Nouveau mandat pour Trump : un cocktail explosif d'Ă©conomie musclĂ©e, entre forages frĂ©nĂ©tiques et tarifs douaniers percutants. La fĂȘte commence !
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PĂ©kin a du souci Ă se faire : les milliards en dollars menacent de s'Ă©vaporer si lâOncle Sam change de ton.
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Tandis que le Moyen-Orient sâembrase, le Bitcoin trĂ©buche. Lâor, lui, Ă©tincelle comme un NapolĂ©on retrouvĂ© sous un matelas.
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En campagne, Donald Trump a rĂ©affirmĂ© son soutien Ă l'industrie crypto, souhaitant faire des Ătats-Unis une place forte du secteur. Le candidat rĂ©publicain aux Ă©lections prĂ©sidentielles amĂ©ricaines a dâailleurs annoncĂ© que s'il Ă©tait Ă©lu, Elon Musk l'aiderait dans cette tĂąche.
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On parle maintenant de Bitcoin, au sommet mĂȘme de l'Ătat, comme d'un facteur de risque systĂ©mique (face Ă des trillions de monnaies lĂ©gales et des ploutillons d'actifs rĂ©gulĂ©s ou non, mais gĂ©rĂ©s par des gens du systĂšme). Façon de dire que cette expĂ©rience menacerait le systĂšme financier mondial. Mais l'essentiel de la littĂ©rature sur ce fĂącheux bitcoin Ă©mane encore, du moins pour celle qui est prise en compte par les rĂ©gulateurs, les politiques et les journalistes, de ce systĂšme financier lui-mĂȘme. Et ceci ne choque personne. C'est comme cela : quand une banque s'estime victime d'un de ses employĂ©s, le juge choisit cette mĂȘme banque comme experte, et il faut des annĂ©es pour que cela pose des cas de conscience Ă certains.
La fonction de rĂ©gulation appartient en thĂ©orie Ă la puissance publique. Ce qui la fonde en droit, c'est Ă la fois la sĂ©curitĂ© de l'Ătat, celle de la population, et la nĂ©cessaire confiance de celle-ci dans celui-lĂ . On rĂ©gule donc largement (et sous des vocables divers : rĂ©gulation, supervision, contrĂŽle, normalisation, homologation...) les produits financiers comme les mĂ©dicaments, les communications Ă©lectroniques, les jeux en ligne ou les voitures Ă moteurs. Mais toujours avec les mĂȘmes mots: confiance et sĂ©curitĂ©.
Or si la sécurité est un fait que l'on peut cerner par des mesures objectives (quand elles ne sont pas manipulées) la confiance est un sentiment humain. A priori on ne peut pas la décréter, pas davantage que l'amour ou le respect, par exemple.
Dans une double page publiée en janvier par le Monde diplomatique, la journaliste Leïla Shahshahani a abordé à travers les vaccinations obligatoires, le débat confisqué sur un sujet qui me parait nous concerner de façon patente.
Je m'empresse de dire que je n'ai pas trop d'idées sur la question, parce qu'en soi les histoires médicales m'ennuient. Mes enfants ont été vaccinés.
Ce qui m'intéresse ici, ce sont la confiscation d'un débat, l'instauration d'une prétendue « confiance » par la coercition, les erreurs et les dérives qu'un tel systÚme rend fatales.
En quoi cette vaccination obligatoire peut-elle intéresser ceux qui suivent l'actualité de Bitcoin ?
Ce qui m'a frappé, dÚs la fin du premier alinéa de l'article, c'est le sentence presque comique par laquelle la ministre des Solidarités et de la Santé, la docteur AgnÚs Buzyn assume pleinement une posture proprement ubuesque : « La contrainte vise à rendre la confiance ».
Quand on a fini d'en sourire, on peut se demander s'il ne faut pas en trembler. Ăvidemment le propos est tenu par une scientifique, ministre d'un Etat de droit. Serait-il profĂ©rĂ© par l'un de ces dictateurs grotesques que la tĂ©lĂ©vision exhibe toujours Ă bon escient pour nous faire sentir la chance que nous avons de sommeiller en paix dans un semblant de social-dĂ©mocratie, on en ferait presque un motif d'intervention humanitaire.
Sur le fond, on notera que le Conseil d'Etat ayant fait injonction au MinistÚre de faire en sorte que les parents qui le souhaitaient puissent vacciner leur progéniture avec un vaccin simple (DTP) sans adjonction de 3 souches non obligatoires, on a préféré changer la loi et décider qu'on mettrait 11 souches. On aurait aussi bien pu changer la Constitution, puisque, selon une autre parole forte d'une grande démocrate (Madame Touraine) « La vaccination, ça ne se discute pas ». On sait depuis Monsieur Valls que la liste des sujets exclus des champs de la réflexion, de la discussion, voire de la simple curiosité, a tendance à s'élargir.
Comme, hĂ©las, il reste des esprits retors prĂȘts Ă discuter de tout au vain prĂ©texte que nous serions nĂ©s libres et Ă©gaux et vivrions dans une dĂ©mocratie oĂč la souverainetĂ© Ă©mane du peuple dĂ©libĂ©rant, les mensonges d'Etat tiendront lieu d'argument. « Des enfants meurent de la rougeole aujourd'hui en France » dĂ©clare ainsi tout en finesse le premier ministre, oubliant de prĂ©ciser que ce seraient justement ceux que leur dĂ©ficit immunitaire rendrait non vaccinables.
En fait de sĂ©curitĂ©, c'est la peur que l'on instille, jusque dans les couloirs du mĂ©tro, avec des images oĂč l'on ne sait s'il s'agit d'un labo ou du siĂšge de la Stasi...
En l'absence de tout dĂ©bat rĂ©el (en demander un c'est dĂ©jĂ se faire mal voir), seuls des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes auront estimĂ© totalement disproportionnĂ©e la privation de collectivitĂ© pour les enfants non vaccinĂ©s au regard de risques « inexistants ou infinitĂ©simaux ». Mais un ministre ne va tout de mĂȘme pas Ă©changer avec des toubibs de quartier...
Le problĂšme d'une confiance imposĂ©e par la coercition, mĂȘme emballĂ©e en grande cause et ficelĂ©e de mensonges, c'est qu'elle est peu efficace, et que son inefficacitĂ© la mine rĂ©guliĂšrement : la frĂ©nĂ©sie de vaccin contre l'hĂ©patite B dans les annĂ©es 1990 a dĂ©bouchĂ© sur le feuilleton de sa responsabilitĂ© dans des cas de sclĂ©rose en plaque ; la mĂ©diocre efficacitĂ© de la mobilisation de 2009-2010 contre la grippe H1N1 (6 millions de doses utilisĂ©es sur les 94 millions de doses payĂ©es aux labos) a mis en lumiĂšre des contrats que le SĂ©nat lui mĂȘme considĂ©ra comme d'une lĂ©galitĂ© douteuse ; l'utilisation du Pandemrix fut ensuite officiellement mise en cause comme coupable de cas de narcolepsie...
Une part notable de la population continue donc à ne ressentir qu'une médiocre confiance, malgré des non-lieux jugés suspects et les débats trop clairement faussés. Mais les laboratoires prospÚrent et il n'est pas interdit de penser que ce soit là l'essentiel.
Sur la forme, de mauvais esprits noteront justement l'imbroglio de conflits d'intĂ©rĂȘts, chez des membres mĂ©decins voire chez le prĂ©sident du ComitĂ© d'Orientation, et mĂȘme chez certains ministres. La journaliste du Monde diplomatique ne s'Ă©tend pas sur ce qu'on dĂ©signe communĂ©ment comme un mĂ©canisme de capture du rĂ©gulateur. Je n'en dirai donc pas davantage, ce qui m'Ă©vitera de paraĂźtre indĂ©licat, ou d'ĂȘtre poursuivi en diffamation.
Ce que l'on appelle en anglais la regulatory capture est une théorie économique qui a un gros mérite : elle se vérifie empiriquement pratiquement chaque année à une occasion ou une autre. (j'ajoute quelques semaines aprÚs la rédaction de cet article une amusante démonstration empirique, à lire ici)
C'est un Prix "Nobel" d'économie appartenant à l'école de Chicago, Georges Stigler (1911-1991) qui l'a théorisée. Mais ceux que la langue anglaise ou la théorie économique rebutent n'ont qu'à suivre les grands procÚs qui suivent les grands dérapages...
Les mots de rĂ©guler, rĂ©gulation, rĂ©gulateurs reviennent comme un mantra dans tous les discours publics. Cependant, de scandale du Mediator en scandale Volkswagen, on voit toujours les mĂȘmes ficelles. Il est prudent d'aller prendre chez Stigler la vraie mesure de ce qu'est la rĂ©gulation.
Concluons en revenant explicitement Ă Bitcoin.
Il est fort douteux que la rĂ©gulation, confiĂ©e Ă des autoritĂ©s trĂšs proches Ă tous Ă©gards du secteur bancaire et financier classique, ne produise autre chose qu'une dĂ©fense tatillonne du secteur bĂ©nĂ©ficiant dĂ©jĂ de la plus forte protection imaginable (au mĂȘme niveau que l'industrie nuclĂ©aire) contre les nouveaux entrants.
Il est donc frustrant que les autorités politiques n'imaginent guÚre d'autres voies d'action politique sur une innovation majeure que la régulation, qu'elles n'organisent pas de rencontre ou de concertation sans que les représentants des autorités de régulation ne représentent la majorité du tour de table.
Enfin il est inquiĂ©tant de voir que les mĂ©dias participent de la mĂȘme confusion, en prĂ©sentant sans distance critique les rĂ©gulateurs comme des experts, quand bien mĂȘme il s'agit d'une innovation qu'ils sont bien moins soucieux de comprendre que de combattre.
La publication il y a quelques semaines, sous la plume de M. Christian Pfister, haut responsable de la Banque de France et professeur associé à l'IEP, d'un document de travail consacré aux monnaies numériques est en soi un événement important. Si son titre, Much ado about nothing, est adroitement inspiré de William Shakespeare, le lecteur français pourra regretter qu'une institution fondée par Napoléon communique ses pensées en langue anglaise. Qu'on me pardonne ce patriotisme.
Cependant, aprÚs un coup de chapeau initial au fonctionnement de la chose - qu'on l'appelle DL (citée 6 fois) ou Blockchain (8 occurrences du mot) - c'est bien Bitcoin (16 apparitions) qui est le sujet de la note, et surtout, malgré de prudentes protestations, l'hypothÚse de l'émission d'un jeton numérique fiduciaire par une institution publique. Je ne m'en étonnerai certainement pas, ayant déjà noté il y a bien des mois que « la Banque a les jetons ».
Le document de travail de Christian Pfister mérite donc une lecture attentive de sa version complÚte en anglais , lecture que j'ai faite en ayant à l'esprit un précédent historique non sans quelque rapport.
Notons d'abord que la compréhension de la nature du bitcoin (jeton numérique, unité de compte endogÚne et incentive indispensable dans son systÚme) marque un heureux progrÚs sur le genre de littérature qui était encore courant il y a peu. Tou cela, pourrait-on dit, est de bon aloi.
Partant de la supposition honnĂȘte que l'usage d'une monnaie numĂ©rique peut se justifier de bien des points de vue (pas tous malhonnĂȘtes ou imbĂ©ciles!) l'auteur examine plusieurs scĂ©narios, tant du point de vue des individus que de celui de diverses sortes d'institutions, pour une adoption croissante de ces monnaies, selon divers degrĂ©s d'adoption.
Bien sûr les petits bonbons au cyanure ne sont pas absents du texte : l'existence d'un incentive par jetons y est ainsi décrite comme «un élément inhérent de bulle» tandis que l'absence de rémunération dans les DL semble ne pas poser de problÚme de sécurité, et que le coût de la distribution, aussi restreinte soit-elle, n'est guÚre évoqué. Il est toujours amusant de voir des gens de finance ne pas s'inquiéter des coûts.
Mais la privacy est correctement abordĂ©e, tant par sa finalitĂ© lĂ©gitime que par la possibilitĂ© dĂ©jĂ offerte de la prĂ©server avec les petits bouts de papiers de la Banque Centrale. Ce dĂ©tail, dira-t-on, pouvait difficilement ĂȘtre Ă©ludĂ©.
Ces remarques faites, on en vient aux hypothÚses d'adoption et à leurs conséquences sur la politique monétaire.
En lisant les sous-variantes du scénario "C" on en vient à se dire qu'il y a une vraie tentation à la Banque de France, qui pourrait penser à cette monnaie crypto-fiduciaire pour rémunérer les dépÎts, ou imposer des taux négatifs. Comme le savent toux ceux qui réfléchissent à la chose, une banque centrale est en position... centrale, justement, sur ce sujet d'une (vraie) monnaie numérique. Il reste à gérer avec diplomatie les conséquences d'une telle décision pour les banques commerciales, en soulignant par exemple que cette monnaie crypto-fiduciaire serait une meilleur monnaie de rÚglement de leurs blockchains consortiales que tous les USC privés dont on nous bat les oreilles (on en conviendra!) tout en niant l'évidente préférence que devrait manifester le public pour ce jeton fiduciaire au détriment des jetons scripturaires privés. A défaut de le démontrer, l'auteur affirme qu'il «ne voit pas de claire raison pour laquelle le public préfÚrerait utiliser une CBDC émise par une agence gouvernementale plutÎt que celle des banques privées (...) avec lesquelles ils ont des relations de long terme». Government agency pour désigner une banque centrale, je n'aurais pas osé.
Mais la suite de la note (abordant les consĂ©quences quant aux relations entre la Banque Centrale et les banques de la place) tend Ă laisser penser que le scĂ©nario d'une prĂ©fĂ©rence du public pourrait ĂȘtre d'ores et dĂ©jĂ dans les cartons.
En ce qui concerne les conséquences de la montée en puissance de Bitcoin pour la politique monétaire, l'auteur en revient au risque de déflation que son offre limitée ferait peser, tout en notant qu'en réalité son usage restera modeste, sans rappeler (comme je dois le faire vicieusement) que le cours haussier du bitcoin reflÚte diverses choses qui augmentent, dont justement le nombre de transactions (1) et la taille de son réseau (2).
