Actu-crypto

🔒
❌ About FreshRSS
There are new articles available, click to refresh the page.
☐ ☆ ✇ Ichimoku kinko hyo : Blog ichimoku kinko hyo

Gérer une position gagnante : renforcer ou prendre ses bénéfices ?

:root{ --encre:#1a1f2b; --gris:#5c6478; --gris-clair:#8d94a5; --filet:#e3e6ec; --orange:#e8730a; --fond-bloc:#f6f7f9; --serif:Georgia,'Times New Roman',serif; --sans:'Helvetica Neue',Helvetica,Arial,sans-serif; } *{box-sizing:border-box;} body{margin:0;padding:0;background:#fff;color:var(--encre);font-family:var(--serif); font-size:19px;line-height:1.75;-webkit-font-smoothing:antialiased;} .wrap{max-width:720p ...

☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

La mystique de Michael Saylor

By: Ludovic Lars

Michael Saylor, le PDG de Microstrategy, est devenu extrêmement populaire au sein de la communauté de Bitcoin au cours des années. Comme je l'ai expliqué dans le premier article de ce diptyque, il a su se faire une place parmi les bitcoineurs, passant dans des podcasts à large audience, intervenant lors des grandes conférences, attirant l'attention des médias spécialisés — si bien qu'il est devenu, en quelque sorte, une égérie de la monnaie orange.

Malgré tout, cette fascination générale pour le personnage m'a profondément surpris. Je trouvais en effet mystérieux que des gens qui aimaient sincèrement Bitcoin, c'est-à-dire au-delà du simple gain financier, puissent prendre cet homme au sérieux. Je m'opposais évidemment à ses prises de position les plus péremptoires, exprimées dans certains courts extraits d'entrevues que j'avais entendus à contrecœur. Et pourtant, n'ayant jamais fait l'effort d'écouter ses longues interventions, je me persuadais que sa perspective sur la monnaie et sur Bitcoin devait présenter des qualités insoupçonnées ; qu'elle était semblable à la pensée de Saifedean Ammous qui, malgré ses défauts, avait le mérite de ne pas nier en bloc la proposition de valeur de l'argent liquide électronique.

C'est pour combler ce manque de connaissance sur le discours saylorien que j'ai lu, il y a peu, The Treasury of Michael Saylor1. Il s'agit d'une anthologie publiée en 2025 qui compile les paroles les plus marquantes de Saylor prononcées dans des podcasts ou des conférences. Le contenu a été sélectionné et réorganisé par l'investisseur et éducateur Anil Patel, déjà auteur d'un Manuel du Bitcoin en 2023.

Ma première impression, en parcourant ce livre, a été un sentiment de vide. Certes, le texte provenait d'interventions orales, et il fallait par conséquent s'attendre à ce que le message de fond soit disséminé au fil de l'eau. Mais il m'a semblé que la pensée profonde de Saylor sur Bitcoin (censée être mise en évidence dans cette compilation) était peu cohérente, parfois dénuée de sens, voire complètement improvisée… Lorsqu'il reste dans son domaine d'expertise, à savoir la finance et la gestion d'entreprise, le PDG américain fait preuve de pertinence et peut nous enseigner des choses. En revanche, son discours sur la cryptomonnaie s'apparente à du technobabillage : il utilise un pseudo-langage technique pour vendre ses produits, n'ayant en réalité qu'une maigre connaissance du fonctionnement du protocole Bitcoin2.

Malgré ce qu'il désire afficher, Saylor n'est pas un ingénieur ou un idéologue ; c'est un magicien. Il se sert d'un flou artistique pour créer une sorte d'aura autour de lui, source de son charisme. Tel un numérologue de la kabbale, il joue avec les chiffres pour stupéfier son public3. Tel un alchimiste, il transforme la crédulité des gens en actifs sur le bilan financier de sa société.

Le saylorisme n'est donc pas vraiment une doctrine solidement définie, mais bien plutôt une mystique, à savoir un « système d'affirmations se rapportant à un objet […] auquel on attribue une sorte de vertu magique ». Et force est de constater que cette mystique saylorienne fascine les foules. C'est pourquoi il me semble essentiel de la décrypter ici, non pas pour prouver que l'homme est stupide et qu'il raconte n'importe quoi, mais pour montrer que l'esprit de ses propos est indubitablement antithétique à ce que Bitcoin représente.

Une vision prométhéenne de la vie

La mystique saylorienne semble compliquée par ses circonvolutions, mais elle s'éclaircit une fois qu'on comprend la logique qui la sous-tend. En particulier, elle s'appuie sur un courant philosophique très ancien qui rencontre de plus en plus de succès de nos jours. Ce courant, c'est le prométhéisme, pour lequel la technologie est une force libératrice qui permet aux individus de s'émanciper de leur condition. Il tire son nom du titan de la mythologie grecque Prométhée, qui aurait dérobé le feu sacré aux dieux de l'Olympe pour en faire don aux hommes, leur enseignant par ce biais l'intégralité des arts et des techniques, et qui aurait été condamné par Zeus à la torture perpétuelle en conséquence à cet acte4.

Prométhée apportant le feu à l'humanité, tableau (recadré) de Heinrich Füger, 1817.

Michael Saylor adhère tout à fait à cette conception de la vie, voyant d'un bon œil l'accroissement des moyens techniques. Et cette perspective se manifeste dans sa vision de Bitcoin. Par exemple, il considère que le progrès de la civilisation a découlé dans l'histoire de sa capacité à canaliser l'énergie — de la domestication du feu à la maitrise de la fission nucléaire, en passant par l'exploitation du pétrole — et que la cryptomonnaie comme une amélioration de cette capacité.

Saylor va ainsi jusqu'à comparer directement Satoshi Nakamoto, le créateur de Bitcoin, au titan Prométhée. Pour lui, Satoshi a « offert un cadeau » au monde en mettant au point son système, et doit par conséquent être considéré comme un demi-dieu. Il dit ouvertement :

« Satoshi est une figure spirituelle au sein de la communauté Bitcoin ; il est l'équivalent de Prométhée. Prométhée nous a donné le feu ; Satoshi nous a donné la monnaie. Bitcoin est la première monnaie parfaite de l'histoire de l'humanité. »

Au-delà de cette révérence envers Prométhée, Saylor s'inspire de pensées qui sont très clairement prométhéennes dans leur nature. La mystique saylorienne s'incrit ainsi dans l'objectivisme, philosophie de la romancière libérale Ayn Rand, qui exalte l'héroïsme, l'égoïsme rationnel et l'entrepreneuriat capitaliste. Le prométhéisme transparait clairement dans les œuvres de l'autrice, où on retrouve des références directes au titan5.

Le PDG de MicroStrategy a particulièrement été marqué par La Grève, roman publié en 1957 aux États-Unis sous le titre Atlas Shrugged. Ce livre met en scène des ingénieurs qui font sécession de la collectivité socialiste sclérosée dont ils supportent la charge, en se réunissant dans le « Canyon de Galt », une vallée située au milieu des montagnes Rocheuses et dissimulée par un dispositif technique de réfraction lumineuse. Saylor, lors de son discours inaugural au gala annuel de l'Atlas Society6 en 2022, a ainsi rendu hommage à l'œuvre :

« Les histoires d'Ayn Rand traitent de la lutte de l'individu contre le collectif, et elles sont captivantes. Quand j'ai lu La Grève pour la première fois, je n'ai pas pu lâcher le livre. J'y ai consacré 12 heures par jour, puis 14, et puis 16. La nature humaine ne change pas : cette lutte existait il y a 100 000 ans ; elle existe encore aujourd'hui. Ce qui change, c'est la technologie. »

Michael Saylor lors de son discours inaugural au gala annuel de l'Atlas Society en 2022 (source : The Atlas Society)

Enfin, Michael Saylor a aussi été largement influencé par l'auteur de science-fiction Robert Heinlein, qui est connu pour avoir écrit Starship Troopers et dont la vision du monde est proche du prométhéisme7. Le PDG de MicroStrategy en a lu tous les romans, dont Révolte sur la Lune (1966) qu'il a déclaré être « l'un de ses livres préférés ». Ce dernier livre raconte la guerre d'indépendance menée par la colonie lunaire de Luna contre la Terre, qui est remportée à l'aide d'un système balistique géré par une intelligence artificielle (nommée Mike). Heinlein y présente des idées très libertariennes : on y retrouve notamment l'adage selon lequel « un repas gratuit ça n'existe pas8 », c'est-à-dire que la plupart des choses présentées comme « gratuites » sont en réalité payées par quelqu'un d'autre, comme les services publics. Et à nouveau il y a cette idée que la maitrise technique permet de retrouver sa liberté en faisant sécession.

Pour Michael Saylor, Bitcoin correspond ainsi très exactement au projet prométhéen, ce que des bitcoineurs hellénisants ont remarqué bien avant lui, comme Andreas Antonopoulos (dès 2013) ou Jacques Favier. Mais contrairement à Antonopoulos, Saylor a son interprétation particulière de la façon dont Bitcoin doit libérer le monde du joug de Zeus…

L'énergie et la thermodynamique

Conformément à sa philosophie prométhéenne et à son court passé d'ingénieur, Michael Saylor voit le monde sous l'angle de la science et de la thermodynamique. La notion d'énergie, qui est centrale en physique, revient constamment dans son discours, y compris concernant la cryptomonnaie. Entre autres, il considère que le bitcoin constitue de l'« énergie numérique », à l'instar de l'acier qui est une « forme métallique d'énergie » et du pétrole qui représente une « forme liquide d'énergie ».

Cette affirmation est plus une image qu'autre chose, car le bitcoin n'a aucun lien direct avec l'énergie. Certes, le réseau est sécurisé par un procédé impliquant une consommation d'électricité dans le monde réel ; mais l'unité de compte n'a jamais été adossée d'une quelconque manière à l'énergie consommée pour la créer. Satoshi Nakamoto avait d'ailleurs déjà réfuté cette idée à son époque, expliquant que le bitcoin n'était pas « stable par rapport à l'énergie ».

Bien entendu, on pourra argüer que cette métaphore permet d'expliquer les bonnes propriétés monétaires que les marchandises possèdent habituellement en tant que produits standardisés (et que le bitcoin présente). Sauf qu'elle prend une place prépondérante dans ses propos, et qu'elle justifie toutes les aberrations. Par exemple, Saylor considère qu'il ne peut pas y avoir de monnaie sans dépense énergétique et que (faisant écho au bon mot du banquier J. P. Morgan sur l'or) tout le reste constitue du crédit. Pour lui :

« Une monnaie sans énergie, c'est du crédit. Des marchandises sans énergie, ce sont des bons d'achat. Dans le cyberespace, un objet sans énergie est une représentation. Si on a un objet et qu'il n'y a pas d'énergie, c'est comme l'ombre dans la caverne de Platon. Une personne sans énergie est un fantôme. »

Dans ce cadre, seul le bitcoin peut constituer une réelle monnaie numérique, car la monnaie des banques centrales ne nécessite aucun travail pour être produite9. L'invocation de l'énergie sert à légitimer Bitcoin en tant que futur fondement du système économique10.

Michael Saylor se repose aussi beaucoup sur la thermodynamique, et sur les trois lois qui la composent : la conservation de l'énergie, la croissance inéluctable de l'entropie et l'émergence de structures auto-dissipatives. Dans son discours, il assimile Bitcoin à un système physique stable, insensible aux perturbations extérieures. Cette allégorie l'amène à présenter la hausse du prix du bitcoin comme une nécessité quasi scientifique. Il explique que miser sur le bitcoin équivaut à placer son argent sur le second principe de la thermodynamique, et donc que c'est un pari sûr :

« Quand on place son argent à la banque et qu'on le garde sous forme de monnaie fiduciaire, on le prête à un État. Quand on investit son argent dans une action, on le prête à l'équipe de direction d'une entreprise. Quand on met son argent dans un immeuble, on le prête au maire d'une ville. Quand on utilise son argent pour acquérir une œuvre d'art, on le prête et on l'investit dans une culture. Quand on achète effectivement du bitcoin, on prête son argent aux seigneurs de l'Entropie et aux dieux du Chaos. Sur quoi parie-t-on ? On parie que le chaos surpassera les villes, les entreprises, les pays et les cultures. »

Une certaine conception de l'inflation

Toute la démarche de Michael Saylor vis-à-vis de Bitcoin est, comme on l'a vu dans le premier article de ce diptyque, de parvenir à conserver sa richesse malgré les évènements extérieurs. Et l'un des éléments qui l'ont amené à la cryptomonnaie est la menace de la hausse généralisée des prix, ou la baisse de la valeur de la monnaie courante, alias l'inflation. Toutefois, il a une conception particulière de ce phénomène.

D'abord, il définit l'inflation comme un « vecteur » et pas un « scalaire », une manière mathématique de dire qu'il s'agit d'une variation à plusieurs dimensions. Comme il l'explique :

« Lorsqu'on imprime plus d'argent, l'inflation ne se répartit pas de façon uniforme. On ne peut pas vraiment la réduire à un simple chiffre ; il s'agit plutôt d'un vecteur. »

Il est en effet incorrect de résumer l'inflation à un seul paramètre, comme le fait le monde officiel avec l'indice des prix à la consommation (IPC), qui prend en compte le prix moyen d'un panier de marchandises. Le prix des pommes varie différemment de celui des composants informatiques ou de celui du logement dans une grande ville. De cette manière, l'inflation réelle est largement sous-estimée, ce qui est une aubaine pour ceux qui sont proches de l'émission de nouvelle monnaie.

Là où Saylor pèche dans son analyse, c'est lorsqu'il assimile le gonflement des prix à la création monétaire. À ses yeux en effet, « la monnaie courante perd 7 % de sa valeur par an », chiffre qui correspond au taux annualisé d'émission monétaire dans les pays occidentaux et à l'augmentation moyenne du S&P500, l'un des trois principaux indices boursiers américains. Par conséquent, pour lui, « si on gagne moins de 7 % sur ses investissements, on s'appauvrit ».

Saylor fait ainsi abstraction de la croissance économique, qui compense en partie la perte de pouvoir d'achat qui aurait lieu si la richesse totale restait la même. Certes, les banquiers centraux profitent largement de leur statut d'émetteur, mais ça ne veut pas dire que l'émission de nouvelle monnaie se répercute toujours sur les prix. Dans l'hypothèse où on créerait à la fois deux fois plus d'argent et deux fois plus de biens et services dans une économie, les prix resteraient à peu près les mêmes.

Cette erreur témoigne néanmoins d'une chose importante chez Michael Saylor : sa mentalité de compétiteur. On devine qu'il estime, en un sens, que stagner c'est régresser. Sa philosophie correspond à une transcription en économie de l'hypothèse de la Reine rouge, hypothèse biologique qui postule que l'évolution permanente d'une espèce est nécessaire pour maintenir son aptitude face aux évolutions des espèces avec lesquelles elle coévolue11. Saylor se trouve dans un monde effréné où il faut sans cesse progresser pour ne pas se faire distancer par les autres. Il veut non seulement préserver sa richesse, mais aussi son rang dans la société.

Le bitcoin comme capital numérique

Le capital est un bien qu'on emploie à la production d'un autre bien. Lorsqu'il s'agit d'une somme d'argent, il faut que l'investissement de cette somme génère un intérêt. Le capital est de cette manière une façon de créer de la valeur. Et il constitue ainsi un atout majeur pour conserver sa position économique.

Michael Saylor a une conception multiple de Bitcoin. À ses yeux, ce n'est pas une monnaie courante (currency) qui serve de moyen de paiement dans la vie de tous les jours ; il réserve cette fonction au dollar et à ses dérivés. C'est, en revanche, à la fois un genre de marchandise, un type de propriété, une forme d'énergie et, surtout, une sorte de capital. Il pense que le bitcoin constitue du capital numérique voué à générer un revenu qui ressemble à un intérêt, issu de son appréciation en prix qu'il estime être de 29 % par an, et ceci pour toujours.

Réplique emblématique de Michael Saylor à Laura Shin : « Ça va monter pour toujours, Laura… » (source : Youtube)

Selon lui, l'achat de bitcoins est un jeu à somme positive contrairement aux jeux d'argent : « Bitcoin est le seul jeu du casino où l'on peut tous gagner. » De cette manière, une baisse est un contretemps, voire même une opportunité. Dans son esprit, la volatilité est en effet un signe de vitalité ; plus encore, c'est « un cadeau fait aux fidèles ».

Cette conviction presque mécanique dans la rente perpétuelle issue du bitcoin l'amène logiquement à préconiser non seulement d'en acheter, mais aussi d'emprunter de l'argent pour en acheter. Il le dit clairement :

« Ce qu'on veut, c'est emprunter de l'argent pour une durée de 10 ans ou plus, et on aimerait obtenir un taux d'intérêt inférieur à 10 %. […] Si on a eu l'intelligence de contracter un crédit immobilier sur 30 ou 20 ans à 3 ou 4 % pour acheter du bitcoin, on est un génie de la finance. Ce n'est pas compliqué : on échange un coût du capital de 3 ou 4 % contre un rendement de 29 % sur ce capital. »

Saylor considère que l'invention de Bitcoin a ouvert une brèche dans le système financier traditionnel. Par l'intermédiaire de l'effet de levier, n'importe qui peut ainsi profiter des avantages de l'ancien monde reposant sur la monnaie fiat et le crédit, tout en ayant un pied dans le nouveau monde reposant sur le « capital numérique ». Il s'agit de la thèse d'investissement derrière l'activité de MicroStrategy (renommée Strategy depuis lors), qui s'est endettée considérablement pour se construire un trésor en bitcoins représentant 55 milliards de dollars aujourd'hui.

Toutefois, cette conception du bitcoin comme capital est un sophisme économique. Peu importe combien de fois Saylor le répète, le bitcoin n'a rien d'un capital : c'est une monnaie de base. Sa première monétisation a certes provoqué une régulière croissance du prix (au rythme des différents halvings), mais le pouvoir d'achat du bitcoin n'a aucune raison d'augmenter comme il l'a fait par le passé. À terme, il se stabilisera, et seule la « déflation naturelle » persistera. Comme l'expliquait Satoshi Nakamoto à son époque :

« Les bitcoins ne rapportent aucun dividende et n'offrent aucune perspective de dividende futur ; ils ne s'apparentent donc pas à des actions. Ils ressemblent plus à des objets de collection ou à des marchandises. »

Michael Saylor est un homme insensé qui a bâti sa maison sur du sable, dont les fondations s'effondreront lorsque la tempête arrivera. Comme pendant la bulle Internet, il mise tout sur l'engouement suscité par son charisme ; une fois l'envoutement dissipé, la chute sera vertigineuse.

La conservation personnelle et confidentielle

Un autre élément de la mystique saylorienne est la position ambigüe entretenue à l'égard de la conservation personnelle (self-custody) et de la confidentialité (privacy). Saylor prétend respecter ces valeurs, mais dans les faits ne prend jamais leur parti : ni en paroles, ni en actes.

D'une part, il est naturellement partisan de l'intermédiation par les institutions financières. Son discours est le symptôme du retournement qui s'est lentement fait depuis la publication du livre blanc en 2008. Dans la première phrase du document fondateur, Satoshi Nakamoto résumait la raison d'être de Bitcoin à la possibilité pour les paiements en ligne « d'être envoyés directement d'une partie à l'autre sans passer par une institution financière ». Aujourd'hui, les grands financiers comme Michael Saylor et Larry Fink prônent une conservation par l'intermédiaire d'une institution, reléguant la conservation personnelle au second plan.

On peut supposer que Saylor est de bonne foi, croyant que Bitcoin ne peut plus être attaqué frontalement. Ainsi, lorsque la podcasteuse néozélandaise Madison Malone lui parle de la possibilité d'une confiscation des bitcoins par les autorités (comme l'Ordre exécutif 6102 l'avait fait pour l'or aux États-Unis en 1933), il qualifie cet argument de « mythe » et de « cliché » propagé par les « crypto-anarchistes paranoïaques ». De plus, il rejette la faute sur ces derniers jugeant qu'ils accroissent le risque de saisie par leur existence même, car ils « nient l'autorité de l'État », « refusent de payer des impôts » et « ne respectent pas les obligations déclaratives ». Il précise :

« En règle générale, le risque est plus élevé lorsqu'on considère que ceux qui détiennent l'actif sont des entités privées non règlementées. En revanche, quand ce sont des entités règlementées cotées en bourse comme BlackRock, Fidelity, JP Morgan et State Street Bank qui détiennent l'actif, […] il est impossible que l'intégralité des sénateurs et des députés saisissent les actifs de Fidelity, BlackRock ou Vanguard, car c'est là que sont placés tous leurs fonds de retraite. »

D'autre part, Michael Saylor s'oppose complètement à la confidentialité sur la chaine de Bitcoin, qui est pourtant un élément essentiel de la cryptomonnaie12, le réservant aux réseaux construits en surcouche. Il explique ainsi :

« Si Bitcoin consacrait toute son énergie à développer sa confidentialité et qu'il se faisait connaitre comme un réseau offrant l'anonymat le plus total, ça risquerait de lui être préjudiciable. En effet, il ne faudrait pas que l'État fédéral américain considère que Bitcoin offre une confidentialité totale : à ce moment-là, il deviendrait l'outil parfait pour le blanchiment d'argent, serait considéré comme un ennemi, et devrait être arrêté. […] Il n'y a aucune chance que cent mille milliards de dollars affluent dans le bitcoin si son utilisation va directement à l'encontre des intérêts d'un État qui y participe. On ne souhaite pas être aussi efficace. »

Saylor a confirmé cette position en 2024 en restant silencieux vis-à-vis de l'arrestation des fondateurs de Samourai Wallet par l'État fédéral américain. Ces derniers proposaient une solution de mélange de pièces, appelée Whirlpool, qui permettait aux utilisateurs d'accroitre la confidentialité de leurs bitcoins. Elle servait à des particuliers soucieux de leur vie privée, mais aussi (évidemment) à des criminels purs et simples. Les fondateurs de Samourai Wallet — par leur désobéissance informelle, puis par leur arrestation et leur condamnation — ont, en quelque sorte, été des martyrs de la liberté financière : ils ont témoigné qu'il était possible d'avoir une utilisation souveraine de Bitcoin.

Mais Saylor ne mange pas de ce pain-là. Il veut gagner au change, au sens le plus matérialiste du terme, ce qui implique de ne surtout pas se sacrifier. Lors de son discours inaugural au gala annuel de l'Atlas Society, il exprime nettement ne pas vouloir être un martyr, mais un gagnant. Ainsi, il ne fera probablement jamais d'effort pour favoriser cet aspect de Bitcoin pourtant essentiel.

L'essaim de frelons

Comme nous l'avons vu, Michael Saylor n'est pas avare de métaphores, et la mystique saylorienne regorge de ce fait d'images en tous genres. L'une des plus frappantes de ces images est celle de l'essaim de frelons cybernétiques, qu'il a longtemps mise en avant sur Twitter et qu'il a évoquée à plusieurs occasions. Elle lui est venue le 18 septembre 2020, à la suite d'une « révélation » à propos de Bitcoin. Il s'est alors précipité sur le réseau social pour écrire la phrase suivante :

« Bitcoin est un essaim de frelons cybernétiques au service de la déesse de la sagesse, se nourrissant du feu de la vérité, devenant exponentiellement plus intelligent, plus rapide et plus fort à l'abri d'une muraille d'énergie cryptée13. »

On peut croire qu'il rendait par là une sorte d'hommage poétique à Bitcoin et à sa communauté mais, comme il l'a ensuite expliqué, il était très sérieux. En effet, il ne voit pas cette image comme une « métaphore amusante » ; pour lui, « c'est littéralement un essaim de frelons cybernétiques qui ne cessent de gagner en puissance, qu'on ne peut pas éliminer, […] qui vont devenir de plus en plus intelligents, puissants et rapides », et qui « finiront par dévorer ceux qui tenteront de les arrêter ». C'est le système immunitaire du réseau, qui garantit son antifragilité :

« L'antifragilité de Bitcoin résulte donc du fait que tous les acteurs de l'écosystème ressentent pareillement la même douleur. Si le cours du bitcoin baisse, chaque détenteur de bitcoin le ressent. Si Bitcoin est piraté et tombe à zéro, chaque utilisateur de Bitcoin perd toute son énergie vitale. Nous formons une sorte de ruche, où nous sommes tous intimement liés les uns aux autres. Et lorsqu'une douleur est infligée, elle se propage très rapidement à travers tout l'écosystème. L'information circule à toute vitesse. »

Illustration générée par IA reprise par Michael Saylor pour illustrer son tweet sur les frelons cybernétiques (source : Atlas Hodl'd sur Twitter)

Cependant, cette métaphore interpelle quelque peu. L'image de l'essaim, qui symbolise le caractère inéluctable d'une force décentralisée, n'est pas vraiment rassurante, et sonne même comme une menace aux oreilles non averties. Saylor le sait : il connait la terreur qu'inspire cette image, qui est par ailleurs très ancienne14. Dans un podcast ultérieur, il affirme ainsi (dans une discussion sur la technologie militaire) que « ce qu'il y a de plus terrifiant » n'est pas « une créature qui nous attaque » ou encore « une armée », mais « un essaim de frelons bioniques ».

De plus, et c'est là un élément énigmatique, la métaphore de l'essaim de frelons avait déjà été utilisée en relation à Bitcoin par le passé, et ceci par nul autre que Satoshi Nakamoto lui-même ! En décembre 2010, ce dernier se désolait de l'attention que WikiLeaks avait attiré sur Bitcoin, estimant que Bitcoin n'était qu'une « petite communauté expérimentale encore naissante ». Dans son avant-dernier message public sur le forum, il écrivait :

« Il aurait été bon d'attirer cette attention dans un tout autre contexte. WikiLeaks a donné un coup de pied dans le nid de frelons, et l'essaim se dirige maintenant vers nous. »

Par l'essaim de frelons, il désignait l'ensemble de l'appareil institutionnel, constitué des responsables politiques, des représentants parlementaires, des magistrats, des chefs de police, des journalistes des grands médias, etc. Ainsi, il en avait une appréciation négative. Si Saylor vénère les frelons, Satoshi les craignait profondément. Et le fait que le premier ait inconsciemment répondu au second une décennie plus tard en dit long sur l'évolution de Bitcoin au cours de cette période.

« Bitcoin est destiné à tous »

L'implication dans Bitcoin des financiers de la Silicon Valley et de Wall Street à partir de 2013 a fait grincer des dents dans la communauté : pour un certain nombre de membres historiques, cette intrusion n'était pas de bonne augure, et allait faire perdre à la cryptomonnaie son caractère rebelle. D'où les réactions épidermiques qui s'en sont suivies. En juin 2018, par exemple, Cøbra (le gestionnaire du site Bitcoin.org) appelait sur Twitter à « repousser loin de Bitcoin ces porcs de capital-risqueurs étatistes venus de la Silicon Valley, de peur qu'ils en fassent un nouvel outil au service de l'élite mondialiste ». Toutefois, une part grandissante des bitcoineurs voyait dans cette ouverture une évolution naturelle et inéluctable du secteur, nécessaire pour que l'adoption de Bitcoin se diffuse au grand public. L'influenceur Vortex répondait ainsi à Cøbra :

« Bitcoin est un mouvement pacifique qui rendra la monnaie fiat obsolète ; il n'y a pas lieu de détester tous les capital-risqueurs, car beaucoup d'entre eux sont honnêtes. Bitcoin est destiné à tous ceux qui souhaitent l'utiliser, et pas seulement aux anarchistes. »

Cette idée s'est rapidement transformée en formule — « Bitcoin is for everyone », que nous traduisons ici par « Bitcoin est destiné à tous » — qui a servi à légitimer l'inclusion des financiers. De nombreux faiseurs d'opinion l'ont invoquée, dont entre autres StopAndDecrypt (alias Beautyon), Parker Lewis, Cory Klippsten et MrHodl15. Une expression apparentée est également apparue en 2018 sous la plume de Pierre Rochard pour signifier que le système est ouvert à tout le monde, y compris aux adversaires idéologiques et géopolitiques : « Bitcoin est destiné aux ennemis ».

L'idée a ensuite été reprise par Michael Saylor lui-même, qui a fait sienne la maxime « Bitcoin is for everyone » en l'utilisant comme titre de sa présentation à Bitcoin Atlantis en mars 2024. Il concluait son intervention par les paroles suivantes (qui lui ont valu une standing ovation du public) :

« La transformation numérique du capital, de l'énergie et de la propriété permet à chaque individu, chaque famille, chaque entreprise, chaque État et chaque mouvement de tirer le meilleur parti de sa situation et de réaliser ses plus grandes aspirations. […] Bitcoin est destiné à tous. »

Logo de l'association « Bitcoin is for Everyone » installée à Portland (source : bitcoinisforeveryone.com)

L'argument de l'ouverture se défend : il est vrai qu'on voit parfois d'un mauvais œil le fait que les personnes qu'on n'aime pas s'impliquent dans le même réseau que nous, et cet aspect a tendance à créer des tensions (comme en témoigne l'actuel conflit autour de l'inscription de données, ou bien le clivage gauche-droite dans la communauté francophone). En rappelant que Bitcoin s'adresse à tout le monde, on indique que le système ne fait pas de discrimination, malgré les animosités qui existent. On prend de la distance par rapport à nos propres affects.

Et pourtant, cet argument est un piège. Bitcoin est ce que les gens en font : les règles de consensus émanent de la communauté de personnes qui s'en servent. En accueillant de plus en plus d'institutionnels qui font passer le message que le bitcoin est titre financier numérique et qui poussent les nouveaux arrivants à passer par leur intermédiaire plutôt que de conserver leurs propres clés privées, on affaiblit Bitcoin. La formule « Bitcoin is for everyone » est instrumentalisée pour faire passer la pilule.

Ce n'est pas parce que tout un chacun peut participer qu'il faille pour autant accueillir tout le monde à bras ouverts. Quand un loup entre dans la bergerie, les moutons ne devraient-ils pas être méfiants16 ?

Or, dans ce contexte, Michael Saylor est bel et bien un loup. Il promeut une vision faussée de Bitcoin, le considérant comme du capital et non comme un intermédiaire d'échange. Il relègue la conservation personnelle au second plan, ne daignant même pas la mettre en place pour sa propre société. Il s'oppose frontalement à la confidentialité sur la chaine de blocs pourtant essentielle à la sécurité des utilisateurs. Il bloque consciemment tous les changements de protocole, pourtant nécessaires au développement de la programmabilité. Il appelle de ses vœux une règlementation financière stricte, à base de connaissance du client et de vérifications en tous genres. Tout ce qu'il dit et fait mène donc à la complète neutralisation de Bitcoin.

Saylor envoute les bitcoineurs en les faisant rêver. Il leur explique que Bitcoin va réussir à contaminer le système de l'intérieur tel un cheval de Troie, sans que l'adoption institutionnelle ne l'affecte en retour. Il prévoit que le prix va continuer encore et encore, et qu'il atteindra même 21 millions de dollars en 2046. Pour lui, Bitcoin a déjà gagné ; il ne reste plus qu'à faire confiance aux banques pour assurer sa croissance.

Par cette manière de fasciner son auditoire, Michael Saylor ressemble à s'y méprendre à Craig Wright, l'individu charismatique qui s'était fait passer pour Satoshi Nakamoto à partir de 2015 et qui avait réussi à créer un culte autour de sa propre version de Bitcoin (BSV). La mystique saylorienne rentre dans cette catégorie, à l'exception qu'elle est autrement plus subtile, et donc beaucoup plus efficace.

Une bonne leçon sur le compromis et la compromission

Voyant les ravages que fait le discours de Michael Saylor sur la façon dont les nouveaux arrivants perçoivent Bitcoin, on peut être tenté de rejeter la faute sur l'homme, qui n'hésite pas à utiliser son charme pour parvenir à ses fins. On pourrait aussi en imputer la responsabilité à ceux qui lui ont donné du crédit, à commencer par les podcasteurs américains et les organisateurs de conférences. Il serait également possible, selon un raisonnement moins manichéen, d'expliquer que le succès de la mystique saylorienne parmi les bitcoineurs est le symptôme d'une maladie qui s'est insinuée depuis longtemps au sein de la communauté : l'amour de l'argent. Mais cette dénonciation n'aurait probablement que peu d'influence sur le cours des choses. Les gens entendent ce qu'ils ont envie d'entendre, et seul un retour brutal à la réalité leur fait comprendre la vérité, comme toujours.

