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Cake Wallet intègre le Zcash (ZEC)

January 16th 2026 at 12:00

Le portefeuille de vie privée Cake Wallet, habituellement associé à Monero (XMR), vient de s’ouvrir à l’écosystème Zcash (ZEC), ainsi qu’à NEAR Intents. Qu’est-ce que cela change ?

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Enquête de la SEC sur Zcash (ZEC) – Le régulateur conclut son investigation

January 15th 2026 at 12:00

La cryptomonnaie anonyme Zcash (ZEC) faisait l’objet d’un début d’enquête de la Securities and Exchange Commission. Mais l’institution américaine a conclu son investigation, n’ayant pas trouvé de raison d’entamer des poursuites judiciaires. C’est une victoire pour Zcash, qui fait l’objet d’un fort enthousiasme ces derniers mois.

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Après les démissions massive, les équipes de Zcash lancent un nouveau wallet et une nouvelle startup

January 9th 2026 at 11:00

La démission massive des équipes de l’Electric Coin Company (ECC) avait jeté un pavé dans la mare cette semaine. Mais les responsables du réseau Zcash (ZEC) ont déjà pivoté vers un nouveau projet : il créent une startup et lancent un portefeuille, le cashZ. Qu’en penser ?

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Arthur Hayes avertit que Monad pourrait chuter malgré son lancement très valorisé

November 29th 2025 at 14:12
Une scène de bande dessinée typique des années 70 montre Arthur Hayes tenant un token Monad fissuré qui brille d'une lueur orange dans un bureau sombre.

Arthur Hayes suscite le débat sur le marché des cryptomonnaies avec une critique acerbe de Monad, une nouvelle blockchain layer-1 lancée avec une attention significative et un soutien industriel. Ses remarques contestent l'élan initial du projet et soulèvent des questions plus larges sur les tokens à forte valorisation soutenus par le capital-risque.

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Crypto : Zcash explose à 735 dollars et signe un retour fracassant

November 8th 2025 at 07:37
Zcash se trouve un trône crypto au sommet d’une montagne de pièces dorées. Les chiffres « 735 $ » et « +900 % » sont gravés dans le trône.

Tandis que le bitcoin s’enlise dans une adoption institutionnelle qui divise, un ancien jeton privé fait une remontée spectaculaire. En cinq semaines, Zcash (ZEC) est passé de l’oubli à une flambée de +900 %, atteignant jusqu’à 735 dollars ce vendredi, un plus haut inédit depuis près de huit ans. Stabilisé autour de 666 dollars, l’actif affiche encore une progression de 74 % sur la semaine. Ce rebond inattendu secoue le marché et ravive le débat sur la confidentialité crypto.

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+32 % en 24 heures : le ZEC de Zcash affiche la meilleure performance du top 100 crypto

October 10th 2025 at 13:00

Ces derniers jours, le ZEC de Zcash est l’une des meilleures performances du marché, notamment avec une hausse de 70 % sur 7 jours. Retour sur cette envolée significative.

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Le sabotage de Bitcoin : une critique de Hijacking Bitcoin

November 21st 2024 at 09:00

En avril dernier, l’homme d’affaires américain Roger Ver, connu pour son implication dans les premières années d’existence de Bitcoin, a publié un ouvrage pour le moins controversé. Il s’agit de Hijacking Bitcoin: The Hidden History of BTC, dont le titre peut être traduit par « Le Détournement de Bitcoin : l’histoire cachée de BTC », qu’il a coécrit avec Steve Patterson, philosophe et auteur professionnel. Ce livre, au ton pour le moins provocateur, revient sur l’évolution qu’a connue la création de Satoshi Nakamoto au fil du temps, pour montrer que le projet a été détourné de ses objectifs initiaux.

Roger Ver et Steve Patterson offrent en particulier un point de vue alternatif sur la guerre des blocs, le conflit qui a eu lieu dans la communauté de Bitcoin entre 2015 et 2017 à propos de la limite de taille des blocs (le paramètre qui restreint le nombre de transactions pouvant être effectuées sur le réseau) et qui a mené à la scission entre Bitcoin-BTC et Bitcoin Cash (BCH). Les auteurs font assez largement l’apologie de l’augmentation de la taille des blocs comme moyen de passer à l’échelle, et se rangent de ce fait dans le camp des big blockers, qui ont échoué à faire appliquer leur volonté sur le réseau principal de Bitcoin. Avec cet ouvrage, ils cherchent (entre autres) à faire concurrence à The Blocksize War, le rapport détaillé de Jonathan Bier relatant cette « guerre civile », qui est sorti en 2021 et dont une traduction en français a été réalisée en 2024. La publication de ce récit alternatif est donc une tentative de faire en sorte que l’histoire ne soit pas « écrite par les gagnants » comme le dit l’adage.

Si la vision présentée par Hijacking Bitcoin a ses faiblesses (qui seront évoquées ici), j’ai la conviction que l’ouvrage ouvre un débat à propos d’un sujet primordial et c’est pourquoi j’écris le présent article. Ayant défendu Bitcoin Cash plus que de raison par le passé, et continuant de le faire dans une moindre mesure, je pense avoir une critique originale à faire, à mi-chemin entre le mépris automatique et l’éloge dithyrambique. J’expliquerai notamment en quoi la communauté de BTC a effectivement perdu une part de son âme au cours du temps, et pourquoi, à l’inverse, les partisans invétérés de BCH se trompent quand ils prétendent que leur version de Bitcoin finira par remplacer la première.

Qui est Roger Ver ?

Hijacking Bitcoin est indissociable de son principal co-auteur, Roger Ver, qui est un personnage emblématique de l’histoire de Bitcoin. Celui-ci est en effet un influenceur de premier plan dans le secteur de la cryptomonnaie. Excellent orateur, il a su vanter les mérites de Bitcoin, répétant à l’envi que ce système novateur permettait d’envoyer de l’argent à n’importe qui, à n’importe quel moment et à n’importe quel endroit dans le monde, sans avoir à demander l’autorisation.

Roger Ver est un homme d’affaires américain. À la fin des années 90, il a fondé l’entreprise MemoryDealers, une société de revente de composants informatiques en ligne, grâce à laquelle il est devenu millionnaire au bout de quelques années. En parallèle, il a développé des convictions libertariennes, notamment en lisant Murray Rothbard. Il entretient également une passion pour l’évolution technique et le transhumanisme, ayant été influencé par le futurologue Ray Kurzweil.

Il a découvert Bitcoin à la fin de l’année 2010 grâce à un épisode de Free Talk Live, une émission de webradio libertarienne aux États-Unis. Il s’est rapidement pris de passion pour la création de Satoshi Nakamoto, et s’est procuré ses premiers bitcoins « pour moins d’un dollar chacun » (p. 2). Au printemps 2011, il a commencé immédiatement à accepter les paiements en bitcoins avec sa société MemoryDealers. Il a investi dans les premiers projets liés à Bitcoin comme le processeur de paiement BitPay, le portefeuille Blockchain.info ou le service de change BitInstant. En 2013, suite à la hausse du cours du BTC, il a fait un don à hauteur d’un million de dollars à la Foundation for Economic Education, un think tank libertarien dédié à la promotion de la liberté individuelle, de l’économie de marché et de l’entrepreneuriat.

Entre 2012 et 2014, il a géré la plateforme BitcoinStore.com, qui vendait du matériel informatique en bitcoins. Depuis 2015, il est propriétaire de l’entreprise Bitcoin.com, qui héberge un site d’actualité et maintient un portefeuille mobile performant.

Il est devenu au fil du temps l’un des promoteurs les plus zélés de Bitcoin, ce qui lui a valu le surnom de « Bitcoin Jesus » : le « Jésus de Bitcoin ». Il est apparu dans le documentaire The Bitcoin Gospel diffusé le 1er novembre 2015 sur la chaîne Youtube du groupe audiovisuel néerlandais VPRO. Nombre de bitcoineurs le sont devenus grâce à lui.

En outre, Roger Ver a été un acteur influent dans la communauté au cours de la guerre des blocs. En 2016, après les tentatives infructueuses de Bitcoin XT et de Bitcoin Classic, il a soutenu l’initiative de Bitcoin Unlimited, qui voulait modifier la façon de calculer la limite de taille des blocs. En 2017, il a ensuite soutenu le plan de modification de SegWit2X qui visait à activer SegWit et à doubler la taille limite des blocs, contre l’avis des développeurs de Bitcoin Core et d’une partie de la communauté. Après l’échec de ce plan en novembre 2017, il est devenu un fervent partisan de Bitcoin Cash, ce qu’il est resté jusqu’à aujourd’hui malgré les difficultés rencontrées par cette version alternative de Bitcoin.

Anarcho-capitaliste, Roger Ver a très vite entretenu une relation conflictuelle avec l’État. En 2002, il a passé 5 mois en prison pour avoir vendu des feux d’artifice sans licence, et s’est par la suite expatrié au Japon. En 2014, il a abandonné sa nationalité étasunienne, en vue d’arrêter de financer l’État fédéral depuis l’étranger (ce à quoi il était contraint jusqu’alors, conformément au principe de l’impôt sur la nationalité). Il a pour cela acquis la citoyenneté de Saint-Christophe-et-Niévès, une petite île des Caraïbes reconnue pour être un paradis fiscal.

Les États-Unis ne l’ont cependant pas oublié. À la fin du mois d’avril 2024, juste après la publication de son livre, il a été arrêté en Espagne en vue d’une extradition vers les États-Unis. Il a été accusé de ne pas avoir déclaré tous les bitcoins qu’il avait emporté avec lui en 2014, pour lesquels il aurait dû payer une taxe sur la plus-value (le « manque à gagner » revendiqué par l’IRS est estimé à 48 millions de dollars). Il est vraisemblable que cette arrestation (dix ans après les faits !) a un objectif politique, et qu’elle s’inscrit dans l’offensive récente contre l’utilisation anonyme de la cryptomonnaie, ouverte par l’arrestation des fondateurs de Samourai Wallet le 24 avril dernier.

Même si l’engagement de Roger Ver dans ce livre est fort, il ne l’a — à mon avis — pas rédigé lui-même et a délégué la tâche à Steve Patterson, dont le métier est de produire du contenu sur Internet et ailleurs. Ce dernier, qui est un big blocker convaincu et qui a soutenu Bitcoin SV pendant un temps, a ainsi pu influencer fortement le texte et y inclure quelques-unes de ses conceptions.

L’altération de la vision originelle

L’ouvrage commence par présenter la vision originelle de Bitcoin telle qu’exposée par Satoshi Nakamoto lorsqu’il était encore là. Puis, les auteurs expliquent en quoi elle a été dévoyée au profit d’une vision centrée sur l’appât du gain. Cette lente évolution s’est traduite par une intégration progressive dans le système financier traditionnel et par une collaboration accrue avec les autorités, allant à l’encontre du caractère rebelle et anarchiste du Bitcoin initial.

Au début, Bitcoin était vanté comme un moyen permettant de réaliser des paiements sans tiers de confiance. Le livre blanc, publié le 31 octobre 2008 par Satoshi Nakamoto, était consacré au problème des paiements en ligne, qui est évoqué dans le résumé et qui est le sujet de l’introduction. Au cours des quelques années où il a été actif, Satoshi a parlé de ce sujet à plusieurs reprises, allant même jusqu’à concevoir que Bitcoin pourrait finir par être utilisé pour les micropaiements ! Même s’il a évoqué la notion d’investissement et la limite des 21 millions, cette propriété était secondaire à ses yeux, et était plus un argument de vente pour amorcer le système qu’autre chose.

En 2011, alors que Satoshi disparaissait, cette idée d’un bitcoin qui servirait de moyen de paiement était claire. Les utilisateurs étaient principalement des technophiles et des libertariens, qui étaient intéressés pour réaliser des transactions. Les premiers portefeuilles légers, permettant de gérer des fonds sur mobile, faisaient leur apparition. On voyait aussi émerger des processeurs de paiement comme BitPay. Enfin, la place de marché du dark web Silk Road était en plein essor, et allait devenir le premier cas d’utilisation majeur de Bitcoin !

Ainsi, durant les premières années d’existence de Bitcoin, c’était bel et bien la fonction de moyen de paiement qui était à l’honneur, en paroles et en actions, mais la situation a peu à peu changé au cours du temps. À partir de 2013–2014, le discours a commencé à se transformer et à se focaliser de plus de plus sur la fonction de réserve de valeur, Bitcoin devenant un « or numérique ». Cette vision est devenue majoritaire en 2017, suite à quoi elle a été promue par des personnes comme Saifedean Ammous (l’auteur de L’Étalon-bitcoin), Tuur Demeester (analyste pour Adamant Research) ou encore Dan Held (directeur du marketing chez Kraken). Comme l’expliquent Roger Ver et Steve Patterson :

« Au sein de la communauté de Bitcoin, le discours s’est peu à peu éloigné du concept d’argent liquide numérique pour s’orienter vers la notion de réserve de valeur en l’espace de quelques années. Encore en 2016, la majorité des bitcoineurs continuaient à promouvoir le système en tant que monnaie en ligne – ou, comme ils aimaient l’appeler, « la monnaie magique d’Internet » – raison pour laquelle on se réjouissait chaque fois qu’une nouvelle entreprise annonçait qu’elle acceptait le bitcoin comme moyen de paiement. Avec chaque nouveau commerçant qui commençait à l’accepter, Bitcoin gagnait en crédibilité et en utilité. Mais après la flambée des frais fin 2017, les partisans les plus influents de BTC, plutôt que d’admettre qu’il y avait un problème, se sont clairement mis à changer leur discours – car si Bitcoin n’était qu’une réserve de valeur, alors les frais élevés n’avaient pas d’importance après tout. Ces dernières années, on a même encouragé les gens à ne pas dépenser leurs bitcoins dans le commerce, le BTC étant destiné à être acheté et détenu indéfiniment. » (p. 29)

Cette dérive désole profondément Roger Ver et Steve Patterson, qui lui reprochent notamment son manque d’ambition idéologique. Plutôt que de dépenser ses bitcoins, cette conception de Bitcoin incite les gens à conserver leurs bitcoins et à utiliser plutôt leurs euros. Or, d’après eux (p. 7), un tel résultat se situe bien en dessous de l’objectif révolutionnaire initial. Dans cette situation, L’État pourrait garder son contrôle sur l’économie, tout en autorisant les individus à « stocker de la valeur » dans un nouvel actif à la mode, similaire à l’or, à condition qu’ils paient leurs impôts évidemment. Pour reprendre l’expression de John Ratcliff (citée dans le livre à la page 168) : « l’État se fiche éperdument de l’existence d’une nouvelle « classe d’actifs » […] ce qui le préoccupe, c’est le fait que les gens puissent transférer cette valeur sans qu’il puisse la suivre et l’intercepter ».

