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ProblĂšme dâarbitrage. Un article publiĂ© par le Wall Street Journal rĂ©cemment met en lumiĂšre des vulnĂ©rabilitĂ©s structurelles dans le systĂšme de rĂšglement des litiges de la plateforme de prĂ©diction Polymarket. Pour trancher ses litiges, lâentreprise externalise lâarbitrage auprĂšs dâun service tiers nommĂ© UMA (Universal Market Access), gĂ©rĂ© par une fondation basĂ©e aux Ăźles CaĂŻman. Cependant, lâanalyse des donnĂ©es de la blockchain indique quâau moins 60 % des votants actifs de ce service tiers possĂšdent des liens directs avec des comptes Polymarket. Cette situation soulĂšve des interrogations quant Ă lâimpartialitĂ© des dĂ©cisions, alors que le volume de litiges enregistre une hausse notable avec plus de 1 150 cas recensĂ©s depuis le dĂ©but de lâannĂ©e 2026.
LâĂ©tude des flux financiers et des votes met en Ă©vidence des conflits dâintĂ©rĂȘts rĂ©pĂ©tĂ©s au sein de ce mĂ©canisme dĂ©centralisĂ© alors mĂȘme que les conditions dâutilisation de la plateforme stipulent que celle-ci dĂ©cline toute responsabilitĂ© concernant la rĂ©solution des contrats.
Selon lâenquĂȘte fouillĂ©e du WSJ, le systĂšme dâarbitrage mis en place repose sur le protocole UMA, dont les dĂ©tenteurs de jetons Ă©valuent les requĂȘtes via la messagerie Discord. Dans ce modĂšle, le poids de chaque vote dĂ©pend proportionnellement de la quantitĂ© de jetons dĂ©tenus par lâadresse Ă©mettrice.
Or, lâenquĂȘte rĂ©vĂšle une forte concentration du pouvoir dĂ©cisionnel, puisque plus de 50 % des voix se regroupent sur seulement dix adresses majeures lors de la plupart des procĂ©dures. De plus, le protocole nâintĂšgre actuellement aucune restriction technique pour empĂȘcher un participant de voter sur un dossier oĂč il possĂšde un intĂ©rĂȘt financier personnel.
Lâanalyse montre ainsi quâenviron un cinquiĂšme des litiges, soit prĂšs de 300 cas, implique au moins un arbitre ayant des capitaux engagĂ©s dans le pari concernĂ©. Cette absence de barriĂšres favoriserait des comportements ambigus, illustrĂ©s par lâexclusion rĂ©cente dâun membre du comitĂ© dâUMA.rocks, une structure regroupant 8 % des droits de vote.
LâintĂ©ressĂ© a dâailleurs reconnu avoir pris part Ă des votes dâarbitrage tout en dĂ©tenant des positions financiĂšres sur les contrats Polymarket contestĂ©s. Bien que les responsables du protocole appliquent des pĂ©nalitĂ©s Ă©conomiques aux votants minoritaires pour inciter Ă la convergence des rĂ©ponses, la majoritĂ© des acteurs opĂšre sous couvert dâanonymat.
Cette opacitĂ© empĂȘche toute vĂ©rification publique des identitĂ©s rĂ©elles, rendant le systĂšme dĂ©pendant de la bonne foi dâacteurs potentiellement juges et parties. Le choix de dĂ©lĂ©guer lâarbitrage Ă une entitĂ© externe dĂ©coule dâun accord conclu par Polymarket en 2022 avec le rĂ©gulateur amĂ©ricain CFTC.
En sâappuyant sur un rĂ©seau de vote dĂ©centralisĂ©, la plateforme cherche Ă consolider son statut dâopĂ©rateur offshore non soumis aux rĂ©glementations nationales strictes.

La direction de lâentreprise dĂ©fend ce modĂšle en affirmant quâil rĂ©partit le pouvoir de dĂ©cision au sein dâun cadre transparent plutĂŽt que de le confier Ă un arbitre unique. Elle rappelle Ă©galement que les votes ne concernent statistiquement que 0,2 % de lâensemble des contrats de paris.
De son cĂŽtĂ©, la fondation supervisant UMA rejette les accusations de manipulation, attribuant les critiques Ă des mouvements de frustration de la part de traders perdants. Ă lâinverse, plusieurs analystes du secteur expriment des rĂ©serves quant Ă la lĂ©gitimitĂ© de cette organisation institutionnelle.
Certains estiment ainsi que la responsabilitĂ© finale de la rĂ©solution des marchĂ©s devrait incomber directement Ă la plateforme Ă©mettrice, plutĂŽt quâĂ des sous-traitants anonymes et gĂ©ographiquement distants. Bien que Polymarket publie rĂ©guliĂšrement des notes de clarification pour encadrer ses contrats et Ă©viter les dĂ©rives, lâentreprise ne modifie presque jamais les dĂ©cisions rendues par le protocole tiers.
Et cette rigiditĂ© contractuelle place les utilisateurs face Ă un systĂšme oĂč le droit de recours dĂ©pend dâincitations financiĂšres privĂ©es.
Les conclusions de cette enquĂȘte soulignent la complexitĂ© de concevoir des outils dâarbitrage fiables sans une autoritĂ© centrale de contrĂŽle. Si lâexternalisation permet Ă la plateforme de se protĂ©ger juridiquement, elle fragilise la confiance des utilisateurs dans la neutralitĂ© des rĂ©sultats. La corrĂ©lation Ă©troite entre les parieurs et les arbitres montre que la dĂ©centralisation technique ne rĂ©sout pas nativement les problĂ©matiques de gouvernance Ă©conomique. Ă mesure que les volumes de transaction progressent, la pĂ©rennitĂ© de ce modĂšle dĂ©pendra de lâintroduction de rĂšgles de transparence capables dâexclure les votants en situation de conflit dâintĂ©rĂȘt et dâĂ©viter au maximum les scandales.
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Un euro en chute libre. La plateforme StablR fait face Ă dâimportantes difficultĂ©s opĂ©rationnelles Ă la suite dâune faille de sĂ©curitĂ© majeure survenue dimanche 24 mai. Une cyberattaque ciblant son contrat dâĂ©mission a entraĂźnĂ© la perte temporaire de la paritĂ© de ses actifs stablecoins, lâEuro StablR (EURR) et le Dollar StablR (USDR). Selon les premiĂšres constatations partagĂ©es par la sociĂ©tĂ© de sĂ©curitĂ© blockchain Blockaid, lâorigine de lâincident ne provient pas dâun dĂ©faut de programmation des contrats intelligents, mais plutĂŽt dâune dĂ©faillance critique dans la gestion opĂ©rationnelle des clĂ©s dâaccĂšs. Cette situation met en Ă©vidence les limites des cadres de gouvernance interne, mĂȘme pour des entitĂ©s opĂ©rant sous des rĂ©gimes rĂ©glementaires stricts. Voici ce que lâon sait au lendemain de lâincident.
