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Before yesterdayComprendre la cryptomonnaie

Le culte de Bitcoin racontĂ© dans une nouvelle d’anticipation

March 14th 2026 at 09:00

Bitcoin possĂšde une dimension religieuse indubitable. Cette derniĂšre peut avoir ses bons cĂŽtĂ©s : un systĂšme monĂ©taire naissant repose sur ses utilisateurs de dernier recours pour se maintenir ; si personne ne l'accepte plus dans l'Ă©change, son pouvoir d'achat tombe Ă  zĂ©ro et il disparait. C'est la conviction forte de ses premiers partisans qui a ainsi permis Ă  Bitcoin d'Ă©merger Ă©conomiquement en 2009–2010. Cependant, cette dimension religieuse peut aussi devenir gĂȘnante, car elle dĂ©forme la rĂ©alitĂ© en donnant Ă  Bitcoin une place trop grande, ou en focalisant exagĂ©rĂ©ment l'attention sur le caractĂšre fini des unitĂ©s Ă©mises. Les vendeurs de rĂȘve tirent rĂ©guliĂšrement sur cette corde pour pousser les gens du commun Ă  acheter du bitcoin ou pour convaincre les institutions financiĂšres de le faire, de façon Ă  augmenter la valeur de leurs propres avoirs. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le rĂ©alisme a mauvaise presse.

C'est pour exprimer cette gĂȘne que j'ai rĂ©digĂ© un texte d'une quarantaine de pages intitulĂ© Le Culte de Bitcoin. Il s'agit d'une nouvelle d'anticipation (ou de « fiction spĂ©culative » pour reprendre un terme de Robert Heinlein), dont l'action se dĂ©roule en 2140, l'annĂ©e durant laquelle est censĂ© se produire le dernier halving, c'est-Ă -dire la derniĂšre rĂ©duction de moitiĂ© de l'Ă©mission monĂ©taire de bitcoins. Le monde est alors plus ou moins unifié : l'Europe a Ă©tĂ© absorbĂ©e par l'État fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain, qui est gouvernĂ© par un autocrate se faisant appeler le Commodore. Une secte nommĂ©e l'Ordre de Satoshi continue de rendre un culte Ă  Bitcoin et de professer sa future adoption, mĂȘme si le dollar reste toujours la monnaie de rĂ©fĂ©rence


Ce texte est particulier, puisque c'est la premiĂšre fois que je me livre Ă  ce type d'exercice, mais j'espĂšre qu'il plaira. Je souhaite aussi qu'il ouvre des horizons quant Ă  la maniĂšre d'apprĂ©hender la cryptomonnaie. Bitcoin ne devrait pas ĂȘtre traitĂ© comme une idole, mais comme une icĂŽne.

Vous pouvez télécharger gratuitement Le Culte de Bitcoin en ebook, au format EPUB :

Le texte est également disponible au format PDF :


Illustration : « Infinite Bull Run », Beeple, 2025 (Twitter)

L’avarice et Bitcoin : une relation ambigĂŒe

February 9th 2025 at 10:00

Le 5 dĂ©cembre dernier, le cours boursier du bitcoin a dĂ©passĂ© le niveau emblĂ©matique des 100 000 dollars, un Ă©vĂšnement attendu de longue date par de nombreuses personnes. Cette hausse a Ă©tĂ© portĂ©e (entre autres) par l'arrivĂ©e des ETF au comptant aux États-Unis en janvier 2024, par le halving de l'Ă©mission des bitcoins en avril, et par l'Ă©lection de Donald Trump Ă  la prĂ©sidences des États-Unis en novembre, lui qui avait promis au prĂ©alable la mise en place d'une « rĂ©serve stratĂ©gique » en BTC. Les dĂ©tenteurs de bitcoins, devenus tout Ă  coup un peu plus riches, se sont particuliĂšrement rĂ©jouis de cette augmentation, allant jusqu'Ă  organiser des soirĂ©es spĂ©ciales pour l'occasion. Depuis, le cours oscille autour 100 000 $ sans parvenir s'Ă©lever beaucoup plus haut, mais les prĂ©visions pour 2025 n'en sont pas moins extrĂȘmement optimistes : certains s'attendent Ă  voir un prix de 250 000 $ d'ici la fin de l'annĂ©e, tandis que d'autres visent plutĂŽt les 700 000 $.

Ce nouvel engouement spĂ©culatif constitue une circonstance idĂ©ale pour Ă©voquer un phĂ©nomĂšne particuliĂšrement rĂ©pandu dans le secteur de la cryptomonnaie : celui de l'attachement excessif Ă  la richesse matĂ©rielle, communĂ©ment appelĂ© l'avarice. Dans un premier temps, nous reviendrons ainsi sur le rĂŽle qu'a jouĂ© la spĂ©culation dans l'amorçage de Bitcoin et sur la place de plus en plus grande que la thĂ©saurisation a pris dans le discours des bitcoineurs au cours du temps. Puis dans un second temps, nous parlerons des consĂ©quences de la prĂ©dominance de cette passion dans la communautĂ© de Bitcoin, en reprenant notamment la critique faite par la tradition chrĂ©tienne. PrĂ©cisons qu'il s'agit ici de parler d'un excĂšs, dont tout le monde peut faire preuve (moi-mĂȘme compris), et non de remettre en cause le bienfondĂ© de l'intĂ©rĂȘt financier, qui est Ă  la base du fonctionnement du systĂšme de Nakamoto.

La spéculation sur le bitcoin

Il existe trois raisons principales de s'intĂ©resser Ă  Bitcoin : la premiĂšre est la curiositĂ© technique ; la deuxiĂšme est la motivation idĂ©ologique ; la troisiĂšme est l'intĂ©rĂȘt spĂ©culatif. Ces trois aspects Ă©taient prĂ©sents dĂšs les dĂ©buts de la cryptomonnaie et existent toujours dans la communautĂ© sous des formes diverses. Toutefois, c'est le troisiĂšme qui est dĂ©sormais dominant, si bien que le prix de l'unitĂ© de compte est devenu un sujet immanquable dans les conversations concernant Bitcoin.

À l'origine, la spĂ©culation (du latin spĕcĆ­lor, « observer », « regarder d'en haut », « surveiller ») dĂ©signe l'acte de rĂ©flĂ©chir profondĂ©ment aux consĂ©quences d'une hypothĂšse. Mais aujourd'hui, le mot a surtout tendance Ă  se rapporter Ă  la spĂ©culation financiĂšre, c'est-Ă -dire l'activitĂ© d'anticiper l'Ă©volution du prix d'un actif Ă  court, moyen ou long terme, dans le but d'en tirer un bĂ©nĂ©fice. C'est dans ce sens que nous l'employons ici.

MĂȘme si le terme prĂ©sente un caractĂšre pĂ©joratif dans la bouche de certains (dont les nombreux contempteurs de Bitcoin), la spĂ©culation peut ĂȘtre une action tout Ă  fait banale et anodine. En un sens, nous sommes tous des spĂ©culateurs : chacun rĂ©flĂ©chit Ă  son avenir et Ă  celui de ses proches, en essayant de prĂ©dire l'avenir et de rĂ©aliser des opĂ©rations financiĂšres en consĂ©quence. Par exemple, le Français moyen, qui conserve de l'euro Ă  moyen terme, spĂ©cule : il fait le pari que la monnaie europĂ©enne ne connaitra pas une inflation Ă©levĂ©e entretemps. Le caractĂšre nĂ©faste de la spĂ©culation est plutĂŽt Ă  chercher dans l'obsession qu'on peut retrouver chez certains boursicoteurs compulsifs, dont l'activitĂ© se rapproche plus du jeu d'argent que de la gestion de patrimoine saine et dĂ©passionnĂ©e.

Le bitcoin, en tant qu'unité de compte numérique étant échangée librement sur Internet, est soumis à la loi de l'offre et de la demande et possÚde un prix qui varie en fonction du temps. De ce fait, il est sujet à la spéculation financiÚre des acteurs du marché, pour toutes sortes de raisons et à des horizons temporels multiples. Mais le principal argument derriÚre la spéculation à moyen-long terme sur le bitcoin est généralement celui de sa premiÚre monétisation, c'est-à-dire de son adoption initiale comme intermédiaire d'échange par un nombre plus ou moins élevé d'utilisateurs.

Le bitcoin est prĂ©sentĂ© comme une monnaie en devenir depuis ses dĂ©buts, et il parait naturel de miser sur le fait qu'il va devenir un intermĂ©diaire d'Ă©change plus ou moins rĂ©pandu. La valeur agrĂ©gĂ©e d'une monnaie dĂ©pend de son utilitĂ© (c'est-Ă -dire la quantitĂ© de choses qu'elle permet de se procurer), et doit donc thĂ©oriquement augmenter Ă  mesure que son adoption grandit. Puisque la quantitĂ© de bitcoins est en principe limitĂ©e Ă  long terme Ă  21 millions d'unitĂ©s, l'accroissement de la valeur agrĂ©gĂ©e doit se traduire par une hausse du prix unitaire. D'oĂč l'idĂ©e qu'on s'en fait d'un « investissement1 » : acheter du bitcoin permet de miser sur son potentiel d'adoption futur.

Cette spĂ©culation est indissociable de l'histoire de Bitcoin. Elle a en effet Ă©mergĂ© dĂšs le lancement du rĂ©seau en janvier 2009. À ce moment-lĂ , la rĂ©flexion portait sur le fait d'amorcer Ă©conomiquement le systĂšme, et la spĂ©culation reprĂ©sentait l'un des facteurs initiaux qui a poussĂ© les gens Ă  donner une valeur au bitcoin2.

