoirs plus ou moins lĂ©gitimes au regard de la situation faite Ă  Bitcoin dans ce pays, mais Ă©galement des consĂ©quences sur la valeur du jeton
  • la rĂšglementation et la rĂ©gulation, que ce soit sur les cryptos ou l’IA
  • le bitcoin  en tant que monnaie frugale mais aussi l’argent, le jeu, les casinos
  • les brokers/exchanges « à la française » et le cartel bancaire
  • l’actualitĂ© politique française, navrante, n’a pas Ă©tĂ© citĂ©e comme une forme particuliĂšrement rĂ©ussie de gouvernance.

Certains des convives se sont retrouvĂ©s le soir dans le cadre de la confĂ©rence organisĂ©e par Emmanuel Harrault avec la Jeune Chambre de Commerce dans le cadre de l’UniversitĂ© Catholique de l’Ouest.

Cet article Le 87Ăšme Repas du Coin, Ă  Angers le 11 septembre 2024 est issue du site Le Coin Coin.

Le 86 Ăšme Repas du Coin Ă  Granville le 17 juillet 2024

July 21st 2024 at 23:17

TroisiĂšme repas « normand » aprĂšs ceux de Bayeux en 2022 et de Caen au printemps, au sommet de la Ville Haute de Granville, jadis vraie place forte Ă  l’architecture militaire typique de la fin de l’Ancien RĂ©gime. Ce qui donne une leçon : comme les systĂšmes informatiques de sĂ©curitĂ©, les systĂšmes de dĂ©fense doivent eux-mĂȘmes pouvoir se protĂ©ger.

Comme il arrive souvent (mĂȘme hors vacances) plusieurs convives campaient au cafĂ© le plus proche avant le dĂ©but du repas.

Dix-sept convives Ă  la ContreMarche, dont de courageux parisiens ayant pris le train, des amis de Caen, Rouen, Saint-LĂŽ ou Arromanches et Ă©videmment un « inclassable », RĂ©mi, le capitaine du Satoboat Ă  qui l’on a par la mĂȘme occasion souhaitĂ© un heureux anniversaire tout en rappelant les rĂšgles du Repas.

Parmi les sujets abordés:

  • Le sempiternel rĂ©cit des dĂ©couvertes de Bitcoin par les uns ou les autres, avec quelques aveux troublants et comiques
  • Le rĂ©cit par capitaine du Satoboat de ce qui a dĂ©cidĂ© de son aventure : un pari anodin ! Il a exposĂ© ensuite ses projets de professionnalisation de ses talents de navigateur. Il va faire un airbnb dans son prochain catamaran et vendra des sĂ©jour touristiques aux riches bitcoiners.
  • On a parlĂ© des aventure entrepreneuriales de Nicolas Cantu qui depuis 3 Ă  4 ans capture le mĂ©thane des paysans pour crĂ©er une Ă©nergie servant ensuit Ă  miner du bitcoin. ParallĂšlement, il a Ă©tendu ses propositions de services et rachĂšte les dĂ©jections de leurs animaux qu’ils traitent puis mĂ©lange avec du leur sable dont voulaient se dĂ©barrasser les mĂȘme paysans. Lui l’utilise l’ensemble pour crĂ©er des isolants naturel. Pas cher. Inerte. Inodore. Encore un bitcoineur qui ne ressemble pas aux Ă©cocides complaisamment dĂ©crits par certains !
  • On a beaucoup parlé des premiers minages des uns et des autres il y a 10 ans parfois: quand on minait du Litecoin Ă  la carte graphique pour acheter du Bitcoin
  • On a Ă©voquĂ© l’indĂ©cidable question de savoir si la divisibilitĂ© trĂšs grande du Bitcoin rĂ©solvait ou pas les problĂšmes (d’ailleurs pas faciles Ă  lister) que crĂ©e (ou crĂ©erait) son montant fini : aucun consensus n’a pu s’établir
  • On a Ă©voquĂ© les durs combats des cryptogirls
  • On a parlĂ© de dĂ©terminisme social et physique, de mĂ©rite et de libertĂ©.
  • On a admirĂ© les reliures de Bernard Pottier, qui a montrĂ© quelques crĂ©ations, dont des « AcĂ©phales » et aussi un Ă©tonnant Ă©phĂ©mĂ©ride taillĂ© pour servir un siĂšcle!

Le repas achevĂ©, plusieurs convives ont suivi RĂ©mi jusqu’à son ponton pour le regarder hisser le drapeau orange !

Cet article Le 86 Ăšme Repas du Coin Ă  Granville le 17 juillet 2024 est issue du site Le Coin Coin.

Le 85 Ăšme Repas du Coin , Ă  Paris le 12 juin 2024

June 15th 2024 at 15:45

Retour au Zango et Ă  ses saveurs exotiques pour ce diner faisant suite Ă  une rĂ©union de travail de quelques membres courageux du Cercle du Coin en fin d’aprĂšs-midi.

En dĂ©but de soirĂ©e ce sont 43 convives venus de loin (Barcelone, Oslo) mais aussi de Luxembourg et Bruxelles, de Toulouse, Bordeaux, Lyon, Lille, Beauvais ou Auxerre, sans compter ceux qui n’avaient eu qu’une centaine de pas Ă  faire depuis leurs bistrots prĂ©fĂ©rĂ©s qui se sont retrouvĂ©s, malgrĂ© la tenue le mĂȘme jour de la soirĂ©e d’anniversaire de la vieille Maison du Bitcoin de la rue du Caire.

Jacques Favier, en rappelant, notamment pour la quinzaine de convives qui participaient pour la premiĂšre fois Ă  cet Ă©vĂ©nement, les rĂšgles anciennes qui le rĂ©gissent, a mis en garde contre l’importation dans la communautĂ© crypto « de fĂącheux clivages et de lamentables aigreurs » que les passions qui fleurissent en pĂ©riode de guerres ou d’élections pourraient susciter.

Poisson Yassa et riz jollof, bƓuf larmes du tigre et autre spĂ©cialitĂ©s de la « cuisine du voyage » de l’établissement ont participĂ© Ă  cette convivialitĂ© qui fait le sel de ces rencontres.