Ce dévoiement a mené à une intégration de plus en plus poussée dans le système financier traditionnel. Cette dernière évolution s’est manifestée en début d’année aux États-Unis par l’approbation des ETF au comptant par la SEC, qui permettent aux institutions de détenir du bitcoin de manière simple, et par la récente promesse faite par le président élu, Donald Trump, de mettre en place une réserve stratégique en bitcoin pour l’État fédéral. La tendance est à l’autorisation de la conservation de bitcoin dans la limite des réglementations financières. Cette tendance, si elle se poursuivait, mènerait le bitcoin à n’être transféré qu’occasionnellement et à servir principalement de garantie dans le cadre de prêts collatéralisés. Il ne s’agirait plus d’un concurrent au dollar comme on l’entendait dans ses premières années d’existence, et c’est précisément le reproche fait par Roger Ver ici.

La question du passage à l’échelle

Dans un deuxième temps, les auteurs mettent en relation cette lente évolution du discours avec la question du passage à l’échelle, c’est-à-dire de l’impact de l’utilisation de la chaîne sur la décentralisation du réseau. Comme nous l’avons laissé entendre, Roger Ver et Steve Patterson sont des big blockers, qui prônent l’accroissement de l’activité sur la chaîne pour répondre à la demande, ce qui passerait par l’augmentation significative (voire la suppression) de la taille limite des blocs. Cette conception correspond bien à leur vision de Bitcoin comme un système de paiement avant tout.

C’est pourquoi ils prétendent que le maintien de la taille des blocs à un niveau bas provient d’une volonté de faire de Bitcoin une réserve de valeur, fonction qui ne requiert pas une capacité transactionnelle énorme. Ils voient cette limitation comme une façon d’handicaper le réseau pour les paiements. En effet, en limitant la taille maximale des blocs, on fait augmenter les frais de transaction : plus l’espace de bloc est limité à un niveau bien inférieur à la demande, plus le prix pour l’inclusion dans un bloc est élevé. De ce fait, les transferts déplaçant peu de valeur ont tendance à être exclus : en 2017, la hausse des frais liée à l’atteinte de la limite a ainsi commencé à décourager les transactions courantes, poussant de nombreux commerçants à ne plus recevoir de bitcoin, comme Steam en 2017. Ç’a été une tragédie pour l’utilisation du bitcoin comme moyen de paiement.

Bien entendu, les small blockers ont un discours complètement différent. Pour eux, la restriction de la capacité du réseau vise à minimiser le coût de fonctionnement des nœuds, de sorte à maximiser la décentralisation potentielle du réseau, et donc sa résistance aux attaques. Durant la guerre des blocs ils n’étaient pas nécessairement opposés à son usage comme moyen de paiement courant, mais voyaient les effets néfastes d’une telle utilisation sur la chaîne. C’est pourquoi ils prônaient plutôt le passage par des solutions de surcouche comme le réseau Lightning pour satisfaire cet usage, ce qui est devenu la vision majoritaire dans la communauté de BTC aujourd’hui.

Roger Ver et Steve Patterson critiquent cette façon de voir les choses de façon acerbe. Ils pensent qu’il n’y a pas lieu de limiter la capacité transactionnelle à ce point. Pour eux, les utilisateurs de BTC « paient des frais extrêmement élevés sans raison valable » (p. 30). Les auteurs rejettent notamment l’importance des nœuds complets mise en avant par les small blockers, qualifiant leur argumentaire de « religion des nœuds » (p. 52). Ils avancent (conformément à Brian Armstrong en 2016) que les mineurs décident des règles du protocole de manière collective, mais qu’ils n’ont pas intérêt à modifier arbitrairement le protocole. Le rôle des nœuds non miniers est ainsi secondaire, n’intervenant que pour signaler un changement de règle aux utilisateurs.

De ce point de vue, les auteurs ignorent sciemment les enseignements qui ont pu émerger au cours des dernières années et conservent une vision grossière des choses. Ils peinent à voir le compromis qui est réalisé à chaque bloc sur la chaîne de Bitcoin. De plus, ils continuent de soutenir que les mineurs décident des règles, ce qui a été largement invalidé par la raison et par la pratique (annulation de SegWit2X) depuis la guerre des blocs.

Cette position est dommageable, car elle renforce le préjugé négatif contre les auteurs, rendant le reste du discours inaudible. En particulier, elle détourne la réelle critique qu’il y aurait à apporter à l’endroit du niveau arbitraire choisi pour la taille des blocs. En effet, l’inflexibilité à propos de ce critère n’a en effet pas de raison d’être, hormis la stabilité à long terme du système, et le niveau actuel n’a de toute évidence pas été déterminé scientifiquement.

Une histoire alternative de la guerre des blocs

Outre ces deux prises de position concernant l’utilisation et le passage à l’échelle de Bitcoin, Hijacking Bitcoin à la mérite d’apporter une autre version de l’histoire de la guerre des blocs, émanant du point de vue des big blockers. Roger Ver et Steve Patterson y dénoncent les méthodes de communication des partisans des petits blocs, qu’ils jugent être de la « pure propagande » (p. 121), et les manœuvres utilisées par les partisans des petits blocs pour parvenir à leurs fins, qui n’ont pas (il faut le dire) toujours été honorables.

Les auteurs reviennent d’abord sur la modification du discours sur la taille des blocs, qui s’est produite à partir de 2013. Ils insistent sur le rôle du développeur Peter Todd (récemment désigné comme étant Satoshi Nakamoto par Cullen Hoback dans son documentaire diffusé sur HBO) dans ce lent glissement. Peter Todd est en effet à l’origine d’une vidéo sortie en 2013 qui promouvait une restriction de la taille maximale des blocs à 1 Mo (p. 112). Il a également été le promoteur principal de Replace-by-Fee, une méthode de remplacement des transactions avant inclusion dans un bloc, qui affaiblit considérablement l’acception instantanée en 0-conf, viable pour les petits montants (p. 117). Les auteurs évoquent les échanges que Peter Todd a eu avec John Dillon, un personnage mystérieux qui le soutenait financièrement et qui a admis travailler pour une agence de renseignement (p.122).

Les auteurs laissent ainsi entendre qu’il y a eu un effort de l’establishment politique et financier pour neutraliser Bitcoin. Dans la même veine, ils évoquent aussi la création de Blockstream en 2014 et son financement par AXA et d’autres acteurs financiers du monde traditionnel (p. 130). Blockstream a été fondée pour mettre sur pied des solutions de seconde couche où elle gagnerait de l’argent (Liquid) et avait tout intérêt à ce que Bitcoin ne soit pas efficace on-chain. De ce fait, en employant plusieurs développeurs de Bitcoin Core (l’implémentation logicielle principale de Bitcoin), elle a pu influencer la direction prise par BTC (p. 141).

Les éléments sont sourcés et il serait étonnant que Bitcoin ait entièrement échappé à certaines influences des autorités en place. Toutefois, les auteurs ont tendance à renverser la causalité et à voir un complot où il n’y en a pas forcément. Dans le cas de Blockstream, ce n’est pas parce que la société développait des solutions de seconde couche qu’elle a cherché à « bloquer le flux » (block the stream) des transactions sur la chaîne ; c’est plutôt parce que ses fondateurs étaient convaincus que Bitcoin ne passe pas à l’échelle qu’ils ont créé Blockstream pour mettre sur pied ces solutions.

Par la suite, les auteurs rappellent quelques-unes des méthodes malhonnêtes employées pendant la guerre des blocs. Ils évoquent la censure des discussions sur Reddit à partir de 2015 (p. 164), les attaques par déni de service contre les nœuds de Bitcoin XT (pp. 168–170), la proposition de modifier le livre blanc en 2016 (pp. 193–194), l’utilisation du site Bitcoin.org dans le débat sur SegWit2X en 2017 (pp. 207–209), l’envoi d’une lettre à la SEC pour qu’elle prenne position dans ce même débat (pp. 210–211) et enfin l’emploi du terme péjoratif « Bcash » pour délégitimer Bitcoin Cash en tant que candidat au nom de Bitcoin (pp. 224–225). Il est salutaire que ce côté de l’histoire soit rappelé : toutes ces méthodes sont discutables et il est normal de rappeler qu’elles ont été employées, même si l’objectif final pouvait être louable.

Bitcoin Cash, un remède ?

Dans la dernière partie du livre, Roger Ver et Steve Patterson abordent le sujet de Bitcoin Cash. Cette cryptomonnaie est préconisée comme remède, comme une façon de « reconquérir Bitcoin » (p. 217). Ce soutien n’est pas exclusif : de manière générale, Roger Ver n’est pas maximaliste et promeut l’utilisation de « tout ce qui fonctionne », recommandant d’autres cryptomonnaies comme Monero, ZCash ou encore Zano. Cependant, Bitcoin Cash est le système mis en avant dans le livre, en raison de sa filiation historique.

Bitcoin Cash a été créé le 1er août 2017 par un hard fork, en continuité de la chaîne de blocs de Bitcoin. Il différait de Bitcoin par le fait qu’il augmentait la taille maximale des blocs à 8 Mo et n’intégrait pas SegWit. Après des débuts difficiles, il a connu son heure de gloire suite à l’annulation du doublement de la capacité transactionnelle (SegWit2X) pour BTC en novembre 2017. À la fin de l’année, le prix du BCH atteignait les 3 000 $ et représentait 20 % de la valeur d’échange du BTC.

Pour défendre Bitcoin Cash, les auteurs prétendent qu’il s’agit du « vrai Bitcoin » (p. 220) car il respecte davantage les objectifs initiaux de Satoshi Nakamoto. Si je suis sceptique sur le fait qu’il existe un « vrai Bitcoin », je peux au moins leur accorder qu’il est tout à fait légitime de réaliser une scission comme celle-ci, si l’on sent que la version principale a dévié de ce qu’on considérait être le but de Bitcoin.

En plus de l’augmentation de la capacité transactionnelle, Bitcoin Cash a adopté un certain nombre de changements au cours des années (p. 233–237) : l’augmentation de la taille d’inscription sur la chaîne (OP_RETURN), la réactivation d’anciens codes opération (OP_CAT, OP_MUL, etc.) ainsi que l’ajout de nouvelles instructions améliorant la flexibilité du langage de script (OP_CHECKDATASIG, Native Introspection Opcodes), l’intégration des signatures de Schnorr, l’amélioration de l’algorithme de difficulté (aserti3-2d), le support de jetons natifs (CashTokens) et une taille limite des blocs adaptative (Adaptive Blocksize Limit Algorithm) ajoutée en mai 2024. Ces innovations ont soutenu l’apparition de services intéressants comme le module de mélange de pièces CashFusion et le service de finance décentralisée BCH Bull.

Toutefois, ces améliorations n’ont pas su attirer le public voulu. Bitcoin Cash n’a jamais pu retrouver l’exposition qu’il avait réussi à obtenir à ses débuts et n’a pas connu le succès escompté. Il a en particulier souffert de son effet de réseau moindre par rapport à Bitcoin, qui a fait que les gens ont préféré Bitcoin par défaut, quand bien même ce dernier convenait moins à leurs besoins transactionnels.

De plus, la communauté de Bitcoin Cash a été en proie à une série de conflits internes (p. 239). L’ouverture du débat et le fait que les hard forks étaient relativement bien vus, ont mené à deux scissions majeures, dans lesquelles Roger Ver a joué un rôle de premier plan. La première a été celle avec BSV en 2018, la cryptomonnaie de Craig Wright (prétendant au titre de Satoshi Nakamoto), qui avait supprimé la règle limitant la taille des blocs et dont la communauté s’était mis en tête d’inscrire tout sur la chaîne (Métanet). La seconde scission a été celle avec XEC en 2020, le système « eCash » d’Amaury Séchet, le développeur principal de Bitcoin ABC, l’implémentation de référence de Bitcoin Cash jusqu’à cette date.

Les auteurs croient que le relatif échec de Bitcoin Cash peut être inversé et qu’il peut remplacer BTC sur le trône de la première cryptomonnaie. Pour eux, BTC n’a pas d’utilité et est un objet spéculatif sans valeur. Cependant, il s’agit encore une fois d’une demi-vérité : certes, le prix du BTC est augmenté par le phénomène spéculatif, mais cela ne veut pas dire qu’il y a pas d’utilisation non spéculative. Même si les frais sont élevés, l’utilisation de la chaîne de Bitcoin peut toujours se borner aux transferts déplaçant beaucoup de valeur : financements d’initiatives politiques, achats de biens onéreux, paiements de salaires, échanges contre de la monnaie fiat, ouvertures de canaux Lightning, etc. Bitcoin est un système d’« or numérique » dans le sens où il est particulièrement adapté aux grosses transactions.

Dans cet ordre des choses, Bitcoin Cash ne deviendra pas le protocole numéro 1. Mais il peut rester une cryptomonnaie complémentaire, dédiée aux transferts de petites sommes et aux smart contracts de tous les jours, une résurgence de l’argent ou du cuivre dans le numérique, si l’on reprend l’analogie avec les métaux précieux. Bitcoin Cash est le candidat idéal pour cela : il constitue en effet l’une des cryptomonnaies alternatives les moins corruptibles aujourd’hui avec Monero.

Un livre qui invite à la réflexion

Sans surprise, conformément au ton tranchant de Roger Ver, Hijacking Bitcoin a le mérite d’être un livre entier, avec des forces et des faiblesses. On y retrouve l’essentiel de l’argumentaire tenu par les big blockers au cours des années, sous une forme organisée et bien documentée. Le bitcoineur (même s’il est maximaliste) y trouvera une source de réflexions sans pareille : si les critiques peuvent être partiellement invalidées, elles ne sont pas dénuées de fondement, et cela est bon pour Bitcoin.

Je crois que la principale conclusion à tirer de cet ouvrage, c’est que Bitcoin peut être corrompu, et qu’il l’a bien été dans une certaine mesure, même si cette corruption est plus subtile que Roger Ver et Steve Patterson ne l’imaginent. Les êtres humains sont profondément faillibles et influençables, si bien qu’un mouvement social qui prend de l’ampleur va toujours se voir être « infiltré de l’intérieur ». Si Bitcoin représente bien une menace pour le pouvoir en place, alors il est logique qu’il soit « récupéré », d’une façon ou d’une autre.

Aujourd’hui, le conflit majeur ne porte plus sur la taille des blocs. La question a été largement débattue, et même si nous pouvons discuter du niveau de ce critère, le principe de la limite n’est plus vraiment remis en question.

Ainsi, l’ennemi de BTC n’est pas le « big-blockisme », Bitcoin Cash ou Roger Ver, qui sont largement minoritaires. L’ennemi, c’est plutôt le saylorisme, la doctrine soutenue par Michael Saylor, le patron de Microstrategy, qui veut faire du bitcoin un outil de conservation de valeur entièrement réglementé qui servirait de garantie dans les prêts collatéralisés. L’ennemi, c’est l’idée selon laquelle seul le prix compte, quitte à revenir sur les principes fondateurs de Bitcoin pour le faire augmenter. L’ennemi, c’est la progression insidieuse de l’avarice dans la communauté, qui nous coupe de nos inspirations initiales et qui décourage la bonne adoption. Mais nous en reparlerons une autre fois.

Merci à Édouard pour sa relecture.