Lâattaquant a exploitĂ© une vulnĂ©rabilitĂ© dans la structure du portefeuille multi-signature (multisig) qui gĂ©rait lâĂ©mission des jetons de la plateforme. La configuration technique nâexigeait quâune seule signature valide sur les trois autorisĂ©es pour valider les transactions financiĂšres. En compromettant cette unique clĂ© privĂ©e, le tiers malveillant a modifiĂ© lâarchitecture de gouvernance du contrat afin de sâoctroyer le statut de propriĂ©taire exclusif et dâexclure les administrateurs lĂ©gitimes.
Il a ensuite procĂ©dĂ© Ă lâĂ©mission non garantie de 8,35 millions dâUSDR et de 4,5 millions dâEURR, reprĂ©sentant une valeur thĂ©orique initiale de 10,4 millions de dollars. Cependant, la faible profondeur des rĂ©serves de liquiditĂ© sur les plateformes dâĂ©change dĂ©centralisĂ©es a limitĂ© le montant rĂ©el des gains convertis par lâauteur de lâinfraction. La vente massive de ces nouveaux actifs numĂ©riques sur des marchĂ©s aux volumes restreints a gĂ©nĂ©rĂ© dâimportants Ă©carts de prix.
Lâattaquant a finalement obtenu 1 115 Ethers, Ă©quivalant Ă environ 2,8 millions de dollars. Cette pression vendeuse a immĂ©diatement provoquĂ© une baisse notable des cours des deux stablecoins, lâEURR chutant de prĂšs de 20 % tandis que lâUSDR sâest dĂ©prĂ©ciĂ© pour atteindre des valeurs comprises entre 0,40 et 0,63 dollar avant dâamorcer une stabilisation partielle.

Cet incident rĂ©pĂšte un schĂ©ma dĂ©jĂ observĂ© plus tĂŽt dans lâannĂ©e lors dâune faille comparable touchant le protocole Resolv, oĂč la protection insuffisante dâune clĂ© dâaccĂšs avait Ă©galement permis des Ă©missions illicites Ă grande Ă©chelle. LâĂ©vĂ©nement soulĂšve des interrogations mĂ©thodologiques quant Ă la sĂ©curitĂ© rĂ©elle des projets considĂ©rĂ©s comme conformes aux normes industrielles actuelles.
StablR dispose en effet dâune licence dâĂ©tablissement de monnaie Ă©lectronique dĂ©livrĂ©e par le rĂ©gulateur financier de Malte et opĂšre sous le rĂ©gime de la rĂ©glementation europĂ©enne MiCA (Markets in Crypto-Assets). Par ailleurs, lâentreprise bĂ©nĂ©ficiait depuis fin 2024 dâun soutien financier stratĂ©gique de la part de lâĂ©metteur majeur Tether. La direction de la plateforme a confirmĂ© la rĂ©alitĂ© de lâattaque et collabore actuellement avec des analystes spĂ©cialisĂ©s pour tracer et geler les fonds dĂ©robĂ©s.
Cette affaire dĂ©montre que la conformitĂ© aux exigences des autoritĂ©s de supervision ne prĂ©munit pas les structures financiĂšres contre des nĂ©gligences techniques internes. La rĂ©solution finale de cette crise dĂ©pendra dĂ©sormais des mesures de compensation et des rĂ©visions de sĂ©curitĂ© que la sociĂ©tĂ© mettra en Ćuvre pour restaurer la confiance des investisseurs.
Cet Ă©vĂ©nement rappelle que lâadossement Ă des devises physiques ne suffit pas Ă garantir la stabilitĂ© dâun actif si la chaĂźne de sĂ©curitĂ© technique prĂ©sente des failles de gouvernance. Bien que les pertes financiĂšres directes aient Ă©tĂ© limitĂ©es par lâĂ©tat du marchĂ© secondaire, lâimpact sur la rĂ©putation de lâĂ©metteur demeure significatif. Les annonces de lâĂ©quipe de StablR dans les jours qui viennent seront Ă suivre de prĂšs pour connaitre les dĂ©tails et les montants exacts de cette attaque.
Lâarticle 2 stablecoins europĂ©ens victimes dâun hack : MiCA nâa rien empĂȘchĂ© est apparu en premier sur Journal du Coin.
IA contre IA. La sĂ©curitĂ© des protocoles et la protection des fonds crypto figurent parmi les prioritĂ©s absolues du secteur crypto. DâoĂč la multiplication de structures spĂ©cialisĂ©es comme Elliptic. Mais la course aux armements numĂ©riques a changĂ© de dimension : la prochaine vague dâattaques pourrait ĂȘtre pilotĂ©e par une intelligence artificielle capable dâopĂ©rer Ă une Ă©chelle inĂ©dite.
Hacks, exploits et arnaques rythment depuis longtemps le quotidien des cryptomonnaies. Selon Simone Maini, CEO dâElliptic, le danger dâune nouvelle nature se prĂ©cise : une IA capable de traiter des transactions Ă une vitesse et Ă un volume que les Ă©quipes de conformitĂ© humaines ne peuvent plus suivre. Par ailleurs, toujours selon Simone Maini, CEO dâElliptic, il nây a tout simplement pas assez dâanalystes en conformitĂ© spĂ©cialisĂ©s dans les actifs numĂ©riques pour suivre ces volumes.
Lâessor des stablecoins, des actifs tokenisĂ©s et des paiements automatisĂ©s par IA bouscule les architectures de surveillance existantes. Les acteurs traditionnels de la finance sâengouffrent dans les actifs numĂ©riques, et les outils de contrĂŽle doivent suivre la cadence.

Elliptic vient de boucler une levĂ©e de 120 millions de dollars (Series D) menĂ©e par One Peak, avec la participation de Nasdaq Ventures, Deutsche Bank et British Business Bank. Tour de table qui permet le dĂ©veloppement dâun systĂšme de conformitĂ© dit « agentique » (terme qui dĂ©signe des modĂšles dâIA capables dâagir de maniĂšre autonome, en chaĂźnant des dĂ©cisions sans supervision humaine constante).
ConcrĂštement, il sâagit dâautomatiser la surveillance des transactions et les enquĂȘtes, pour dĂ©charger les analystes des tĂąches rĂ©pĂ©titives.
« Ă mesure que le volume des transactions augmente, le coĂ»t par gestion dâalerte, le coĂ»t par enquĂȘte diminue. Pour nous, ce que nous faisons essentiellement pour nos clients, câest inverser cette courbe de coĂ»ts en matiĂšre de conformitĂ©. »
Simone Maini, CEO dâElliptic
LâIA reste une arme Ă double tranchant. Les cybercriminels sâen saisissent eux aussi pour industrialiser leurs attaques. Phishing personnalisĂ© Ă grande Ă©chelle, gĂ©nĂ©ration dâexploits, fraudes automatisĂ©es : tout devient plus rapide et moins coĂ»teux Ă produire.
Face Ă cette pression, les sociĂ©tĂ©s de sĂ©curitĂ© comme Elliptic dĂ©ploient leurs propres modĂšles pour identifier plus vite les activitĂ©s illicites. Chez Elliptic, cela passe par des agents IA chargĂ©s de collecter des donnĂ©es on-chain, dâattribuer des wallets Ă des entitĂ©s connues et de dĂ©tecter des schĂ©mas suspects en temps rĂ©el.