Parmi les thÚmes abordés aux 7 tables :

  •  les diffĂ©rents exchanges et le trou laissĂ© par FTX, suivi par une rĂ©gulation qui empĂȘche de pouvoir avoir accĂšs Ă  certaines fonctionnalitĂ©s,
  • la diffĂ©rence entre un broker et un exchange (pas claire pour certains convives) mais abordĂ©s Ă  plusieurs tables du fait de la prĂ©sence parmi les convives de nombreux professionnels  membres de Paymium, d’Aplo, de Delubac, d’équipes de gestionnaires de gestion de fortune,
  • l’évolution du protocole Bitcoin (gouvernance avec les BIP), sa rĂ©silience et sa rĂ©sistance Ă  la  censure,
  • Le schisme qui se profile Ă  l’horizon entre les BTC tout propres sous l’angle du KYC (coinbase, ETFs, etc) et les vilains,
  • la rĂ©gulation, la conformitĂ© et MICA avec l’idĂ©e exprimĂ©e par un professionnel que ça verrouille le marchĂ© et que cela forcera les petits Ă  plier boutique,
  • les coĂ»ts consĂ©quents de tels obligations et la situation au niveau europĂ©en, amenant ces fameux petits Ă  se vendre Ă  des gros venu d’ailleurs,
  • la DeFi et  les NFT (discussion autour d’un projet pour rendre persistant un NFT sur le long terme avec les ordinals),
  • Phoenix, et la sĂ©curitĂ© de son nƓud, sa disparition des app Store US qui a fait beaucoup rĂ©agir et attend un Ă©claircissement pour revenir,
  • le Salvador, sa politique et l’usage de Lightning avec Blink, ou les ATM Chivo avec 0% de change,
  • les affaires Roman Sterlingov (bitcoin fog) et Keonne Rodriguez,
  • le made in France et le repositionnement de Paymium sur le B2B,
  • la place des femmes dans la Crypto (la prĂ©sence fĂ©minine se renforçant sensiblement au fil des repas),
  • les tiers-lieux et le financement de projets alternatifs,
  • la passion crypto qui permet d’ĂȘtre libre et, pour certain, de vivre sa vanlife !

Les sujets politiques ont bien Ă©tĂ© abordĂ©s, mais sans provoquer d’animositĂ© : les bitcoineurs français qui connaissent eux-mĂȘmes  des saisons assez mouvementĂ©es dans l’écosystĂšme ne peuvent s’empĂȘcher de chercher Ă  savoir s’ils n’ont pas pas glissĂ© dans une faille spatio-temporelle tellement la spectacle politique actuel est affligeant. L’ironie des amis belges prĂ©sents Ă©tait prise avec le sourire !

PassĂ© minuit, nombre de convives ont Ă©tĂ© happĂ©s par la nuit du quartier, et les Pisco Sours du Sof’s Bar, toujours QG du Cercle !

Cet article Le 85 Ăšme Repas du Coin , Ă  Paris le 12 juin 2024 est issue du site Le Coin Coin.

Le 84Ăšme Repas du Coin, Ă  Luxembourg le 15 mai 2024

May 17th 2024 at 19:01

Retour Ă  Luxembourg longtemps diffĂ©rĂ©, souvent rĂ©clamĂ© par les amis bitcoineurs (nombreux) du Grand-DuchĂ©. Craignant soudain de n’offrir Ă  cette belle journĂ©e qu’une piĂštre mĂ©tĂ©o, l’une de celle-ci nous avait envoyĂ© la vue ensoleillĂ©e qui sert de bandeau Ă  ce compte-rendu. Mais il n’était pas  assurĂ©, s’excusait-elle par avance, que la terrasse puisse servir


Certes nul n’a pu bronzer, mais les cryptos en ont vu d’autres et tout s’est fort bien passĂ©, le soleil rĂ©gnant dans les assiettes du restaurant italien (de quoi ajouter une touche de cosmopolitisme typique du pays) au nom et Ă  l’adresse prĂ©destinĂ©s (21 avenue de la LibertĂ©).

Une bonne vingtaine de locaux, pour 36 convives en tout rĂ©unissant comme cela n’était pas arrivĂ© depuis un certain temps Ă  la fois des Français (venus de Metz, Nancy, Paris et Bordeaux) mais aussi des Belges et un membre fondateur du Cercle, venu de NeuchĂątel.

Beau mĂ©lange aussi de bitcoineurs pour certains historiques, de vieux acteurs de l’écosystĂšme, de traders, de juristes et de nouveaux enthousiastes (avec toujours un peu de web3 comme des Ă©toiles dans les yeux)

AprĂšs le mot d’accueil par Adrian Sauzade, et de longs tours de table oĂč chacun se prĂ©sente, les conversations ont roulĂ© sur les sujets les plus divers, quelques uns conservant d’ailleurs un Ɠil sur le cours qui a saluĂ© l’évĂ©nement par une jolie reprise :

  • la traçabilitĂ©, le mixage et les enjeux juridiques actuels, y compris aux États-Unis ou aux Pays-Bas ;
  • les dĂ©rives de la lutte contre le blanchiment et boulimie rĂ©glementaire en matiĂšre de KYC à l’aune du grignotage des libertĂ©s fondamentales que ça reprĂ©sente (autour d’une initiative d’Alexandre Stachtchenko) et notamment le rĂŽle de l’État et le curseur de son intervention aux diffĂ©rents Ă©tages d’expression de la puissance publiquue
  • l’intĂ©rĂȘt pour la dĂ©centralisation monĂ©taire et financiĂšre en corollaire de la dĂ©centralisation politique, idĂ©alement garante d’une meilleure cohĂ©sion sociĂ©tale et d’une meilleure efficience du processus de dĂ©cision au plus prĂšs des populations
  • les opportunitĂ©s de l’IA dans les activitĂ©s cryptos ; et notamment celles qu’ouvrira la description automatisĂ©e d’objets les plus divers ;
  • les blocages divers auxquels rĂȘvent les autoritĂ©s (comme celui du Tik-Tok)
  • l’intĂ©gritĂ© numĂ©rique et sa rĂ©ception de plus en plus favorable par les opinions, notamment en Suisse, autour d’une initiative d’Alexis Roussel)
  • les intentions rĂ©vĂ©lĂ©es par quelques programmes politiques (notamment du cĂŽtĂ© du Parti socialiste ou « Defi » – ça ne s’invente pas – en Belgique) et l’intĂ©rĂȘt que suscite le Parti Pirate du fait de plusieurs prises de positions rĂ©centes.
  • les combats d’un cĂ©lĂšbre ange exterminateur contre les scammeurs


Le repas s’est achevĂ© par une placement de produit imprĂ©vu mais bien agrĂ©able par Philippe Martin et AnrĂ© Stilmant. BrassĂ©e avec soins dans la Silicon la ₿ouliche est une biĂšre blonde, lĂ©gĂšre et rafraĂźchissante, avec des notes subtiles de houblon et de malt qui vise Ă  incarner l’esprit du bitcoineur : audacieuse, innovante et Ă  la fois authentique !

Tous les convives se sont retrouvĂ©s le soir, avec plusieurs dizaines de Luxembourgeois (travailleurs remarquables donc trop occupĂ©s Ă  midi) lors du meet-up organisĂ© par Yves-Laurent Kayan (Asymkey) sur la Place d’Armes.

Un dernier mot : qui a dit que les cryptos étaient paranos ? 

 

Cet article Le 84Ăšme Repas du Coin, Ă  Luxembourg le 15 mai 2024 est issue du site Le Coin Coin.

Le 83Ăšme Repas du Coin, Ă  Caen le 10 avril 1924

April 14th 2024 at 16:08

Deux repas presque coup sur coup, pour répondre à la demande et non pour organiser un contre-événement à la PBW !