La diffusion du saylorisme dans Bitcoin est néanmoins une bonne illustration de la différence entre le compromis et la compromission. Les deux sont des formes de renonciation, mais se distinguent par leur esprit. Le compromis est, avant tout, un acte extérieur : il consiste à adapter nos exigences à celles des autres, faire des concessions dans le but d'arriver à un accord commun. La compromission est, quant à elle, une démission intérieure : elle implique de modifier nos convictions profondes, de revenir sur nos principes moraux, afin de soulager la dissonance cognitive qui résulte d'une inadéquation entre nos actions et nos valeurs.

L'histoire de Bitcoin est marquée par le compromis. Satoshi Nakamoto lui-même, pour qui Bitcoin était une façon de « conquérir un nouveau territoire de liberté » sur le plan politique, n'avait pas une attitude profondément hostile à l'autorité. Même s'il connaissait l'importance de la confidentialité, il a renoncé à présenter Bitcoin comme « monnaie numérique anonyme » pour ne pas rebuter le grand public ou fâcher le pouvoir en place. C'est dans le même esprit qu'il a confié les rênes du projet à Gavin Andresen, homme du compromis par excellence, qui aurait notamment une attitude très mesurée vis-à-vis de la place de marché du dark web Silk Road17.

Mais ce compromis a progressivement muté en compromission, dont Saylor est devenu l'incarnation la plus éclatante. Le débat sur la pertinence de la conservation personnelle n'aurait jamais pu avoir lieu à l'époque de Satoshi, la conservation par un tiers étant vue comme un pis-aller, « pour la petite monnaie ». Aujourd'hui, ce qui était vu comme un compromis est en train de devenir la normalité, avec les ETF indexés au bitcoin et les produits financiers de MicroStrategy.

Comment donc combattre la compromission ? Puisque le compromis est inévitable, il y a toujours une tentation de trahir nos principes pour accroitre notre confort mental. La seule manière de s'opposer à cette démission intérieure est ainsi de se souvenir, de nous rappeler pourquoi nous sommes là en premier lieu. Certes, notre position peut évoluer, mais elle n'a pas à être antithétique à tout ce que Bitcoin promettait.

« Ce dont nous avons besoin, c'est d'un système de paiement électronique basé sur des preuves cryptographiques plutôt que sur la confiance, qui permettrait à deux parties volontaires de réaliser directement des transactions entre elles sans avoir recours à un tiers de confiance. » — Satoshi Nakamoto


Notes

Cet article a été rédigé intégralement sans LLM, hormis les traductions qui ont été réalisées grâce à DeepL et dont certaines sont inspirées de celle de Jacques-Edouard Tiberghien pour Le Trésor de Michael Saylor(à paraitre). L'illustration a été produite avec GPT Image 1.5, sur la base d'une photographie de Michael Saylor prise par Jason Koerner en 2023.

  1. Anil Patel, The Treasury of Michael Saylor: How Bitcoin Powers Cultures, Corporations, and Countries in the 21st Century, Yaletown Press, septembre 2025. Cette compilation remaniée devrait prochainement faire l'objet d'une traduction chez Konsensus par Jacques-Édouard de la chaine BTC Touchpoint. ↩︎
  2. Il a en particulier une vision floue sur la menace quantique. En 2025, au micro de Jordan Peterson, il comparait Bitcoin aux autres protocoles que sont la langue anglaise et le système décimal, et affirmait que « si on dispose d'un programme informatique et qu'il devient vulnérable, il faut le mettre à niveau », sous-entendant que c'est le logiciel qu'il faudrait modifier en cas d'attaque quantique et pas le protocole lui-même. ↩︎
  3. À Prague en 2025, il prédisait par exemple que le prix unitaire du bitcoin serait de « 21 millions de dollars dans 21 ans ». ↩︎
  4. Dans la pièce d'Eschyle, Prométhée enchaîné, la titan énumère les bienfaits qu'il a apporté aux mortels : la charpente, l'astrologie, la mathématique, l'écriture, la domestication, le char à deux roues, la navigation maritime, la médecine, la divination, la métallurgie. Il conclut cette liste en disant : « En un mot, tous les arts, chez les humains, sont dus à Prométhée. » (vv. 505–506) Son châtiment est décrit par le dieu Héphaïstos qui, mandaté par Zeus, se charge d'exécuter la peine : « Fils trop entreprenant de la sage Thémis, malgré moi, malgré toi, je vais t'attacher, avec des chaînes d'airain que rien ne pourra briser, sur ce mont inhabité, où tu n'entendras la voix, ni ne verras le visage d'aucun mortel ; où, brûlé lentement par les rayons ardents du soleil, ton corps brunira. Là, toujours trop tard à ton gré, la nuit parsemée d'étoiles obscurcira le jour, et trop tard le soleil séchera la rosée du matin ; car la douleur du mal présent t'accablera sans cesse, et ton libérateur n'est pas né. » (vv. 18–27) Traduction de François-Jean-Gabriel de La Porte du Theil. ↩︎
  5. Dans la nouvelle Anthem : Hymne (1938), qui se déroule dans un monde futuriste où l'individualité a disparu pour laisser la place au groupe et où les gens n'ont plus de nom distinctif, le héros (immatriculé « Égalité 7-2521 ») finit par prendre le nom « Prométhée ». ↩︎
  6. L'Atlas Society est une organisation à but non lucratif, qui promeut la philosophie d'Ayn Rand aux États-Unis. ↩︎
  7. Les Enfants de Mathusalem (1941), qui dépeint des personnages ayant acquis une longévité par l'eugénisme et qui sont persécutés pour cette raison, constitue en quelque sorte une apologie du transhumanisme par exemple. ↩︎
  8. En anglais : There Ain't No Such Thing As A Free Lunch (TANSTAAFL). ↩︎
  9. Dans l'entrevue citée, Saylor dit clairement qu'« il n'existe pas de monnaie numérique » hormis le bitcoin et que le dollar et l'euro « forment du crédit et […] ne sont pas adossés à de l'énergie ». Pourtant, la monnaie numérique émise par les banques centrales et détenue en réserve par les banques commerciales constitue bel et bien de la monnaie de base strictement numérique, n'étant pas basée sur une relation de crédit. Le système des taux directeurs tente de reproduire le mécanisme en imposant des « taux d'intérêt » sur la monnaie nouvellement produite, mais il s'agit d'un dispositif de régulation de la création monétaire, pas d'une créance quelconque. ↩︎
  10. Cette vision rappelle un peu l'argumentaire développé par Pierre Noizat dans son ouvrage L'Énergie, face cachée de la monnaie, publié chez Konsensus en 2024. ↩︎
  11. L'hypothèse de la Reine rouge tire son nom d'un épisode du deuxième volet d'Alice au pays des merveilles, dans lequel Alice et le personnage de la Reine rouge se mettent à faire la course, et où Alice remarque que les objets qui les entourent ne bougent pas. La Reine rouge lui explique alors que la physique du Pays du miroir n'est pas la même : « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu'on peut pour rester au même endroit. Si on veut aller ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça ! » (Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir (1871), traduction libre) Cette dernière citation a très judicieusement été incorporée par Anil Patel dans son anthologie des dires de Saylor. ↩︎
  12. La confidentialité, décrite dans la section 10 du livre blanc, est indissociable d'une conservation personnelle sereine. La liaison d'une adresse à l'identité de son propriétaire facilite non seulement l'application des règlementations et la perception des taxes par l'État, mais aussi le vol par les criminels communs, comme la vague de séquestrations de 2025–2026 en France l'a amplement démontré. ↩︎
  13. Ce tweet est longtemps resté épinglé sur son profil, jusqu'à être remplacé en avril 2026. ↩︎
  14. « Je sèmerai devant toi ma terreur, je jetterai la confusion chez tous les peuples où tu pénétreras, et je ferai détaler tous tes ennemis. J'enverrai devant toi des frelons qui chasseront les Hivvites, les Cananéens et les Hittites devant toi. » — Ex 23:27–28. On peut aussi penser à l'infestation des moustiques, à l'envahissement par les taons ou aux nuées de sauterelles qui font partie des 10 plaies d'Égypte. ↩︎
  15. La formule a aussi été utilisée comme titre d'un livre écrit par la podcasteuse Natalie Brunell en 2025. ↩︎
  16. « Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? Ou des figues sur des chardons ? » — Mt 7:15–16. ↩︎
  17. Sans être favorable à Silk Road, Gavin Andresen a défendu l'utilisation anonyme de Bitcoin. En juin 2011, à la suite de l'intervention du sénateur Chuck Schumer accusant la cryptomonnaie de faciliter le blanchiment d'argent et le trafic de drogue, il écrivait sur son blog : « Personne ne peut contrôler ce qui est acheté avec les bitcoins, tout comme ma banque locale ne peut contrôler ce que je fais des espèces que je retire du distributeur de billets. » Cette attitude diffère d'une part de la démarche anarchiste d'un Amir Taaki, qui défendait bec et ongles l'usage de Bitcoin par WikiLeaks et par Silk Road, et d'autre part de la posture collaborationniste d'un Jeff Garzik, qui expliquait qu'il était « tout à fait stupide de tenter d'effectuer des transactions illicites importantes avec des bitcoins ». ↩︎
☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

Le succès du saylorisme et la corruption de Bitcoin

By: Ludovic Lars

Étant impliqué dans le secteur de la cryptomonnaie depuis longtemps, j'ai assisté en 2020 à l'arrivée d'un personnage singulier sur les devants de la scène : Michael Saylor, le PDG de la société MicroStrategy. Je l'ai vu acheter du bitcoin de manière frénétique avec son entreprise, accumulant près de 850 000 unités en l'espace de six ans, soit 55 milliards de dollars aujourd'hui. J'ai observé son influence croitre au sein de la communauté de Bitcoin, auprès de mes camarades et parmi les nouveaux arrivants, ainsi que dans les médias américains et sur les réseaux sociaux.

Mais ce succès ne m'enchantait guère : même si je ne l'écoutais que d'une oreille, j'ai rapidement remarqué que le discours de Michael Saylor s'opposait aux valeurs fondamentales de Bitcoin. Ainsi, sa popularité parmi les bitcoineurs n'était pas tant le signe d'une réussite auprès des hautes sphères financières, mais bien plutôt le symptôme d'une corruption avancée de Bitcoin. D'où l'idée, dans ce diptyque, de revenir sur les origines et les arguments de la doctrine saylorienne.

Michael Saylor et les débuts de MicroStrategy

Michael J. Saylor est né en 1965 dans le Nebraska, au cœur des Grandes Plaines américaines. Son père était sergent-chef dans l'armée de l'air, si bien que sa famille a été contrainte de beaucoup déménager durant son enfance. En 1983, à l'âge de 18 ans, il a intégré le MIT grâce à une bourse militaire, où il a étudié l'ingénierie aéronautique et spatiale et l'histoire des sciences. Il souhaitait devenir pilote de ligne ou astronaute, mais en a été empêché par un problème de santé bénin.

Une fois diplômé, il a occupé un poste de consultant dans un cabinet de conseil, puis a travaillé chez le groupe industriel DuPont. Il y a acquis une expertise en simulation informatique et en prévision économique. C'est ce qui l'a amené à cofonder MicroStrategy avec un camarade du MIT en 1989, alors qu'il n'avait que 24 ans : une société d'informatique décisionnelle qui se spécialisait dans le développement d'un logiciel permettant aux entreprises clientes d'utiliser leurs données pour obtenir des informations sur leurs activités.

MicroStrategy a largement bénéficié de la bulle Internet qui a marqué la fin du millénaire. La société a ainsi été introduite en bourse en juin 1998, et le cours de l'action (MSTR) a explosé à la hausse un an après, étant multiplié par plus de 28 par rapport au prix de l'offre initiale. En mars 2000, au sommet, la capitalisation de la firme atteignait près de 12 milliards de dollars, ce qui faisait de Michael Saylor un milliardaire sur le papier. Il était alors plébiscité par la presse techno-économique comme un entrepreneur hors pair1.

Cours de l'action MSTR, ajusté pour tenir compte des fractionnements (source : Jesse Colombo sur Twitter)

Toutefois, cette réputation dorée s'est ternie assez rapidement. Le lundi 20 mars 2000, à l'issue d'un examen de ses pratiques comptables par PwC, MicroStrategy a annoncé qu'elle allait réviser les résultats financiers des années précédentes2. Cette nouvelle a déclenché une chute brutale du cours dans la journée, l'action perdant près de 62 % de sa valeur en une seule séance boursière. Le lendemain, l'affaire a fait les gros titres, étant relatée dans le New York Times et dans le Washington Post). Les médias insistaient alors sur le fait que la fortune de Michael Saylor avait diminué de 6 milliards de dollars en une seule matinée !

Page de une du New York Daily News du 21 mars 2000 (source : Fortune)

Le 23 mars, le journaliste de gauche David Plotz a réalisé un portrait à charge du PDG pour Slate. Saylor y était appelé « le gourou de MicroStrategy ». Il était décrit comme la fusion de Bill Gates et Steve Jobs : constituant à la fois « un geek froid et intimidant » à l'instar du fondateur de Microsoft, et « un orateur envoûtant » tel le directeur emblématique d'Apple. Pour Plotz, Saylor était un homme obsédé par le fait de « changer le monde », se comparant aux grands inventeurs et industriels américains comme Edison, Ford, Carnegie et Rockefeller : une « star », un « philosophe roi », un « visionnaire ». Le journaliste ajoutait :

« Son intensité et son zèle sont éblouissants. Il fascine les gens. Les grandes idées de Saylor sont tout à fait crédibles, mais elles n'ont rien de nouveau ; on les a déjà lues une dizaine de fois dans Wired. Qu'importe : grâce à son Champ de distorsion de la réalité, Saylor a transformé MicroStrategy, une entreprise respectable spécialisée dans l'exploration de données, en une sorte de "mégacorporation". »

L'éclatement de la bulle Internet a conduit Michael Saylor à subir une longue traversée du désert. Les krachs boursiers se sont enchainés pendant deux ans. Le cours de l'action a lourdement chuté, atteignant en juillet 2002 un point bas correspondant à une division par 20 du prix (-95 %) par rapport à l'entrée en bourse. Mais le navire, avec Saylor à la barre, s'en est sorti.

Le retour et l'adoption de Bitcoin

Au début des années 2010, Michael Saylor a pressenti l'avènement de la dématérialisation et du cloud. En 2012, il a écrit un livre intitulé The Mobile Wave, dans lequel il expliquait comment l'utilisation des appareils mobiles (ordinateurs, téléphones, liseuses, consoles, etc.) allait influencer le commerce, la santé, l'éducation et les pays en voie de développement. Le succès du smartphone, le téléphone multifonction tactile inauguré par la sortie de l'iPhone en 2007, en était une des manifestations les plus évidentes. Dans son livre, Saylor mettait en avant l'importance des réseaux. Il confierait la chose suivante dans un podcast en 2021 :

« Lorsque j'ai écrit The Mobile Wave, j'ai observé que les réseaux informatiques dématérialisaient tout dans le monde : la monnaie, l'identité ; et tout ce qui tient dans la main : l'appareil photo, la caméra, le magnétophone, le magnétoscope. »

Il appliquerait plus tard cette analyse à Bitcoin, mais il n'était alors pas encore convaincu par l'invention de Satoshi Nakamoto. Il a ainsi dénigré publiquement la cryptomonnaie en 2013, lui prédisant « le même sort que le jeu d'argent en ligne », c'est-à-dire un arrêt décrété par les autorités3.

En 2020, un évènement lui a cependant fait changer d'avis à ce sujet : la pandémie de covid-19. En mars, alors que les mesures de confinement se multipliaient autour du monde et que l'économie s'écroulait en conséquence, Michael Saylor a refusé de fermer les bureaux de son entreprise en l'absence d'une injonction légale et a justifié ce choix au sein d'un long mémorandum distribué par courriel à ses employés. Dans celui-ci (qui avait fuité sur Reddit et dans la presse), il éclaircissait sa position vis-à-vis du coronavirus, et écrivait en particulier : « adopter la notion de distanciation sociale et d'hibernation économique nous prive de notre âme et nous affaiblit ».

À partir du mois d'avril, les banques centrales ont recouru à des plans de relance massifs via émission monétaire, laissant présager le retour d'une forte inflation. Saylor s'est alors demandé comment préserver la valeur de ses liquidités en trésorerie. Influencé par son ami Eric Weiss, il a lu L'Étalon-bitcoin de Saifedean Ammous, et a alors envisagé d'acheter du bitcoin. Lors d'une conférence téléphonique ayant eu lieu le 28 juillet 2020, il a expliqué aux actionnaires de MicroStrategy pourquoi la société avait besoin de « maintenir une assise financière solide » et devait investir ses réserves dans des actifs complémentaires, notamment « des actions, des obligations, des matières premières telles que l'or, des actifs numériques comme le bitcoin ». Le 11 août, cette décision est devenue officielle : la société a annoncé adopter le bitcoin comme « principal actif de réserve pour sa trésorerie » et en avoir acheté 21 454 pour 250 millions de dollars.

L'accueil par la communauté

Cette nouvelle a réjoui un certain nombre de bitcoineurs, qui y voyaient les prémices d'un phénomène d'adoption massive par les sociétés cotées en bourse. Par la suite, Michael Saylor est intervenu dans de multiples podcasts consacrés à Bitcoin ou aux cryptomonnaies : il a discuté avec Anthony Pompliano et Stephane Livera en septembre, a participé à l'émission What Bitcoin Did de Peter McCormack en octobre, a parlé avec John Vallis et Robert Breedlove en novembre, est passé chez Preston Pysh en décembre, et enfin chez Laura Shin, Unchained en janvier 2021. Il s'est intégré à la culture de Bitcoin en adoptant ses codes, notamment en affichant les fameux yeux laser sur son profil Twitter en avril 2021. Au cours de l'année, il a été choisi par Saifedean Ammous pour écrire une nouvelle préface pour L'Étalon-bitcoin, en lieu et place de Nassim Taleb, désavoué pour ses positions alarmistes sur le covid.

Photo de profil de Michael Saylor depuis 20214 (source : Twitter)

Peu à peu, Michael Saylor est ainsi devenu un relai d'opinion majeur au sein de la communauté. On l'a invité à intervenir dans les grandes conférences consacrées à Bitcoin, que ce soit aux États-Unis (avec Bitcoin Miami dès 2021) ou en Europe (notamment avec BTC Prague en 2023). Il attirait du public et se faisait acclamer par la foule, comme par exemple durant l'évènement Bitcoin Atlantis à Madère. En outre, Saylor a rapidement acquis le statut de porte-parole de Bitcoin hors du cercle restreint des maximalistes, participant à des podcasts à large audience tels que celui de Lex Fridman en 2022, ou l'émission de Jordan Peterson en 2025.

Michael Saylor devant la foule à Nashville en 2024 (source : Youtube)

Son entreprise MicroStrategy a été un acheteur majeur de bitcoins, contribuant à l'explosion à la hausse du cours. En l'espace de six ans, elle a ainsi accumulé 843 775 bitcoins à un prix moyen de 75 653 $ (d'après les chiffres du 21 juillet 2026). Pour ce faire, elle a largement recouru à l'effet de levier en contractant de la dette, ce qui a inspiré le phénomène des Bitcoin Treasury Companies. Mais surtout, elle a ouvert la voie aux institutions financières, ce qui a facilité l'acceptation des ETF en 2024.

Aujourd'hui, l'influence de Saylor est de grande envergure. Ses tweets, ses entrevues et ses discours touchent une audience massive, dont les vues se comptent en centaines de milliers quand ce n'est pas en millions. Les médias spécialisés parlent de lui en permanence, voyant que la simple évocation de son nom capte l'attention de l'internaute. Saylor séduit en particulier le public jeune, qui voit en lui un modèle de réussite à l'instar d'un Warren Buffet ou d'un Elon Musk. Ses paroles sont reprises dans des formats courts percutants, et ont même fait l'objet de morceaux de meaningwave que sont les « cryptoméditations » disponibles sur Youtube.

Le danger de la doctrine saylorienne

Michael Saylor dispose donc d'un charme évident qui fascine les foules. Son discours est souvent très bien ficelé, et constitue du miel pour les oreilles de ses adeptes. Cependant, cette harmonie apparente cache une réalité bien plus sombre.

Michael Saylor reste avant tout un financier. Quiconque sait écouter attentivement remarquera ainsi que son discours rentre régulièrement en contradiction avec la proposition de valeur centrale de Bitcoin, à savoir le fait d'être propriétaire de son argent sans que personne ne puisse nous le prendre. En effet, le PDG de MicroStrategy se soumet volontiers à toutes les règlementations du secteur, et approuve pleinement les pratiques de surveillance financière comme la connaissance du client. Il met un point d'honneur à rejeter l'utilisation du bitcoin comme moyen d'échange direct, réservant ce rôle au dollar qui a cours légal. Il relègue ainsi la création de Satoshi Nakamoto à une fonction d'actif financier. Il ne trouve aucun inconvénient à la conservation par un dépositaire, qualifiant ceux qui le font de « crypto-anarchistes paranoïaques », alors même que la raison d'être de la cryptomonnaie est la désintermédiation.

Il peut ainsi sembler étrange que quelqu'un d'aussi hostile aux valeurs fondamentales de Bitcoin ait réussi à en devenir une égérie. Mais ce paradoxe s'explique assez facilement : il s'agit d'un cas pur et simple de corruption, c'est-à-dire d'une renonciation à une valeur morale en l'échange d'une valeur pécuniaire. Beaucoup d'entre nous avons laissé faire le mouvement en appliquant la politique de l'autruche, car l'arrivée de Saylor et des financiers augmentaient le pouvoir d'achat de nos bitcoins. En effet, non seulement ils s'en procuraient par centaines, mais ils apportaient aussi une certaine légitimité, accroissant le nombre de personnes susceptibles d'en acquérir. En un sens, nous croyions que nous les laissions acheter notre monnaie, alors que c'est notre silence qu'ils achetaient.

Le discours de Saylor a ainsi proliféré parmi les utilisateurs de Bitcoin, rendant les remontrances des puristes incroyablement marginales. Aujourd'hui par exemple, l'adage « pas vos clés, pas vos bitcoins » d'Andreas Antonopoulos n'est plus accueilli avec le même enthousiasme, les gens remettant en cause le principe même de la conservation personnelle. C'est pour cette raison que nous allons revenir en détail, dans un second article, sur les éléments qui composent la doctrine saylorienne. Pour ceux qui viendront après.


Notes

Cet article a été rédigé intégralement sans LLM, hormis les traductions qui ont été réalisées grâce à DeepL. L'illustration a été produite avec GPT Image 1.5.

  1. Michael Saylor a été nommé « Entrepreneur de l'année dans le secteur des hautes technologies » par KPMG Washington en 1996 et « Entrepreneur de l'année dans le secteur des logiciels » par Ernst & Young en 1997. Il était présenté comme l'un des 10 meilleurs entrepreneurs de 1998 par le magazine Red Herring. Il faisait partie de la liste des « inventeurs de moins de 35 ans » du MIT Technology Review en 1999. ↩︎
  2. La société a été poursuivie par la SEC, et ses dirigeants ont été condamnés à payer chacun une amende de 350 000 $. ↩︎
  3. Le jeu d'argent en ligne aux États-Unis a énormément souffert de l'application de l'Unlawful Internet Gambling Enforcement Act, loi adoptée en 2006 qui interdisait aux banques de valider les virements à destination des plateformes du domaine. En particulier, le poker en ligne en a subi les conséquences le vendredi 15 avril 2011 lorsque les trois principaux sites consacrés à ce jeu (PokerStars, Full Tilt Poker et Absolute Poker) ont été fermés par le FBI. ↩︎
  4. On remarquera l'auréole dorée derrière lui, habituellement réservée aux saints dans la tradition chrétienne. ↩︎
☐ ☆ ✇ Journal du Coin

Bitcoin à 63 500 $ : Le crash coréen contamine la crypto

By: Le Journal Du Coin

Séoul donne le ton. Le KOSPI a plongé de 10,5 % mardi, emporté par la déroute des valeurs technologiques, tandis que le Nikkei abandonnait environ 4 %. Cette correction asiatique gagne les autres actifs risqués : les contrats à terme américains reculent et le bitcoin retombe autour de 63 200 dollars. La baisse a également déclenché près de 690 millions de dollars de liquidations sur le marché crypto. À quelques heures de la décision de la Réserve fédérale, la prudence domine.

Points clés

  • Le KOSPI a chuté de 10,5 %, Samsung Electronics et SK Hynix abandonnant environ 12 %.
  • Les futures du Nasdaq 100 reculent d’environ 1 %.
  • Le bitcoin évolue autour de 63 200 dollars, en baisse de près de 3 % sur 24 heures.
  • Près de 690 millions de dollars de positions crypto ont été liquidés, principalement des paris haussiers.
  • La Fed rendra sa décision mercredi, avant les résultats de Strategy jeudi.

Offre exclusive JDC : jusqu'au 31 juillet 2026, ouvrez votre compte Finst et recevez 50 € en Bitcoin !
<strong>Créer un compte Finst en 5 minutes</strong>
Créer un compte Finst en 5 minutes
Lien commercial

Séoul décroche, Wall Street retient son souffle avant la Fed

La Bourse de Séoul a connu une séance noire. Le KOSPI a terminé à 6 051,19 points, en baisse de 10,5 %, après le déclenchement de mécanismes destinés à ralentir les échanges. Samsung Electronics a perdu 12 %, tandis que SK Hynix a reculé de 12,7 %.

Cette déroute reflète les inquiétudes croissantes entourant les dépenses consacrées à l’intelligence artificielle et la montée en puissance des fabricants chinois de semi-conducteurs. Le mouvement s’est propagé au Japon, où le Nikkei 225 a abandonné environ 4 %. Le Shanghai Composite a reculé d’environ 1 %, tandis que le Hang Seng est resté proche de l’équilibre.

Aux États-Unis, les contrats à terme signalent une ouverture prudente. Le Dow Jones résiste, mais le S&P 500 cède autour de 0,3 % et le Nasdaq 100 environ 1 %. Les investisseurs attendent surtout la décision de la Fed mercredi. Les taux sont actuellement maintenus entre 3,50 % et 3,75 % et le statu quo demeure le scénario privilégié, même si le risque d’un nouveau resserrement a augmenté.

Le KOSPI a plongé de 10,5 % mardi, emporté par la déroute des valeurs technologiques, tandis que le Nikkei abandonnait environ 4 %. Cette correction asiatique gagne les autres actifs risqués : les contrats à terme américains reculent et le bitcoin retombe autour de 63 200 dollars. La baisse a également déclenché près de 690 millions de dollars de liquidations sur le marché crypto. À quelques heures de la décision de la Réserve fédérale, la prudence domine.
Bitcoin a chuté sous les 64 000 dollars cette nuit suite au déccrochage des marchés asiatiques – Source : CoinmarketCap by JDC

Bitcoin à 63 200 dollars : 690 millions liquidés

Le bitcoin a suivi le mouvement de retrait du risque, mais dans des proportions plus contenues que les actions technologiques asiatiques. Le BTC évolue autour de 63 200 dollars, en baisse de près de 3 % sur 24 heures. Ethereum recule vers 1 875 dollars, Solana glisse autour de 73 dollars et XRP revient près de 1,05 dollar.

La chute du bitcoin depuis plus de 65 000 dollars a cependant provoqué une cascade de liquidations. Selon CoinGlass, entre 680 et 690 millions de dollars de positions crypto ont été fermées de force sur 24 heures, principalement des positions longues utilisant un effet de levier. Le bitcoin concentre environ 100 à 130 millions de dollars de liquidations, contre 80 à 100 millions pour Ethereum.

La vague principale s’est produite pendant la baisse nocturne, avec près de 100 millions de dollars liquidés en une heure lorsque le BTC est repassé sous 64 000 dollars. Le marché se stabilise désormais autour de 63 000 dollars, mais un intérêt ouvert encore élevé laisse planer le risque de nouvelles liquidations.

Le marché se stabilise désormais autour de 63 000 dollars, mais l’intérêt ouvert reste suffisamment élevé pour provoquer de nouvelles liquidations en cascade. La décision de la Fed mercredi, puis les résultats trimestriels de Strategy jeudi, permettront de savoir si cette baisse constitue une simple purge du levier ou le début d’une correction plus profonde.

Tradez plus de 300 cryptomonnaies en toute confiance grâce à une plateforme régulée, transparente et aux frais imbattables en France. Recevez 50 € en Bitcoin pour toute nouvelle inscription !
<strong>Rejoindre Finst</strong>
Rejoindre Finst
Lien commercial




L’article Bitcoin à 63 500 $ : Le crash coréen contamine la crypto est apparu en premier sur Journal du Coin.

☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

La limite des 21 millions n’était pas le but originel de Bitcoin

By: Ludovic Lars

Lorsqu'une personne se renseigne à propos de Bitcoin, il faut peu de temps pour qu'elle apprenne que sa mise en circulation est réduite au cours du temps et que la quantité finale est plafonnée à 21 millions d'unités. Il lui est ensuite suggéré que si son utilisation croit, alors la rareté absolue des bitcoins fera que leur valeur explosera à la hausse. C'est cette logique spéculative qui a mené le prix du bitcoin à passer de 0,001 $ à 126 000 $ en moins de 20 ans.

Cependant, la limite emblématique des 21 millions, aujourd'hui mise à l'honneur par les vendeurs de rêve, ne constituait pas l'objectif principal du système de Nakamoto, et a été secondaire au cours de sa conception ; elle a longtemps été considérée comme un moyen de rendre le bitcoin attractif, et pas comme une fin en soi. La preuve la plus éclatante de ce fait est qu'à l'origine, Bitcoin a été conçu pour avoir une création monétaire constante. Satoshi Nakamoto n'a en effet ajouté les halvings et le plafond d'émission qu'après la publication du livre blanc.

À l'heure où la mystique saylorienne domine, où les ETF se multiplient, et où l'État le plus puissant de la planète constitue une réserve stratégique de bitcoins, il semble essentiel de rappeler que le but originel de Bitcoin était bien plus noble qu'attirer toute la cupidité du monde.

Les deux livres blancs

Le 31 octobre 2008, Satoshi Nakamoto inaugure sa découverte en envoyant le livre blanc de Bitcoin, intitulé Bitcoin : Un système d'argent liquide électronique pair à pair, à la liste de diffusion de courrier électronique de Metdowd.com dédiée à la cryptographie. Ce document n'est cependant pas la seule version qui existe, et il en publiera une autre, mise à jour, le 24 mars 2009, qui est hébergée sur Bitcoin.org et à laquelle nous faisons généralement référence aujourd'hui. Le premier livre blanc diffère ainsi légèrement du second.

En particulier, dans ce premier document, Satoshi ne fait pas mention des « frais de transaction » ou d'un « nombre prédéterminé d'unités », comme il fera plus tard. Pour récompenser les mineurs qui assurent le traitement des paiements, il prévoit une émission de monnaie constante, vraisemblablement de 100 bitcoins toutes les 15 minutes1. Dans le livre blanc, il écrit :

« L'ajout régulier d'une quantité constante de nouvelles unités s'apparente à l'action des mineurs d'or qui dépensent des ressources pour mettre de l'or en circulation. »

Il justifie ainsi le choix d'une « inflation naturelle » en comparant le bitcoin à l'or, qui a toujours connu une certaine création monétaire tout en conservant son pouvoir d'achat2. Avec une quantité constante de nouveaux bitcoins, le taux d'émission annuelle devrait diminuer au cours du temps : il passerait sous les 5 % après 20 ans, et sous les 2 % au bout de 50 ans. Outre la phrase du livre blanc, Satoshi précisera dans un courriel privé quelque jours plus tard :

« L'offre d'or augmente d'environ 2 à 3 % par an.  N'importe quelle monnaie fiat affiche généralement un taux d'inflation supérieur. »

La discussion avec Ray Dillinger

En novembre 2008, Satoshi discute de Bitcoin avec les membres de la liste. Il échange notamment avec Ray Dillinger, consultant indépendant dans les nouvelles technologies, qui s'intéresse aux protocoles de monnaie numérique. Dans un courriel envoyé dans la soirée du 5 novembre (PST), il reproche au bitcoin son « absence de valeur intrinsèque », ne comprenant pas bien qu'il s'agit d'une politique monétaire définie, contrôlée par un algorithme d'ajustement de la difficulté. Pour lui, tout le monde peut créer de nouvelles unités à l'infini (comme dans système RPOW de Hal Finney), ce qui réduit considérablement la valeur de la monnaie. Il conclut faussement que la monnaie « présente une inflation d'environ 35 %, puisque c'est le taux annuel d'amélioration de la performance informatique ». Satoshi en discute en privé avec lui, avant de le corriger publiquement le 8 novembre :

« La difficulté augmente proportionnellement afin de maintenir constante la production supplémentaire totale.  On sait donc à l'avance combien de nouveaux bitcoins seront créés au cours des années futures.