Au niveau de la cohabitation des monnaies, plusieurs choses me chagrinent :
Je vais donc conclure en historien (avant qu'on se charge de me rappeler que je ne suis pas Ă©conomiste!) et ma conclusion sera rĂ©solument optimiste. Quand je lis que «mĂȘme dans le cas extrĂȘme et trĂšs improbable oĂč la Banque Centrale Ă©mettrait des jetons numĂ©riques fiduciaires ayant les attributs de dĂ©pĂŽt bancaire, et oĂč le public les adopterait massivement...» ces clauses de style me font penser au Moulin du Louvre !
La monnaie a une histoire qui est financiĂšre, politique mais aussi technique. Pendant des siĂšcles, la frappe au marteau rĂ©gna, bien qu'elle prĂ©sentĂąt le grave inconvĂ©nient de produire des piĂšces qui nâĂ©taient pas parfaitement rondes, et dont les dessins et inscriptions nâĂ©taient pas toujours identiques.
Au milieu du 16Ăšme siĂšcle, Ă Augsbourg, on inventa la frappe au balancier, avec une presse Ă vis inspirĂ©e par la presse dâimprimerie. En France, le roi Henri II fit installer une de ces machines dans la maison dite du Moulin du Louvre, Ă l'emplacement de lâactuelle place Dauphine. MalgrĂ© lâopposition des maĂźtres monnayeurs, attachĂ©s Ă leur routine, il crĂ©a la Monnaie du Moulin du Louvre, distincte de la Monnaie de Paris, avec les mĂȘmes attributions que les autres ateliers monĂ©taires royaux.
Cette expĂ©rience parisienne fut interrompue par sa mort en 1559. En 1563, un arrĂȘt de la Cour des Monnaies interdisait le monnayage au balancier : le Moulin du Louvre ne pourrait plus fabriquer que des mĂ©dailles. Un grand classique du genre dans la guerre des Anciens et des Modernes. Mais une simple pause dans la marche de l'histoire.
Dans le petit royaume de Navarre encore indĂ©pendant, un autre Henri II, frappait aussi au balancier, et sa fille, la reine Jeanne (mĂšre de notre Henri IV) continua. Comme quoi le progrĂšs peut venir de l'Ă©tranger, des marges et ... des femmes ! Que la reine de Navarre soit ici proclamĂ©e ancĂȘtre des bitcoineuses !
En 1640, la France (dont les Ă©changes commerciaux Ă©taient alors en excĂ©dent...) Ă©tait inondĂ©e d'or espagnol. Louis XIII ordonna la fonte de toutes les espĂšces dâor et leur conversion en Ă©cus du titre et poids de lâĂ©cu français de 3,37 grammes Ă 23 carats. Une simple opĂ©ration de refonte, pour faire disparaĂźtre les piĂšces usĂ©es ou rognĂ©es.
Mais, insistant sur le besoin dâune monnaie de qualitĂ©, le roi rĂ©-ouvrit en douce le Moulin du Louvre, en laissant subsister la frappe au marteau dans les autres ateliers du royaume. En rĂ©alitĂ©, il sâagissait de rendre opĂ©rationnel lâinstrument technique de la rĂ©forme que lâon prĂ©parait discrĂštement, en veillant Ă ne pas alerter les monnayeurs traditionnels.
Enfin, trois mois plus tard, et comme sâil sâagissait dâun simple amĂ©nagement technique, le roi se dĂ©clara rĂ©solu Ă convertir les grosses pistoles espagnoles qui avaient cours dans son royaume, en dâautres piĂšces dâor du poids mais aussi du titre (22 carats) des pistoles dâEspagne « pour ne pas charger (incommoder) ses sujets », mais sous son nom Ă lui, et en confiant la tĂąche Ă la Monnaie au Moulin...
Certes le roi fit passer cette mesure comme une dĂ©rogation exceptionnelle au systĂšme monĂ©taire de la France qui Ă©tait formellement maintenu avec son vieil Ă©cu. Le « louis » fut prĂ©sentĂ© comme un instrument monĂ©taire accessoire, strictement destinĂ© Ă franciser des piĂšces espagnoles, pesant le poids de deux Ă©cus de France, mais contenant un peu moins dâor pur. En fait Louis XIII venait de crĂ©er une zone monĂ©taire franco-espagnole. Le « louis », cette piĂšce de circonstance, connut un succĂšs et une longĂ©vitĂ© qui en firent, pour longtemps, le symbole mĂȘme de la monnaie de France. La fabrication des vieux Ă©cus, formellement maintenue en 1640 comme monnayage principal, fut abandonnĂ©e dĂšs 1656, et câest le louis dâor qui resta, jusquâĂ la RĂ©volution, la piĂšce dâor Ă©talon.
Il y a dans cette vieille anecdote, me semble-t-il, bien des enseignements. La monnaie doit ĂȘtrede qualitĂ©, n'en dĂ©plaise aux monnayeurs Ă l'ancienne. Elle doit ĂȘtre techniquement adaptĂ©e Ă l'Ă©poque. Elle doit ĂȘtre Ă mĂȘme de crĂ©er des zones d'Ă©change aisĂ©s avec ceux qui apportent ... l'or des AmĂ©riques jadis, le bitcoin aujourd'hui.
Un clin d'Ćil Ă l'histoire ? Pourquoi ne pas baptiser l'Euro-Crypto-Unit... Ă©cu ?
Jean Varin, chef du Moulin du Louvre, enseigne la numismatique au jeune Louis XIV
Notes:
(1) De la fin 2015 jusqu'en mai 2017 le cours du bitcoin en dollar évolue de façon assez étroitement corrélé avec le carré du nombre de transaction (il tourne autour d'un cent-millioniÚme de ce carré).
(2) Coinbase annonce 50.000 ouvertures de compte par jour. A terme, la loi de Metcalfe s'applique aussi Ă l'extension d'usage que ces nouveaux comptes annoncent. Bitcoin a ensuite connu l'effet de nouveaux moteurs d'accĂ©lĂ©ration, notamment l'arrivĂ©e d'acteurs institutionnels et l'intĂ©rĂȘt des marchĂ©s Ă terme.
Les techniciens n'aiment pas les politiciens. La grande figure mythologique de la techno ( ÏÎÏΜη ) c'est PromĂ©thĂ©e, dont le nom signifie le PrĂ©voyant, celui qui rĂ©flĂ©chit avant, celui qui regarde devant. Son geste - voler le feu aux dieux pour le donner aux hommes - a inspirĂ© une vraie geste, une abondante littĂ©rature romanesque (jusqu'Ă Frankenstein !) et des rĂ©flexions profondes Ă bien des philosophes dont Hobbes et Marx.
Selon le poĂšte Eschyle, il apprit aussi aux humains la notion de temps, les mathĂ©matiques, l'Ă©criture, l'agriculture, le dressage des chevaux, la navigation maritime, la mĂ©decine, l'art divinatoire et l'art mĂ©tallurgique.... rien que cela! Dans bien des cultures, au demeurant, c'est un personnage divin qui apprend aux hommes ces choses utiles. En Ăgypte, le dieu Thot offre ainsi les hiĂ©roglyphes. Sans pour cela se retrouver enchaĂźnĂ© Ă un rocher comme le malheureux Titan puni par les dieux.
L'originalitĂ© du cycle promĂ©thĂ©en tient aussi Ă l'histoire des autres membres de la famille, qui est instructive. Fils comme lui du Titan Japet et de l'OdĂ©anide ClymĂ©nĂ©, son frĂšre ĂpimĂ©thĂ©e porte un nom qui signifie au contraire... Celui qui regarde derriĂšre... ou qui rĂ©flĂ©chit aprĂšs coup.
Platon rapporte comment ĂpimĂ©thĂ©e dĂ©cida un beau matin de se charger de rĂ©partir les qualitĂ©s (force, vitesse etc) entre les animaux. Quand le tour des hommes fut venu il ne restait presque plus rien. C'est pour rĂ©parer cette lourde bourde que son frĂšre aurait dĂ©cidĂ© de rĂ©tablir un peu d'Ă©quitĂ© en faveur des malheureux bipĂšdes sans plumes. Il vola le feu au dieu forgeron, et la technique Ă la sage dĂ©esse AthĂ©na. Mais il ne put dĂ©rober l'art politique, qui Ă©tait dans la chambre de Zeus lui-mĂȘme...
Dans d'autres rĂ©cits, qui ont ma prĂ©fĂ©rence, c'est ĂpimĂ©thĂ©e qui aurait Ă©tĂ© en charge de procurer la compĂ©tence politique aux hommes dĂ©jĂ dotĂ©s par son frĂšre de la compĂ©tence technique.
De toute façon, quelque soit le rĂ©cit que l'on suit, l'art de se gouverner resta sur l'Olympe. Et c'est pour cela que l'ĂȘtre humain peut aller sur la lune ou inventer le bitcoin, mais n'est pas capable de rĂ©gler ses petites affaires sur terre et de mettre au point une gouvernance un peu sensĂ©e. A cet Ă©gard, compter sur la technique pour rĂ©inventer la politique, comme le font tant de mes amis, est sans doute une illusion.
On voit aujourd'hui des hommes comme Gavin Andresen, partir d'une proposition technique, complexe et ne suscitant pas de consensus, mais dont l'enjeu n'avait rien d'immĂ©diat et la transformer en rupture politique dont les consĂ©quences peuvent ĂȘtre beaucoup plus rapidement tangibles, tout en glissant au passage quelques autres modifications (dĂ©sanonymisation, mise au ban de certains adresses IP...) dont on parle moins mais qui sont aussi controversĂ©es...
Cela illustre assez bien la chose. C'est en lisant tant de commentaires de bitcoiners qui dĂ©plorent la situation crĂ©Ă©e par l'initiative "XT" que le mythe de PromĂ©thĂ©e et ĂpimĂ©thĂ©e m'est revenu Ă l'esprit. Qu'ils soient frĂšres n'est Ă©videmment pas anecdotique.
L'art magique de la monnaie, c'est Satoshi qui l'a volé aux banques Quand on voit sur des monnaies romaines "Jupiter Custos" c'est à dire gardien, protecteur, garant, on saisit intuitivement la dimension prométhéenne du crime de Satoshi.
Nul ne sait s'il n'est pas aujourd'hui en train d'expier son crime sur quelque rocher. En tout cas il n'en profite guĂšre, puisque lui-mĂȘme n'a pu ou n'a voulu monĂ©tiser sa propre richesse.
Celui qui a vu loin devant, un monde sans monopole des banques, c'est Satoshi, comme PromĂ©thĂ©e avait vu un monde oĂč les hommes se passeraient des dieux pour cuire la soupe ou forger leurs armes.
Celui qui regarde en arriÚre, Epiméthée, c'est Gavin. La taille du bloc c'est un débat technique. Le nombre de transactions que cette taille détermine indirectement, c'est un enjeu qui n'est pas technique. C'est le bon vieux monde d'avant qui veut reprendre le contrÎle. Ce sont les venture capitalistes qui veulent que les start-up bitcoin se développent, tournent, brassent, beaucoup, encore plus. Ils veulent une Visa 2.0.
Revenons donc Ă cette intĂ©ressante famille : la femme d'EpimĂ©thĂ©e est restĂ©e plus fameuse que lui. Elle avait nom Pandore, ce qui signifie DouĂ©e de tous les dons et c'Ă©tait (comme tant d'autres!) la plus belle femme du monde. Zeus avait envoyĂ©e Ă ĂpimĂ©thĂ©e comme un cadeau empoisonnĂ© cette attrayante et pernicieuse merveille selon les mots du poĂšte HĂ©siode, avec en prime une petite boĂźte Ă ne surtout pas ouvrir.
Dans la boite, comme on sait, les dieux avaient mis toutes les catastrophes possibles. Bien sĂ»r les catastrophes naturelles, mais aussi la maladie, la vieillesse, la folie et la mort. La liste est plus ou moins longue selon les rĂ©cits. Certains y joignent donc le vice et la passion... ce qui nous ramĂšne Ă l'impossibilitĂ© de nous gouverner dans laquelle le peu rĂ©flĂ©chi ĂpimĂ©thĂ©e nous a laissĂ©s, malheureux humains que nous sommes.
Le problĂšme de la boite c'est qu'une fois ouverte, elle est ouverte. Les promoteurs de Bitcoin XT proposent de passer en force pour la taille du bloc.
Mais au delĂ de la taille du bloc, il y a le fait de passer en force. Pour une raison aujourd'hui, pour d'autres raisons demain. Certains n'ont pas hĂ©sitĂ© Ă parler de "coup d'Ătat" (ce qui est une mĂ©taphore un peu dĂ©placĂ©e dans notre monde sans Etat) ; d'autres plus justement parlent de comportement puĂ©ril.
Les mythes grecs sont subtils. Dans la boite, les dieux avaient aussi glissé l'espérance...
Il est donc un peu tÎt pour annoncer comme le fait le journal Les Echos que l'utopie d'une monnaie décentralisée va disparaßtre dans cette crise existentielle. Il est un peu tÎt pour désespérer d'une gouvernance communautaire, par l'usage en somme : jusqu'au début de janvier en effet, rien ne se passe. A partir de 2016, c'est une sorte de systÚme de vote automatique qui va s'enclencher. Ceux qui auront installé la version nouvelle proposée par Andresen continueront a faire des block de 1 million. Et si plus de 75% de l'ensemble des nouveaux blocks viennent de systemes XT alors le reseau commencera a faire des blocks a 8 millions. Ce sont des choses déjà vues dans le monde de l'Open Source, et auxquelles le monde de la finance centralisée n'était pas habitué. Il y a des voies de solutions, comme celle que suggÚre Bitpay : une augmentation de la taille des blocs, mais intégrée à Bitcoin "Core"... et en préservant le plus possible la nature décentralisée de Bitcoin.
Prométhée a un fils, qui épouse la fille de son frÚre et de Pandore. Quand le déluge survient ( chez les Grecs aussi...) c'est ce couple qui survit, et repeuple la terre. Les hommes, avec ou sans les dieux, finiront bien par construire leur Commune, lui donner des rÚgles convenables et la défendre.
Une fois que les hommes ont reçu le feu, l'Histoire ne finit pas. Elle commence.
Pour aller plus loin :
Ce billet a été republié en langue chinoise sur le "blog de SosthÚne" de l'érudit traducteur Alexis Gaubert, que je remercie vivement, et sur le site chinois 8BTC.