Dix neuf convives (une seule dĂ©fection) Ă  la Taverne, dĂ©jĂ  connue des services de police comme QG de la bitcoinie caennaise, mais avec un bon lot de gens venus de toute la Normandie (Saint-LĂŽ, Bayeux, Rouen et Paris) et mĂȘme de rennais ayant rĂ©ussi Ă  franchir la frontiĂšre.

Les conversations ont porté sur des sujets  de trois types :

  • bitcoin :  dĂ©couverte par chacun de Bitcoin (deux convives prĂ©sents dans l’embryon de communautĂ© en 2011, avec quelques dĂ©boires savoureux et non publiables), tentative de dĂ©finition du « maximalisme »,  opportunité offerte par le  LN pour les commerces de dĂ©tail, histoire des BIP, politique actuelle et Ă  venir du Cercle du Coin et importance d’y adhĂ©rer pour une dĂ©marche juridiquement ciblĂ©e en cours de dĂ©finition.
  • blockchains et technologies diverses : tentatives de minimisation des traces carbone, token de crĂ©dit carbone, histoire des forks, notamment « le » fork historique de ethereum.
  • science et politique : enjeux et risques autour de l’iris de l’Ɠil comme signature ou comme actif tokenisĂ©, utilisation de la puissance des moteurs de bateau pour le minage de bitcoin, lĂ©gislation, impact de Mica, nĂ©cessite pour l’IA de disposer de donnĂ©es (un sujet qui peut faire froncer les sourcils chez les bitcoineurs).

La salle offrait aussi une belle exposition sur le thÚme « Nos logos »,

 

SĂ©ance de signature avant de reprendre le train :

Cet article Le 83Ăšme Repas du Coin, Ă  Caen le 10 avril 1924 est issue du site Le Coin Coin.

146 - Cocagne : plus on y dort plus on y gagne

April 15th 2024 at 18:00

J'avais annoncĂ© ce billet en conclusion de celui qui traitait de la propriĂ©tĂ© et de la souverainetĂ©, de certaines illusions politiques nĂ©es d'une soudaine prospĂ©ritĂ©, de fantasmes oĂč la mĂ©moire fĂ©odale offre Ă  une classique revendication libertarienne le motif kitsch d'un fief ou d'un royaume .

Tout autre est le Pays de Cocagne, que nous croyons tous connaĂźtre et dans lequel s'emmĂȘlent, dans une innocence un peu enfantine, paresse et gourmandise rĂȘvĂ©es avec la semaine des quatre jeudis ou le Palais de Dame Tartine.

En nous penchant sur ce mythe d'abondance cher Ă  nos ancĂȘtres, je crois que nous pouvons apprendre Ă  mettre en questions notre propre activitĂ© pour donner forme mythologique Ă  nos formes modernes de prospĂ©ritĂ© ou d'abondance.

Il est vraiment amusant de remarquer que le Brueghel qui peignit en 1567 le pays de Cocagne qui sert d'illustration de couverture au livre dont je vais parler est le grand-pĂšre de celui qui illustra la tulipmania aprĂšs la crise de 1637.

Cocagne, histoire d'un pays imaginaire de HilĂĄrio Franco JĂșnior, n'est pas un livre particuliĂšrement rĂ©cent. PubliĂ© au BrĂ©sil dix ans avant le white paper de Satoshi, il a Ă©tĂ© traduit du portugais au moment oĂč je passais devant Bitcoin sans le voir. Pourquoi en traiter aujourd'hui ?

La préface du médiéviste Jacques Le Goff (1924-2014) donne quelques raisons :

  • « le thĂšme de la Cocagne (
) est nĂ© Ă  l’époque du grand dĂ©veloppement de la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale, du milieu du XIIe au milieu du XIIIe siĂšcle, au moment oĂč les rĂ©ussites matĂ©rielles, sociales, politiques et culturelles aiguisĂšrent les appĂ©tits ».
  • « Contrairement au mythe antique de l’ñge d’or, rĂ©apparu au XIIIe siĂšcle, la Cocagne n’est pas une utopie tournĂ©e vers le passĂ©, c’est une utopie qui se libĂšre de cette prison des sociĂ©tĂ©s et des individus qu’est le temps sous sa forme de calendrier ».
  • « En ce siĂšcle oĂč l’on met de plus en plus le droit par Ă©crit, lequel pĂšse toujours plus sur la sociĂ©tĂ© (droit romain renaissant, droit canonique en pleine expansion, droit coutumier mis par Ă©crit), la Cocagne (...) est trĂšs certainement une unomie, un pays sans loi, mais cette caractĂ©ristique est contenue dans la notion d’utopie, c’est-Ă -dire un pays non seulement sans code, sans rĂ©pression, mais aussi sans violence et sans dĂ©sordre. Ne faut-il pas voir dans cela la libre floraison de lois naturelles ? »

Partons donc explorer l'imaginaire d'ancĂȘtres si anciens, si peu boomers que nul ne leur imputera aucune de nos actuelles misĂšres.

Certes, ce n'est pas chose aisĂ©e du fait de l'ignorance oĂč nous nous trouvons (sauf quelques mĂ©diĂ©vistes) des rĂ©alitĂ©s de ce temps. « Du cĂŽtĂ© de la sociĂ©tĂ© imaginaire » rappelle HilĂĄrio Franco JĂșnior « se cache frĂ©quemment la forte prĂ©sence d’une sociĂ©tĂ© concrĂšte Ă  travers l’exagĂ©ration ou l’inversion de ses valeurs, la nĂ©gation de ses peurs ou encore la projection de ses dĂ©sirs ».

Cette mise en perspective de ce que l'on vit et de la façon dont on croit y Ă©chapper vaut aussi pour nous, si nous sommes capables d'un regard un tant soit peu rĂ©flexif : « L’imaginaire dĂ©passe les imaginations. On n’imagine pas ce que l’on veut, mais ce qu’il est possible d’imaginer (
) le Moyen Âge a frĂ©quemment imaginĂ© des anges, des fantĂŽmes et des dragons, non des martiens, des ĂȘtres mutants ou des monstres fabriquĂ©s par l’homme ».

La dĂ©finition mĂ©rite d'abord attention : « rĂ©sultat de l’entrecroisement du rythme trĂšs lent de la mentalitĂ© et de celui plus souple de la culture, l’imaginaire Ă©tablit des ponts entre les diffĂ©rentes temporalitĂ©s ».

La terminologie proposĂ©e est Ă©galement prĂ©cieuse : « La modalitĂ© d’imaginaire qui cible son attention sur un passĂ© indĂ©fini pour expliquer le prĂ©sent est un mythe. Celle qui projette sur l’avenir les expĂ©riences historiques – concrĂštes et idĂ©alisĂ©es, passĂ©es et prĂ©sentes – d’un groupe est l’idĂ©ologie. Celle qui part du prĂ©sent pour tenter d’anticiper ou de prĂ©parer un futur qui rĂ©cupĂšre un passĂ© idĂ©alisĂ© est l’utopie. Naturellement les frontiĂšres entre ces trois modalitĂ©s d’imaginaires sont mouvantes ».