Ă mesure que les outils de surveillance gagnent en finesse, lâIA redessine la dĂ©fense des protocoles crypto. Le mĂȘme outil qui dĂ©multiplie les capacitĂ©s offensives des attaquants pourrait bien devenir, cĂŽtĂ© dĂ©fense, le filet de sĂ©curitĂ© qui manquait Ă lâindustrie.
Avec cette nouvelle injection de capital, Elliptic renforce clairement son statut de leader dans la course Ă lâarmement IA qui sâannonce dans la sĂ©curitĂ© blockchain. Une course oĂč les attaquants, comme les dĂ©fenseurs, apprennent de plus en plus vite.
Lâarticle Crypto : LâIA, une arme Ă double tranchant pour la sĂ©curitĂ© blockchain est apparu en premier sur Journal du Coin.
Savez-vous ce quâest un technocrate ? Lorsque le terme est Ă©voquĂ©, on pense vaguement Ă un bureaucrate bien nourri, fonctionnaire habituĂ© de lâadministration publique, dont les dĂ©cisions politiques se basent sur des Ă©tudes statistiques plutĂŽt que sur des considĂ©rations sociales et humaines. NĂ©anmoins cette image nâest quâune version Ă©dulcorĂ©e de ce que reprĂ©sente lâidĂ©ologie technocratique originelle : le rĂšgne absolu de la technique et de ses reprĂ©sentants (les scientifiques et les ingĂ©nieurs) aboutissant Ă une gestion rationnelle et planifiĂ©e de la sociĂ©tĂ©.
Cette philosophie politique est nĂ©e avec la rĂ©volution industrielle, et a culminĂ© avec le mouvement technocratique amĂ©ricain des annĂ©es 1930 menĂ© par Howard Scott. Si elle ne sâest jamais directement emparĂ©e du pouvoir oĂč que ce soit, elle a nĂ©anmoins profondĂ©ment influencĂ© la politique de lâOccident et continue de le faire de nos jours, dâEmmanuel Macron Ă Donald Trump en passant par Jinping Xi. De plus, Ă lâheure oĂč la technique est de plus en plus prĂ©sente dans nos vies avec la numĂ©risation accĂ©lĂ©rĂ©e de la sociĂ©tĂ©, lâeffet de cette philosophie prend une toute autre dimension.
La pensĂ©e technocratique tient un discours dur sur lâĂ©conomie : elle abhorre le marchĂ© libre, et prĂŽne la planification pure et simple. En particulier, elle propose dâabolir la monnaie telle que nous la connaissons pour lui substituer un systĂšme de distribution centralisĂ©. Dans cet article, je me propose de retracer les origines de cette pensĂ©e et dâexaminer plus en dĂ©tail son discours inquiĂ©tant sur le systĂšme monĂ©taire.
La technocratie est, comme son nom lâindique, une forme de gouvernement oĂč le pouvoir est laissĂ© Ă la technique, ou du moins Ă ses reprĂ©sentants, câest-Ă -dire les scientifiques et les ingĂ©nieurs. Elle recourt entre autres Ă une planification de lâĂ©conomie, et refuse en cela de laisser faire le marchĂ©. Le terme a Ă©tĂ© créé en 1919 par lâingĂ©nieur amĂ©ricain William H. Smyth, qui la dĂ©crivait comme une « dĂ©mocratie industrielle rationalisĂ©e », et il sâest par la suite popularisĂ© par le biais du mouvement technocratique amĂ©ricain au dĂ©but des annĂ©es 30.
Ă lâĂ©poque, il ne sâagissait pas dâune idĂ©e nouvelle. La pensĂ©e technocratique a Ă©mergĂ© avec le progrĂšs technique issu de la rĂ©volution industrielle. Certaines personnes, constatant que la science permettait de rĂ©soudre le problĂšme de la production des biens, voulaient appliquer cette mĂȘme science Ă la politique, câest-Ă -dire Ă la distribution des richesses.
La pensĂ©e technocratique prend en particulier racine dans le saint-simonisme, courant de pensĂ©e nĂ© au dĂ©but du XIXe siĂšcle, fondĂ© par le philosophe, Ă©conomiste et militaire français Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon. Cette doctrine industrialiste prĂŽnait lâorganisation rationnelle de la sociĂ©tĂ© afin de rĂ©partir le travail et la richesse produite : « à chacun selon sa capacitĂ©, Ă chaque capacitĂ© selon ses Ćuvres1 ». Cette doctrine avait Ă©galement un pan spirituel, se voulant ĂȘtre un « nouveau christianisme », une religion rationaliste sans dieu, censĂ©e dĂ©barrasser les hommes de leur Ă©goĂŻsme.

Concernant lâorganisation Ă©conomique, Saint-Simon sâest contentĂ© de donner des principes gĂ©nĂ©raux, et nâa pas eu de mot particulier sur la monnaie. Toutefois, ses disciples, menĂ©s par Prosper Enfantin et Armand Bazard, sâen sont chargĂ©s. Dans la Doctrine de Saint-Simon publiĂ©e en 1931, ils imaginaient ainsi un « systĂšme gĂ©nĂ©ral de banques » qui ferait circuler des « crĂ©dits », en les distribuant aux travailleurs :
« Ce systĂšme comprendrait dâabord une banque centrale reprĂ©sentant le gouvernement, dans lâordre matĂ©riel : cette banque serait dĂ©positaire de toutes les richesses, du fonds entier de production, de tous les instrumens de travail, en un mot, de ce qui compose aujourdâhui la masse entiĂšre des propriĂ©tĂ©s individuelles.
De cette banque centrale dĂ©pendraient des banques de second ordre qui nâen seraient que le prolongement, et au moyen desquelles elle se tiendrait en rapport avec les principales localitĂ©s, pour en connaĂźtre les besoins et la puissance productrice ; celles-ci commanderaient encore, dans la circonscription territoriale quâelles embrasseraient, Ă des banques de plus en plus spĂ©ciales, embrassant un champ moins Ă©tendu, des rameaux plus faibles de lâarbre de lâindustrie.
Aux banques supĂ©rieures convergeraient tous les besoins ; dâelles divergeraient tous les efforts : la banque gĂ©nĂ©rale nâaccorderait aux localitĂ©s des crĂ©dits, câest-Ă -dire ne leur livrerait des instruisons de travail, quâaprĂšs avoir balancĂ© et combinĂ© les opĂ©rations diverses ; et ces crĂ©dits seraient ensuite rĂ©partis entre les travailleurs par les banques spĂ©ciales, reprĂ©sentant les diffĂ©rentes branches de lâindustrie. »
Ces idĂ©es ont aussi inspirĂ© un certain nombre de doctrines et dâexpĂ©riences socialistes en France, mĂȘme si le socialisme (courant idĂ©ologique alors naissant) diffĂ©rait sensiblement par sa dĂ©marche Ă©galitaire et dĂ©mocratique. La vulgate saint-simonienne a ainsi influencĂ© le communisme de Louis Blanc, le mutuellisme de Pierre-Joseph Proudhon, et le « socialisme scientifique » de Marx et Engels.