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S'il y a bien quelque chose de comique dans les arguties opposées à la potentialité du bitcoin, ce sont les postures régaliennes. Surtout dans notre espace européen soigneusement vidé de toute souveraineté et dont les vrais dirigeants se sont faits invisibles.
L'histoire avait pourtant si bien combiné chez nous le gouvernement du peuple athénien, le droit romain et la prétention d'Alexandre à une filiation divine : "le Sénat et le Peuple de Rome"s'incarnÚrent durablement en une seule figure, impériale ! L'aureus d'Auguste montrait le pÚre de la patrie avec, au revers, la figure du sphinx, celui dont l'énigme n'a qu'une réponse : l'Homme.
Et ainsi de suite jusqu'à Napoléon qui fut l'Homme d'une République dont la mention perdura au revers des piÚces durant de nombreuses années de son rÚgne.
Lorsque parurent les euros, parut en mĂȘme temps toute une littĂ©rature pour moquer ou dĂ©plorer l'impersonnalitĂ© des nouveaux billets, avec leurs portes et fenĂȘtres bĂ©antes et leurs ponts enjambant le vide. Bruxelles expliqua que les ponts symbolisaient l'union entre les peuples, les portes et fenĂȘtres l'ouverture et la coopĂ©ration au sein de l'Europe.
Foutaise. Le mĂȘme graphiste put refiler en 2010 sa symbolique Ă Bachar el Assad ! Dans une version en ruine, prophĂ©tie dont je ne sais si elle Ă©tait ironique.
Si mĂȘme les dictateurs prĂ©fĂšrent aujourd'hui les architectures Ă leurs portraits, il doit y avoir de bonnes raisons.
En voici une. Dans le petit texte à nos amis, publié l'an passé aux éditions de la Fabrique, le "Comité Invisible" explique comment le pouvoir ne réside plus dans les institutions. Il n'y a là que temples désertés, forteresses désaffectées, simples décors. Et trÚs explicitement, c'est en se fondant sur l'iconographie des billets européens que les anonymes auteurs posent leur thÚse :
La vérité quant à la nature présente du pouvoir, chaque Européen en a un exemplaire imprimé dans sa poche. Elle se formule ainsi : le pouvoir réside désormais dans les infrastructures de ce monde. Le pouvoir contemporain est de nature architecturale et impersonnelle, et non représentative et personnelle.
Ce pouvoir, disent-ils, n'est pas nĂ©cessairement cachĂ©. Ou alors, s'il l'est, il l'est comme la Lettre volĂ©e de Poe. Nul ne le voit parce que chacun l'a, Ă tout moment, sous les yeux- sous la forme d'une ligne Ă haute tension, d'une autoroute, d'un sens giratoire, d'un supermarchĂ© ou d'un programme informatique. Et s'il est cachĂ© c'est comme un rĂ©seau d'Ă©gouts, un cĂąble sous-marin, de la fibre optique courant le long d'une ligne de train ou un data center en pleine forĂȘt. Le pouvoir c'est l'organisation mĂȘme de ce monde, ce monde ingĂ©niĂ©, configurĂ©, designĂ©. L'affiche de Mitterrand en 1965 semble emblĂ©matique d'une transition symbolique.
Les luttes d'aujourd'hui sont donc souvent, comme à Notre-Dame des Landes ou dans le Val de Suse, des luttes au sujet des infrastructures. Dont les opposants sont forcément condamnés à se voir tÎt ou tard qualifiés de terroristes. De fait, dans la mouvance anarchiste, prévaut l'idée de bloquer le systÚme. Une affiche de 2006 (lors des luttes contre le CPE) disait C'est par les flux que ce monde se maintient. Bloquons tout ! On a vu récemment que les anarchistes n'avaient plus le monopole du blocage, taxis et éleveurs ayant repris l'idée avec la bienveillance surprenante de ce qui nous tient lieu de gouvernement.
Venons-en ici au bitcoin. Je l'ai dĂ©jĂ abordĂ© sous l'angle de l'infrastructure, dans mon billet "complĂštement timbrĂ©" oĂč je rappelais que la Poste, avait toujours Ă©tĂ© un instrument crĂ©ateur de puissance, y compris financiĂšre. Or la Blockchain est une infrastructure qui s'inscrit historiquement aprĂšs la Poste des Thurn und Taxis, les lignes Morse devenues la Western Union, les messageries de Google ou de Facebook.
Mais elle ne peut ĂȘtre possĂ©dĂ©e par une puissance privĂ©e ni contrĂŽlĂ©e par une puissance publique. Ni a priori bloquĂ©e par quiconque, qu'il soit tyran ou terroriste. Bitcoin et la blockchain offrent donc des perspectives politiques nouvelles. Je cite de nouveau le "ComitĂ© Invisible": ObsĂ©dĂ©s que nous sommes par une idĂ©e politique de la rĂ©volution, nous avons nĂ©gligĂ© sa dimension technique. Une perspective rĂ©volutionnaire ne porte plus sur la rĂ©organisation institutionnelle de la sociĂ©tĂ©, mais sur la configuration technique des mondes. (...) il nous faudra coupler le constat diffus que ce monde ne peut plus durer avec le dĂ©sir d'en bĂątir un meilleur.
Il ne s'agit pas de se contenter d'utiliser Twitter dans les manifestations (ou pour les organiser) et les réseaux sociaux pour critiquer en temps réel (et le plus souvent en en restant à une dérision amÚre) les choses du monde comme il va.
Les analyses de Jared Cohen et Eric Schmidt dans The new digital Age font d'Internet la plus vaste expérience impliquant l'Anarchie dans l'Histoire. Elles peuvent aussi laisser penser que Facebook est moins le modÚle d'une nouvelle forme de gouvernement que sa réalité déjà en acte. Et que, comme l'annoncent Cohen et Schmidt, ceux qui n'auront pas de profil social seront fichés. Car c'est le profil Facebook qui tiendra lieu d'identité, et il sera aussi intolérable de le cacher (à l'Etat, aux banquiers...) que de dissimuler son visage.
Il est donc curieux que le "ComitĂ© Invisible" n'ait pas citĂ© Bitcoin, mĂȘme dans son analyse des "communs" (sur laquelle je reviendrai) et fĂ»t-ce nĂ©gativement. Autour de cette infrastructure dĂ©centralisĂ©e, et grĂące Ă elle, ceux qui veulent changer les choses peuvent dĂ©couvrir les briques invisibles d'une nouvelle maison commune :
Oui, il est temps que ceux qui disent penser au monde de demain en dĂ©couvrent les ruptures de paradigme. Nos dirigeants aiment Ă visiter les clusters technologiques, mais leur obstination Ă construire des aĂ©roports inutiles en dit assez long sur le type d'infrastructure qu'ils ont toujours en tĂȘte. Songeons Ă Jules Verne. Il sâintĂ©ressait aux fonctions des machines mais nâabordait pas la thĂ©orie sous-jacente Ă ces machines. Il y avait deux approches des automates (thĂ©orie des automates et modĂ©lisation) et Jules Verne nâa pas envisagĂ© ces approches. Il frĂ©quentait des spĂ©cialistes en balistique, gĂ©ographie, chimie, physiologie, histoire naturelle et mines. Mais non ceux qui l'auraient conduits vers la binarisation et la rĂ©volution de l'avenir.
Mais mĂȘme dans notre communautĂ©, il est curieux que les graphistes aient si peu tentĂ© de reprĂ©senter Bitcoin autrement que comme une piĂšce (sans portrait, comme les billets de Kalina !) voire un simple jeton dorĂ©. Certains ont voulu mettre en valeur le caractĂšre numĂ©rique de Bitcoin; Mais c'est le plus souvent en rabĂąchant une iconographie de type Matrix.
En cherchant bien on trouve quelques reprĂ©sentations sous sa vraie nature de rĂ©seau, dont celle-ci oĂč le verrou censĂ© reprĂ©senter la sĂ©curitĂ© de la chose, me paraĂźt quand mĂȘme inappropriĂ©...
Représenter Bitcoin dans sa nature d'infrastructure immatérielle et invisible est un sacré défi pour les artistes. Et pour nous tous !
Pour aller plus loin :
La condamnation de Ross Ulbricht et de sa Route de la Soie clĂŽt peut-ĂȘtre une affaire qui, claire sur le fond (les trafiquants de drogue sont condamnĂ©s dans une trĂšs large majoritĂ© de pays) a Ă©tĂ© quelque peu embrouillĂ©e conceptuellement de part et dâautre, les arguments ayant eu tendance Ă monter aux extrĂȘmes, mĂȘme du cĂŽtĂ© des dĂ©fenseurs de la loi et de lâordre.
Ce fut la premiĂšre fois que le gouvernement local se servit du terme de blanchiment dâargent pour y inclure spĂ©cifiquement lâusage du bitcoin plutĂŽt que de lâhonnĂȘte monnaie amĂ©ricaine. Comme on sait dĂ©sormais que toute transaction en dollar est rĂ©putĂ©e commise sur le sol amĂ©ricain, le choix des possibles pour les dĂ©linquants se restreint. Il est vrai que nul nâest contraint de se faire dĂ©linquant.
Ce fut la premiĂšre fois aussi quâun individu se voyait poursuivre du seul fait dâavoir construit un site internet, sans grand Ă©gard pour le Communications Decency Act de 1966. Il est vrai quâune telle tendance est loin dâĂȘtre spĂ©cifiquement amĂ©ricaine, la loi française permettant maintenant une censure de la presse digitale sans les garanties accordĂ©es en un temps meilleur Ă sa sĆur ainĂ©e.
Enfin on a vu la juge Katherine Forrest incriminer lâaccusĂ© de ce quâil aurait inventĂ© une façon de mal faire sans prĂ©cĂ©dent et donc le charger des crimes que dâautres pourraient concevoir Ă lâidentique et dont il devrait, lui, payer les consĂ©quences.Â
C'est transformer par balourdise un mouton noir en bouc sacrificiel !Â
Ce type d'Ă©vĂ©nements montre incidemment lâincompĂ©tence technologique des Ă©lites dirigeantes.
Il est vrai que lâinnovation affole certains. Et pas seulement l'innovation technologique puisque l'on avait vu la mĂȘme juge demander aux inculpĂ©s de Morgan et Goldman dâĂ©viter les termes de swaps et de collatĂ©raux pour Ă©pargner les cervelles des jurĂ©s.Â
En admettant qu'Ulbricht n'ait pas bricolĂ© mais inventĂ© quelque chose de suffisamment nouveau et qu'il en soit responsable, il faudra l'en crĂ©diter quand des choses intelligentes et rentables naitront de sa mortifĂšre aventure. Le four Ă micro-ondes et tant dâautres choses ne sont-elles pas nĂ©es des technologies de guerre ?
Non seulement les responsables ne comprennent pas la technologie, mais ils croient pouvoir la rĂ©gir. Les mĂȘmes technologies mises en oeuvre par Ulbricht attirent dĂ©jĂ des millions de dollars de la Silicon Valley Ă Wall Street!Â
Restons-en Ă la philosophie juridique et politique. Quand on inculpe quelquâun de trafic de drogue, quand on cite Ă la barre des parents de jeunes dĂ©cĂ©dĂ©s dâoverdose, il est troublant de voir ajouter des niaiseries comme celles-ci : Ce que vous avez fait avec la Route de la Soie Ă©tait terriblement destructeur pour le tissu social.
Câest pourtant un point critique pour la juge amĂ©ricaine. Je la cite : lâintention avouĂ©e de la Route de la Soie Ă©tait de se placer au delĂ de la loi. Dans le monde que vous avez crĂ©Ă© au fil du temps, la dĂ©mocratie nâexistait pas. Vous Ă©tiez le capitaine du bateau. La conception et lâexistence de la Route de la Soie reposaient sur lâassertion que son concepteur Ă©tait meilleur que les lois de ce pays. Câest quelque chose de trĂšs troublant, de terriblement mal inspirĂ© et de trĂšs dangereux.
On pourrait se contenter de glisser sur ce morceau de grandiloquence juridique qui oublie quâaprĂšs tout les gaillards de 1776 aussi se sont crus au dessus des lois du moment, et que les participants de la Boston Tea Party ont pris quelques libertĂ©s avec la traçabilitĂ© et la taxation des transactions...
On pourrait aussi rappeler que la mĂȘme juge a bien Ă©ludĂ© le fait que le FBI en ayant (peut-ĂȘtre) utilisĂ© des mĂ©thodes peu orthodoxes - surveillance sauvage, hacking - pour pĂ©nĂ©trer les serveurs de la Route de la Soie semble bien s'ĂȘtre aussi placĂ© au delĂ des lois, ce que font aujourdâhui presque tous les gouvernements dĂ©mocratiques pour un oui ou pour un non. On pourrait au contraire se dire que ce pathos est typiquement amĂ©ricain, comme les mots de lâaccusĂ©Â - Je suis un peu plus sage aujourdâhui, un peu plus mature, et beaucoup plus humble - si faux et ridicules pour une oreille française.
Il est plus utile de remarquer que la loi amĂ©ricaine se retrouve placĂ©e par la juge Katherine Forrest en position dâĂȘtre considĂ©rĂ©e comme la meilleure du monde. Il y a dâailleurs une sorte de consentement international Ă cette pĂ©tition (songeons Ă certains commentaires sur le rĂŽle que le FBI pourrait jouer dans les petites affaires de la FIFA).
La mĂȘme juge amĂ©ricaine avait justifiĂ© la peine infligĂ©e en 2014 Ă lâimam radical de Londres, AbĂ» Hamza, par le fait que « le monde » ne serait pas en sĂ©curitĂ© si le prĂȘcheur Ă©tait en libertĂ©.
Seulement, avec lâefficacitĂ© de la justice amĂ©ricaine (et sa capacitĂ© pratiquement impĂ©riale dâagir urbi et orbi) câest Ă une morale banalement locale que nous voici confrontĂ©s. Je cite la juge dans ses attendus face Ă lâimam : le mal peut avoir diffĂ©rentes formes et nâapparaĂźt pas toujours au premier abord dans toute sa noirceur, avait-elle expliquĂ© avant dâajouter quâelle avait dĂ©tectĂ©Â une part de vous que ce tribunal considĂšre comme diabolique.