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bitcoin

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Cryptomonnaies et casinos en ligne : une fusion révolutionnaire

September 27th 2023 at 15:59

Temps de lecture : 4 minutesLes casinos en ligne ont toujours été à la pointe de la technologie, cherchant constamment à exploiter les dernières innovations pour offrir une meilleure expérience à leurs utilisateurs. Les cryptomonnaies, avec leur caractère anonyme et sécurisé, semblent être une correspondance parfaite pour les plateformes de jeux en ligne. Découvrons comment ces monnaies virtuelles influencent le […]

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Options de dépôt avec les cryptomonnaies dans les casinos en ligne

August 31st 2023 at 16:05

Temps de lecture : 4 minutesOptions de dépôt avec les cryptomonnaies dans les casinos en ligne Les cryptomonnaies, ces monnaies numériques décentralisées, ont fait irruption sur la scène financière mondiale ces dernières années. Avec leur popularité croissante, il n’est pas surprenant que de nombreux casinos en ligne aient commencé à les accepter comme moyen de dépôt. Dans cet article, nous […]

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Tornado Cash : la preuve qu'on ne peut pas tuer une application décentralisée

January 10th 2023 at 12:00

Environ 6 mois après avoir été blacklisté par le Trésor Américain, le mixeur Tornado Cash est toujours fonctionnel et actif. Bien qu'il soit devenu plus difficile d'y accéder, voici une preuve qu'il est quasiment impossible de fermer une application décentralisée. Analysons la situation de Tornado Cash aujourd'hui.

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Le bloc de genèse de Bitcoin

March 24th 2022 at 09:00

Lorsqu'il a conçu le prototype de Bitcoin en janvier 2009, Satoshi Nakamoto a dû construire un premier bloc à partir duquel la chaîne s'est allongée. Ce bloc il l'a appelé le bloc de genèse (« genesis block » en anglais) en référence au premier livre de la Torah et de la Bible, qui raconte la création du monde par Dieu.

Par convention, on considère qu'il s'agit du bloc de hauteur 0 (ou « bloc 0 ») au-dessus duquel les autres blocs sont successivement empilés. Examinons plus en détail ce que contient cet élément fondateur de Bitcoin en procédant à une dissection minutieuse !

 

Un bloc fondateur

Le bloc de genèse est une donnée essentielle du protocole Bitcoin car il constitue la base à partir de laquelle on peut déterminer la chaîne la plus longue (c'est-à-dire celle ayant le plus de preuve de travail accumulée) et par conséquent la validité des transactions du registre. Il est théoriquement le seul bloc à devoir être inscrit en dur dans le protocole, même si d'autres l'ont été par la suite.

Tel que l'écrivait Satoshi Nakamoto :

« La chaîne de blocs est une structure en forme d'arbre qui a pour racine le bloc de genèse, chaque bloc pouvant avoir plusieurs candidats à sa suite. »

Bloc de genèse embranchements

Le code de novembre 2008 (fourni par Satoshi à Hal Finney, Ray Dillinger et James A. Donald notamment) contenait déjà une première version du bloc de genèse, horodatée au 10 septembre 2008, 18:02:08 UTC. Néanmoins, un nouveau bloc a été construit en janvier 2009 spécialement pour le lancement du prototype.

Le bloc de genèse que nous connaissons est ainsi présent dans la version 0.1 du logiciel de Bitcoin, publiée le 8 janvier 2009. Un commentaire au sein du code le décrit :

Genesis Block:
GetHash()      = 0x000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f
hashMerkleRoot = 0x4a5e1e4baab89f3a32518a88c31bc87f618f76673e2cc77ab2127b7afdeda33b
txNew.vin[0].scriptSig     = 486604799 4 0x736B6E616220726F662074756F6C69616220646E6F63657320666F206B6E697262206E6F20726F6C6C65636E61684320393030322F6E614A2F33302073656D695420656854
txNew.vout[0].nValue       = 5000000000
txNew.vout[0].scriptPubKey = 0x5F1DF16B2B704C8A578D0BBAF74D385CDE12C11EE50455F3C438EF4C3FBCF649B6DE611FEAE06279A60939E028A8D65C10B73071A6F16719274855FEB0FD8A6704 OP_CHECKSIG
block.nVersion = 1
block.nTime    = 1231006505
block.nBits    = 0x1d00ffff
block.nNonce   = 2083236893
CBlock(hash=000000000019d6, ver=1, hashPrevBlock=00000000000000, hashMerkleRoot=4a5e1e, nTime=1231006505, nBits=1d00ffff, nNonce=2083236893, vtx=1)
  CTransaction(hash=4a5e1e, ver=1, vin.size=1, vout.size=1, nLockTime=0)
    CTxIn(COutPoint(000000, -1), coinbase 04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73)
    CTxOut(nValue=50.00000000, scriptPubKey=0x5F1DF16B2B704C8A578D0B)
  vMerkleTree: 4a5e1e

Ce bloc pèse très exactement 285 octets. Le voici représenté en hexadécimal brut :

0100000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000003ba3edfd7a7b12b27ac72c3e67768f617fc81bc3888a51323a9fb8aa4b1e5e4a29ab5f49ffff001d1dac2b7c0101000000010000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000ffffffff4d04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73ffffffff0100f2052a01000000434104678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5fac00000000

Le bloc de genèse est composé d'un entête de 80 octets et d'une unique transaction, la transaction de récompense. Son identifiant (le résultat du hachage de l'entête par double SHA-256) est 000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f. Les zéros qui débutent cet identifiant indiquent qu'une preuve de travail a été réalisée.

Notez que les différentes informations contenues dans le bloc sont souvent transmises avec un ordre des octets inverse (dit « little-endian » ou « petit-boutiste »). Nous donnerons ici les informations dans l'ordre ordinaire (qu'on appelle « big-endian » ou « gros-boutiste ») à l'aide du préfixe 0x.

 

L'entête

Comme tous les blocs dans le protocole, le bloc de genèse possède un entête donnant 6 informations différentes. Voici cet entête en détail :

01000000 - version
0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 - identifiant du bloc précédent
3ba3edfd7a7b12b27ac72c3e67768f617fc81bc3888a51323a9fb8aa4b1e5e4a - racine de Merkle
29ab5f49 - horodatage
ffff001d - valeur cible
1dac2b7c - nonce

 

La version du bloc

0x00000001

La version du bloc indique l'ensemble des règles respectées par le bloc. Cette version 1 indiquait un respect des règles du protocole originel défini par Satoshi. D'autres versions ont été introduites plus tard : la version 2 pour l'application du BIP-34 en mars 2013, la version 3 pour l'activation du BIP-66 en juillet 2015, et la version 4 pour celle du BIP-65 en décembre 2015. Le champ de version a par la suite été utilisé pour que les mineurs signalent leur intention d'appliquer un soft fork (conformément au BIP-9).

 

L'identifiant du bloc précédent

0x0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000

Puisqu'il s'agit du premier bloc de la chaîne, le champ utilisé pour donner l'identifiant du bloc précédent est fixé à zéro par convention.

 

La racine de Merkle

0x4a5e1e4baab89f3a32518a88c31bc87f618f76673e2cc77ab2127b7afdeda33b

La racine de Merkle correspond à l'empreinte finale de l'arbre de Merkle des transactions. Puisqu'il n'y a qu'une seule transaction dans le bloc de genèse, il s'agit simplement de l'identifiant de cette transaction.

 

L'horodatage

0x495fab29

L'horodatage indique la date et l'heure à laquelle le mineur a trouvé le bloc. Il est donné par le nombre de secondes depuis le 1er janvier 1970 00:00:00 UTC. Ici, le nombre correspond à 1 231 006 505 secondes : le bloc de genèse est donc horodaté au 3 janvier 2009 à 18:15:05 UTC.

Toutefois, il ne faut pas croire que cet horodatage indique l'instant précis du lancement effectif du réseau. Ce dernier a en effet été réalisé un peu plus tardivement : le bloc 1 est ainsi horodaté au 9 janvier 2009 à 02:54:25 UTC, soit 5 jours, 8 heures, 39 minutes et 20 secondes plus tard.

 

La valeur cible

0x1d00ffff

La valeur cible est la valeur minimale que l'identifiant du bloc peut avoir pour que ce dernier constitue une solution au problème de preuve de travail de Bitcoin. Moins cette valeur cible est haute, plus il est facile de trouver une solution et de miner un bloc. Elle est donc inversement proportionnelle à la difficulté du réseau.

La valeur cible du bloc de genèse correspond à la plus grande valeur possible dans Bitcoin, ou la difficulté la plus basse pour le dire autrement. Elle est encodée comme un nombre flottant où le premier octet représente un exposant et où la mantisse est déterminée par les 3 octets suivants. Ici, elle est égale à 0x00ffff × 256(0x1d - 3) c'est-à-dire 0x00000000ffff0000000000000000000000000000000000000000000000000000.

La preuve de travail du bloc est valide car l'identifiant est effectivement (largement) inférieur à cette valeur cible :

0x000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f ≤
0x00000000ffff0000000000000000000000000000000000000000000000000000

On définit la difficulté du minage comme l'inverse de la valeur cible multipliée par la valeur cible de base :

difficulté = cible_de_base / cible

La difficulté du bloc de genèse est donc de 1.

Après le lancement du réseau, la difficulté a stagné à ce niveau pendant près d'un an avant d'enfin commencer à augmenter le 30 décembre 2009.

Au sein du code, le champ de la valeur cible est appelé nBits, car ce paramètre désignait (avant que Satoshi n'en modifie le sens) le nombre de bits de tête à mettre à zéro pour que la solution soit valide. Dans la version de novembre 2008, le champ était en effet fixé à 20, ce qui correspondait à 5 zéros de tête en représentation hexadécimale, soit une valeur cible de 0x00000fffff....

 

Le nonce

0x7c2bac1d

Le nonce (mot qui provient de l'expression anglaise « for the nonce » signifiant « pour la circonstance, pour l'occasion ») désigne le nombre que le mineur fait varier pour calculer la preuve de travail. Il n'a aucune signification particulière, étant déterminé au hasard.

 

L'ensemble des transactions

L'ensemble des transactions forme la seconde partie du bloc. Le voici en détail :

01 - nombre de transactions
01000000 - version
01 - nombre d'entrées
0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 - identifiant de transaction de la sortie précédente
ffffffff - index de la sortie précédente
4d - taille du script de déverrouillage
04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73 - script de déverrouillage
ffffffff - numéro de séquence
01 - nombre de sorties
00f2052a01000000 - montant
43 - taille du script de verrouillage
4104678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5fac - script de verrouillage
00000000 - temps de verrouillage

 

Le nombre de transactions

0x01

Le bloc contient une seule transaction : la transaction de récompense qui rémunère le mineur (ici Satoshi) pour la preuve de travail réalisée. Le bloc ne comporte ainsi aucune autre transaction, tout comme les blocs minés dans les premiers jours. Il a fallu attendre le 12 janvier et le bloc 170 pour voir la première transaction effective du réseau être confirmée : celle entre Satoshi et Hal Finney.

Toutes les données restantes du bloc appartiennent à la transaction de récompense.

 

La version de la transaction

0x00000001

La version de la transaction indique comment celle-ci doit être interprétée. Elle est fixée à 1 conformément au protocole initial. Aujourd'hui, il existe également une version 2 qui autorise l'usage des verrous temporels relatifs (voir BIP-68).

 

Le nombre d'entrées de la transaction

0x01

La transaction contient une seule entrée : la base de pièce, ou coinbase, qui permet de créer ex nihilo les nouveaux bitcoins et de recueillir les frais de transaction. Cette entrée est donc purement superflue, mais permet de conserver une certaine cohérence dans l'implémentation logicielle. Elle est constituée des champs identifiant la sortie précédente (théorique), d'un script de déverrouillage et d'un numéro de séquence.

 

L'identifiant de transaction de la sortie précédente

0x0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000

Ce champ est utilisé dans les transactions pour dire à quel sortie transactionnelle correspond une entrée, en donnant l'identifiant de la transaction qui a créé la sortie. Puisqu'il s'agit d'une transaction de récompense qui ne fait pas référence à une sortie transactionnelle précédente, ce champ est fixé à 0 par convention.

 

L'index de la sortie précédente

0xffffffff

Ce champ est utilisé dans les transactions pour dire à quel sortie transactionnelle correspond une entrée, en donnant la position de la sortie dans la transaction qui l'a créée. Puisqu'il s'agit d'une transaction de récompense qui ne fait pas référence à une sortie transactionnelle précédente, ce champ est fixé au maximum par convention.

 

Le script de déverrouillage (scriptSig)

0x04ffff001d0104455468652054696d65732030332f4a616e2f32303039204368616e63656c6c6f72206f6e206272696e6b206f66207365636f6e64206261696c6f757420666f722062616e6b73

Dans Bitcoin, le script de déverouillage est combiné à un script de verrouillage précédent et détermine la validité d'une dépense. Il contient généralement les signatures nécessaires à la dépense d'une pièce et est par conséquent souvent appelé scriptSig. Dans le cas d'une transaction de récompense, l'entrée ne fait référence à aucune sortie transactionnelle existante et ce script peut donc contenir des données arbitraires.

Ici, le script se présente de la manière suivante :

<valeur cible> <nonce supplémentaire> <chaîne de caractères>

Ainsi, il est constitué de trois informations :

  • Tout d'abord, la valeur cible du bloc, donnée en sens inverse, conformément à la façon dont elle est représentée dans le code : 0xffff001d
  • Ensuite, un nonce supplémentaire (0x04), ou extra nonce, mis en place par Satoshi dans le code du logiciel. Le nonce supplémentaire du bloc de genèse a pour valeur 4, et ceux des blocs suivants sont croissants : celui du bloc 1 est aussi égal à 4, celui du bloc 2 à 11, celui du bloc 3 à 14, etc. La variation de ce nonce supplémentaire au sein des blocs a permis de mettre en évidence un motif particulier, appelé le « Patoshi Pattern », qui détermine précisément les blocs minés par Satoshi et qui démontre que sa fortune s'élève à plus de 1 125 150 bitcoins.
  • Enfin, une chaîne de caractères aujourd'hui emblématique, encodée en UTF-8, qui est :
    The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks

    Cette courte phrase correspond à la une du Times du 3 janvier 2009, qui annonçait que le ministre des finances du Royaume-Uni était sur le point de renflouer les banques pour la deuxième fois. Le Times étant un quotidien anglais, cela a mené à des spéculations quant à l'identité de Satoshi, qui écrivait également dans un anglais britannique.

The Times 3 janvier 2009 chancelier ministre des finances renflouement des banques

Cette phrase présente dans le script de la transaction de récompense possède un rôle double :

  • Premièrement, elle prohibe l'antidatage : sa présence dans le premier bloc, à partir duquel toute la chaîne est construite, prouve que le réseau de Bitcoin n'a pas été lancé avant le 3 janvier 2009. Cependant, cela ne veut pas dire que le bloc de genèse date bien du 3 janvier : en effet, il a pu être construit entre le 3 janvier (date de l'horodatage déclaré) et le 8 janvier (date de publication du code).
  • Deuxièmement, elle indique symboliquement ce à quoi Bitcoin s'oppose en faisant référence au contexte monétaire et financier de l'époque : le renflouement des grandes banques d'investissement par les États et par les banques centrales suite à la crise financière de 2007-2008. Il est d'ailleurs possible que Satoshi ait choisi cette date précisément pour sélectionner cette une.