La production de nouvelles unités implique une augmentation planifiée de la masse monétaire, mais celle-ci n'entraîne pas nécessairement de l'inflation.  Si la quantité de monnaie augmente au même rythme que le nombre de personnes qui l'utilisent, les prix resteront stables.  Si elle n'augmente pas aussi vite que la demande, il y aura de la déflation et les premiers détenteurs de la monnaie verront sa valeur augmenter.

Les unités doivent être distribuées d'une manière ou d'une autre au départ, et un taux constant semble être la meilleure méthode. »

Satoshi confirmera l'existence de ce modèle initial à Martti Malmi en mai 2009 dans un courriel incluant son débat en privé avec Ray :

« Cette discussion sur l'inflation a eu lieu avant la mise en place du mécanisme de frais de transaction et du programme fixe des 21 millions d'unités ; elle n'est donc peut-être plus tout à fait d'actualité. »

Toutefois, ce modèle s'avère défectueux, ce que ne manque pas de lui faire remarquer le premier détracteur de Bitcoin : James A. Donald.

L'échange avec James A. Donald

James A. Donald est un cypherpunk anonyme qui est le premier à avoir répondu publiquement à Satoshi, le 2 novembre, pour reprocher à Bitcoin sa faible capacité à passer à l'échelle. Les deux hommes échangent longuement sur la liste. Ce sont les remarques du cypherpunk sur le système incitatif de Bitcoin qui vont pousser Satoshi à revoir sa politique monétaire et à intégrer des frais de transaction.

Dans la nuit du 8 au 9 novembre, James A. Donald blâme ainsi l'émission monétaire constante choisie par Satoshi pour inciter les mineurs à assurer le traitement des transactions. Il nuance néanmoins son propos en ajoutant que c'est mieux que les monnaies classiques sujettes aux aléas de la politique :

« Cette proposition ne peut pas être mise en œuvre, car dans le système proposé, le travail de suivi de la propriété des unités est financé par le seigneuriage, ce qui nécessite de l'inflation.

Ce n'est pas un défaut insurmontable : une inflation prévisible est moins choquante qu'une inflation qui est traficotée de temps en temps pour transférer les richesses d'un groupe électoral à un autre. »

Dans la journée du 9, James A. Donald émet un nouvelle critique, cette fois-ci sur le fait qu'un mineur n'est pas incité à inclure des transactions dans un bloc :

« Cette solution […] ne résout pas celui de l'enregistrement des dépenses. Si un nœud ignore toutes les dépenses sans importance pour lui, il n'en subit aucune conséquence négative. »

Satoshi a alors l'idée d'ajouter un mécanisme des frais de transaction, qui aurait l'avantage de résoudre les deux problèmes. Dans la soirée du 9 novembre, répondant à James A. Donald, il décrit ce mécanisme comme suit :

« Si tu as des difficultés avec la question de l'inflation, il est facile d'ajuster le système pour qu'il fonctionne avec des frais de transaction.  C'est très simple : il suffit que la valeur en sortie de toute transaction soit inférieure de 1 centime à la valeur en entrée.  Soit le logiciel client construit automatiquement des transactions ayant un montant supérieur de 1 centime à la valeur de paiement prévue, soit ce montant est prélevé du côté du bénéficiaire.  La récompense obtenue lorsqu'un nœud trouve une preuve de travail pour un bloc correspondrait au total des frais contenus dans ce bloc. »

Le lendemain, Satoshi ajoute :

« Grâce au système de récompense basé sur les frais de transaction que j'ai récemment présenté, les nœuds seraient incités à inclure toutes les transactions payantes qu'ils reçoivent. »

Le code de novembre 2008

À la suite de sa discussion avec James A. Donald, Satoshi Nakamoto décide de mettre en œuvre le mécanisme des frais de transaction au sein de son modèle. Il fait également diminuer la création monétaire au cours du temps, de façon à limiter la quantité à un montant prédéfini. Le 14 novembre, dans une réponse à Ray Dillinger, il écrit :

« Il y aura des frais de transaction, ce qui incitera les nœuds à recevoir et à inclure autant de transactions que possible.  Les nœuds finiront par être rémunérés uniquement par ces frais lorsque le nombre total d'unités créées atteindra le plafond prédéterminé. »

Le 16 novembre, il partage le code logiciel de Bitcoin avec certains membres de la liste, dont Ray Dillinger et James A. Donald. Les paramètres présents dans cette version diffèrent du prototype de janvier 2009. Le temps entre chaque bloc, par exemple, est de 15 minutes (au lieu de 10). Chaque bitcoin (COIN) se divise en 100 centimes (CENT), qui sont eux-mêmes divisibles en 10 000 unités plus petites, si bien qu'un bitcoin correspond à 1 million d'unités de base.

Satoshi y inclut surtout la mécanique de réduction de moitié (le fameux halving) qui divise par deux la création monétaire tous les 100 000 blocs, soit 2 ans et 10 mois environ. Dans cette version du code, il se crée 100 bitcoins durant la première période de 100 000 blocs, 50 durant la deuxième période, etc. de sorte que la quantité totale de bitcoins converge vers 20 millions d'unités, qui sera atteinte 77 ans plus tard.

Fonction GetBlockValue qui donne le nombre de bitcoins créés par bloc.

Le lancement du réseau

Un mois et demi plus tard, le 8 janvier 2009, Satoshi Nakamoto publie la version 0.1 du logiciel. Cette dernière inclut les paramètres qu'on connait bien : les 10 minutes entre chaque bloc, les 50 bitcoins par bloc, les 100 millions d'unités de base (« satoshis ») par bitcoin, le halving tous les 4 ans, et le plafond des 21 millions de bitcoins. Comme il l'écrira quelques mois plus tard à Mike Hearn, le choix du nombre des 21 millions et de la granularité des unités est une « estimation éclairée », un « entre-deux » prenant en considération le scénario où Bitcoin resterait une « petite niche » et celui où il serait utilisé « pour une partie du commerce mondial ».

Outre le code, Satoshi décrit la politique monétaire définitive dans son courriel d'introduction :

« La circulation totale sera de 21 000 000 d'unités.  Elles seront distribuées aux nœuds du réseau lorsqu'ils créeront des blocs, la quantité émise étant divisée par deux tous les 4 ans. […] Lorsque cela sera épuisé, le système pourra prendre en charge les frais de transaction si nécessaire. »

Le 10 janvier, Hal Finney, ingénieur américain connu pour son implication dans le mouvement cypherpunk et dans PGP, approuve cette façon de faire en s'enhtousiasmant du fait que « le système peut être configuré pour n'autoriser qu'un nombre maximum certain d'unités à être générées ». Dans son courriel, il estime que si Bitcoin devient « le système de paiement dominant utilisé dans le monde entier », chaque unité aura alors « une valeur d'environ 10 millions » de dollars.

Satoshi voit dans cette prédiction un formidable moyen de communication pour donner envie aux gens d'essayer Bitcoin. Il utilise ainsi cet argument de vente à plusieurs reprises, sur la liste de diffusion en janvier et sur le forum de la Fondation P2P en février. Et il a son effet : Dustin Trammell, l'un des premiers mineurs après Satoshi et Hal Finney, confiera au créateur de Bitcoin que cette possibilité de gagner de l'argent est « l'une des raisons qui [l'ont] poussé à démarrer un nœud si rapidement ».

Satoshi prend ensuite ses distances avec cet aspect spéculatif, n'en parlant pratiquement jamais et toujours de manière très mesurée. En juin 2009, dans un courriel à Martti Malmi, il écrit qu'il n'est « pas à l'aise avec le fait de déclarer explicitement » que le bitcoin devrait être considéré « comme un investissement », jugeant que c'est une « affirmation dangereuse » (d'un point de vue légal vraisemblablement). Il ajoute :

« Il n'y a pas de mal à ce que les gens arrivent à cette conclusion par eux-mêmes, mais nous ne pouvons pas le présenter de cette façon. »

Mais l'imaginaire des gens est déjà irrémédiablement influencé, et les bulles successives qui se produiront en 2011 et en 2013 termineront de modifier la perception générale de Bitcoin par le public.

Bitcoin a été dévoyé

Satoshi Nakamoto n'était donc pas opposé à ce que les gens utilisent le bitcoin comme une réserve de valeur, comme un véhicule d'« investissement à long terme ». Mais il voyait cet aspect spéculatif davantage comme un moyen d'amorcer économiquement son système que comme une fin en soi. Le but principal de Satoshi Nakamoto, explicitement cité dans l'introduction du livre blanc, était de résoudre le problème des paiements en ligne en créant un « argent liquide électronique » pouvant être utilisé « sans avoir recours à un tiers de confiance ».

S'il a jugé que son système était prêt le 31 octobre 2008, c'est que l'objectif pouvait être rempli avec une création monétaire constante. Il a revu cet élément, car le modèle incluant des frais de transaction et une quantité limitée d'unités était simplement plus élégant : les frais incitaient les mineurs à inclure les transactions dans leurs blocs tandis que « déflation naturelle » récompensait les commerçants qui conservaient les unités reçues, limitant le change avec les monnaies classiques. Ce second modèle était donc bien plus à même de remplir le but originel de Bitcoin.

Il est difficile de nier que la spéculation liée à la limite des 21 millions a été l'élément qui a permis à Bitcoin de perdurer jusqu'aujourd'hui. Entre autres, elle garantissait une demande minimale pour l'unité de compte et une utilisation plancher du réseau. Mais cet appât du gain a dégénéré jusqu'à ne plus vraiment servir le sain développement de Bitcoin, dans le sens où les gens n'assurent même plus la garde de leurs propres bitcoins. Satoshi Nakamoto voulait initialement créer un « système d'argent liquide électronique », pas une « marchandise numérique sans émetteur » qui servirait d'adossement pour des instruments financiers institutionnels ou de garantie dans des prêts collatéralisés. Il pourrait être opportun de s'en rappeler.


Notes

Cet article est une version remaniée et augmentée de plusieurs sections du cours sur l'histoire de la création de Bitcoin publié sur PlanB Academy. L'illustration a été produite avec GPT Image 1.5, sur la base du générique de 20th Century Fox ; l'idée vient de u/birth_of_bitcoin sur Reddit. Les traductions ont été réalisée grâce à DeepL. Le reste du texte a été rédigé intégralement sans LLM.

  1. Ce modèle rappelle inévitablement l'émission résiduelle de Monero, qui est de 0,6 XMR toutes les deux minutes. ↩︎
  2. Malgré la conception soutenue par certains économistes autrichiens comme Ludwig von Mises, l'inflation monétaire n'équivaut pas à l'inflation des prix, car la croissance de l'économie compense en partie la création monétaire. Dans le cas d'une monnaie-marchandise soumise uniquement au marché, il n'y a pas d'inflation des prix, à moins que les conditions de sa production ne changent drastiquement. ↩︎
☐ ☆ ✇ Bitcoin.fr

Une brève Histoire de Bitcoin

By: La rédaction

Intervention de Ludovic Lars lors de la conférence BCE#1 organisée par l’association BIP-21 (Bitcoin Île-de-France Partenaires) le 31 janvier et 1er février 2026. BCE#2 La seconde conférence Bitcoin, Comprendre l’Essentiel aura lieu le samedi 6 et le dimanche 7 juin 2026 dans le 10ᵉ arrondissement, sur la rive droite de Paris. « Ces deux journées de conférences offrent […]

L’article Une brève Histoire de Bitcoin est apparu en premier sur bitcoin.fr.

☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

L’individu souverain, la technique et le nouveau Moyen Âge

By: Ludovic Lars

J'ai récemment participé à la traduction en français du livre The Sovereign Individual, qui sort ce vendredi 15 mai chez Konsensus Network sous le titre L'Individu souverain : Survivre et prospérer face à l'effondrement de l'État-providence. Cet ouvrage, coécrit en 1997 par William Rees-Mogg et James Dale Davidson, est un texte de prospective, emblématique par les prédictions qu'il faisait sur les conséquences politiques de la révolution numérique, alors balbutiante à l'époque. Riche en contexte historique et long de quatre-cents pages, il apporte des éléments de réflexion qui n'ont pas vieilli aujourd'hui.

William Rees-Mogg était un lord anglais et avait été éditeur du Times de 1967 à 1981. James Dale Davidson était un investisseur américain. Au moment de la publication initiale du livre, les deux hommes géraient une lettre d'information financière depuis 1984. Ils avaient alors déjà publié deux livres à succès (Blood in the Streets en 1987 et The Great Reckoning en 1993), où ils formulaient déjà des prédictions, notamment sur le monde financier et la géopolitique. L'Individu Souverain constituait pour eux un parachèvement de leur vision de l'avenir.

Dans cet ouvrage, ils soutenaient qu'une nouvelle phase de l'histoire de l'humanité s'ouvrait — l'ère de l'information — et qu'elle allait permettre aux individus de s'émanciper du joug des États-nations. Revenant sur l'histoire de l'humanité, du néolithique à l'époque moderne en passant par le Moyen Âge, ils examinaient les dynamiques régissant l'évolution politico-économique du monde. Ils mettaient en avant le caractère libérateur du progrès technique, et prédisaient en particulier l'émergence d'une monnaie numérique échappant au contrôle étatique, chose qui se matérialiserait avec Bitcoin au début des années 2010.

Aux États-Unis, le livre s'est rapidement popularisé dans les cercles libertariens, grâce au portrait peu flatteur qu'il faisait des États centralisés et des idéologies qui les soutenaient. Il s'est aussi diffusé dans la Silicon Valley, en raison du point de vue techno-optimiste des auteurs. Il a plus tard connu un succès croissant au sein de la communauté de Bitcoin (et du milieu des cryptomonnaies en général), inspirant notamment Francis Pouliot, Jameson Lopp ou Naval Ravikant. En France, il est aujourd'hui mis en avant par le média indépendant Le Bunker, par la plateforme Zone Franche, et par l'infopreneur Olivier Roland, qui a écrit son propre livre sur le sujet.

À l'heure où la stabilité de l'ordre mondial est remise en question et où les États deviennent de plus en plus autoritaires, la thèse de l'individu souverain est plus que jamais d'actualité. Cet article constitue une analyse et une critique de cette thèse. Le progrès technique va-t-il nous libérer et sommes-nous à la veille du Moyen Âge ? C'est ce à quoi nous allons tenter de répondre ici.

La thèse de l'individu souverain

La thèse de l'ouvrage de Rees-Mogg et Davidson est que la révolution numérique (dite « de l'information ») va provoquer l'effondrement de l'État-providence moderne et conduire à l'avènement d'une souveraineté individuelle réelle. Cette souveraineté s'exercera par le renversement du rapport entretenu par les autorités politiques et les individus : ces derniers ne seront plus considérés comme des sujets ou des citoyens, et comme des « vaches à lait » (p. 238) pour les plus productifs, mais comme des « clients » (pp. 117–118). Et, comme le dit le dicton, le client est roi.

Le concept de « souveraineté de l'individu » n'est pas tout récent, puisqu'il a émergé avec la pensée libérale anglo-saxonne (John Locke) et qu'il a été formulé par John Stuart Mill en 1859, qui écrivait : « Sur lui-même, sur son corps et son esprit, l'individu est souverain1. » Le terme a ensuite été repris dans son acception la plus radicale par les anarchistes individualistes américains, comme Josiah Warren ou Benjamin Tucker, puis par les théoriciens du libertarianisme moderne, notamment Murray Rothbard.

Là où les auteurs se différencient de cette idéologie libérale est que leur discours n'est pas prescriptif (ou du moins pas explicitement), mais descriptif : ils veulent montrer que le sens de l'histoire va vers plus de liberté. Le livre n'est donc pas un manifeste politique en tant que tel, mais un manuel de survie face à la « grande transformation » (p. 234) qui est en train d'avoir lieu. Ils se basent (entre autres) sur les travaux d'un historien américain du XXe siècle nommé Frédéric Lane, qui était spécialiste du bas Moyen Âge et qui avait développé une analyse économique de la violence politique2.

Suivant les idées de Lane, les auteurs élaborent leur propre modèle prédictif. Ils décrivent comment les « facteurs mégapolitiques » conditionnent la forme institutionnelle des États en faisant varier ce qu'ils appellent « les rendements de la violence » :

« En modifiant les coûts et les gains potentiels liés à la coercition, la mégapolitique détermine la capacité de certains à imposer leur volonté à autrui. » (p. 48)

Les facteurs qu'ils identifient appartiennent à quatre grandes catégories :

  1. Les conditions topographiques : les grandes plaines alluviales propices au développement de grands centres de civilisation, les montagnes jouant un rôle protecteur, les littoraux fragmentés favorisant le commerce3, etc. ;
  2. Les causes climatiques : la température générale qui affecte directement la production agricole, et donc la puissance politique de l'État qui domine la région ;
  3. Les agents infectieux : les bactéries et les virus derrière les épidémies, qui provoquent des fluctuations démographiques massives, limitant de ce fait la taille des grands empires ;
  4. Les innovations techniques : les outils qui permettent au pouvoir d'asseoir sa domination ou à l'inverse à l'individu de se défendre.

Pour les auteurs, la technologie — ou la technique, si l'on veut éviter de faire un américanisme — constitue à l'époque moderne le « facteur déterminant de l’équilibre entre le coût et les bénéfices liés à l’exercice du pouvoir » (p. 52). L'évolution technique liée à l'ère de l'information (la micro-informatique, le cyberespace et la cryptographie) va libérer l'individu, en provoquant une baisse des rendements de la violence. Les États ne pourront plus contrôler leurs citoyens comme ils l'ont fait jusqu'à présent, ce qui conduira à l'émancipation des individus. Ce discours n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui des cypherpunks, qui écrivaient à la même époque.

La taille des entités souveraines va ainsi grandement diminuer, pour ne parfois concerner qu'une poignée d'individus. On assistera à la désagrégation des grands États, pour donner une multitude de micro-juridictions. Le monde connaitra une nouvelle période de féodalité qui rappellera celle du Moyen Âge, tout en s'en distinguant fondamentalement. En effet, grâce à la généralisation d'Internet, les individus pourront davantage se réunir en « groupes d'affinité » (p. 157), chose qui existait sous forme embryonnaire dans les ordres religieux et militaires médiévaux comme les chevaliers de Malte. Cette démarche se retrouve aujourd'hui dans le concept de l'État-réseau de Balaji Srinivasan (ancien directeur technique de Coinbase et associé général chez Andreessen Horowitz), qui le définit comme « une communauté en ligne hautement alignée, dotée d'une capacité d'action collective, qui finance l'acquisition de territoires à travers le monde et finit par obtenir la reconnaissance diplomatique d'États déjà existants ».

L'Europe occidentale en 1444 (source : u/ratkatavobratka, 2021)

De manière générale, les entités souveraines se feront concurrence, et les personnes procèderont à un arbitrage juridictionnel : elles choisiront où elles voudront résider et travailler en fonction des conditions offertes (fiscalité, sécurité, infrastructures) par ces micro-États. Ce sera une application du « théorème de non-équivalence4 » formulé par les auteurs, qui affirme que les individus réagiront à une hausse d'impôt, non pas en réduisant leur consommation mais en déménageant :

« À l’ère de l’information, cependant, la réaction du contribuable rationnel ne consistera plus à épargner davantage pour absorber l’augmentation prévisible de ses impôts ; il choisira plutôt de transférer sa résidence ou d’effectuer ses transactions ailleurs. De même que les producteurs choisissent les fournisseurs les plus avantageux, la capacité à sélectionner son prestataire de protection deviendra un levier bien plus déterminant pour préserver ses revenus. » (p. 221)

Il s'agira d'un « vote avec ses pieds », d'une « défection5 » (p. 218) affectant indirectement la politique de l'État. Les individus les plus productifs iront enrichir les juridictions fiscalement avantageuses et davantage focalisées sur les missions régaliennes, tandis que les grands États-providence s'appauvriront considérablement, et seront contraints à revoir à la baisse leurs politiques redistributives.

La révolution de l'information

Tout comme la découverte de la poudre à canon et celle de l'imprimerie ont mis fin à la féodalité au moment de la Renaissance, la révolution de l'information va mettre un terme à l'ère de l'État-nation. Les anciens modes de production étaient soumis à la « tyrannie de l'endroit » (p. 174) : la rattachement de la production à un bien foncier (terre ou usine) rendait les producteurs particulièrement vulnérables à l'impôt et aux revendications sociales, et c'est pour cette raison que la création de richesse permise par la révolution industrielle a été récupérée par l'État. À l'inverse, la révolution de l'information va permettre aux entreprises de décentraliser leur mode de production et de transcender cette tyrannie de l'endroit, en devenant davantage mobiles. Les auteurs le résument bien : « Le gigantisme des usines a coïncidé avec l’ère de l’État-providence. À l’inverse, la micro-informatique miniaturise les institutions. » (p. 135)

Internet joue un grand rôle dans la thèse soutenue par les auteurs. À la suite de John Perry Barlow, auteur d'une Déclaration d'indépendance du cyberespace en 1996, ils professent que « le cyberespace, tel le royaume imaginaire des dieux d’Homère, forme un univers distinct de notre monde terrestre familier, fait de fermes et d’usines » (p. 174). Ils considèrent que l'activité se fera dans le cadre de la « multinationale virtuelle » (p. 222), association d'individus souverains s'adaptant facilement aux conditions du marché. Ce type de production est devenu réalité aujourd'hui avec l'émergence des digital nomads, dont le modèle a été exposé en 2007 par l'influenceur Tim Ferriss dans son best-seller de développement personnel, La Semaine de quatre heures.

Rees-Mogg et Davidson soutiennent aussi que la révolution de l'information va mener à la création d'une monnaie numérique, appelée « cybermonnaie », qui repose sur la cryptographie asymétrique et échappe au contrôle de l'État. Ils écrivent :

« Avec l'émergence du commerce en ligne, l'apparition de la cybermonnaie est inéluctable. Cette nouvelle forme de monnaie sapera la capacité des États à déterminer qui pourra accéder au statut d'individu souverain. Ce changement s'explique en grande partie par le rôle de la technologie de l'information, qui affranchira les détenteurs de patrimoine de la confiscation déguisée que constitue l'inflation. [...] Cette monnaie numérique est appelée à jouer un rôle central dans le cybercommerce. Elle se présentera sous la forme de suites chiffrées de nombres premiers de plusieurs centaines de chiffres. Unique, anonyme et vérifiable, cette monnaie pourra être utilisée pour les transactions les plus importantes, mais aussi être fractionnée à l'infini pour régler des montants microscopiques. Elle s'échangera instantanément et sans aucune restriction sur un marché mondial pesant plusieurs milliers de milliards de dollars. » (p. 191)

À l'époque, le modèle eCash de David Chaum était déployé de façon expérimentale dans certaines banques américaines depuis 1995. Les auteurs n'étaient donc pas les seuls à prédire l'émergence d'une monnaie numérique libre : le constat était partagé par Milton Friedman par exemple. Cet idéal de monnaie numérique a fini par se matérialiser sous la forme de Bitcoin, conçu par Satoshi Nakamoto en 2008 : une monnaie résistante à la censure et résistante à l'inflation, confidentielle et programmable, adaptée aux gros transferts vers l'étranger comme aux petits paiements.

Une autre vision prophétique réalisée dans L'Individu souverain est l'adoption de l'intelligence artificielle au sein de la population générale. Les auteurs prévoient en effet que les individus pourront augmenter leurs capacités de façon surprenante grâce à des « serviteurs » ou « assistants numériques » (p. 150). Ils évoquent notamment la cas de « juristes numériques » qui « automatiseront la sélection des clauses contractuelles, en utilisant des processus d’intelligence artificielle tels que les réseaux neuronaux, pour rédiger des contrats privés personnalisés en fonction des conditions juridiques internationales » (p. 185). Certains individus pourraient ainsi devenir extrêmement puissants : « Un génie excentrique, épaulé par ses serviteurs numériques, pourrait théoriquement rivaliser avec l’influence d’un État-nation dans une guerre informatique. » (p. 169)

Cette prédiction rappelle inévitablement les agents d'IA, ces systèmes qui effectuent des tâches de manière autonome en concevant des flux opérationnels et en interagissant avec le monde réel à la place de l'utilisateur. L'intelligence artificielle, qui jusque-là était restée confinée à quelques utilisations précises (AlphaGo), s'est popularisée à partir de 2022 avec le succès de la première version ouverte de ChatGPT (basée sur GPT-3). Puis la pratique de l'IA agentique s'est développée à partir de cette base, pour se faire connaitre par le biais de Clawdbot/OpenClaw en 2025. Aujourd'hui, l'individu a désormais la possibilité de démultiplier ses capacités, en disposant d'outils puissants pour automatiser les tâches les plus redondantes, comme la programmation logicielle, la traduction, l'écriture d'articles ou la gestion des courriels.

Ainsi, nous ne pouvons que constater que Rees-Mogg et Davidson ont été visionnaires sur un certain nombre de sujets. Toutefois, on peut largement nuancer cette opinion, trop répandue parmi les défenseurs du livre et de la thèse de l'individu souverain. Le discours des auteurs semble relever de la pensée désidérative au moins sur deux points : le rôle libérateur de la technique et l'imminence de la décentralisation politique.

La technique, libératrice ou tyrannique ?

Même Rees-Mogg et Davidson se contentent de décrire les choses telles qu'elles sont censées se passer, on comprend qu'ils ont un point de vue positif sur la révolution numérique, ayant une bienveillance toute prométhéenne à l'égard du progrès technique récent et à venir. Ils éludent ainsi la perspective inverse : que le progrès technique en cours amène une plus grande servitude en même temps qu'un plus grand confort. De leur propre aveu, c'est ce qui s'est passé lors de la « révolution agricole » et de la révolution industrielle ; pourquoi serait-ce différent cette fois-ci ?

Une technique particulière n'est jamais neutre et influence la société entière dans un sens particulier. Dans le cadre politique, elle vient changer les « conditions mégapolitiques » de la région dans laquelle elle est adoptée. Une innovation peut donc apparaitre comme un outil d'indépendance pour l'individu, tout en favorisant en réalité la mainmise générale de l'État.

Les moyens de transport et de communication, par exemple, sont utiles aux individus pour se déplacer entre les juridictions et pour échanger des informations et des richesses. Mais ils permettent surtout la centralisation au niveau politique : les ordres peuvent être transmis plus rapidement aux gouverneurs de province et les troupes peuvent être envoyées plus facilement en cas de sécession. Le développement des transports terrestres, maritimes, ferroviaires et aériens, ainsi que le déploiement des communications modernes (télégraphe, téléphone, TCP/IP), ont favorisé l'émergence d'États-continents centralisés comme la République populaire de Chine ou les États-Unis. Le cas d'Internet est emblématique : il a, de par son architecture distribuée, été un outil fantastique pour démocratiser la connaissance de l'individu, mais il a aussi largement contribué à la diffusion de propagande de masse, à la surveillance généralisée et à l'abrutissement global.

La numérisation de la monnaie peut aussi être examinée sous ce prisme. Elle a certes amené l'argent liquide électronique qu'est Bitcoin (dont le potentiel est sous-exploité aujourd'hui), mais elle a été essentiellement l'occasion de déployer la surveillance et le contrôle financier à des domaines qui ne l'étaient pas avant, d'abord dans le système bancaire, et bientôt directement par les États eux-mêmes, par l'intermédiaire de la monnaie numérique de banque centrale. Bitcoin constitue bien plus une réaction à cette numérisation de la monnaie, une valorisation des propriétés de la « monnaie physique » et une opposition aux « institutions financières qui servent de tiers de confiance pour traiter les paiements électroniques », qu'une volonté de faire advenir une monnaie intégralement numérique. De même, David Chaum avait en son temps développé ses méthodes cryptographiques (et son fameux système eCash) parce qu'il se catastrophait de l'informatisation de la société6.

L'intelligence artificielle est également concernée par ce coté double : elle est en effet particulièrement puissante dans un certain nombre de domaines (on regardera l'illustration de cet article pour s'en convaincre), mais demeure dans sa conception une chose très centralisée et sensible à l'intervention étatique. L'entrainement des meilleurs modèles d'IA (Claude, ChatGPT, Gemini) requiert une infrastructure informatique monstrueuse (datacenters), de sorte que ces derniers sont contrôlés par des grandes sociétés plus ou moins soumises au pouvoir américain (OpenAI, Anthropic, Google). Du côté de l'inférence, on peut logiquement déployer localement des modèles open source (comme Qwen ou Deepseek) à l'aide d'une carte graphique performante valant aujourd'hui une poignée de milliers d'euros. Toutefois, cette façon de faire est significativement moins efficace : les modèles concernés sont moins bons et le coût de maintenance locale est non négligeable (sans parler du fait que les concurrents sont actuellement subventionnés). On peut donc aisément prédire aisément que l'essentiel de la production par IA se fera par le biais des modèles propriétaires et hébergés de manière centralisée.

Vue aérienne d'une site de datacenters dédiés à l'entrainement d'intelligence artificielle à Mount Pleasant, dans le Wisconsin, en 2025 (source : Microsoft)

Dans ce registre, il est intéressant de citer Peter Thiel, cofondateur controversé de PayPal et de Palantir, qui était l'auteur de la préface de la réédition de 2020 de The Sovereign Individual. Il écrit ainsi (en écho à une déclaration précédente) :

« L'intelligence artificielle laisse entrevoir la possibilité de résoudre enfin ce que les économistes appellent le "problème du calcul économique" : l'IA pourrait théoriquement permettre de contrôler de manière centralisée l'ensemble d'une économie. Ce n'est pas un hasard si l'IA est la technologie préférée du Parti communiste chinois. La cryptographie forte, à l'autre extrême, laisse entrevoir la perspective d'un monde décentralisé et individualisé. Si l'IA est communiste, la crypto est libertarienne7. »

La révolution de l'information est bel et bien en train de bouleverser le monde, pour le meilleur et pour le pire. Si le progrès technique est aujourd'hui en plein essor, il pourrait nous conduire à la pire des dystopies, où intelligence artificielle côtoierait identité informatisée, monnaie numérique de banque centrale, surveillance généralisée et économie planifiée — la technocratie. Il est donc avisé d'avoir un certain discernement et de ne pas se réjouir béatement de toutes les nouvelles avancées techniques que nous propose sans cesse l'élite technologique, cette « élite cosmopolite de l’ère de l’information » (p. 270).

Le nouveau Moyen Âge n'est pas pour tout de suite

Dans L'Individu souverain, ainsi que dans leurs autres ouvrages, Rees-Mogg et Davidson présentent une conception cyclique de l'histoire, et se basent sur les évènements passés pour prédire l'avenir. Dès le début du livre, ils font ainsi remarquer que l'histoire occidentale est marquée un « mystérieux cycle de cinq siècles » depuis la Grèce antique : à chaque fois, un « grand bouleversement » provoque « l’apparition d'une nouvelle phase d’organisation sociale » (p. 33). En 508 avant Jésus-Christ, c'étaient les réformes démocratiques de Clisthène ; en l'an 1, la naissance du Christ marquant l'apogée économique antique ; en 476 ap. J.-C., l'effondrement de l'Empire romain d'Occident et le début de l'« Âge sombre » ; vers l'an mil, l'instauration de la féodalité en Europe occidentale initiant une restructuration ; et en 1492, le début de l'époque moderne avec la découverte de la poudre à canon, la Renaissance et la Réforme protestante. Dans cette logique, l'an 2000 devrait amener avec lui le début d'une nouvelle ère — l'ère de l'information — où l'organisation sociale reposerait sur une sorte de féodalité technologique, marquée par une division politique forte et par un développement technique avancé. Cette période nouvelle prendrait les atours d'un nouveau Moyen Âge, sans pour autant en présenter les inconvénients principaux.

Si cette façon de présenter les choses est séduisante, elle est peu méthodique en ce que la sélection des évènements est arbitraire et ne repose sur aucun critère précis, hormis le ressenti dans la mémoire collective8. L'intuition des auteurs sur les variations historiques est néanmoins bonne, et on peut percevoir un autre cycle : le cycle des civilisations, qui a notamment été mis en lumière par l'historien et essayiste français Philippe Fabry. Depuis l'émergence des premières civilisations au néolithique, le monde a connu des hauts et des bas, mesurés selon le niveau d'urbanisation, de commerce et d'unification politique.

