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Guerre des Intelligences Artificielles : Il faut sauver la souveraineté numérique du soldat Europe

June 21st 2026 at 10:34
By: Magali

En dĂ©cembre 2025, la France renouvelait son contrat Palantir pour trois ans. Six mois plus tard, elle le rĂ©siliait. Dites vous que cette accroche n’est pas un coup de théùtre Ă  la marge. C’est une sĂ©quence, un feuilleton. En effet, en l’espace de trois semaines, l’Europe a : larguĂ© Palantir au profit d’une pĂ©pite française ; remplacĂ© Google par Qwant au Parlement europĂ©en ; lancĂ© W, son concurrent souverain Ă  X ; et obligĂ© l’industrie tech Ă  se prĂ©parer contre la menace quantique. Washington a accompagnĂ© le mouvement Ă  sa maniĂšre : en coupant l’accĂšs Ă  ses Intelligences Artificielles les plus avancĂ©es aux ressortissants Ă©trangers. Bref, la souverainetĂ© IA de l’Europe est menacĂ©e.

Les points clés de cet article :
  • La France a rĂ©siliĂ© son contrat avec Palantir six mois aprĂšs l’avoir renouvelĂ©, en faveur de la sociĂ©tĂ© française ChapsVision.
  • L’Europe a entrepris des actions symboliques pour rĂ©duire sa dĂ©pendance technologique, comme remplacer Google par Qwant au Parlement europĂ©en.

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Le détonateur américain : quand Anthropic coupe les ponts

Les USA Palantir-sur-l’ambulance

Pour comprendre pourquoi l’Europe s’est mise en mouvement aussi brutalement, il faut d’abord regarder ce qui s’est passĂ© du cĂŽtĂ© amĂ©ricain.

En effet, le 13 juin, Anthropic a dĂ©clarĂ© qu’elle « dĂ©sactiverait brusquement » ses modĂšles d’IA les plus avancĂ©s pour tous les utilisateurs Ă©trangers, aprĂšs que le gouvernement amĂ©ricain lui a ordonnĂ© d’en restreindre l’accĂšs aux ressortissants non amĂ©ricains pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale. La dĂ©cision n’a pas Ă©tĂ© longuement expliquĂ©e. Elle n’avait pas Ă  l’ĂȘtre. C’est lĂ  tout le problĂšme.

Des milliers d’entreprises, d’institutions publiques, d’armĂ©es et de services de renseignement europĂ©ens utilisent des outils d’IA amĂ©ricains dans leur quotidien opĂ©rationnel. ChatGPT, Claude, Gemini, ces noms sont devenus aussi banals que le Microsoft Office qui tourne dans toutes les administrations françaises. Et, du jour au lendemain, sur dĂ©cision d’un exĂ©cutif amĂ©ricain que personne en Europe n’a Ă©lu, l’accĂšs Ă  ces infrastructures est rĂ©voquĂ©. Sans prĂ©avis. Sans recours.

La question qui s’est posĂ©e instantanĂ©ment dans toutes les capitales europĂ©ennes est simple et vertigineuse : qu’est-ce qui se passe demain matin si le robinet se ferme ? Et que sera-t-il fait de toutes les donnĂ©es que ces outils ont traitĂ© : donnĂ©es classifiĂ©es, donnĂ©es fiscales, donnĂ©es sanitaires ? Des donnĂ©es qui, on le rappelle, sont stockĂ©es sur des serveurs soumis au Cloud Act amĂ©ricain, loi qui autorise Washington Ă  accĂ©der aux donnĂ©es hĂ©bergĂ©es par des entreprises amĂ©ricaines oĂč qu’elles se trouvent dans le monde.

IA et données : un levier géopolitique pour les USA

D’ailleurs, les USA ont dĂ©jĂ  utilisĂ© ces donnĂ©es comme levier de pression gĂ©opolitique contre l’Europe. En dĂ©cembre 2025, le rĂ©publicain Marco Rubio, ancien maire pro-bitcoin de Miami et actuel SecrĂ©taire d’Etat amĂ©ricain, a placĂ© cinq personnalitĂ©s europĂ©ennes sous sanctions amĂ©ricaines, dont l’ancien Commissaire europĂ©en Thierry Breton, pour avoir « censurĂ© des AmĂ©ricains », comprendre : rĂ©gulĂ© les plateformes tech via le Digital Services Act.