Ce script de la base de pièce est encore utilisé de nos jours par les mineurs pour de multiples raisons. À l'instar de Satoshi, ils peuvent inclure des informations arbitraires dans le bloc et faire passer un message public au monde. Ç'a été le cas de la coopérative F2Pool qui, le 11 mai 2020, a évoqué l'injection de liquidité de la Réserve Fédérale en réaction à la crise du covid-19 au sein du bloc 629 999 (le bloc précédant le troisième halving) :

NYTimes 09/Apr/2020 With $2.3T Injection, Fed's Plan Far Exceeds 2008 Rescue

Les regroupements de mineurs peuvent également s'identifier en indiquant leur nom, ce qui permet de juger de la décentralisation du réseau, même si cette pratique reste purement déclarative.

Enfin, les mineurs se servent encore de ce champ pour faire varier un nonce supplémentaire, le nonce de l'entête ne permettant plus depuis 2012 d'essayer suffisamment de possibilités par rapport à la difficulté élevée du réseau.

 

Le numéro de séquence (nSequence)

0xffffffff

Le numéro de séquence de l'entrée est maximal, ce qui fait que la transaction est considérée comme finale.

À l'origine, le numéro de séquence dans les entrées avait pour objectif de permettre les échanges répétés au sein de contrats, tels que les canaux de paiement. Ce modèle imaginé par Satoshi n'était pas suffisamment sécurisé et a par conséquent été abandonné. Cependant, la règle de finalité, qui fait que la transaction est considérée comme finale (pas de temps de verrouillage) si les numéros de séquence de toutes les entrées sont maximaux (comme ici), a été conservée.

Aujourd'hui, ce numéro de séquence est utilisé pour déterminer le temps de verrouillage relatif d'une entrée et pour signaler Replace-by-Fee.

 

Le nombre de sorties de la transaction

0x01

La transaction contient une seule sortie, celle créditant Satoshi de son revenu de minage. Cette sortie est constituée d'un montant et d'un script de verrouillage.

 

Le montant

0x000000012a05f200

Le montant de la sortie est donné dans la plus petite unité du système, unité qu'on a appelé le satoshi en hommage au créateur de Bitcoin. Ce montant correspond ici à 5 milliards de satoshis, soit 50 bitcoins. Il s'agit de la limite maximale du taux de création monétaire de l'époque (50 bitcoins par bloc).

 

Le script de verrouillage (scriptPubKey)

0x4104678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5fac

Le scrpt de verrouillage est l'ensemble des conditions à fournir pour pouvoir dépenser la pièce correspondante. Ici, il possède la forme :

<clé publique> CHECKSIG

où la clé publique est 04678afdb0fe5548271967f1a67130b7105cd6a828e03909a67962e0ea1f61deb649f6bc3f4cef38c4f35504e51ec112de5c384df7ba0b8d578a4c702b6bf11d5f. Il s'agit donc d'une sortie transactionnelle de type Pay to Public Key (P2PK), un schéma utilisé dans les débuts de Bitcoin, qui demande une simple signature pour débloquer les fonds. Cela explique le nom donné couramment à ce script : scriptPubKey.

Bien souvent, cette sortie est rétrospectivement attribuée à l'adresse 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv7DivfNa, obtenue en prenant l'empreinte de la clé publique. Cela est néanmoins purement esthétique car c'est bien la clé publique elle-même qui a servi à recevoir les bitcoins, pas l'adresse.

Fait intéressant : cette sortie transactionnelle n'est pas considérée comme dépensable par le protocole en raison de la façon dont le bloc de genèse est exprimé dans le code. Cette erreur de programmation pourrait être corrigée par un hard fork, mais cela ne serait ni utile (Satoshi n'a pas touché à ses bitcoins depuis qu'il a disparu), ni même souhaitable (incompatibilité du protocole). Les 50 premiers bitcoins créés sont donc probablement brûlés à tout jamais.

 

Le temps de verrouillage (nLocktime)

0x00000000

Le temps de verrouillage (donnée globale appartenant à la transaction) détermine la date à partir de laquelle cette transaction pourra être confirmée. En étant fixé à zéro, celui-ci est désactivé.

 

Les autres chaînes

Si le bloc de genèse constitue un fondement du protocole Bitcoin, il sert également de base aux différentes branches minoritaires de Bitcoin qui possèdent le même historique jusqu'à leurs scissions respectives : Bitcoin Cash, Bitcoin SV, Bitcoin Gold ou encore eCash/XEC. D'autres protocoles possèdent leur propre bloc de genèse et certains d'entre eux ont également incorporé la une d'un journal ou d'un magazine pour garantir que le lancement du réseau ne s'est pas réalisé avant la date donnée. Ainsi, le bloc de genèse de Litecoin (datant du 7 octobre 2011) contient la phrase suivante :

NY Times 05/Oct/2011 Steve Jobs, Apple’s Visionary, Dies at 56

Celui de Dash (datant du 19 janvier 2014) inclut la une suivante :

Wired 09/Jan/2014 The Grand Experiment Goes Live: Overstock.com Is Now Accepting Bitcoins

 


Source

Bitcoin Wiki, Genesis block

Comment définir Bitcoin ?

December 5th 2021 at 09:00

On définit souvent Bitcoin comme un protocole de transfert de valeur fonctionnant sans autorité centrale, qui régit l’émission et les échanges d’une unité de compte numérique (appelée le bitcoin), protocole qui a été initialement déterminé par Satoshi Nakamoto en janvier 2009 par le biais de son prototype et qui a permis de construire une chaîne à partir du bloc de genèse.

Néanmoins, cette définition, aussi informative soit-elle, n'est pas suffisamment précise. Elle fait de Bitcoin un protocole, c'est-à-dire un ensemble de règles de consensus, mais elle ne spécifie pas les règles en question (en dehors du bloc de genèse) : celles-ci sont ne sont pas déterminées dans le temps et peuvent changer, chaque modification créant de facto un nouveau protocole.

Ce flou artistique a mené au cours des années à de nombreuses discussions enflammées à propos de ce qui constituerait le « vrai Bitcoin », notamment lors du débat sur la scalabilité, et a fini par créer au moins trois prétendants au titre, à savoir BTC (« Bitcoin »), BCH (« Bitcoin Cash ») et BSV (« Bitcoin SV »). Cette revendication, qui paraît à première vue extraordinaire, cache en réalité une question philosophique profonde : comment définit-on correctement Bitcoin ?

 

Le critère linguistique

« Bitcoin » est un mot. Nom anglais issu de bit (« unité binaire ») et de coin (« pièce de monnaie »), il évoque directement l'idée d'une monnaie numérique. Le terme est devenu très populaire au fil des années, notamment grâce aux médias de masse, ce qui fait que de nombreuses personnes tentent de le récupérer ou de s'y associer d'une manière ou d'une autre, à tort ou à raison.

De ce fait, le premier critère que nous pouvons examiner est le critère linguistique, qui détermine la définition d'un terme selon l'usage qui en est fait. En effet, en linguistique l'usage est roi : s'il peut exister des institutions ayant pour but d'orienter l'évolution d'une langue, cette évolution demeure libre et est soumise à ses locuteurs. Une langue est par essence un protocole de communication ayant pour but la compréhension mutuelle, et les termes qui la composent ont par conséquent tendance à acquérir un sens précis déterminé par la multitude, par effet de réseau. De cette manière, si un grand nombre de locuteurs utilise un terme avec un sens particulier, celui-ci prédominera.

Selon ce critère, Bitcoin serait Bitcoin parce qu'une grande majorité de personnes l'appellent « Bitcoin » : il serait simplement défini par la masse, quelle que soit la chose qu'il désigne.

Bien évidemment, en tant que personnes attachées à l'idée de Bitcoin, cela ne nous satisfait pas.

Nous savons que le sens d'un terme peut dériver jusqu'à ce que ce terme ne signifie plus la même chose, voire désigne une chose fondamentalement opposée. C'est par exemple le cas du mot « liberalism » qui, en anglais américain, ne désigne plus principalement le libéralisme tel que nous l'entendons en français, mais un progressisme de gauche focalisé sur les questions de justice sociale. Ainsi, dans le langage courant aux États-Unis, les liberals sont des personnes favorables à l'intervention de l'État dans le cadre de la redistribution de la richesse, la sécurité sociale et l'éducation, tandis que les libertarians sont les libéraux authentiques favorables au laissez-faire et à la réduction du rôle de l'État dans la vie des individus.

Ainsi, décrire Bitcoin de cette manière crée une faille majeure dans tout ce qu'il représente. Si l'usage de la masse prime, alors on peut, si l'on a de l'influence, faire en sorte que Bitcoin change dans un sens qui ne le dépeint plus comme nous nous le représentons aujourd'hui. Il serait alors possible, par la propagande, de faire en sorte que le système appelé Bitcoin n'utilise plus la preuve de travail (au nom de la lutte contre le changement climatique) ou qu'il soit privé de sa limite fixe d'unités (au nom de la protection du système monétaire et financier).

De plus, définir Bitcoin de cette manière ne tient pas compte du fait que la langue est élastique et tolère de nombreuses incohérences : il peut exister de nombreuses polysémies pour un même mot (c'est d'ailleurs le cas pour « Bitcoin »), et plusieurs utilisations de ce mot peuvent coexister, bien qu'elles soient opposées de manière inhérentes.

En fait, une langue est un champ de bataille permanent sur lequel s'affrontent les différents usages. Chaque locuteur fait à chaque instant un choix individuel pour soutenir des usages particuliers, sans forcément suivre le choix majoritaire, participant de ce fait à la construction de la langue. C'est précisément ce nous faisons dans cet article : un choix.

 

Le critère du logiciel

Une deuxième manière de définir Bitcoin est de s'appuyer sur le logiciel Bitcoin Core. Bitcoin Core constitue en effet l'implémentation de référence du protocole dont le code sert de base pour les développeurs pour retrouver les règles de consensus, et cela fait qu'il est aisé de confondre les deux. D'ailleurs pendant longtemps le logiciel était simplement appelé Bitcoin.

Le code du logiciel, écrit principalement en C++, est disponible en source ouverte sur internet, et sous licence libre, de sorte que quiconque peut copier et modifier le code à sa guise. Initialement hébergé sur SourceForge, il est aujourd'hui présent sur GitHub.

Le développement du logiciel se veut ouvert et « démocratique » : tout le monde peut proposer un modification du code, notamment par le biais des propositions d'amélioration de Bitcoin (BIP). Néanmoins, le dépôt GitHub est soumis à l'autorité des mainteneurs, qui décident des changements qui sont apportés au logiciel, et en particulier à celle du mainteneur principal, qui peut nommer et révoquer les autres mainteneurs. Comme l'indique le guide de contribution de Bitcoin Core :

« Les mainteneurs prendront en considération un correctif s'il est en accord avec les principes généraux du projet ; s'il répond aux normes minimales d'inclusion ; et jugeront du consensus général des contributeurs. »

Définir Bitcoin comme le protocole lié à ce logiciel (ou bien à un autre) réintroduirait ainsi une autorité centrale, ce qui rentrerait en contradiction directe avec l'idée qu'on se fait de Bitcoin.

De plus, la pratique montre bien que le protocole n'est pas contrôlé par les mainteneurs de l'implémentation logicielle, même s'il existe une certaine influence. Chacun est libre de copier le logiciel, de le modifier, et de le promouvoir aux nœuds du réseau, qui se chargent d'appliquer les règles de consensus. Ainsi, le contrôle du logiciel ne permet pas de modifier les règles arbitrairement : si par exemple Bitcoin Core intégrait un changement controversé (comme par exemple une violation de la politique monétaire du bitcoin), alors une très grande majorité de nœuds refuseraient probablement, en continuant de faire fonctionner une version antérieure de Core ou en se tournant vers une autre implémentation.

 

Le critère du protocole originel

Un troisième critère pour définir Bitcoin est la proximité avec le protocole originel, c'est-à-dire le protocole déterminé par le biais du prototype publié par Satoshi Nakamoto le 8 janvier 2009. Le sous-entendu est que Bitcoin n'avait pas vocation à changer au-delà de la correction des failles présentes à son lancement, et que par conséquent il devrait être défini comme l'itération la plus proche de ce protocole.

Cette vision est notamment défendue par beaucoup de partisans de Bitcoin SV, qui se basent sur une citation (décontextualisée) de Satoshi Nakamoto datant du 17 juin 2010 :

« La nature de Bitcoin est telle que, dès la version 0.1 lancée, son fonctionnement de base était gravé dans le marbre pour le reste de son existence. »

D'après eux, Bitcoin devrait être un protocole fixe, dont les mineurs seraient les défenseurs.

Une variante de ce critère est l'argument de l'esprit originel de Bitcoin, parfois utilisé par les partisans de Bitcoin Cash comme Roger Ver, qui voudraient qu'un « système d'argent liquide électronique » doive nécessairement offrir des transferts à bas coût et des temps de confirmations faibles. De ce point de vue, BTC ne représenterait pas Bitcoin.

Toutefois, même si ces définitions ont le mérite d'être plus précises, elles sont purement arbitraires dans le critère choisi. BTC constitue de toute évidence la principale version de Bitcoin, et on peut considérer qu'il est lui-même proche du protocole originel sous un autre aspect : la compatibilité.

 

Le critère de la compatibilité

Le quatrième critère de définition est celui de la compatibilité du protocole, critère défendu par de nombreux partisans de BTC, comme par exemple Michael Marquardt (alias theymos) ou Francis Pouliot. Pour continuer à être Bitcoin, le protocole devrait être compatible avec les versions antérieures.

Cette vision repose sur l'exigence d'unanimité pour réaliser un changement, exigence qui a pour conséquence de conserver un seul et unique protocole et de préserver son effet de réseau.

Puisqu'une quasi-unanimité serait très difficile à atteindre dans le cas d'un hard fork (hors résolution d'un bogue ou changement vital), il est nécessaire de passer par des soft forks, à savoir des changement strictement restrictifs des règles de consensus. Ces soft forks ont la caractéristique de ne pas créer de scission de chaîne s'ils sont correctement appliqués. De ce fait, ils permettent une compatibilité ascendante du logiciel (parfois qualifiée de « rétrocompatibilité ») qui fait que les nœuds qui utilisent une ancienne version du logiciel continuent de considérer comme valides les blocs produits par la nouvelle version.

Cependant, cette conception cache un petit détail, souvent omis : c'est que le soft fork doit être imposé par la majorité de la puissance de calcul du réseau pour entraîner cette compatibilité. En effet, les nœuds qui suivent les nouvelles règles de consensus peuvent être contraints de rejeter les blocs produits par les mineurs qui suivent les anciennes règles. Lorsque les nœuds appliquant le soft fork ont la puissance de calcul majoritaire de leur côté, cela ne pose pas de problème : les nœuds suivant les anciennes règles sont contraints de suivre la chaîne la plus longue (c'est-à-dire celle ayant le plus de preuve de travail accumulée). Dans le cas contraire, la chaîne appliquant les nouvelles règles n'est pas la plus longue, ce qui peut mener à une scission permanente.