Dans ce cadre, le « Moyen Âge » correspondait à une période de transition entre deux ères civilisationnelles : l'Antiquité gréco-romaine et la Modernité européo-américaine. Il a permis une relative « concurrence entre les juridictions9 » précisément parce qu'il constituait l'aboutissement d'un long processus de décivilisation. Cette indépendance s'accompagnait ainsi d'une dominance du mode de vie rural et d'un bas niveau d'échanges économiques avec l'étranger.

Plus encore, le Moyen Âge n'était pas la première période de ce genre : en Grèce, la disparition de la civilisation mycénienne lors de l'effondrement de l'âge du bronze au XIIe siècle avant Jésus-Christ a conduit à des « siècles obscurs » qui ont duré plus de 400 ans. La reconstruction a eu lieu ensuite, lors de l'époque archaïque, qui a donné la Grèce antique que nous connaissons, avec les cités-États d'Athènes ou de Sparte. Il s'en est suivi un mouvement d'unification politique (à l'échelle de l'époque), d'abord sous l'égide de la Macédoine vers 330 av. J.-C. (Alexandre le Grand), puis de Rome au IIe siècle avant notre ère.

Essor et déclin civilisationnel dans le Levant méridional entre l'âge du bronze et l'âge de fer (source : Pierre de Miroschedji)

Le monde est donc soumis à des forces au long cours autrement plus immuables que l'innovation technique. Bien que celle-ci atteigne aujourd'hui un niveau inédit dans l'histoire de l'humanité (cybernétique, intelligence artificielle, manipulation génétique, neurotechnologie), elle n'en demeure pas moins assujettie au cycle civilisationnel, qui est une dynamique humaine10. La technique, en tant qu'elle constitue une extension de la vie humaine, a seulement pour effet de ralentir le cycle, pas d'y mettre un terme.

Le processus de décivilisation et de décentralisation du monde est un processus lent et graduel : il peut être ponctué par des évènements spectaculaires, mais ceux-ci sont l'expression de mutations plus profondes. Rome ne s'est pas effondrée en un jour par exemple ; il lui a fallu un demi-millénaire. Il parait de ce fait très illusoire de croire qu'un changement brutal va se produire, et ce d'autant plus que ce potentiel déclin n'a pas encore commencé. Le monde n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui. La tendance à la centralisation politique (qui a débuté autour de l'an mil en Europe) ne montre aucun signe d'inversement, malgré les conflits militaires qui marquent l'actualité de ces dernières années.

L'heure est donc aux grands empires, qui seuls peuvent exercer une souveraineté concrète : les États-Unis, l'Union européenne, la Chine, l'Inde. Les petites entités soi-disant « souveraines » sont en réalité soumises au bon-vouloir de ces grands empires11. Elles persisteront probablement, ne serait-ce que pour permettre à l'élite de jouir de son statut, mais ne constitueront pas de réelles solutions viables avant des siècles.

La pratique comme maître-mot

On peut ainsi conclure que la thèse de l'individu souverain est intéressante, mais peine à convaincre dans son entièreté. Rees-Mogg et Davidson sont beaucoup trop optimistes sur la possibilité de liberté politique des individus. L'État est une institution de servitude qui orchestre la contrainte depuis des millénaires, et qui ne sera pas renversée du jour au lendemain par un procédé technique, fût-il aussi génial que Bitcoin.

Toutefois, malgré ce postulat erroné, le livre présente une véritable valeur en ce qu'il incite à la pratique. S'il a eu le succès qu'on lui connait, c'est parce qu'il a apporté beaucoup à ceux qui l'ont lu. Même si les auteurs ne donnent pas de conseils directs (hormis des investissements en lien avec leur lettre d'information, non reproduits dans la version en français), leurs analyses ouvrent la voie à des actions dans le monde réel. Il pousse ainsi à agir plutôt que de se plaindre, à anticiper plutôt que de subir. Et, à défaut de prédire l'effondrement de l'État-providence, il permettra à l'individu d'être libre dans un monde qui ne l'est pas.

On sera ainsi amenés à voir d'un bon œil l'entrepreneuriat, notamment par le biais d'Internet, qui modifie le marché à aller chercher. Avoir un flux de trésorerie issu du cyberespace nous rendra moins facilement saisissable et imposable. On voyagera et on profitera des disparités entre les juridictions en déplaçant certains aspects de notre vie à l'étranger, voire en s'expatriant définitivement. On se regroupera en communautés basées sur des intérêts communs. On filtrera notre flux d'information, en personnalisant nos sources documentaires, plutôt qu'en s'abreuvant du discours général des médias de masse.

Certains trouveront à redire de ce mode de vie nomade, mais la démarche a le mérite de pousser les gens à se frotter à la réalité, qualité trop peu répandue de nos jours. La réflexion est, et a toujours été, censée nourrir l'action. Et ce sont nos actions qui déterminent ce à quoi le monde de demain ressemblera. Pour citer Peter Thiel : « La lecture de L'Individu souverain en 2020 est un moyen de réfléchir attentivement à l’avenir que nos propres actions contribueront à façonner. »


Références et notes

James Dale Davidson et William Rees-Mogg, L'Individu souverain : Survivre et prospérer face à l'effondrement de l'État-providence. Konsensus Network, 2026. 411 pages. À retrouver sur la boutique en ligne de l'éditeur (10 % de réduction avec le code promo lugaxker) et sur Amazon.

Illustration : image générée avec GPT Image 1.5, à partir du tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages peint en 1818 par Caspar David Friedrich. Texte : rédigé intégralement sans LLM. Traduction : sauf précision contraire, les traductions sont réalisées par l'auteur au moyen de DeepL.

  1. John Stuart Mill, De la liberté, trad. Dupont-White (Guillaumin et Cie, 1860), p. 18. ↩︎
  2. Voir notamment Frederic C. Lane, « Economic Consequences of Organized Violence », The Journal of Economic History, vol. 18, n° 4 (décembre 1958), pp. 402–417. ↩︎
  3. L'argument du littoral accidenté qui favorise le commerce fait penser à la thèse de la « thalassographie articulée » de David Cosandey, formulée la même année, en 1997. ↩︎
  4. Le théorème de non-équivalence est appelé ainsi en référence à l'équivalence ricardienne, selon laquelle, lors d'une relance budgétaire, les acteurs économiques réduisent leur consommation par anticipation d'une future hausse d'impôt. Ce théorème de Rees-Mogg et Davidson est présenté dans The Bitcoin Handbook d'Anil Patel, traduit en français chez Konsensus Network. ↩︎
  5. Dans le livre Exit, Voice, and Loyalty écrit 1969 par l'économiste américain Albert Hirschmann, le terme « défection » (exit) s'oppose à la « prise de parole » (voice) et au « loyalisme » (loyalty) dans la gouvernance des organisations. Hirschmann écrivait notamment : « Ce n'est que lorsque les pays commenceront à vraiment se ressembler, grâce à la modernisation et à l'évolution des communications, que le danger des défections prématurées et excessives se présentera. » ↩︎
  6. En 1985, David Chaum écrivait : « L'informatisation prive les individus de la capacité de surveiller et de contrôler la façon dont les informations les concernant sont utilisées. (…) Nous sommes en train de jeter les bases d'une société du fichage, dans laquelle les ordinateurs pourraient être utilisés pour déduire le mode de vie, les habitudes, les déplacements et les fréquentations des individus à partir de données collectées dans le cadre de transactions de consommation ordinaires. L'incertitude quant à la sécurité des données contre les abus de ceux qui les conservent ou les exploitent peut avoir un "effet paralysant", amenant les gens à modifier leurs activités observables. À mesure que l'informatisation se généralise, ces problèmes risquent de s'aggraver considérablement. » — Voir « Security without identification: transaction systems to make big brother obsolete », in Communications of the ACM, vol. 28, no. 10, octobre 1985, p. 1030. ↩︎
  7. Peter Thiel, « Preface », in James Dale Davidson et William Rees-Mogg, The Sovereign Individual (Touchstone, 2020), p. 6. ↩︎
  8. Pourquoi parler de l'instauration de la démocratie athénienne et ignorer la révolution anglaise du XVIIe siècle par exemple ? ↩︎
  9. Rees-Mogg et Davidson vantent notamment les « marches », ces « régions frontalières médiévales » qui étaient « le théâtre d’un enchevêtrement de souverainetés » et avaient développé « des formes institutionnelles et juridiques singulières » (p. 166). ↩︎
  10. Philippe Fabry, cité plus haut, affirme que le processus de décivilisation découle d'un effondrement démographique, dû en partie à la baisse de la natalité. Une société qui décline démographiquement a en effet tendance à connaitre une décroissance économique, ce qui diminue l'incitation à la centralisation politique. ↩︎
  11. Dans sa préface de 2020, Peter Thiel a mis en perspective la thèse de l'individu souverain en mentionnant la prise de contrôle de la Chine sur la cité-État d'Hong Kong, qui correspondait, pour les auteurs, « au type de juridiction qui [...] prospérera à l’ère de l’information » (p. 303). ↩︎
☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

La pensée technocratique et l’abolition de la monnaie

By: Ludovic Lars

Savez-vous ce qu'est un technocrate ? Lorsque le terme est évoqué, on pense vaguement à un bureaucrate bien nourri, fonctionnaire habitué de l'administration publique, dont les décisions politiques se basent sur des études statistiques plutôt que sur des considérations sociales et humaines. Néanmoins cette image n'est qu'une version édulcorée de ce que représente l'idéologie technocratique originelle : le règne absolu de la technique et de ses représentants (les scientifiques et les ingénieurs) aboutissant à une gestion rationnelle et planifiée de la société.

Cette philosophie politique est née avec la révolution industrielle, et a culminé avec le mouvement technocratique américain des années 1930 mené par Howard Scott. Si elle ne s'est jamais directement emparée du pouvoir où que ce soit, elle a néanmoins profondément influencé la politique de l'Occident et continue de le faire de nos jours, d'Emmanuel Macron à Donald Trump en passant par Jinping Xi. De plus, à l'heure où la technique est de plus en plus présente dans nos vies avec la numérisation accélérée de la société, l'effet de cette philosophie prend une toute autre dimension.

La pensée technocratique tient un discours dur sur l'économie : elle abhorre le marché libre, et prône la planification pure et simple. En particulier, elle propose d'abolir la monnaie telle que nous la connaissons pour lui substituer un système de distribution centralisé. Dans cet article, je me propose de retracer les origines de cette pensée et d'examiner plus en détail son discours inquiétant sur le système monétaire.

À l'origine de la technocratie : le saint-simonisme

La technocratie est, comme son nom l'indique, une forme de gouvernement où le pouvoir est laissé à la technique, ou du moins à ses représentants, c'est-à-dire les scientifiques et les ingénieurs. Elle recourt entre autres à une planification de l'économie, et refuse en cela de laisser faire le marché. Le terme a été créé en 1919 par l'ingénieur américain William H. Smyth, qui la décrivait comme une « démocratie industrielle rationalisée », et il s'est par la suite popularisé par le biais du mouvement technocratique américain au début des années 30.

À l'époque, il ne s'agissait pas d'une idée nouvelle. La pensée technocratique a émergé avec le progrès technique issu de la révolution industrielle. Certaines personnes, constatant que la science permettait de résoudre le problème de la production des biens, voulaient appliquer cette même science à la politique, c'est-à-dire à la distribution des richesses.

La pensée technocratique prend en particulier racine dans le saint-simonisme, courant de pensée né au début du XIXe siècle, fondé par le philosophe, économiste et militaire français Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon. Cette doctrine industrialiste prônait l'organisation rationnelle de la société afin de répartir le travail et la richesse produite : « à chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres1 ». Cette doctrine avait également un pan spirituel, se voulant être un « nouveau christianisme », une religion rationaliste sans dieu, censée débarrasser les hommes de leur égoïsme.

Saint-Simon, fondateur de la religion nouvelle, gravure de Gottfried Engelmann en 1825 (source : Wikimédia)

Concernant l'organisation économique, Saint-Simon s'est contenté de donner des principes généraux, et n'a pas eu de mot particulier sur la monnaie. Toutefois, ses disciples, menés par Prosper Enfantin et Armand Bazard, s'en sont chargés. Dans la Doctrine de Saint-Simon publiée en 1931, ils imaginaient ainsi un « système général de banques » qui ferait circuler des « crédits », en les distribuant aux travailleurs :

« Ce système comprendrait d'abord une banque centrale représentant le gouvernement, dans l'ordre matériel : cette banque serait dépositaire de toutes les richesses, du fonds entier de production, de tous les instrumens de travail, en un mot, de ce qui compose aujourd'hui la masse entière des propriétés individuelles.

De cette banque centrale dépendraient des banques de second ordre qui n'en seraient que le prolongement, et au moyen desquelles elle se tiendrait en rapport avec les principales localités, pour en connaître les besoins et la puissance productrice ; celles-ci commanderaient encore, dans la circonscription territoriale qu'elles embrasseraient, à des banques de plus en plus spéciales, embrassant un champ moins étendu, des rameaux plus faibles de l'arbre de l'industrie.

Aux banques supérieures convergeraient tous les besoins ; d'elles divergeraient tous les efforts : la banque générale n'accorderait aux localités des crédits, c'est-à-dire ne leur livrerait des instruisons de travail, qu'après avoir balancé et combiné les opérations diverses ; et ces crédits seraient ensuite répartis entre les travailleurs par les banques spéciales, représentant les différentes branches de l'industrie. »

Ces idées ont aussi inspiré un certain nombre de doctrines et d'expériences socialistes en France, même si le socialisme (courant idéologique alors naissant) différait sensiblement par sa démarche égalitaire et démocratique. La vulgate saint-simonienne a ainsi influencé le communisme de Louis Blanc, le mutuellisme de Pierre-Joseph Proudhon, et le « socialisme scientifique » de Marx et Engels.

Les clubs nationalistes d'Edward Bellamy

La pensée technocratique a connu un nouvel essor à partir de la fin du XIXe siècle. Les États-Unis ont en particulier été propices au foisonnement de ces idées, en raison de leur industrialisation rapide à partir de la guerre de Sécession. À titre d'illustration, le nombre d'ingénieurs dans le pays, qui n'était de 7 000 en 1870, est passé à 28 000 en 1890, puis 43 000 en 1900, pour finalement atteindre 226 000 en 1930. Cette évolution a provoqué une mutation idéologique profonde au tournant du XXe siècle, faisant advenir ce qu'on a appelé la Progressive Era, une période de réformes économiques et sociales, s'opposant au laissez-faire et à l'individualisme du Gilded Age qui la précédait.

L'une des personnes qui émettaient alors des idées progressistes était le journaliste et auteur américain Edward Bellamy. En 1888, alors qu'il n'avait que 27 ans, ce dernier a publié un roman d'anticipation utopique, intitulé Looking Backward 2000–1887 (et traduit en français sous le nom Cent ans après ou l'An 2000), dans lequel il décrivait une société future, ayant rompu avec le capitalisme et l'individualisme pour lui substituer la méritocratie et l'égalité. Dans ce monde, le commerce et la monnaie ont été remplacés par un système de distribution contrôlé par l'État, où les citoyens utilisent une « carte de crédit » (terme inédit à l'époque) pour subvenir à leurs besoins. Dans le roman, le docteur Leete (homme de l'an 2000) explique au protagoniste (projeté dans le futur) le fonctionnement de ce système :

« Un crédit, correspondant à sa part du produit annuel de la nation, est ouvert à chaque citoyen, au commencement de l'année, et inscrit sur les livres de l'Etat. On lui délivre une carte de crédit, au moyen de laquelle il se procure, quand il veut, dans les magasins nationaux établis dans toutes les communes, tout ce qu'il peut désirer. Vous voyez que ce système supprime toute transaction commerciale entre producteurs et consommateurs2. »

Couverture de l'édition illustrée de Looking Backward, 1890

Cet ouvrage de fiction a connu un succès populaire retentissant aux États-Unis, étant vendu à près de 400 000 exemplaires en l'espace d'une décennie, ce qui en a fait le troisième roman le plus vendu du XIXe siècle outre-Atlantique. Cet ouvrage a eu pour conséquence de créer un véritable mouvement intellectuel à tendance socialiste, formé des partisans de Bellamy, à Boston d'abord, puis tout autour de l'Amérique du Nord. Les membres de ce mouvement se faisaient appeler les « nationalistes » en raison de leur revendication principale : la nationalisation des biens de production.

On a assisté à la formation de plus de 500 associations nommées « clubs nationalistes » aux quatre coins du continent. Une revue mensuelle, The Nationalist, a été lancée en 1889. Et Bellamy lui-même s'est joint à l'effort, publiant un « programme des nationalistes » en 1894, dans lequel il décrivait le nationalisme comme une « démocratie économique » qui visait « à instaurer l'égalité économique en appliquant le principe démocratique à la production et à la répartition des richesses » et à mettre les intérêts économiques du pays entre les mains d'« organismes publics responsables œuvrant pour le bien-être général ». Le mouvement a cependant périclité avec l'implication de ses membres dans la politique étasunienne (qui se sont notamment ralliés au jeune Parti populiste lors de l'élection présidentielle de 1892) et à cause d'un manque de financement. Il était néanmoins avant-coureur du mouvement technocratique3, qui a pris son plein essor quelques décennies plus tard.

Henry Gantt, Thorstein Veblen et la Technical Alliance

L'industrialisation de l'Amérique a poussé à une gestion de plus en plus rationnelle du travail au sein des usines. À la fin du XIXe siècle, l'ingénieur américain Frédéric Taylor a mis au point un modèle d'organisation scientifique du travail, qui porterait plus tard son nom : le taylorisme. Cette méthode, formalisée définitivement dans ses Principes d'organisation scientifique des usines en 1911, consistait à donner une tâche à chaque ouvrier à exécuter dans un temps déterminé, afin d'accroitre la productivité de l'entreprise.

Cette volonté d'optimisation rationnelle ne s'est toutefois pas limitée au secteur économique, et certains théoriciens ont tenté de l'appliquer à la politique. C'était le cas de l'ingénieur et consultant Henry Gantt, qui avait été l'assistant de Taylor pendant plus d'une décennie et qui s'était fait connaitre en mettant au point l'outil de gestion de projet qui porterait son nom, le « diagramme de Gantt », en 1910. Avec le déclenchement de la Grande Guerre en 1914, ce dernier a cherché à mettre en pratique les principes d'efficacité industriels dans les secteurs politique et militaire. En avril 1916, il écrivait :

« Il apparaît de plus en plus clairement que les principes qui sous-tendent l'efficacité industrielle et militaire sont les mêmes et qu'une nation, pour être efficace sur le plan militaire, doit d'abord l'être sur le plan industriel4. »

Henry L. Gantt en 1916 (source : Engineering Magazine via Wikimedia)

En décembre 1916, lors de l'assemblée annuelle de l'American Society of Mechanical Engineers (ASME) à New York, Gantt a inspiré la formation d'un groupe de réflexion de 34 personnes appelé The New Machine, qu'il a dirigé avec un certain Charles Ferguson. Le groupe se focalisait sur l'élimination des faiblesses qui, selon ses fondateurs, s'étaient insinuées dans le système économique. Il préconisait entre autres de « s'attaquer aux causes des frais généraux excessifs et de la flambée des prix en remédiant aux inefficacités de la main-d'œuvre et de la direction, en modifiant le climat de laxisme qui [règnait] dans le monde des affaires et de l'industrie, et en mettant fin à la pratique consistant à surévaluer la valeur des biens immobiliers industriels5 ». Mais ces ambitions affichées n'ont pas porté beaucoup de fruits, et le groupe s'est dissout après la mort de Gantt en 1919.

Parmi les sources d'inspiration de Henry Gantt, on retrouvait les idées de Thorstein Veblen, économiste et sociologue américain, à l'origine des concepts de « rivalité pécuniaire » et de « consommation ostentatoire ». Veblen était notamment l'auteur de The Theory of Business Enterprise (1904), où il avait examiné le conflit entre les intérêts commerciaux axés sur le profit et les besoins sociétaux plus larges. Voyant les efforts réalisés par Gantt avec The New Machine (ainsi que ceux de Morris Cooke, autre disciple de Taylor et dirigeant d'un groupe planiste au sein de l'ASME), Veblen s'est fortement intéressé aux ingénieurs et à leur potentiel de direction. Au cours de l'année 1919, il a écrit une série d'essais pour le magazine The Dial 6, où il critiquait le « système des prix », affirmant que le système de marché était inefficace car la recherche du profit faussait la production. Il spéculait à propos d'une prise de pouvoir par les ingénieurs, qui formeraient ce qu'il nommait le « soviet des techniciens », en référence à la révolution bolchévique survenue quelques années auparavant.

À la fin de l'année 1919, Veblen a participé à la fondation de la New School for Social Research, université privée new-yorkaise qui offrait un enseignement libre des sciences humaines et sociales. C'est dans cette dernière que s'est formellement constituée la Technical Alliance, un groupe constitué de d'ingénieurs, de mathématiciens, de scientifiques, de statisticiens et d'économistes, dont beaucoup appartenaient à l'école. Les buts de cette association étaient :

  • « de mettre en évidence les gaspillages et les déperditions du système industriel actuel » ;
  • « d'établir une estimation des matières premières et de la main-d'œuvre nécessaires pour garantir aux différents membres de la société un certain niveau de confort » ;
  • « de montrer schématiquement comment [fonctionnait] le système actuel de production et de distribution, et, parallèlement, d'élaborer un modèle provisoire de production et de distribution entièrement coordonnées ».

La Technical Alliance proposait de mener des recherches concernant le système industriel, et en particulier sur ses inefficacités. Elle offrait aussi des services d'ingénierie appliquée pour les organisations publiques et les grands groupes industriels.

Organigramme de la Technical Alliance, vers 1920 (source : The Words and Wisdom of Howard Scott)

Outre Thorstein Veblen (qui n'était néanmoins presque pas impliqué, étant souffrant et ayant perdu sa femme à l'automne 1920), plusieurs personnalités en vogue dans le monde scientifique faisaient partie de l'association, dont l'ingénieur en électricité Charles Steinmetz, le physicien Richard C. Tolman et le statisticien Leland Olds. Mais un homme se détachait du reste du groupe, et en constituait le réel meneur idéologique : Howard Scott.

La technocratie d'Howard Scott

Howard Scott était un Américain né en 1890 qui se présentait comme un ingénieur. Il était plutôt énigmatique sur son passé, à tel point que son expertise technique serait plus tard remise en question. À la fin de l'année 1919, il occupait la position d'ingénieur en chef de la Technical Alliance, dont il était la tête pensante et le meneur idéologique. En particulier, il en avait rédigé le programme et se chargeait de répondre à la presse.

Il défendait un point de vue purement technocratique. En février 1921, dans une entrevue accordée au New York World, il affirmait :

« Les techniciens sont les seuls à savoir comment les choses se font. Ils ne sont pas les seuls producteurs, mais ils sont les seuls à savoir comment la production s'effectue. Les banquiers, eux, ne le savent pas. Les politiciens et les diplomates ne le savent pas. Si ces gens-là le savaient, ils auraient déjà lancé le processus. Ils sont tous favorables à la production – tout le monde l’est ; mais ceux qui ont été aux commandes jusqu'à présent ne savent pas comment s'y prendre, tandis que ceux qui savent comment s'y prendre n'ont pas encore considéré que cela relevait de leur compétence. »

Il poursuivait :

« On pourrait résumer tout le problème comme étant celui de l'élimination du gaspillage. […] L'ingénieur reconnaît que l'oisiveté est un gaspillage, que la duplication des efforts est un gaspillage, et que l'épuisement inutile de toute ressource naturelle est un gaspillage. Si nous parvenons à éliminer l'oisiveté et la duplication des efforts, nous pourrions connaître une prospérité immédiate – une prospérité telle que le monde n'en a jamais connue. Si nous parvenons ensuite à trouver un moyen de gérer nos ressources naturelles, nous pourrions rendre cette prospérité permanente. »

L'Alliance a été cependant dissoute au cours de l'année 1921, à cause d'une dissension interne liée notamment au tempérament de Scott. À la suite de cette brouille, Howard Scott a peaufiné sa théorie, refusant d'abandonner sa vision et passant son temps libre à Greenwich Village pour en discuter avec qui voulait l'écouter. Il gérait en parallèle une petite manufacture de cire pour sols dans le New Jersey pour subvenir à ses besoins.

À la fin de la décennie, un évènement est venu changer le cours des choses : le krach d'octobre 1929, dont les effets devaient se faire ressentir pendant plusieurs années, au cours de ce que l'on a appelé la Grande Dépression. Beaucoup y ont vu un échec du système en place, et ont cherché des solutions, ce qui a inévitablement ravivé l'idée technocratique. Howard Scott est ainsi revenu sur les devants de la scène : en 1930, il a relancé une enquête sur l'énergie à l'université Columbia (intitulée « Energy Survey of North America ») ; en 1931, il a remis sur pieds la Technical Alliance avec avec le géophysicien M. King Hubbert (futur théoricien du pic pétrolier) et quelques anciens membres de l'organisation ; et en 1932, il a commencé à communiquer les premières conclusions de sa recherche.

Howard Scott à l'hôtel Morrison à Chicago le 29 juin 1933 ; il est entouré par (de gauche à droite) M. King Hubbert, William Knight et Ernest N. Howe (source : Associated Press via Technocracy Technate Picture Archive)

Étant donné le contexte économique de l'époque, son ton était volontiers catastrophique et prophétique, et il se présentait comme un sauveur7. En août 1932, par l'entremise du professeur Walter Rautenstrauch (président du département génie industriel de Columbia), un article concernant l'enquête sur l'énergie a été publié dans le New York Times. Howard Scott y prédisait l'augmentation du chômage et « l'effondrement du système » si aucune décision concernant la répartition de l'énergie n'était prise. Ce mouvement naissant, qui a pris alors le nom de technocratie8, a attiré l'attention du public et les articles se sont multipliés dans la presse, aboutissant à une véritable frénésie médiatique.

Nombre d'articles rédigés sur le mouvement technocratique, dans le New York Times dans les revues (source : David Adair)

Au plus haut de l'engouement, Howard Scott soutenait que l'effondrement du système des prix était à la fois inéluctable et imminent. Dans un article publié en janvier 1933 dans le Harper's Magazine, il affirmait avec emphase :

« Une crise dans l'histoire de la civilisation américaine est imminente. La nation se trouve à l'aube d'un événement qui est à la fois une opportunité et une catastrophe. L'opportunité porte sur le bien-être social, la catastrophe est l'échec du système des prix ; et il n'est possible d'échapper ni à l'une ni à l'autre. La meule des dieux a presque accompli son œuvre, et elle a moulu la farine avec une finesse extrême. »

Mais l'enthousiasme du grand public pour la technocratie de Scott a été de courte durée. D'une part, l'accession de Franklin D. Roosevelt à la présidence et l'application de son New Deal ont eu pour effet de répondre partiellement aux revendications sociales. D'autre part, un discours d'Howard Scott donné à l'hôtel Pierre 13 janvier 1933 (et retransmis à la radio) a profondément déçu l'élite industrielle, qui s'est aperçue de son amateurisme.

Après cet apogée médiatique, le mouvement s'est scindé en plusieurs branches, dont celle de Harold Loeb, réformiste, qui durerait quelques années. Mais la principale branche restait celle d'Howard Scott, plus révolutionnaire, qui se concentrait autour de la société commerciale Technocracy Inc., enregistrée en 1934.

Le mouvement a alors pris des atours sectaires : il a adopté le symbole du yin et du yang comme emblème ; le rouge vermillon et le gris argenté ont été choisis comme couleurs officielles ; et ses membres se sont mis à porter des uniformes et à faire des saluts militaires. Un slogan a été trouvé : « la science appliquée à l'ordre social9 ». Technocracy Inc. a édité plusieurs ouvrages de propagande, dont le propre livre de Scott intitulé Science versus Chaos. Le programme politique du mouvement s'est clarifié, son but étant de faire advenir une « zone continentale soumise à un contrôle technique » en Amérique du Nord : le « technat d'Amérique ». Les technocrates, comme l'explique David Adair, se voyaient davantage comme une élite, « et qui plus est une élite biologique ». Cette ambition radicale a notamment attiré des auteurs de science-fiction, comme Hugo Gernsback (l'inventeur du terme « scientific fiction »), T. Bruce Yerke, ou encore le jeune Ray Bradbury.

Technat d'Amérique, illustration de 1940 (source : Cornell)

Les certificats d'énergie de Technocracy Inc.

Howard Scott articulait son discours autour de la critique du système des prix, qu'il jugeait être la cause des maux de la société. Il lui opposait une conception énergétique de la valeur : en janvier 1933, il affirmait ainsi que le dollar était une « unité purement arbitraire », et mettait en avant la « constance de l'unité d'énergie ». Il expliquait :

« L'énergie se présente sous de nombreuses formes, mais il est possible de les mesurer en unités de travail — l'erg et le joule — ou en unités de chaleur — la calorie. C'est le fait que toutes les formes d'énergie, quelles qu'elles soient, puissent être mesurées en ergs, en joules ou en calories qui revêt une importance capitale. La résolution des problèmes sociaux de notre époque dépend de la reconnaissance de ce fait. Un dollar peut valoir — en pouvoir d'achat — tant aujourd'hui et plus ou moins demain, mais une unité de travail ou de chaleur est la même en 1900, 1929, 1933 ou en l'an 2000. »

Il préconisait donc l'abolition du système des prix, qui se matérialiserait par le remplacement de la monnaie par un « intermédiaire de distribution ». Il défendait la mise en place de certificats d'énergie attribués à chaque citoyen, qui seraient des parts de l'énergie totale produite et qui ne pourraient pas être échangées ou prêtées (mettant fin à la spéculation et aux bulles de crédit). En 1932, il expliquait :

« Toute unité de mesure sous contrôle technologique constituerait une certification de l'énergie disponible convertie. Ces unités de certification n'auraient de validité que pendant la période d'équilibre de charge pour laquelle elles ont été émises. »

La vision d'Howard Scott a par la suite été affinée par ses disciples. En 1937, un technocrate appelé Harold Fezer a détaillé à quoi pouvait ressembler ce système de certificats d'énergie. Il écrivait :

« Le nombre total de certificats qui seront émis correspondra à la quantité totale d'énergie nette convertie lors de la fabrication de biens et de la prestation de services. Tous les coûts d'exploitation, de remplacement, d'entretien et d'extension (en énergie) du complexe continental, ainsi que tous les coûts liés aux services et prestations commerciaux (tels que les transports locaux, la santé publique et la fourniture d'une surface habitable minimale pour chaque individu) sont déduits avant de calculer l'énergie nette. La conversion de l'énergie humaine n'entre pas dans ce calcul puisqu'elle représente moins de 2 % de l'énergie totale consommée. La part de chaque individu n'est pas basée sur sa contribution en termes de travail ou d'effort à l'ensemble des opérations de la zone. La théorie de la "valeur" travail — ou de toute autre "valeur" — n'existe pas. […] Le certificat sera délivré directement à l'individu. Il est incessible et non négociable, et ne peut donc être volé, perdu, prêté, emprunté ou donné. Il n'est pas cumulable, ne peut donc pas être épargné, et ne porte pas d'intérêts. Il n'est pas obligatoire de le dépenser, mais il perd sa validité après une période déterminée. »

Fezer décrivait ensuite l'aspect purement pratique de la chose. Le certificat serait « imprimé sur du papier filigrané et délivré sous forme de bandes pliées en carnets rectangulaires suffisamment petits pour être facilement transportés dans une poche ».

Exemple de certificat d'énergie (source : Harold Fezer)

Le système défendu par les technocrates était un système de surveillance économique total. Fezer décrivait comment ce système pouvait fonctionner avec les techniques de l'époque :

« Les perforations prévues permettent l'utilisation d'une cellule photoélectrique. Grâce à ce dispositif, il sera possible d'enregistrer automatiquement et pratiquement instantanément la date, l'heure, la quantité et le type d'achat, ainsi que les coordonnées complètes de la personne effectuant l'achat. Les totaux pour le continent ou toute partie du continent seront rapidement disponibles à tout moment. On verra à quel point ce système — la cellule photoélectrique et le certificat d'énergie — sera indispensable pour le maintien de calendriers de production adéquats et de stocks suffisants. Grâce à lui, de nombreux types de vérifications pourront être effectués rapidement. Si nécessaire, les déplacements d'un individu pourront être retracés à partir de ses achats à travers le continent. »

Ainsi, le mouvement technocratique d'Howard Scott a théorisé l'ambition totalitaire par excellence : l'abolition de la monnaie et du système économique tels que nous les connaissons, au profit d'un système de distribution requérant la surveillance et le contrôle de chaque citoyen.