Ces cinq EuropĂ©ens se sont retrouvĂ©s du jour au lendemain interdits d’entrĂ©e aux États-Unis et coupĂ©s de tout service fourni par des entitĂ©s amĂ©ricaines. Visa, le rĂ©seau de paiement, pas le document de voyage, est compris dans la liste. En consĂ©quence, de hauts fonctionnaires europĂ©ens qui ont rĂ©gulĂ© des plateformes amĂ©ricaines se retrouvent incapables d’utiliser une carte bancaire.

La mĂȘme logique s’applique aux magistrats de la Cour pĂ©nale internationale, dont le juge français Nicolas Guillou, sanctionnĂ© en aoĂ»t 2025 pour avoir participĂ© Ă  l’émission d’un mandat d’arrĂȘt contre Benjamin Netanyahou. Guillou l’a formulĂ© clairement face aux commissaires europĂ©ens Ă  Bruxelles :

« Si les juges, les procureurs, les hauts fonctionnaires ont peur de faire leur travail et ne prennent plus les dĂ©cisions qu’ils devraient prendre, on a quittĂ© le champ de la dĂ©mocratie. »

Source

Le fil conducteur est le mĂȘme dans tous ces cas : les États-Unis utilisent l’accĂšs Ă  leurs infrastructures, financiĂšres, numĂ©riques, physiques, comme instrument de coercition contre des dĂ©cideurs europĂ©ens qui prennent des dĂ©cisions souveraines lĂ©gitimes. Couper Fable 5 et Mythos allait dans cette continuitĂ©.

La souverainetĂ© IA de l’Europe menacĂ©e

Ce que Guillou dĂ©crit pour la justice vaut mot pour mot pour la finance. Christine Lagarde l’a dit lors d’une intervention en avril 2025 devant les institutions europĂ©ennes, puis rĂ©pĂ©tĂ© sur un podcast irlandais :

« Visa, Mastercard, PayPal et Alipay sont toutes contrĂŽlĂ©es par des entreprises amĂ©ricaines ou chinoises. Nous devons veiller Ă  ce qu’il existe une offre europĂ©enne. »

Source

En fĂ©vrier 2026, la BCE formalisait l’alarme dans un rapport officiel, qualifiant de « forte dĂ©pendance » la situation europĂ©enne vis-Ă -vis des rĂ©seaux de paiement internationaux, une dĂ©pendance qui pose des problĂšmes de « protection des donnĂ©es, de traçabilitĂ©, de rĂ©silience et de concentration du pouvoir de marchĂ©. » La Russie en a fait l’expĂ©rience en 2022 quand Visa et Mastercard ont coupĂ© leurs rĂ©seaux du territoire russe du jour au lendemain, sur dĂ©cision amĂ©ricaine.

De plus, le dollar (USDT, USDC etc 
) est ultra dominant sur les marchĂ©s cryptos. Et les deux tiers des paiements par carte dans la zone euro transitent par des serveurs amĂ©ricains. L’infrastructure financiĂšre de l’Europe, comme son infrastructure numĂ©rique et son infrastructure d’IA, appartient Ă  d’autres.

C’est le mĂȘme problĂšme, dĂ©clinĂ© sur trois couches. Et c’est exactement pour ça que Wero, l’euro numĂ©rique et la souverainetĂ© IA ne sont pas des projets sĂ©parĂ©s : ce sont les trois fronts d’une mĂȘme guerre.

Acte I : La DGSI claque la porte Ă  Palantir

Reprenons l’histoire de notre Soldat Europe, et de fait, du fantassin France. C’est dans ce contexte d’une IA made in USA omniprĂ©sente que Mardi 16 juin 2026, le Premier ministre SĂ©bastien Lecornu a confirmĂ© que la Direction gĂ©nĂ©rale de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure allait cesser de collaborer avec Palantir. C’est l’entreprise tricolore ChapsVision, qui venait d’intĂ©grer l’indice Next40 la veille, qui travaillera dĂ©sormais avec le renseignement français.

L’ironie du calendrier mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e. En dĂ©cembre 2025, Palantir annonçait le renouvellement pour trois ans de son contrat avec la DGSI, prolongeant une collaboration initiĂ©e en 2016. Alex Karp, co-fondateur, saluait « le soutien Ă  la France depuis 2016 et Ă  la sĂ©curitĂ© du peuple français. » Six mois plus tard : terminĂ©.