Application d'un soft fork
Exemple de la réduction de la taille limite des blocs. Si la majorité du taux de hachage se trouve du côté des nœuds appliquant le soft fork, alors tout le monde suit leur chaîne (la plus longue). Si la majorité du taux de hachage se trouve de l'autre côté, les nœuds appliquant le soft fork peuvent finir par rejeter un bloc de l'autre chaîne et créer une scission permanente de la chaîne.

L'application d'un soft fork correspond donc à l'équivalent d'une attaque des 51 % ayant lieu sur le réseau, en interdisant aux nœuds de refuser la modification du protocole sans avoir recours à un hard fork manuel. On ne saurait définir Bitcoin comme cela, car cela voudrait dire qu'un attaquant pourrait imposer ses règles sur la chaîne, et cette conception est ainsi invalide.

 

Le critère de la majorité économique

Le cinquième critère permettant de définir est celui de la majorité économique. Selon cette conception, Bitcoin serait le protocole dont l'utilité monétaire est la plus grande. Cette majorité est parfois mesurée par certains par la capitalisation boursière, c'est-à-dire le prix multiplié le nombre d'unités, bien que celle-ci ne soit pas forcément un bon indicateur de la santé économique du système, notamment lorsque le volume d'échange (sur la chaîne et en dehors) est faible.

Un moyen plus efficace d'estimer la valeur d'une chaîne est la preuve de travail accumulée, qui est corrélée à moyen terme au revenu du minage, à savoir :

  • La subvention protocolaire, qui prédomine dans la phase distributive de Bitcoin, dont la valeur entre deux halvings est directement liée au prix du bitcoin.
  • Les frais de transaction, qui prédominent dans la phase finale de Bitcoin, dont la valeur provient de l'activité économique de la chaîne.

Ce critère est ainsi bien plus à même de nous fournir une idée de quel protocole est économiquement majoritaire.

Cette vision a été défendue par Gavin Andresen en février 2017 dans un article où il écrivait :

« "Bitcoin" est le registre des transactions non précédemment dépensées, signées de manière valide, contenues dans la chaîne de blocs qui commence par le bloc de genèse (empreinte 000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f), suit le programme de création de 21 millions de pièces, et possède la plus grande preuve de travail par double SHA-256 cumulée. »

La vision a perduré depuis, étant perpétuée par le concept de gouvernance, qui présuppose qu'il y a quelque chose à diriger. Cette conception a notamment joué dans la scission entre Ethereum (ETH) et Ethereum Classic (ETC) en juin 2016, où le protocole modifié, majoritaire, a gardé le nom et le sigle boursier initiaux, et où le protocole originel, minoritaire, a dû prendre un autre nom et un autre sigle. Cette attribution des noms et des sigles a également eu lieu lors de la séparation entre Bitcoin Cash (BCH) et Bitcoin SV (BSV) en novembre 2018, puis lors de l'embranchement entre Bitcoin Cash (BCH) et Bitcoin ABC / eCash (XEC) en novembre 2020, alors que chacun se prétendait être le « vrai Bitcoin Cash ».

Dans le cas de BTC, le critère de la majorité est souvent couplé au critère de compatibilité : le soft fork peut ainsi être imposé par une majorité du taux de hachage, ce qui permet de conserver une seule et unique chaîne.

Cependant, cette vision pêche elle-même en ne requérant aucune caractéristique fondamentale et en offrant la possibilité d'une récupération du terme par le pouvoir en place.

 

Bitcoin est un concept

Cela nous amène au point central de cet article : Bitcoin est un concept, pas un protocole. Bien que beaucoup de personnes fassent de Bitcoin un protocole, cette vision est impossible à soutenir correctement en raison du manque d'unicité. Il n'y a pas de « vrai protocole Bitcoin » dans le sens où aucun protocole ne représente l'intégralité de ce qu'est Bitcoin1. Il ne s'agit pas d'une marque déposée dont certains individus auraient la propriété : personne ne possède le brevet de Bitcoin et tout le monde peut l'implémenter à sa convenance sans demander l'autorisation. Et en fait, cette liberté conduit nécessairement à la mise en œuvre multiple de ce concept, sous la forme de scissions ou de « cryptomonnaies alternatives ». Qu'une version de Bitcoin soit dominante économiquement ne change rien à cette considération.

Avant de décrire un protocole, une chaîne, un réseau ou une monnaie, le mot « Bitcoin » a été utilisé pour désigner un concept. Ce concept a été défini dans le document fondateur écrit par Satoshi Nakamoto et auquel tout le monde se réfère à un moment ou à un autre : le livre blanc de Bitcoin, intitulé « Bitcoin : Un système d'argent liquide électronique pair-à-pair », qui contient tous les éléments essentiels à sa constitution.

On peut dégager ainsi 5 caractéristiques fondamentales qui définissent Bitcoin :

 

1. Le partage des risques (P2P)

« Les nœuds peuvent quitter et rejoindre le réseau à volonté. »

Le système repose sur un réseau pair-à-pair ouvert dans lequel tous les nœuds ont les mêmes privilèges. Cette distribution du réseau permet de partager les risques d'accepter et de miner la monnaie.

Tous les systèmes dont les nœuds sont soumis à une autorisation quelconque contreviennent directement à ce principe.

 

2. La preuve de travail

« Les nœuds considèrent toujours que la chaîne la plus longue est la chaîne correcte, et continuent à travailler pour la prolonger. »

L'ajout d'un bloc nécessite une dépense d'énergie mesurée de manière probabilistique par la résolution d'un problème mathématique difficile. L'intégrité de la chaîne repose sur l'algorithme de consensus de Nakamoto par preuve de travail, qui dit que la chaîne ayant le plus de preuve de travail accumulée doit être considérée comme la chaîne valide.

La preuve ne nécessite pas une fonction de hachage particulière, et le travail peut être obtenu d'une toute autre manière. En revanche, la sélection de la chaîne la plus lourde, les points de contrôle ou l'intervention de masternodes dans le consensus sont des entorses plus ou moins importantes à ce principe. La preuve d'enjeu en constitue une violation entière.

 

3. Les frais de transaction internes

« L’incitation peut également être financée par les frais de transaction. Si la valeur de sortie d’une transaction est inférieure à sa valeur d’entrée, la différence correspond à une commission qui est ajoutée à la valeur d’incitation du bloc contenant la transaction. »

Le système intègre un modèle de frais de transaction qui sont reversés aux mineurs de manière interne. Chaque transaction porte des frais pour inciter à sa confirmation. Ces frais forment la base de la résistance à la censure du système.

Par exemple, l'ajout d'un mécanisme de brûlage des frais éloigne le protocole de sa nature de Bitcoin.

 

4. L'offre fixe d'unités

« Une fois qu’un nombre prédéterminé de pièces a été mis en circulation, l’incitation peut être entièrement financée par les frais de transaction et ne plus requérir aucune inflation. »

Le but initial de la création monétaire est l'amorçage du système : il s'agit du moyen de distribuer les unités de manière juste. À terme, le système doit se baser essentiellement sur les frais de transaction.

Cette offre limitée garantit le caractère déflationniste de la monnaie, et joue dans la sécurité économique du système en incitant les commerçants à refuser tout changement inflationniste.

 

5. Le modèle de représentation par des pièces (UTXO)

« Nous définissons une pièce de monnaie électronique comme une chaîne de signatures numériques. [...] Pour permettre aux valeurs d’être séparées et combinées, les transactions contiennent des entrées et des sorties multiples. »

Bitcoin utilise un modèle de représentation par des pièces pour gérer les unités échangées. Une pièce est identifiée par un point de sortie de transaction, et est caractérisée par un montant en satoshis et un ensemble de conditions de dépense (typiquement l'exigence d'une signature numérique valide).

Ce modèle a pour avantages de préserver la confidentialité (pas d'incitation à réutiliser la même adresse), de faciliter l'implémentation logicielle et de permettre une meilleure scalabilité du système, contrairement au modèle de représentations par des comptes.

 

Qu'apporte cette définition ?

Tout d'abord, cette définition résout le paradoxe du « vrai Bitcoin ». Bitcoin ne peut pas être un protocole fixe : modifier le protocole ne change pas sa nature fondamentale. Bitcoin ne peut pas non plus être un protocole changeant, car il n'existe pas de moyen satisfaisant de le déterminer comme on l'a montré.

Cette définition a également l'avantage d'apaiser les conflits. Bitcoin a connu des scissions et des copies par le passé, ce qui a créé une grande tension chez les partisans de tous les bords. Ainsi, BTC, BCH et BSV sont des mises en œuvre plus ou moins conformes de Bitcoin. De même, Litecoin, Monero ou Zcash peuvent être considérés comme des Bitcoins plus ou moins authentiques : dans notre définition, rien n'indique en effet que la chaîne doive commencer par un bloc de genèse particulier.

Bien évidemment, les effets de réseau de ces cryptomonnaies diffèrent et il ne s'agit pas de les mettre au même niveau, notamment en ce qui concerne la sécurité. Aujourd'hui, BTC est le Bitcoin le plus populaire, le plus valorisé et le plus sécurisé. On peut donc accepter la polysémie en continuant d'appeler ce Bitcoin « Bitcoin », tout en gardant en tête qu'il ne s'agit que de la version principale de ce concept.

Cette définition permet enfin d'être également mieux armé contre les scissions futures. Il est possible que des États tentent de s'approprier un protocole particulier, pour un jour le redéfinir grâce à la contrainte légale, peut-être très légèrement au début, dans le but de l'amener lentement vers la censure et le seigneuriage. Et alors il ne serait pas impossible que cette version étatique devienne majoritaire économiquement.

Définir Bitcoin comme un concept permet ainsi d'éviter ce glissement en autorisant la concurrence saine entre les différentes versions de Bitcoin et en fixant des limites claire de ce qu'est Bitcoin et de ce qu'il n'est pas.

 


Notes

1. On peut se demander :

  • Quel est le vrai christianisme ? Est-ce le catholicisme, l'orthodoxie ou l'une des formes de protestantisme ? Selon quel critère ?
  • Quel est le vrai dollar ? Le dollar étasunien, le dollar canadien ou le dollar australien ou un autre ? Ou alors, le dollar (« Thaler ») n'a-t-il pas disparu lorsqu'il n'a plus représenté une quantité de métal précieux ?
  • Quelle est la vraie République de Chine : la République de Chine (Taïwan) ou la République Populaire de Chine ?
  • Quelle est la vraie langue française ? Le français de France, le français québécois ou le français parlé au Congo  ?

Si donc il n'y a pas de vrai christianisme, de vrai dollar, de vraie République de Chine ou de vraie langue française, comment pourrait-il y avoir un vrai protocole Bitcoin ?

 


 Sources

Eric Voskuil, Étiquettes de Bitcoin, 2020.
Eric Voskuil, Usurpation de marque, 2020.
Eric Voskuil, Principes cryptodynamiques, 2020.
Eric Voskuil, Objectifs de Fedcoin, 2020.
Theymos, It's time for a break: About the recent mess & temporary new rules, 17 août 2015.
Gavin Andresen, A definition of "Bitcoin", 7 février 2017.
Gavin Andresen, Other definitions of Bitcoin, 8 février 2017.
Jameson Lopp, Who controls Bitcoin Core?, 15 décembre 2018.

Zcash : L’identité des commanditaires de l’attaque enfin connue ?

October 7th 2022 at 21:00

Zcash, la plateforme crypto axée sur la confidentialité, vient de se faire pirater. La blockchain est victime d’une attaque de spam qui sature les blocs de transaction à une cadence folle. Alors que les investigations sont en cours pour identifier les commanditaires, la piste du sabotage pour ternir l’image de Zcash prend de plus en […]

L’article Zcash : L’identité des commanditaires de l’attaque enfin connue ? est apparu en premier sur Cointribune.

La prophétie auto-réalisatrice : comment le bitcoin a acquis une valeur

May 4th 2021 at 14:37

Comme nous l'avons vu au sein d'un précédent article, la création de Bitcoin a invalidé le théorème de régression de Ludwig von Mises, en prouvant qu'une monnaie pouvait émerger du marché sans posséder de valeur d'usage antérieure à son utilisation comme intermédiaire d'échange. Lors de son amorçage, le bitcoin n'avait en effet aucune utilité individuelle, n'était adossé à aucun autre bien, et ne bénéficiait de la promesse de personne ni d'une quelconque mémoire d'une monnaie passée. La valeur du bitcoin semble avoir surgi de nulle part, remettant en cause les conceptions erronées qu'on pouvait avoir de la monnaie.

Bitcoin ne constitue pas la première tentative de créer un « argent liquide numérique » et fait suite à de nombreuses expériences infructueuses, qui se sont notamment déroulées lors des années 1990. Bitcoin a ainsi réussi là où de nombreux autres projets avaient échoué : persister dans le temps en tant que système de monnaie entièrement numérique. Après plus de 12 ans d'existence, il est toujours là et continuera probablement de fonctionner pendant des années et des années.

Dans cet article nous allons voir comment la prouesse de la première valorisation du bitcoin a été possible.

 

La valeur de la monnaie

Comme l'a montré l'école autrichienne d'économie, la valeur est subjective et dépend de ce fait du point de vue individuel. Cette conception s'oppose en particulier à la théorie de la valeur-travail qui postule que le travail donne sa valeur à un bien. Tel que l'écrivait Carl Menger dans ses Principes d'économie politique, « la valeur n'existe pas en dehors de la conscience des hommes ».

La monnaie ne fait pas exception à cette règle : les gens valorisent un bien servant de monnaie selon l'évaluation subjective qu'ils font du bien, évaluation qui peut varier d'un individu à un autre. Néanmoins, il est possible de dégager quelques considérations qui s'appliquent spécifiquement à ce bien.

Premièrement, il faut préciser que la monnaie est un phénomène intersubjectif : bien qu'elle puisse être acquise pour ses qualités intrinsèques, elle est généralement valorisée sur la base sur sa capacité à acheter d'autres biens, donc sur ce que va penser autrui. Les gens vont accepter une monnaie dans le commerce s'ils pensent qu'ils peuvent la dépenser ailleurs. Cela fait qu'on peut mettre en évidence une valeur d'échange objective, le pouvoir d'achat basé sur les taux des échanges du marché, qui sert d'étalon pour l'individu pour valoriser subjectivement le bien. Puisque la monnaie lui sert à se procurer d'autres biens, l'individu ne peut en effet l'évaluer en tant que monnaie que par rapport aux prix pratiqués sur le marché.

Deuxièmement, comme on l'a déjà suggéré, il est possible de décomposer la valeur de la monnaie en deux parties mutuellement exclusives :

  • Sa valeur non monétaire, qui fait qu'un individu va valoriser le bien pour l'utilité industrielle, esthétique, etc. qu'il peut en retirer. Cette valeur est spécifique au consommateur final.
  • Sa valeur monétaire, qui découle de l'avantage qu'un individu va retirer de l'utilisation du bien comme intermédiaire d'échange. Cette valeur dépend du nombre de personnes qui l'utilisent comme intermédiaire d'échange et évolue de manière superlinéaire.