Revenons sur terre... Sur le fait que Ross Ulbricht eĂ»t Ă©tĂ© mieux inspirĂ© de respecter les lois de son pays, il y a un texte philosophique de rĂ©fĂ©rence, câest le Criton de Platon. Seulement dans ce dialogue, si une belle part de la dĂ©monstration (page 30 et suivantes) repose sur la dette de naissance contractĂ©e par Socrate vis Ă vis dâAthĂšnes, une autre provient de son consentement implicite : il nâest jamais sorti de sa citĂ©.
Ce quâon a rĂ©sumĂ© plaisamment : AthĂšnes, tu lâaimes ou tu la quittes.
Est-ce un argument recevable aujourdâhui par la jeunesse mondialisĂ©e, pour des actes commis dans un cyber-espace ? Cela fait des annĂ©es quâil est de bon ton dâafficher que lâon est citoyen du monde, cela se rĂ©sumĂąt-il Ă un gros bilan carbone, Ă lâusage du globish et Ă un peu de bouffe ethnique. Sans doute le citoyen du monde qui se dĂ©couvre justiciable in fine de la loi amĂ©ricaine avec sa morale prĂȘchi-prĂȘcha, son axe du mal, son obsession sĂ©curitaire et mĂȘme sa peine de mort, va-t-il revoir son inscription identitaire. Ce qui ne veut pas dire quâil aura plus de respect pour une justice nationale (celle de sa rĂ©sidence Ă lâinstant t ? celle du hic et nunc ?) se saisissant dâactes commis dans un cyber-espace. Pourquoi ?Â
Parce que le cyber-espace a sa culture et sa morale propres. Pascal, une grosse pointure, savait bien que vĂ©ritĂ© en deçà des PyrĂ©nĂ©es, erreur au-delĂ et il nây a donc rien dâĂ©tonnant Ă ce quâun geek et un juge (français, amĂ©ricain ou papou) se comprennent mal et ne partagent pas grand chose. Ce diffĂ©rend excĂšde de trĂšs loin le petit sujet du cannabis, dont l'historien ne dira rien sinon qu'il a un prĂ©cĂ©dent avec la Prohibition, qui ne faisait pas forcĂ©ment de l'AmĂ©rique le meilleur endroit du monde.Â
Pour en revenir au bitcoin, il y a en vĂ©ritĂ© un Ă©cart Ă©norme, sidĂ©rant, entre dâun cĂŽtĂ© ce qui se dit et se pense dans les Ă©lites dirigeantes et mĂȘme ce qui se lit dans la presse mainstream et de l'autre cĂŽtĂ© le foisonnement dâidĂ©es des meet-up ou la richesse des dĂ©bats dans les forums.
Pour les anciens, le bitcoin est spĂ©culatif, incomprĂ©hensiblement anonyme et manifestement destinĂ© Ă vendre de la drogue. Il est un dĂ©fi Ă l'Idole qu'ils ont dressĂ©e eux-mĂȘmes, entre leur adolescence qui correspond Ă l'instauration des changes flottants et leur retraite aprĂšs la crise des subprimes...
Pour les modernes les questions que pose le bitcoin sont innombrables et tournent, en simplifiant et en en oubliant, autour de thĂšmes comme : la validitĂ© et robustesse des preuves de travail et des mĂ©thodes alternatives, la sĂ©curitĂ© des cryptages et des storages, le jeu infiniment complexe autour du coĂ»t du minage et du prix du bitcoin (quelques recherches mathĂ©matiques de haut niveauâŠ) sans compter lâĂ©pineuse question de la taille des blocks, qui se rĂ©vĂšle riche en enjeux et propice Ă lâempoignade. Sây greffent des problĂšmes de gouvernance (au niveau de la Fondation, des associations nationales, mais aussi des nodes).
Comment le dire ? LâHistoire a dĂ©jĂ connu ces pĂ©riodes de changements de paradigme. Peut-ĂȘtre vivons-nous, comme l'Ă©crivait Paul Jorion (MisĂšre de la pensĂ©e Ă©conomique, p. 17)  l'un de ces moments oĂč l'humanitĂ© se met Ă vivre sur un mode nouveau, oĂč elle passe Ă autre chose. Ce sont des mouvements de basculements qui sont aussi le plus souvent des pĂ©riodes de dĂ©sordre social. Une "pĂ©riode critique" comme auraient dit Gide et Rist Ă la veille de la premiĂšre guerre.
Peut-on pour autant parler de destruction du tissu social ? d'anarchie? Dans ma propre vie, j'ai oeuvrĂ© dans une banque, dans le capitalisme familial et dans le mouvement coopĂ©ratif. Je peux comparer ... les bitcoineurs ne croient pas aux Idoles de l'ancien monde, mais ils ne sont pas fous et ils ne sont pas amoraux.Â
Certes leur territoire nâest pas reprĂ©sentĂ© Ă lâONU mais ils entendent fort bien ce que les lois disaient Ă Socrate, Ă savoir que la rĂ©probation suit le criminel oĂč quâil aille : tout corrupteur des lois passe Ă juste titre pour un corrupteur des jeunes gens et des faibles dâesprit. Alors, Ă©viteras-tu les villes qui ont de bonnes lois et les hommes les plus civilisĂ©s ? Et si tu le fais, sera-ce la peine de vivre ? Autrement dit le monde du bitcoin (comme plus gĂ©nĂ©ralement celui de l'Internet) a bien ce que Durkheim appelait "un social intĂ©riorisĂ©".
L'affaire de la Route de la Soie concerne tous ceux qui sont impliquĂ©s dans le dĂ©veloppement des Ă©changes dĂ©centralisĂ©s et de la monnaie pseudonyme ou anonyme. Ceci n'est pas abordĂ© sans souci moral. J'invite le lecteur Ă suivre par exemple la prĂ©sentation faite par le parti pirate hollandais au Bitcoin Wednesday du 4 mars dernier (discussion Ă partir de la 16 Ăšme minute) ou la prĂ©sentation faite le mĂȘme jour par le spĂ©cialiste du crime numĂ©rique Rickey Givers sur le bitcoin et le crime (discussion Ă partir de la 12 Ăšme minute). Nul n'est contraint d'adhĂ©rer point par point Ă toutes les assertions, mais il est clair que la communautĂ© n'est pas anomique ou nihiliste.
Sans doute il y a eu des bitcoins trempĂ©s de drogue, mais il y a aussi bien des billets de banque contaminĂ©s Ă la cocaĂŻne (10% ? 50% ? 90% ? ) et l'on n'en fait pas grief Ă MM. Trichet et Draghi. Sans doute il y a eu Mt Gox dont on parle tant, comme il y avait eu Panama, suffisamment oubliĂ© pour que l'on ait pratiquement rĂ©itĂ©rĂ© avec Eurotunnel.Â
Mais dans le monde du passĂ©, on pouvait acheter sa LĂ©gion d'HonneurâŠÂ ce qui Ă©tait terriblement destructeur pour le tissu social. Sur Internet la bonne rĂ©putation ne s'acquiert point avec la ceinture dorĂ©e. Faut-il rappeler que câest sur Internet que se sont construits les modĂšles de tissu social oĂč la rĂ©putation est gĂ©rĂ©e de façon non centralisĂ©e, non autoritaire, non rĂ©galienne ?
La vraie question, si l'on est intĂ©ressĂ© Ă la fois par le droit et par la technologie n'est-elle pas celle-ci : qu'est-ce que la technologie peut apporter (autrement que par l'usage de gadgets !) Ă la construction, par une communautĂ© elle-mĂȘme, d'une norme socialement satisfaisante ? Et que peut apporter particuliĂšrement une technologie d'Ă©changes non centralisĂ©s? Car le projet ne saurait ĂȘtre de remplacer la Chambre des DĂ©putĂ©s (juste derriĂšre le Veau d'or ci-dessus...) par une firme de Californie, mĂȘme si la chose serait certainement admissible par nos gouvernants de plus en plus inquisiteurs et autoritaires.Â
Â
Jâai mis Ă profit la fĂȘte du Travail et son agrĂ©able pont pour lire un livre essentiel dont lâintĂ©rĂȘt excĂšde trĂšs largement les points que je relĂšve iciâŠ
Les livres du sociologue et philosophe italien Maurizio Lazzarato ne bĂ©nĂ©ficient pas de la couverture de presse tapageuse rĂ©servĂ©e aux ouvrages qui instrumentalisent la dette pour promouvoir les lendemains qui dĂ©chantent. La fabrique de lâhomme endettĂ© avançait en 2011 lâidĂ©e que, loin dâĂȘtre la menace mortelle dĂ©noncĂ©e partout contre lâĂ©conomie capitaliste et les Etats libĂ©raux qui vont avec, la dette tant publique que privĂ©e se situait au cĆur mĂȘme du projet politique des « libĂ©raux ».
Ă lâĂ©poque, je lâavoue humblement, je nâavais point Bitcoin en tĂȘte, et jâavais lu ce petit opuscule dâune grosse centaine de pages en adhĂ©rant Ă sa conclusion : omniprĂ©sente et fondamentalement impossible Ă rembourser, la dette nâa pas dâissue technique simple. Câest donc au niveau philosophique mĂȘme quâil faut dĂ©noncer le rapport social fondamental qui structure le capitalisme, le systĂšme de la dette.
Facile à dire ? Je renvoie à un petit livre publié deux ans plus tard par FAKIR, un éditeur anarchiste d'Amiens, Vive la Banqueroute : on y trouve de savoureux petits récits historiques montrant comment nos rois (de vilains souverains "souverainistes" !) avaient su, quand il le fallait, dénoncer le systÚme de la dette.
Je retrouve Lazzarato en 2014 avec Gouverner par la dette, que je ne puis plus lire autrement quâĂ lâaune des nouvelles perspectives quâoffre la blockchain.
Or Gouverner par la dette traite dâabord de la dette, de la subversion du vieux rapport capitalistes/prolĂ©taires par un nouveau rapport crĂ©anciers/dĂ©biteurs instaurĂ© par la monnaie de dette, et dĂ©bouche sur la critique des formes nouvelles de gouvernementalitĂ© qui dĂ©coulent de lâaxiomatique du capitalisme financier. Les derniĂšres parties du livre, qui ne seront guĂšre citĂ©es ici, auraient pu apporter bien des Ă©lĂ©ments utiles Ă mes prĂ©cĂ©dents billets qui tournaient autour du « contrĂŽle ».
Le mot "bitcoin" nâapparaĂźt quâune fois (page 164) de loin et de façon dĂ©sabusĂ©e quoique comprĂ©hensible pour rappeler que chaque nouveautĂ© (web, algorithmes, bitcoins, big data, smart city, etc) se voit investie dâespoirs utopiques de libĂ©ration ou dâangoisses apocalyptiques de domination.
Pourtant, en ce quâil touche Ă la monnaie et Ă la dette, le livre de Lazzarato se lit avec profit en songeant au bitcoin, mĂȘme si câest en quelque sorte une lecture non autorisĂ©e. A ce propos, il va de soi que les illustrations de mon article sont, de mĂȘme, une fantaisie personnelle et nâengagent ni de prĂšs ni de loin lâauteur du livre !
DĂšs les premiĂšres phrases, il attaque par un point qui me paraĂźt clivant, entre le bitcoin et le systĂšme fiat : lâimpĂŽt. Lâarme principale du gouvernement de lâhomme endettĂ© est lâimpĂŽt. Il ne sâagit pas dâun instrument de redistribution qui viendrait aprĂšs la production. Comme la monnaie, lâimpĂŽt nâa pas une origine marchande, mais directement politique.
Ainsi, dĂ©noncer le bitcoin, au motif quâil ne bĂ©nĂ©ficie pas de lâapparat (rĂ©gulation/garantie) dâune autoritĂ© centrale, câest dâabord dissimuler que, ni monnaie-fiat, ni monnaie dette, le bitcoins constitue la premiĂšre tentative de monnaie non consubstantielle Ă une appareil fiscal quelquâil soit.
La monnaie dette en prend pour son compte : lâĂ©norme quantitĂ© dâargent injectĂ© chaque mois par la Fed ne fait quâaugmenter trĂšs faiblement le volume dâemploi (âŠ) elle reproduit les causes de la crise (elle) continue Ă financer et renforcer la finance. (âŠ) MalgrĂ© la croissance anĂ©mique des autres secteurs de lâĂ©conomie, les marchĂ©s financiers ont atteint un niveau record.
Mieux dĂ©veloppĂ©, le constat sâĂ©nonce ainsi : la monnaie et lâimpĂŽt dĂ©pendent toujours dâun dispositif de pouvoir, ils sont Ă la fois des dispositifs qui initient les rapports de pouvoir Ă©conomiques en distribuant les fonctions de chacun dans la division sociale du travail, et des appareils de capture dĂ©finissant les droits de propriĂ©tĂ©.
Ici je voudrais glisser une remarque personnelle (et narquoise) : les dĂ©fenseurs du bitcoin sâarc-boutent sur les 3 fonctions aristotĂ©liciennes de la monnaie pour en parer la cryptodevise (qui sert quand mĂȘme rarement dâĂ©talon), tandis que ses pourfendeurs ministres et banquiers lui dĂ©nient cette qualitĂ© par dĂ©faut de rĂ©gulation, sans prĂ©ciser la nature des bienfaits de celle-ci ni la raison qui les conduit Ă en enrichir la liste dâAristote. Mais nul ne parle dâimpĂŽt. Les libertariens parce quâils savent que leur allergie fiscale doit avancer masquĂ©e, les seconds parce quâils ne vont pas rĂ©vĂ©ler le « Grand Secret » alors qu'ils en sont encore Ă cacher le petit.
Le petit secret
Ce ne sont pas, en banque, les crĂ©dits qui naissent des dĂ©pĂŽts, mais trĂšs largement lâinverse. Ăa câest le petit secret. MĂȘme si les banquiers s'Ă©vertuent Ă prĂ©tendre le contraire, comme le patron de la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale l'a fait sans pudeur en dĂ©clarant devant la commission des affaires Ă©conomiques du 14 juin 2011 : Nous ne pouvons crĂ©er de lâargent. Il nous faut le collecter Ă travers les dĂ©pĂŽts des particuliers et des entreprises ainsi que par des Ă©missions sur les marchĂ©s. Ce qui lui vaut d'ĂȘtre citĂ© dans le remarquable petit livre l'Illusion financiĂšre par le jĂ©suite et brillant Ă©conomiste GaĂ«l Giraud qui considĂšre cette dĂ©claration comme Ă©tant de mauvaise foiâŠĂ©manant de gens qui ont un intĂ©rĂȘt personnel Ă prĂ©tendre que les banques ne peuvent pas crĂ©er de monnaie. Deux analystes de la BoE viennent cependant de publier une belle Ă©tude pour affirmer que les banques ne sont pas des intermĂ©diaires transformant les dĂ©pĂŽts, ou multipliant les dĂ©pĂŽts pour crĂ©er des crĂ©dits.