C'est le cypherpunk Hal Finney, premier destinataire d'une transaction sur le réseau, qui a initialement suggéré cette idée dans un courriel adressé à la liste de diffusion de Metzdowd.com, la fameuse Cryptography Mailing List. Le 11 janvier 2009, en réponse à la publication de la politique monétaire par Satoshi Nakamoto, il a ainsi décrit comment le minage de bitcoins pouvait constituer « un trÚs bon pari », étant donné le potentiel de hausse du pouvoir d'achat. Voici son courriel, dans son intégralité :

« Il est intĂ©ressant de noter que le systĂšme peut ĂȘtre configurĂ© de maniĂšre Ă  n'autoriser qu'un certain nombre maximum d'unitĂ©s Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ©es. Je suppose que l'idĂ©e est que la quantitĂ© de travail nĂ©cessaire pour gĂ©nĂ©rer une nouvelle unitĂ© deviendra de plus en plus importante avec le temps.

Un des problĂšmes immĂ©diats avec n'importe quelle nouvelle monnaie est de savoir comment lui donner une valeur. MĂȘme en ignorant le problĂšme pratique liĂ© au fait que quasi personne ne l'acceptera au dĂ©but, il est toujours difficile de trouver un argument raisonnable justifiant l'attribution d'une valeur non nulle pour les unitĂ©s.

En guise d'expĂ©rience de pensĂ©e amusante, imaginons que Bitcoin soit un succĂšs et devienne le systĂšme de paiement dominant utilisĂ© dans le monde entier. Alors, la valeur totale de la monnaie devrait ĂȘtre Ă©gale Ă  la valeur totale de toutes les richesses du monde. Les estimations actuelles du patrimoine total des mĂ©nages dans le monde que j'ai trouvĂ©es varient entre 100 et 300 milliers de milliards de dollars. Pour un nombre d'unitĂ©s de 20 millions, cette prĂ©vision donnerait Ă  chaque unitĂ© une valeur d'environ 10 millions de dollars.

La possibilitĂ© de gĂ©nĂ©rer des unitĂ©s aujourd'hui avec l'Ă©quivalent de quelques centimes de temps de calcul peut donc constituer un trĂšs bon pari, dont la cote serait d'environ 100 millions contre 1 ! MĂȘme si les chances que Bitcoin atteigne un tel niveau de rĂ©ussite sont minces, ces chances sont-elles vraiment de 100 millions contre 1 ? Il y a lĂ  matiĂšre Ă  rĂ©flexion  »

Le 15 janvier, soit quelques jours plus tard, Satoshi Nakamoto et l'ingĂ©nieur Dustin Trammell (qui venait de dĂ©couvrir l'existence de Bitcoin) ont discutĂ© en privĂ© de ce message de Hal Finney. Satoshi a Ă©voquĂ© la « possibilité » que le bitcoin « soit considĂ©rĂ© comme un investissement Ă  long terme », et Trammell a approuvĂ© en Ă©crivant que c'Ă©tait « l'une des raisons pour lesquelles [il avait] dĂ©marrĂ© un nƓud si rapidement ». Le lendemain, Satoshi a envoyĂ© un courriel Ă  la liste de diffusion qui retranscrivait ce dont il avait parlĂ© avec Trammell. Il Ă©crivait alors :

« Il pourrait ĂȘtre judicieux de s'en procurer au cas oĂč le phĂ©nomĂšne prendrait de l'ampleur. Si suffisamment de gens pensent la mĂȘme chose, on pourra assister Ă  une prophĂ©tie autorĂ©alisatrice. »

Il a confirmĂ© ce point de vue sur le forum de la Fondation P2P oĂč il expliquait qu'il pouvait se former une « boucle de rĂ©troaction positive », dans le sens oĂč « plus les utilisateurs [Ă©taient] nombreux, plus la valeur [augmentait], ce qui [pouvait] attirer davantage d'utilisateurs dĂ©sireux de profiter de cette hausse ».

Cette conception s'est par la suite retrouvée dans la FAQ et sur la page SourceForge en mai 2009, sous la plume de Martti Malmi, le jeune étudiant finlandais qui deviendrait le bras droit de Satoshi :

« La valeur du bitcoin est susceptible d'augmenter Ă  mesure que la croissance de l'Ă©conomie de Bitcoin dĂ©passe le taux d'inflation – considĂ©rez le bitcoin comme un investissement et commencez Ă  faire fonctionner un nƓud aujourd'hui ! »

L'aspect spĂ©culatif prenait donc une place importante dans la prĂ©sentation de Bitcoin auprĂšs des nouveaux utilisateurs. Toutefois, cette communication avait surtout pour but d'amorcer le systĂšme. L'objectif de Nakamoto n'Ă©tait pas de crĂ©er un objet ultraspĂ©culatif, mais de façonner une nouvelle monnaie pouvant ĂȘtre utilisĂ©e dans le cadre de paiements en ligne. Rappelons Ă  ce titre que la fameuse limite des 21 millions n'a Ă©tĂ© ajoutĂ©e par Satoshi qu'en novembre 2008, Ă  la suite de discussions avec des membres de la liste de diffusion, donc aprĂšs la publication du livre blanc initial.

Par la suite, le créateur de Bitcoin a pris ses distances avec la spéculation financiÚre. Il a rapidement été trÚs mesuré avec la notion d'investissement mise en valeur par Martti Malmi, vraisemblablement pour des raisons légales. Dans un courriel adressé au jeune Finlandais en juin 2009, il écrivait :

« Je ne suis pas Ă  l'aise avec le fait de dĂ©clarer explicitement : "considĂ©rez-le comme un investissement". C'est une affirmation dangereuse et tu devrais supprimer ce point. Il n'y a pas de mal Ă  ce que les gens arrivent Ă  cette conclusion par eux-mĂȘmes, mais nous ne pouvons pas le prĂ©senter de cette façon. »

Puis il a cessé totalement de parler du sujet, évoquant plutÎt les aspects techniques ou l'utilisation du bitcoin comme moyen de paiement.

L'évolution mémétique de BTC

Cette propension à la spéculation s'est peu à peu développée au sein de la communauté des utilisateurs de Bitcoin. Initialement minoritaire, elle s'est progressivement élargie au fil des bulles successives qu'a connues le prix du bitcoin. Chaque engouement ramenait plus de spéculateurs, qui participaient à contribuer à l'engouement suivant, et ainsi de suite. Si ce phénomÚne a permis de faire connaitre la création de Satoshi Nakamoto au monde entier, il a aussi eu un effet dévastateur sur la culture entourant Bitcoin, c'est-à-dire l'ensemble des discours, des représentations, des valeurs et des pratiques pouvant se retrouver chez les gens qui l'utilisent.

Cette Ă©volution s'est en particulier manifestĂ©e par l'intermĂ©diaire de mĂšmes3 circulant dans la communautĂ©, qui se sont propagĂ©s d'abord sur le forum BitcoinTalk, puis sur Reddit et enfin sur Twitter. Ces mĂšmes sont gĂ©nĂ©ralement des courtes formules rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  l'envi, des reprĂ©sentations visuelles Ă  portĂ©e symbolique ou des conceptions simplificatrices sur la nature de Bitcoin. Ils forment les blocs de base de la culture de Bitcoin, notamment dans la mesure oĂč celle-ci se dĂ©veloppe majoritairement sur Internet, oĂč l'on est habituĂ© aux contenus courts et frappants.

Comme nous l'avons suggéré, jusqu'en 2011, le bitcoin était principalement vu comme un moyen de paiement, comme un « argent liquide électronique » pour reprendre les termes du titre du livre blanc. Il était vanté pour ses propriétés liées aux transferts : la possibilité d'envoyer des paiements quand on le souhaite, l'absence d'exigence d'identification, la non-limitation par les frontiÚres, les frais minimes, etc. Les achats en bitcoins étaient célébrés comme des actions montrant que l'économie était en train de grandir. C'était le cas des fameuses pizzas de Laszlo Hanyecz, achetées en mai 2010 pour 10 000 bitcoins, qui ont été une « grande étape » dans l'adoption progressive du bitcoin.

Publicité parodique de Bitcoin, le comparant à Western Union (token_dave, 2014)

Mais alors que la financiarisation progressait, le bitcoin a Ă©tĂ© de plus en plus perçu comme une « rĂ©serve de valeur » ou un « or numĂ©rique ». On a vu les financiers professionnels entrer dans la danse, Ă  l'instar des frĂšres Winklevoss, qui avaient rĂ©cupĂ©rĂ© une belle somme aprĂšs avoir gagnĂ© un procĂšs contre Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. S'en est suivie la double bulle de 2013 : le prix est passĂ© de 13 $ Ă  1 150 $ en l'espace d'un an. À partir de lĂ , le discours a changĂ©. La hausse du prix est devenue un facteur de rĂ©ussite. Les mĂ©dias gĂ©nĂ©ralistes ont davantage abordĂ© le sujet sous cet angle, attirant encore plus de spĂ©culateurs. DorĂ©navant, une grande partie des nouveaux mĂšmes Ă©taient liĂ©s Ă  l'aspect spĂ©culatif.