La France dĂ©bloque simultanĂ©ment 655 millions d’euros supplĂ©mentaires pour l’IA via le programme France 2030. Tous les agents publics auront accĂšs Ă  un assistant IA baptisĂ© « l’Assistant », alimentĂ© par le français Mistral AI, le site Ameli sera dotĂ© d’un chatbot santĂ©, et une plateforme de donnĂ©es publiques. Lecornu prĂ©vient que la capacitĂ© des ministĂšres Ă  utiliser l’IA pĂšsera dans les arbitrages budgĂ©taires de 2027.

Lecornu a été explicite sur la motivation profonde du basculement :

« Nous devons utiliser nos propres outils d’IA. Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dĂ©pendances stratĂ©giques dans le numĂ©rique. On ne peut pas se reposer sur les outils dĂ©veloppĂ©s par des puissances Ă©trangĂšres.»

La France n’est pas seule dans ce mouvement. L’armĂ©e allemande a dĂ©clarĂ© qu’elle n’utiliserait plus Palantir, tandis que le Royaume-Uni rĂ©examine le contrat de donnĂ©es de 330 millions de livres sterling conclu entre le National Health Service et Palantir, Ă  la suite de pressions politiques et parlementaires.

Palantir conteste. La société affirme que le contrat renouvelé fin 2025 reste « pleinement en vigueur. » Le bras de fer juridique commence.

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Acte II : Le Parlement européen dit non à Google

Depuis le 4 juin 2026, les ordinateurs institutionnels du Parlement européen ont un nouveau moteur de recherche par défaut : Qwant. Lancé en 2013, ce moteur de recherche français remplace officiellement Google au nom de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles des eurodéputés.

Le changement concerne 720 lĂ©gislateurs et des milliers de membres du personnel. Les recherches effectuĂ©es via la barre d’adresse dans Firefox et Edge seront automatiquement acheminĂ©es vers Qwant. Les utilisateurs resteront toutefois libres de modifier ce rĂ©glage.

Le geste est symbolique, personne n’est forcĂ©. Mais la portĂ©e politique est rĂ©elle. Qwant ne possĂšde qu’1 % de parts de marchĂ© en France, et ce chiffre descend Ă  0,5 % au niveau mondial. Actuellement, Qwant repose sur l’index de recherche de Bing de Microsoft, avec anonymisation totale des requĂȘtes. La sociĂ©tĂ© française s’est toutefois associĂ©e Ă  l’allemand Ecosia dans le but de crĂ©er un index complĂštement europĂ©en, appelĂ© Staan, destinĂ© Ă  rĂ©duire la dĂ©pendance de l’UE aux entreprises californiennes.

La dĂ©cision s’inscrit dans le paquet « Tech Sovereignty » de la Commission europĂ©enne, qui vise explicitement Ă  rĂ©duire la dĂ©pendance aux fournisseurs amĂ©ricains et asiatiques dans le cloud, l’IA et les donnĂ©es. La France va plus loin : elle est en train de faire passer ses postes de travail gouvernementaux de Windows Ă  Linux et de remplacer Zoom et Microsoft Teams par l’outil national Visio.

Acte III : W, le rĂ©seau social europĂ©en qui prĂ©cĂšde X dans l’alphabet

W, le nouveau concurrent européen de X

Le rĂ©seau social W, a lancĂ© sa premiĂšre version publique le mercredi 17 juin 2026. AnnoncĂ© en janvier Ă  Davos, W a choisi son nom en clin d’Ɠil Ă  X. La plateforme espĂšre rivaliser avec le rĂ©seau social amĂ©ricain en capitalisant sur la confiance.

W intĂšgre la vĂ©rification d’identitĂ© obligatoire par scan de document officiel, des donnĂ©es hĂ©bergĂ©es en Finlande et un chiffrement assurĂ© par Proton. Ursula von der Leyen, Antonio Costa, Roberta Metsola, le maire de Londres Sadiq Khan : tous prĂ©sents dĂšs le lancement.

L’ironie n’a pas Ă©chappĂ© aux observateurs. La Commission europĂ©enne a officiellement rejoint la plateforme en annonçant la nouvelle depuis X.

Looking for a new place to debate Europe?