La pensĂ©e technocratique a connu un nouvel essor Ă partir de la fin du XIXe siĂšcle. Les Ătats-Unis ont en particulier Ă©tĂ© propices au foisonnement de ces idĂ©es, en raison de leur industrialisation rapide Ă partir de la guerre de SĂ©cession. Ă titre dâillustration, le nombre dâingĂ©nieurs dans le pays, qui nâĂ©tait de 7 000 en 1870, est passĂ© Ă 28 000 en 1890, puis 43 000 en 1900, pour finalement atteindre 226 000 en 1930. Cette Ă©volution a provoquĂ© une mutation idĂ©ologique profonde au tournant du XXe siĂšcle, faisant advenir ce quâon a appelĂ© la Progressive Era, une pĂ©riode de rĂ©formes Ă©conomiques et sociales, sâopposant au laissez-faire et Ă lâindividualisme du Gilded Age qui la prĂ©cĂ©dait.
Lâune des personnes qui Ă©mettaient alors des idĂ©es progressistes Ă©tait le journaliste et auteur amĂ©ricain Edward Bellamy. En 1888, alors quâil nâavait que 27 ans, ce dernier a publiĂ© un roman dâanticipation utopique, intitulĂ© Looking Backward 2000â1887 (et traduit en français sous le nom Cent ans aprĂšs ou lâAn 2000), dans lequel il dĂ©crivait une sociĂ©tĂ© future, ayant rompu avec le capitalisme et lâindividualisme pour lui substituer la mĂ©ritocratie et lâĂ©galitĂ©. Dans ce monde, le commerce et la monnaie ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par un systĂšme de distribution contrĂŽlĂ© par lâĂtat, oĂč les citoyens utilisent une « carte de crĂ©dit » (terme inĂ©dit Ă lâĂ©poque) pour subvenir Ă leurs besoins. Dans le roman, le docteur Leete (homme de lâan 2000) explique au protagoniste (projetĂ© dans le futur) le fonctionnement de ce systĂšme :
« Un crĂ©dit, correspondant Ă sa part du produit annuel de la nation, est ouvert Ă chaque citoyen, au commencement de lâannĂ©e, et inscrit sur les livres de lâEtat. On lui dĂ©livre une carte de crĂ©dit, au moyen de laquelle il se procure, quand il veut, dans les magasins nationaux Ă©tablis dans toutes les communes, tout ce quâil peut dĂ©sirer. Vous voyez que ce systĂšme supprime toute transaction commerciale entre producteurs et consommateurs2. »

Cet ouvrage de fiction a connu un succĂšs populaire retentissant aux Ătats-Unis, Ă©tant vendu Ă prĂšs de 400 000 exemplaires en lâespace dâune dĂ©cennie, ce qui en a fait le troisiĂšme roman le plus vendu du XIXe siĂšcle outre-Atlantique. Cet ouvrage a eu pour consĂ©quence de crĂ©er un vĂ©ritable mouvement intellectuel Ă tendance socialiste, formĂ© des partisans de Bellamy, Ă Boston dâabord, puis tout autour de lâAmĂ©rique du Nord. Les membres de ce mouvement se faisaient appeler les « nationalistes » en raison de leur revendication principale : la nationalisation des biens de production.
On a assistĂ© Ă la formation de plus de 500 associations nommĂ©es « clubs nationalistes » aux quatre coins du continent. Une revue mensuelle, The Nationalist, a Ă©tĂ© lancĂ©e en 1889. Et Bellamy lui-mĂȘme sâest joint Ă lâeffort, publiant un « programme des nationalistes » en 1894, dans lequel il dĂ©crivait le nationalisme comme une « dĂ©mocratie Ă©conomique » qui visait « à instaurer lâĂ©galitĂ© Ă©conomique en appliquant le principe dĂ©mocratique Ă la production et Ă la rĂ©partition des richesses » et Ă mettre les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques du pays entre les mains dâ« organismes publics responsables Ćuvrant pour le bien-ĂȘtre gĂ©nĂ©ral ». Le mouvement a cependant pĂ©riclitĂ© avec lâimplication de ses membres dans la politique Ă©tasunienne (qui se sont notamment ralliĂ©s au jeune Parti populiste lors de lâĂ©lection prĂ©sidentielle de 1892) et Ă cause dâun manque de financement. Il Ă©tait nĂ©anmoins avant-coureur du mouvement technocratique3, qui a pris son plein essor quelques dĂ©cennies plus tard.
Lâindustrialisation de lâAmĂ©rique a poussĂ© Ă une gestion de plus en plus rationnelle du travail au sein des usines. Ă la fin du XIXe siĂšcle, lâingĂ©nieur amĂ©ricain FrĂ©dĂ©ric Taylor a mis au point un modĂšle dâorganisation scientifique du travail, qui porterait plus tard son nom : le taylorisme. Cette mĂ©thode, formalisĂ©e dĂ©finitivement dans ses Principes dâorganisation scientifique des usines en 1911, consistait Ă donner une tĂąche Ă chaque ouvrier Ă exĂ©cuter dans un temps dĂ©terminĂ©, afin dâaccroitre la productivitĂ© de lâentreprise.
Cette volontĂ© dâoptimisation rationnelle ne sâest toutefois pas limitĂ©e au secteur Ă©conomique, et certains thĂ©oriciens ont tentĂ© de lâappliquer Ă la politique. CâĂ©tait le cas de lâingĂ©nieur et consultant Henry Gantt, qui avait Ă©tĂ© lâassistant de Taylor pendant plus dâune dĂ©cennie et qui sâĂ©tait fait connaitre en mettant au point lâoutil de gestion de projet qui porterait son nom, le « diagramme de Gantt », en 1910. Avec le dĂ©clenchement de la Grande Guerre en 1914, ce dernier a cherchĂ© Ă mettre en pratique les principes dâefficacitĂ© industriels dans les secteurs politique et militaire. En avril 1916, il Ă©crivait :
« Il apparaĂźt de plus en plus clairement que les principes qui sous-tendent lâefficacitĂ© industrielle et militaire sont les mĂȘmes et quâune nation, pour ĂȘtre efficace sur le plan militaire, doit dâabord lâĂȘtre sur le plan industriel4. »

En dĂ©cembre 1916, lors de lâassemblĂ©e annuelle de lâAmerican Society of Mechanical Engineers (ASME) Ă New York, Gantt a inspirĂ© la formation dâun groupe de rĂ©flexion de 34 personnes appelĂ© The New Machine, quâil a dirigĂ© avec un certain Charles Ferguson. Le groupe se focalisait sur lâĂ©limination des faiblesses qui, selon ses fondateurs, sâĂ©taient insinuĂ©es dans le systĂšme Ă©conomique. Il prĂ©conisait entre autres de « sâattaquer aux causes des frais gĂ©nĂ©raux excessifs et de la flambĂ©e des prix en remĂ©diant aux inefficacitĂ©s de la main-dâĆuvre et de la direction, en modifiant le climat de laxisme qui [rĂšgnait] dans le monde des affaires et de lâindustrie, et en mettant fin Ă la pratique consistant Ă surĂ©valuer la valeur des biens immobiliers industriels5 ». Mais ces ambitions affichĂ©es nâont pas portĂ© beaucoup de fruits, et le groupe sâest dissout aprĂšs la mort de Gantt en 1919.