Le grand secret
Le grand, il Ă©tait dĂ©jĂ dans le livre de Deleuze et Guattari (1980) Mille Plateaux : « câest lâimpĂŽt qui crĂ©e la monnaie et câest lâimpĂŽt qui monĂ©tise lâĂ©conomie » en faisant de lâargent lâĂ©quivalent-gĂ©nĂ©ral. Aujourdâhui, on voit bien comment lâimpĂŽt agit subjectivement dans la transformation de tout un chacun en « individu endettĂ© », endettĂ© dâune dette quâil nâa jamais contractĂ©e. En sorte, dit Lazzarato, quâen temps de crise, lâappareil de capture ce nâest plus le profit ou la rente, câest lâimpĂŽt.
Voyez au passage M. Sapin, tout bouffi de bonnes intentions anti-terroristes, annonçant une lutte Ă mort contre⊠les paiements en liquide. Que l'un de ses collĂšgues ait eu de l'argent Ă Singapour le gĂȘne moins que le petit exode fiscal que constitue le paiement cash et hors TVA de nos belles campagnes françaises.
Voici pour le constat.
Lazzarato introduit ici un concept de Guattari : lâĂ©conomie des possibles, de ces possibles que le capitalisme libĂ©ral entend contrĂŽler (There is no alternative, comme disait la mĂ©gĂšre).
Le bitcoin (que Lazzarato ne cite pas comme tel) câest pour nous « un possible », pour parler comme Guattari, « la possibilitĂ© dâune monnaie », pour parler comme Houellebecq. Le dĂ©sir est toujours repĂ©rable par lâimpossible quâil lĂšve et par les nouveaux possibles quâil crĂ©e. Le dĂ©sir, câest le fait que lĂ oĂč le monde Ă©tait fermĂ©, surgit un processus secrĂ©tant dâautres systĂšmes de rĂ©fĂ©rence.
Câest que dit dans une interview au CoinTelegraph Chris MountfordâŠBitcoin shows us that there are a class of things we previously all assumed could simply not be made with software. Money was one of those things. Now we have no idea where our new limits are. C'est ce que dit Erik Voorhees sur LTB (210) : Something can exist that is physically not possible without cryptocurrency. Donc oui, un "possible" est apparu.
Mais Lazzarato met aussi en garde: La machine sociale capitaliste laisse les "savants", les "artistes" (et tout un chacun) inventer et crĂ©er, elle les y incite mĂȘme. Mais c'est toujours l'axiomatique, c'est Ă dire une politique, qui sĂ©lectionne, choisit , hiĂ©rarchise, agence les inventions scientifiques et technologiques. C'est en page 166, cela englobe donc le bitcoin citĂ© deux pages plus haut. Voici ses promoteurs prĂ©venus!
Lazzarato rappelle donc une formule de Gilles Deleuze, bien avant le bitcoin (câĂ©tait en 1990, dans Post-scriptum sur les sociĂ©tĂ©s de contrĂŽle, chef-dâĆuvre dâanticipation et de vision du prĂ©sent !) : il nây a pas lieu de craindre ou dâespĂ©rer, mais de chercher de nouvelles armes.
Mais Lazzarto livre aussi un distinguo fĂ©cond, entre la monnaie de lâĂ©change et la monnaie de la dette. Avec lâĂšre moderne sâest dĂ©veloppĂ©e lâidĂ©e que le « doux commerce » libĂ©rait lâhomme, le marchĂ© sâavĂ©rant plus efficace et moins tyrannique que lâEtat et la monnaie Ă©vinçant la violence de la dette. Tout cela est peut-ĂȘtre vrai, mais seulement si lâon restreint lâargent Ă lâargent de lâĂ©change (paiement, mesure et thĂ©saurisation, les trois fonctions dâAristote). La monnaie-Ă©change prĂ©suppose et rĂ©alise un rapport symĂ©trique (et contractuel) entre producteurs/Ă©changeurs. Telle est bien la philosophie du bitcoin, argent de lâĂ©change comme aucun autre avant lui.
En regard la monnaie capital instaure un rapport asymĂ©trique : dâexploitation, de diffĂ©rentiation de classe, dâappropriation, de privatisation. Ceux qui poussent les hauts cris en dĂ©nonçant la spĂ©culation sur le bitcoin savent fort bien gagner leur vie avec lâargent de la dette. Le capitalisme ne nous libĂšre pas de la dette, il nous y enchaĂźne. Ils confessent aussi, imprudemment, que Deleuze et Guattari avaient raison : le capitalisme nâa jamais Ă©tĂ© libĂ©ral, il a toujours Ă©tĂ© un capitalisme dâEtat. Les « plans de sauvetage » successifs depuis 2007 le montrent assez, puisqu'ils ont refait de l'impĂŽt ce qu'il Ă©tait avant 1789, une machine Ă prendre aux pauvres pour payer les dettes de jeux des seigneurs.
Bitcoin apparaßt du coup comme un possible « secours contre le sauvetage ».
Il nâest Ă©videmment pas politiquement anodin de parler de dette (et le titre de lâouvrage de Lazzarato est assez explicite). Dâautres lâont fait, comme David Graeber, qui pense cependant que la dette est seulement un Ă©change qui nâest pas encore terminĂ© alors que Nietzsche pointait dĂ©jĂ (dans sa GĂ©nĂ©alogie de la Morale) la nature infinie et proprement impayable de la dette, ce qui correspond exactement au point oĂč nous en sommes.
On songe Ă©videmment « en creux » au bitcoin, monnaie non rĂ©gulĂ©e et non propulsĂ©e par lâimpĂŽt, quand on lit chez Lazzarato que si les deux fonctions Ă©tatiques â rĂ©guler la monnaie et collecter les impĂŽts â restent gĂ©rĂ©es par lâEtat, elles ne constituent plus lâexpression de son pouvoir en tant que reprĂ©sentant de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, en tant que garant de lâunitĂ© de la nation, mais lâexpression des articulations du gouvernement supra-national et du capital.
A ce point on trouve chez Lazzarato une vraie dĂ©finition de lâeuro comme monnaie allemande, câest Ă dire ordolibĂ©rale et expression dâun nouveau capitalisme dâEtat oĂč il est impossible de sĂ©parer « Ă©conomie » et « politique ». Et, au terme dâune description de la crise, il conclut que lâEtat nâa pas dĂ©fendu la « sociĂ©tĂ© », au contraire, il lui a imposĂ© de payer par lâentremise de la fiscalitĂ© et de lâaustĂ©ritĂ© la « rationalitĂ© irrationnelle » du marchĂ©.
Lâinstitution monĂ©taire ne peut donc se prĂ©valoir, opĂ©rant Ă la jonction des dettes privĂ©es et des dettes sociales, dâassurer cohĂ©rence et unitĂ© sur un territoire donnĂ© ( ce qui est en gros la thĂšse dâAglietta et OrlĂ©an). Câest de nouveau du cĂŽtĂ© de Deleuze et Guattari que penche lâauteur, avec une dualitĂ© non pas entre une monnaie Ă©conomique, privĂ©e, impartiale, purement instrumentale et une monnaie centrale Ă©tatique reprĂ©sentant la sociĂ©tĂ© comme totalitĂ©, mais entre la premiĂšre et la monnaie comme capital. La premiĂšre exprime le pouvoir dâachat, la seconde le pouvoir sur la sociĂ©tĂ©.
A noter que cette distinction est peu ou prou celle que trace Graeber. Comment ne pas songer au bitcoin (monnaie conçue pour lâĂ©change) lorsque lâon examine la premiĂšre, et les rapports que pourrait avoir, dans un avenir proche le bitcoin et les monnaies fiat des banques centrales ?
OĂč lâon retrouve le bitcoin, monnaie finie sâil en est, câest lorsquâon lit que la monnaie de crĂ©dit, en tant que monnaie capital incarne la logique de la production pour la production, câest Ă dire lâintroduction de lâinfini dans lâunivers capitaliste.
Tant décrié comme simple spéculation, le bitcoin est une monnaie de la "finitude", dont on découvre peu à peu qu'elle est notre horizon écologique.
Les Ă©cologistes nây ont point songĂ© et sont gĂ©nĂ©ralement critiques Ă son sujet. Il est vrai que leur rĂ©flexion est courte et ne dĂ©passe pas le rĂȘve de voir les monnaies locales (des euros portant faux nez et grosses moustaches) promouvoir le "manger local".
D'autre part, en lisant Lazzarato, on songe soudain à un autre paradoxe : quand la monnaie-dette, abstraite, détruit les relations sociales et déconstruit les territoires, le bitcoin apparaßt par contraste infiniment plus « territorial » : il ne sort jamais de son territoire, le Net, et il le structure ! D'autre part, démuni à la fois du cours forcé et d'un usage fiscal, il ne peut compter que sur sa nature communautaire.
Bitcoin mâapparaĂźt alors comme un dĂ©fi au nouvel ordre libĂ©ral, non sans paradoxe lĂ aussi quand on connaĂźt les opinions incroyablement libertaires de bien des supporters de la nouvelle monnaie, qui pourraient entrer dans la description que fait lâauteur des talibans du marchĂ© comme Hayek, qui souhaite lâeffacement de la monnaie souveraine pour lui substituer une multitude concurrentielle de monnaies privĂ©es.
Nous voyons se multiplier les robinsonades, Ătats libres proclamĂ©s par des milliardaires sur des plateformes en haute mer ou par des libertaires sur des berges incertaines du Danube. Toutes Ă©voquent le bitcoin comme une monnaie « libre ».
Or Bitcoin nâa pas vocation Ă sâen-terrer, et surtout pas sur si peu de terre, ou les pieds dans lâeau. Il nâa pas vocation non plus Ă ĂȘtre lâune des monnaies privĂ©es dĂ©crites par Hayek, mĂȘme si celui-ci est le maĂźtre Ă penser de nombre de ses supporters. Qu'il tienne encore dix ans et Bitcoin va changer les esprits, bien plus que dans les rĂȘves de boy-scouts ou les complots des geeks.
Bitcoin est richement disruptif. Ainsi, mĂȘme sâil se classe Ă©videmment, selon moi, du cĂŽtĂ© de la monnaie de paiement, câest avec un caractĂšre dâextrĂȘme liquiditĂ© (fluiditĂ©) que nâont pas les billets de banque de nos vies quotidiennes. Câest la premiĂšre fois que lâon voit effectivement la monnaie de paiement dotĂ©e de la mobilitĂ© de la monnaie-dette. A lâaune du bitcoin le systĂšme SEPA sâavĂšre risible, et grotesque la volontĂ© de tous les Sapins de la planĂšte de traquer les transferts et paiements en cash. A travers Bitcoin, c'est tout Ă la fois la nature de la dette, la lĂ©gitimitĂ© de sa centralisation mais aussi (et c'est ce que j'ai voulu faire ici) son lien Ă l'impĂŽt et sa responsabilitĂ© dans la gouvernance post-dĂ©mocratique qui sont potentiellement mis en examen.
Pour aller plus loin
les discours officiels
d'autres analyses sur la dette
Bitcoin proviendrait de lâextrĂȘme-droite. Câest en tout cas la thĂšse exposĂ©e par Nastasia Hadjadji dans son livre No Crypto, paru le 26 mai 2023, et dans une entrevue accordĂ©e Ă Numerama Ă cette occasion. Elle rejoint en cela le chercheur amĂ©ricain David Golumbia qui postulait dĂ©jĂ en 2016 que Bitcoin sâinscrivait dans un mouvement de droite radicale.
Cette prise de position nâa pas manquĂ© de faire rĂ©agir les bitcoineurs de tous bords. Certains se sont amusĂ©s de ce point de vue qui, il faut bien le dire, est caricatural. Dâautres se sont empressĂ©s de dĂ©montrer la faussetĂ© de cette affirmation, prĂ©cisant que non, Bitcoin nâĂ©tait pas bornĂ© Ă lâextrĂȘme-droite, voire quâil nâavait rien Ă voir avec cette sensibilitĂ© politique.
Il sâagit Ă©videmment dâune attaque sordide contre la rĂ©putation de la cryptomonnaie, par association avec une part du spectre politique largement conspuĂ©e par le grand public, ce qui en rhĂ©torique sâappelle un empoisonnement du puits. Toutefois, lâidĂ©e de Nastasia Hadjadji porte en elle un peu de vĂ©ritĂ©, ce qui explique les rĂ©actions. En outre, elle a le mĂ©rite de remettre sur la table le sujet du clivage politique, et en particulier de celui qui existe au sein des personnes qui sâintĂ©ressent Ă Bitcoin, le sujet qui va nous intĂ©resser dans cet article.
Il existe une grande confusion en ce qui concerne les concepts politiques de droite et de gauche, et a fortiori dâextrĂȘme-droite et de dâextrĂȘme-gauche. Il arrive souvent quâon les associe respectivement Ă la libertĂ© et Ă lâĂ©galitĂ©, ou plus prĂ©cisĂ©ment au libĂ©ralisme et au socialisme. On peut aussi leur attribuer des valeurs comme le rigorisme et la hiĂ©rarchie dâun cĂŽtĂ© et le laxisme et le dĂ©sordre de lâautre. On peut Ă©galement imaginer que lâextrĂȘme-droite doive nĂ©cessairement ĂȘtre fasciste et que lâextrĂȘme-gauche doive obligatoirement ĂȘtre communiste. Tous ces prĂ©supposĂ©s empĂȘchent une comprĂ©hension claire de la chose, Ă tel point que beaucoup disent aujourdâhui que ces concepts nâont aucun sens et les rejettent en bloc.
Cependant, il existe une mĂ©thode pour interprĂ©ter correctement ces concepts de droite et de gauche : câest le modĂšle de lâhistorien Philippe Fabry donnant une dĂ©finition universelle et intemporelle du clivage politique. Ce modĂšle (comme tous les modĂšles) est faux : les gens sont complexes, ils ne sont pas de droite ou de gauche de maniĂšre absolue, peuvent changer de camp, peuvent sâextraire momentanĂ©ment du clivage par la rĂ©flexion, etc. Mais il a lâavantage de sâapprocher suffisamment de lâobservation pour nous ĂȘtre utile.