La limite des 21 millions est devenue pour ainsi dire sacrĂ©e, confĂ©rant au nombre 21 une signification particuliĂšre. Ce dernier s'est ainsi retrouvĂ© un peu partout, et notamment dans les noms donnĂ©s Ă  des Ɠuvres diverses : un livre (21 Leçons), un magazine (Citadelle21), une newsletter (21 Millions) ou un discours de confĂ©rence (« 21 rules of Bitcoin »). Un fonds d'investissement (21Shares) a intĂ©grĂ© le nombre 21 dans son nom pour sponsoriser un ETF. On peut aussi citer le cas de la formule « ∞/21M » de Knut Svanholm (2020), qui s'est propagĂ©e au sein de la communautĂ© pour indiquer que si le bitcoin Ă©tait amenĂ© Ă  avaler la croissance Ă©conomique mondiale, son potentiel de hausse Ă©tait infini.

Un autre symbole qui a pris en importance dans l'imaginaire des bitcoineurs au cours des années est le taureau. Dans le monde financier, cet animal est lié au marché haussier en raison de son nom anglais, bull market4. C'est tout naturellement qu'il a pris une place à part dans les créations bitcoiniennes, représentant l'espoir d'une hausse prodigieuse du pouvoir d'achat. Il figure ainsi dans le logo et le nom de la plateforme de change Bull Bitcoin, fondée par Francis Pouliot et David Bradley en 2018. Il est présent sur la couverture du livre de Vijay Boyapati, A Bullish Case for Bitcoin, publié en 2021 (et traduit chez Konsensus Network sous le titre Un scénario optimiste pour Bitcoin). On peut aussi mentionner qu'une statue de taureau aux yeux laser, appelée le « Miami Bull », a été installée à Miami à l'occasion de la conférence Bitcoin 2022.

Bitcoin Bull from Boyapati
Le taureau présent en couverture du livre de Vijay Boyapati Un scénario optimiste pour Bitcoin (A Bullish Case for Bitcoin)

L'injonction Ă  accumuler du bitcoin et Ă  le thĂ©sauriser s'est renforcĂ©e en consĂ©quence. Le bitcoineur Ă©tait appelĂ© Ă  « conserver » (hold) ses bitcoins dans le temps (Zhou Tonged, 2013) de façon Ă  tirer parti de leur apprĂ©ciation, un encouragement qui s'est retranscrit dans le mĂšme « HODL » (GameKyuubi, 2013), dĂ©formation orthographique de hold, qui est ensuite devenu le rĂ©troacronyme de Hold on for Dear Life (« tenez bon pour votre vie »). Dans une reprĂ©sentation plus extrĂȘme de cette injonction, l'utilisateur Ă©tait poussĂ© Ă  garder jalousement ses bitcoins, malgrĂ© la disparitĂ© des richesses, quitte Ă  se retrancher dans une « citadelle » (Luka Magnotta, 2013) pour protĂ©ger sa richesse des hordes de voleurs.

Dans sa vie de tous les jours, l'individu est encouragé à « dépenser sa monnaie fiat et accumuler des satoshis » ("spend fiat, stack sats", Matt Odell, 2019). Il ne devrait pas chercher à payer en bitcoins en raison de la loi de Gresham (« la mauvaise monnaie chasse la bonne »). De plus, il est devenu commun d'exprimer toute dépense faite en bitcoins à leur valeur du cours actuel, les pizzas de Laszlo valant aujourd'hui (selon cette conception) prÚs d'un milliard de dollars5 !

Bitcoin a de moins en moins Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme un moyen d'Ă©change numĂ©rique, mais davantage une « technologie d'Ă©pargne » (Pierre Rochard, 2019), dont l'attrait central Ă©tait « le nombre qui monte » ("Number Go Up", Saifedean Ammous, 2020). En guise de signe de ralliement pour faire augmenter le prix jusqu'Ă  100 000 $, il fallait ajouter des « yeux laser » Ă  sa photo de profil (GregZaj, 2021). Les sceptiques opposĂ©s Ă  Bitcoin qui choisissent de ne pas avoir de bitcoin en connaissance de cause devaient ĂȘtre traitĂ©s avec mĂ©pris, Ă  l'instar du gold bug Peter Schiff, et on pouvait se moquer d'eux pour car ils manquaient de rĂ©aliser les profits associĂ©s ("have fun staying poor", Udi Wertheimer, 2020).

L'objectif perçu de Bitcoin a dĂ©rivĂ© vers quelque chose qui n'avait pas Ă©tĂ© envisagĂ© par Satoshi Nakamoto. La vision d'un « argent liquide numĂ©rique », que chaque individu conserverait et utiliserait individuellement, s'est progressivement faite plus timide au profit de la notion de « monnaie de rĂ©serve » (Hal Finney, 2010). Dans cette derniĂšre conception, les bitcoins seraient principalement dĂ©tenus par des entitĂ©s (des banques) pour le compte de clients qui devraient passer par des applications dĂ©positaires et n'auraient donc pas directement la propriĂ©tĂ© de leurs fonds. C'est cette vision qui a inspirĂ© la thĂšse de l'« étalon-bitcoin » (Saifedean Ammous, 2018), un systĂšme monĂ©taire calquĂ© sur le modĂšle de l'Ă©talon-or classique (1873–1914) oĂč le bitcoin jouerait le mĂȘme que l'or en tant que monnaie de base6. Bitcoin pourrait ainsi devenir un systĂšme de « monnaie de rĂ©serve mondiale » (Gavin Andresen, 2011), surpassant toutes les autres devises dans la pyramide monĂ©taire.

DÚs 2014, les bitcoineurs se sont mis à envisager une « hyperbitcoinisation » (Daniel Krawisz, 2014), c'est-à-dire une rapide démonétisation des devises fiat au profit du bitcoin. Le bitcoin étant un actif déflationniste, son prix monterait « pour toujours » (Michael Saylor, 2021), « jusqu'à la lune » (ToTheMoonGuy, 2013). Cette évolution inéluctable pousserait certains acteurs à procéder à une « attaque spéculative » (Pierre Rochard, 2014) en empruntant de l'argent pour acheter du bitcoin, ce qui accélérerait la chute de la monnaie étatique. Bitcoin constituerait ainsi un « cheval de Troie » (u/sovereignlife, 2015), qui servirait à infiltrer le systÚme étatico-bancaire et à le purifier de l'intérieur grùce aux incitations économiques qu'il apporterait supposément.

La culture de Bitcoin a donc connu une Ă©volution majeure, qui s'est traduite par le dĂ©veloppement de mĂšmes qui, mĂȘme s'ils ne sont pas nĂ©cessairement compatibles entre eux, vĂ©hiculent tous la notion d'un bitcoin qu'il faut acquĂ©rir et conserver jalousement. Ce changement est devenu de plus en plus prononcĂ© avec la financiarisation de l'utilisation, si bien que ce qui Ă©tait Ă  l'origine une simple spĂ©culation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© chez certains bitcoineurs en une passion bien connue : l'avarice.

La critique traditionnelle de l'avarice

L'avarice, au sens traditionnel du terme, dĂ©signe l'attachement excessif Ă  la richesse matĂ©rielle et en particulier Ă  l'argent. Le terme provient du mot latin du mĂȘme sens, avaritia, lui-mĂȘme dĂ©rivĂ© de ăvĕo, signifiant « dĂ©sirer vivement ». En ce sens, l'avarice peut se manifester par une volontĂ© d'accumuler plus de richesse (ce qu'on nomme en français la cupiditĂ©) ou la rĂ©ticence Ă  s'en sĂ©parer (Ă  savoir la radinerie).

L'avarice est unanimement condamnĂ©e par toutes les religions traditionnelles, et en particulier par le christianisme. Dans la tradition catholique romaine, elle forme l'un des sept pĂ©chĂ©s capitaux listĂ©s par l'Ă©vĂȘque GrĂ©goire le Grand. Dans la tradition orthodoxe grecque, elle est appelĂ©e l'« amour de l'argent » (ΊÎčÎ»Î±ÏÎłÏ…ÏÎŻÎ±, philargurĂ­a) et constitue l'une des huit pensĂ©es tentatrices (logismoĂŻ) mises en avant par le moine Évagre le Pontique.

Pour la doctrine chrétienne, l'avarice a pour effet de détourner l'individu de Dieu, en le poussant à se préoccuper de sa richesse matérielle plutÎt que de son salut spirituel. Elle le conduit à poursuivre l'argent au détriment de ses relations avec les autres. L'avare a tendance à négliger ses proches, à ne pas aider ses amis, à rechigner à faire des dépenses essentielles, à ne pas pratiquer l'aumÎne ; ce qui l'éloigne de plus en plus des gens qui l'aiment. Cet enseignement est résumé dans les mots de saint Paul, qui écrivait dans sa PremiÚre épitre à Timothée :

« [L]a racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y ĂȘtre livrĂ©s, certains se sont Ă©garĂ©s loin de la foi et se sont transpercĂ© l'Ăąme de tourments sans noms. » (1 Tm 6:10)

Le Nouveau Testament illustre le comportement de l'avare par l'exemple de Judas Iscariote, le disciple de Jésus-Christ qui l'a trahi en le dénonçant aux autorités. Judas était en effet le trésorier parmi les douze apÎtres, mais n'hésitait pas à prendre dans la bourse commune, car il « était voleur » (Jn 12:6). De plus, il a dénoncé le Christ au Sanhédrin pour « trente piÚces d'argent » (Mt 26:15). Il a fini par se suicider en se pendant à un arbre.