D’aprĂšs Lewis Mumford (The story of utopias, 1922) la RĂ©publique de Platon serait ainsi une utopie de reconstruction, alors que Cocagne serait une utopie d’évasion.

Les premiĂšres se fondent sur le principe de rĂ©alitĂ© tel que dĂ©fini par Freud : on y valorise l’ordre et la rĂ©glementation nĂ©cessaires au maintien de la civilisation, l’homme prĂ©fĂ©rant la sĂ©curitĂ© au bonheur. Dans les secondes, au contraire, prĂ©vaut le principe de plaisir et la quĂȘte de satisfactions plus instinctives.

Le mythe comme l’utopie sont, selon HilĂĄrio Franco JĂșnior, des produits du prĂ©sent, lequel nĂ©cessite toujours de bĂątir des ponts entre le passĂ© et le futur, pour se penser et se projeter. En ce sens « l’utopie est un mythe projetĂ© dans le futur ». Si tout discours mythique n’est pas une utopie, tout discours utopique repose sur un fonds mythique, bien que, du point de vue de ses dĂ©fenseurs, il ait un potentiel de concrĂ©tisation qui le diffĂ©rencieraient du mythe.

L’important est dĂšs lors de mettre en avant l’idĂ©e de projet qui est Ă  l’Ɠuvre dans une utopie.

Selon Raymond Ruyer (l’Utopie et les utopies, 1950) la pensĂ©e mythique rĂ©alise, dans le champ imaginaire, une dissolution des structures sociales grĂące au trait ludique typique de toute utopie. C'est moi qui souligne ludique car j'y retrouve ma conviction que Bitcoin n'est pas une monnaie de casino mais qu'il intĂšgre (entre bien d'autres choses !) une irrĂ©ductible part de jeu, conviction maintes fois exprimĂ©es, dĂšs 2014 dans Monnaie pour rire, pour jouer ou pour changer ? ou en 2020, quand j'Ă©crivais que Bitcoin est Ă  la fois argent du jeu et jeu de l'argent.

Venons-en au texte spécifiquement étudié par l'universitaire brésilien. Il en existe peu de manuscrits : trois en tout, dont le plus complet, en français et datant du dernier tiers du 13Úme siÚcle, est conservé à la BnF :

Ce texte de 188 vers est tellement foisonnant, et le temps de mes lecteurs si chichement comptĂ©, que je vais ici me concentrer sur ce qui est proprement monĂ©taire. Ainsi, au vers 108 : lĂ  personne n’achĂšte ni ne vend (Nus n’i achate ne ne vent). En fait, lĂ  oĂč un idĂ©al de vie comme celui de l’auteur des Proverbes bibliques Ă©tait de vieillir en travaillant, celui du poĂšte mĂ©diĂ©val de se maintenir jeune dans l’oisivetĂ©.

Selon HilĂĄrio Franco JĂșnior, une double abondance, alimentaire et vestimentaire, rend complĂštement caduque la profusion de monnaie. Le Fabliau de Cocagne imagine une terre oĂč l’offre serait bien supĂ©rieure Ă  la demande, et cela malgrĂ© la consommation effrĂ©nĂ©e de ses habitants. Scenario peu crĂ©dible sauf sur quelque Ăźle paradisiaque, mais qui exprime les critiques de certaines couches sociales du temps Ă  l’égard du productivisme corporatif et de la croissante monĂ©tarisation de l’économie occidentale.

Ce qui relĂšve l’abondance de la Cocagne, c’est le fait qu’elle ne dĂ©pende pas du travail humain : l’oisivetĂ© y est mĂȘme la seule activitĂ© rĂ©munĂ©rĂ©e :  plus on y dort, plus on y gagne  dit crĂąnement le vers 28 (qui plus i dort, plus i gaaigne). Leur refus du travail transparaĂźt clairement dans la relation que les habitants du pays bĂ©ni entretiennent avec l’argent.

Au pays de Cocagne, les monnaies ne sont pas qu’abandonnĂ©es, elles sont mortes, dĂ©finitivement superflues, nettement futiles.  Des bourses pleines de deniers gisent le long des champs . Au contraire de ce que dĂ©fendait l’économie monĂ©taire revigorĂ©e de l’époque, elles ne se reproduisent pas, elles ne sont pas des semences. Elles restent Ă©parpillĂ©es, complĂštement stĂ©riles, sur les champs trop fĂ©conds. Tandis que l’économie occidentale au Moyen-Âge avait de plus en plus recours Ă  la monnaie, celle de la Cocagne demeure naturelle et autosuffisante. La Cocagne est ce que les anthropologies dĂ©finissent comme une culture de l’excĂšs.

Et les précieux gneu gneus aristotéliques dans tout cela ?

Des trois fonctions classiquement attribuĂ©es Ă  l’argent, aucune n’est valable en Cocagne. Ce qui prĂȘte Ă  rĂ©flĂ©chir.

  • La premiĂšre (d'ĂȘtre un instrument de mesure de la valeur des biens et services proposĂ©s) n’y est pas applicable parce que les biens et services sont si nombreux qu’ils n’ont aucune valeur marchande, n’importe qui pouvant en jouir Ă  n’importe quel moment. Question : n'est-ce pas ce que l'on a si longtemps et jusqu'ici en vain attendu du progrĂšs ?
  • La deuxiĂšme fonction (d'ĂȘtre un instrument d’échange qui bĂ©nĂ©ficie du consentement gĂ©nĂ©ral) n’a pas davantage de sens Ă  Cocagne oĂč tous les habitants sont propriĂ©taires des richesses locales et oĂč  chacun prend tout ce que son cƓur souhaite , sorte de rĂȘve Ă  la fois collectiviste et consumĂ©riste bien Ă©loignĂ© de la sobriĂ©tĂ© heureuse aujourd'hui tant vantĂ©e (gĂ©nĂ©ralement pour les autres).
  • La troisiĂšme enfin (d'ĂȘtre une rĂ©serve de valeur) n’a pas d’utilitĂ© : comme les habitants savent que leurs pays sera toujours riche, ils ne se sentent pas encouragĂ©s Ă  accumuler ou Ă  Ă©pargner. Si l’argent reste par terre, si personne n’en veut, c'est que le futur n'effraye pas. On n'y est pas., ou tout du moins cette frousse du futur est un Ă©lĂ©ment marquant (ou clivant) de notre temps.

La trilogie labor-dolor-sudor, propre Ă  l’idĂ©ologie fĂ©odale, est remplacĂ©e dans le fabliau par abondance-jeunesse-oisivetĂ©.

Parce que le travail implique une hiĂ©rarchie sociale, la soumission Ă  des personnes et Ă  des rĂšgles, l’inexistence du travail signifie libertĂ©. Par consĂ©quent le non-travail explique et articule d’une certaine maniĂšre la plupart des caractĂ©ristiques de cette terre, bĂ©nie par Dieu et tous ses saints plus que n’importe quelle autre, mĂȘme si clairement, tout obtenir sans travail est le trait le plus antichrĂ©tien de la Cocagne pour un homme de jadis, comme il serait aussi le plus choquant pour les dirigeants de notre pays, avec leurs obsessions comptables et leurs hymnes abrutissants Ă  la valeur travail.