Parmi les sources dâinspiration de Henry Gantt, on retrouvait les idĂ©es de Thorstein Veblen, Ă©conomiste et sociologue amĂ©ricain, Ă lâorigine des concepts de « rivalitĂ© pĂ©cuniaire » et de « consommation ostentatoire ». Veblen Ă©tait notamment lâauteur de The Theory of Business Enterprise (1904), oĂč il avait examinĂ© le conflit entre les intĂ©rĂȘts commerciaux axĂ©s sur le profit et les besoins sociĂ©taux plus larges. Voyant les efforts rĂ©alisĂ©s par Gantt avec The New Machine (ainsi que ceux de Morris Cooke, autre disciple de Taylor et dirigeant dâun groupe planiste au sein de lâASME), Veblen sâest fortement intĂ©ressĂ© aux ingĂ©nieurs et Ă leur potentiel de direction. Au cours de lâannĂ©e 1919, il a Ă©crit une sĂ©rie dâessais pour le magazine The Dial 6, oĂč il critiquait le « systĂšme des prix », affirmant que le systĂšme de marchĂ© Ă©tait inefficace car la recherche du profit faussait la production. Il spĂ©culait Ă propos dâune prise de pouvoir par les ingĂ©nieurs, qui formeraient ce quâil nommait le « soviet des techniciens », en rĂ©fĂ©rence Ă la rĂ©volution bolchĂ©vique survenue quelques annĂ©es auparavant.
Ă la fin de lâannĂ©e 1919, Veblen a participĂ© Ă la fondation de la New School for Social Research, universitĂ© privĂ©e new-yorkaise qui offrait un enseignement libre des sciences humaines et sociales. Câest dans cette derniĂšre que sâest formellement constituĂ©e la Technical Alliance, un groupe constituĂ© de dâingĂ©nieurs, de mathĂ©maticiens, de scientifiques, de statisticiens et dâĂ©conomistes, dont beaucoup appartenaient Ă lâĂ©cole. Les buts de cette association Ă©taient :
La Technical Alliance proposait de mener des recherches concernant le systĂšme industriel, et en particulier sur ses inefficacitĂ©s. Elle offrait aussi des services dâingĂ©nierie appliquĂ©e pour les organisations publiques et les grands groupes industriels.

Outre Thorstein Veblen (qui nâĂ©tait nĂ©anmoins presque pas impliquĂ©, Ă©tant souffrant et ayant perdu sa femme Ă lâautomne 1920), plusieurs personnalitĂ©s en vogue dans le monde scientifique faisaient partie de lâassociation, dont lâingĂ©nieur en Ă©lectricitĂ© Charles Steinmetz, le physicien Richard C. Tolman et le statisticien Leland Olds. Mais un homme se dĂ©tachait du reste du groupe, et en constituait le rĂ©el meneur idĂ©ologique : Howard Scott.
Howard Scott Ă©tait un AmĂ©ricain nĂ© en 1890 qui se prĂ©sentait comme un ingĂ©nieur. Il Ă©tait plutĂŽt Ă©nigmatique sur son passĂ©, Ă tel point que son expertise technique serait plus tard remise en question. Ă la fin de lâannĂ©e 1919, il occupait la position dâingĂ©nieur en chef de la Technical Alliance, dont il Ă©tait la tĂȘte pensante et le meneur idĂ©ologique. En particulier, il en avait rĂ©digĂ© le programme et se chargeait de rĂ©pondre Ă la presse.
Il défendait un point de vue purement technocratique. En février 1921, dans une entrevue accordée au New York World, il affirmait :
« Les techniciens sont les seuls Ă savoir comment les choses se font. Ils ne sont pas les seuls producteurs, mais ils sont les seuls Ă savoir comment la production sâeffectue. Les banquiers, eux, ne le savent pas. Les politiciens et les diplomates ne le savent pas. Si ces gens-lĂ le savaient, ils auraient dĂ©jĂ lancĂ© le processus. Ils sont tous favorables Ă la production â tout le monde lâest ; mais ceux qui ont Ă©tĂ© aux commandes jusquâĂ prĂ©sent ne savent pas comment sây prendre, tandis que ceux qui savent comment sây prendre nâont pas encore considĂ©rĂ© que cela relevait de leur compĂ©tence. »
Il poursuivait :
« On pourrait rĂ©sumer tout le problĂšme comme Ă©tant celui de lâĂ©limination du gaspillage. [âŠ] LâingĂ©nieur reconnaĂźt que lâoisivetĂ© est un gaspillage, que la duplication des efforts est un gaspillage, et que lâĂ©puisement inutile de toute ressource naturelle est un gaspillage. Si nous parvenons Ă Ă©liminer lâoisivetĂ© et la duplication des efforts, nous pourrions connaĂźtre une prospĂ©ritĂ© immĂ©diate â une prospĂ©ritĂ© telle que le monde nâen a jamais connue. Si nous parvenons ensuite Ă trouver un moyen de gĂ©rer nos ressources naturelles, nous pourrions rendre cette prospĂ©ritĂ© permanente. »
LâAlliance a Ă©tĂ© cependant dissoute au cours de lâannĂ©e 1921, Ă cause dâune dissension interne liĂ©e notamment au tempĂ©rament de Scott. Ă la suite de cette brouille, Howard Scott a peaufinĂ© sa thĂ©orie, refusant dâabandonner sa vision et passant son temps libre Ă Greenwich Village pour en discuter avec qui voulait lâĂ©couter. Il gĂ©rait en parallĂšle une petite manufacture de cire pour sols dans le New Jersey pour subvenir Ă ses besoins.
Ă la fin de la dĂ©cennie, un Ă©vĂšnement est venu changer le cours des choses : le krach dâoctobre 1929, dont les effets devaient se faire ressentir pendant plusieurs annĂ©es, au cours de ce que lâon a appelĂ© la Grande DĂ©pression. Beaucoup y ont vu un Ă©chec du systĂšme en place, et ont cherchĂ© des solutions, ce qui a inĂ©vitablement ravivĂ© lâidĂ©e technocratique. Howard Scott est ainsi revenu sur les devants de la scĂšne : en 1930, il a relancĂ© une enquĂȘte sur lâĂ©nergie Ă lâuniversitĂ© Columbia (intitulĂ©e « Energy Survey of North America ») ; en 1931, il a remis sur pieds la Technical Alliance avec avec le gĂ©ophysicien M. King Hubbert (futur thĂ©oricien du pic pĂ©trolier) et quelques anciens membres de lâorganisation ; et en 1932, il a commencĂ© Ă communiquer les premiĂšres conclusions de sa recherche.

Ătant donnĂ© le contexte Ă©conomique de lâĂ©poque, son ton Ă©tait volontiers catastrophique et prophĂ©tique, et il se prĂ©sentait comme un sauveur7. En aoĂ»t 1932, par lâentremise du professeur Walter Rautenstrauch (prĂ©sident du dĂ©partement gĂ©nie industriel de Columbia), un article concernant lâenquĂȘte sur lâĂ©nergie a Ă©tĂ© publiĂ© dans le New York Times. Howard Scott y prĂ©disait lâaugmentation du chĂŽmage et « lâeffondrement du systĂšme » si aucune dĂ©cision concernant la rĂ©partition de lâĂ©nergie nâĂ©tait prise. Ce mouvement naissant, qui a pris alors le nom de technocratie8, a attirĂ© lâattention du public et les articles se sont multipliĂ©s dans la presse, aboutissant Ă une vĂ©ritable frĂ©nĂ©sie mĂ©diatique.