Le christianisme rejette en particulier la thĂ©saurisation, c'est-Ă -dire la tendance Ă  Ă©pargner son argent sans chercher Ă  le faire fructifier. D'aprĂšs JĂ©sus-Christ lui-mĂȘme, « celui qui thĂ©saurise pour lui-mĂȘme » au lieu de « s'enrichir en vue de Dieu » est un « insensé » (Lc 12:21). Cette critique de la conservation maladive peut aussi se retrouver (en premier niveau de lecture) dans la parabole des talents (Mt 25:14–30), oĂč est racontĂ©e l'histoire d'un maitre qui, partant en voyage, laisse des fonds Ă  ses serviteurs en son absence et qui, Ă  son retour, dĂ©cide de rĂ©tribuer ceux qui ont investi cet argent dans une activitĂ© productive et de punir celui qui n'a « point semé ».

La tradition chrĂ©tienne voit Ă©galement d'un mauvais Ɠil l'usure (c'est-Ă -dire le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt), cette derniĂšre ayant Ă©tĂ© condamnĂ©e par le concile de NicĂ©e de 325 et par les PĂšres de l'Église. Durant le Moyen Âge, le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt a ainsi Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement interdit dans de nombreuses nations, notamment en Europe. Ce n'est qu'Ă  la Renaissance, avec l'apparition de la banque moderne et du protestantisme, que cette interdiction a Ă©tĂ© allĂ©gĂ©e.

L'avarice est par ailleurs reprĂ©sentĂ©e de façon figurĂ©e dans la Bible. On l'associe ainsi Ă  la figure du veau d'or, qui Ă©tait originairement un symbole d'idolĂątrie, mais qui est progressivement devenue la reprĂ©sentation de la puissance corruptrice de la richesse matĂ©rielle. Cette figure provient d'un Ă©pisode de l'Exode (Ex 32), durant lequel les HĂ©breux se sont mis Ă  adorer une statue de « veau » en or, moulĂ©e Ă  partir de leurs bijoux, alors qu'ils attendaient que MoĂŻse descende du mont SinaĂŻ, oĂč il restĂ© 40 jours et 40 nuits pour recevoir les Tables de la Loi. DĂ©tail intĂ©ressant : si cette statue est appelĂ©e un « veau » (ŚąÖ”Ś’Ö¶Śœ, 'egel), il s'agit en rĂ©alitĂ© d'un taureau, Ă  l'image de certaines divinitĂ©s qui Ă©taient alors vĂ©nĂ©rĂ©es en Égypte (Apis) ou Ă  Canaan (El) ; l'appellation de « veau » est en effet censĂ©e jeter le ridicule sur les idoles.

L'Adoration du Veau d'or (Nicolas Poussin, 1634)

Une autre figure mise en avant par la tradition chrĂ©tienne est celle de Mammon. Il s'agit d'une personnification de l'argent (Mammon vient de l'aramĂ©en ŚžÖžŚžŚ•ÖčŚ ÖžŚ, māmƍnā signifiant « richesse »), Ă  qui les hommes sont susceptibles de vouer leur vie. C'est contre cette possibilitĂ© de corruption que JĂ©sus-Christ a averti ses disciples dans le Sermon sur la Montagne :

« Nul ne peut servir deux maĂźtres : ou il haĂŻra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera Ă  l'un et mĂ©prisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent [ΌαΌωΜ៷, mamƍnĂą]. » (Mt 6:24)

The Worship of Mammon (Evelyn De Morgan, 1909)

L'avarice est donc une forme particuliÚre d'idolùtrie, et en est probablement une des plus visibles. Elle se manifeste dans notre monde moderne par la place que nous donnons à la richesse dans nos objectifs de vie. Nous nous imaginons ainsi que l'accumulation d'argent nous apportera une sécurité pour l'avenir, voire une « liberté financiÚre » qui nous permettrait de « sortir de la rat race », conformément à ce qu'enseignent les apÎtres du développement personnel.

Bitcoin n'Ă©chappe pas Ă  l'idolĂątrie, faisant lui-mĂȘme l'objet d'une pseudo-religion, et l'amour de l'argent joue un rĂŽle de premier plan dans cette adoration. Beaucoup de personnes affirment ainsi que Bitcoin les a « sauvĂ©es », non pas par sa caractĂ©ristique de rĂ©sistance Ă  la censure, mais parce que la hausse drastique du pouvoir d'achat de l'unitĂ© de compte les a libĂ©rĂ©es de la contrainte de travailler. En les rendant riches, Bitcoin a abaissĂ© leur prĂ©fĂ©rence temporelle et les a fait se focaliser sur les choses qui comptent vraiment pour elles. Il n'est donc pas Ă©tonnant que la culture dominante dans la communautĂ© se soit concentrĂ©e autour l'intĂ©rĂȘt financier : les plus anciens bitcoineurs ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s pour avoir conservĂ© leurs bitcoins, et ont donc encouragĂ© les gens (au moins par l'exemple) Ă  faire de mĂȘme.

Les conséquences de l'avarice sur Bitcoin

Les enseignements de la tradition chrétienne peuvent nous paraitre désuets, démodés. Néanmoins, le sujet de l'avarice est tout à fait d'actualité dans notre société moderne, et en particulier dans la communauté de Bitcoin comme nous l'avons vu. Il convient ainsi de s'interroger pourquoi une telle opposition à l'amour de l'argent existe et comment l'avarice des utilisateurs peut influer sur Bitcoin dans son ensemble.

Il va de soi que Bitcoin se fonde sur l'intĂ©rĂȘt Ă©conomique. Son fonctionnement repose sur les incitations des diffĂ©rents acteurs qui assurent sa sĂ©curitĂ©. Les mineurs ajoutent des blocs Ă  la chaine parce qu'ils sont rĂ©munĂ©rĂ©s par la crĂ©ation monĂ©taire et par les frais de transaction. Les commerçants acceptent l'unitĂ© de compte parce qu'ils bĂ©nĂ©ficient de sa rĂ©sistance Ă  la censure ou de sa dĂ©flation naturelle. Les dĂ©veloppeurs contribuent au projet parce qu'ils reçoivent un salaire des utilisateurs les plus importants. Ainsi, la viabilitĂ© de Bitcoin est, dans une certaine mesure, assurĂ©e par les incitations Ă©conomiques qui le soutiennent.

C'est pour cette raison que les bitcoineurs s'imaginent parfois que Bitcoin est un ĂȘtre indĂ©pendant, ne pouvant pas ĂȘtre affectĂ© par le monde, et que son succĂšs ne nĂ©cessite aucune action de leur part. Ils pensent que la « thĂ©orie des jeux » assurera seule sa progressive Ă©lĂ©vation au rang de monnaie mondiale, amenant son prix au million de dollars, voire au-delĂ . Cependant, ils se trompent.

L'intĂ©rĂȘt Ă©conomique ne fait pas tout. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la libertĂ© est un moyen, pas une fin en soi. Dans le domaine Ă©conomique, elle permet de faire concorder l'offre et la demande, d'accomplir le plus possible les volontĂ©s des individus, sans nĂ©cessairement aboutir Ă  un ordre social harmonique. Ce qui est produit dans l'Ă©conomie dĂ©pend des prĂ©fĂ©rences des personnes qui la composent : le marchĂ© va entrainer la crĂ©ation des biens et des services auxquels elles accordent de la valeur. La libertĂ© Ă©conomique totale peut ainsi aboutir Ă  un paradis sur Terre, peuplĂ© de personnes vertueuses et attentionnĂ©es ; mais elle pourrait tout aussi bien dĂ©gĂ©nĂ©rer en une sorte d'enfer cyberpunk libertarien plongĂ© dans le vice et la mĂ©fiance (d'ailleurs, un tel dĂ©sordre social est tellement intolĂ©rable qu'il se conclut gĂ©nĂ©ralement par l'avĂšnement d'un pouvoir autoritaire).

Le sort de Bitcoin est entre les mains des bitcoineurs. Le systÚme est ce que les gens en font ; il n'est rien sans ses utilisateurs. C'est pourquoi l'avarice, qui se manifeste chez les utilisateurs, peut avoir un certain nombre de conséquences sur Bitcoin.

La premiĂšre consĂ©quence est la dĂ©gradation de l'image de la cryptomonnaie. À l'origine, Bitcoin Ă©tait vu comme un systĂšme libĂ©rateur, un intermĂ©diaire d'Ă©change rĂ©sistant Ă  la censure, une monnaie anonyme utilisĂ©e sur le marchĂ© noir. Cette vision pouvait poser problĂšme, mais elle est devenue minoritaire au profit de la conception de rĂ©serve de valeur, encourageant la spĂ©culation. Aujourd'hui, l'image de Bitcoin auprĂšs du grand public est celle d'un objet spĂ©culatif qu'il conviendrait d'acheter sur une plateforme de change centralisĂ©e, et de revendre plus tard dans le but de gagner un peu d'argent (fiat). Il a mĂȘme tendance Ă  devenir un memecoin , dans le sens oĂč on ne s'en procurerait qu'en raison de ce qu'il reprĂ©sente culturellement, pas pour son utilisation Ă©conomique rĂ©elle. Ainsi, on peut comprendre pourquoi certains accusent le bitcoin d'ĂȘtre une « bulle spĂ©culative », un phĂ©nomĂšne sans fondement, qui serait similaire Ă  la tulipomanie du XVIIe siĂšcle7. On peut aussi entendre les gens qui le voient comme une « arnaque », comme une « pyramide de Ponzi » reposant sur l'arrivĂ©e de plus en plus d'« investisseurs », attirĂ©s par les anciens dĂ©tenteurs.