Pour les monnaies-marchandises, on peut ainsi distinguer la demande intrinsèque de la demande monétaire : l'or ne tire pas sa valeur uniquement de sa demande esthétique (bijoux) et industrielle (microprocesseurs), mais aussi de sa demande en tant qu'intermédiaire d'échange, demande venant notamment des banques centrales.

Troisièmement, une monnaie peut être exclusivement valorisée pour ses fonctions monétaires, comme le montre l'existence des monnaies fiat. L'euro, par exemple, tire sa valeur de son adoption comme intermédiaire d'échange, et n'a pas d'utilité intrinsèque en dehors de celle des matériaux constituant les pièces et les billets. La valeur non monétaire d'une monnaie peut donc être négligeable voire nulle.

Pour que ceci soit possible, il faut juste obtenir un effet de réseau suffisant pour que les gens aient confiance dans son utilisation comme monnaie. Dans le cas de l'euro, l'usage comme argent repose sur le décret étatique qui contraint les commerçants à l'accepter (cours légal) et qui oblige les citoyens à payer l'impôt et à règler leurs dettes avec. Dans le cas du bitcoin, cet usage est volontaire et ne repose sur aucune contrainte de ce type : rien n'oblige personne à l'utiliser.

Il s'agit donc d'une question de coordination. Dans le cas des monnaies-marchandises, le fait que le bien utilisé ait valeur d'usage initiale aide énormément à l'amorçage : puisque les gens dégagent déjà une utilité du bien, ils auront moins de mal à l'accepter comme moyen d'échange. Mais dans le cas du bitcoin, cela est plus compliqué : comment des individus ont-ils pu se coordonner pour faire émerger la valeur de cette monnaie numérique ?

 

Le regroupement autour d'un idéal

Comme on l'a dit, Bitcoin fait suite à de nombreuses tentatives infructueuses de créer une monnaie entièrement numérique, comme le Haxthorne Exchange, Magic Money ou encore eCash. Cette série d'échecs a amené progressivement les membres de la communauté cypherpunk à renoncer à ce rêve. Tel que le disait Satoshi Nakamoto dans un courriel du 13 janvier 2009 adressé à Dustin Trammell :

Vous savez, je pense qu'il y avait beaucoup plus de gens qui étaient intéressés [par la monnaie électronique] dans les années 90, mais après plus d'une décennie d'échecs de systèmes basés sur des tiers de confiance (Digicash, etc.), ils voient cela comme une cause perdue. J'espère qu'ils sauront distinguer que c'est la première fois, à ma connaissance, que nous essayons un système qui n'est pas fondé sur la confiance.

Bitcoin a donc innové par rapport à ces projets par son fonctionnement décentralisé ne nécessitant pas d'autorité centrale, qui faisait qu'il ne pouvait pas être arrêté par la fermeture d'un simple serveur. Et c'est sur cette base qu'il a pu acquérir la valeur qu'il a aujourd'hui.

Ross Ulbricht, le célèbre opérateur de la place de marché Silk Road entre 2011 et 2013, expliquait dans un essai rédigé en 2019 :

C'est comme par magie que le bitcoin a pu en quelque sorte provenir de rien et, sans valeur préalable ni décret autoritaire, devenir une monnaie. Mais Bitcoin n'a pas émergé du vide. C'était la solution d'un problème sur lequel les cryptographes buttaient depuis de nombreuses années : Comment créer une monnaie numérique sans autorité centrale qui ne puisse pas être contrefaite et qui soit digne de confiance.

Ce problème a persisté si longtemps que certains ont laissé la solution à d'autres et ont rêvé à la place de ce que serait notre avenir si la monnaie numérique décentralisée devenait réalité d'une manière ou d'une autre. Ils rêvaient d'un avenir où le pouvoir économique du monde est accessible à tous, où la valeur peut être transférée n'importe où en appuyant sur un bouton. Ils rêvaient de prospérité et de liberté, qui ne dépendraient uniquement que des mathématiques du chiffrement fort.

C'est donc sur le rêve d'une monnaie numérique libre que s'est fondée la valorisation initiale du bitcoin. L'objectif était, dès le début, de créer une monnaie, et le bitcoin a été valorisé pour sa propension à devenir un intermédiaire d'échange.

En novembre 2008, sur la liste de diffusion dédiée à la cryptographie où Satoshi Nakamoto a originellement publié le livre blanc, les participants étaient loin d'être étonnés par l'idée de Bitcoin. En effet, la liste regroupaient des gens comme James A. Donald, Hal Finney, Perry Metzger et Zooko Wilcox-O’Hearn, qui avaient assisté aux expériences des cypherpunks et qui avaient constaté qu'un système de monnaie numérique pouvait être effectivement amorcé sans valeur intrinsèque. Leurs préoccupations concernaient plutôt la pérennité d'un tel système : était-il fiable ? passait-il à l'échelle ?

Seul Dustin Trammell, alors ingénieur en sécurité informatique du Texas, semblait s'inquiéter de cette question de la première valorisation. Dans un courriel du 14 janvier 2009 adressé à Satoshi, il disait :

Le vrai truc sera d'amener les gens à valoriser réellement les BitCoins afin qu'ils deviennent une monnaie. Actuellement, ce ne sont que des collections de bits...

Satoshi, bien conscient que cela pouvait poser problème conceptuels pour certaines personnes, lui a répondu le 15 janvier en évoquant les cas d'usage que Bitcoin permettrait s'il acquérait une valeur :

Même s'il ne décolle pas tout de suite, il sera désormais disponible pour le prochain gars qui imaginera un projet nécessitant une sorte de jeton ou de monnaie électronique. Cela pourrait commencer comme un système fermé ou comme une niche restreinte comme des points de récompense, des jetons de don, de la monnaie pour un jeu ou des micropaiements pour des sites pour adultes. Une fois le système amorcé, il y a un certain nombre d'applications si vous pouvez facilement payer quelques centimes à un site web aussi facilement que vous déposez des pièces dans un distributeur automatique.

Ici, Satoshi ne parlait pas de l'usage (alors inexistant) de Bitcoin, mais des possibilités qu'il laissait entrevoir.

Ainsi, c'est le potentiel de Bitcoin qui a poussé les gens à valoriser son unité de compte en premier lieu et qui leur a permis de se coordonner. Les individus intéressés par Bitcoin se regroupaient autour d'un idéal de monnaie numérique échappant au contrôle des banques et des États, qui ne puisse pas être censurée ou contrôlée, et c'est sur cela que le projet a pu connaître le succès.

Tel que le disait un dénommé Tyler Gillies le 15 août 2009 dans la liste de diffusion officielle :

je viens de télécharger bitcoin, un logiciel épique. l'ère de l'argent liquide numérique est arrivée

 

La rareté infalsifiable du bitcoin

Lors de son apparition, Bitcoin a ainsi ravivé l'idée chère aux cypherpunks d'une monnaie numérique fonctionnant de manière indépendante sur internet. Mais cela allait même plus loin, et Bitcoin proposait quelque chose que personne n'avait vu jusqu'alors pour une unité de compte numérique : une rareté que l'on ne puisse pas altérer. Bitcoin se passait en effet de tiers de confiance et pouvait par conséquent maintenir une politique monétaire fixe, sans qu'il soit possible pour une entreprise ou un État d'arrêter le système.

Lors de la sortie de la première version du logiciel le 8 janvier 2009, Satoshi Nakamoto décrivait l'émission monétaire du bitcoin comme suit :

La circulation totale sera de 21 000 000 de pièces. Elle sera distribué aux nœuds du réseau lorsqu'ils créeront des blocs, le montant étant divisé par deux tous les 4 ans.

les 4 premières années: 10 500 000 pièces
les 4 années suivantes : 5 250 000 pièces
les 4 années suivantes : 2 625 000 pièces
les 4 années suivantes : 1 312 500 pièces
etc...

Lorsque cela est épuisé, le système peut prendre en charge des frais de transaction si nécessaire.

Le bitcoin devait donc tendre à devenir au fil du temps une monnaie à quantité fixe. Cette caractéristique unique a bouleversé l'imagination des gens : s'il y avait un nombre limité de bitcoins et que l'utilité monétaire du réseau augmentait, alors leur prix unitaire subirait une forte hausse.

Hal Finney a été le premier à évoquer cette idée, et a initié par là ce qui deviendrait par la suite un élément central (et vital) de Bitcoin, qui est la spéculation autour du prix. Dans un courriel du 11 janvier, il écrivait :

Il est intéressant de noter que le système peut être configuré pour n'autoriser qu'un nombre maximum certain de pièces à générer. Je suppose que l'idée est que le travail nécessaire pour générer une nouvelle pièce deviendra plus difficile avec le temps.

Un des problèmes immédiats avec n’importe quelle nouvelle devise est de savoir comment la valoriser. Même en ignorant le problème pratique lié au fait que quasiment personne ne l’acceptera au début, il est toujours difficile de trouver un argument raisonnable en faveur d’une valeur particulière non nulle pour les pièces.

Comme expérience de pensée amusante, imaginez que Bitcoin réussisse et devienne le système de paiement dominant utilisé dans le monde entier. Alors, la valeur totale de la devise devrait être égale à la valeur totale de toutes les richesses du monde. Les estimations actuelles que j'ai trouvées de la richesse totale des ménages dans le monde varient de 100 à 300 milliards de dollars. Avec 20 millions de pièces, cela donne à chaque pièce une valeur d'environ 10 millions.

Ainsi, la possibilité de générer des pièces aujourd'hui avec l'équivalent de quelques centimes de temps de calcul peut être un bon pari.

Le calcul était plus que constestable (la monnaie n'est pas censée représenter toute la richesse du monde), mais cette idée a joué un rôle non négligeable dans l'adoption de bitcoin comme monnaie. Ainsi, dès le 15 janvier, la théorie de Finney est intervenue dans la correspondance entre Satoshi Nakamoto et Dustin Trammell, lorsque le créateur de Bitcoin a déclaré :

Hal a en quelque sorte fait allusion à la possibilité qu'il puisse être considéré comme un investissement à long terme. Je serais surpris que dans 10 ans nous n'utilisions pas la monnaie électronique d'une manière ou d'une autre, maintenant que nous connaissons un moyen de faire qui ne sera pas inévitablement nivelé par le bas lorsque le [tiers de confiance] se dégonflera.

Suite à cela, Dustin Trammell a répondu :

Oui, j'ai vu ce message et c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai démarré un nœud si rapidement. Mes systèmes ne font pas grand-chose d'autre lorsqu'ils sont inactifs, alors pourquoi ne pas créer des BitCoins ? Et s'ils valent quelque chose un jour ... ? Ce sera un bonus !

Cela ne s'est pas arrêté là. Le lendemain, Satoshi a publié une version arrangée de son courriel à Dustin Trammell, approuvant ainsi publiquement cette façon de voir les choses :

Il pourrait être judicieux d’en avoir au cas où cela prendrait. Si suffisamment de gens pensent la même chose, cela devient une prophétie auto-réalisatrice.

Et, un mois plus tard, sur le forum de la P2P Foundation, il a réitéré cette conception dans un commentaire sous sa présentation de Bitcoin :

À mesure que le nombre d'utilisateurs augmente, la valeur par pièce augmente. Cela a le potentiel de devenir une boucle de rétroaction positive ; à mesure que les utilisateurs augmentent en nombre, la valeur augmente, ce qui pourrait attirer davantage d'utilisateurs désireux de profiter de la valeur croissante.

Enfin, cet élément narratif est apparu sur l'une des premières version de la page Sourceforge (bitcoin.sourceforge.net), dans une présentation écrite par Martti Malmi, un jeune développeur finlandais qui aidait Satoshi depuis mai :

La valeur du bitcoin est susceptible d'augmenter à mesure que la croissance de l'économie utilisant Bitcoin dépasse le taux d'inflation [monétaire] - considérez le bitcoin comme un investissement et commencez à faire tourner un nœud dès aujourd'hui !

Le bitcoin était donc vendu dès ses débuts comme un moyen opportuniste de gagner de l'argent, ce qui a contribué à sa première valorisation mais aussi à son succès comme on le sait. Cela préfigurait les bulles spéculatives qui se produiraient des années plus tard, attireraient les foules mais aussi les individus authentiquement intéressés par Bitcoin.

 

L'émergence de la valeur du bitcoin

Tous ces éléments (le caractère subjectif de la valeur, le rêve d'une monnaie numérique indépendante, la rareté infalsifiable) ont fait que le bitcoin a pu émerger du marché en tant que monnaie, et en vertu de sa fonction de monnaie. Ses utilisateurs se sont coordonnés par le biais de courriels, de listes de diffusions, de forums et de messages directs, dans le but de construire la monnaie numérique qu'on connaît aujourd'hui. Il n'étaient pas très nombreux mais formaient un cercle restreint autour duquel pouvaient par la suite se greffer les nouveaux arrivants. L'important c'était qu'ils contribuaient à faire de Bitcoin une réalité.

Hal Finney a joué un rôle prépondérant dans l'émergence de Bitcoin. En effet, celui-ci occupait une place centrale dans l'histoire des monnaies numériques, ce qui faisait qu'il disposait de l'expérience nécessaire pour lancer le système. Comme on l'a vu, il avait participé à la plupart des expériences des monnaies numériques des années 1990. Par la suite, il s'était intéressé aux idées de b-money et de bit gold développées respectivement par Wei Dai et Nick Szabo. Et en 2004, il avait même tenté de créer son propre modèle d'unité monétaire numérique : le système preuves de travail réutilisables (RPOW).

En 2008, il était donc tout à fait en mesure de reconnaître l'innovation qu'apportait Bitcoin lorsque Satoshi Nakamoto a publié le livre blanc sur la Cryptography Mailing List de metzdowd.com. Tou d'abord, Hal Finney, qui était actif sur cette liste de diffusion, a été l'un des premiers à répondre à Satoshi. Puis, il a été à l'origine de la théorie spéculative qui permettrait à la valeur du bitcoin d'émerger. Ensuite, il l'a aidé à améliorer le code de Bitcoin avant et après son lancement. Et enfin, il a été l'un des premiers à faire fonctionner un nœud, a miné le bloc 78 le 11 janvier 2009 et a reçu 10 bitcoins de la part de Satoshi Nakamoto au sein de la première transaction effective du réseau le 12 janvier.

Malgré son omniprésence, Hal Finney n'a heureusement pas été le seul à participer à cet amorçage. On peut par exemple noter l'engagement de Dustin Trammell, qui a également miné des blocs très tôt, et qui a, lui aussi, reçu une transaction de la part de Satoshi Nakamoto le 14 janvier.

Pendant 9 mois, le bitcoin n'a été échangé contre rien, et n'avait par conséquent aucun prix. Cependant, en octobre 2009, un utilisateur désireux de monter un service d'échange, se faisant appeler NewLibertyStandard, a eu l'idée d'estimer la valeur des bitcoins selon le coût énergétique nécessaire pour en obtenir. À l'époque la difficulté était de 1, ce qui imposait à tous les nœuds du réseau de réaliser environ 4,3 millions de calculs pour miner un bloc, ce qui n'était pas rien pour un processeur. Ainsi, sur son site personnel, il publiait ses taux dépendant du coût de l'électricité à son emplacement ainsi que de la fréquence de sa production personnelle. Il proposait d'acheter et de vendre du bitcoin à ces taux via PayPal, moyennant des frais d'échange.