Follow our account on W, a freshly launched independent social media network – based in Europe and aiming for open, safer online conversations.

Join the conversation – @ https://t.co/TCNVFI3ruX

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— European Commission (@EU_Commission) June 17, 2026

« Vous cherchez un nouvel endroit pour dĂ©battre de l’Europe ?

Suivez notre compte sur W, un rĂ©seau de mĂ©dias sociaux indĂ©pendant fraĂźchement lancĂ© – basĂ© en Europe et visant des conversations en ligne ouvertes et plus sĂ»res. (
) »

W Ă©voluera en version bĂȘta jusqu’à fin 2026. La version complĂšte sera rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  Davos, en janvier 2027. Le dĂ©fi est colossal. Le rĂ©seau X dĂ©passe la centaine de millions d’utilisateurs quotidiens et son plus grand concurrent actuel, Bluesky, est dĂ©sormais relativement bien implantĂ©, notamment dans le secteur des mĂ©dias.

SouverainetĂ© IA : quand l’Europe surveille en prĂ©tendant protĂ©ger

W, c’est bien. Mais W implique une vĂ©rification d’identitĂ© obligatoire. Et c’est lĂ  que le projet de souverainetĂ© numĂ©rique europĂ©en rencontre son angle mort le plus inconfortable : la tension fondamentale entre protection et anonymat.

Car pour rejoindre W, il faut scanner un document officiel. Pour accĂ©der Ă  certains services en ligne, il faudra bientĂŽt prouver son Ăąge via l’application europĂ©enne de vĂ©rification. Et le portefeuille d’identitĂ© numĂ©rique europĂ©en, prĂ©vu pour 500 millions de citoyens d’ici fin 2026, centralisera les identitĂ©s numĂ©riques de l’ensemble du continent.

De fait, l’Europe construit sa souverainetĂ© numĂ©rique en se dotant des mĂȘmes outils de surveillance que ceux qu’elle reproche aux rĂ©gimes autoritaires. Elle prĂ©tend le faire avec de bonnes intentions, protĂ©ger les mineurs, lutter contre la dĂ©sinformation, sĂ©curiser les transactions. Mais une infrastructure d’identitĂ© centralisĂ©e est, par dĂ©finition, une infrastructure qui peut ĂȘtre dĂ©tournĂ©e, piratĂ©e, ou retournĂ©e contre les citoyens qu’elle prĂ©tend protĂ©ger.

Et justement : l’application europĂ©enne de vĂ©rification d’ñge, prĂ©sentĂ©e en grande pompe le 15 avril 2026 par Ursula von der Leyen comme « la plus sĂ©curisĂ©e du monde », a Ă©tĂ© contournĂ©e en moins de deux minutes par un consultant en cybersĂ©curitĂ©. Paul Moore, le chercheur en question, a simplement manipulĂ© des fichiers de configuration locaux pour contourner l’authentification biomĂ©trique.

Ce qui rend la situation particuliĂšrement prĂ©occupante, c’est que cette application est conçue comme un prototype pour le futur portefeuille d’identitĂ© numĂ©rique europĂ©en. Les failles identifiĂ©es ne concernent donc pas seulement la vĂ©rification d’ñge, elles pointent vers les fondations d’une infrastructure censĂ©e gĂ©rer l’identitĂ© de 500 millions d’EuropĂ©ens. La Commission europĂ©enne a maintenu que l’outil Ă©tait « techniquement prĂȘt », tout en admettant qu’il s’agissait encore d’une « version de dĂ©monstration. » Ce n’est pas rassurant. Surtout dans le contexte d’une Europe qui vient de dĂ©cider de centraliser toujours plus de donnĂ©es souveraines.

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Acte IV : l’ANSSI et la bombe à retardement quantique

S’adapter à la menace quantique, une nouvelle norme

Pendant que l’Europe se bat sur les rĂ©seaux sociaux et les moteurs de recherche, une menace avance en coulisses. À partir de 2027, l’ANSSI cessera de certifier les produits de sĂ©curitĂ© sans chiffrement rĂ©sistant aux ordinateurs quantiques. Les administrations françaises et opĂ©rateurs d’importance vitale ont jusqu’en 2030 pour n’acheter que des solutions dites quantum-safe.