Le nouvel ordre mondial de H. G. Wells

Un dernier idéologue de la pensée technocratique, contemporain du mouvement d'Howard Scott, est l'écrivain de science-fiction britannique Herbert George Wells, qui, avant de connaitre le succès littéraire, avait étudié la science à la Normal School of Science de Londres (et notamment la biologie auprès de Thomas Huxley, le « bouledogue de Darwin »). L'écrivain a exposé sa vision du monde dans ses œuvres, tant au sein de ses romans que ses essais : un point de vue planiste et socialiste, radicalement opposé à l'individualité et à la confidentialité10. Il y anticipait régulièrement l'avènement d'un État mondial rationaliste, qui remédierait aux maux du libre-arbitre humain, comme la guerre11. Cette obsession technocratique, déjà présente dès ses premiers romans, est devenue de plus en plus explicite au fur et à mesure du temps.

H. G. Wells en 1920, portrait réalisé par George Charles Beresford (source : Wikimedia)

H.G. Wells a donné un aperçu de sa vision de la monnaie dans son roman The Shape of Things to Come, publié en 1933. Dans celui-ci, une longue récession économique a provoqué une guerre majeure qui a laissé l'Europe dévastée et menacée par la peste. Les nations dotées des forces aériennes les plus puissantes ont mis en place une dictature bienveillante : la « dictature aérienne », dominée par les techniciens, scientifiques et pilotes, dont la capitale se trouve à Bassorah en actuel Irak. Cette organisation amène la paix dans le monde en abolissant les divisions nationales, en faisant respecter l'anglais de base (le « basic » d'Ogden), en promouvant l'apprentissage scientifique et en interdisant la religion (qu'il s'agisse de l'islam ou du catholicisme).

Scène de Things to Come (1836), adaptation cinématographique du livre de Wells, où le régime rationaliste de Bassorah soumet les « derniers vestiges sinistres d'anciens soldats prédateurs » (source : Youtube)

Wells y affirmait qu'« il ne pouvait y avoir de théorie de la monnaie qui ne soit pas, en réalité, une théorie complète de l'organisation sociale ». C'est pour cette raison qu'il imaginait une « monnaie entièrement abstraite », « dénuée de tout lien avec une substance matérielle », qui serait émise « de manière à maintenir un indice des prix pratiquement constant », et qui serait « protégée par les lois les plus strictes contre toute forme de manipulation à but lucratif ». Dans le roman, celle-ci prend la forme du « dollar aérien », dont la valeur est indexée à l'énergie liée au transport de marchandises :

« Il ne s'agissait pas du tout d'une pièce de monnaie métallique, mais d'une série de billets de papier représentant la distance, le poids, le volume et la vitesse. Chaque billet valait un certain nombre de kilogrammes dans un certain espace, pour un certain nombre de kilomètres à une certaine allure. La valeur d'un dollar aérien s'était stabilisée à peu près à un mètre cube pesant dix kilogrammes et parcourant deux cents kilomètres à cent kilomètres à l'heure. Il s'agissait déjà d'une unité d'énergie et non d'une unité de matière, comme l'avaient toujours été les anciennes normes mondiales. Ce changement indiquait très clairement que les anciennes conceptions statiques de la vie humaine aux ressources limitées cédaient la place à des idées cinétiques d'une vie en expansion constante. Le dollar aérien était une unité d'énergie liée au transport, et sa transformation en dollar-énergie de notre vie quotidienne d'aujourd'hui avait déjà été clairement esquissée par les experts de Bassorah, bien que le changement effectif n'ait été accompli que dix ans plus tard. »

Tout comme le mouvement technocratique qui lui était contemporain, H.G. Wells militait donc pour l'abolition de la monnaie. Mais son ambition était mondiale et non continentale. C'est pourquoi il a cherché à influencer la géopolitique de son temps par ses publications : en 1940, quelques années avant sa mort, il a ainsi rédigé un essai intitulé Le Nouvel ordre mondial, dans lequel il soutenait la formation d'un État mondial socialiste et scientifiquement planifié. Celui-ci s'inscrivait dans l'effort occidental de créer une gouvernance internationale durable dans le cadre de la création de l'ONU. Le texte contenait en particulier une « déclaration des droits de l'homme », qui a fait partie des 18 textes consultatifs pour la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948.

Les héritages du mouvement technocratique

Après les années 1930, le mouvement technocratique a progressivement décliné. La commencement de la Seconde Guerre mondiale et l'entrée en guerre du Canada est venu bouleverser les choses. Scott s'y est d'abord opposé, envoyant un télégramme au premier ministre canadien en 1939 où il affirmait que « Technocracy Inc. [s'opposait] catégoriquement à la mobilisation des effectifs canadiens pour toute guerre menée en dehors de ce continent », avant de plaider pour la « mobilisation totale » en juin 1940, alors que la France était submergée par l'Allemagne nazie. À cause de cette volonté d'interférer dans les affaires publiques, l'État fédéral canadien a interdit le mouvement technocratique sur son territoire à partir de 1940 (au même titre que les Témoins de Jéhovah et le Parti communiste), et des membres de Technocracy Inc. ont même été arrêtés par la Gendarmerie royale.

Le mouvement a continué de décliner après-guerre, et a presque disparu à la suite de la mort de son meneur messianique, Howard Scott, en 1970. Toutefois, la pensée technocratique n'a pas périclité : elle a muté et s'est insinuée dans les sphères de pouvoir. Dès la déclaration Schuman en 1950, la construction européenne était désignée comme un « technocratisme superdirigiste international, discrétionnaire, et éternel » par Albert Métral, président du Syndicat général des industries mécaniques et transformatrices de métaux. De même, le projet RAND aux États-Unis et le Club de Rome en Italie avaient tous les deux une composante technocratique forte.

Dans les années 1960–1970, la pensée technocratique a connu un regain d'intérêt auprès du public, notamment en raison du développement de la cybernétique, d'Internet et de l'intelligence artificielle, qui ont rendu plus envisageable la gestion planifiée de la société. Au Chili, c'est ce qui a poussé le gouvernement de Salvador Allende à développer le projet CyberSyn entre 1970 et 1973, un système informatique en temps réel qui avait pour but de gérer une économie planifiée cybersocialiste.

Fréquence du terme « technocracy » dans les sources imprimées entre 1919 et 2022 (source : Ngram Viewer)

Plus récemment, la technocratie est à nouveau revenue dans l'actualité lors de la crise du covid de 2020–2022 (où les concepts de « grande réinitialisation » de Klaus Schwab et de « ville du quart d'heure » de Carlos Moreno ont été exposés au grand public). Puis, elle est a encore fait parler d'elle avec l'accession au pouvoir de Donald Trump en 2025 qui a mis en lumière des personnalités comme Peter Thiel (Palantir) ou Elon Musk (DOGE12). Le cas d'Elon Musk est intéressant car son grand-père maternel, Joshua Norman Haldeman, a fait partie du mouvement technocratique originel entre 1936 et 1941 (et a même été arrêté à Vancouver en octobre 1940 en raison de son implication).

Concernant la monnaie, on peut trouver dans la pensée technocratique les prémices de concepts comme la « monnaie estampillée » de Silvio Gesell (aussi appelée monnaie fondante, qui perdrait en valeur lors de sa détention selon un taux de demeurage fixe), l'« économie distributive » de Jacques Duboin (qui fournirait un revenu de base à chaque citoyen), ou la « monnaie idéale » du mathématicien John Nash (dont la valeur serait ajustée par rapport à l'inflation des prix). Les projets de monnaie synthétique mondiale, comme le concept de bancor soutenu par Keynes à Bretton Woods en 1944, ou les droits de tirage spéciaux émis par le FMI en 1969, s'inscrivent aussi dans cette tendance. Enfin, les projets de monnaie numérique de banque centrale (tel que le projet d'euro numérique défendu aujourd'hui par la Banque centrale européenne) constituent des objets intrinsèquement technocratiques, les MNBC étant par essence des systèmes centralisés et programmables, permettant l'intervention directe et instantanée dans la vie économique des citoyens.

Combattre la dictature technicienne

Le projet technocratique est clair : assujettir les êtres humains à une administration rationnelle et totalitaire. Bien qu'il soit séduisant pour les esprits scientifiques obtus, ce projet constitue un danger. C'est cette menace que se sont efforcés d'exposer des écrivains comme Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932) ou George Orwell (1984, 1949). L'analyse rationnelle, aussi séduisante soit-elle, ne peut pas appréhender l'ensemble de la réalité, et l'application d'un tel projet mènerait probablement à un avenir dystopique.

Aujourd'hui, la présence de la technique dans nos vies a atteint un niveau tel que cette menace semble imminente. L'identité numérique est déjà en train d'être mise en place. La surveillance de masse, en ligne comme dans l'espace public, progresse à vitesse grand V. Les monnaies numériques centralisées, qu'il s'agisse des MNBC ou des stablecoins, sont en voie de déploiement. L'« intelligence artificielle » est portée aux nues, et certains théoriciens désirent qu'elles prennent en charge le gouvernement des hommes, ce qui aboutirait à une « technocratie directe » exempte d'« erreurs humaines » et de vicissitudes politiques. En bref, tous les ingrédients sont là pour permettre à un régime tyrannique mondial d'émerger et de réduire l'humanité à du bétail.

Si la tendance vers la technocratie existe, nous avons toujours la possibilité d'y résister. Cette opposition peut être sociale ou politique, mais elle passe avant tout par un résistance directe et quotidienne. En effet, c'est en refusant les outils du contrôle numérique dans notre vie de tous les jours que nous pouvons nous prémunir contre le danger technocratique de façon efficace et durable. Diverses méthodes existent ainsi pour préserver notre liberté et notre confidentialité face à l'envahissement de la technique, dont quelques-unes sont les suivantes :

  • Utiliser des systèmes d'exploitation libres, comme Linux sur ordinateur ou GrapheneOS sur téléphone, en lieu et place de systèmes propriétaires fermés comme Microsoft ou iOS ;
  • Passer par des applications de communication chiffrées pour interagir, comme Signal, plutôt celles où un tiers peut accéder à vos messages (Telegram, Whatsapp) ;
  • Utiliser des services de confidentialité, comme les VPN ou Tor, pour naviguer en ligne ;
  • Préférer payer en argent liquide ou en cryptomonnaie (Bitcoin, Monero), plutôt que de se servir d'une carte de crédit, de PayPal ou de Google Pay ;
  • Commander ses biens et services directement aux producteurs, plutôt que de passer par des intermédiaires comme les supermarchés et les plateformes en ligne (Amazon, etc.) ;
  • Privilégier la « vie réelle » à la « réalité virtuelle » pour limiter sa trace numérique.

La liberté sera décentralisée ou ne sera pas.


Références et notes

David Adair, The technocrats 1919-1967: A case study of conflict and change in a social movement (Simon Fraser University, 1970).
The Words and Wisdom of Howard Scott (Technocracy Inc., 1989)
Finn Brunton, « Speculating with Money », in Digital Cash: The Unknown History of the Anarchists, Utopians, and Technologists Who Created Cryptocurrency (Princeton University Press, 2019), pp. 6–20.

Illustration : « This is the Devouring Monster invented by Technocracy », illustration pleine page de Winsor McCay, parue le 2 avril 1933 dans le San Francisco Examiner (via le blog Yesterday's Papers). Texte : rédigé intégralement sans LLM. Traduction : sauf précision contraire, les traductions sont réalisées par l'auteur, au moyen de DeepL.

  1. Cet adage doctrinal apparait dans la Doctrine de Saint-Simon, rédigée par les militants saint-simoniens Saint-Amand Bazard, Prosper Enfantin, Hippolyte Carnot, Henri Fournel et Charles Duveyrier et publiée en 1931. ↩︎
  2. Edward Bellamy, Cent ans après ou l'An 2000, trad. Paul Rey (E. Dentu, 1891), pp. 54–55. ↩︎
  3. Howard Scott, le fondateur de Technocracy Inc., n'a lu le livre de Bellamy qu'après avoir lancé son mouvement, mais il l'a qualifié d'« ouvrage idéaliste et imaginatif » en 1937. Il en faisait le commentaire suivant : « C'est une tentative sincère qui mérite d'être lue, mais on ne pourrait pas concevoir un sous-marin à partir de Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne, ni un système de contrôle technique moderne à partir de Looking Backward. » ↩︎
  4. Cité dans Peter B. Petersen, « Henry Gantt and The New Machine (1916-1919) », Academy of Management Proceedings, 1986, pp. 128–132. ↩︎
  5. Peter B. Petersen, « Henry Gantt and The New Machine (1916-1919) », Academy of Management Proceedings, 1986, pp. 128–132. ↩︎
  6. Les essais de Veblen sur les ingénieurs ont été rassemblés en 1921 dans un ouvrage intitulé The Engineers and the Price System, qui a été traduit en 1971 en français sous le titre Les Ingénieurs et le capitalisme. ↩︎
  7. L'historien Henry Elsner désigne le mouvement technocratique de Scott comme un « scientisme messianique ». ↩︎
  8. Un « Comité sur la technocratie » a été créé durant l'année 1932 : il était dirigé par Walter Rautenstrauch et largement influencé par Howard Scott. ↩︎
  9. Le slogan est apparu dans Technocracy: Some Questions Answered, pamphlet édité en 1934 par Technocracy Inc. Il a été repris à de nombreuses reprises dans la propagande technocratique. ↩︎
  10. Voir Gabriel Custodiet, « H. G. Wells, prophet of Centralism », in Privacy and Utopia: A History (Amazon KDP, 2024), pp. 61–74. ↩︎
  11. Par exemple, le roman Une Utopie moderne publié en 1905, décrit comment des nobles appelés les « Samouraïs » gouvernent un État mondial « dynamique, et non statique », qui assure la « combinaison du progrès et de la stabilité politique ». Voir Une Utopie moderne, trad. Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz (éditions du Mercure de France, 1907), pp. 88, 295. ↩︎
  12. De nombreux libéraux se sont réjouis de la création de ce Department of Governement Efficiency en 2025, qui a œuvré à réduire les excès de dépense publique dans l'administration fédérale, mais il faut garder en tête que son but premier était l'efficacité de l'État fédéral, et non pas la réduction des effectifs ou la décentralisation du pouvoir. ↩︎
☐ ☆ ✇ Bitcoin.fr

Paris : Conférence BCE#2

By: La rédaction

Organisée par l’association BIP-21 (Bitcoin Île-de-France Partenaires), la deuxième édition de sa conférence Bitcoin Comprendre l’Essentiel, aura lieu les 6 et 7 juin 2026 à Paris. L’événement s’inscrit dans la continuité d’une première édition ayant rencontré un succès notable auprès de la communauté, avec l’ambition de proposer une compréhension à la fois accessible et rigoureuse […]

L’article Paris : Conférence BCE#2 est apparu en premier sur bitcoin.fr.

☐ ☆ ✇ Journal du Coin

Bitcoin et tentative d’assassinat : le week-end historique de Donald Trump

By: Magali

« Bing bing bong ». Le samedi 25 avril 2026 restera comme l’une des journées les plus surréalistes de la présidence Trump. En quelques heures seulement, Donald Trump est passé d’un discours triomphal sur le Bitcoin à Mar-a-Lago à une évacuation d’urgence sous les tirs lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington. On fait le point.

Les points clés de cet article :

  • Donald Trump a présidé une conférence crypto exclusive à Mar-a-Lago, promettant de faire des États-Unis la « capitale mondiale du crypto ».

  • Lors du White House Correspondents’ Dinner, un attentat a été déjoué, marquant une soirée de chaos et de survie pour Donald Trump.



25€ pour 100€ tradés + 10K$ de trading sans frais à la création de votre compte, ça vous tente ?
<strong>Ne ratez pas cette occasion, créez votre compte sur Bitvavo</strong>
Ne ratez pas cette occasion, créez votre compte sur Bitvavo
Lien commercial

L’ode au Bitcoin : Mar-a-Lago devient la capitale du Web3

La journée avait commencé sous le soleil de la Floride, dans l’enceinte dorée de Mar-a-Lago. Donald Trump y tenait une conférence crypto exclusive, dont l’accès était « strictement limité » aux 297 plus grands détenteurs du memecoin TRUMP, cryptomonnaie créée en son honneur.

Trump a prononcé un discours très offensif en faveur de la technologie blockchain. Devant une assemblée exclusive de grands détenteurs du memecoin TRUMP, il a réitéré sa promesse de faire des États-Unis la « capitale mondiale du crypto ». Il a notamment déclaré que les cryptomonnaies représentaient l’avenir de la puissance économique américaine.

Insistant sur le rôle stratégique du Bitcoin pour l’indépendance nationale, Trump a fustigé l’immobilisme de ses opposants, qualifiant les critiques de certains sénateurs de « vestiges d’un monde qui ne comprend pas que l’avenir est décentralisé ». Ce gala marquait l’aboutissement d’une série de politiques « crypto-friendly » lancées depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025.

Chaos au Hilton : La soirée où tout a basculé

Quelques heures après avoir quitté Palm Beach, l’ambiance a radicalement changé. Pour la première fois de sa présidence, Donald Trump participait au White House Correspondents’ Dinner à l’hôtel Hilton de Washington DC. Alors que les convives dégustaient leur entrée, le chaos a éclaté à 20h35.

Un homme de 31 ans, identifié comme Cole Tomas Allen, originaire de Torrance en Californie, a tenté de forcer un point de contrôle de sécurité. Armé d’un fusil, d’un pistolet et de plusieurs couteaux, le suspect a ouvert le feu. Selon les témoignages, des détonations ont provoqué une panique immédiate, forçant journalistes et dignitaires à se jeter sous les tables.

L’intervention des services secrets a été fulgurante. Un agent, touché à bout portant lors de l’interception, a eu la vie sauve grâce à son gilet pare-balles. Donald et Melania Trump ont été immédiatement évacués de la salle de bal. Le suspect, décrit comme un « loup solitaire », a été maîtrisé et arrêté sur place. Aucune autre victime n’est à déplorer.

Wide shot of ballroom as loud bangs are heard and President Trump is evacuated from the White House Correspondents' Association Dinner. #WHCD #WHCA #NerdProm pic.twitter.com/AUy79J9yQd

— CSPAN (@cspan) April 26, 2026

« Plan large d’une salle de bal tandis que des bruits sourds retentissent et que le président Trump est évacué du dîner de l’Association des correspondants de la Maison Blanche.»

25€ pour 100€ tradés + 10K$ de trading sans frais à la création de votre compte, ça vous tente ?
<strong>Ne ratez pas cette occasion, créez votre compte sur Bitvavo</strong>
Ne ratez pas cette occasion, créez votre compte sur Bitvavo
Lien commercial

Trump en smoking : la conférence de presse à la Maison Blanche

Vers 22h30, l’image était saisissante. Encore vêtu de son smoking de gala, Donald Trump s’est présenté devant les micros à la Maison Blanche. D’un ton grave mais combatif, il a qualifié l’incident de tentative d’assassinat. « Quand vous avez un impact, ils s’en prennent à vous », a-t-il lancé, faisant écho à l’attaque de 2024 en Pennsylvanie. Vous pouvez voir la conférence de presse complète (Trump répondant aux questions encore en smoking) sur le compte officiel C-SPAN :

President Trump answers questions about shooting at White House Correspondents' Association Dinner. pic.twitter.com/R66yeKs7lf

— CSPAN (@cspan) April 26, 2026

Le choc a traversé l’échiquier politique, tandis que sur les marchés prédictifs et les plateformes Web3, l’activité est restée frénétique toute la nuit. Le lien entre son discours pro-crypto de l’après-midi et l’attaque du soir alimente déjà les débats sur la sécurité des leaders d’opinion dans une Amérique fracturée.

Ce samedi 25 avril 2026 illustre à lui seul les deux faces de l’Amérique actuelle : d’un côté l’ambition de dominer le monde des cryptomonnaies, de l’autre la persistance de la violence politique. En échappant une nouvelle fois à une tentative d’assassinat, Donald Trump voit son statut de survivant renforcé.

Le leader européen pour investir sur les crypto c'est Bitvavo, la plateforme régulée en Europe. L'exchange offre 25€ pour 100€ tradés + 10K$ de trading sans frais à la création de votre compte !
<strong>Ne ratez pas l'occasion, créez votre compte Bitvavo</strong>
Ne ratez pas l'occasion, créez votre compte Bitvavo
Lien commercial

L’article Bitcoin et tentative d’assassinat : le week-end historique de Donald Trump est apparu en premier sur Journal du Coin.

☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

Le désir mimétique, la monnaie et le bitcoin

By: Ludovic Lars

La valeur de la monnaie est une question qui a fait couler beaucoup d'encre et qui, à l'heure de la numérisation générale, est devenue centrale. Alors que l'argent perd peu à peu sa forme physique, il est légitime de se demander si nous ne sommes pas en train de faire fausse route, en faisant de la monnaie une chose purement fiduciaire. N'a-t-on pas bâti un château de cartes en abandonnant toute référence à l'or en 1971 ? N'est-on pas en train de construire sur du sable en payant de plus en plus de façon dématérialisée ?

Un élément de réponse est fourni par la théorie du désir mimétique, qui a été formulée par le philosophe français René Girard au début des années 1960. Cette théorie, qui fait jouer à l'imitation un rôle central dans le mécanisme du désir, a ensuite été appliquée à l'économie et donc à la monnaie. En outre, elle permet d'expliquer l'existence de cet objet étrange qu'est Bitcoin, lequel vient remettre en question les grandes théories de l'origine de la valeur de la monnaie. C'est pourquoi nous nous y intéressons dans cet article.

Aussi disponible sur Substack : https://preuvesdetravail.substack.com/p/desir-mimetique-monnaie-bitcoin

Le mimétisme du désir

La théorie du désir mimétique postule que le désir humain, loin d'être une émanation autonome, est entièrement issu de l'imitation. Elle a été élaborée par le philosophe français René Girard, auteur de renom devenu membre de l'Académie française à la fin de sa vie. Ce dernier a fait toute sa carrière aux États-Unis, où il a enseigné la littérature comparée dans plusieurs universités (Johns-Hopkins, Buffalo, Stanford). Il a développé sa thèse centrale du désir et du sacrifice dans les années 60 et 70 au sein de trois ouvrages fondateurs : Mensonge romantique et Vérité romanesque, publié en 1961, où il décrivait ce qu'il appellerait plus tard le désir mimétique ; La Violence et le Sacré, publié en 1972, où il avançait que le sacrifice humain constituait un mécanisme régulateur dans les sociétés archaïques ; et Des choses cachées depuis la fondation du monde, publié en 1978, où il soutenait que la révélation chrétienne avait permis de mettre au jour ce mécanisme et de s'en défaire partiellement. C'est grâce à ce dernier livre que Girard s'est fait connaitre auprès du grand public, passant notamment cette année-là dans l'émission de télévision Apostrophes animée par Bernard Pivot.

René Girard dans l'émission Apostrophes en juin 1978 (source : INA)

La théorie du désir mimétique, ou plutôt du « mimétisme du désir », est exposée dans le livre Mensonge romantique et vérité romanesque. Dans ce livre, Girard réalise une exégèse comparée de différentes grandes œuvres littéraires1 pour montrer que le désir n'est pas « spontané » ou autonome comme le présupposait le mouvement romantique (c'est le « mensonge romantique » du titre), mais « métaphysique » ou mimétique comme le dévoilent les grands romanciers (d'où le fait qu'il parle de « vérité romanesque »). Pour lui, le désir n'est pas « linéaire », dans le sens où le sujet désirerait l'objet sans ingérence extérieure, mais « triangulaire » : le sujet désire un objet parce qu'il perçoit le désir d'un autre pour cet objet. « À l’origine d’un désir il y a toujours, dit-il, le spectacle d’un autre désir, réel ou illusoire. » Les disputes d'enfants autour d'un jouet, les situations de triangle amoureux ou encore le phénomène du snobisme, en sont les manifestations les plus visibles.

À l'exception des « besoins » fondamentaux qui sont purement instinctifs, le désir de l'homme est strictement soumis à cette loi : « Seul le désir de l'Autre peut engendrer le désir. » Le désir dépend donc d'un modèle, que Girard appelle un « médiateur ». On désire « selon l'Autre » et non « selon Soi ».

Le désir triangulaire selon René Girard (source : ggpphilo)

La seule distinction caractéristique que l'on puisse établir est la proximité « spirituelle » du médiateur : cette distinction « ne porte pas sur l'essence du désir mais sur la distance entre médiateur et sujet désirant ». Il y a d'abord ce que Girard appelle la médiation externe : le modèle-médiateur est suffisamment éloigné du sujet pour que le désir du second n'influence pas celui du premier. C'est typiquement ce qui se passe dans la relation entre un père et son fils : puisque l'enfant apprend par imitation, il copie le désir de ses parents sans pour autant interférer dans leur propre désir, du moins la plupart du temps. On peut aussi penser au cas où une personne admire quelqu'un appartenant à un milieu social complètement différent, avec lequel elle n'interagira jamais. Un dernier exemple est celui que Girard cite dans son livre : Don Quichotte, qui a pris pour modèle Amadis de Gaule, personnage d'un roman de chevalerie publié un siècle auparavant. Cette médiation éloignée est généralement saine pour l'individu, car elle n'engendre pas de rivalité.

En revanche, il existe aussi ce que Girard nomme la médiation interne, et qui s'avère bien plus délicate. Il s'agit d'une situation où les deux personnes interagissent sur le même plan socialement parlant, si bien que leurs désirs s'influencent l'un l'autre. Dans ce cas, le médiateur devient lui aussi sujet désirant en copiant le désir du sujet initial. Cette situation crée une rivalité entre les deux personnes pour l'objet convoité, ce qui peut occasionner des passions communes comme l'envie, la jalousie ou la haine. Le ressentiment nietzschéen tel que présenté en 1912 par Max Scheler dans L'Homme du ressentiment (dont Girard s'inspire beaucoup) est également de cet acabit.

Comme par résonance, le désir est renforcé par la proximité entre les deux personnes : « Le désir se fait donc toujours plus intense à mesure que le médiateur se rapproche du sujet désirant. » Et plus la distance est faible, plus ce phénomène s'emballe, ce qui peut conduire à un conflit. Par exemple, la rivalité fraternelle au sein de la famille peut donner lieu à des violences, voire au meurtre comme l'illustre l'épisode d'Abel et Caïn dans la Genèse.

Titien, Caïn et Abel, 1542–1544 (source : Wikimedia)

La nature mimétique du désir a de nombreuses conséquences sur le comportement humain, que René Girard s'est évertué à explorer tout au long de sa carrière. L'aspect qui nous intéresse ici est son application aux biens économiques et au fondement de la valeur.

L'effet Veblen

On présente parfois l'économie comme la science qui étudie la gestion de la rareté2. Sans cette insuffisance, sans cette « avarice de la nature », il n'y aurait pas besoin de s'interroger sur la production et l'échange des biens, car ces derniers seraient tous disponibles à profusion. La notion de rareté est ainsi indissociable de la discipline économique.

Plus encore, l'économie traite en particulier des biens qui sont dits « rivaux », c'est-à-dire qui ne peuvent pas être dupliqués, et dont la consommation déprécie donc l'utilité apportée aux autres personnes. Les produits physiques en sont les exemples les plus parlants : la consommation d'une baguette de pain va diminuer l'utilité globale des baguettes de pain (il y en aura une de moins). À l'inverse, la télévision hertzienne ou un fichier numérique dont le contenu appartient au domaine public ne constituent pas des biens rivaux. Cette propriété de rivalité économique peut s'accompagner d'une rivalité comportementale dans le cas où plusieurs acteurs convoitent la chose en question. C'est dans cette situation que le mécanisme du désir mimétique est le plus visible.

À la fin du XIXe siècle, l'économiste et sociologue américain Thorstein Veblen, darwiniste et technocrate, a étudié la « rivalité pécuniaire » (pecuniary emulation) qui existait au sein de la société de son temps, et les effets qu'elle avait sur les comportement des gens3. En 1899, dans un ouvrage intitulé The Theory of the Leisure Class (qui serait traduit en français en 1970 sous le nom Théorie de la classe de loisir), il exposait les concepts de « loisir ostentatoire » et de « consommation ostentatoire », qui pouvaient s'observer dans les familles les plus aisées. Il remarquait que l'élite de son temps avait tendance à privilégier les loisirs les moins productifs économiquement, afin de démontrer sa supériorité par rapport au reste de la société : le « fait de s'abstenir ostensiblement de travailler » était « le signe conventionnel d'une réussite financière supérieure et l'indicateur usuel d'une bonne réputation ». De même, cette élite cherchait à consommer les biens les plus chers ou les plus inaccessibles — les biens de luxe — afin de se démarquer des classes inférieures : « La consommation de ces biens de meilleure qualité étant une preuve de richesse, elle revêt un caractère honorifique. » Cette pratique dérivait directement de l'origine prédatrice de la noblesse, qui tirait sa richesse et son prestige de l'activité guerrière, et pour qui l'activité « industrielle » était rabaissante.

Thorstein Veblen en 1901 (source : MNopedia)

Ces effets sont très visibles dans les sociétés de castes persistantes, comme en Inde. Mais cela ne signifie pas qu'ils disparaissent à mesure que l'« égalitarisme » progresse : ils se diffusent dans toute la société, une classe copiant celle du dessus, et ainsi de suite. On peut le voir avec le phénomène du snobisme qui, dans son sens originel, désigne l'imitation de la classe noble par la classe bourgeoise « parvenue », cette dernière lui enviant son prestige. Comme le fait remarquer Veblen : « Dans les sociétés modernes civilisées, les frontières entre les classes sociales sont devenues floues et éphémères, et partout où cela se produit, la norme de respectabilité imposée par la classe supérieure étend son influence coercitive, sans rencontrer d’obstacles notables, à travers toute la structure sociale jusqu'aux couches les plus basses. »

L'analyse de Thorstein Veblen est notamment connue grâce à l'effet économique à qui il a donné son nom, l'effet Veblen, selon lequel la consommation de certains biens (contrairement à celle des biens normaux) augmente avec leur prix. Selon cet effet, plus ces biens sont chers (et donc réservés à une élite), plus la demande est forte ; moins ils sont onéreux (et donc accessibles au commun des mortels), moins la demande est élevée. Cet effet concerne évidemment les produits de luxe dans leur ensemble (mis en avant par Veblen) : les vins fins, la haute gastronomie, l'argenterie, les vêtements de créateurs, les bijoux, les voitures de luxe, les œuvres d'art, etc. Il écrit :

« La satisfaction supérieure que l'on tire de l'utilisation et de la contemplation de produits coûteux et prétendument beaux est, en général, dans une large mesure, une satisfaction de notre sens du luxe déguisée sous le nom de beauté. Notre appréciation plus élevée de l'objet de qualité supérieure est une appréciation de son caractère prestigieux, bien plus souvent qu'une simple appréciation de sa beauté. »

Illustration de l'effet Veblen sur la demande (source : Wikimedia)

Cet effet Veblen, qui a été décliné en plusieurs variantes comme l'« effet de snobisme » (snob effect) ou l'« effet de mode » (bandwagon effect), est une conséquence directe du désir mimétique. Le mimétisme du désir fait que l'intérêt que nous portons à un bien dépend du désir qu'éprouvent nos modèles pour ce bien, d'où ce comportement à première vue étrange des consommateurs. René Girard lui-même faisait remarquer dans son premier livre que la notion de consommation ostentatoire de Veblen était « déjà triangulaire » ; lui n'a fait que généraliser cette analyse à toute la société, et à tous les domaines de la vie humaine.

Le désir mimétique explique en particulier le succès de la publicité, qui met bien souvent en scène une personne à laquelle nous voudrions ressembler, parce qu'elle présente des caractéristiques physiques que nous valorisons (comme un mannequin), ou bien parce qu'elle a des qualités morales que nous apprécions (comme une célébrité). Le placement de produit, qui s'est généralisé avec le développement des réseaux sociaux, accroit cet effet : la personne qui nous suivons — le médiateur — est plus proche et donc le désir est d'autant plus intense. Ainsi, dans une société où la médiation interne prend une place de plus en plus importante, la publicité devient omniprésente et indistincte des relations sociales normales.