Ce quâil faut comprendre câest que le clivage entre la droite et la gauche nâest pas issu des idĂ©es des gens qui en font partie, mais de leur sensibilitĂ© politique. Le positionnement dans le spectre politique est liĂ© Ă la sensibilitĂ© face Ă la lente Ă©volution de lâordre Ă©tabli, câest-Ă -dire au progrĂšs. La droite est ainsi conservatrice, hostile au progrĂšs. La gauche est progressiste, favorable au changement politique. LâextrĂȘme-droite est rĂ©actionnaire, ayant tendance Ă considĂ©rer que « câĂ©tait mieux avant » et quâil faudrait revenir Ă un ordre Ă©tabli antĂ©rieur. LâextrĂȘme-gauche est rĂ©volutionnaire, et prĂŽne lâinstauration dâun modĂšle de sociĂ©tĂ© complĂštement nouveau. Les gauches et droites modĂ©rĂ©es sont par essence rĂ©formistes et adhĂšrent au systĂšme en place tandis que les extrĂȘmes partagent une volontĂ© de bouleversement.1
Les sensibilitĂ©s politiques peuvent ĂȘtre dues Ă de multiples facteurs, dont notamment la personnalitĂ© individuelle, mais leur importance statistique dĂ©pend de la position Ă©conomique et sociale des individus. Ceux qui sont satisfaits de lâordre actuel ont tendance Ă vouloir le conserver et Ă se rapprocher de la droite, ceux qui sont insatisfaits ont tendance Ă vouloir le changer et Ă sâallier avec la gauche. Ceux qui ont Ă©tĂ© dĂ©classĂ©s par une Ă©volution politique, tels que les nobles français au XIXĂšme siĂšcle ou les bourgeois au XXĂšme siĂšcle, ont une affinitĂ© naturelle de lâextrĂȘme-droite. Les nouveaux exclus Ă lâinverse, comme les bourgeois du XVIIIĂšme siĂšcle ou les ouvriers du XIXĂšme siĂšcle, ont tendance Ă graviter autour de lâextrĂȘme-gauche.
De plus, les idĂ©es au sein de ce clivage ont tendance Ă Ă©voluer au cours du temps, dans un mouvement sinistrogyre (« tournant Ă gauche ») qui remplace les anciennes idĂ©es par de nouvelles provenant de lâextrĂȘme-gauche. Ce mouvement est parfaitement identifiable dans le cas de France post-rĂ©volutionnaire. Par exemple, le rĂ©publicanisme classique, plutĂŽt libĂ©ral et soutenu par la bourgeoisie, Ă©tait dâextrĂȘme-gauche du temps de la Restauration, a migrĂ© vers la gauche modĂ©rĂ©e au moment de la monarchie de Juillet, est devenu de droite durant la TroisiĂšme RĂ©publique, pour finir sa vie Ă lâextrĂȘme-droite aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, notamment au travers de la rĂ©action poujadiste.
La partie intĂ©ressante du modĂšle de Fabry est quâil scinde le clivage en trois sous-catĂ©gories : une part rĂ©formiste, une portion autoritaire et une partie dite anarchiste. La premiĂšre se retrouve plus au centre tandis que les deux autres se retrouvent naturellement davantage aux extrĂȘmes. Les extrĂȘmes autoritaires considĂšrent que câest une trop grande libertĂ© qui nuit Ă leur idĂ©al politique (le stalinisme et lâhitlĂ©risme en sont lâincarnation) tandis que les extrĂȘmes libertaires croient que câest le manque de libertĂ© qui les empĂȘche Ă leur ordre politique dâĂ©merger. La France du XXĂšme siĂšcle ainsi connu son lot de libertaires de gauche, comme Albert Camus, et dâanarchistes de droite, comme Louis-Ferdinand CĂ©line. Un exemple plus ancien de rĂ©actionnaire anarchisant est celui dâĂtienne de la BoĂ©tie qui, dans son Discours de la servitude volontaire Ă©crit en 1549, se dĂ©solait de la centralisation du pouvoir entre les mains du roi au dĂ©triment de la noblesse fĂ©odale dont il faisait partie.
De par leur attachement Ă lâordre Ă©tabli et par leur rejet des extrĂȘmes, les progressistes et les conservateurs les plus modĂ©rĂ©s peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă sâallier dans un Ă©litisme centriste. Ce phĂ©nomĂšne de crispation sâaccompagne alors dâun refus dâĂ©couter (et de relayer) les idĂ©es provenant des extrĂȘmes. Câest prĂ©cisĂ©ment la position politique de lâ« extrĂȘme-centre » dâEmmanuel Macron, quâil a mĂȘme revendiquĂ©e en 2022.
En rĂ©action, les extrĂȘmes peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă sâallier dans un populisme bilatĂ©ral, malgrĂ© leurs positions divergentes sur certaines questions. En effet, lâabsence dâinfluence politique crĂ©Ă©e par la crispation des Ă©lites centristes pousse les extrĂȘmes Ă rejeter lâordre Ă©tabli et Ă vouloir « faire sans ». RĂ©cemment, le mouvement des Gilets Jaunes en 2018 et lâopposition au passe sanitaire en 2020 nous ont Ă©tĂ© des illustrations claires dâun tel populisme.
Ce type de mouvement populiste nâest pas nouveau et a existĂ© par le passĂ©. CâĂ©tait par exemple le cas du boulangisme, un mouvement sâĂ©tant formĂ© autour de la figure du gĂ©nĂ©ral Boulanger Ă la fin des annĂ©es 1880, qui recueillait Ă la fois le soutien de socialistes et de radicaux Ă gauche, et de bonapartistes et de royalistes Ă droite. On peut aussi citer lâexemple de William Jennings Bryan aux Ătats-Unis, dont lâaction explique en partie comment le parti dĂ©mocrate a pu passer de droite Ă gauche au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle.
Le libertarianisme amĂ©ricain formĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1970 Ă©tait lui-mĂȘme une mouvement populiste jouant sur les deux tableaux. Il a en effet Ă©tĂ© fondĂ© comme une doctrine rejetant lâordre Ă©tabli et rĂ©unissant le laissez-faire Ă©conomique de lâancienne droite (la droite qui sâopposait au New Deal de Franklin Roosevelt en son temps) et la libertĂ© des mĆurs dĂ©fendue par la nouvelle gauche (une gauche se distinguant de lâancienne gauche marxisante par son attachement aux causes sociĂ©tales). En somme, il faut comprendre le libertarianisme comme une tentative dâunion des franges anarchistes de lâextrĂȘme-droite et de lâextrĂȘme-gauche Ă©tasuniennes.
Depuis, le mouvement sâest partiellement dĂ©sagrĂ©gĂ© du fait de la montĂ©e de la tension politique. Ă droite, le mouvement a par exemple permis lâĂ©mergence du Tea Party en 2008 et lâĂ©lection de Donald Trump en 2016. Ă gauche, la libertĂ© des mĆurs a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ© par les groupuscules intersectionnels (parfois dits « woke » mĂȘme si le terme est vague) dĂ©sirant utiliser la violence politique pour dĂ©fendre ou venger les victimes de discriminations, comme par exemple le mouvement LGBTQI+ et Black Lives Matter.
Venons-en maintenant Ă Bitcoin. Bitcoin est, par conception, une forme de monnaie qui sâinscrit en opposition Ă lâordre Ă©tabli. Il permet de possĂ©der sa richesse de maniĂšre souveraine, sans censure ni inflation, de faire sĂ©cession et de rompre les liens avec le pouvoir politique en conquĂ©rant « un nouveau territoire de liberté ».
Il est normal dây retrouver des personnes un tant soit peu hostiles Ă lâordre Ă©tabli, parce quâelles le considĂšrent trop progressiste ou, Ă lâinverse, trop conservateur. Bitcoin est Ă©galement dâinspiration anarchiste : les bitcoineurs ne prĂŽnent pas le recours Ă lâautoritĂ© pour arriver Ă leur modĂšle de sociĂ©tĂ©, mais au contraire lâutilisation de la libertĂ©. Câest pourquoi Bitcoin est gĂ©nĂ©ralement soutenu par les franges libertaires de la population, qui sont nĂ©cessairement plus nombreuses aux extrĂȘmes.
Câest aussi pourquoi il ne peut pas y avoir de rĂ©el bitcoineur convaincu au centre, lâinvention de Satoshi Nakamoto impliquant nĂ©cessairement un dĂ©saccord avec la lente Ă©volution de lâordre Ă©tabli. Les centristes français utilisent lâeuro et se satisfont des dĂ©cisions de Christine Lagarde.
Les mouvements qui ont menĂ© Ă Bitcoin recoupent Ă©galement les franges extrĂȘmes de la sociĂ©tĂ©. On a vu que le libertarianisme impliquait des sensibilitĂ©s dâextrĂȘme-gauche et dâextrĂȘme-droite. De mĂȘme, ces sensibilitĂ©s se retrouvent dans le crypto-anarchisme et lâĂ©cole autrichienne dâĂ©conomie, mĂȘme si les proportions ne sont pas les mĂȘmes.
On peut ainsi retrouver une sensibilitĂ© plus rĂ©volutionnaire chez les cypherpunks, notamment Ă cause de leur attachement aux nouvelles technologies, ce qui fait que beaucoup dâentre eux Ă©taient Ă©galement transhumanistes. De lâautre cĂŽtĂ©, on retrouve une sensibilitĂ© rĂ©actionnaire plus prononcĂ©e chez les partisans de lâĂ©cole autrichienne dâĂ©conomie, ce qui peut se constater par exemple par une certaine nostalgie de lâĂ©talon-or classique. On peut mĂȘme observer une certaine nostalgie de la monarchie chez Hoppe (qui nâest pas pour autant une adhĂ©sion, Hoppe reste entiĂšrement libertarien), et en particulier de lâEmpire austro-hongrois dâavant la PremiĂšre Guerre mondiale, rĂ©gime dans lequel lâĂ©cole autrichienne sâest dĂ©veloppĂ©. Cela ne veut pas dire pour autant que ces deux mouvement doivent ĂȘtre catĂ©gorisĂ©s comme dâextrĂȘme-gauche ou dâextrĂȘme-droite : il existe des Ă©lĂ©ments rĂ©actionnaires chez les cypherpunks, comme la vigilance face Ă la dystopie hĂ©ritĂ©e du cyberpunk, et des Ă©lĂ©ments rĂ©volutionnaires au sein lâĂ©cole autrichienne dâĂ©conomie, comme lâavis favorable Ă propos du bitcoin. Mais la tendance est lĂ , et explique les tensions qui peuvent exister dans la communautĂ©.
Le clivage parmi les bitcoineurs existe donc. Ă lâinternational, lâopposition se manifeste notamment sur des questions comme le changement climatique, la crise sanitaire de 2020, la consommation de viande, la pratique de la musculation ou la piĂ©tĂ© religieuse. On peut retrouver cette sĂ©paration au sein des personnalitĂ©s de lâĂ©cosystĂšme : Ă gauche, se trouvent par exemple lâĂ©ducateur Andreas Antonopoulos et le dĂ©veloppeur Matt Corrallo ; Ă droite, lâĂ©conomiste Saifedean Ammous et le maximaliste Aleksandar Svetski.
En France, le clivage existe Ă©galement, mĂȘme sâil est plus local et teintĂ© dâidĂ©al social marxiste. Dâun cĂŽtĂ©, nous avons des bitcoineurs plutĂŽt de droite attachĂ©s aux valeurs dites traditionnelles, qui dĂ©plorent les politiques monĂ©taires des banques centrales qui financent les projets progressistes, qui sâopposent Ă la « grande rĂ©initialisation » de Klaus Schwab et qui instaurerait notamment une monnaie numĂ©rique de banque centrale et qui ferait disparaĂźtre lâargent liquide. De lâautre, nous avons des bitcoineurs plutĂŽt de gauche attachĂ©s au progrĂšs, qui souhaitent numĂ©riser la monnaie, dĂ©velopper lâidentitĂ© numĂ©rique et toutes sortes dâinnovations dans le cyberespace, qui voient Bitcoin comme un « commun numĂ©rique sans frontiĂšre », une meilleure maniĂšre dâorganiser la sociĂ©tĂ© et un outil inclusif permettant de lutter contre la censure des opprimĂ©s et des « pas comme il faut ».
Ce clivage se constate par les tentatives de communication qui ont pu ĂȘtre faites avec des personnalitĂ©s politiques françaises. Dâun cĂŽtĂ©, on a pu voir le collectif Sortie de Banque passer sur la chaĂźne de Florian Philippot en dĂ©cembre 2022 pour montrer comment Bitcoin pouvait aider le mouvement souverainiste opposĂ© aux projets de lâUE. On a Ă©galement vu un Zemmour donner une opinion assez favorable des cryptomonnaies et visiter les locaux de Ledger en fĂ©vrier 2022. De lâautre, on a pu voir lâhistorien et auteur Jacques Favier aller prĂ©senter Bitcoin devant des militants de la France Insoumise en 2018. Notons aussi les liens dâAlexis Roussel, crĂ©ateur de Fastcoin et de Nym, avec le Parti Pirate.
Toutefois, cette tension est loin dâĂȘtre catastrophique. Dans lâensemble, les deux camps partagent leur dĂ©testation commune du contrĂŽle de lâĂtat sur la monnaie et leur volontĂ© de vivre une vie libĂ©rĂ©e des manipulations rĂ©alisĂ©es sur la monnaie. Câest sur ce plan-lĂ que lâaccord est possible.
Tout comme chacun possĂšde une personnalitĂ©, tout le monde a sa sensibilitĂ© politique et sa maniĂšre de voir lâĂ©volution du monde. Chacun va mettre en valeur un aspect diffĂ©rent de Bitcoin de son cĂŽtĂ©Â : certains vont insister sur le cĂŽtĂ© international et faire la part belle aux pays du tiers monde injustement coupĂ©s du systĂšme financier mondial, dâautres vont parler de la censure financiĂšre qui sĂ©vit en Occident, dâautres encore de la crĂ©ation monĂ©taire massive par les banques centrales. Et on ne saurait que profiter de cette richesse des points de vue.