Je ne dis pas que Cocagne soit forcément un exemple à proposer au bitcoineur. Mais, modÚle médiéval pour modÚle médiéval, utopie anachronique pour utopie irréaliste, il vaut bien le fantasme féodal.

Reste un point troublant dans ce beau livre : on n'y parle fort peu de politique, ni dans les termes du passé, ni dans les nÎtres. Tout au plus certaines gloutonneries y paraissent-elles parodier la curie papale. Plus que des révolutionnaires, les habitants de Cocagne sont en réalité des anarchistes radicaux. Ils ne sont pas sujets, fût-ce d'une principauté privée établie par quelque baleine crypto ; ils ne sont pas concitoyens et le mince succÚs des votes sur la blockchain me semblent à cet égard significatifs.

Les bitcoineurs sont convives (avec un goĂ»t prononcĂ© pour la viande!) et amis. Aristote (toujours lui!) le disait bien avant l'auteur anonyme et sans doute picard : si les hommes avaient les uns pour les autres de l'amitiĂ© (φÎčλία / philĂ­a) il n'y aurait nul besoin de politique. C'est dĂ©cidĂ©ment, pour moi, Bruegel l'Ancien qui les peint le mieux.

Pour aller plus loin, on pourra relire :

145 - Influenceurs

April 8th 2024 at 11:00

J'ai suivi avec intĂ©rĂȘt l'Ă©mission d'Élise Lucet consacrĂ©e aux influenceurs.

Disons tout de suite deux choses :

  1. qu'elle mĂ©rite d'ĂȘtre regardĂ©e jusqu'Ă  son terme (peut-ĂȘtre moins clinquant et moins people que les accroches initiales mais plus intĂ©ressant et plus nuancĂ©) ne serait-ce que pour Ă©viter de juger abruptement un travail de deux heures et 45 minutes en butant sur tel ou tel dĂ©tail dans les 5 premiĂšres minutes ou sur le logo Bitcoin
  2. que Bitcoin, justement, n'est cité ici que de maniÚre anecdotique : un logo qui apparait subrepticement à 16:54, le mot crypto-monnaie à 18 :55 et à 43:25, le trader Laurent Billionnaire qui à 25 ans à peine investit sur le marché de la cryptomonnaie « de trÚs grosses sommes ce qui lui permet de trÚs gros gains »...

Autant donc avouer tout de suite que l'Ă©mission ne se focalise pas sur Bitcoin. En un sens, c'est fort bien : cela devrait permettre Ă  tous de rĂ©flĂ©chir sereinement, car chacun de mes lecteurs serait trĂšs Ă  mĂȘme d'appliquer Ă  notre monde crypto, avec ses spĂ©cificitĂ©s rĂ©elles, espĂ©rĂ©es ou fantasmĂ©es, ce qui est dit ici du monde qui se prĂ©tend sĂ©rieux, rĂ©gulĂ©, lĂ©gitime.

La version intégrale est ici

La premiĂšre chose qui parait Ă©vidente, c'est un problĂšme de langage. Certains intervenants en viennent (non sans se tortiller sur leurs chaises) Ă  cette conclusion. Ils constatent qu'ils sont inaudibles. Ils n'iront pas plus loin, de peur (je tremble moi-mĂȘme) d'ĂȘtre accusĂ©s de mĂ©pris de classe : mais les jeunes gens montrĂ©s dans l'Ă©mission, les voleurs comme les volĂ©s, parlent une autre langue que les politiques, les rĂ©gulateurs, les journalistes, les sociologues et les banquiers.

Une autre langue non seulement dans ses codes (« on est clairement dans une relation de confiance, elle nous tutoie c’est ma chĂ©rie c’est des surnoms, elle te conseille
 ») ses mĂ©taphores ou ses trouvailles argotiques. J'avais dĂ©jĂ  abordĂ© cela lors d'un prĂ©cĂ©dent billet consĂ©cutif Ă  l'affaire Nabila, reprenant dans un film admirable le clivage entre ceux qui disent  pour ainsi dire  et ceux qui disent  genre .

C'est une autre langue parce qu'elle est mise en Ɠuvre pour tenir un autre discours :  Aller travailler, c’est une douille  disent ces jeunes gens, lĂ  oĂč toute la classe politique – ceux qui dĂ©noncent au passage la pĂ©nibilitĂ© du travail comme ceux qui font mine de l'ignorer ou pire encore qui l'ignorent vraiment – se croit obligĂ©e d'insĂ©rer le petit couplet sur la  valeur travail dans leur chanson.

Il serait facile de moquer les tentations brandies par les influenceurs, si elles n'Ă©taient pas rigoureusement les mĂȘmes que celles des Lotos dans tous les pays du monde, avec la mĂȘme Ă©quivoque, une disharmonie entre ce que l'on montre (les liasses jetĂ©es en l'air, purple money, jets, lambos) et les plaisirs finalement raisonnables que l'on Ă©nonce :  tout ce que vous allez maintenant pouvoir faire : nouvelle voiture, un voyage pour vos parents... . Un tradeur avoue que l'influenceur Tom se montre lui-mĂȘme en vidĂ©o plus riche qu’il n’est rĂ©ellement. En rĂ©alitĂ©, pas un joueur sur 10.000 (au Forex comme au Loto) n'a une idĂ©e prĂ©cise de ce qu'il ferait de 100 millions, mĂȘme si tous le croient. Cet Ă©cart, entre la reprĂ©sentation du plaisir et ce qui peut humainement ĂȘtre assumĂ© n'est pas sans rapport avec la pornographie.

Car quand on enlĂšve les paillettes et les jingles, les promesses se rĂ©sument concrĂštement Ă  des choses assez modestes : souvent des 1500 Ă  3000 euros par mois. Une somme de cet ordre, cela s’appelait un salaire, il y a peu de temps encore et avec cela nul ne demandait de magie en prime.

Il y a un Ă©change fort amusant :

  • Élise Lucet « J’essaie de comprendre ce que vous voulez dire »
  • « Je m’adresse Ă  des gens qui cherchent l’indĂ©pendance financiĂšre et l’indĂ©pendance financiĂšre ils l’obtiendront pas en travaillant » .

En grattant à peine, on découvre partout un syndrome évident, palpable : l'insatisfaction voire la frustration (titre d'une revue qui s'attache à déconstruire le discours politico-médiatique de la bourgeoisie néo-libérale) devant ce qui est réellement offert à nos contemporains : travailler plus pour gagner des douilles. Oui c'est aussi, dans un argot vieilli, un mot désignant la monnaie.