La médiation interne généralisée a pour conséquence de générer de véritables vagues de désir, que nous connaissons dans le domaine financier sous le nom de bulles spéculatives. Une bulle est une situation où le prix d'un bien sur le marché devient anormalement élevé par rapport à son utilité « objective » ou « fondamentale », et augmente de façon exponentielle, jusqu'à un éventuel éclatement qui arrive si une telle utilité n'est pas apparue entretemps. L'éclatement de la bulle est d'autant plus violent que le spectacle des gens se détournant de l'objet annule le propre désir du spéculateur, qui se résout à vendre ce qu'il possède (n'ayant jamais eu l'intention de le consommer lui-même). Ce phénomène d'engouement peut porter sur une marchandise (la bulle de l'argent lors de l'hiver 1979–1980), une action (la bulle Internet en 1999–2000 qui portait sur les « valeurs technologiques »), ou des biens de collection comme les cartes Pokémon et les non-fungible tokens (qui se rappelle des cryptopunks ?)

On pourrait se dire que ces vagues de désir sont strictement mauvaises. En effet, de nombreuses personnes profitent de ce type de bulle pour faire de l'argent sur le dos de personnes prisonnières du désir des autres. Mais il est un domaine où la médiation interne contribue de façon bénéfique : c'est la monnaie, qui constitue un phénomène mimétique par nature.

La monnaie comme institution mimétique

De nombreuses personnes ont suivi le sillon de René Girard en reprenant sa théorie du désir mimétique au sein de diverses disciplines, aux États-Unis et ailleurs. Ç'a été le cas de l'économiste français André Orléan, marxiste revendiqué, promoteur de la théorie de la régulation dans les années 1970 et cofondateur du courant de l'« institutionnalisme monétaire » dans les années 1990. En 1982, il a utilisé le modèle girardien pour l'appliquer à la monnaie dans un livre intitulé La Violence de la monnaie, corédigé avec son confrère Michel Aglietta et préfacé par Jacques Attali. Il a poursuivi ses observations dans d'autres ouvrages, et en particulier dans L'Empire de la valeur, publié en 2011 à la suite de la crise financière mondiale.

André Orléan en 2017 (source : Emmanuel Robert-Espalieu pour L'Humanité)

Le propos d'André Orléan dans ce dernier livre est de remettre en cause la « séparation marchande » de l'école néoclassique (liée notamment à l'économiste Léon Walras), selon laquelle le consommateur « sait avec certitude ce qu'il veut » si bien que « les autres sont sans influence sur ses choix ». Il se réfère à Girard et à Veblen pour décréter que « l'individu ne sait pas ce qu'il veut » et « n'est pas maître de ses attirances ». Certes, les préférences économiques apparaissent souvent comme exogènes et fixes en raison de la médiation externe, situation où « le modèle est en surplomb et son désir est indépendant de celui du sujet » ; mais les situations de médiation interne compliquent considérablement les choses, engendrant les effets d'engouement et de répulsion que nous avons évoqués.

Au sujet de la monnaie, Orléan soutient qu'elle est le fait d'une « élection mimétique » et qu'elle est issue de la polarisation des désirs des acteurs d'une société. Empruntant la méthodologie de Carl Menger (On the Origin of Money, 1892), l'économiste français dresse ainsi une « genèse conceptuelle de la monnaie », où il décrit le mécanisme qui mène à l'apparition d'une seule monnaie au sein d'une communauté. Ce n'est pas une description historique (Orléan défend l'idée que c'est la monnaie qui fonde l'économie marchande et non l'inverse), mais elle permet néanmoins de saisir ce qui constitue la solidité (et l'éventuelle faiblesse) de l'institution monétaire.

Voici comment il la décrit : Dans une communauté hypothétique, l'appropriation privée des biens engendre un désir mimétique pour ces biens, et les biens les plus rares sont considérés comme particulièrement enviables (ceux qui se les approprient attisent l'avidité en tant qu'obstacles). Ces biens ne sont pas essentiellement désirés pour leur beauté ou pour leurs propriétés intrinsèques, mais parce qu'ils sont convoités par les autres. Une polarisation s'effectue ainsi en plusieurs endroits de la communauté autour de biens qui deviennent ainsi liquides, c'est-à-dire qu'ils sont demandés par un grand nombre de personnes dans l'échange. Ces biens liquides, prenant le rôle d'intermédiaires d'échange au fil du temps, en viennent à se faire concurrence à mesure que la communauté devient une société marchande. Il s'ensuit une période de conflit où chaque groupe essaie de faire accepter son intermédiaire d'échange à l'autre. Une monnaie émerge vainqueure et les autres intermédiaires d'échange sont abandonnés.

Cette genèse conceptuelle permet de se représenter que l'institution monétaire est profondément mimétique. On veut de la monnaie parce que les autres en veulent, même s'il elle constitue initialement un bien comme un autre. La « prime monétaire4 » du bien en question, qui grandit à mesure qu'il est adopté comme monnaie, est la manifestation de cet aspect mimétique. Il s'agit ainsi, en quelque sorte, d'une bulle spéculative qui s'est institutionnalisée.

D'après André Orléan, la monnaie est une « unité de compte élue par un collectif », collectif qu'il appelle la « communauté de paiement », dont la valeur repose sur la confiance que lui portent les participants. Cette façon de voir les choses est ce qu'il nomme l'approche institutionnaliste de la monnaie, qu'on peut résumer par la phrase « ni marchandise, ni État, ni contrat, mais confiance ». Selon cette approche, la monnaie n'a pas besoin d'être une marchandise qui aurait une « valeur intrinsèque », à savoir une utilité objective, tel que le professent les partisans des métaux précieux et une partie de l'école autrichienne d'économie. Elle ne nécessite pas d'un soutien coercitif de l'État, tel que le soutiennent les chartalistes et la Modern Monetary Theory  : le retour de l'or et de l'argent après l'épisode des assignats lors de la révolution française l'illustre. Elle n'a pas non plus à être du crédit ou de la dette, une conception exposée par Alfred Mitchell-Innes au début du XXe siècle.

Les trois types de « monnaie au sens strict » selon Ludwig von Mises, qui reflètent les trois grandes théories de l'origine de la valeur de la monnaie (source : Harold E. Batson dans The Theory of Money and Credit, 1953)

La fondation mimétique de la monnaie explique aussi sa chute violente, à savoir l'hyperinflation. En effet, l'hyperinflation n'est pas une lente destruction de valeur ; c'est un phénomène d'emballement, similaire à l'éclatement d'une bulle, qui ne se calme pas tant que la confiance n'est pas restaurée. Les gens se débarrassent de leur « monnaie » autant qu'ils le peuvent, se réfugiant vers d'autres objets monétaires en lesquels ils croient davantage. L'hyperinflation n'est plus la conséquence de l'impression monétaire démesurée ; mais la cause de celle-ci, les pouvoirs publics ayant du mal à ajuster la quantité de monnaie pour en maintenir la liquidité.

La menace de ce type de crise monétaire explique les politiques des États et des banques centrales. Il ne faut surtout pas que le grand public commence à douter de la valeur de la monnaie. D'où l'injonction qui existe à ne pas remettre en cause la solidité de la monnaie5.

Le bitcoin et la spéculation

L'émergence du bitcoin à partir de 2010 n'a pas manqué d'étonner les théoriciens de la monnaie. En effet, il n'avait aucune utilité objective hors de sa propension à servir d'intermédiaire d'échange, n'était imposé par aucune autorité politique et n'était pas lié à un autre bien par crédit ou adossement. Par conséquent, beaucoup de ces théoriciens lui ont dénié sa monétarité6, ou ont cherché à le faire rentrer de force dans leur classification7.

Cependant, le bitcoin était quelque chose de nouveau, un instrument reposant sur la confiance accordée à son réseau de commerçants (je l'ai qualifié de « monnaie fiduciaire distribuée » et de « monnaie réticulaire » dans L'Élégance de Bitcoin). En cela, il représentait une preuve concrète de la théorie d'André Orléan, ce que ce dernier n'a pas manqué de faire remarquer dans un article de 2019 intitulé « La communauté Bitcoin », où il écrivait : « La monnaie est avant tout un lien social, dont le fondement n'est pas dans l'État, mais dans la communauté de paiement, ce que confirme le bitcoin. »

La première monétisation du bitcoin a en particulier bénéficié de la spéculation financière qui, comme on l'a dit, a un caractère profondément mimétique. Beaucoup de gens s'en sont procuré parce qu'ils pensaient pouvoir le revendre plus haut à quelqu'un qui le valoriserait comme tel. Cette caractéristique, largement amplifiée par la fameuse limite des 21 millions, était pressentie par Satoshi Nakamoto, qui écrivait en 2009 :

« À mesure que le nombre d'utilisateurs croît, la valeur par pièce augmente. Cela est susceptible de créer une boucle de rétroaction positive : plus les utilisateurs sont nombreux, plus la valeur augmente, ce qui peut attirer davantage d'utilisateurs désireux de profiter de cette hausse. »

Cette « boucle de rétroaction positive » a créé un emballement qui s'est maintenu au fil des années, le taux de change contre le dollar étant passé de 0,001 $ en octobre 2009 à 126 000 $ en 2025. Comme le disait André Orléan en 2021, dans le documentaire René Girard, la vérité mimétique réalisé par KTO :

« Le bitcoin est entièrement un phénomène mimétique. Il est lié intégralement au fait que chacun pense que les autres vont accepter le bitcoin plus tard, et donc il est une pure croyance. J'y vois une espèce de preuve empirique de la puissance du mimétisme sur les marchés financiers. »

Ainsi, ceux qui le qualifient de « bulle spéculative » n'ont pas forcément tort : en tant que monnaie (ou pseudomonnaie si l'on veut être pointilleux), le bitcoin est nécessairement une sorte de « bulle », en ce que sa valeur excède largement son utilité objective non monétaire, qui est quasi nulle. Il possède une prime monétaire provenant du fait que les gens lui accordent leur confiance en l'acceptant dans l'échange.

En fait, la question est surtout de savoir si cette confiance accordée au bitcoin est stable et durable, ou si elle va s'effondrer brutalement, comme le sous-entendent ceux qui le dénigrent. Le bitcoin peut en effet « exploser », dans le sens où les grands acteurs financiers qui l'utilisent aujourd'hui comme actif de réserve peuvent s'en détourner du jour au lendemain, ne serait-ce pour des raisons légales. Dans ce cas, les « détenteurs du dimanche » en feraient de même, et seuls les partisans les plus convaincus de la cryptomonnaie resteraient, le prix du bitcoin ne représentant qu'une infime fraction de ce qu'il était auparavant.

Pour éviter (ou du moins atténuer) ce genre de catastrophe, il serait nécessaire de faire en sorte de changer la vision qu'ont les gens du bitcoin. Actuellement, il est largement considéré comme un actif spéculatif permettant de s'enrichir, une conception qui a été bonne pour l'amorçage du système, mais qui est depuis devenue son talon d'Achille. Il serait ainsi judicieux de restaurer un équilibre : par exemple en faisant en sorte qu'il soit également perçu comme un moyen d'échange résistant à la censure, un outil servant à effectuer des transactions sensibles. À l'heure où la monnaie officielle se numérise davantage par le biais de l'euro numérique et des stablecoins et où l'argent liquide physique disparait progressivement, il me semble crucial que cette vision d'un argent liquide électronique se propage.

Un tel changement du discours demande un long travail de communication. Mais il se produira au cours du temps, l'incroyable ascension du pouvoir d'achat du bitcoin devant s'arrêter un jour. En attendant, montrer l'exemple constitue une méthode efficace pour promouvoir la vision d'un argent liquide électronique : puisque le désir est mimétique, l'accepter et le dépenser dans notre vie de tous les jours donnera envie aux autres de faire de même. La pratique personnelle est après tout la meilleure manière de changer le monde.


Références et notes

René Girard, Mensonge romantique et Vérité romanesque (Librairie Arthème Fayard, 2010)
Thorstein Veblen, The Theory of the Leisure Class: An Economic Study of Institutions (Oxford University Press, 2009)
André Orléan, L'Empire de la valeur : Refonder l'économie (Éditions du Seuil, 2011)

Illustration : tirée du film The Double réalisé par en 2013 (via Metrograph). Texte : écrit intégralement sans LLM.

  1. Parmi les grandes œuvres romanesques étudiées par Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque, on retrouve (entre autres) Don Quichotte de Miguel de Cervantès, Le Rouge et le Noir de Stendhal, Madame Bovary de Gustave Flaubert, La Recherche de Marcel Proust et Les Carnets du sous-sol de Fiodor Dostoïevski. ↩︎
  2. « L'économie est la science qui étudie le comportement humain comme une relation entre des fins et des moyens rares pouvant avoir plusieurs utilisations. » — Lionel Robbins dans An Essay on the Nature and Significance of Economic Science, publié en 1932 chez Macmillan & Co, p. 15. ↩︎
  3. Thorstein Veblen jugeait que la propension à la rivalité, à l'exception de l'instinct de préservation, représentait « le plus puissant, le plus constamment actif, le plus infatigable des moteurs de la vie économique » (voir op.cit., p. 75). ↩︎
  4. La « prime monétaire » est l'appellation utilisée par les bitcoineurs pour désigner la différence entre le pouvoir d'achat de la monnaie et son utilité non monétaire. Voir Lyn Alden, Rupture monétaire (Konsensus Network, 2025), pp. 22–23. ↩︎
  5. On peut penser à l'article 1er de la loi du 18 août 1836 réprimant les atteintes au crédit de la nation, qui punit jusqu'à deux ans de prison et 9 000 euros d'amende quiconque qui, « par des voies ou des moyens quelconques, aura sciemment répandu dans le public des faits faux ou des allégations mensongères de nature à ébranler directement ou indirectement sa confiance dans la solidité de la monnaie ». ↩︎
  6. Pour Brett Scott, partisan de la MMT, le bitcoin n'est qu'un « jeton » servant au « commerce de compensation ». Voir Cloud Money (Vintage, 2023), pp. 208–210. ↩︎
  7. Dans un article de 2014, Konrad S. Graf, partisan de l'école autrichienne, affirme que le bitcoin est une « monnaie-marchandise » (commodity money). Cette classification comme commodity, bien que discutable, a été reprise aux États-Unis par les agences de règlementation financière comme la CFTC et la SEC. ↩︎
☐ ☆ ✇ 21 Millions - Capital

📣 La Base – Rachid Arhab #5

By: Prisma Media
[SPONSORISÉ]

Journaliste, reporter, ancien membre du CSA, Rachid Arhab est le symbole d'intégration qui ne demande pas mais qui s'impose. Né du mélange des cultures, formé par la rigueur du terrain et animé par une envie farouche de transmettre, il porte une vision rare : celle d’un monde où la vérité n’est pas une arme mais un pont. Dans cet épisode, il raconte comment rester soi, comment lutter contre les récits tordus, et comment ouvrir la voie à ceux qui arrivent après. 


Les 4 valeurs qui ont porté sa carrière et qu’il a appris des quartiers, peuvent se résumer un mot chacune : 

l’intégrité, comme discipline quotidienne

la transmission comme devoir

la vérité comme boussole

l’ouverture comme posture. 


Le mot de la fin de cette saison est peut-être son conseil final à ceux qui entreprennent : garder l'esprit ouvert, la nuance est une force.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.

☐ ☆ ✇ 21 Millions - Capital

📣 La Base – Amelle Chahbi #4

By: Prisma Media
[SPONSORISÉ]

Dans cet épisode, Sami Biasoni reçoit Amelle Chahbi, humoriste, autrice, comédienne et réalisatrice française, révélée par le Jamel Comedy Club et devenue une voix singulière de l’humour et de la scène française.


Amelle incarne un lexique de valeurs inspirées de la “base” — l’observation,l’authenticité, la culture .


Dans cet échange, elle raconte comment elle a tiré de ses débuts sur scènes ouvertes parisiennes et de son sketch culte Les Michetonneuses une posture d’artiste qui refuse les cases toutes faites ; comment elle a fait de l’humour un outil d’analyse et de critique sociale ; et comment, du stand-up au théâtre puis au cinéma avec Amour sur place ou à emporter, elle a élargi son terrain d’expression sans jamais renier ses racines.


Un épisode à la fois drôle et lucide, où Amelle transforme les codes et les tensions de la base en un véritable lexique d’entrepreneuriat culturel : du rire comme boussole à l’imagination de récits qui redéfinissent la visibilité et l’influence


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.

☐ ☆ ✇ Journal du Coin

Bundles Crypto : décryptage et top 3 des meilleures plateformes

By: Scrypto

Vous voulez investir dans les cryptomonnaies, mais le choix parmi des milliers d’actifs, la volatilité et la complexité technique vous paralysent ? Vous n’êtes pas seul. La surcharge d’informations et la peur de mettre tous ses œufs dans le même panier découragent de nombreuses personnes.

Heureusement, une solution simple existe : les Bundles crypto. Ces portefeuilles thématiques pré-construits sont à la cryptosphère ce que les ETF sont à la finance traditionnelle. En un clic, vous investissez de manière diversifiée et automatique sur un secteur (comme la DeFi ou le gaming), sans avoir à sélectionner chaque actif.

Dans cet article, nous décrypterons ce concept révolutionnaire pour vous guider pas à pas. Vous découvrirez comment fonctionnent les bundles, leurs avantages et leurs limites. On vous proposera aussi un comparatif approfondi des trois meilleures plateformes du marché pour en acquérir. C’est parti !

Temps de lecture estimé : 22 minutes

Les Bundles crypto démystifiées

Derrière le terme marketing qui sonne bien, se cache un outil financier structuré. Voyons ensemble en quoi il consiste.

En français, le mot « bundle » peut se traduire par « bouquet », « paquet », « lot » ou encore « ensemble ». Un bundle est un portefeuille d’investissement prêt-à-investir, diversifié, pondéré et généralement rééquilibré automatiquement autour d’une thématique ou d’une stratégie précise. Ce n’est pas un produit financier nouveau (comme un token), mais une composition intelligente d’actifs existants.

Concrètement, comment ça marche ?

Outils crypto

Quelle que soit la plateforme choisie, la démarche reste la même :

  • Achat en un clic : vous choisissez un thème, par exemple « DeFi », et vous déterminez le montant que vous souhaitez investir ;
  • Répartition automatique : votre capital est instantanément divisé et converti en parts de chaque cryptomonnaie composant le bundle, selon une pondération prédéfinie (par exemple 40 % de BTC, 30% d’ETH, 20 % de SOL, 10 % de HYPE). Pas besoin de multiplier les transactions sur le marché spot.
  • Gestion passive et automatique : la volatilité des cours des cryptomonnaies peut rapidement déséquilibrer un portefeuille. Les bundles sont très souvent programmés pour être rééquilibrés périodiquement (hebdomadaire, mensuel, trimestriel…). Tout est automatique : certains actifs peuvent être vendus ou achetés pour coller aux objectifs du bundle. Par exemple, le bundle « Cryptos de premier plan » de Kraken contient 10 % de chacune des 10 cryptos les plus capitalisées. Si certains jetons sont remplacés par d’autres dans le top 10, le bundle suit le marché.

Mais qui construit ces kits ? Ce sont les équipes d’analystes et de gestionnaires de produits des plateformes. Leur rôle est crucial : ils définissent la thèse d’investissement, sélectionnent les actifs selon des critères stricts (capitalisation, liquidité, utilité), établissent les pondérations et programment le rééquilibrage. Vous faites donc appel à leur expertise, comme vous le feriez avec un gérant de fonds traditionnel.

Les avantages offerts par les Bundles

Les bundles ne simplifient pas seulement l’investissement. Ils offrent toute une palette d’avantages :

  • Simplicité et accessibilité radicales : ils éliminent le plus gros obstacle : la paralysie du choix. Plus besoin d’analyser des centaines de projets. L’investisseur délègue la sélection et peut se concentrer sur une vision macro (croire à l’avenir de la finance décentralisée, par exemple) plutôt que sur de la micro-analyse.
  • Diversification Instantanée : c’est l’une des règles d’or de tout investissement sensé. Un bundle l’applique par défaut. Au lieu de risquer 100% de son capital sur la performance d’un seul token, un bundle le répartit sur plusieurs actifs d’une même tendance. Cela réduit considérablement le risque lié à un projet spécifique qui pourrait échouer, tout en conservant l’exposition au potentiel du secteur.
  • Gestion passive et automatique : déjà évoqués plus haut, ces avantages vous permettent de dégager quelque chose de précieux : du temps. Et si, comme certains, vous considérez que « le temps c’est de l’argent », cela fait des Bundles des produits encore plus rentables.
  • Une approche pédagogique : avec les Bundle, investir devient un vecteur d’apprentissage. En choisissant un bundle « DeFi » ou « Oracles », l’investisseur s’intéresse naturellement aux projets derrière les tokens.
  • Des fonds qui restent liquides : contrairement au staking ou à d’autres produits d’investissement qui exigent un temps d’engagement minimum et/ou un délai pour pouvoir récupérer son argent, les bundles offrent une véritable flexibilité. Vous pouvez acheter ou vendre à tout moment sans contraintes.

Les limites et points de vigilance

Aussi séduisants soient-ils, les bundles ne sont pas non plus magiques ou parfaits. Une approche éclairée impose de connaître leurs limites.

  • Le coût de la simplicité : les frais. la gestion automatique a un prix. La plupart des plateformes appliquent un frais de gestion (mais pas toutes), prélevé sur les actifs sous gestion. À cela peuvent s’ajouter des frais d’entrée ou de sortie (souvent les mêmes frais que pour un ordre d’achat ou de vente de jeton classique). Il est impératif de comparer ces coûts, car ils grignotent la performance sur le long terme.
  • Le manque de personnalisation : un bundle est un produit « prêt-à-porter ». Si vous êtes convaincu que l’un des 10 actifs du bundle « IA & Blockchain » est un mauvais choix, vous ne pouvez pas l’exclure. Vous achetez l’ensemble, tel quel. Pour les investisseurs avancés ayant des convictions fortes, cette rigidité peut être frustrante.
  • Un outil de diversification, pas de surperformance : il faut chasser une idée reçue : un bundle bien diversifié suivra presque mécaniquement la performance moyenne de sa thématique. Il est conçu pour capturer la tendance du secteur, pas pour « battre le marché ». Son objectif premier est de réduire le risque, pas de maximiser les gains à tout prix. En période de bulle sur un secteur précis, un token unique pourra toujours surperformer son bundle de référence.

Ainsi, le bundle crypto est un compromis intelligent : on échange une partie du contrôle et du potentiel de gains extrêmes contre de la sérénité, de la diversification et un gain de temps considérable. C’est l’outil par excellence pour transformer une intention d’investissement en une exposition au marché structurée et disciplinée.

Critères d’analyse pour choisir la bonne plateforme

Face à une offre toujours croissante, tous les bundles ne se valent pas, et encore moins les plateformes qui les proposent. Pour vous aider à naviguer entre les promesses marketing, voici les six critères fondamentaux qui nous permettront de comparer objectivement. Qu’il s’agisse de Finst, Kraken, SwissBorg ou d’une autre, les examiner c’est s’assurer que votre choix correspond à vos besoins et à votre philosophie d’investisseur.

  • Variété et qualité des thèmes : au-delà du simple nombre, c’est la pertinence et la profondeur des thèmes qui comptent. Cherchez-vous des bundles d’introduction génériques (« Cryptos Essentielles ») ou des niches pointues (« Tokens de Jeux Play-to-Earn ») ? La mise à jour régulière de la composition est aussi un gage de sérieux, prouvant que la plateforme adapte ses portefeuilles à l’évolution rapide du marché.
  • Transparence et méthodologie : c’est un véritable critère de confiance. Une plateforme digne de ce nom doit clairement expliquer pourquoi chaque actif est présent, selon quels critères (capitalisation, volume, innovation, etc.), et avec quelle pondération. La fréquence et les règles de rééquilibrage doivent être publiques et compréhensibles. Cette transparence est votre seule garantie contre un simple assemblage marketing hasardeux ou une tentative cachée de vente de projets soutenus par la palteforme.
  • Coûts et frais : souvent négligés de prime abord, ils impactent largement les performances de votre investissement sur le long terme. Il faut distinguer trois niveaux :
    • Les frais d’achat/vente du bundle.
    • Les frais de gestion.
    • Les frais de dépot/retrait pour pouvoir investir et récupérer vos avoirs en cas de besoin.
  • Expérience utilisateur : l’interface doit être au service de la simplicité promise par les bundles. L’achat est-il vraiment intuitif ? Le suivi de la performance et de la composition du portefeuille est-il clair ? Une bonne UX réduit le stress et permet de se concentrer sur l’essentiel : votre stratégie.
  • Sécurité et réputation : vous confiez votre capital à une plateforme, qui a souvent plutôt vocation à assurer des échanges qu’à stocker des capitaux. Son historique est donc crucial. Quelle est sa réputation sur le marché ? A-t-elle subi des piratages ? Comment sécurise-t-elle les actifs (majorité en stockage « cold wallet ») ? Est-elle régulée dans des juridictions sérieuses ? Ces questions sont non négociables.
  • Public visé : enfin, demandez-vous à qui la plateforme parle vraiment. S’adresse-t-elle au débutant absolu avec un parcours éducatif intégré ? Cible-t-elle l’investisseur averti cherchant simplement à gagner du temps sur la gestion de son portefeuille ? Ou vise-t-elle l’ambition d’un wealth management premium ? Votre niveau de confort et d’expertise doit rencontrer celui de la plateforme.

En gardant ces six clés d’analyse en tête, vous pourrez dépasser le simple argument de la simplicité et choisir la plateforme dont l’offre de bundles est non seulement pratique, mais aussi robuste, transparente et adaptée à votre profil. C’est cette grille de lecture que nous appliquerons maintenant à nos trois candidats.

Comparatif approfondi des 3 meilleures plateformes

Finst : parfait pour le premier pas Européen

Née de l’expérience des fondateurs du courtier en ligne DEGIRO, la plateforme néerlandaise Finst incarne une philosophie claire : démocratiser l’investissement crypto en le rendant accessible, pédagogique et extrêmement compétitif en matière de frais. Enregistrée auprès des autorités néerlandaises (DNB) et détentrice de la licence européenne MiCA, Finst mise sur la transparence réglementaire pour bâtir la confiance, un atout majeur pour les débutants.

Jusqu'au 28 février 2026, ouvrez votre compte Finst et recevez 20€ en Bitcoin !
<strong>Créer un compte Finst en 5 minutes</strong>
Créer un compte Finst en 5 minutes
Lien commercial

Une offre de bundles structurée

Finst a placé ses Crypto Bundles au cœur de son offre. Sa gamme, bien que moins étendue que celle des autres plateformes de ce comparatif, est remarquablement bien pensée et se divise en deux catégories distinctes :

  1. La sélection par capitalisation : pour une exposition simple au marché. Du « Top 2 » (Bitcoin et Ethereum) au « Top 25 », en passant par le « Top 5 », le « Top 10 » et le « CCoindesk 20 » ces bundles permettent de couvrir jusqu’à 94 % du marché crypto en suivant une logique passive, similaire à un indice boursier.
  2. Les thématiques sectorielles : pour une exposition ciblée. Le « DeFi Bundle », le « Green Bundle » (projets à faible empreinte carbone) et le « Metaverse Bundle » permettent aux utilisateurs de parier sur des convictions ou des tendances sans expertise technique.

La construction est transparente et méthodique : la pondération des actifs suit principalement la capitalisation boursière. Les bundles sont rééquilibrés automatiquement chaque mois.

Les bundles de Finst

Frais

Chez Finst, la grille tarifaire est simple à comprendre. Les frais de trading (bundles ou autres) sont de 0.15 %.

Les frais de gestion mensuel sont de 0.1 %.

Les dépots comme les retraits sont gratuits.

Points forts : l’alliance gagnante simplicité-coût-sécurité

  • Frais ultra compétitifs et transprents : Finst applique une commission de trading de 0.15 % sur les bundles et un frais de gestion mensuel modeste de 0.1 %.
  • Pédagogie et simplicité radicales : l’interface est épurée et accessible sur odinateur comme sur smartphone. L’achat est littéralement un clic. Le concept de bundle est expliqué avec clarté, faisant de la plateforme un outil d’apprentissage pratique.
  • Sécurité et conformité : licence MiCA, ségrégation stricte des actifs (vos cryptos sont juridiquement les vôtres, même en cas de défaillance de Finst) et transparence via des preuves de réserves. Un cadre réglementaire fait pour rassurer.
  • Fonctionnalités intelligentes : possibilité de mettre en place un plan d’investissement régulier (DCA) sur un bundle. Fait notable, il est aussi possible de toucher automatiquement les récompenses de staking sur les actifs éligibles du portefeuille, boostant ainsi le rendement potentiel sans effort supplémentaire.

Points d’amélioration / limites

  • Choix restreint : avec 8 bundles, l’offre est moins vaste que chez certains concurrents. Les investisseurs recherchant des niches très spécifiques (IA, Oracles, Gaming,…) ne les trouveront pas ici.
  • Écosystème peu étendu : Finst est avant tout une plateforme pour acheter, vendre et gérer des bundles ou des actifs simples. La plateforme ne propose pas (encore ?) de produits dérivés, d’actions ou de carte de paiement. A prendre en compte suivant vos plans d’investissement.

Jusqu'au 28 février 2026, ouvrez votre compte Finst et recevez 20€ en Bitcoin !
<strong>Créer un compte Finst en 5 minutes</strong>
Créer un compte Finst en 5 minutes
Lien commercial

Pour Qui ?

Finst est la plateforme idéale pour le débutant européen qui fait ses premiers pas. Si vos priorités sont : payer le moins de frais possibleêtre guidé dans un environnement réglementé et sécurisé, et bénéficier d’une gestion automatique sans prise de tête, Finst est probablement le meilleur choix. C’est la solution « clé en main » pour construire une exposition crypto saine et diversifiée, étape par étape.

Kraken : de la simplicité à l’écosystème complet

Fondé en 2011, Kraken est aujourd’hui devenu bien plus qu’un simple exchange. C’est une véritable institution de l’industrie crypto. Sa philosophie repose sur un socle inébranlable : une sécurité à toutes épreuves, une liquidé importante et une conformité réglementaire rigoureuse (PSAN en France). Kraken apporte cette rigueur institutionnelle à ses bundles, appelés « Lots », en les intégrant dans l’un des écosystèmes les plus complets du marché.

15€ de BTC en bonus de bienvenue ça vous tente ?
<strong>Inscrivez-vous sur Kraken et faites votre première transaction !</strong>
Inscrivez-vous sur Kraken et faites votre première transaction !
Ceci n’est pas un conseil en investissement ou en crypto-actifs. L’achat, la vente ou l’échange de crypto-actifs comporte des risques de perte partielle ou totale de capital. Payward Europe Solutions Limited (Kraken) est réglementée par la Banque centrale d'Irlande.

Une offre de bundles stratégique et à narratifs

L’offre de Kraken se distingue de celle de la concurrence en proposant en plus des fondamentaux des bundles qui surfent sur les tendances, voire sur l’actualité politique. Ses 10 bundles couvrent un spectre large :

  • Les fondamentaux : le « Duo BTC/ETH » (70/30) pour une exposition épurée, et le « Cryptos de premier plan » (les 10 principales capitalisations) pour une vue d’ensemble ;
  • Les thématiques pointues : des bundles comme « IA x Crypto » ou « ETF potentiels » ciblent des niches d’innovation. Plus surprenant, des bundles comme « Réserve stratégique de crypto » ou « World Liberty Financial Holdings » surfent sur des narratifs politiques actuels, offrant une exposition unique.
  • Les approches alternatives : de « Couverture contre l’inflation » (associant Bitcoin et or numérique) aux bundles « Memes incontournables », « Memes liés au bitcoin » ou « DeFi Summer », Kraken ne néglige aucun segment du marché. Chacun peut ainsi aligner ses investissements sur ses convictions, de la plus conservatrice à la plus spéculative.

La gestion est entièrement automatique et disciplinée : les lots sont rééquilibrés mensuellement, sans frais supplémentaires. Il est possible de mettre en place des achats récurrents (DCA) pour automatiser sa stratégie à long terme.

Les bundles de Kraken

Frais

Chez Kraken les frais de trading des bundles commencent à 0.4 % (frais maker classiques) et peuvent descendre jusqu’à 0.08 % si vous tradez très activement.

Il n’y a pas de frais mensuels de gestion.

Les dépôts et retraits (fiat et cryptos) sont rapides et gratuits.