Au plus haut de lâengouement, Howard Scott soutenait que lâeffondrement du systĂšme des prix Ă©tait Ă la fois inĂ©luctable et imminent. Dans un article publiĂ© en janvier 1933 dans le Harperâs Magazine, il affirmait avec emphase :
« Une crise dans lâhistoire de la civilisation amĂ©ricaine est imminente. La nation se trouve Ă lâaube dâun Ă©vĂ©nement qui est Ă la fois une opportunitĂ© et une catastrophe. LâopportunitĂ© porte sur le bien-ĂȘtre social, la catastrophe est lâĂ©chec du systĂšme des prix ; et il nâest possible dâĂ©chapper ni Ă lâune ni Ă lâautre. La meule des dieux a presque accompli son Ćuvre, et elle a moulu la farine avec une finesse extrĂȘme. »
Mais lâenthousiasme du grand public pour la technocratie de Scott a Ă©tĂ© de courte durĂ©e. Dâune part, lâaccession de Franklin D. Roosevelt Ă la prĂ©sidence et lâapplication de son New Deal ont eu pour effet de rĂ©pondre partiellement aux revendications sociales. Dâautre part, un discours dâHoward Scott donnĂ© Ă lâhĂŽtel Pierre 13 janvier 1933 (et retransmis Ă la radio) a profondĂ©ment déçu lâĂ©lite industrielle, qui sâest aperçue de son amateurisme.
AprĂšs cet apogĂ©e mĂ©diatique, le mouvement sâest scindĂ© en plusieurs branches, dont celle de Harold Loeb, rĂ©formiste, qui durerait quelques annĂ©es. Mais la principale branche restait celle dâHoward Scott, plus rĂ©volutionnaire, qui se concentrait autour de la sociĂ©tĂ© commerciale Technocracy Inc., enregistrĂ©e en 1934.
Le mouvement a alors pris des atours sectaires : il a adoptĂ© le symbole du yin et du yang comme emblĂšme ; le rouge vermillon et le gris argentĂ© ont Ă©tĂ© choisis comme couleurs officielles ; et ses membres se sont mis Ă porter des uniformes et Ă faire des saluts militaires. Un slogan a Ă©tĂ© trouvé : « la science appliquĂ©e Ă lâordre social9 ». Technocracy Inc. a Ă©ditĂ© plusieurs ouvrages de propagande, dont le propre livre de Scott intitulĂ© Science versus Chaos. Le programme politique du mouvement sâest clarifiĂ©, son but Ă©tant de faire advenir une « zone continentale soumise Ă un contrĂŽle technique » en AmĂ©rique du Nord : le « technat dâAmĂ©rique ». Les technocrates, comme lâexplique David Adair, se voyaient davantage comme une Ă©lite, « et qui plus est une Ă©lite biologique ». Cette ambition radicale a notamment attirĂ© des auteurs de science-fiction, comme Hugo Gernsback (lâinventeur du terme « scientific fiction »), T. Bruce Yerke, ou encore le jeune Ray Bradbury.

Howard Scott articulait son discours autour de la critique du systĂšme des prix, quâil jugeait ĂȘtre la cause des maux de la sociĂ©tĂ©. Il lui opposait une conception Ă©nergĂ©tique de la valeur : en janvier 1933, il affirmait ainsi que le dollar Ă©tait une « unitĂ© purement arbitraire », et mettait en avant la « constance de lâunitĂ© dâĂ©nergie ». Il expliquait :
« LâĂ©nergie se prĂ©sente sous de nombreuses formes, mais il est possible de les mesurer en unitĂ©s de travail â lâerg et le joule â ou en unitĂ©s de chaleur â la calorie. Câest le fait que toutes les formes dâĂ©nergie, quelles quâelles soient, puissent ĂȘtre mesurĂ©es en ergs, en joules ou en calories qui revĂȘt une importance capitale. La rĂ©solution des problĂšmes sociaux de notre Ă©poque dĂ©pend de la reconnaissance de ce fait. Un dollar peut valoir â en pouvoir dâachat â tant aujourdâhui et plus ou moins demain, mais une unitĂ© de travail ou de chaleur est la mĂȘme en 1900, 1929, 1933 ou en lâan 2000. »
Il prĂ©conisait donc lâabolition du systĂšme des prix, qui se matĂ©rialiserait par le remplacement de la monnaie par un « intermĂ©diaire de distribution ». Il dĂ©fendait la mise en place de certificats dâĂ©nergie attribuĂ©s Ă chaque citoyen, qui seraient des parts de lâĂ©nergie totale produite et qui ne pourraient pas ĂȘtre Ă©changĂ©es ou prĂȘtĂ©es (mettant fin Ă la spĂ©culation et aux bulles de crĂ©dit). En 1932, il expliquait :
« Toute unitĂ© de mesure sous contrĂŽle technologique constituerait une certification de lâĂ©nergie disponible convertie. Ces unitĂ©s de certification nâauraient de validitĂ© que pendant la pĂ©riode dâĂ©quilibre de charge pour laquelle elles ont Ă©tĂ© Ă©mises. »
La vision dâHoward Scott a par la suite Ă©tĂ© affinĂ©e par ses disciples. En 1937, un technocrate appelĂ© Harold Fezer a dĂ©taillĂ© Ă quoi pouvait ressembler ce systĂšme de certificats dâĂ©nergie. Il Ă©crivait :
« Le nombre total de certificats qui seront Ă©mis correspondra Ă la quantitĂ© totale dâĂ©nergie nette convertie lors de la fabrication de biens et de la prestation de services. Tous les coĂ»ts dâexploitation, de remplacement, dâentretien et dâextension (en Ă©nergie) du complexe continental, ainsi que tous les coĂ»ts liĂ©s aux services et prestations commerciaux (tels que les transports locaux, la santĂ© publique et la fourniture dâune surface habitable minimale pour chaque individu) sont dĂ©duits avant de calculer lâĂ©nergie nette. La conversion de lâĂ©nergie humaine nâentre pas dans ce calcul puisquâelle reprĂ©sente moins de 2 % de lâĂ©nergie totale consommĂ©e. La part de chaque individu nâest pas basĂ©e sur sa contribution en termes de travail ou dâeffort Ă lâensemble des opĂ©rations de la zone. La thĂ©orie de la « valeur » travail â ou de toute autre « valeur » â nâexiste pas. [âŠ] Le certificat sera dĂ©livrĂ© directement Ă lâindividu. Il est incessible et non nĂ©gociable, et ne peut donc ĂȘtre volĂ©, perdu, prĂȘtĂ©, empruntĂ© ou donnĂ©. Il nâest pas cumulable, ne peut donc pas ĂȘtre Ă©pargnĂ©, et ne porte pas dâintĂ©rĂȘts. Il nâest pas obligatoire de le dĂ©penser, mais il perd sa validitĂ© aprĂšs une pĂ©riode dĂ©terminĂ©e. »
Fezer dĂ©crivait ensuite lâaspect purement pratique de la chose. Le certificat serait « imprimĂ© sur du papier filigranĂ© et dĂ©livrĂ© sous forme de bandes pliĂ©es en carnets rectangulaires suffisamment petits pour ĂȘtre facilement transportĂ©s dans une poche ».