 Avouez, vous y avez dĂ©jĂ  pensĂ©, l’inflation, cela fait presque deux ans qu’elle ne s’arrĂȘte plus : tout plaquer, fuir la banalitĂ© du quotidien, derriĂšre vous les soucis, tout lĂącher pour une autre vie, putain cette vie elle mĂ©rite d’ĂȘtre vĂ©cue pleinement . Il n'est pas risquĂ©, puisqu'on parle de paris, de parier que 99 Français sur 100 se reconnaĂźtront plus aisĂ©ment dans ces propos que dans les niaises romances du gouvernement qui nous dit (voir ici cet incroyable discours) que  quand tu vas sur une ligne de production, c'est pour ton pays, c'est pour la magie . Les victimes des influenceurs ne veulent pas vraiment vivre comme des Tuche toujours gauches quoique enrichis ; mais elles ne veulent vraiment plus retourner le lundi Ă  leur ligne de production ou Ă  leur banc de galĂ©rien.

L'influenceur sait tout cela. Il est plus malin que ses victimes mais n'en est pas gĂ©nĂ©tiquement diffĂ©rent. Ce qu'il y a en lui de diabolique c'est qu'au milieu des mensonges classiques depuis ceux du Jardin d'Eden ( Vous serez comme des dieux ) il dit aussi la vĂ©ritĂ© : « perdre 30.000 euros dans du copitrading, oui c’est un idiot » et on pourra sourire de voir Élise Lucet s'en offusquer, puisqu'elle pense forcĂ©ment de mĂȘme. M. Blatat livre mĂȘme exactement le fond de ma pensĂ©e « pourquoi il les a pas mis en apport dans un appartement ? ».

Les influenceurs sont peut-ĂȘtre Ă  DubaĂŻ, mais, malgrĂ© les nombreuses images de voyages mises en scĂšne dans le reportage, ils ne sont pas sur une autre planĂšte.

Je n'ai jamais posĂ© ma semelle Ă  DubaĂŻ pour la crypto, mais j'ai visitĂ© KuwaĂŻt avec l'Ă©tat-major de Paribas aprĂšs la privatisation de 1987, donc aprĂšs le krach de la mĂȘme annĂ©e et les bons services rendus par cette poche profonde pour soutenir le cours autant que faire se pouvait et Ă©viter le dĂ©sastre de l'actionnariat populaire voulu par M. Balladur et vantĂ© par des influenceuses socialement plus acceptables que Nabila, comme Catherine Deneuve au profit de Suez.

L'ombre protectrice des derricks (et des mosquées) sur les banques ne date pas d'hier (lisez cet intéressant historique de mon ancienne maison) et n'a fait que s'étendre. Dubaï et les autres citadelles du désert ne sont pas sorties du sable en se dressant contre notre monde bien régulé ; elles ont été édifiées pour lui.

Alors, on nous expliquera sans doute que Dubaï n'est pas Abou Dhabi, ni Doha, ni Riyad, ni Malte. Chacun choisit son émirat ou son ßle en fonction de son business. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de faire du relativisme moral ou de renvoyer dos-à-dos les deux mondes. Il s'agit plutÎt de les montrer sinon comme en tous points similaires du moins comme largement complémentaires et parfois quelque peu siamois.

La plupart des victimes que montre l'Ă©mission d'Élise Lucet sont françaises. Je lui aurais bien suggĂ©rĂ© de demander (Ă  l'AMF, par exemple) ce que font les banques qui brident les virements vers des plateformes crypto mĂȘme rĂ©gulĂ©es mais laissent de pauvres gens envoyer vers des brokers market-makers de l'argent qui transite via les Ăźles CaĂŻman, les Seychelles ou les Bermudes. Apparemment : rien. « Ce type de business model est lĂ©gal ». Alors pourquoi pleurnicher ?

Je ne remets pas en cause l'utilitĂ© de l'action lĂ©gale, mĂȘme s'il m'arrive de taquiner le dĂ©putĂ© StĂ©phane Vojetta, prĂ©sent dans l'Ă©mission. Mais une action ciblĂ©e sur les  influvoleurs  risque d'ĂȘtre comme cette grande lutte contre la drogue dont on nous rebat les oreilles et qui se fait dans les caves ou sur les trottoirs, au mieux dans les ports, mais jamais plus loin, plus haut, plus gros. Or la vĂ©ritĂ© on la connaĂźt : « les influenceurs sont des instruments utilisĂ©s par les courtiers Ă  leur profit » comme le dit l’avocat interrogĂ©.

On prĂ©fĂšre hĂ©las, ici comme ailleurs et comme toujours, faire la morale aux petites gens et aux simples ouailles. Passage sidĂ©rant — on dirait que l'on Ă©voque une Ă©pidĂ©mie : « l’influenceur, n’est pas toujours celui qu’on croit; dans ce nouveau monde il est partout il est tout le monde, il peut prendre le visage de votre tante bien aimĂ©, de votre collĂšgue de bureau, de votre voisine de palier, un proche auquel vous faites confiance ». Finalement, mĂȘme si ce n'est pas dit : ne faites confiance qu'Ă  votre banquier. Le banquier de quartier est le cousin propre de la famille financiĂšre, l'ami au Livret A entre les dents. Comment lui reprocher le reste de sa tribu ?

Le passage sur les paris en ligne m'a semblé un peu long mais il est aussi instructif.

Vincent dit qu’il a Ă©tĂ© ruinĂ© par les opĂ©rateurs. Avant, il jouait dans les bars tabac, depuis ses 18 ans. Ces pratiques Ă  la papa n'Ă©taient pas assez rentables aux yeux de ceux qui veulent que la poule ponde ses Ɠufs d'or en continu pour pouvoir la privatiser. Avec des petits bras comme Vincent, la FdJ et les vieux monopoles de jeux trouvaient le temps long ; on a changĂ© de modĂšle avec des sociĂ©tĂ©s comme Winamax et Betclic.

« Les joueurs comme Vincent sont trĂšs rentables pour les opĂ©rateurs ». Le reportage chez Betclic montre bien Ă  quel point le business model repose (mĂȘme si cela gĂȘne les salariĂ©s eux-mĂȘmes) sur les addicted (cruellement titrĂ©s  VIP ). Mais la suite du reportage, avec le dĂ©tour par l'AutoritĂ© nationale des Jeux montre aussi que la rĂ©gulation (oripeau de puissance publique ne servant plus que de cache-sexe) n'a jamais gĂȘnĂ© le big business.

Là aussi, une question me taraude : le pauvre Vincent a fini par piquer dans la caisse de son entreprise pour jouer. C'est affreux, on en conviendra. Mais personne, à la banque, ne profilait donc ses revenus et ses dépenses ? Je ne peux pas envoyer 10.000 euros (que j'ai) vers une plateforme réglementée sans recevoir mises en garde, menaces ou sanctions ; mais si je joue 1000 euros par semaine pendant 5 ou 10 ans il ne se passe rien ?

Quelques voix s'Ă©taient Ă©levĂ©es lors de la privatisation de la FdJ. AurĂ©lie Filipetti mettait en garde Eric Woerth et dĂ©nonçait (voir Ă  1:34:35) la collusion de ce petit monde avec des proches du prĂ©sident de l’époque, lequel pourrait pratiquement ĂȘtre qualifiĂ© aujourd’hui d’influenceur, du moins auprĂšs des chefs d’état africains.