Points forts : une plateforme tout-en-un

En plus de son offre de bundles, Kraken se distingue par une série d’avantages qui en font bien plus qu’un simple exchange. Sa sécurité et sa réputation restent inégalées sur le marché. Bien qu’étant l’une des plateformes les plus anciennes, Kraken affiche un bilan intact, n’ayant jamais subi de piratage. Un véritable gage de confiance.

Au fil des années, Kraken a développé un écosystème financier remarquablement complet en intégrant une gamme étendue de services. Les utilisateurs ont ainsi accès à des produits d’épargne comme le staking et le DeFi Earn pour générer des rendements passifs. Ils peuvent régler leurs achats avec une carte de paiement Mastercard permettant d’utiliser les cryptos au quotidien. La plateforme sert également de pont vers les marchés traditionnels grâce à l’accès aux actions américaines via son service xStock, propose du trading sur marge etc…

Pour naviguer dans cet écosystème riche, Kraken propose des interfaces adaptées à chaque profil. Les débutants peuvent utiliser Kraken App, tandis que les utilisateurs avancés peuvent se tourner vers Kraken Pro. Toutes deux sont accessibles sur ordinateurs comme sur smartphone.

Enfin, Kraken se démarque des autres plateformes proposant des bundles en offrant plus de flexibilité. À tout moment, il est possible de dissocier un bundle en actifs individuels pour une gestion autonome.

15€ de BTC en bonus de bienvenue ça vous tente ?
<strong>Inscrivez-vous sur Kraken et faites votre première transaction !</strong>
Inscrivez-vous sur Kraken et faites votre première transaction !
Ceci n’est pas un conseil en investissement ou en crypto-actifs. L’achat, la vente ou l’échange de crypto-actifs comporte des risques de perte partielle ou totale de capital. Payward Europe Solutions Limited (Kraken) est réglementée par la Banque centrale d'Irlande.

Points d’amélioration / limites

Trop de choix peut représenter de la complexité pour le vrai débutant.  La richesse de l’offre globale (bundles, trading, earn, etc.) et la multiplicité des interfaces peuvent submerger un nouvel arrivant qui ne cherche que de la simplicité pure. L’expérience reste plus complexe que chez Finst ou Swissborg.

Pour Qui ?

Kraken s’adresse à l’investisseur qui voit au-delà du simple achat de cryptomonnaies. C’est le choix parfait pour celui qui, en priorité, privilégie la sécurité et la réputation. Il convient également à celui qui cherche à commencer simplement avec des bundles, mais envisage d’évoluer vers d’autres services comme le marché actions, le tout sans avoir à changer de plateforme.

Enfin, il séduira celui qui apprécie la richesse stratégique d’une offre de bundles constamment réactive aux tendances du marché.

SwissBorg : la fintech suisse au service des cryptos

Née en 2017 après une ICO réussie, Swissborg vise à offrir une expérience premium et une gestion de patrimoine crypto simplifiée, accessible via une interface mobile ultra-ergonomique. Enregistrée en tant que PSAN auprès de l’AMF, elle mise sur la régulation et la sécurité comme socle de confiance.

Vous cherchez la meilleure plateforme pour y placer vos fonds ? Créez votre compte SwissBorg !
<strong>Gagnez jusqu'à 50$ dès 100€ de transaction en entrant le code JournalDC !</strong>
Gagnez jusqu'à 50$ dès 100€ de transaction en entrant le code JournalDC !
Lien commercial

Une offre de bundles thématiques avec une particularité

Swissborg propose une gamme de huit « Crypto Bundles » couvrant un large spectre d’univers d’investissement.

Le bundle « Best Blockchains » réunit onze blockchains majeures, tandis que « Crypto Stars » se présente comme un portefeuille équilibré conçu par l’équipe SwissBorg pour capter la prochaine tendance haussière.

« Top Borgers » offre une singularité collaborative : il a été élaboré par deux cents grands détenteurs du jeton BORG, alliant cryptos solides et vision à long terme. Un panier pensé par la communauté pour la communauté.

Le thème de la finance décentralisée est représenté par « DeFi » avec onze jetons dédiés à ce secteur, tandis que « Real World Assets » propose neuf projets engagés dans la tokenisation d’actifs réels. L’univers du jeu vidéo blockchain n’est pas en reste avec « Gaming » et ses onze jetons, et les amateurs de memecoins trouveront leur bonheur avec un bundle spécifique regroupant onze des jetons humoristiques les plus populaires du marché.

Enfin, le bundle « Golden » adopte une approche défensive en associant Bitcoin et or numérique, une combinaison algorithmique pensée pour naviguer les cycles de marché.

Cependant, une singularité marquante distingue l’ensemble de ces bundles. Chacun d’eux contient systématiquement le jeton natif de la plateforme, le BORG, y compris dans des thématiques où sa pertinence peut sembler discutable, à l’image du bundle « Golden » sur l’or ou même du bundle « Meme Coins ». Cette inclusion généralisée, quels que soient le secteur ou la stratégie, constitue un choix fort de la plateforme, alignant mécaniquement la performance de chaque panier sur celle de son token maison. Ces portefeuilles sont par ailleurs rééquilibrés mensuellement.

Les bundles de Swissborg

Frais

Les achats et ventes de bundles sont soumis aux mêmes frais que les trades classiques. Ils sont de 0.99 % pour les utilisateurs lambda.

Des frais de 0. 12 % sont prélevés chaque mois pour les niveaux Standard à Gold et de 0.1 % pour les niveaux Platinium à Elite.

Les frais de dépôts pour les cryptos comme pour les monnaies fiat sont gratuits à condition de le faire par virement.

Pour les retraits Swissborg prélève 0.1 % du montant avec des minimum et des maximum qui dépendent des devises / crypto choisies.

Points forts : technologie, protection et rétribution

  • Expérience utilisateur simple et Mobile-First : l’application est saluée pour son design épuré et son ergonomie intuitive, rendant la navigation et l’investissement extrêmement fluides.
  • Écosystème de produits riches : outre les bundles, SwissBorg propose un éventail complet de produits d’épargne avec différents niveaux de risque, des plans d’investissement automatique (DCA) et des portefeuilles gérés.
  • Programme de cashback innovant : SwissBorg a instauré un système de cashback en BORG sur les frais de trading, pouvant aller jusqu’à 90% de remboursement pour les plus gros détenteurs de son jeton (niveau « Elite »). Les récompenses sont automatiquement stakées, créant un cercle vertueux de fidélisation.
  • Sécurité et protection proactive : la plateforme utilise une technologie de sécurité avancée (MPC). Elle a récemment mis en place un système de protection des retraits pour protéger ses utilisateurs des attaques physiques.

Points d’amélioration / limites

  • Accessibilité limitée au mobile : SwissBorg opère uniquement via son application smartphone. Il n’existe aucune interface web, ce qui peut être un frein pour ceux qui préfèrent gérer leurs investissements sur un écran d’ordinateur.
  • Service client critiqué : le support, accessible principalement par ticket (email) avec des délais de réponse de 24 à 48h, est régulièrement pointé du doigt pour son manque de réactivité, surtout en cas de problème urgent. L’absence de chat en direct est un vrai point faible.
  • Intégration systématique du BORG : l’obligation d’inclure le jeton BORG dans tous les bundles, quel que soit le thème, peut être perçue comme une incitation forcée à détenir cet actif, brouillant parfois la pureté de la stratégie d’investissement choisie.
  • Frais élevés et modèle complexe : les frais de trading de base (0,99%) sont élevés. Leur atténuation passe par le programme de cashback, lui-même conditionné à la détention d’un montant parfois prohibitif de BORG (jusqu’à 100 000 BORG pour le niveau Elite, soit près de 18 000€ à l’écriture de ces lignes). Cette structure est complexe et peut être peu rentable pour les petits portefeuilles.

Vous cherchez la meilleure plateforme pour y placer vos fonds ? Créez votre compte SwissBorg !
<strong>Gagnez jusqu'à 50$ dès 100€ de transaction en entrant le code JournalDC !</strong>
Gagnez jusqu'à 50$ dès 100€ de transaction en entrant le code JournalDC !
Lien commercial

Pour Qui ?

Swissborg est taillée pour l’investisseur mobile, esthète et technophile, qui recherche une expérience simplifiée. La plateforme convient à celui qui est prêt à accepter les limites du tout-mobile et un service client perfectible, en échange d’une interface irréprochable, d’une gamme de produits étendue et d’un système de récompenses (cashback) sophistiqué, surtout s’il envisage de s’engager fortement dans l’écosystème BORG. C’est un choix premium, avec ses compromis assumés.

Tableau récapitulatif : Finst, Kraken et SwissBorg

CritèresFinstKrakenSwissBorg
Variété et qualité des thèmes8 bundles.

Deux catégories : sélection par capitalisation (« Top 2 » au « Top 25 », « CoinDesk 20 ») et thématiques sectorielles (« DeFi », « Green », « Metaverse »).
10 bundles.

Offre très diversifiée : fondamentaux (« Duo BTC/ETH », « Cryptos de premier plan »), niches innovantes (« IA x Crypto », « ETF potentiels ») et narratifs politiques (« Réserve stratégique », « World Liberty Financial Holdings »).
8 bundles.

Thématiques variées : « Best Blockchains », « Crypto Stars », « Top Borgers » (co-créé par la communauté), « DeFi », « Real World Assets », « Gaming », « Meme Coins », « Golden ».
Particularité : tous les bundles contiennent systématiquement le jeton BORG.
Transparence et méthodologiePondération basée sur la capitalisation.

Rééquilibrage automatique mensuel.

Méthodologie claire et accessible.
Rééquilibrage automatique mensuel sans frais.

Composition et règles de rééquilibrage transparentes.
Rééquilibrage mensuel.
Coûts et frais• Frais de trading : 0,15 %

• Frais de gestion : 0,1 % / mois

• Dépôts/retraits : gratuits
• Frais de trading : 0,4 % à 0,08 % (selon volume)

• Frais de gestion : aucun

• Dépôts/retraits : gratuits
• Frais de trading : 0,99 %

• Frais de gestion : 0,12 % / mois (Standard à Gold), 0,1 % (Platinium à Elite)

• Dépôts : gratuits par virement

• Retraits : 0,1 % + frais selon devise
Expérience utilisateur (UX)Interface épurée, accessible sur ordinateur et mobile. Achat en un clic.

Idéal pour débutants.
Deux interfaces : Kraken App (simplifiée) et Kraken Pro (avancée).

Disponible sur ordinateur et mobile.

Riche mais plus complexe pour les novices.
Mobile uniquement.

Application très soignée, ergonomie intuitive et design élégant.
Sécurité et réputationLicence MiCA et PSAN, enregistrée auprès de la Banque centrale néerlandaise (DNB).

Ségrégation stricte des actifs, preuves de réserves.

Plateforme récente (2023) mais solide.
Fondé en 2011. Jamais piraté. Régulé (PSAN en France). Réputation institutionnelle.

Écosystème sécurisé de premier plan.
PSAN auprès de l’AMF. Technologie MPC. Protection des retraits contre les attaques physiques.

A démontré sa réactivité en remboursant les fonds après un piratage chez un fournisseur.
Public viséDébutant européen.

Priorité : frais bas, simplicité, cadre réglementé et accompagnement.
Investisseur évolutif.

Sécurité avant tout. Débute avec les bundles puis souhaite accéder à d’autres services (staking, actions, carte) sans changer de plateforme.
Investisseur mobile et technophile.

Recherche une expérience premium, une interface élégante et un écosystème de récompenses (cashback BORG). Prêt à accepter les contraintes du tout-mobile.
Liens utilesGuide complet sur Finst

Visiter Finst
Guide complet sur Kraken

Visiter Kraken
Guide complet sur Swissborg

Visiter Swissborg

L’article Bundles Crypto : décryptage et top 3 des meilleures plateformes est apparu en premier sur Journal du Coin.

☐ ☆ ✇ 21 Millions - Capital

📣 La Base - Naestro #2

By: Prisma Media
[SPONSORISÉ]

Dans cet épisode, Sami Biasoni reçoit Naestro, le chanteur qui a brisé les frontières entre l’opéra et la street, invité autant par Roberto Alagna que par Gimms. 

Une voix puissante venue du quartier, un artiste qui a porté 4 valeurs majeures depuis son quartier marseillais : métissage, discipline, élévation et humilité sont les moteurs de sa trajectoire. 


À chaque valeur, Naestro participe à notre lexique “d’entrepreneur” : une rencontre, un déclic, une chute, un travail acharné…Il parle du courage de mélanger les genres, de la rigueur que personne ne voit, de l’art comme force qui tire vers le haut, et de la nécessité de rester simple, ancré, malgré la scène et la lumière.



Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.

☐ ☆ ✇ Journal du Coin

44 milliards de $ en BTC envoyés par erreur : Comment Bithumb a évité le naufrage en 35 minutes chrono

By: Magali

Le stagiaire qui valait 44 milliards de dollars …Dans la grande comédie humaine de la crypto, il y a les hacks et il y a les vaudevilles bureaucratiques. On connaissait déjà l’histoire de ce couple qui avait reçu plus de 10 millions au lieu de 100 malheureux dollars australiens de la part de Crypto.com. Elle a fait le tour du monde il y a quelques années.

Cette semaine, le vendredi 06 février, c’est l’exchange sud-coréen Bithumb qui a écrit une page d’anthologie en confondant, lors d’une simple promotion, yens et bitcoins. Un erreur de trop qui a failli transformer des centaines d’anonymes en oligarques du Web3 le temps d’un café.

Les points clés de cet article :
  • Un stagiaire, par une erreur administrative, a transformé des comptes utilisateurs en détenteurs de 2 000 Bitcoins chacun, soit 130 millions de dollars par personne.
  • Cette erreur a provoqué un krach local sur Bithumb, dévaluant le Bitcoin de 17 % à Séoul avant que l’exchange ne gèle les comptes des 695 bénéficiaires.

Nano, Flex ou Stax ? Trouvez le Ledger le plus adapté à vos besoins et gardez vos cryptos à l’abri.
<strong>Choisir mon modèle</strong>
Choisir mon modèle
Lien commercial

De la poussière de Won au jackpot en Bitcoin

L’origine du drame est d’une banalité affligeante. Un employé, sans doute distrait par l’effervescence du marché, devait créditer des comptes utilisateurs d’un bonus de 2 000 KRW (environ 1,50 $). Cependant, par un glissement de souris fatal, l’unité sélectionnée fut le BTC.

Résultat ? Au lieu d’une piécette pour s’offrir un chewing-gum, des centaines de clients ont vu leur solde gonfler de 2 000 Bitcoins, soit la bagatelle de 130 millions de dollars par tête en fonction du cours.

Une parenthèse est à ouvrir ici toutefois. Les chiffres de cette bourde cosmique varient selon les sources. Si certains rapports initiaux, comme ceux relayés par des observateurs sur X et des médias locaux, évoquent un crédit de 2 000 BTC par utilisateur, soit environ 140 millions de dollars au cours du moment, pour des centaines de chanceux, d’autres précisions plus officielles pointent vers un total global de 620 000 BTC distribués à 695 participants.

Cette divergence pourrait s’expliquer par des estimations hâtives versus des audits internes : en moyenne, cela ferait autour de 892 BTC par tête, mais l’ampleur reste sidérante. Imaginez : 620 000 BTC, c’est une montagne valant près de 60 billions de wons coréens, ou environ 44 milliards de dollars US.

Pour contextualiser, cela représente plus de 3 % de tout le Bitcoin en circulation dans le monde, une somme qui pourrait faire trembler les réserves d’un exchange géant comme Bithumb.

Fin de la parenthèse. Revenons à nos moutons.

2000 BTC envoyés par erreur : un drame presque évité

Il a fallu 35 minutes pour éviter le naufrage :

  • 19h00 : Distribution du « cadeau » empoisonné à 695 clients.
  • 19h20 : Prise de conscience de l’erreur (le fameux moment de solitude).
  • 19h35 : Début du gel des transactions.
  • 19h40 : Rideau tiré, les fonds sont bloqués.

Concrètement, cette erreur n’a pas eu lieu sur la blockchain elle-même, mais dans les registres internes de Bithumb. C’est ce qu’on appelle le « paper trading » : l’exchange affiche des chiffres qui ne correspondent pas encore à une réalité « on-chain ». Pourtant, pour les utilisateurs, la tentation était bien réelle, et la réaction fut aussi instinctive que brutale.

Bitcoin on #Bithumb suddenly dropped, trading over 10% below other markets.

Reports say a staff mistake during an airdrop sent 2,000 $BTC($133M) instead of a small KRW reward.

Some users sold it right away, causing the price to drop fast. pic.twitter.com/X8Zjaq86Tq

— Lookonchain (@lookonchain) February 6, 2026

« Le cours du Bitcoin sur Bithumb a chuté brutalement, affichant une baisse de plus de 10 % par rapport aux autres marchés. Selon certaines sources, une erreur humaine lors d’un airdrop aurait entraîné l’envoi de 2 000 BTC (133 millions de dollars) au lieu d’une récompense modeste en wons. Certains utilisateurs ont immédiatement vendu leurs bitcoins, provoquant une chute vertigineuse du prix.»

Un krach local provoqué par la cupidité

Dès que l’alerte a sonné sur les smartphones, la panique s’est donc inversée. Les bénéficiaires de cette manne miraculeuse se sont précipités pour convertir leur butin. En conséquence, le carnet d’ordres de Bithumb a implosé sous une pression vendeuse inédite, provoquant un market dump qui a fait dévisser le prix du Bitcoin de 17 % par rapport au cours mondial. Pendant quelques minutes, Séoul vivait dans une réalité parallèle où le Bitcoin ne valait plus rien, écrasé par son propre excès de générosité.

Dans un communiqué publié à l’aube, Bithumb a tenté d’éteindre l’incendie :

« Cette situation est sans rapport avec un piratage externe ou une faille de sécurité. Le système de contrôle interne a détecté l’anomalie en 20 minutes, et les retraits ont été gelés dans la foulée. »

Finalement, la direction a coupé le courant en 35 minutes chrono, gelant les retraits et les comptes des 695 chanceux. Bithumb affirme avoir déjà récupéré 99,7 % des actifs, précisant qu’il ne s’agissait pas d’une attaque externe, mais d’une simple « coquille » administrative.

Si l’incident se termine sans faillite majeure, il rappelle cruellement que la centralisation reste le talon d’Achille de notre écosystème. Entre les mains d’un humain mal réveillé, des milliards peuvent s’évaporer ou apparaître par magie. Comme le disait si bien Beaumarchais : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer ». Pour Bithumb, la plaisanterie a coûté cher en réputation, mais pour nous, elle confirme que dans la crypto, le spectacle est toujours assuré.

Ne laissez pas vos cryptos dormir sur un exchange. Protégez-les avec un Ledger et gardez le contrôle total de vos actifs.
<strong> Explorer la gamme Ledger</strong>
Explorer la gamme Ledger
Lien commercial

L’article 44 milliards de $ en BTC envoyés par erreur : Comment Bithumb a évité le naufrage en 35 minutes chrono est apparu en premier sur Journal du Coin.

☐ ☆ ✇ 21 Millions - Capital

📣 La Base - Nadege100Gene #1

By: Prisma Media
[SPONSORISÉ]

Nadège Mongerard, alias Nadège100Gène, transforme les galères du quotidien en univers créatif où les femmes peuvent respirer et s’affirmer.


Humoriste, mère, fille, amoureuse et créatrice, elle explore avec humour et audace des valeurs comme le droit de rêver, la multiplicité, le relais, la base mobile Dans cet épisode, Nadège met en perspective “son lexique” en partant de la base pour créer “la décharge mentale” qu’elle transporte d’Insta à la scène, de medias en événement où le feminisme n’est pas victime mais éclats de rire.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.

☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

Tether, le cheval de Troie de l’asservissement financier

By: Ludovic Lars

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025 a marqué un tournant majeur dans l'histoire américaine. Après avoir connu une persécution judiciaire et une tentative d'attentat, ce dernier s'est présenté comme une force inarrêtable. Et bien qu'il ait déjà été président des États-Unis entre 2017 et 2021, il est indéniable que son second mandat a déjà une toute autre saveur : il n'est plus le même Trump qu'en 2017, ses aspirations ont changé.

On observe en particulier que son positionnement sur Bitcoin s'est inversé, passant de l'opposition butée à l'approbation enthousiaste. Courant 2019, à l'occasion de l'annonce du projet privé de monnaie numérique Libra par Facebook, il déclarait en effet qu'il n'était pas « un fervent partisan du bitcoin et des autres cryptomonnaies », qui pour lui n'étaient « pas des monnaies », dont la valeur était « très volatile et basée sur du vent » et qui facilitaient « le trafic de drogues et d'autres activités illégales ». En revanche, cinq ans plus tard, à la conférence de Nashville sur Bitcoin de juillet 2024, il promettait au public qu'il serait « le président pro-innovation et pro-bitcoin dont l'Amérique a besoin » et qu'il formerait une « réserve nationale stratégique de bitcoins » avec les fonds saisis par les agences fédérales.

Comment expliquer ce revirement ? On pourrait l'attribuer au « comportement erratique » du président, une caractéristique régulièrement mise en avant par ses détracteurs. Mais ce changement d'opinion peut aussi s'expliquer par un élément demeuré constant chez lui : son attachement au dollar et au rôle international du billet vert. La chose qui a évolué est qu'il voit désormais le secteur cryptoéconomique (la « crypto » comme il aime le dire) comme un moyen de soutenir la suprématie de la monnaie américaine, notamment par le biais des stablecoins indexés sur le dollar.

Les stablecoins sont des monnaies numériques adossées à une monnaie peu volatile, dont le transfert se fait sur des chaines blocs décentralisées comme Bitcoin ou Ethereum. Le plus emblématique de ces stablecoins — le plus ancien et le plus important — est le Tether USD (ou USDT), qui est géré par la société Tether Ltd. et qui se base, comme son nom l'indique, sur le dollar américain. Lancé en 2014 sur la chaine de Bitcoin, il a connu une croissance phénoménale pour représenter aujourd'hui plus de 185 milliards de dollars. Depuis 2025, il est devenu un élément non négligeable de la politique étrangère de l'actuelle administration fédérale américaine, aux côtés d'autres stablecoins comme l'USDC.

Cette intégration institutionnelle des stablecoins s'inscrit en opposition totale avec la philosophie de la cryptomonnaie. Bitcoin s'est, on le rappelle, construit comme une monnaie résistante à la censure et déflationniste, et le stablecoin de Tether est l'antithèse de cette proposition : l'entreprise peut geler les comptes à volonté, et la monnaie est soumise à la dépréciation du dollar. En raison de son implication dans le destin de la cryptomonnaie, on peut qualifier Tether de cheval de Troie de l'asservissement financier : un cadeau empoisonné, dont on perçoit les avantages, mais qui nous mène à une défaite cuisante. C'est la thèse que nous allons défendre dans cet article.

Le rôle précurseur de Paypal

Avant d'aborder le sujet des stablecoins proprement dit, il convient d'évoquer le cas de PayPal, qui constitue en quelque sorte leur précurseur. PayPal est un service de paiement qui a été développé par l'entreprise Confinity Inc. à la fin des années 90. Il permettait d'effectuer des paiements faciles et sans frais entre adresses de courrier électronique, et se destinait à l'envoi de paiements simples entre particuliers (pay pal signifie littéralement « payer copain »). Construit en surcouche du système bancaire, le service se rémunérait grâce à l'argent de ses utilisateurs, qui était placé à intérêts.

Confinity Inc. a été fondée en 1998 par Peter Thiel, diplômé de philosophie à l'université Stanford, et Max Levchin, un informaticien juif ukrainien ayant émigré aux États-Unis à la suite de la chute de l'URSS. En tant que PDG, Peter Thiel assumait le rôle d'idéologue de l'entreprise. Il se décrivait alors comme libertarien, conservateur et girardien1. Pour lui, PayPal était un moyen de libération, qui devait notamment permettre aux gens souffrant de l'hyperinflation dans des pays comme la Russie ou la Serbie de bénéficier des avantages apportés par une monnaie stable, et en particulier le dollar. En 1999, il expliquait ainsi à son équipe :

« La plupart des gens ordinaires n'ont jamais l'occasion d'ouvrir un compte à l'étranger ou de mettre la main sur plus de quelques billets d'une monnaie stable comme le dollar américain. Un jour, PayPal sera en mesure de changer cette situation. À l'avenir, lorsque notre service sera disponible en dehors des États-Unis et que la pénétration d'Internet continuera à s'étendre à tous les niveaux économiques, PayPal permettra aux citoyens du monde entier d'exercer un contrôle plus direct sur leurs monnaies qu'ils ne l'ont jamais fait auparavant2. »

Cette idée de remplacer les monnaies étrangères par le dollar pour mettre fin aux hyperinflations se retrouvait dans son discours donné à Oakland en Californie pour l'Independent Institute en octobre 1999. Il a par la suite confirmé (voire enjolivé) cette vision initiale, en déclarant en 2009 que « l'idée qui a présidé à la fondation de PayPal était la création d'une nouvelle monnaie mondiale, libre de toute dilution et de tout contrôle étatique ».

Peter Thiel en 1999 (Youtube)

Toutefois, tout ne s'est pas passé comme prévu. En l'an 2000, en raison de problèmes de financement, Confinity a dû fusionner avec la société X.com d'Elon Musk pour former PayPal Inc. Puis, au fil des années, l'entreprise s'est conformée à des contraintes règlementaires de plus en plus drastiques, y compris en dehors des États-Unis, ce qui a ébranlé l'effet libérateur escompté. Elle procède ainsi régulièrement à des gels de compte arbitraires, comme celui de WikiLeaks en 2010.

Le destin de Peter Thiel lui-même est aussi intéressant, car le visionnaire de PayPal a évolué et s'est depuis impliqué dans l'appareil politique américain. En 2004, il a cofondé la société de surveillance informatique Palantir Technologies, dont les logiciels sont utilisés (entre autres) par les services de renseignement, comme la NSA aux États-Unis, le GCHQ au Royaume-Uni ou la DGSI en France. Il a aussi largement soutenu la carrière politique de J. D. Vance, l'actuel vice-président des États-Unis, en le présentant à Donald Trump en 2021 et en finançant sa campagne pour les élections sénatoriales de 2022.

Peter Thiel est également lié à David Sacks, entrepreneur sud-africain ayant aussi étudié à Stanford, avec qui il a publié l'ouvrage The Diversity Myth en 1995, pour dénoncer l'effet néfaste du politiquement correct et du multiculturalisme sur les campus universitaires américains. David Sacks l'a accompagné dans l'aventure Confinity, où il travaillait sur le marketing pour le produit PayPal, et il est devenu le directeur de l'exploitation après la fusion. Après avoir réalisé un certain nombre d'investissements fructueux dans la Silicon Valley, il s'est aussi impliqué en politique, et il a fini par être nommé « czar » chargé de la cryptomonnaie et de l'intelligence artificielle auprès de la Maison-Blanche en janvier 2025.

Les deux hommes font partie de la « mafia PayPal », surnom donné au groupe informel des anciens fondateurs ou employés de la société qui ont depuis fondé et développé des entreprises technologiques de la Silicon Valley.

Photographie de la « mafia PayPal » prise au Tosca Café à San Francisco en octobre 2007 (Robyn Twomey pour Fortune). Peter Thiel et Max Levchin y apparaissent au premier plan ; David Sacks est derrière Thiel sur sa gauche.

L'émergence des stablecoins

PayPal a ainsi échoué à devenir un moyen de libération financière et s'est simplement transformé en un service de paiement classique. Toutefois, avec l'émergence de Bitcoin en 2010, un vent d'innovation a soufflé sur le secteur financier. L'absence de besoin d'autorisation permettait à n'importe qui de lancer un service sans se soucier de la règlementation en premier lieu. Et les stablecoins ont fait partie des premiers projets à se manifester.

Comme nous l'avons expliqué en introduction les stablecoins (ou « cryptomonnaies stables ») sont des jetons numériques arrimés à une monnaie peu volatile, le plus souvent au dollar américain. Ils sont transférés par le biais d'un ou de plusieurs systèmes cryptoéconomiques décentralisés comme Bitcoin, Ethereum ou Solana. Leur premier avantage est de permettre à l'utilisateur d'échapper à la volatilité propre aux cryptomonnaies, de manière simple et directe.

Le concept de stablecoin est apparu vers 2011–2012 avec le mouvement « Bitcoin 2.0 », une mouvance qui visait à améliorer Bitcoin en lui adjoignant des fonctionnalités supplémentaires. C'est de ce mouvement qu'ont émergé les différents modèles de pièces colorées (ChromaWay, Open Assets, Colored Coins), les métaprotocoles Mastercoin et Counterparty, et les systèmes cryptoéconomiques externes à Bitcoin comme Bitshares, NXT et Ethereum.

L'idée du stablecoin a en particulier germé au sein du projet Mastercoin (qui serait rebaptisé Omni en 2015). Il s'agissait d'un système bâti en surcouche de Bitcoin, sur lequel les utilisateurs pouvaient émettre leurs propres jetons, appelés user currencies, grâce à des commandes inscrites sur la chaine de Bitcoin et interprétées par un logiciel spécifique. Mastercoin a été imaginé en janvier 2012 par J. R. Willett, un développeur américain de 32 ans travaillant pour un fabricant d'équipements aéronautiques. On lui attribue également l'invention du concept de stablecoin, qu'il a formalisé dans le livre blanc de son projet, intitulé « The Second Bitcoin White Paper », en ces termes :

« Il est possible de concevoir des outils permettant aux utilisateurs finaux de créer des monnaies ayant une valeur stable, indexée sur une monnaie externe ou une marchandise extérieure. De cette manière, les utilisateurs de ces monnaies peuvent posséder une monnaie virtuelle stabilisée, rattachée au dollar américain, à l'euro, à l'once d'or, au baril de pétrole, etc. »

User currencies présentées sur Mastercoin.org en septembre 2013

Le système Mastercoin a été lancé au cours de l'été 2013, à la suite d'une ICO d'un mois, qui a recueilli 5 120 BTC soit un demi-million de dollars à l'époque ! Le montant obtenu (tout à fait inattendu) a motivé la création d'une organisation spéciale, la Fondation Mastercoin, pour que la gestion de l'argent puisse se faire. Les membres fondateurs étaient des investisseurs. On y trouvait notamment Brock Pierce, ancien enfant acteur pour Disney (Les Petits champions, Président junior), qui était devenu investisseur prolifique dans le jeu vidéo puis dans la cryptomonnaie.

Brock Pierce en 2013, interrogé lors de la UInvest Crowdfunding Conference (Youtube)

Il a fallu attendre 2014 pour que les stablecoins deviennent réalité. Les premiers jetons de ce type ont été les stablecoins « décentralisés » non collatéralisés, dont la valeur dépendait d'un système de compensation algorithmique. Ils ont été émis sur des chaines de blocs alternatives : tel était le cas du bitUSD lancé sur BitShares en août 2014, et de l'USNBT déployé sur NuBits en septembre. Ces modèles avaient leur utilité, mais ils étaient sujets à une forte instabilité, si bien que les gens ont préféré se tourner vers les stablecoins centralisés, comme le Tether USD (ayant pour sigle boursier USDT).

Le lancement de Tether

Le projet Tether (de l'anglais to tether signifiant « attacher ») a été annoncé le 8 juillet 2014 sous le nom de Realcoin : il s'agissait d'émettre des jetons stables par rapport au dollar sur le protocole Mastercoin. L'entreprise gérant le projet a été cofondée par trois personnes : Brock Pierce, dont on a déjà parlé ; Reeve Collins, entrepreneur dans le secteur de la publicité ; et Craig Sellars, développeur de logiciel qui occupait depuis février le poste de directeur technique de la Fondation Mastercoin. Le but affiché de Realcoin était d'« apporter les avantages de Bitcoin au dollar américain », en passant par le réseau Bitcoin pour effectuer des transactions à faible coût sans recourir à un tiers, et de constituer une « alternative non volatile » à la cryptomonnaie de Satoshi, dont la valeur était très fluctante.

Capture du site de Realcoin en juillet 2014 (Coindesk)

La promesse de Realcoin, c'était que son stablecoin garde une valeur proche du dollar américain en étant garanti par des « réserves en dollars, toutes détenues dans des placements prudents », et auditées par une entité indépendante. En pratique, la convertibilité est assurée à parité par l'entreprise. Si le prix du stablecoin baisse, on peut en acheter sur le marché et céder cette monnaie pour un profit ; si son prix augmente, on peut s'en procurer auprès de la société et la vendre sur le marché pour un profit. La stabilité vis-à-vis du dollar est ainsi maintenue, pour autant que l'entreprise ne s'amuse pas à utiliser les dollars reçus pour investir dans des actifs risqués.