Guerre, envolĂ©e du prix du baril, planche Ă billets, hyperinflation⊠Face au chaos ambiant, Bitcoin semble enfin tirer son Ă©pingle du jeu. Bitcoin â bilan du troisiĂšme trimestre AprĂšs avoir abandonnĂ© 58 % au cours du second trimestre, le bitcoin sâest relevĂ© de 4 % au T3. Sa capitalisation de marchĂ© atteignait 383 milliards de [âŠ]
Lâarticle Bitcoin â Semaine 41 est apparu en premier sur Cointribune.
Le marché obligataire mondial a perdu 12 000 milliards de dollars. Les pertes latentes abyssales des banques centrales vont plomber les budgets gouvernementaux.
Lâarticle Les pertes latentes colossales des banques centrales est apparu en premier sur Cointribune.
Le prĂ©sident turc Erdogan a rĂ©cemment annoncĂ© quâil continuerait Ă rĂ©duire les taux dâintĂ©rĂȘt tous les mois tant quâil serait au pouvoir. Pourtant, lâinflation a atteint en septembre un nouveau record depuis plus de 20 ans, approchant les 83 %. Alors que les banques centrales ont globalement fait le choix de durcir leur politique monĂ©taire [âŠ]
Lâarticle Erdogan : Lâagent double au service de Bitcoin (BTC) ? est apparu en premier sur Cointribune.
Je ne publie ici qu'une traduction, celle d'un article publié le 9 octobre sur son blog par Edward Snowden sous le titre Votre argent ET votre vie, Les monnaies numériques de banques centrales vont rançonner notre avenir
.
Nul besoin de souligner qu'il est un homme dont la parole compte.
Compte tenu de la longueur de son texte, bien peu de gens feront rĂ©ellement l'effort de le lire en anglais mĂȘme si chacun jurera le contraire, comme on jure n'avoir aucun problĂšme Ă tenir une rĂ©union de travail en anglais, en plein Paris, dĂšs qu'on a cru devoir inviter un nĂ©o-irlandais, et avant que chacun ne bredouille lamentablement.
D'autre part comme la Banque de France ne communique pratiquement plus qu'en anglais, autant en prendre lĂ -aussi le contrepied !
C'est tout ce que j'ai à dire ; la suite (que l'on peut aussi entendre en lecture sur Grand Angle Crypto) est la traduction de son article, avec ses illustrations, sans commentaires de ma part. J'en aurais bien faits quelques-uns, mais marginaux, notamment sur des points de chronologie. D'autre part certains liens sont restés pointés vers des sources en langue anglaise. Tout cela parce que mes journées n'ont que 24 heures.
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Les nouvelles, ou nouvelles, de cette semaine concernant la capacité du Trésor américain, ou sa volonté, ou simplement sa tentation d'essayer un troll : frapper une piÚce de monnaie en platine d'un trillion de dollars (1 000 000 000 000 $) afin de repousser la limite de la dette du pays m'ont rappelé d'autres lectures monétaires que j'ai faites cet été sous le dÎme de chaleur, lorsqu'il est devenu évident pour beaucoup que le plus grand obstacle à tout nouveau projet de loi sur les infrastructures américaines ne serait pas le plafond de la dette, mais le plancher du CongrÚs.
Cette lecture, que j'ai effectuĂ©e tout en prĂ©parant le dĂ©jeuner Ă l'aide de mon infrastructure prĂ©fĂ©rĂ©e, savoir l'Ă©lectricitĂ©, Ă©tait la transcription d'un discours prononcĂ© par un certain Christopher J. Waller, gouverneur fraĂźchement nommĂ© du 51Ăšme et plus puissant Ătat des Ătats-Unis, la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale.
Le sujet de ce discours ? Les CBDC - qui ne sont malheureusement pas une nouvelle forme de cannabinoïde qui vous aurait échappé, mais plutÎt l'acronyme de Central Bank Digital Currencies - le tout dernier danger qui se profile à l'horizon public.
Avant d'aller plus loin, permettez-moi de dire qu'il m'a Ă©tĂ© difficile de dĂ©terminer ce qu'est exactement ce discours - s'il s'agit d'un  minority reportÂ
ou simplement d'une tentative de plaire Ă ses hĂŽtes, l'American Enterprise Institute.
Mais Ă©tant donnĂ© que Waller, un Ă©conomiste nommĂ© Ă la derniĂšre minute par Trump Ă la Fed, exercera son mandat jusqu'en janvier 2030, nous, lecteurs de midi, pourrions y voir une tentative d'influencer la politique future, et plus prĂ©cisĂ©ment d'influencer le  document de discussion de la FedÂ
, tant attendu et toujours à venir - un texte rédigé par un groupe - sur le thÚme des coûts et des avantages de la création d'une CBDC.
Précisons : sur les coûts et les avantages de la création d'une CBDC américaine, car la Chine en a déjà annoncée une, tout comme une douzaine d'autres pays, dont récemment le Nigeria, qui lancera début octobre l'eNaira.
à ce stade, le lecteur qui n'est pas encore abonné à ce Substack peut se demander ce qu'est une monnaie numérique de banque centrale.
Lecteur, je vais vous le dire ou plutÎt je vais vous dire ce qu'une CBDC n'est PAS. Ce n'est PAS, comme Wikipedia pourrait vous le dire, un dollar numérique. AprÚs tout, la plupart des dollars sont déjà numériques, n'existant pas sous la forme d'un objet plié dans votre portefeuille, mais sous la forme d'une entrée dans la base de données d'une banque, interrogée puis restituée fidÚlement sur l'écran de votre smartphone.
(notez que dans tous ces exemples, l'argent ne peut vivre autrement que sous la surveillance de la Banque centrale.)
Une monnaie numĂ©rique de banque centrale n'est pas davantage une adoption de la cryptomonnaie au niveau de l'Ătat - du moins pas de la cryptomonnaie telle que la comprennent actuellement la plupart des personnes qui l'utilisent dans le monde.
Au lieu de cela, une CBDC est plus proche d'une perversion de la cryptomonnaie, ou du moins des principes et des protocoles fondateurs de la cryptomonnaie : une monnaie cryptofasciste, un jumeau malĂ©fique entrĂ© dans les registres le jour opposĂ©, expressĂ©ment conçu pour refuser Ă ses utilisateurs la propriĂ©tĂ© fondamentale de leur argent et pour installer l'Ătat au centre d'intermĂ©diation de chaque transaction.
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Pendant les milliers d'annĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© l'avĂšnement des CBDC, l'argent - l'unitĂ© de compte conceptuelle que nous reprĂ©sentons par des objets gĂ©nĂ©ralement physiques et tangibles que nous appelons monnaie - a Ă©tĂ© principalement incarnĂ© sous la forme de piĂšces frappĂ©es dans des mĂ©taux prĂ©cieux. L'adjectif  prĂ©cieuxÂ
- qui fait rĂ©fĂ©rence Ă la limite fondamentale de la disponibilitĂ© Ă©tablie par la difficultĂ© de trouver et d'extraire du sol la marchandise intrinsĂšquement rare - Ă©tait important, car tout le monde peut triche : l'acheteur sur le marchĂ© peut rogner sa piĂšce de mĂ©tal et en remiser les restes, le vendeur sur un marchĂ© peut peser la piĂšce de mĂ©tal sur des balances dĂ©loyales, et le monnayeur de la piĂšce, qui est gĂ©nĂ©ralement le roi, ou l'Ătat, peut abaisser l'aloi du mĂ©tal de la piĂšce en y mĂȘlant des matĂ©riaux de moindre qualitĂ©, sans parler d'autres mĂ©thodes comme le seigneuriage.
(Contemplez la loi dans toute sa gloire !)
L'histoire de la banque est, Ă bien des Ă©gards, l'histoire de cette dilution. En effet, les gouvernements ont rapidement dĂ©couvert que, par le biais d'une simple lĂ©gislation, ils pouvaient dĂ©clarer que tout le monde sur leur territoire devait accepter que les piĂšces de cette annĂ©e soient Ă©gales Ă celles de l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, mĂȘme si les nouvelles piĂšces contenaient moins d'argent et plus de plomb. Dans de nombreux pays, les peines encourues pour avoir mis en doute ce systĂšme, voire pour avoir signalĂ© la falsification, Ă©taient au mieux la saisie des biens, au pire la pendaison, la dĂ©capitation ou la mort par le feu.
Dans la Rome impĂ©riale, cette dĂ©gradation de la monnaie, que l'on pourrait dĂ©crire aujourd'hui comme une  innovation financiĂšreÂ
, allait servir Ă financer des politiques auparavant inabordables et des guerres Ă©ternelles, pour aboutir finalement Ă la crise du IIIĂšme siĂšcle et Ă l'Ădit de DioclĂ©tien sur le maximum, qui a survĂ©cu Ă l'effondrement de l'Ă©conomie romaine et de l'empire lui-mĂȘme d'une maniĂšre tout Ă fait mĂ©morable :
FatiguĂ©s de transporter de lourds sacs de dinars et de deniers, les marchands aprĂšs la crise du troisiĂšme siĂšcle, et en particulier les marchands voyageurs, ont imaginĂ© des formes plus symboliques de monnaie, et ont ainsi crĂ©Ă© la banque commerciale - la version plĂ©bĂ©ienne des trĂ©sors royaux - dont les premiers instruments et les plus importants furent les billets Ă ordre institutionnels, qui n'avaient pas de valeur intrinsĂšque propre mais Ă©taient garantis par une marchandise : il s'agissait de morceaux de parchemin ou de papier qui reprĂ©sentaient le droit d'ĂȘtre Ă©changĂ© contre une certaine quantitĂ© d'une monnaie ayant plus ou moins de valeur intrinsĂšque.
Les rĂ©gimes qui ont Ă©mergĂ© des incendies de Rome ont Ă©tendu ce concept pour Ă©tablir leurs propres monnaies convertibles, et de petits bouts de chiffon ont circulĂ© dans l'Ă©conomie aux cĂŽtĂ©s de leurs Ă©quivalents en piĂšces de monnaie de valeur symbolique identique, mais de valeur intrinsĂšque distincte. En commençant par l'augmentation de l'impression de billets de banque, en continuant par l'annulation du droit de les Ă©changer contre de la monnaie, et en culminant avec la dĂ©prĂ©ciation de la monnaie elle-mĂȘme par le zinc et le cuivre, les villes-Ătats et plus tard les Ătats-nations entreprenants ont finalement obtenu ce que notre vieil ami Waller et ses copains de la Fed dĂ©criraient gĂ©nĂ©reusement comme une monnaie souveraineÂ
: une belle serviette de table.
(La monnaie souveraine, telle qu'on peut la rencontrer dans l'histoire)
Une fois que la monnaie est comprise de cette maniĂšre, il n'y a qu'un pas Ă franchir entre la serviette de table et le rĂ©seau internet. Le principe est le mĂȘme : le nouveau jeton numĂ©rique circule aux cĂŽtĂ©s de l'ancien jeton physique de plus en plus absent. Au dĂ©but.
Tout comme le vieux certificat d'argent amĂ©ricain en papier pouvait ĂȘtre Ă©changĂ© contre un dollar d'argent brillant d'une once, le solde de dollars numĂ©riques affichĂ© sur l'application bancaire de votre tĂ©lĂ©phone peut encore ĂȘtre Ă©changĂ© dans une banque commerciale contre une serviette verte imprimĂ©e, tant que cette banque reste solvable ou conserve son assurance-dĂ©pĂŽt.
Si cette promesse de rachat vous semble un maigre rĂ©confort, vous feriez bien de vous rappeler que la serviette en papier dans votre portefeuille vaut toujours mieux que ce contre quoi vous l'avez Ă©changĂ©e : une simple crĂ©ance sur une serviette en papier pour votre portefeuille. De plus, une fois que cette serviette en papier est bien rangĂ©e dans votre sac Ă main ou votre porte-monnaie, la banque n'a plus le droit de dĂ©cider, ni mĂȘme de savoir, comment et oĂč vous l'utilisez. Enfin, la serviette en papier fonctionnera toujours en cas de panne du rĂ©seau Ă©lectrique.
C'est finalement l'accessoire idéal pour le déjeuner de tout lecteur.
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Les partisans des CBDC affirment que ces monnaies strictement centralisĂ©es reprĂ©sentent la rĂ©alisation d'un Ă©talon nouveau et audacieux - pas un Ă©talon d'or, ni un Ă©talon d'argent, ni mĂȘme un Ă©talon fondĂ© sur une blockchain, mais quelque chose comme un Ă©talon de feuille de calcul, oĂč chaque dollar Ă©mis par une banque centrale est dĂ©tenu par un compte gĂ©rĂ© par une banque centrale, enregistrĂ© dans un vaste registre d'Ătat qui peut ĂȘtre continuellement examinĂ© et Ă©ternellement rĂ©visĂ©.
Les partisans de la CBDC affirment que cela rendra les transactions quotidiennes à la fois plus sûres (en éliminant le risque de contrepartie) et plus faciles à taxer (en rendant presque impossible de cacher de l'argent au gouvernement).
Les opposants Ă la CBDC, cependant, citent ces mĂȘmes prĂ©tendues  sĂ©curitĂ©Â
et  facilitĂ©Â
pour affirmer qu'un e-dollar, par exemple, n'est qu'une extension ou une manifestation financiĂšre de l'Ătat de surveillance qui ne cesse de s'Ă©tendre. Pour ces critiques, la mĂ©thode par laquelle cette proposition Ă©radique tant les risques de la faillite que les fraudeurs fiscaux dessine une ligne rouge vif autour son dĂ©faut mortel : cela ne se fait qu'au prix de l'installation de l'Ătat, dĂ©sormais au courant de l'utilisation et de la dĂ©tention de chaque dollar, au centre de toute interaction monĂ©taire. C'est le modĂšle chinois, s'Ă©crient les chantres de la serviette en papier. Or en Chine, la nouvelle interdiction du bitcoin ainsi que la mise en circulation du yuan numĂ©rique, ont clairement pour but d'accroĂźtre la capacitĂ© de l'Ătat Ă servir d'intermĂ©diaire - Ă s'imposer au milieu de la moindre transaction.