Cette image dégradée a pour effet de tenir éloignées les personnes qui pourraient vouloir utiliser Bitcoin pour ses propriétés de résistance à la censure, et en particulier les activistes et les gens de gauche qui se méfient initialement de la finance. En parallÚle, les spéculateurs se multiplient au fur et à mesure du temps, encouragés par la culture du gain. Et le phénomÚne s'amplifie, formant un cercle vicieux : les utilisateurs-spéculateurs font plus de bruit et en attirent d'autres, ce qui isole de plus en plus les utilisateurs authentiques qui doivent faire des efforts considérables pour trier les informations qu'ils reçoivent. En d'autres termes, les mauvais utilisateurs chassent les bons.

La deuxiĂšme consĂ©quence gĂ©nĂ©rale, apparentĂ©e Ă  la premiĂšre, est l'accentuation de la volatilitĂ©. Puisque les gens voient le bitcoin comme un objet spĂ©culatif, ils s'en procurent pour gagner de l'argent rapidement. Ainsi, lors des marchĂ©s haussiers, ils ont tendance Ă  seulement acheter et Ă  ne pas vendre (laisser courir leurs gains), ce qui fait monter le taux de change considĂ©rablement. À l'inverse, lors des marchĂ©s baissiers, les spĂ©culateurs Ă  court terme ont tendance Ă  vendre pour Ă©viter de risquer de perdre trop (en coupant leurs pertes), ce qui contribue Ă  la chute et rĂ©sulte souvent en une vente panique gĂ©nĂ©rale.

Si nous voyions le bitcoin comme un instrument d'Ă©change, les choses ne seraient probablement pas ainsi. Nous serions obligĂ©s d'encaisser des paiements sur la durĂ©e, peu importe le taux de change du moment. De mĂȘme, nous devrions le dĂ©penser rĂ©guliĂšrement, malgrĂ© des taux de change dĂ©favorables. De plus, nous pourrions prĂ©cisĂ©ment en dĂ©penser plus lorsqu'il vaudrait plus, car nous nous sentirions plus riches. Il y aurait toujours une variation et des spĂ©culateurs Ă  court terme, mais la volatilitĂ© serait rĂ©duite. Le pouvoir d'achat du bitcoin serait plus stable, de sorte qu'il pourrait devenir une vĂ©ritable unitĂ© de compte.

Une troisiĂšme consĂ©quence de l'avarice sur Bitcoin est qu'elle constitue un frein Ă  l'adoption dĂ©centralisĂ©e. L'adoption repose en premier lieu sur les commerçants, ceux qui acceptent le bitcoin en Ă©change de biens et de services (ou de monnaies dans le cas des changeurs). Les gens susceptibles de dĂ©penser leurs bitcoins dans le commerce de dĂ©tail (surtout quand cette activitĂ© est, peu ou prou, confinĂ©e Ă  l'illĂ©galitĂ©) sont les bitcoineurs convaincus. Ainsi, les boutiquiers indĂ©pendants et les changeurs de rue, qui reposent sur ce rĂ©seau de bitcoineurs, ne feront quasi aucune vente si les bitcoineurs en question refusent de dĂ©penser leurs bitcoins. Ils seront dĂ©couragĂ©s de maintenir leur capacitĂ© Ă  accepter le bitcoin, qui peut reposer sur des facteurs comme l'utilisation d'un logiciel spĂ©cifique, la formation du personnel ou la gestion (individuelle ou collective) d'un nƓud. Ainsi, l'avarice fragilise l'utilisation entre particuliers de Bitcoin, au profit de son adoption centralisĂ©e, c'est-Ă -dire l'Ă©change sur des plateformes de change rĂ©glementĂ©es comme Coinbase et Binance, frĂ©quentĂ©es par de nombreux spĂ©culateurs opportunistes.

Pour aller plus loin, si le but est seulement de faire en sorte que « le nombre monte », alors cette adoption centralisĂ©e et contrĂŽlĂ©e est le chemin le plus court pour y parvenir. Il n'y a pas lieu de s'opposer Ă  la surveillance financiĂšre si on essaie simplement de maximiser son gain spĂ©culatif Ă  court ou moyen terme. Au contraire, chacun est incitĂ© Ă  ĂȘtre le plus passif possible, pour que les rĂ©gulateurs acceptent que le bitcoin soit dĂ©tenu en tant qu'actif par les individus, par les sociĂ©tĂ©s cotĂ©es en bourse et par les États.

Une quatriĂšme consĂ©quence de la culture de l'avarice est son effet sur l'innovation technique. Les spĂ©culateurs ont intĂ©rĂȘt Ă  prĂ©server leur pouvoir d'achat et offrent une force d'opposition aux changements de rĂšgles de consensus. De ce fait, plus il y a d'utilisateurs-spĂ©culateurs, plus la prudence est mise Ă  l'honneur : peu de risques sont pris pour ne pas bouleverser le systĂšme dans son ensemble. Ce conservatisme a clairement des vertus pour assurer la stabilitĂ© du systĂšme (c'est pourquoi les soft forks sont prĂ©fĂ©rĂ©s aux hard forks sur BTC), mais il peut aussi ĂȘtre nĂ©faste s'il est trop excessif. Ainsi, si la communautĂ© est remplie de spĂ©culateurs, c'est-Ă -dire de personnes qui se procurent du bitcoin uniquement pour le revendre plus tard et rĂ©aliser un bĂ©nĂ©fice, alors il n'y a presque personne qui valorise Bitcoin pour son caractĂšre confidentiel ou pour son aspect programmable (essentiel pour dĂ©velopper des solutions de seconde couche dĂ©centralisĂ©es). Dans ce cas, il n'y pas lieu de prendre un risque pour modifier les rĂšgles de consensus pour amĂ©liorer le systĂšme. C'est dans ce cadre que certaines personnes, comme Jameson Lopp, parlent d'« ossification prĂ©maturĂ©e du protocole ».

Jusqu'en 2021, le projet Ă©tait encore considĂ©rĂ© comme expĂ©rimental et incomplet. Le logiciel (Bitcoin Core) Ă©tait ainsi en bĂȘta, les numĂ©ros de versions ayant la forme 0.x.y (0.21.1 par exemple). Des mises Ă  niveau avaient rĂ©guliĂšrement lieu : OP_CHECKLOCKTIMEVERIFY en 2015, OP_CHECKSEQUENCEVERIFY en 2016, SegWit en 2017 et Taproot en 2021. Mais depuis cette derniĂšre mise Ă  niveau, les choses ont changé : le numĂ©ro de version du logiciel se prĂ©sente dĂ©sormais sous la forme x.y (22.0 par exemple), et il ne semble pas y avoir de volontĂ© marquĂ©e de modifier Ă  nouveau les rĂšgles de consensus. Les propositions existantes de modification (SIGHASH_ANYPREVOUT, CISA, OP_CHECKTEMPLATEVERIFY, OP_CAT, Drivechain) peinent Ă  se faire une place en dehors de la sphĂšre des dĂ©veloppeurs, celles-ci n'intĂ©ressant que peu les utilisateurs-spĂ©culateurs, et il semble ainsi possible qu'aucune d'entre elles ne soit adoptĂ©e.

Enfin, chose qui peut sembler paradoxale par rapport au prĂ©cĂ©dent problĂšme, une cinquiĂšme et derniĂšre consĂ©quence de l'avarice est de faciliter l'altĂ©ration des propriĂ©tĂ©s fondamentales du systĂšme, et en particulier de sa rĂ©sistance Ă  la censure. Comme nous l'avons dit, Bitcoin dĂ©pend de l'utilisation qui en est faite, et ne constitue donc pas un « cadre mathĂ©matique exempt de politique et d’erreur humaine » (pour reprendre l'expression de Tyler Winklevoss) qui serait indĂ©pendant des actions des gens. Ainsi, une attitude concentrĂ©e sur le gain spĂ©culatif Ă  court-moyen terme (et non sur le gain de libertĂ©) pourrait amener la communautĂ© Ă  accepter un soft fork de censure, qui interdirait Ă  certaines transactions d'ĂȘtre confirmĂ©es, en vue de se conformer aux rĂ©glementations internationales.

Nous n'en sommes pas encore là heureusement, mais un haut degré de corruption peut conduire à ce type de modification. C'est cet esprit d'avarice qui a poussé une bonne partie de la communauté d'Ethereum à faire appliquer des changements pourtant primordiaux dans le protocole : l'EIP-1559 (qui intégrait le brûlage des frais de transaction versés aux mineurs) et le passage en preuve d'enjeu (qui supprimait le minage et réduisait le montant d'éthers créés). Le but avoué de cette démarche n'était pas tant de résoudre les problÚmes des frais élevés et de la consommation électrique de la preuve de travail, que de créer une « monnaie ultrasaine » (« ultrasound money », référence calembourdesque à la monnaie saine, de l'anglais sound money), qui serait déflationniste et dont le pouvoir d'achat croitrait en conséquence. Ces changements, qui ont altéré la sécurité du systÚme, n'ont toutefois pas abouti au résultat espéré, les utilisateurs s'étant reporté sur des alternatives (encore moins sûres) comme Solana.

Vers le saylorisme ?