Les premiers jetons ont été émis sur Mastercoin le 6 octobre 2014, lançant ce qui deviendrait un réel phénomène à l'échelle mondiale. Le projet Realcoin a rapidement été renommé Tether en novembre 2014, afin d'éviter d'être associé aux cryptomonnaies alternatives utilisant le suffixe « coin » comme Litecoin, Dogecoin ou Feathercoin. De plus, le nom « RealCoin » était déjà utilisé par un altcoin alors inactif.

Logo de Tether en 2015 (Tether.to)

La relève de Bitfinex

En novembre 2014, Tether a annoncé avoir conclu un partenariat avec la plateforme de trading sur marge Bitfinex. Cette dernière avait été fondée en octobre 2012 par un technicien informatique français du nom de Raphaël Nicolle, qui avait été vite rejoint par Giancarlo Devasini, un chirurgien esthétique italien reconverti en vendeur d'électronique, et Jean-Louis Van Der Velde, un entrepreneur néerlandais expatrié en Asie de l'Est.

Le projet Tether a dès le départ été étroitement lié à Bitfinex. D'après Philip Potter, directeur de la stratégie de Bitfinex, l'équipe était en effet en relation avec les membres de la Fondation Mastercoin au cours de l'année 2014 pour mettre au point le stablecoin. De plus, bien que les deux structures aient été présentées comme distinctes, les gens impliqués dans Bitfinex l'étaient aussi (plus ou moins secrètement) dans Tether. Comme l'ont révélé les Paradise Papers en 2017, la société Tether Holdings Ltd. a été enregistrée dans les îles Vierges britanniques en septembre 2014 par Giancarlo Devasini et Philip Potter. On peut aussi citer le cas de Stuart Hoegner, qui a longtemps été conseiller pour les deux entreprises.

L'équipe de direction de Bitfinex en 2018 (Bitfinex.com)

Cette connivence a aidé Tether à se lancer sur le marché. Le 15 janvier 2015, L'USDT a été ajouté sur Bitfinex en tant que méthode de dépôt et de retrait en dollars. Cette intégration a permis de garantir la convertibilité d'un point de vue pratique : l'utilisateur moyen pouvait ainsi envoyer de l'USDT sur Bitfinex, obtenir le montant équivalent en dollars, et les retirer par un autre moyen.

Peu à peu, les fondateurs officiels de Tether se sont retirés du projet (l'implication de Brock Pierce ayant cessé en 20153) et Bitfinex a pris le relai. En 2018, la société Tether Holdings Ltd. était ainsi contrôlée à 86 % par quatre individus, tous impliqués dans la plateforme de change : Giancarlo Devasini (43 %), Jean-Louis van der Velde (15 %), Stuart Hoegner (15 %) et Christopher Harborne (12 %).

Les plateformes de change et la bulle de 2017

Le jeton de Tether constituait une aubaine pour les plateformes de change et leurs utilisateurs. D'une part, les plateformes avaient du mal à se bancariser, et voyaient dans l'USDT un mode de dépôt et de retrait fiable en dollars (Liberty Reserve était fermée depuis mai 2013). D'autre part, Tether permettait aux utilisateurs de ne pas réaliser une cession contre une monnaie étatique, et par conséquent de ne pas avoir à payer la taxe sur les plus-values immédiatement (cette échappatoire a été abrogée en 2018 aux États-Unis).

L'intégration aux principales plateformes de l'écosystème s'est déroulée entre 2015 et 2017. La place de marché Poloniex (très populaire à cette époque-là) a ajouté l'USDT à son offre en février 2015. La cotation au comptant créée a permis au jeton d'apparaitre sur CoinMarketCap le même jour. Dans les deux années qui ont suivi, la plupart des plateformes ont également intégré le stablecoin : ShapeShift en avril 2015, Cryptsy en mai, Bittrex en décembre, Kraken en mars 2017 et la toute nouvelle Binance en août 2017.

En 2017, avec le marché haussier du prix du bitcoin, le phénomène a commencé à prendre de l'ampleur. Le nombre d'USDT émis est passé de 7 millions à la fin de l'année 2016 à 55 millions en mars 2017, puis à 445 millions en septembre. À la fin de l'année, il y avait plus d'un milliard d'USDT en circulation !

Cette croissance du Tether USD ne s'est pas faite sans remontrances, dont certaines sont provenues d'un internaute se faisant appeler Bitfinex'ed, qui s'est spécialisé dans la révélation des manœuvres parfois douteuses de Bitfinex et de Tether. Des doutes ont ainsi plané sur le fait que la société Tether Ltd. conservait bien tout en réserve et n'en profitait pas pour faire des investissements risqués. On a suspecté la société d'acheter du bitcoin en masse pour faire monter son prix et nourrir l'enthousiasme spéculatif, de façon à accroitre la demande pour les USDT sur les plateformes de change et à acheter plus de BTC. On a aussi questionné la relation incestueuse qu'entretenait Tether avec Bitfinex, qui venait de subir un piratage catastrophique (120 000 bitcoins volés soit environ 70 millions de dollars) et qui rencontrait des problèmes de bancarisation.

Ces soupçons sont devenus réalité en 2021 lorsque la société a été condamnée à payer une amende de 41 millions de dollars par la CFTC, pour n'avoir détenu « des réserves fiduciaires suffisantes pour la garantie des jetons USDT en circulation que pendant 27,6 % du temps sur une période de référence de 26 mois comprise entre 2016 et 2018 ». Cependant, Tether a fini par se mettre en règle en 2019, et elle a depuis adopté une stratégie de transparence, en publiant un bilan détaillé de ses avoirs à la fin de chaque trimestre.

La finance décentralisée

À partir de la fin de l'année 2017, le Tether USD a commencé à être émis sur d'autres chaines de blocs, qui se présentaient comme des plateformes dédiées aux contrats autonomes. Le système Ethereum, qui venait de connaitre le succès grâce à la « folie des ICO », a ainsi accueilli une première émission d'USDT en novembre 2017. D'autres ont suivi : Tron en 2019, puis Solana et Avalanche en 2021.

Mais le phénomène ne s'est pas arrêté là, et des concurrents à Tether sont apparus. Le principal, l'USDC, a été lancé en 2018 par la société Circle, et il est aujourd'hui 2,3 moins gros que l'USDT. On peut également citer le dai, stablecoin collatéralisé supposément décentralisé, qui a été lancé en décembre 2017, renommé USDS en 2024, et qui est aujourd'hui garanti pour moitié par de l'USDC.

Cette construction a posé les bases de la « finance décentralisée » (ou DeFi), qui se proposait de reproduire les outils du système financier traditionnel (comme le prêt sur gages, l'échange boursier ou les produits dérivés) de manière numérique, décentralisée, ouverte et transparente. Cette tendance a connu une grande popularité pendant l'été 2020, à tel point que ce dernier a pris le surnom de « DeFi Summer ».

La vague de la finance décentralisée a largement fait les affaires de Tether, qui voyait son stablecoin être utilisé au sein de protocoles divers en tant que garantie ou de moyen d'échange. Le nombre d'USDT en circulation est ainsi passé de 4,3 milliards en avril 2020 à 83 milliards en avril 2022, soit une multiplication par 19 en deux ans. La finance décentralisée a également élargi le modèle économique des stablecoins : pour l'utilisation des protocoles de DeFi, la détention de stablecoins devait se faire en propre, plutôt que par le biais de plateformes de change centralisées. L'activité directe de ces jetons sur les chaines de blocs (jusqu'alors quasi inexistante) a ainsi connu une croissance prodigieuse : le volume mensuel d'USDT transférés a ainsi dépassé les 600 milliards de dollars en avril 2021.

Évolution du volume on-chain mensuel de l'USDT (source : Paolo Ardoino)

Le dollar numérique pour le monde en développement

Un autre cas d'utilisation s'est développé durant la même période : l'utilisation de Tether dans les pays en développement, que ce soit en Amérique latine, en Asie du Sud-Est, au Proche-Orient ou en Afrique. Les habitants de certaines régions du monde, et l'Amérique latine en particulier, utilisent souvent le dollar, de manière formelle ou informelle, en raison de sa volatilité réduite et de son acceptation mondiale. Dans les pays où le taux d'inflation est élevé, les gens recherchent en effet une réserve de valeur fiable à court terme, qui ne soit pas sujette à des cycles spéculatifs comme le bitcoin. Cela s'est vu en Argentine lorsque, dans les années 2010, la forte inflation du peso couplé à un contrôle des changes strict a provoqué l'apparition d'une unité de compte parallèle appelée le « blue dollar », suivant le taux de change du marché noir, plus élevé que le taux de change officiel.

Au fur et à mesure des années, l'utilisation de l'USDT et des stablecoins dans ces pays s'est popularisée, notamment par le biais de solutions de transfert à frais faibles, comme la blockchain Tron, la surcouche Polygon ou le système de transfert interne de Binance. On a ainsi pu voir Tether et les stablecoins être adoptés localement dans des pays variés comme l'Argentine, le Brésil, la Colombie, le Venezuela, la Bolivie, le Liban, la Turquie, le Nigéria, les Philippines ou le Vietnam. Cette adoption se traduit en particulier par une demande forte sur les plateformes de change, où le change entre les monnaies nationales et les stablecoins est beaucoup plus élevé.

Part du volume sur les plateformes en change en Amérique latine en 2023–2024 (source : Chainalysis)

À partir de 2022, la communication de Tether s'est davantage axée sur ce cas d'utilisation, pour mettre en avant son côté humanitaire. La société se présente comme une bienfaitrice qui vient résoudre les problèmes que les gens rencontrent avec leurs systèmes monétaires locaux. Tether rappelle ainsi régulièrement que l'une de ses missions est d'apporter l'« inclusion financière » aux populations qui n'ont pas nécessairement accès aux solutions occidentales. À cette fin symbolique, Tether a déplacé son siège social au Salvador en janvier 2025.

Ce changement de communication coïncide avec l'émergence de Paolo Ardoino à la tête de la société. Paolo Ardoino est un programmeur et entrepreneur italien, qui se spécialisait à l'origine dans la cybersécurité et dans la fintech. Il a rejoint Bitfinex en tant que développeur en 2014 et il en est devenu le directeur technique en 2016 (position qu'il occupait toujours en 2025). En parallèle, il a été nommé directeur technique de Tether Ltd. en 2017. En 2023, Paolo Ardoino a commencé à s'exprimer au nom de l'entreprise, et il a finalement accédé au poste de PDG en décembre de la même année, succédant à Jean-Louis Van Der Velde. Il a ainsi accompagné la troisième phase de la croissance de Tether qui s'est produite entre 2023 et aujourd'hui.

Le succès de Tether

Ces différentes utilisations de l'USDT (plateformes de change, finance décentralisée, réserve de valeur dans les pays en développement) se sont révélées extrêmement lucratives pour Tether. Après une année 2022 difficile — lors de laquelle le prix des cryptomonnaies a fortement baissé, ce qui a entrainé des conversions en dollars, notamment à la suite de l'effondrement du stablecoin algorithmique TerraUSD en mai — la quantité d'USDT en circulation a continué à croitre, en doublant en l'espace de 3 ans. Elle est ainsi passé de 83 milliards en avril 2022 à 174 milliards en septembre 2025.

Évolution du nombre d'USDT en circulation (source : Paolo Ardoino)

Ce succès s'est révélé particulièrement lucratif pour Tether, qui tire ses bénéfices de ses placements : tout dépôt est ainsi placé sur un produit financier qui lui rapporte un intérêt. Par exemple, les bons du Trésor à échéance courte (la principale garantie derrière l'USDT aujourd'hui) rapportent aujourd'hui 3,8 % par an, ce qui représente une coquette somme si le montant placé s'élève à plusieurs dizaines de milliards de dollars (6,6 milliards d'intérêts pour 174 milliards de principal). L'entreprise a relativement peu de charges (200 employés environ), si bien que ses bénéfices approchent de son chiffre d'affaires. Entre octobre 2024 et septembre 2025, la société a ainsi généré un bénéfice net de plus de 10 milliards de dollars ! Par comparaison, le résultat net de Blackrock ont été de 6,3 milliards de dollars en 2024.

Il semble inutile de préciser que les quelques personnes impliquées dans l'entreprise en ont profité grassement. Les quelques associés impliqués dans la société sont ainsi devenus milliardaires. C'est en particulier le cas de Giancarlo Devasini, dont la fortune est estimée à 22,4 milliards de dollars par Forbes, qui a été sacré l'« homme le plus riche du Tessin » en 2024. Paolo Ardoino possèderait lui un patrimoine d'environ 9,5 milliards de dollars.

Cependant, la réussite de Tether n'est pas seulement attribuable à des objectifs qui seraient purement altruistes ; elle cache aussi des intérêts autrement plus cyniques, relevant de l'impérialisme américain.

Un outil de l'impérialisme américain

Les États-Unis d’Amérique se sont construits sur un modèle expansionniste dès leur création. Après avoir colonisé un vaste territoire continental lors de la « Conquête de l'Ouest », ils ont commencé à exercer une influence de plus en plus grande à l'étranger, en intervenant militairement si le besoin se faisait ressentir. En particulier, ils ont revendiqué une domination croissante sur les Amériques (qu'ils appellent l'« hémisphère occidental »), conformément au corollaire Roosevelt de la doctrine Monroe, formulé par Theodore Roosevelt en 1904 et rappelé dans la dernière « stratégie de sécurité nationale » publiée en décembre 2025. Leur implication dans la Première et surtout dans la Seconde Guerre mondiale leur a permis de former une véritable armée permanente et d'accroitre leur influence militaire autour du monde, pour les mener à leur situation d'aujourd'hui.

Cet impérialisme est aussi passé par la monnaie. Le rôle du dollar à l'international est en effet déterminant pour financer l'État fédéral américain (grâce au seigneuriage) et, ce qui est une caractéristique plus récente, pour contrôler les échanges économiques (censure). Les accords de Bretton Woods signés à la fin de la Seconde Guerre mondiale ont par exemple constitué une vassalisation monétaire des États européens aux États-Unis, un état de fait constaté en 1964 par Valéry Giscard d'Estaing et le général de Gaulle (alors au pouvoir en France) qui dénonçaient le « privilège exorbitant » du dollar. On peut aussi citer le régime des pétrodollars, instauré au début des années 70 par influence diplomatique, qui a obligé les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient à utiliser uniquement la monnaie américaine pour vendre leur production, assurant une demande certaine pour le billet vert.

Aujourd'hui, les stablecoins adossés au dollar forment une aubaine unique pour l'État fédéral. Alors que le régime de pétrodollars décline et que le taux de change chute à cause des droits de douane imposés par Donald Trump en début d'année4, il est devenu en effet vital pour les États-Unis de trouver d'autres moyens permettant de continuer à financer leur train de vie, et les stablecoins en font partie. Tether en particulier est devenu l'un des principaux créanciers de l'État fédéral : depuis 2021, les réserves en instruments financiers sont conservées auprès de la société de courtage Cantor Fitzgerald (dont le PDG et actionnaire majoritaire, Howard Lutnick, est devenu secrétaire au commerce des États-Unis en 2025) et se composent principalement de bons du Trésor américain. En septembre 2025, les bons du Trésor représentaient 62 % des réserves totales de Tether Ltd., ce qui plaçait la société au niveau de la 17e position dans le classement des États détenant de la dette américaine, au-dessus de la Corée du Sud.

En outre, Tether entretient des relations de plus en plus étroites avec l'État fédéral, ce qui offre à ce dernier une mainmise sur les opérations financières réalisées avec le stablecoin. En décembre 2023, Paolo Ardoino déclarait ainsi que « Tether [aspirait] à devenir un partenaire de classe mondiale pour les États-Unis, en continuant à aider les forces de l'ordre et à étendre l'hégémonie du dollar à l'échelle mondiale ». L'USDT constitue donc une arme de diffusion du dollar autour du monde, en étant transféré par le biais d'un système décentralisé, qui échappe au contrôle direct des États les plus faibles.

L'internétisation de la monnaie a pour effet d'accentuer la guerre monétaire entre les États, car il devient plus aisé de faire circuler sa monnaie sur un territoire étranger sans en contrôler le cadre règlementaire. C'est ce qui explique la récente réaction de l'oligarchie européenne, qui s'est largement opposée à l'essor des stablecoins adossés au dollar. La législation de l'Union européenne a ainsi récemment provoqué un retrait de l'USDT des plateformes de change, Tether ayant refusé de se conformer aux dispositions du règlement MiCa entrées en vigueur en juin 2024, jugées trop restrictives. En parallèle, la BCE a repris le développement de son euro numérique (MNBC), et un consortium composé de dix banques européennes a mis en chantier un nouveau projet de stablecoin adossé à l'euro.

De son côté, l'État fédéral américaine a également serré la vis : même s'il veut pousser les stablecoins, il tient à ce qu'ils ne soient pas arrimés à une monnaie étrangère et qu'ils puissent être contrôlé sur son propre territoire. Le 18 juillet 2025, l'administration Trump a ainsi fait passer le GENIUS Act, qui a clarifié (et alourdi) la règlementation autour des stablecoins. La loi, qui devrait rapidement entrer en vigueur, exige que les stablecoins circulant aux États-Unis soient adossés à 100 % par des actifs liquides liés au dollar américain, afin de « protéger les consommateurs » et de « générer une demande accrue pour la dette américaine et consolider le statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale ». De plus, elle impose aux émetteurs de stablecoins de « mettre en place des programmes efficaces de lutte contre le blanchiment d'argent et de conformité aux sanctions, comprenant les évaluations des risques, la vérification des listes de sanctions et l'identification des clients ». Pour se conformer, Tether a annoncé le lancement d'un nouveau jeton, l'USAT, qui suivra la législation américaine. La société a embauché Bo Hines, ancien conseiller sur les cryptomonnaies auprès de la Maison-Blanche, pour gérer sa branche américaine.

Cette approbation officielle a provoqué une nouvelle vague dans la création de stablecoins. On a ainsi vu PayPal émettre son propre stablecoin, le PYUSD, sur Ethereum en 2022. De même, le service financier World Liberty Financial, cofondé entre autres par les fils de Donald Trump (Eric, Donald Jr. et Barron), a lancé un jeton de ce type appelé USD1 le 28 janvier 2025. Les stablecoins ont donc un bel avenir devant eux aux États-Unis.

Le cheval de Troie : Bitcoin ou Tether ?

Un cheval de Troie est un cadeau qui s'avère être un piège. C'est une référence au mythique cheval de bois offert lors de la guerre de Troie par les Mycéniens, qui combattaient les Troyens. Les Mycéniens se cachaient en réalité à l'intérieur, si bien que les Troyens ont provoqué leur propre destruction en amenant le cheval entre les murs de leur cité.

Cette métaphore est régulièrement utilisée dans l'écosystème des cryptomonnaies. Bitcoin est ainsi parfois désigné comme un « cheval de Troie de la liberté » : un actif alléchant offert au système financier qui s'empresserait de l'adopter, ce qui conduirait à détruire la base sur laquelle il repose, c'est-à-dire le contrôle sur la monnaie.

Mème Internet présentant Bitcoin comme le cheval de Troie de la liberté (Alex Gladstein)

Une variante de cette métaphore est apparue plus récemment pour impliquer le stablecoin : d'après cette théorie, Tether serait le cheval de Troie de Bitcoin, en constituant une étape de transition entre la monnaie fiat et la monnaie libre. Cette vision est entre autres portée par Paolo Ardoino lui-même, qui est un bitcoineur convaincu et qui voit l'USDT comme une solution temporaire, permettant de faciliter l'adoption de Bitcoin.

Capture de la présentation de Paolo Ardoino à la conférence Bitcoin 2025 à Las Vegas, intitulée « Why Tether Loves Bitcoin » (source : Bitcoin Magazine)

Tether constitue effectivement un atout pour Bitcoin, en tout cas à court terme. La société est l'un des plus gros détenteurs de bitcoin : dans son rapport de septembre, il est indiqué qu'elle possédait directement plus de 86 000 bitcoins en réserve, soit près de 10 milliards de dollars. Elle contrôle également 116 tonnes d'or, dont 12 servent à garantir son stablecoin indexé à l'once d'or, le Tether Gold (XAUT).

De plus, l'implication de Tether dans Bitcoin va plus loin qu'une simple détention : la société finance largement l'écosystème, en s'impliquant dans des levées de fonds d'entreprises liées de près ou de loin à Bitcoin dont Bitrefill, BTCPayServer ou Synonym. Tether s'investit également dans l'éducation autour de la cryptomonnaie, en finançant l'université en ligne gratuite PlanB Network ou des évènements comme la conférence de Lugano.

Investissements de Tether entre 2020 et 2025 (source : Bennett Tomlin pour Protos)

Cette vision pour Tether est partagée par Saifedean Ammous, l'économiste auteur de L'Étalon-bitcoin et maximaliste présumé. Ce dernier a fait l'apologie du stablecoin dans son intervention à la conférence de Las Vegas en mai, où il cherchait à montrer que le succès de Tether serait également positif pour Bitcoin, concluant que l'USDT était « un bon moyen de s'affranchir progressivement du dollar ». Dans son argumentaire, il admet que Tether absorbe une partie de la dette américaine, mais que cela ne suffit pas à la faire diminuer ; à terme, cette dette est vouée à être supprimée, directement par le défaut de paiement ou indirectement par la dévaluation du dollar. Face à cette double menace, Tether est incité à se couvrir en achetant d'autres actifs indépendants du dollar comme l'or et le bitcoin. Le déclin de la monnaie américaine ferait que l'USDT finirait par se découpler du dollar à la hausse, un USDT s'échangeant contre plus d'un dollar. Le Tether deviendrait alors une monnaie privée adossée d'abord à plusieurs actifs de réserves, et à terme uniquement au bitcoin en raison de sa rareté absolue.

Bref, cette vision correspond à peu près au rêve de Peter Thiel pour PayPal, qui voulait à terme en faire « une nouvelle monnaie sur Internet qui supplante le dollar américain5 » comme nous l'avons vu au début de cet article. Ainsi, bien qu'il existe des différences entre les deux, nous pouvons nous attendre à ce que Tether connaisse le même destin que PayPal.

Le cheval de Troie de l'asservissement financier

Tether est un service centralisé qui, bien que son siège se situe dans une juridiction hors des États-Unis, est directement lié (comme son nom l'indique) au dollar. De ce fait, si la société voulait ignorer les lois américaines, l'État fédéral pourrait intervenir dans le cadre de l'« extraterritorialité du droit américain », comme il l'a fait pour Liberty Reserve en 2013. Tether Ltd. est donc contrainte de s'y soumettre, ce qu'elle est d'ailleurs en train de faire avec le GENIUS Act.

Aux États-Unis, le déploiement d'une monnaie numérique de banque centrale a été interrompu par l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Toutefois, il ne s'agit pas d'un rejet d'une monnaie numérique centralisée, les stablecoins formant une « monnaie programmable et surveillable », pour reprendre l'expression de Mark Goodwin. Comme nous l'avons laissé entendre, Tether gèle régulièrement des comptes en suivant les directives américaines et en collaborant avec les agences de renseignement. En mars 2025, la société a par exemple aidé le Secret Service à bloquer 23 millions de dollars de fonds illicites liés à des transactions sur la plateforme de change russe Garantex, soumise à des sanctions. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, même si les gels semblent pour l'instant se limiter aux opérations criminelles de grande envergure. Bien loin d'apporter la liberté monétaire tant espérée, le Tether USD porte ainsi en lui les germes de la censure financière. C'est en cela qu'il constitue un cheval de Troie de l'asservissement financier : c'est un piège voué à se refermer, nonobstant la bonne foi des acteurs impliqués.

À la différence de la monnaie numérique de banque centrale, la menace des stablecoins est plus subtile et insidieuse, car ils ont bel et bien une utilité, surtout dans le cas où ils bénéficieraient d'une grande latitude comme c'est le cas aujourd'hui. De plus, ils sont issus par des sociétés privées, en théorie séparées du pouvoir central, ce qui ajoute une étape dans l'application de la censure. C'est pourquoi il est plus difficile de les critiquer, contrairement aux MNBC.

Le fait est que les stablecoins profitent principalement au dollar et à l'empire américain, pas au bitcoin. Pourtant, la complaisance vis-à-vis de Tether est particulièrement grande chez les partisans les plus zélés de Bitcoin, dont un bon nombre n'hésitent pourtant pas à mépriser ouvertement les cryptomonnaies alternatives parce qu'elles seraient des « shitcoins ». On peut par exemple penser à Adam Back, qui est un soutien de longue date de Bitfinex et de Tether, notamment à cause de leur implication dans la sidechain Liquid développée par son entreprise, Blockstream. En effet, puisque Tether finance aujourd'hui une grande partie de l'écosystème, les gens recevant des fonds sont incités à ne pas trop critiquer l'USDT, et même à ne pas s'autoriser à penser que ce serait un problème. Pour reprendre les mots d'Upton Sinclair, « il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme lorsque son salaire dépend précisément du fait qu'il ne la comprenne pas ».

Cette situation est préoccupante pour Bitcoin car l'USDT est clairement un concurrent direct de la cryptomonnaie. Le stablecoin de Tether est en train de devenir la monnaie d'Internet, alors que le bitcoin se transforme chaque jour un peu plus en un or d'investissement qu'il conviendrait de conserver dans un coffre. Le rêve d'une adoption par la base est en train de lentement s'évanouir : la confidentialité sur la chaine de blocs est férocement combattue, l'évolution du protocole s'ossifie davantage, les débats futiles se multiplient, les grandes conférences se sont transformées en séminaires politiques, etc.

Mais la guerre n'est pas perdue. Le prix devrait arrêter de monter comme il l'a fait par le passé — les rendements des cycles de hausse sont décroissants au cours du temps — ce qui devrait rétablir un équilibre entre les gens qui s'intéressent à ce que Bitcoin apporte réellement, et ceux qui sont là pour réaliser un gain financier rapide. Les règlementations de plus en plus drastiques devraient pousser les acteurs à opter pour une plus grande décentralisation, à la fois pour la conservation, pour le minage et pour le commerce. Et dans le cas extrême où l'instance BTC serait définitivement capturée, nous pourrons profiter des autres mises en œuvres du concept. Bitcoin est une trop bonne idée pour qu'on la laisse mourir.


Notes

Illustration : image générée avec Grok 4 / xAI. Texte : écrit intégralement sans LLM. Un grand merci à Édouard G. pour avoir relu cet article.

  1. Peter Thiel a été l'élève du philosophe René Girard à Stanford, qui a laissé une profonde empreinte sur lui comme en témoignent ses interventions publiques jusqu'à aujourd'hui. ↩︎
  2. Propos rapportés par Eric M. Jackson dans The PayPal Wars (World Ahead Pub., 2012). ↩︎
  3. Brock Pierce s'est rattrapé en fondant Block.one en 2017, société qui a réalisé une ICO de plus de 4 milliards de dollars pour la plateforme de contrats EOS dans l'année. ↩︎
  4. Cette décision de Donald Trump, qui semble paradoxale étant donné qu'elle affaiblit le dollar, constitue une démarche que certains analystes ont qualifié de mercantiliste ou colbertiste, qui intervient dans un contexte de conflit mondial croissant. ↩︎
  5. Peter Thiel, De zéro à Un (Lattes, 2016). Traduction de Johan-Frederik Hel Guedj. ↩︎
☐ ☆ ✇ Cryptonews

Ethereum vs Bitcoin : la fin d’une tendance baissière ouvre la porte à un potentiel de +170 %

By: Ronan Gaillard

Depuis plusieurs mois, le marché observait Ethereum avec une certaine lassitude. L’Ether avait perdu du terrain face au Bitcoin, glissant lentement dans une tendance baissière qui semblait interminable. Pourtant, quelque chose a changé. Discrètement d’abord, puis de façon plus visible. Aujourd’hui, plusieurs signaux convergent : l’ETH vient peut-être de mettre fin à sa longue phase de faiblesse, et cette rupture pourrait ouvrir un potentiel de hausse spectaculaire.

Une structure de marché qui rappelle 2021

Sur X, le trader Mags a partagé une analyse qui a immédiatement attiré l’attention. Le graphique ETH/BTC, dit-il, reproduit quasiment les mêmes mouvements que lors du bull run de 2021. À l’époque, l’Ether avait trouvé un plancher, testé ce support, puis explosé en quelques semaines avant d’entrer dans une phase de distribution lente.

La configuration actuelle est étonnamment similaire. Le ratio ETH/BTC a touché en avril les mêmes niveaux extrêmes qui avaient servi de base à la précédente envolée. Depuis, le marché a amorcé un retournement progressif.

“On se trouve exactement sur la zone de support qui avait déclenché une hausse de 170 % en 7 semaines,” écrit Mags. “Sept bougies hebdomadaires vertes, puis une distribution. Vous savez ce que ça veut dire”. La dynamique qui s’installe n’est pas un simple rebond technique.

Une sortie de tendance baissière enfin confirmée

Ethereum n’avait plus envoyé un signal aussi convaincant depuis des mois. Le ratio ETH/BTC sort enfin de sa diagonale descendante, une ligne qui contenait le mouvement depuis près d’un semestre.

Pour l’avocat et spécialiste des actifs numériques Joe Carlasare, cette cassure est un indicateur important. La sortie d’un canal aussi long suggère que les vendeurs perdent la main. Pour que le signal se confirme, l’Ether devra toutefois tenir l’ancienne zone de résistance devenue support.

Le trader Michaël van de Poppe abonde dans ce sens : “Si l’ETH parvient à conserver cette zone, cela montrerait que les acheteurs reviennent sur des niveaux plus élevés que la semaine précédente. Et dans ce cas, un mouvement vers 3 700 dollars devient très crédible.”

Bitcoin sous pression, mais les100 000 $ restent la cible

Pendant que l’ETH regagne du terrain, le Bitcoin tente de trouver un appui. Le marché s’interroge encore sur sa capacité à dépasser définitivement le seuil symbolique des 100 000 dollars, mais plusieurs indicateurs plaident pour une reprise prochaine.

#Bitcoin keeps hanging on the same price levels.

Direction is still unclear; if we lose this level, we might retest anywhere in the $85K ballpark for a final sweep and some sort of double bottom pattern.

I still think that we're done with this entire correction and are forming… pic.twitter.com/2u2NPTv51r

— Michaël van de Poppe (@CryptoMichNL) December 5, 2025

Même si le cours rechigne à reconquérir l’ouverture annuelle à 93 500 $, Van de Poppe estime que le support crucial reste 91 500 $. A en croire son analyse, la correction est terminée. Si 91,5K tient, alors un test à 100K est probable dès la semaine prochaine.”

Le paradoxe du moment, c’est que l’ETH pourrait voler la vedette au BTC alors même que le leader du marché se prépare lui aussi à repartir vers ses sommets. Cette convergence haussière est rare et souvent annonciatrice de mouvements importants.

Comment l’ETH pourrait réellement viser +170 % ?

En réalité, ce potentiel de +170 % correspond au niveau de 0,092 BTC, soit un retour vers les sommets historiques de l’Ether en termes relatifs. S’il atteignait ce niveau, l’ETH se situerait aux alentours de 8 500 dollars sur la base des prix actuels du Bitcoin. Trois éléments renforcent ce scénario :

  • Une structure graphique identique à celle de 2021, avec un support qui a déjà prouvé sa fiabilité.
  • Un retour progressif des acheteurs, visible sur plusieurs unités de temps.
  • Une dynamique de marché qui favorise les actifs retardataires, alors que Bitcoin approche de ses résistances majeures.

Certains analystes parlent même d’une possible “rotation du marché”, un phénomène classique où les capitaux passent d’un actif fort à un actif en rattrapage. La configuration actuelle de l’ETH/BTC n’est pas éternelle. Si le ratio rebondit franchement depuis son support historique, il devra encore franchir plusieurs niveaux clés pour que la tendance se transforme en rallye.

Mais une chose se dessine : la longue tendance baissière semble terminée. Et lorsqu’un actif majeur comme l’Ether met fin à cinq mois d’érosion constante, il faut s’attendre à ce que le marché réagisse. Peut-être pas demain. Peut-être pas cette semaine. Mais la pression haussière s’accumule.


Source : Mags


Pour aller plus loin sur le sujet :

The post Ethereum vs Bitcoin : la fin d’une tendance baissière ouvre la porte à un potentiel de +170 % appeared first on Cryptonews France.

❌