 

Bitcoin NewLibertyStandard exchange rates 2009

 

C'est Martti Malmi qui, le 12 octobre 2009, a scellé le premier échange réalisé avec le bitcoin en vendant 5050 bitcoins à NewLibertyStandard pour 5,02 $ virés sur son compte PayPal. Cela établissait le premier prix à environ 0,1 centime de dollar. Les échanges se sont par la suite intensifiés avec la création du service d'échange Bitcoin Market en mars 2010 et surtout de Mt. Gox en juillet de la même année.

Le premier échange de bitcoins contre une marchandise physique a eu lieu en mai 2010. Le 18 mai, Laszlo Hanecz, un développeur américain d'origine hongroise de 28 ans, a publié un message sur le forum annonçant qu'il souhaitait se procurer de la pizza avec du bitcoin :

Je paierai 10 000 bitcoins pour deux ou trois pizzas... genre peut-être 2 grandes pour qu'il m'en reste le lendemain. J'aime avoir des restes de pizza à grignoter pour plus tard. Vous pouvez faire la pizza vous-même et l'amener jusqu'à chez moi ou la commander pour moi dans un service de livraison, mais mon objectif c'est de me faire livrer de la nourriture en l'échange de bitcoins que je n'ai pas à commander ou à préparer moi-même.

Après quelques jours sans réponse, il a réitéré sa demande et, le 22 mai, Jeremy Sturdivant (jercos sur IRC) a accepté son offre et lui a fait livrer 2 pizzas à son domicile contre 10 000 bitcoins (représentant environ 41 $ au moment de l'échange).

 

Pizzas bitcoin 2010 Laszlo Hanecz Jeremy Sturdivant

 

Le soir même, Martti Malmi a réagi à cet échange fructueux par un commentaire enthousiaste :

Félicitations Laszlo, une grande étape atteinte 😁

C'était en effet une étape cruciale dans l'amorçage et cet échange commercial montrait qu'il était possible de se procurer des biens dans le monde réel grâce à cette unité numérique.

Ainsi, la valeur du bitcoin provient d'une prophétie auto-réalisatrice : des individus ont décidé que le bitcoin serait une monnaie et en ont fait une monnaie par leurs pensées, par leurs paroles et par leurs actes. Sans ces individus, le bitcoin n'aurait jamais pu acquérir une valeur pérenne.

Le 27 août 2010, Satoshi Nakamoto décrivait ce qui était déjà en train de se produire avec le bitcoin :

Peut-être qu'il pourrait obtenir une valeur initiale circulaire [...], par le biais de personnes prévoyant son utilité potentielle pour l'échange. (J'en voudrais certainement) Peut-être que les collectionneurs, ou n'importe quelle raison arbitraire, pourraient le lancer.

La suite est connue. Bitcoin a réellement décollé en 2011, avec la mise en ligne de la plateforme Silk Road en janvier (qui montrait au monde pourquoi Bitcoin était unique) et la parité avec le dollar atteinte par le prix en février (qui témoignait d'un attrait spéculatif). À ce moment-là, il était impossible de revenir en arrière. La machine était lancée.

 


Sources

Nathaniel Popper, Digital Gold: Bitcoin and the Inside Story of the Misfits and Millionaires Trying to Reinvent Money, 2016.
William J. Luther, Getting Off the Ground: The Case of Bitcoin, 8 août 2017.
Ross Ulbricht, Bitcoin Equals Freedom, 25 septembre 2019.

Avant Bitcoin : l’amorçage des premiers systèmes d’argent liquide numérique

April 22nd 2021 at 16:44

Le concept de Bitcoin a fait son apparition dans le monde le 31 octobre 2008. Dans un court document technique de 9 pages, le livre blanc, le mystérieux Satoshi Nakamoto décrivait les principes de base de ce qui deviendrait par la suite un phénomène économique d'envergure mondiale. Le titre de ce livre blanc ? « Bitcoin : un système d'argent liquide électronique pair-à-pair ». Ce projet s'inscrivait donc dans une lignée bien définie : celle des tentatives de créer une monnaie numérique fonctionnant de manière indépendante sur internet.

L'idée de monnaie numérique n'est pas une idée particulièrement nouvelle. Celle-ci remonte en effet au développement des moyens de communication modernes et est évoquée dans de nombreuses œuvres de science-fiction, notamment sous la forme de « crédits ». Avec l'émergence d'internet dans les années 1980, cette idée devenait réalisable. De même qu'il existait un courrier électronique (e-mail), il pouvait y avoir une monnaie électronique (e-money). Néanmoins, une interrogation subsistait : la question de savoir s'il était possible de transposer les propriétés de l'argent liquide au cyberespace. Pouvait-on construire une monnaie entièrement numérique qui pouvait se transmettre facilement, de personne à personne et de manière anonyme ? Ou devait-on se résigner à simplement étendre le fonctionnement du système bancaire à internet ?

Le concept d'argent liquide numérique a été formalisé pour la première fois en 1982 par le cryptographe américain David Chaum dans son papier académique intitulé « Blind signatures for untraceable payments ». Dans ce papier il décrivait un procédé de signatures aveugles qui permettait théoriquement d'envoyer des paiements de manière anonyme. David Chaum a par la suite étoffé cette idée et a travaillé à l'implémenter par le biais de sa société DigiCash, créée en 1989 pour l'occasion.

L'idée a ensuite été reprise par le mouvement cypherpunk, formé en 1992, dont le but était d'établir une forme d'anarchie dans le cyberespace grâce à la cryptographie et à la technologie. Pour réaliser leur objectif, un argent liquide numérique constituait un élément central, car c'était lui qui pouvait permettre le développement de marchés indépendants en ligne. Eric Hughes, l'un des fondateurs du mouvement, écrivait par exemple dans son Manifeste d'un cypherpunk en mars 1993 :

Nous, les cypherpunks, nous consacrons à construire des systèmes anonymes. Nous défendons notre confidentialité avec la cryptographie, avec les systèmes anonymes de transfert de courriels, avec les signatures numériques, et avec la monnaie électronique.

Cependant, pour qu'une telle monnaie soit vraiment indépendante, il fallait qu'elle possède une valeur sans être adossée à un autre bien. En effet, adosser sa monnaie à des réserves présentes à un endroit donné revenait à jouer le rôle d'une banque, ce qui était très peu compatible avec l'idéal des cypherpunks. C'est dans ce contexte qu'ont eu lieu les premières tentatives d'amorçage de systèmes d'argent liquide numérique.

 

Le Hawthorne Exchange : un système de réputation basé sur le Thorne

La première expérience que l'on peut citer n'est pas un système de monnaie numérique à proprement parler puisque son rôle initial n'était pas l'échange commercial. Il s'agit du Hawthorne Exchange, un système de jetons de réputation utilisé pour la liste de diffusion extropienne.

Les extropiens étaient des futuristes transhumanistes optimistes qui envisageaient l'évolution technologique comme un moyen de libération de l'individu. Ils avaient avait donc des centres intérêts en commun avec les cypherpunks (le mouvement extropien avait été fondé 4 ans aurapavant), et beaucoup de personnes faisaient partie des deux mouvements comme Timothy C. May, Nick Szabo ou encore Hal Finney. La liste de diffusion extropienne était une liste de distribution de courrier électronique privée, par laquelle les extropiens communiquaient sur internet et pouvaient discuter de nombreux sujets.

Logo extropianisme extropie

Le Hawthorne Exchange (couramment abrégé en HEx) a été lancé le 24 mars 1993 par un individu du nom de Brian Holt Hawthorne comme un marché de réputation pour les membres de la liste de diffusion. Le système se basait sur un serveur qui gérait les courriels de manière automatique. Chaque membre de la liste de diffusion pouvait s'incrire pour acquérir des parts liées à son identité, ainsi que des parts de la plateforme possédant le sigle boursier HEX. Chaque part pouvait ensuite être échangée sur le marché selon l'offre et la demande, ce qui permettait théoriquement d'évaluer la réputation des membres de la liste. Le principe de base était que si un membre considérait que quelqu'un avait contribué positivement à la liste de diffusion, il achetait des parts de cette personne, et que dans le cas inverse il revendait ces parts.

L'unité native pour effectuer ces échanges était le Thorne, et avait pour symbole ð ou p. La quantité monétaire émise au tout début était d'un million de Thornes et était détenue par le serveur. La distribution initiale se faisait lors de l'inscription : au moment de leur entrée dans le système, les participants recevait, en plus de leurs parts représentant leur réputation, 100 HEX chacun (les parts du système d'échange) qu'ils pouvaient vendre au serveur pour un prix de 100 Thornes pièce, et donc obtenir au moins 10 000 Thornes chacun.

Le système était très expérimental et beaucoup de membres de la liste de diffusion étaient sceptiques (à raison) sur sa pérennité. Néanmoins, certains se sont tout de même inscrits comme Hal Finney (il était l'un des premiers à s'inscrire et possédait la part HFINN), Perry E. Metzger (P) ou Nick Szabo (N) qui disait essayer pour « le plaisir du jeu » malgré ses réticences.

Après une période de développement plus longue que prévue, les échanges ont pu débuter le 28 juin 1993. Les opérations étaient rares mais elles avaient lieu. Voici à quoi ressemblaient le cours des différentes parts dans le rapport du 22 juillet :

Cours parts Hawthorne Exchange 1993

Plusieurs problèmes ont été évoqués dès le début. Le premier était le manque de liquidité du marché. Un groupe restreint de personnes possédait la majeure partie des Thornes et ne les faisaient pas bouger, ce qui n'aidait pas les autres à s'en procurer. Des propositions ont été faites pour améliorer les choses. Ainsi, le 6 juillet, un membre de la liste nommé Derek Zahn proposait d'augmenter drastiquement la quantité de Thrones en circulation. Suite à cette proposition, Perry Metzger rétorquait que les gens oubliaient que « la taille de la masse monétaire [n'avait] pas d'importance » et que « les valeurs [pouvaient] augmenter indéfiniment même avec une masse monétaire fixe ». Néanmoins, il fallait pour cela que l'unité soit rendu divisible, chose qu'a faite Brian Hawthorne le 16 juillet en ajoutant deux chiffres après la virgule dans la représentation des Thornes.

Le deuxième problème était la valorisation du Thorne et des jetons de réputation. Certaines personnes montraient en effet un certain scepticisme à propos de la mise en route du système, à l'instar de Hal Finney qui déclarait le 27 juillet :

De nombreuses personnes ont observé que les parts Hex ont peu ou pas de valeur intrinsèque. Cela remet en question toute la prémisse de la place de marché, à savoir que les valeurs des parts sont censées représenter d'une manière ou d'une autre la réputation des gens. Mais il n'y a aucune raison pour que la valeur des parts corresponde de quelque manière que ce soit à la réputation des gens, si ce n'est le fait qu'on se dit qu'il devrait en être ainsi. Il s'agit d'une tentative de créer une prophétie auto-réalisatrice, où si tout le monde croit X, alors tout le monde agit comme si X était vrai, et cela rend X vrai. [...] Il est important de comprendre que les Thornes ne sont pas comme les dollars. À moins que les parts HeX ne puissent recevoir une base autre que le caprice de leurs propriétaires, le marché s'effondrera sûrement, car il n'y a rien pour le soutenir.

Plusieurs personnes ont réagi à cette conception. Ainsi, Dave Krieger a répondu à Hal Finney que les dollars fonctionnaient déjà comme cela. Perry Metzger, lui, a été plus loin en invoquant la conception subjective de la valeur :

L'une des grandes avancées de la théorie économique autrichienne est la notion que toute valeur est complètement subjective - c'est tout simplement ce que les gens sont prêts à payer pour la chose valorisée. [...] Toute monnaie est psychologique.

HEx n'a jamais réellement fonctionné en tant que système de réputation car il n'y avait pas de sens à évaluer la réputation comme cela, et l'activité était de toute manière trop timide. Néanmoins, le Thorne lui a commencé à être utilisé comme monnaie d'échange. Par conséquent, bien que Brian Hawthorne lui-même avait déclaré que HEx n'était pas « un système d'argent liquide numérique » et n'avait « aucune prétention à l'être », les personnes présentes sur la liste se sont mises naturellement à effectuer des échanges contre du Thorne.

Le premier achat d'un service a eu lieu le 31 août 1993 lorsque Dave Krieger a proposé à John McPherson de lui donner 1000 Thornes s'il recopiait et publiait une présentation de Vernor Vinge réalisée par The San Diego Union-Tribune. John McPherson a accepté dans la soirée, heure de Californie, concluant ainsi l'échange.

Nick Szabo vendait quelques services contre du Thorne, et avait été jusqu'à mettre au point son propre catalogue de textes en tous genres, appelé « Nick's Catalog ».

Catalogue de Nick Szabo Thorne Hawthorne Exchange 1993

Quelques paris étaient réalisés sur la liste de diffusion. De son côté, Tim May mettait à disposition des dossiers d'informations contre des Thornes, dans le cadre de son projet de BlackNet.

Au cours du temps, le Thorne a aussi acquis un prix en dollars. Brian Hawthorne vendait du Thorne à un prix de 0,01 $ pièce. Cependant, la demande pour le Thorne était moins forte que cela et la plupart des gens acceptaient d'acheter du Thorne un prix de 0,001 $. Tim May en particulier cherchait à se procurer plus de Thornes : il a par exemple acheté 10 000 Thornes à Edgar W. Swank pour 10 $ en liquide. Le but de Tim May était d'« accumuler plus de Thornes » dans l'espoir que le système persiste et que Brian Hawthorne n'ait pas « l'intention de dévaloriser le Thorne en imprimant plus », chose que ce dernier confirmera :

Je vais répéter ce que j'ai déclaré publiquement auparavant. Il y a exactement un million de Thornes en circulation. Je n'en imprimerai pas plus.

Cet amorçage du Thorne a étonné certains membres de la liste, et ce d'autant plus que cette utilisation n'était pas la vocation initiale du système. Ainsi, David Murray expliquait le 28 septembre :

Quand HEX a débuté, je ne pensais pas que le thorn[e] pouvait spontanément acquérir de la valeur. Je n'en suis plus si sûr maintenant. Les thorn[e]s offrent un avantage distinct par rapport aux dollars ici sur la toile : ils sont électroniques et échangeables électroniquement. Cette marge d'efficacité peut suffire à leur permettre d'acquérir de la valeur, avec un peu d'aide (spontanée).

Cela a également inquiété Brian Hawthorne, qui voyait son système être utilisé comme monnaie, et qui ne voulait pas subir les poursuites étatiques que subissait à l'époque le créateur de PGP, Philip Zimmermann :

Avertissement officiel, de sorte à ce que je ne me retrouve pas dans la même situation que Phil Zimmermann : Le Hawthorne Exchange est un marché de réputation, pas un marché d'actions, de matières premières, de devises ou d'obligations. Le Thorne est un jeton avec lequel échanger des réputations. Le Hawthorne Exchange décline toute responsabilité quant à l'utilisation de Thornes comme monnaie réelle par ses clients.