Le systĂšme dĂ©fendu par les technocrates Ă©tait un systĂšme de surveillance Ă©conomique total. Fezer dĂ©crivait comment ce systĂšme pouvait fonctionner avec les techniques de lâĂ©poque :
« Les perforations prĂ©vues permettent lâutilisation dâune cellule photoĂ©lectrique. GrĂące Ă ce dispositif, il sera possible dâenregistrer automatiquement et pratiquement instantanĂ©ment la date, lâheure, la quantitĂ© et le type dâachat, ainsi que les coordonnĂ©es complĂštes de la personne effectuant lâachat. Les totaux pour le continent ou toute partie du continent seront rapidement disponibles Ă tout moment. On verra Ă quel point ce systĂšme â la cellule photoĂ©lectrique et le certificat dâĂ©nergie â sera indispensable pour le maintien de calendriers de production adĂ©quats et de stocks suffisants. GrĂące Ă lui, de nombreux types de vĂ©rifications pourront ĂȘtre effectuĂ©s rapidement. Si nĂ©cessaire, les dĂ©placements dâun individu pourront ĂȘtre retracĂ©s Ă partir de ses achats Ă travers le continent. »
Ainsi, le mouvement technocratique dâHoward Scott a thĂ©orisĂ© lâambition totalitaire par excellence : lâabolition de la monnaie et du systĂšme Ă©conomique tels que nous les connaissons, au profit dâun systĂšme de distribution requĂ©rant la surveillance et le contrĂŽle de chaque citoyen.
Un dernier idĂ©ologue de la pensĂ©e technocratique, contemporain du mouvement dâHoward Scott, est lâĂ©crivain de science-fiction britannique Herbert George Wells, qui, avant de connaitre le succĂšs littĂ©raire, avait Ă©tudiĂ© la science Ă la Normal School of Science de Londres (et notamment la biologie auprĂšs de Thomas Huxley, le « bouledogue de Darwin »). LâĂ©crivain a exposĂ© sa vision du monde dans ses Ćuvres, tant au sein de ses romans que ses essais : un point de vue planiste et socialiste, radicalement opposĂ© Ă lâindividualitĂ© et Ă la confidentialitĂ©10. Il y anticipait rĂ©guliĂšrement lâavĂšnement dâun Ătat mondial rationaliste, qui remĂ©dierait aux maux du libre-arbitre humain, comme la guerre11. Cette obsession technocratique, dĂ©jĂ prĂ©sente dĂšs ses premiers romans, est devenue de plus en plus explicite au fur et Ă mesure du temps.

H.G. Wells a donnĂ© un aperçu de sa vision de la monnaie dans son roman The Shape of Things to Come, publiĂ© en 1933. Dans celui-ci, une longue rĂ©cession Ă©conomique a provoquĂ© une guerre majeure qui a laissĂ© lâEurope dĂ©vastĂ©e et menacĂ©e par la peste. Les nations dotĂ©es des forces aĂ©riennes les plus puissantes ont mis en place une dictature bienveillante : la « dictature aĂ©rienne », dominĂ©e par les techniciens, scientifiques et pilotes, dont la capitale se trouve Ă Bassorah en actuel Irak. Cette organisation amĂšne la paix dans le monde en abolissant les divisions nationales, en faisant respecter lâanglais de base (le « basic » dâOgden), en promouvant lâapprentissage scientifique et en interdisant la religion (quâil sâagisse de lâislam ou du catholicisme).

Wells y affirmait quâ« il ne pouvait y avoir de thĂ©orie de la monnaie qui ne soit pas, en rĂ©alitĂ©, une thĂ©orie complĂšte de lâorganisation sociale ». Câest pour cette raison quâil imaginait une « monnaie entiĂšrement abstraite », « dĂ©nuĂ©e de tout lien avec une substance matĂ©rielle », qui serait Ă©mise « de maniĂšre Ă maintenir un indice des prix pratiquement constant », et qui serait « protĂ©gĂ©e par les lois les plus strictes contre toute forme de manipulation Ă but lucratif ». Dans le roman, celle-ci prend la forme du « dollar aĂ©rien », dont la valeur est indexĂ©e Ă lâĂ©nergie liĂ©e au transport de marchandises :
« Il ne sâagissait pas du tout dâune piĂšce de monnaie mĂ©tallique, mais dâune sĂ©rie de billets de papier reprĂ©sentant la distance, le poids, le volume et la vitesse. Chaque billet valait un certain nombre de kilogrammes dans un certain espace, pour un certain nombre de kilomĂštres Ă une certaine allure. La valeur dâun dollar aĂ©rien sâĂ©tait stabilisĂ©e Ă peu prĂšs Ă un mĂštre cube pesant dix kilogrammes et parcourant deux cents kilomĂštres Ă cent kilomĂštres Ă lâheure. Il sâagissait dĂ©jĂ dâune unitĂ© dâĂ©nergie et non dâune unitĂ© de matiĂšre, comme lâavaient toujours Ă©tĂ© les anciennes normes mondiales. Ce changement indiquait trĂšs clairement que les anciennes conceptions statiques de la vie humaine aux ressources limitĂ©es cĂ©daient la place Ă des idĂ©es cinĂ©tiques dâune vie en expansion constante. Le dollar aĂ©rien Ă©tait une unitĂ© dâĂ©nergie liĂ©e au transport, et sa transformation en dollar-Ă©nergie de notre vie quotidienne dâaujourdâhui avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© clairement esquissĂ©e par les experts de Bassorah, bien que le changement effectif nâait Ă©tĂ© accompli que dix ans plus tard. »
Tout comme le mouvement technocratique qui lui Ă©tait contemporain, H.G. Wells militait donc pour lâabolition de la monnaie. Mais son ambition Ă©tait mondiale et non continentale. Câest pourquoi il a cherchĂ© Ă influencer la gĂ©opolitique de son temps par ses publications : en 1940, quelques annĂ©es avant sa mort, il a ainsi rĂ©digĂ© un essai intitulĂ© Le Nouvel ordre mondial, dans lequel il soutenait la formation dâun Ătat mondial socialiste et scientifiquement planifiĂ©. Celui-ci sâinscrivait dans lâeffort occidental de crĂ©er une gouvernance internationale durable dans le cadre de la crĂ©ation de lâONU. Le texte contenait en particulier une « dĂ©claration des droits de lâhomme », qui a fait partie des 18 textes consultatifs pour la rĂ©daction de la DĂ©claration universelle des droits de lâhomme en 1948.