Nous constatons ainsi que la communautĂ© de Bitcoin a fait une place de plus en plus grande Ă  la spĂ©culation et a laissĂ© l'avarice gagner du terrain au cours du temps, au dĂ©triment de son utilisation comme argent liquide Ă©lectronique. Cette culture a modifiĂ© l'image qu'en a le grand public : de monnaie du dark web, le bitcoin est devenu Ă  ses yeux un moyen de gagner de l'argent rapidement. Cette image a renforcĂ© la prĂ©sence des spĂ©culateurs au sein des utilisateurs, ce qui s'est reflĂ©tĂ©e par la centralisation progressive de l'activitĂ© Ă©conomique sur les plateformes de change. Tout cela affecte aussi le systĂšme en lui-mĂȘme, en avantageant la hausse du prix de l'unitĂ© de compte et en empĂȘchant les autres aspects (comme la confidentialitĂ© et la programmabilitĂ©) de se dĂ©velopper.

En particulier, cette Ă©volution a fait Ă©merger une figure majeure au sommet de la communauté : Michael Saylor. ArrivĂ© en 2020, ce dernier a su se construire une audience massive composĂ©e de millions de personnes, et constitue aujourd'hui l'un des relais d'opinion les plus influents. Il voit Bitcoin comme une monnaie de rĂ©serve, devant respecter le cadre rĂ©glementaire dressĂ© par les rĂ©gulateurs financiers et servant avant tout de base au nouveau systĂšme financier (conservation en trĂ©sorerie d'entreprise, adossement des monnaies Ă©tatiques, garantie dans les prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s, etc.) – une conception contraire Ă  tous les principes de Bitcoin, et en particulier Ă  la dĂ©sintermĂ©diation.

La communauté de Bitcoin, au lieu de rejeter ses propos comme elle le devrait, l'a accueilli à bras ouvert, lui offrant la possibilité de rédiger des préfaces, d'apparaitre dans des podcasts et allant jusqu'à l'acclamer lors de conférences. Pourquoi ? Parce qu'il annonce que le prix du bitcoin va monter énormément et parce qu'il joint le geste à la parole en achetant beaucoup de bitcoins avec la société dont il est PDG, Microstrategy.

La cupiditĂ© nous amĂšne ainsi aujourd'hui Ă  applaudir des gens qui, par leur action dans le monde, s'opposent drastiquement Ă  l'Ă©mergence d'une monnaie libre, mais font nĂ©anmoins monter le pouvoir d'achat du bitcoin. C'est le cas de Michael Saylor, mais aussi de Larry Fink (PDG de BlackRock) et de Donald Trump. Il arrivera nĂ©anmoins un moment oĂč le fait de laisser les loups rentrer dans la bergerie commencera Ă  poser des problĂšmes.


  1. Le terme « investissement » est maladroit car la thĂ©saurisation de bitcoins, au mĂȘme titre que la conservation d'or, n'est pas un investissement au sens traditionnel du terme (aucune crĂ©ation de richesse directe associĂ©e). ↩
  2. Pour une analyse plus poussĂ©e de la valorisation initiale du bitcoin, voir la section « L’émergence de la valeur du bitcoin » dans le chapitre 3 de L'ÉlĂ©gance de Bitcoin. ↩
  3. Au sens dawkinien du terme, un mĂšme est un Ă©lĂ©ment culturel reconnaissable reproduit et transmis par l'imitation. ↩
  4. Le marchĂ© haussier est appelĂ© bull market car le taureau (bull) attaque du bas vers le haut avec ses cornes. À l'inverse, l'ours (bear) reprĂ©sente le marchĂ© baissier car il attaque du haut vers le bas avec ses pattes. Le lien fort du symbole du taureau avec la finance est symbolisĂ© par le Taureau de Wall Street, sculpture situĂ©e non loin de la bourse de New York (NYSE). ↩
  5. Cette façon de donner le prix actuel des 10 000 bitcoins de Laszlo ayant servi Ă  acheter les pizzas Ă©tait, au dĂ©but, une blague, mais a depuis Ă©tĂ© pris au sĂ©rieux. Les mĂ©dias s'en donnent rĂ©guliĂšrement Ă  cƓur-joie, comme RTBF qui titrait en dĂ©cembre dernier « Cryptomonnaies : les pizzas qui valaient 1 milliard de dollars ». Ce phĂ©nomĂšne a pour effet de renforcer l'idĂ©e laquelle on ne pourrait pas utiliser ses bitcoins sans le regretter, alors qu'il suffit de les remplacer aprĂšs la dĂ©pense. ↩
  6. « Si le bitcoin continue Ă  prendre de la valeur et que les institutions financiĂšres sont de plus en plus nombreuses Ă  l'utiliser, il deviendra une monnaie de rĂ©serve sur laquelle s'appuieront des banques centrales d'un nouveau genre. » — Saifedean Ammous, The Bitcoin Standard, Wiley, 2018, p. 210 (ma traduction). ↩
  7. Sur la comparaison entre la spĂ©culation sur le bitcoin et la bulle des bulbes de tulipe de 1637, on pourra lire l'excellent ouvrage de Jacques Favier, La Monnaie Ă  pĂ©tales. ↩

L’ÉlĂ©gance de Bitcoin : un ouvrage singulier

February 21st 2024 at 10:00

En mars 2022 j’ai dĂ©cidĂ© d’écrire un livre sur Bitcoin. Cela faisait quelques temps que l’idĂ©e me trottait dans la tĂȘte, ayant accumulĂ© un certain nombre de connaissances sur le sujet et voulant exposer clairement ce que j’avais compris. Vingt-et-un mois plus tard, non sans difficultĂ©, celui-ci Ă©tait terminĂ©. Il est sorti officiellement le 31 janvier 2024 et connaĂźt depuis un lancement encourageant !

Cet article est une prĂ©sentation de cet ouvrage. Il en retrace sa longue conception, en expose le contenu gĂ©nĂ©ral et dĂ©voile quelques-uns des sujets abordĂ©s. J’espĂšre ici convaincre les quelques personnes qui hĂ©siteraient Ă  se le procurer.

Un projet de longue haleine

L’idĂ©e de ce projet de livre m’est venue progressivement, mais elle s’est imposĂ©e dans mon esprit au cours de l’hiver 2021. La France Ă©tait alors en proie Ă  la dure restriction du passe vaccinal, ce qui m’avait un peu ouvert les yeux sur les possibilitĂ©s d’évolution de notre sociĂ©tĂ©. Bitcoin reprĂ©sentait pour moi une sorte d’espoir, un outil de libertĂ© sur lequel focaliser mon attention, et je voulais partager cette vision de maniĂšre claire et complĂšte. Ayant Ă©crit plus d’une centaine d’articles sur le sujet et ayant traduit l’ouvrage Cryptoeconomics d’Eric Voskuil, j’estimais avoir la lĂ©gitimitĂ© pour Ă©crire ce livre. J’ai annoncĂ© ma dĂ©cision dĂ©but mars, quelques semaines Ă  peine aprĂšs l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’application de sanctions Ă©conomiques drastiques contre les rĂ©sidents russes.

J’ai mis au point une campagne de financement participatif en bitcoins qui permettrait de payer pour le lancement du livre et de me rĂ©munĂ©rer pour quelques mois d’écriture. Celle-ci a Ă©tĂ© mise en place sur mon propre nƓud grĂące Ă  Umbrel et BTCPay Server, et relayĂ©e via un VPS louĂ© (en BTC) chez BitLaunch. La campagne a Ă©tĂ© financĂ©e principalement en BTC, mais quelques contributions ont Ă©tĂ© aussi faites en XMR et en BCH, cryptomonnaies que j’acceptais manuellement. Diverses contreparties ont Ă©tĂ© promises aux contributeurs et ont depuis Ă  peu prĂšs toutes Ă©tĂ© honorĂ©es.

Le plan de l’ouvrage Ă©tait dĂ©jĂ  cohĂ©rent et il ne changerait pas significativement tout au long de la rĂ©daction. L’idĂ©e Ă©tait de dĂ©crire l’origine avant la destination, le pourquoi avant le comment, le gĂ©nĂ©ral avant le particulier, pour former un ensemble clair et complet. Le contenu n’était pas destinĂ© aux nouveaux venus, mais devait tout de mĂȘme rester comprĂ©hensible pour le lecteur intĂ©ressĂ©. Le propos devait se diffĂ©rencier du contenu produit par les « influenceurs » qui, en gĂ©nĂ©ral, reste souvent Ă  la surface et se limite parfois au prix et Ă  l’investissement
 Il Ă©tait ainsi nĂ©cessaire que les sujets soient traitĂ©s en profondeur, y compris d’un point de vue technique.

J’ai mis toute mon Ăąme dans ce livre. J’y ai placĂ© tout ce qui avait de l’importance pour moi, tout ce qui m’avait fascinĂ© dans Bitcoin, mĂȘme si certains sujets pouvaient ĂȘtre controversĂ©s ou complexes. J’ai essayĂ© d’ĂȘtre le plus sincĂšre dans ma dĂ©marche, en indiquant d’oĂč venait ce que j’avançais : l’ouvrage contient ainsi une multitude de rĂ©fĂ©rences dissĂ©minĂ©es au sein de centaines de notes (Ă  tel point que des notes supplĂ©mentaires ont dĂ» ĂȘtre extraites et ĂȘtre hĂ©bergĂ©es en ligne). Cet ouvrage est aussi un tĂ©moignage de ma relation avec Bitcoin, notamment dans la conclusion (chapitre 15) oĂč je donne un avis plus personnel et oĂč j’émets quelques prospectives sur Bitcoin.