La raison est un scĂ©nario qui a un nom dans les milieux de la cybersĂ©curitĂ© : « Harvest Now, Decrypt Later », rĂ©colter maintenant, dĂ©chiffrer plus tard. Des acteurs malveillants interceptent et archivent des donnĂ©es chiffrĂ©es aujourd’hui dans l’attente de les dĂ©verrouiller dĂšs qu’un ordinateur quantique suffisamment puissant sera disponible. Jerry Chow, cadre chez IBM, a situĂ© cette menace au milieu des annĂ©es 2030.

Le problĂšme, c’est que l’état de prĂ©paration est dĂ©sastreux. En mars 2025, une Ă©tude conduite auprĂšs de 38 bĂ©nĂ©ficiaires avait rĂ©vĂ©lĂ© qu’aucun plan de transition n’existait et que les travaux d’analyse des risques n’étaient « ni engagĂ©s, ni planifiĂ©s, ni budgĂ©tĂ©s » dans la quasi-totalitĂ© des organisations sondĂ©es. Plus de la moitiĂ© prĂ©sentaient des pratiques vulnĂ©rables aux attaques rĂ©troactives.

L’Anssi prĂ©voit de publier fin 2026 une liste officielle des algorithmes post-quantiques approuvĂ©s pour ses certifications, incluant ML-KEM, ML-DSA, SLH-DSA et FN-DSA. Ce calendrier, plus ambitieux que celui de la Commission europĂ©enne, place la France en tĂȘte de la transition cryptographique sur le continent.

Cryptographie post-quantique et blockchain : l’angle mort de 2030

Le calendrier de l’Anssi a une implication directe pour l’écosystĂšme crypto et blockchain que personne ne mentionne encore dans le dĂ©bat public. Les blockchains gouvernementales et les registres distribuĂ©s utilisĂ©s par les États membres de l’UE devront remplacer l’algorithme ECDSA par FN-DSA ou ML-DSA d’ici 2029-2030, sous l’impulsion du rĂšglement europĂ©en sur l’identitĂ© numĂ©rique.

Or ECDSA, Elliptic Curve Digital Signature Algorithm, c’est prĂ©cisĂ©ment l’algorithme qui sĂ©curise les signatures de transactions sur Bitcoin et Ethereum. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait le casser, exposant potentiellement des millions de BTC dormants sur des adresses dont la clĂ© publique est exposĂ©e on-chain. Et c’est une des raisons pour laquelle dans cette guerre Ă©galement : les USA ont dĂ©jĂ  investi 2 milliards de dollars, comme nous l’expliquions dans cet article.

L’Anssi fixe 2027 comme dĂ©but de ses certifications post-quantiques, plus ambitieux que le calendrier europĂ©en. Le message aux administrations françaises est clair : la transition n’est plus optionnelle. Ce qui l’est encore, c’est la question de savoir si Bitcoin et les blockchains publiques engageront leur propre migration cryptographique avant que la fenĂȘtre ne se ferme.

L’Europe, (Palan)tir-au-flanc ?

Le paradoxe de la souveraineté numérique en France et en Europe

Au-delĂ  des annonces, que nous avons scolairement listĂ©es sans trop nous permettre de commentaire, une rĂ©alitĂ© structurelle saute aux yeux. Qwant utilise encore l’index de Bing pour ses rĂ©sultats. Mistral AI a levĂ© des fonds auprĂšs d’investisseurs amĂ©ricains. W tourne sur des serveurs finlandais mais utilise le protocole AT dĂ©veloppĂ© par Bluesky, lui-mĂȘme fondĂ© par Jack Dorsey. Et les 655 millions d’euros de France 2030 seront partiellement dĂ©pensĂ©s sur des infrastructures cloud, AWS, Azure, Google Cloud, faute d’alternatives europĂ©ennes suffisamment matures.

C’est le paradoxe de la souverainetĂ© numĂ©rique europĂ©enne : on proclame l’indĂ©pendance depuis des outils dont on n’est pas encore indĂ©pendant. La transition prendra du temps, et les dĂ©cisions prises aujourd’hui sur les standards, les certifications et les investissements dĂ©termineront si l’Europe sort vraiment de cette dĂ©pendance ou si elle change simplement de maĂźtre.