Toutefois, cette expérience est lentement tombée dans l'oubli et l'activité a commencé à décliner vers la fin de l'année 1993. Le 21 janvier 1994, Brian Hawthorne a mis le Hawthorne Exchange en vente, n'ayant plus le temps de s'en occuper. Il avait en effet lancé la chose de manière plus ou moins ironique et ne s'attendait pas à ce que les gens la prennent autant au sérieux. La plateforme a été rachetée par Bill Garland, qui a déclaré par la suite que « HEx [avait été mis] en sommeil et qu'il le resterait encore un peu » (HEx is now dormant and will be for a little while yet). Le Hawthorne Exchange n'a jamais réapparu et par conséquent le Thorne a fini par perdre sa valeur.

 

Magic Money et les Tacky Tokens

À l'instar de la liste extropienne, la mailing list cypherpunk a également connu son expérience d'argent liquide numérique. Il s'agissait du protocole Magic Money qui permettait à chacun de créer sa propre devise numérique. Celui-ci a été présenté sur la liste de diffusion cypherpunk le 4 février 1994, par un anonyme qui utilisait PGP pour s'identifier. Le créateur de Magic Money, Pr0duct Cypher, décrivait son système comme suit :

Magic Money est un système d'argent liquide numérique conçu pour être utilisé par courrier électronique. Le système est en ligne et intraçable. « En ligne » signifie que chaque transaction implique un échange avec un serveur, pour éviter les doubles dépenses. « Intraçable » signifie qu'il est impossible pour quiconque de retracer les transactions, de faire correspondre un retrait avec un dépôt, ou de faire correspondre deux pièces de quelque manière que ce soit.

Tout comme le Hawthorne Exchange, Magic Money nécessitait par un serveur qui analysait des courriels pour faire fonctionner la chose. Magic Money était un protocole et par conséquent nécessitait que la personne qui désirait créer une nouvelle devise numérique fasse fonctionner son propre serveur. Pour être intraçable, le système se fondait sur les signatures aveugles de David Chaum, une technologie brevetée, ce qui faisait que Magic Money était avant tout un prototype expérimental.

À la fin de sa présentation initiale, Pr0duct Cypher ajoutait la remarque suivante à propos de la valorisation des jetons créés avec son système :

Maintenant, si vous êtes toujours réveillé, vient la partie amusante : comment introduire une valeur réelle dans votre système digicash ? Comment, d'ailleurs, faites-vous même en sorte que les gens jouent avec ?

Qu'est-ce qui rend l'or précieux ? Il a quelques propriétés utiles : c'est un bon conducteur, il résiste à la corrosion et aux produits chimiques, etc. Mais celles-ci ne sont devenus importantes que récemment. Pourquoi l'or a-t-il été précieux pendant des milliers d'années ? C'est joli, c'est brillant et surtout, c'est rare.

Digicash est joli et brillant. Les gens en parlent depuis des années, mais peu l'ont utilisé. Vous pouvez rendre votre cash plus intéressant en donnant à votre serveur un nom provocateur. Le faire passer par un service de repostage pourrait lui donner une touche « underground » qui attirerait les gens.

Votre digicash devrait être rare. Ne le donnez pas en grande quantité. Demandez à certaines personnes de jouer avec votre serveur, en vous faisant passer des pièces. Organisez un concours - la première personne qui casse ce code, répond à cette question, etc. gagne de l'argent numérique. Une fois que les gens commenceront à s'y intéresser, votre monnaie numérique sera demandée. Assurez-vous que la demande dépasse toujours l'offre.

 

Magic internet Money Bitcoin brouillon
Bitcoin n'est-il pas le digne héritier de Magic Money ?

 

Suite à cette présentation, les réactions ont été enthousiastes. Hal Finney a répondu dans la foulée : « Wow ! Génial ! ». Francis Barrett, lui, affirmait que c'était « la chose la plus géniale [qu'il avait] lue depuis longtemps ».

Le premier serveur a été mis en place par Mike Duvos le 25 février 1994. Ses pièces étaient appelés les « Tacky Tokens », ou « jetons poisseux », et elles étaient émises en dénominations de 1, 2, 5, 10, 20, 50, et 100 unités. En guise d'incitation à essayer le système, il distribuait 100 Tacky Tokens aux 10 premières personnes qui envoyaient un courriel au serveur.

Quelques tentatives d'utiliser les Tacky Tokens comme monnaie d'échange sont apparues comme la proposition de vente d'un GIF de qualité contre 5 Tacky Tokens, mais cependant cela n'a pas pris comme les cypherpunks l'imaginaient. Cet échec a fait réfléchir certains d'entre eux sur le problème de l'amorçage.

Dans son essai Why Digital Cash is Not Being Used, Tim May relevait différentes raisons pour lesquelles Magic Money / Tacky Tokens ne gagnait pas en traction, dont les trois principales étaient qu'il n'y avait quasiment rien à acheter, que l'utilisation était difficile techniquement et que le système n'offrait aucun intérêt particulier. May recommandait donc une liste de marchés qui pourraient être avantageux pour les système d'argent liquide numérique comme les cartes de téléphone, les routes à péage, les marchés illégaux, les marchés de paris et les services numériques de repostage.

Pr0duct Cypher, dans un texte intitulé Giving Value to Digital Cash, écrivait :

Quelqu'un m'a récemment rappelé mes mots de l'intro de Magic Money, dans laquelle j'ai prédit que l'argent liquide numérique pouvait prendre de la valeur par lui-même. Je savais quand j'ai écrit le programme que donner la valeur au système serait la partie la plus difficile. [...] La plupart des grandes économies utilisent aujourd'hui une monnaie fiduciaire, il est donc clair que la monnaie fiduciaire fonctionnera. Mais vous ne pouvez pas créer une nouvelle économie avec de la monnaie fiduciaire. La monnaie doit commencer par avoir une valeur et une convertibilité dans le monde réel. Après avoir été en circulation pendant un certain temps, elle peut être « découplée » des étalons extérieurs.

Il y a trois problèmes qui interviennent.

1> Faire en sorte que les gens s'y mettent, de l'ignorance totale à la présence d'un client Magic Money opérationnel sur leurs systèmes.

2> Distribuer vos pièces numériques.

3> Échanger vos pièces numériques contre quelque chose ayant de la valeur.

On note qu'il revenait alors sur sa position initiale, pour rejoindre la conclusion du théorème de régression de Mises : la valeur de la monnaie devait remonter à une valeur d'usage non monétaire, si besoin par le biais d'adossements successifs.

À la suite de ces discussions, d'autres implémentations de Magic Money ont vu le jour : les GhostMarks ou « marks fantômes » ; les DigiFrancs ou « francs numériques », prétendument adossés à 10 caisses de Cola-Cola Light conservés dans un coffre ; ou encore les NexusBucks ou « dollars de liaison », créés par un dénommé Sameer qui souhaitait rémunérer du travail de développement informatique grâce à ces jetons.

Cependant, toutes ces unités numériques à l'utilité très limitée ont disparu progressivement. À la mi-août 1994, Mike Duvos, l'opérateur du serveur gérant les Tacky Tokens, déclarait :

Je n'ai pas vu de Tacky Token depuis des mois, bien qu'il y avait pas mal d'activité lorsque j'ai rendu mon serveur disponible au début.

La cause de cette désertion était l'apparition d'un autre système d'argent liquide numérique : eCash et ses cyberbucks.

 

eCash : l'expérience des cyberbucks

Comme on l'a dit en introduction, David Chaum est l'un des fondateurs de l'argent liquide numérique. C'est donc tout naturellement qu'il a essayé de mettre en application son idée, par l'intermédiaire de eCash. Après avoir fondé sa société (DigiCash) en 1989, et avoir travaillé sur le sujet pendant plusieurs années, il a fini par mettre au point un prototype et à le présenter au monde le 27 mai 1994 lors de la première conférence internationale sur le World Wide Web au CERN à Genève.

eCash a par la suite mis en route, sous la forme d'un essai réalisé avec la participation de volontaires. Cet essai a été annoncé en juillet et a débuté le 19 octobre. Les unités émises pour l'occasion étaient appelés les cyberbucks, ou « dollars d'internet », et avaient pour symbole cb$, c$ ou e$ selon les individus. Puisqu'il s'agissait d'un test, les cyberbucks ne bénéficiaient d'aucun adossement au dollar et possédait donc un prix flottant.

L'avantage que possédait eCash est que le système était développé par une entreprise reconnue, qui savait communiquer et qui savait comment démarrer un nouveau projet. La distribution initiale a ainsi été mise à profit pour encourager l'utilisation du système : 100 cyberbucks étaient en effet distribués à chaque nouvel utilisateur. Cela fait que l'expérience des cyberbucks s'est retrouvé avec des centaines d'utilisateurs et des dizaines de commerçants dès ses débuts.

Commerçants essai eCash cyberbucks

En janvier 1995, l'essai jusqu'alors réservé aux États-Unis s'étendait au monde entier.

Le premier échange en cyberbucks aurait eu lieu dès octobre : ils s'agissait de l'achat d'une carte postale par Marcel van der Peijl, un employé de DigiCash, auprès de la société Global-X-Change.

eCash connaissait également un certain succès dans la communauté cypherpunk, et était souvent évoqué sur la liste de diffusion. Certains cypherpunks ont même fini par travailler pour DigiCash, comme Nick Szabo.

Le cyberbuck a lui aussi acquis un prix. Il existait une liste de diffusion spécialisée qui servait à réaliser des échanges : appelée ECM (pour Electronic Cash Market), celle-ci avait été démarrée le 24 juin 1995 par Rich Lethin. Il y avait également d'autres endroits où échanger des dollars contre des cyberbucks et inversement, comme l'Eshop de FireCloud Solutions (voir l'image ci-dessous). En 1995, le prix du cyberbuck était de quelques centimes de dollar.

Place de marché eCash EShop FireCloud Solutions 1995

Bien que rare, l'utilisation des cyberbucks était bien réelle. Hal Finney offrait un prix en cyberbucks pour son concours de programmation (problème résolu par Damien Doligez). Adam Back proposait à la vente des t-shirts sur lesquels était imprimé du code d'un algorithme de chiffrement (algorithmes alors considérés comme des munitions par l'État fédéral des États-Unis), dont un exemplaire a été acheté par Mark Grant le 17 août 1995. Bryce Wilcox (devenu aujourd'hui Zooko Wilcox-O'Hearn) proposait de vendre son logiciel facilitant l'utilisation de PGP pour 10 cyberbucks.

Jim Crawley résumait l'état des lieux le 11 juillet 1995, dans une courte chronique pour la revue en ligne The Computists' Weekly :

Pouvez-vous créer de la valeur réelle sur la toile simplement en émettant une monnaie étrange ? Apparemment oui. Digicash a distribué 1 M d'ecash, 100 e$ par utilisateur. Quelques marchands ont accepté les cyberbucks pour des partagiciels ou des produits d'information, et Adam Back en Grande-Bretagne vous vendra un T-shirt cryptographique "export-interdit" pour 250 e$ (ou 8 £, qui met en place un taux de change différent). Le premier échange connu vers la devise américaine a eu lieu lorsque Lucky Green a accepté le mois dernier de vendre ses 100 e$ pour 5 $. Cela établit un prix de vente de 50 000 $ pour l'émission de Digicash, bien qu'il soit possible que l'édition limitée ait une valeur beaucoup plus élevée en tant qu'article de collection. Selon l'analyste du commerce en ligne, Robert Hettinga, « le prix dont nous parlons ici est la valeur marginale du concept d'e$ lui-même : anonymat, fluidité de transfert, commodité, ce que vous voulez. »

Cependant, tout n'était pas parfait pour les utilisateurs de cyberbucks et certains se posaient des question sur la pérennité du système, à l'instar de Nathan Loofbourrow qui évoquait dans un courriel du 23 août la dépendance du système vis-à-vis de DigiCash :

Je n'ai pas encore vu de date, mais Digicash déclare à plusieurs reprises dans ses communiqués de presse que les Cyberbucks ne sont qu'une monnaie d'essai et qu'à un moment donné dans le futur, l'essai prendra fin. Est-ce que cela signera le fin du marché pour les c$ à ce moment-là ? Sans Digicash pour authentifier la monnaie, il semblerait impossible d'échanger les pièces de c$. [...] Afin de préserver la valeur de la nouvelle monnaie électronique, [...] nous avons besoin de l'assurance que la masse monétaire ne connaîtra pas une croissance déraisonnable. L'essai de ecash bénéficie de la promesse de Digicash d'un plafond de 1 million de c$ ; cette confiance a-t-elle un poids suffisant pour que le Cyberbuck ou son successeur garde une quelconque valeur pour l'utilisateur ?

Malheureusement, sa prédiction est rapidement devenue réalité. En octobre 1995, la Mark Twain Bank lançait sa propre version de eCash en partenariat avec DigiCash, et, contrairement à l'essai précédant, l'unité échangée était adossée au dollar étasunien. Bien que l'expérience des cyberbucks ne se soit pas arrêtée là, leur valeur s'est effondrée à cause de cette nouvelle. Le sort des cyberbucks a finalement été scellé lorsque Digicash a fait faillite en septembre 1998.

 

Conclusion

Ainsi, que ce soit avec le Hawthorne Exchange, Magic Money ou eCash, on a pu voir des unités numériques être valorisées sans être adossée à une monnaie existante. Pourquoi ? Parce que leur fonction -- transférer de la valeur sur internet -- était très demandée, notamment par les cypherpunks dans le but de réaliser leur idéal. Néanmoins, toutes ces expériences reposaient sur un tiers de confiance, et se sont définitivement arrêtées lorsque le tiers en question a cessé ses activités. Le Thorne, le Tacky Token et le cyberbuck n'étaient ni durables ni rares, et ne pouvaient donc pas devenir des monnaies plus largement acceptées.

Satoshi Nakamoto le reconnaissait lui-même. Dans un courriel adressé à la liste de diffusion p2p-research, il réagissait à la comparaison entre Bitcoin et eCash en disant :

Bien sûr, la plus grande différence est l'absence de serveur central. C'était le talon d'Achille des systèmes chaumiens ; lorsque l'entreprise centrale fermait ses portes, la monnaie disparaissait.

À la suite des expériences des années 1990, l'idée de créer un argent liquide numérique sans valeur intrinsèque s'est faite plus rare, pour laisser la place à des systèmes où les unités étaient indexées sur l'or (e-gold) ou le dollar (Liberty Reserve). Quelques cypherpunks ont bien tenté d'imaginer des systèmes décentralisés, comme b-money, bit gold ou RPOW, mais ceux-ci ont été immédiatement jugés trop peu robustes. Ce n'est qu'avec l'apparition de Bitcoin en 2008 que la malédiction a été levée et qu'un vrai argent liquide numérique a pu voir le jour.

 


Sources

John Paul Koning, The bootstrapping of Thorne, Magic Money, and Cyberbucks: three pre-Bitcoin monetary experiments, 6 novembre 2017.
Extropians (mailing list), 1993 - 1994.
Cyperpunks (mailing list), 1992 - 1998.

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