Au cours de la rĂ©daction, le contenu a pu ĂȘtre amĂ©liorĂ© grĂące aux diverses relectures bĂ©nĂ©voles. Je remercie grandement ceux qui ont acceptĂ© de relire un chapitre ou deux pour me signaler ce qui n’allait pas, au niveau de la forme ou du fond. Ils sont citĂ©s au dĂ©but du livre. Cet aspect m’a fait prendre conscience que l’écriture d’un livre n’était pas une tĂąche strictement individuelle : c’est un travail menĂ© par une personne unique, certes ; mais celui-ci dĂ©pend du retour et du soutien d’autres personnes. Je n’aurais jamais pu Ă©crire ce livre seul.

Assez rapidement, j’ai eu quelques contacts avec des Ă©diteurs. J’ai finalement choisi la maison d’édition spĂ©cialisĂ©e Konsensus Network pour m’aider Ă  publier l’ouvrage. Elle Ă©tait constituĂ©e de bitcoineurs passionnĂ©s et proposait le paiement en bitcoins directement dans sa boutique, deux choses essentielles de mon point de vue. J’ai notamment Ă©tĂ© en communication avec Édouard Gallego qui m’a grandement aidĂ© dans le processus (et que je remercie infiniment).

Enfin, il m’a Ă©tĂ© conseillĂ© de trouver quelqu’un qui pourrait Ă©crire une prĂ©face, car (on ne va pas se mentir) cet Ă©lĂ©ment peut faciliter les ventes. La prĂ©face sert en effet de caution intellectuelle, garantissant une certaine qualitĂ© du propos auprĂšs du public, une sorte de validation par un pair utile au discernement individuel. J’ai ainsi dĂ» chercher un prĂ©facier. C’était une chose dĂ©licate car, de mon point de vue, la personne devait Ă  la fois m’avoir appris quelque chose (je devais lui ĂȘtre redevable) et apprĂ©cier le livre, au moins partiellement. Mon choix s’est portĂ© vers Jacques Favier, historien et co-fondateur du Cercle du Coin, que j’avais dĂ©couvert en 2017 par l’intermĂ©diaire d’une vidĂ©o de Raj de la chaĂźne Autodisciple, et dont j’avais lu l’ouvrage La Monnaie acĂ©phale co-Ă©crit avec Adli Takkal-Bataille. Jacques est quelqu’un que j’estime et dont j’apprĂ©cie les interventions orales comme Ă©crites, ainsi que les multiples livres. Il a une culture historique que je n’aurais probablement jamais et est d’une finesse remarquable quand il s’agit de parler de Bitcoin.

En octobre 2023, je lui ai formulĂ© ma demande, escomptant qu’il serait ouvert Ă  la chose, et il a acceptĂ© de relire mon manuscrit. Je savais qu’il n’apprĂ©cierait pas tout le contenu du livre, et notamment ses penchants les plus « libĂ©raux » et « autrichiens », mais j’espĂ©rais qu’il y trouverait des points qui lui plairaient. Il a finalement acceptĂ©. Il a rĂ©digĂ© une superbe prĂ©face, avec le talent d’écriture que ses lecteurs lui connaissent. Le fait que nous ayons des points de vue diffĂ©rents n’est Ă  mon avis pas un dĂ©faut, d’autant plus que j’ai voulu m’adresser Ă  tout le monde. MĂȘme s’il existe Ă©videmment des opinions erronĂ©es au sujet de Bitcoin, la diversitĂ© des points de vue est une richesse qu’il convient de cultiver. Tout comme dans la cĂ©lĂšbre fable indienne oĂč des aveugles touchent chacun une partie diffĂ©rente d’un Ă©lĂ©phant et dĂ©crivent l’animal d’une façon diffĂ©rente, nous avons tous notre perspective de Bitcoin qui peut ĂȘtre valable et complĂ©mentaire par rapport aux autres, Ă  condition d’ĂȘtre de bonne foi.

Un contenu riche

Le livre a pour objectif de donner une vue d’ensemble de Bitcoin, Ă  la fois sous des perspectives technique, historique, Ă©conomique et politique. Tout d’abord, j’aborde l’histoire de Bitcoin de ses origines en 2008 Ă  aujourd’hui (chapitres 1 et 2). Puis, j’évoque ses racines proprement dites en explorant ses fondements monĂ©taires, politiques et techniques et en retraçant comment il s’inscrit dans une Ă©volution dĂ©terminĂ©e (chapitres 3, 4, 5 et 6). Ensuite, je prĂ©sente son modĂšle de fonctionnement gĂ©nĂ©ral, qui est plutĂŽt simple quand on y pense mais terriblement efficace, en dĂ©crivant tour Ă  tour la signature numĂ©rique, le minage et la dĂ©termination du protocole (chapitres 7, 8, 9, 10, 11). Enfin, je rentre dans les dĂ©tails plus techniques en m’attardant sur les rouages de Bitcoin et en abordant des thĂšmes tels que la confidentialitĂ©, la programmabilitĂ© et la scalabilitĂ© (chapitres 12, 13, 14).

Table des matiÚres élégance de Bitcoin
Table des matiĂšres (cliquer pour agrandir)

Le contenu est donc trĂšs riche et saura contenter les plus curieux. Les sujets abordĂ©s dans le livre sont des sujets rĂ©els, profonds, et parfois complexes, qui sont rarement abordĂ©s dans les mĂ©dias gĂ©nĂ©ralistes. On alterne entre les idĂ©ologies politiques, les solutions techniques, l’utilitĂ© du systĂšme, la censure des transactions, l’altĂ©ration des rĂšgles de consensus ou les frais de transaction. Il ne s’agit pas de convaincre le lecteur d’« investir » dans le bitcoin, mais de lui faire prendre conscience des enjeux qui s’incarnent au sein mĂȘme de Bitcoin et de la bataille de la monnaie numĂ©rique qui se joue aujourd’hui mĂȘme.

Le titre de l’ouvrage – qui Ă©tait Ă  l’origine provisoire, mais qui s’est imposĂ© comme dĂ©finitif avec le temps – reflĂšte l’élĂ©gance rare qui caractĂ©rise la conception de base de Bitcoin. Dans le propos, cette Ă©lĂ©gance est en filigrane : vous ne trouverez pas de grand discours philosophique sur la beautĂ© ou de rĂ©cit grandiloquent Ă  propos d’une expĂ©rience mystique, mais vous pourrez ressentir cette Ă©lĂ©gance Ă  travers la façon dont Bitcoin est agencĂ©. Bitcoin tire sa force de cet aspect. Sa simplicitĂ© est Ă  la base de sa robustesse : comme l’écrivait Satoshi Nakamoto dans le livre blanc, « le rĂ©seau est robuste du fait de sa simplicitĂ© non structurĂ©e ».

L’image de couverture (conçue par le talentueux ImTechnicolor) reprĂ©sente Bitcoin en tant qu’arbre dont les branches sont des pistes de circuit imprimĂ© et dont les feuilles sont des pastilles. Elle combine ainsi la nature informatique du systĂšme, qu’on retrouve dans le rĂ©seau qui le supporte, et son aspect organique, liĂ© aux ĂȘtres humains et Ă  leurs interactions Ă©conomiques et culturelles. De plus, cette illustration rĂ©sumĂ© particuliĂšrement bien les diffĂ©rents thĂšmes abordĂ©s dans l’ouvrage : les racines techno-idĂ©ologiques de Bitcoin retraçant ce qui a pu mener Ă  sa dĂ©couverte ; son caractĂšre essentiellement pluriel, qui se transcrit dans les diffĂ©rentes scissions et les versions alternatives du protocole ; sa chaĂźne de blocs, que Satoshi dĂ©crivait comme « une structure en forme d’arbre qui a pour racine le bloc de genĂšse, chaque bloc pouvant avoir plusieurs candidats Ă  sa suite » ; et enfin les arbres de Merkle, qui interviennent dans les blocs pour agencer les transactions. J’en suis particuliĂšrement satisfait.

Une perspective différente

Beaucoup de contenu sur Bitcoin se concentre sur les choses qui plaisent au grand public. Le nerf de la guerre numĂ©rique Ă©tant l’attention, il faut aborder les sujets de maniĂšre pĂ©remptoire et simpliste, qui parle au plus grand nombre sans trop le bousculer. Il convient ainsi bien souvent d’évoquer le pouvoir d’achat de nos monnaies qui s’érode et le prix du bitcoin qui monte en consĂ©quence, dans une vision schĂ©matique du phĂ©nomĂšne. En gĂ©nĂ©ral, on ne cherche pas trop Ă  revenir sur les racines cypherpunks de Bitcoin, ni Ă  mettre en avant qu’il permet de contrevenir Ă  la loi positive ou de s’adonner Ă  certains vices. On Ă©vite Ă©galement de parler de ses faiblesses et de ses limites, voulant convaincre autrui d’en acheter un peu.

Étant anticonformiste, je m’oppose Ă  cette vision des choses, qui a ses mĂ©rites (je le concĂšde) mais qui ne cadre pas avec ce que Bitcoin vĂ©hicule. Je pense qu’il est profitable de dire ce qui nous semble ĂȘtre la vĂ©ritĂ© de maniĂšre crue et directe, quitte Ă  dĂ©plaire aux plus modĂ©rĂ©s. Cet ouvrage a Ă©tĂ© Ă©crit dans cette optique et de multiples sujets polĂ©miques sont abordĂ©s. En voici quelques-uns.