L'intermĂ©diation et son contraire, la dĂ©sintermĂ©diation, constituent le cĆur du sujet, et il est remarquable de constater Ă quel point le discours de Waller s'appuie sur ces termes, dont les origines ne se trouvent pas dans la politique capitaliste mais, ironiquement, dans la critique marxiste. Ce qu'ils signifient, c'est le point de savoir qui ou quoi se tient entre votre argent et vos intentions Ă son Ă©gard.
Ce que certains Ă©conomistes ont rĂ©cemment pris l'habitude d'appeler, avec une emphase pĂ©jorative suspecte, les  cryptomonnaies dĂ©centralisĂ©esÂ
- c'est-Ă -dire Bitcoin, Ethereum et autres - sont considĂ©rĂ©es par les banques centrales et commerciales comme de dangereux dĂ©sintermĂ©diateurs, prĂ©cisĂ©ment parce qu'elles ont Ă©tĂ© conçues pour assurer une protection Ă©gale Ă tous les utilisateurs, sans privilĂšges spĂ©ciaux accordĂ©s Ă l'Ătat.
Cette crypto - dont la technologie mĂȘme a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e principalement pour corriger la centralisation qui la menace aujourd'hui - Ă©tait, est gĂ©nĂ©ralement, et devrait ĂȘtre constitutionnellement indiffĂ©rente Ă qui la possĂšde et pour quoi faire on l'utilise. Pour les banques traditionnelles, cependant, sans parler des Ătats dotĂ©s de monnaies souveraines, c'est inacceptable : ces concurrents cryptographiques reprĂ©sentent une perturbation historique, promettant la possibilitĂ© de stocker et de dĂ©placer une valeur vĂ©rifiable indĂ©pendamment de l'approbation de l'Ătat, et plaçant ainsi leurs utilisateurs hors de portĂ©e de Rome. L'opposition Ă un tel libre-Ă©change est trop souvent dissimulĂ©e sous un vernis de prĂ©occupation paternaliste, l'Ătat affirmant qu'en l'absence de sa propre intermĂ©diation affectueuse, le marchĂ© se transformera inĂ©vitablement en tripots illĂ©gaux et en repaires de chair oĂč rĂšgnent la fraude fiscale, le trafic de drogue et le trafic d'armes.
Il est toutefois difficile de soutenir cette affirmation lorsque, selon nul autre que le Bureau du financement du terrorisme et des crimes financiers du DĂ©partement du TrĂ©sor amĂ©ricain,  bien que les monnaies virtuelles soient utilisĂ©es pour des transactions illicites, le volume est faible par rapport au volume d'activitĂ©s illicites rĂ©alisĂ©es par le biais des services financiers traditionnelsÂ
.
Les services financiers traditionnels, bien sĂ»r, Ă©tant le visage et la dĂ©finition mĂȘme de l'intermĂ©diation - des services qui cherchent Ă extraire pour eux-mĂȘmes une partie de chacun de nos Ă©changes.
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Ce qui nous ramÚne à Waller, que l'on pourrait qualifier d'anti-désintermédiateur, de défenseur du systÚme bancaire commercial et de ses services qui stockent et investissent (et souvent perdent) l'argent que le systÚme bancaire central américain, la Fed, décide d'imprimer (souvent au milieu de la nuit).
(Vous seriez surpris de savoir combien de faiseurs d'opinion sont prĂȘts Ă admettre publiquement qu'ils ne peuvent pas faire la diffĂ©rence entre un tour de passe-passe comptable et l'impression de monnaie.)
Et pourtant, j'admets que je trouve toujours ses remarques fascinantes, principalement parce que je rejette son raisonnement mais que je suis d'accord avec ses conclusions.
L'opinion de Waller, ainsi que la mienne, est que les Ătats-Unis n'ont pas besoin de dĂ©velopper leur propre CBDC. Pourtant, si Waller pense que les Ătats-Unis n'ont pas besoin d'une CBDC parce que leur secteur bancaire commercial est dĂ©jĂ robuste, je pense que les Ătats-Unis n'ont pas besoin d'une CBDC malgrĂ© les banques, dont les activitĂ©s sont, Ă mon avis, presque toutes mieux et plus Ă©quitablement accomplies de nos jours par l'Ă©cosystĂšme robuste, diversifiĂ© et durable des crypto-monnaies non Ă©tatiques (traduction : crypto ordinaire).
Je risque de perdre fort peu de lecteurs en affirmant que le secteur bancaire commercial n'est pas, comme l'affirme Waller, la solution, mais en fait le problĂšme - une industrie parasite et totalement inefficace qui s'est attaquĂ©e Ă ses clients en toute impunitĂ©, soutenue par des renflouements rĂ©guliers de la Fed, grĂące Ă la fiction douteuse qu'elle est  trop grosse pour faire failliteÂ
.
Mais mĂȘme si le complexe industriel bancaire s'est agrandi, son utilitĂ© a diminuĂ©, surtout par rapport Ă la cryptomonnaie. Autrefois, les banques commerciales Ă©taient les seules Ă sĂ©curiser les transactions risquĂ©es, en assurant le dĂ©pĂŽt fiduciaire et la rĂ©versibilitĂ©. De mĂȘme, le crĂ©dit et l'investissement n'Ă©taient pas disponibles, et peut-ĂȘtre mĂȘme inimaginables, sans elle. Aujourd'hui, vous pouvez profiter de tout cela en trois clics.
Pourtant, les banques ont un rÎle plus ancien. Depuis la création de la banque commerciale, ou du moins depuis sa capitalisation par la banque centrale, la fonction la plus importante du secteur a été le mouvement de l'argent, remplissant la promesse de ces anciens billets à ordre en permettant leur remboursement dans différentes villes ou dans différents pays, et en permettant tant aux détenteurs qu'aux payeurs de ces billets d'effectuer des transactions en leur nom et au nom d'autres personnes sur des distances similaires.
Pendant la majeure partie de l'histoire, le déplacement de l'argent de cette maniÚre nécessitait son stockage en grande quantité - ce qui nécessitait la sécurité concrÚte des coffres et des gardes. Mais à mesure que l'argent intrinsÚquement précieux a cédé la place à nos petites serviettes de table, et que les serviettes de table cÚdent la place à leurs équivalents numériques intangibles, cela a changé.
Aujourd'hui, cependant, il n'y a pas grand-chose dans les coffres. Si vous entrez dans une banque, mĂȘme sans masque sur le visage, et que vous tentez un retrait important, on vous dira presque toujours de revenir mercredi prochain, car la monnaie physique que vous demandez doit ĂȘtre commandĂ©e auprĂšs de la rare succursale ou rĂ©serve qui en dispose. Quant au gardien, malgrĂ© la place mythologique qu'il occupe dans vos reprĂ©sentations avec le granit et le marbre qu'il arpente, ce n'est plus qu'un vieil homme aux pieds fatiguĂ©s, trop peu payĂ© pour utiliser l'arme qu'il porte.
Voilà à quoi les banques commerciales ont été réduites : des services intermédiaires de commande d'argent qui profitent des pénalités et des frais, sous la protection de votre grand-pÚre.
En somme, dans une société de plus en plus numérique, il n'y a pratiquement rien qu'une banque puisse faire pour donner accÚs à vos actifs et les protéger qu'un algorithme ne puisse reproduire et améliorer, si ce n'est qu'à l'approche de Noël, les cryptomonnaies ne distribuent pas des petits calendriers de bureau.
Mais revenons à l'agent de sécurité de la banque, qui, aprÚs avoir aidé à fermer la banque pour la journée, va probablement exercer un deuxiÚme emploi, pour joindre les deux bouts - dans une station-service, par exemple.
Une CBDC lui sera-t-elle utile ? Un e-dollar amĂ©liorera-t-il sa vie, plus qu'un dollar en espĂšces, ou qu'un Ă©quivalent en bitcoin, ou en un stablecoin, ou mĂȘme en un stablecoin assurĂ© par la Federal Deposit Insurance Corp ?
Disons que son mĂ©decin lui a dit que la nature sĂ©dentaire de son travail Ă la banque a eu un impact sur sa santĂ© et a contribuĂ© Ă une dangereuse prise de poids. Notre gardien doit rĂ©duire sa consommation de sucre, et sa compagnie d'assurance privĂ©e - avec laquelle il a Ă©tĂ© publiquement mandatĂ© pour traiter - commence maintenant Ă suivre son Ă©tat prĂ©diabĂ©tique et transmet des donnĂ©es sur cet Ă©tat aux systĂšmes qui contrĂŽlent son portefeuille CBDC, de sorte que la prochaine fois qu'il va Ă l'Ă©picerie et essaie d'acheter des bonbons, il est rejetĂ© - il ne peut pas - son portefeuille refuse tout simplement de payer, mĂȘme si son intention Ă©tait d'acheter ces bonbons pour sa petite-fille.
Ou bien, disons que l'un de ses e-dollars, qu'il a reçu en guise de pourboire Ă son travail dans une station-service, est ensuite enregistrĂ© par une autoritĂ© centrale comme ayant Ă©tĂ© utilisĂ©, par son prĂ©cĂ©dent dĂ©tenteur, pour effectuer une transaction suspecte, qu'il s'agisse d'un trafic de drogue ou d'un don Ă une organisation caritative totalement innocente et, en fait, totalement favorable Ă la vie, opĂ©rant dans un pays Ă©tranger jugĂ© hostile Ă la politique Ă©trangĂšre des Ătats-Unis, et qu'il est donc gelĂ© et doit mĂȘme ĂȘtre confisquĂ© Ă titre de  geste citoyenÂ
. Comment notre gardien assiégé pourra-t-il le récupérer ? Sera-t-il un jour en mesure de prouver que cet e-dollar lui appartient légitimement et d'en reprendre possession, et combien cette preuve lui coûtera-t-elle en fin de compte ?
Notre gardien gagne sa vie avec son travail, il la gagne avec son corps, et pourtant, lorsque ce corps tombera inĂ©vitablement en panne, aura-t-il amassĂ© suffisamment d'argent pour prendre une retraite confortable ? Et si ce n'est pas le cas, pourra-t-il jamais espĂ©rer compter sur la bienveillance de l'Ătat, ou mĂȘme sur des dispositions adĂ©quates, pour son bien-ĂȘtre, ses soins, sa guĂ©rison ?
C'est la question à laquelle j'aimerais que Waller, que la Fed, le Trésor et le reste du gouvernement américain répondent :
De toutes les choses qui pourraient ĂȘtre centralisĂ©es et nationalisĂ©es dans la vie de ce pauvre homme, est-ce que ce devrait ĂȘtre son argent ?
Le comité examinera les cadres réglementaires d'autres pays avant de soumettre une proposition sur le cadre le plus efficace pour le Sri Lanka.
Le gouvernement du Sri Lanka a annoncĂ© vendredi via un communiquĂ© de presse qu'il avait approuvĂ© la crĂ©ation d'un comitĂ© de huit personnes chargĂ© d'examiner les rĂ©glementations autour des actifs digitaux dans d'autres pays. Le DĂ©partement de l'information du gouvernement (DGI) a spĂ©cifiquement mis en avant l'Union europĂ©enne, DubaĂŻ, la Malaisie et les Philippines comme quelques-uns des cas types qui seront Ă©tudiĂ©s pour comprendre comment la technologie blockchain peut ĂȘtre gĂ©rĂ©e.
Le lancement du comité s'inscrit dans le cadre de la politique nationale du Sri Lanka, qui insiste sur l'importance de modeler une communauté basée sur la technologie. Le pays a l'intention d'utiliser les résultats de l'étude pour combler le fossé entre le pays d'Asie du Sud et certains de ses partenaires.
« La nĂ©cessitĂ© de dĂ©velopper un systĂšme intĂ©grĂ© de banque digitale, de blockchain et de technologie de minage de crypto-monnaie a Ă©tĂ© identifiĂ©e pour suivre le mĂȘme rythme que les partenaires mondiaux de la rĂ©gion tout en dĂ©veloppant le trading sur les marchĂ©s internationaux », peut-on lire dans le communiquĂ© de presse.
En plus d'identifier comment suivre le rythme du reste de ses partenaires en matiÚre de crypto, d'actifs digitaux et de minage, le comité devra également étudier les aspects de la protection des clients contre les activités criminelles. Il s'agit notamment des procédures de connaissance du client (KYC), de la lutte contre le blanchiment d'argent (AML), du financement du terrorisme et de la criminalité autour des actifs digitaux.
Le comité est composé de huit personnes qui représentent diverses perspectives car elles occupent des postes importants dans différentes organisations. Le directeur de Mastercard au Sri Lanka et aux Maldives, Sandun Hapugoda, et Sujeewa Mudalige, associé directeur de PricewaterhouseCoopers Sri Lanka, sont quelques noms remarquables du comité.
La position du Sri Lanka sur la technologie blockchain n'a pas été entiÚrement définie jusqu'à présent. Avec la création d'un comité destiné à cette fin, le pays pourrait facilement attirer des investisseurs dans son secteur des crypto-monnaies. En outre, la nécessité d'adopter la crypto est de plus en plus forte, car de nombreuses populations s'intéressent désormais aux actifs digitaux.
Un rĂ©cent rapport de Chainalysis a montrĂ© que les rĂ©gions d'Asie du Sud, d'Asie centrale et d'OcĂ©anie connaissaient un nombre important d'adoptions de crypto-monnaies. Le rapport de Chainalysis fait Ă©tat d'une augmentation de 706 % dans la rĂ©gion, ajoutant que les pays asiatiques sont en tĂȘte de l'adoption des crypto-monnaies, alors que l'Europe est en tĂȘte pour la valeur des transactions.
Le gouvernement du Sri Lanka est loin d'ĂȘtre favorable aux crypto-monnaies. La banque centrale du pays a publiĂ© une mise en garde contre les investissements en crypto-monnaies en avril, citant l'absence de rĂ©glementation claire, la volatilitĂ© associĂ©e aux crypto-monnaies et le rĂŽle des crypto-monnaies dans des activitĂ©s criminelles allant du terrorisme aux crimes financiers.
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Cela fait prĂšs de trois mois que le bitcoin consolide au-dessus des 30 000 $. Nous sommes en route pour marquer une quatriĂšme semaine de baisse sur les 8 derniĂšres semaines et cela fait sept semaines que nous oscillons entre 32 000 $ et 36 000 $. Voici la prise de tempĂ©rature hebdomadaire du marchĂ©. [âŠ]
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