On ne sache pas que la collusion des mondes du sport, des médias, de l'argent et du pouvoir ait sensiblement régressé depuis lors.

Quatriùme et derniùre occurrence : les cryptomonnaies apparaissent à 2:22:13 au milieu d’une liste d’arnaques possibles.

Les arnaques, en gĂ©nĂ©ral, sont ici prĂ©sentĂ©es comme le signe d’une dĂ©fiance envers les institutions. C'est typiquement ce qui est reprochĂ© au bitcoineur et qu'il ne peut nier tout Ă  fait sauf, et c'est le piĂšge, Ă  avouer qu'il n'est lĂ  que pour la spec. Mieux vaut (Ă  mon avis) assumer sa dĂ©fiance envers les institutions.

Ce qui est reprochĂ© aux institutions (de nouveau : politique, media, argent, sport etc!) est tellement profond, leur collusion derriĂšre le rideau avec les intĂ©rĂȘts dont les  influvoleurs  ne sont Ă©videmment que le symptĂŽme est tellement Ă©vidente que les chances de voir la morale-tĂ©lĂ© l'emporter dans l'opinion sont fort minces. D'autant qu'Ă  l'occasion, les choses se ressemblent aussi devant le rideau.

Le scĂ©nariste de l'Ă©mission nous prĂ©sente le recrutement du Multi Level Marketing comme une sorte de club toxique, avec des sĂ©quences oniriques Ă  la Eyes wide shut. Mais ce que les sĂ©quences filmĂ©es dans le monde rĂ©el montrent, ce sont des grands-messes ambiancĂ©es et criardes comme les meetings de M. Macron en 2017. MĂȘmes discours (la mĂ©taphore de Kevin sur les rhinocĂ©ros et les vaches Ă  1:18:00 Ă©voquant furieusement le distingo subtil entre  les gens qui rĂ©ussissent et les gens qui ne sont rien ) et mĂȘmes exhortations finalement trĂšs bourgeoises (« motivation, persĂ©vĂ©rance, travail, y a que ça qui paye, levez votre cul »). En conclusion mĂȘmes cris, parce que c'est leurs projets.

Il faut fĂ©liciter Élise Lucet de pointer in fine le dĂ©terminisme social, le plafond de verre « double ou triple vitrage », et peut-ĂȘtre fatalitĂ© de l’exil pour ceux qui veulent s’enrichir et un possible aveuglement des pouvoirs publics.

JĂ©rĂŽme Fourquet note le mĂ©pris culturel et le fossĂ© gĂ©nĂ©rationnel qui protĂšge et isole nos Ă©lites de l’infra-monde. Ce sont deux choses que (indĂ©pendamment de leurs Ăąges et de leurs positionnements sociaux qui peuvent par ailleurs ĂȘtre fort divers) les bitcoineurs ressentent parfois vivement.

La fin de l’émission pointe la fin du rĂȘve français, et ce qu'il faudrait peut-ĂȘtre dĂ©signer un jour comme un dĂ©sastre moral : les gosses de pauvres regardant vers DubaĂŻ les gosses de riches vers la City. Les bitcoineurs, avec leurs problĂšmes spĂ©cifiques, ne sont pas moins partagĂ©s.

Le 82Ăšme Repas du Coin, diner parisien du 2 avril 2024

April 4th 2024 at 14:37

Un diner trĂšs parisien avec une fiĂšvre s’abattant sur un enseignant, une foulure clouant au sol une journaliste, un impondĂ©rable Ă©cartant de l’évĂ©nement deux entrepreneurs et un autre empĂȘchement frappant un banquier plus une panne de baby-sitter chez un avocat, privant l’assistance d’assistance juridique
 il y avait quand mĂȘme 35 convives au Greffulhe, Ă©tablissement parisien situĂ© face au ThĂ©Ăątre des Mathurins et dĂ©jĂ  connu de la communautĂ© puisqu’il permet des paiements LN.

Public largement parisien, mais aussi venu des lointaines Yvelines ou de la proche Bruxelles, de GenĂšve, de Lille,  Bordeaux et Toulouse ; des entrepreneurs, un mathĂ©maticien, une haut-fonctionnaire, trois notaires, un avocat, divers consultants, deux spĂ©cialistes de compliance, un candidat aux Ă©lections europĂ©ennes et desgeeks passionnĂ©s ou curieux. À la diffĂ©rence du prĂ©cedent diner parisien (qu’un youtuber anonyme avait plaisamment qualifiĂ© de « couscous d’initiĂ©s ») ce repas reprenait la tradition d’une large ouverture Ă  des amis non-membres du Cercle qui reprĂ©sentaient les deux tiers des convives.

Avec un tel public, les conversations, avant comme aprĂšs le petit mot de bienvenue prononcĂ© par Adrian Sauzade, prĂ©sident du Cercle, partent forcĂ©ment dans tous les sens : on a Ă©voquĂ© l’avenir de Bitcoin  face Ă  la rĂ©glementation et au contrĂŽle croissant des États, mais aussi celui des stablecoins dans le cadre Mica. Il a Ă©tĂ© beaucoup question de ce que le notariat permet d’envisager comme solutions pour lĂ©guer ses cryptos et pour les inĂ©vitables successions. Il y a eu un dĂ©bat sur ce qui doit sĂ©parer le journalisme de l’action des influenceurs. 

L’une des tables, assez politique, a vu de longues discussions autour du Parti Pirate, dont le candidat, bien entourĂ© par deux pointures techniques a Ă©tĂ© un peu mal Ă  l’aise pour faire la promotion des chaines en PoS : on a re-prĂ©cisĂ© la diffĂ©rence entre les Utxo et les systĂšmes account based. Parmi les autres sujets il faut encore noter la difficultĂ© de lecture des contraintes fiscales pour les bitcoiners, mais aussi l’utile enquĂȘte de KPMG qui ouvre des perspectives, peut-ĂȘtre, pour poursuivre la pĂ©dagogie vis Ă  vis des banques, mais aussi pour rĂ©flĂ©chir Ă  la pluralitĂ© politique des utilisateurs de crypto que ladite Ă©tude souligne en contrepoint d’un vacarme parfois peu engageant sur les rĂ©seaux sociaux.

Comme le fit remarquer sur X en sortant de là l’un des convives « Je sors d’un repas du Cercle du Coin. Au delĂ  du fait que c’était trĂšs sympa de rencontrer des bitcoiners (ou autres), je tiens Ă  souligner que la question du prix n’a Ă©tĂ© abordĂ©e qu’une seule fois, et qu’il s’agissait de discuter de l’existence ou non d’un premium non-KYC. »

C’est d’autant plus remarquable que le prix, pour en dire un mot, ne se portait pas fort. Pour faire mentir le convive en question, on a vu deux ou trois amis sortir leur smartphone pour tenter des petits trades.