AprĂšs les annĂ©es 1930, le mouvement technocratique a progressivement dĂ©clinĂ©. La commencement de la Seconde Guerre mondiale et lâentrĂ©e en guerre du Canada est venu bouleverser les choses. Scott sây est dâabord opposĂ©, envoyant un tĂ©lĂ©gramme au premier ministre canadien en 1939 oĂč il affirmait que « Technocracy Inc. [sâopposait] catĂ©goriquement Ă la mobilisation des effectifs canadiens pour toute guerre menĂ©e en dehors de ce continent », avant de plaider pour la « mobilisation totale » en juin 1940, alors que la France Ă©tait submergĂ©e par lâAllemagne nazie. Ă cause de cette volontĂ© dâinterfĂ©rer dans les affaires publiques, lâĂtat fĂ©dĂ©ral canadien a interdit le mouvement technocratique sur son territoire Ă partir de 1940 (au mĂȘme titre que les TĂ©moins de JĂ©hovah et le Parti communiste), et des membres de Technocracy Inc. ont mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par la Gendarmerie royale.
Le mouvement a continuĂ© de dĂ©cliner aprĂšs-guerre, et a presque disparu Ă la suite de la mort de son meneur messianique, Howard Scott, en 1970. Toutefois, la pensĂ©e technocratique nâa pas pĂ©riclité : elle a mutĂ© et sâest insinuĂ©e dans les sphĂšres de pouvoir. DĂšs la dĂ©claration Schuman en 1950, la construction europĂ©enne Ă©tait dĂ©signĂ©e comme un « technocratisme superdirigiste international, discrĂ©tionnaire, et Ă©ternel » par Albert MĂ©tral, prĂ©sident du Syndicat gĂ©nĂ©ral des industries mĂ©caniques et transformatrices de mĂ©taux. De mĂȘme, le projet RAND aux Ătats-Unis et le Club de Rome en Italie avaient tous les deux une composante technocratique forte.
Dans les annĂ©es 1960â1970, la pensĂ©e technocratique a connu un regain dâintĂ©rĂȘt auprĂšs du public, notamment en raison du dĂ©veloppement de la cybernĂ©tique, dâInternet et de lâintelligence artificielle, qui ont rendu plus envisageable la gestion planifiĂ©e de la sociĂ©tĂ©. Au Chili, câest ce qui a poussĂ© le gouvernement de Salvador Allende Ă dĂ©velopper le projet CyberSyn entre 1970 et 1973, un systĂšme informatique en temps rĂ©el qui avait pour but de gĂ©rer une Ă©conomie planifiĂ©e cybersocialiste.

Plus rĂ©cemment, la technocratie est Ă nouveau revenue dans lâactualitĂ© lors de la crise du covid de 2020â2022 (oĂč les concepts de « grande rĂ©initialisation » de Klaus Schwab et de « ville du quart dâheure » de Carlos Moreno ont Ă©tĂ© exposĂ©s au grand public). Puis, elle est a encore fait parler dâelle avec lâaccession au pouvoir de Donald Trump en 2025 qui a mis en lumiĂšre des personnalitĂ©s comme Peter Thiel (Palantir) ou Elon Musk (DOGE12). Le cas dâElon Musk est intĂ©ressant car son grand-pĂšre maternel, Joshua Norman Haldeman, a fait partie du mouvement technocratique originel entre 1936 et 1941 (et a mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă Vancouver en octobre 1940 en raison de son implication).
Concernant la monnaie, on peut trouver dans la pensĂ©e technocratique les prĂ©mices de concepts comme la « monnaie estampillĂ©e » de Silvio Gesell (aussi appelĂ©e monnaie fondante, qui perdrait en valeur lors de sa dĂ©tention selon un taux de demeurage fixe), lâ« économie distributive » de Jacques Duboin (qui fournirait un revenu de base Ă chaque citoyen), ou la « monnaie idĂ©ale » du mathĂ©maticien John Nash (dont la valeur serait ajustĂ©e par rapport Ă lâinflation des prix). Les projets de monnaie synthĂ©tique mondiale, comme le concept de bancor soutenu par Keynes Ă Bretton Woods en 1944, ou les droits de tirage spĂ©ciaux Ă©mis par le FMI en 1969, sâinscrivent aussi dans cette tendance. Enfin, les projets de monnaie numĂ©rique de banque centrale (tel que le projet dâeuro numĂ©rique dĂ©fendu aujourdâhui par la Banque centrale europĂ©enne) constituent des objets intrinsĂšquement technocratiques, les MNBC Ă©tant par essence des systĂšmes centralisĂ©s et programmables, permettant lâintervention directe et instantanĂ©e dans la vie Ă©conomique des citoyens.
Le projet technocratique est clair : assujettir les ĂȘtres humains Ă une administration rationnelle et totalitaire. Bien quâil soit sĂ©duisant pour les esprits scientifiques obtus, ce projet constitue un danger. Câest cette menace que se sont efforcĂ©s dâexposer des Ă©crivains comme Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932) ou George Orwell (1984, 1949). Lâanalyse rationnelle, aussi sĂ©duisante soit-elle, ne peut pas apprĂ©hender lâensemble de la rĂ©alitĂ©, et lâapplication dâun tel projet mĂšnerait probablement Ă un avenir dystopique.
Aujourdâhui, la prĂ©sence de la technique dans nos vies a atteint un niveau tel que cette menace semble imminente. LâidentitĂ© numĂ©rique est dĂ©jĂ en train dâĂȘtre mise en place. La surveillance de masse, en ligne comme dans lâespace public, progresse Ă vitesse grand V. Les monnaies numĂ©riques centralisĂ©es, quâil sâagisse des MNBC ou des stablecoins, sont en voie de dĂ©ploiement. Lâ« intelligence artificielle » est portĂ©e aux nues, et certains thĂ©oriciens dĂ©sirent quâelles prennent en charge le gouvernement des hommes, ce qui aboutirait Ă une « technocratie directe » exempte dâ« erreurs humaines » et de vicissitudes politiques. En bref, tous les ingrĂ©dients sont lĂ pour permettre Ă un rĂ©gime tyrannique mondial dâĂ©merger et de rĂ©duire lâhumanitĂ© Ă du bĂ©tail.
Si la tendance vers la technocratie existe, nous avons toujours la possibilitĂ© dây rĂ©sister. Cette opposition peut ĂȘtre sociale ou politique, mais elle passe avant tout par un rĂ©sistance directe et quotidienne. En effet, câest en refusant les outils du contrĂŽle numĂ©rique dans notre vie de tous les jours que nous pouvons nous prĂ©munir contre le danger technocratique de façon efficace et durable. Diverses mĂ©thodes existent ainsi pour prĂ©server notre libertĂ© et notre confidentialitĂ© face Ă lâenvahissement de la technique, dont quelques-unes sont les suivantes :
La liberté sera décentralisée ou ne sera pas.
David Adair, The technocrats 1919-1967: A case study of conflict and change in a social movement (Simon Fraser University, 1970).
The Words and Wisdom of Howard Scott (Technocracy Inc., 1989)
Finn Brunton, « Speculating with Money », in Digital Cash: The Unknown History of the Anarchists, Utopians, and Technologists Who Created Cryptocurrency (Princeton University Press, 2019), pp. 6â20.
Illustration : « This is the Devouring Monster invented by Technocracy », illustration pleine page de Winsor McCay, parue le 2 avril 1933 dans le San Francisco Examiner (via le blog Yesterdayâs Papers). Texte : rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM. Traduction : sauf prĂ©cision contraire, les traductions sont rĂ©alisĂ©es par lâauteur, au moyen de DeepL.
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