Pour l’écosystĂšme crypto et blockchain, cette sĂ©quence a des implications directes. Une Europe plus souveraine numĂ©riquement est une Europe plus susceptible de rĂ©guler les actifs numĂ©riques Ă  ses propres conditions, comme elle le fait dĂ©jĂ  avec MiCA. Et une Anssi qui impose la cryptographie post-quantique Ă  toutes les administrations d’ici 2027-2030 va mĂ©caniquement accĂ©lĂ©rer la question de la rĂ©sistance quantique des blockchains, une problĂ©matique que nous avons documentĂ©e dans notre article sur les briques technologiques de Bitcoin.

Arthur Mensch devant une salle (presque) vide : le symptÎme le plus inquiétant

On pourrait finir cet article sur une note d’optimisme prudent : l’Europe s’active, les dĂ©cisions s’enchaĂźnent, la direction semble claire. Mais il y a une image qui rĂ©sume mieux que tout l’état rĂ©el de la prise de conscience politique française sur ces enjeux depuis quelques semaines.

Le 12 mai 2026, Arthur Mensch, brillant cofondateur et PDG de Mistral AI, la seule pĂ©pite europĂ©enne vraiment compĂ©titive face aux gĂ©ants amĂ©ricains dans la course Ă  l’IA, Ă©tait auditionnĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale dans le cadre d’une commission d’enquĂȘte sur les dĂ©pendances structurelles dans le numĂ©rique. C’est devant une salle vide qu’il a pris la parole. Selon les sources prĂ©sentes, seuls deux dĂ©putĂ©s Ă©taient dans la salle au moment oĂč il a exposĂ© les enjeux de souverainetĂ© IA pour la France. Pas un reprĂ©sentant par groupe parlementaire. Une audition d’une heure et demie sur l’avenir numĂ©rique du pays, programmĂ©e Ă  une heure peu propice, devant des chaises vides.

Ce que Mensch a dit mĂ©ritait pourtant d’ĂȘtre entendu. Il a posĂ© un cadre radical : l’intelligence artificielle gĂ©nĂ©rative n’est pas un service logiciel, pas un service web, c’est une technologie de transformation Ă©nergĂ©tique.

« Nous transformons de l’électricitĂ© en gĂ©nĂ©ration de tokens », a-t-il dit aux rares parlementaires prĂ©sents. Une infrastructure stratĂ©gique comparable Ă  l’énergie, pas Ă  une application mobile. Et son avertissement sur la dĂ©pendance europĂ©enne : si l’Europe n’a aucune capacitĂ© de production souveraine en IA, elle n’a rien Ă  mettre dans la balance face aux États-Unis ou Ă  la Chine.

Deux dĂ©putĂ©s prĂ©sents. Sur 577. Pour entendre le patron de la seule IA souveraine europĂ©enne crĂ©dible parler de l’indĂ©pendance numĂ©rique de la France.

Arthur Mensch, PDG de Mistral, devant une commission d’enquĂȘte vide – Source : Youtube

La crypto et la blockchain ne sont pas mieux loties dans les hémicycles. Ces sujets sont encore utilisés comme des mots-valises, « blockchain », « IA », « quantique », par des élus qui les mentionnent dans leurs discours sans en maßtriser les enjeux techniques.

Il y a des exceptions : Philippe Latombe, qui prĂ©side prĂ©cisĂ©ment la commission d’enquĂȘte numĂ©rique, est l’un des rares parlementaires Ă  suivre ces dossiers avec une rĂ©elle profondeur. Mais ils sont une poignĂ©e.

Guerre des IA : qui sont les prisonniers ?

En trĂšs peu de temps, nous avons Ă©tĂ© privĂ© des derniĂšres versions de Claude, Fable 5 et Mythos. Nous avons remplacĂ© Google par Qwant, larguĂ© Palantir pour ChapsVision, lancĂ© W pour contrer X, imposĂ© la cryptographie post-quantique d’ici 2027. Bref, en trois semaines, l’Europe a envoyĂ© plus de signaux de rupture technologique qu’en dix ans de discours sur la souverainetĂ© numĂ©rique.

Et pendant qu’une salle presque vide Ă©coutait le patron de Mistral avertir que l’IA est devenue une infrastructure aussi stratĂ©gique que l’électricitĂ©, l’application europĂ©enne de vĂ©rification d’ñge se faisait pirater en deux minutes par un consultant depuis son bureau. L’ambition est lĂ . L’exĂ©cution, elle, court encore derriĂšre.

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