Il y eut un moment burlesque en fin de soirĂ©e, quand un couple d’honnĂȘtes gens infiltrĂ©s au milieu de nos tables prit le QR code invitant les convives Ă  adhĂ©rer au Cercle pour une invitation Ă  consulter le menu sur son smart-phone. Et un moment Ă©lĂ©gant quand l’ami qui a lancĂ© Crypto Stories fit de gĂ©nĂ©reuses distributions de chaussettes qui feront sensation cet Ă©tĂ© !  Le rapprochement des deux photos est peut-ĂȘtre prophĂ©tique ?

Cet article Le 82Ăšme Repas du Coin, diner parisien du 2 avril 2024 est issue du site Le Coin Coin.

Le 81Ăšme Repas du Coin, Ă  Bordeaux le 15 mars 2024

March 17th 2024 at 21:30

Retour en Gironde, au chaleureux Ă©tablissement La CĂŽte de boeuf du Vieux Bordeaux, prĂšs de la place du Parlement, aprĂšs presque deux annĂ©es, puisque le repas prĂ©vu en mars prĂ©cĂ©dent Ă  Saint-Émilion avait dĂ» ĂȘtre annulé pour fait de grĂšve.

On y est toujours accueilli par une reprĂ©sentation de la Table Ronde dont nul ne pourrait dire si elle est appropriĂ© Ă  un repas dĂ©centralisĂ© et par un personnel d’une grande amabilitĂ© !

L’apĂ©ritif, servi au Monbazillac (ce qui semblĂ© plaire!) a Ă©tĂ© librement consommĂ© dans la rue, le climat, fort morose depuis des semaines ayant (contrairement au prix du bitcoin) choisi de favoriser l’évĂ©nement.

Le Repas a rĂ©uni 28 convives, des bordelaises et des bordelais mais aussi des toulousaines et toulousains, un montalbanais et de rares mais valeureux parisiens. Une grande variĂ©tĂ© de profils et d’expĂ©rience, surtout.

Les conversations, aux 4 tables, ont donc roulĂ© sur les sujets les plus variĂ©s : le prix (mais pas tant que cela) notamment face aux tensions gĂ©opolitiques et les modifications de discours ou d’attitudes que l’on perçoit alors chez certains, les relations avec les banques (vifs Ă©changes entre en entrepreneur et un banquier repenti) l’intĂ©rĂȘt manifeste du monde du vin (reprĂ©sentĂ© en force) pour nos sujets (tokenisation et commerce en crypto), l’effort de vulgarisation qui reste un chantier pour des annĂ©es encore.

Des sujets un peu douloureux: la difficultĂ© des petites structures proches des nouveaux entrants qui n’ont pas envie de devenir des multinationales Ă  se conformer aux prochaines rĂ©glementations MICA et qui dĂ©cident de fermer prochainement. Et encore le mal qu’a fait Craig Wright  dans le dĂ©veloppement de Bitcoin en attaquant personnellement les dĂ©veloppeurs.

Des sujets plus techniques : on a Ă©voquĂ© les Ă©volutions des tokens sur Bitcoin, depuis les Colored Coins de l’époque hĂ©roĂŻque jusqu’aux Ordinals, ou Liana et son intĂ©gration de Taproot annoncĂ©e la semaine prĂ©cĂ©dente.

Prochaines agapes : Paris, Caen, Luxembourg !

Cet article Le 81Ăšme Repas du Coin, Ă  Bordeaux le 15 mars 2024 est issue du site Le Coin Coin.

Le 80Úme Repas , à Hoenheim le 28 février 2024

March 4th 2024 at 09:39

Retour aprĂšs deux ans au Cheval Noir, le magnifique Ă©tablissement que tient, dans un relais de poste de plus de 200 ans, notre ami bitcoineur Mathieu.

L’établissement, qui a dĂ©jĂ  bien du charme, offre la possibilitĂ© de payer en bitcoin, et en utilisant Ă©ventuellement le lightning network ce qu’ont fait plusieurs convives.

Avec une belle délégation « parisienne » du Cercle (en y comptant Adli pour faire masse) et une membre belge venue de Luxembourg, les convives étaient essentiellement de Strasbourg et alentours.

C’est Adrian Sauzade, nouveau prĂ©sident du Cercle du Coin  succĂ©dant Ă  Adli Takkal Bataille qui a prononcĂ© les mots de bienvenue et rappelĂ© les rĂšgles du Repas, prĂ©cisant, quant Ă  la 3Ăšme, qu’on ne se dispute pas non plus au sujet des Ordinals.

Tous ont apprécié le crémant, le Baeckeoffe ou la choucroute aux 3 poissons, le Munster Marikel, le vacherin glacé, le tout arrosé de vins du cru.

Les regards allaient toutefois souvent vers les tĂ©lĂ©phones (ou les montres connectĂ©es) pour surveiller le rallye du cours de Bitcoin, qui atteignait son ATH dans plusieurs devises. Le fait que cela intervienne avant le halving a donnĂ© lieu Ă  d’intĂ©ressantes comparaisons avec les bourgeons qui se dĂ©veloppent avant le printemps. Selon l’ami Jean-Luc de Bitcoin.fr « on n’est pas Ă  l’abri d’un coup de gel » !

Si donc, fort normalement, le cours de Bitcoin occupait pour une fois une part sensible des conversations (encore que tout le monde soit encore « là pour la tech ») on a aussi abordé de nombreux sujets tant cryptos que politiques. Ainsi les discussions ont abordé les protocoles de communication de maniÚre plus large et comment Bitcoin a boulversé la logique des protocoles informatiques.

L’évĂ©nement CryptoXR  d’Auxerre, le mois prĂ©cĂ©dent, a fait l’unanimité quant à  la qualité des confĂ©rences et au fait qu’elle soit accessible. On a abordĂ© le nouveau courant maximaliste (les anciens Ă©tant jugĂ©s plus modĂ©rĂ©s) ou les prochains objectifs du Cercle, notamment en ce qui viserait Ă  des propositions politiques acceptables.
Les anciens ont a aussi plongé le regard sur toutes les années passées :
Jean-Luc a fait l’historique de la crĂ©ation de Bitcoin.fr et Jacques celui de sa Voie du Bitcoin (bientĂŽt dix ans).
Les bruits de bottes ne rencontrent vraiment pas, chez les bitcoineurs, un trĂšs grand enthousiasme, mais l’on a parlĂ© guerre et politique, Russie et Tolstoi, vins d’Alsace et de Moldavie. Le vol des clĂ©s USB contenant les donnĂ©es de sĂ©curisation des Jeux Olympiques laissait gĂ©nĂ©ralement pantois.
Nombreux ont Ă©tĂ© ceux qui n’ont pu rĂ©sister Ă  la tentation des rhums arrangĂ©s par Mathieu, Ă  la mirabelle ou aux griottes et Ă  la cannelle.

Cet article Le 80Úme Repas , à Hoenheim le 28 février 2024 est issue du site Le Coin Coin.

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