Bitcoin possĂšde des racines idĂ©ologiques profondes. Bitcoin n’est pas un assemblage technique neutre, mais possĂšde des valeurs qui sont inscrites dans le code du logiciel, qui peuvent ĂȘtre identifiĂ©es dans les Ă©crits de son fondateur et qui se retrouvent au sein de sa communautĂ©. La valeur principale est bien entendu la libertĂ©, le but de Bitcoin Ă©tant, comme l’écrivait Satoshi, de « conquĂ©rir un nouveau territoire de libertĂ© pour plusieurs annĂ©es ». Parmi les mouvements qui ont influencĂ© la dĂ©couverte de Bitcoin, on peut citer le libertarianisme amĂ©ricain moderne initiĂ© par Murray Rothbard dans les annĂ©es 60, l’agorisme de Samuel Konkin III, le mouvement libriste dĂ©butĂ© par Richard Stallman dans les annĂ©es 80, l’extropianisme transhumaniste de Max More, et le mouvement cypherpunk des annĂ©es 90 reprĂ©sentĂ© par Tim May. Les expĂ©riences de monnaies numĂ©riques forment aussi une indication de la longue quĂȘte qui a menĂ© Ă  la cryptomonnaie. Je ne suis Ă©videmment pas le premier Ă  parler de cette « prĂ©histoire » de Bitcoin : des livres ont Ă©tĂ© Ă©crits Ă  ce sujet – dont notamment Digital Cash de Finn Brunton et The Genesis Book d’Aaron van Wirdum, sorti trĂšs rĂ©cemment – et des Ă©pisodes de podcast y ont Ă©tĂ© consacrĂ©s – et en particulier les premiers Ă©pisodes de celui d’Urbantech.

L’argent liquide physique va disparaĂźtre. Tout comme la monnaie a transitionnĂ© de la monnaie mĂ©tallique au papier-monnaie, celle-ci subit une transformation similaire en devenant peu Ă  peu une monnaie entiĂšrement numĂ©rique. Cette Ă©volution est aujourd’hui en cours en Occident et devrait se finaliser dans les dĂ©cennies Ă  venir, sauf dans le cas d’une prise de conscience massive. Nous nous retrouverons dans un monde utilisant principalement de la monnaie numĂ©rique de banque centrale et ses dĂ©rivĂ©s privĂ©s, dans lequel le rĂŽle de l’argent liquide papier aura Ă©tĂ© rendu obsolĂšte et nĂ©gligeable. La surveillance et la censure financiĂšres pourront se dĂ©ployer comme jamais auparavant. Dans ce monde aux aspects dystopiques, Bitcoin formera une alternative cruciale pour la libertĂ©.

Bitcoin est une monnaie de dĂ©sobĂ©issance. Bitcoin n’a d’utilitĂ© propre par rapport au dollar et Ă  l’euro que dans la mesure oĂč il existe en dehors des lois et de l’intervention des banques. Par sa rĂ©sistance Ă  la censure (aspect largement mis en valeur dans le livre), cet outil est fait pour dĂ©sobĂ©ir aux autoritĂ©s en charge, chose qui peut ĂȘtre jugĂ©e lĂ©gitime ou non. Il garantit la libertĂ© de transaction pour des activitĂ©s sensibles comme la libertĂ© d’expression, l’opposition politique dans les pays, l’envoi de fonds Ă  l’étranger, et plus gĂ©nĂ©ralement l’économie parallĂšle.

L’adoption de masse n’aura pas lieu. L’adoption de masse du bitcoin est dĂ©sirable dans la mesure oĂč elle permettrait Ă  tous de disposer d’une monnaie libre, et empĂȘcherait les diverses manipulations monĂ©taires rĂ©alisĂ©es par les États et par les banques. C’est pour cela qu’elle est souvent prĂ©sentĂ©e comme un objectif Ă  atteindre, comme si les monnaies fiat pouvaient disparaĂźtre dans une hyperbitcoinisation fulgurante. Cependant, il est illusoire de croire qu’une telle adoption pourrait survenir du jour au lendemain, et tous ceux qui ont travaillĂ© sur le terrain peuvent en tĂ©moigner. L’utilisation de Bitcoin suppose des contraintes variĂ©es (comme la volatilitĂ© du pouvoir d’achat, les frais de transaction, le manque de scalabilitĂ© et la rĂ©glementation dissuasive), ce qui crĂ©e une barriĂšre Ă  l’entrĂ©e que tout le monde n’est pas prĂȘt Ă  franchir. La sobriĂ©tĂ© du discours pourrait ainsi ĂȘtre bĂ©nĂ©fique.

Le passage Ă  l’échelle se fera (aussi) par le recours aux mises en Ɠuvre alternatives de Bitcoin. Comme tout le monde le sait, Bitcoin ne passe pas Ă  l’échelle en tant que systĂšme unique : le nombre de transactions pouvant ĂȘtre incluses dans un bloc est restreint par une limite de poids de blocs, et les solutions de seconde couche censĂ©es amĂ©liorer cette capacitĂ© de traitement, comme le Lightning Network, sont par essence imparfaites, puisque reposant sur le rĂšglement des litiges sur la chaĂźne. Toutefois, il existe une troisiĂšme voie pour accroĂźtre le nombre de transferts : c’est l’utilisation de monnaies de substitution, c’est-Ă -dire de cryptomonnaies alternatives libres et dĂ©centralisĂ©es possĂ©dant des caractĂ©ristiques proches de BTC (propriĂ©tĂ© entiĂšre, rĂ©sistance Ă  la censure, rĂ©sistance Ă  l’inflation) mais n’offrant pas la mĂȘme sĂ©curitĂ©. Cet effet peut dĂ©jĂ  ĂȘtre observĂ© lors de la hausse de frais sur le rĂ©seau lorsque les utilisateurs ont recours Ă  d’autres cryptomonnaies (2023 en a Ă©tĂ© un bel exemple avec Ordinals). En parallĂšle, certaines boutiques en ligne focalisĂ©es sur Bitcoin ont compris le phĂ©nomĂšne Ă  l’instar de Bitrefill, qui accepte le litecoin (LTC) et d’autres cryptomonnaies, et de ShopInBit, qui accepte le monero (XMR). De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, cette solution pourrait s’imposer Ă  long terme de la mĂȘme maniĂšre que l’argent a pu ĂȘtre le complĂ©ment de l’or pendant des siĂšcles avant d’ĂȘtre dĂ©monĂ©tisĂ© en 1873, Ă  condition bien sĂ»r que la demande pour Bitcoin ne soit pas trop faible et qu’une solution de scalabilitĂ© rĂ©volutionnaire ne soit pas dĂ©couverte entretemps.

OĂč se procurer l’ouvrage

Vous retrouverez ainsi, dans cet ouvrage qui prĂ©sente une vision profonde et cohĂ©rente de Bitcoin, du contenu qui n’a pas forcĂ©ment Ă©tĂ© abordĂ© dans la langue de MoliĂšre. Ce sera, je l’espĂšre, une lecture qui saura se dĂ©marquer des autres.

Vous pouvez vous procurer l’ouvrage sur la boutique de Konsensus Network, oĂč il est possible de payer en BTC et en euros. Il est aussi disponible Ă  la vente sur Amazon Ă  un prix plus Ă©levĂ© et dans un format lĂ©gĂšrement diffĂ©rent : l’objet est plus grand et plus lourd, et le papier un peu plus blanc. Les Ă©valuations positives sont bien Ă©videmment les bienvenues si vous avez effectuĂ© un achat sur la plateforme rĂ©cemment ; cela aidera Ă  amĂ©liorer la visibilitĂ© du livre. Le livre peut Ă©galement ĂȘtre retrouvĂ© sur le site de la FNAC. Un format numĂ©rique (epub) devrait ĂȘtre proposĂ© prochainement, sur toutes les plateformes.

Enfin, prĂ©cisons que vingt-et-un jetons non fongibles (NFT) liĂ©s au livre ont Ă©tĂ© forgĂ©s via le protocole Ordinals, dont la liste des identifiants a Ă©tĂ© incluse dans le livre. Ils sont en voie d’ĂȘtre distribuĂ©s aux contributeurs et aux relecteurs.

[PODCAST] Bitcoin : comprendre la révolte monétaire du siÚcle

February 25th 2021 at 10:59

Je suis rĂ©cemment intervenu dans le podcast de Contrepoints pour parler de Bitcoin et de cryptomonnaie avec Pierre Schweitzer. Au-delĂ  de l’évolution du prix du bitcoin (prix qui se situait autour des 51 000 $ / 42 000 € au moment de l’enregistrement), il y a en effet beaucoup Ă  dire sur le sujet.

Les thÚmes suivants y sont abordés :

  • La rĂ©sistance Ă  la censure
  • L’origine politique de Bitcoin
  • Le problĂšme de l’amorçage
  • Le dĂ©veloppement du protocole
  • Le dĂ©bat sur la scalabilitĂ© et Bitcoin Cash
  • La religiositĂ© dans Bitcoin
  • Le rĂ©seau Lightning
  • La crĂ©ation monĂ©taire des banques centrales et le risque d’inflation
  • La potentielle rĂ©ponse des États Ă  Bitcoin
  • La confidentialitĂ© dans les cryptomonnaies
  • Les autres usages de la blockchain

Voici l’épisode du podcast :

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Description et références sur Contrepoints

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