Lorsquâune personne se renseigne Ă propos de Bitcoin, il faut peu de temps pour quâelle apprenne que sa mise en circulation est rĂ©duite au cours du temps et que la quantitĂ© finale est plafonnĂ©e Ă 21 millions dâunitĂ©s. Il lui est ensuite suggĂ©rĂ© que si son utilisation croit, alors la raretĂ© absolue des bitcoins fera que leur valeur explosera Ă la hausse. Câest cette logique spĂ©culative qui a menĂ© le prix du bitcoin Ă passer de 0,001 $ Ă 126 000 $ en moins de 20 ans.
Cependant, la limite emblĂ©matique des 21 millions, aujourdâhui mise Ă lâhonneur par les vendeurs de rĂȘve, ne constituait pas lâobjectif principal du systĂšme de Nakamoto, et a Ă©tĂ© secondaire au cours de sa conception ; elle a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un moyen de rendre le bitcoin attractif, et pas comme une fin en soi. La preuve la plus Ă©clatante de ce fait est quâĂ lâorigine, Bitcoin a Ă©tĂ© conçu pour avoir une crĂ©ation monĂ©taire constante. Satoshi Nakamoto nâa en effet ajoutĂ© les halvings et le plafond dâĂ©mission quâaprĂšs la publication du livre blanc.
Ă lâheure oĂč la mystique saylorienne domine, oĂč les ETF se multiplient, et oĂč lâĂtat le plus puissant de la planĂšte constitue une rĂ©serve stratĂ©gique de bitcoins, il semble essentiel de rappeler que le but originel de Bitcoin Ă©tait bien plus noble quâattirer toute la cupiditĂ© du monde.
Les deux livres blancs
Le 31 octobre 2008, Satoshi Nakamoto inaugure sa dĂ©couverte en envoyant le livre blanc de Bitcoin, intitulĂ© Bitcoin : Un systĂšme dâargent liquide Ă©lectronique pair Ă pair, Ă la liste de diffusion de courrier Ă©lectronique de Metdowd.com dĂ©diĂ©e Ă la cryptographie. Ce document nâest cependant pas la seule version qui existe, et il en publiera une autre, mise Ă jour, le 24 mars 2009, qui est hĂ©bergĂ©e sur Bitcoin.org et Ă laquelle nous faisons gĂ©nĂ©ralement rĂ©fĂ©rence aujourdâhui. Le premier livre blanc diffĂšre ainsi lĂ©gĂšrement du second.
En particulier, dans ce premier document, Satoshi ne fait pas mention des « frais de transaction » ou dâun « nombre prĂ©dĂ©terminĂ© dâunitĂ©s », comme il fera plus tard. Pour rĂ©compenser les mineurs qui assurent le traitement des paiements, il prĂ©voit une Ă©mission de monnaie constante, vraisemblablement de 100 bitcoins toutes les 15 minutes1. Dans le livre blanc, il Ă©crit :
« Lâajout rĂ©gulier dâune quantitĂ© constante de nouvelles unitĂ©s sâapparente Ă lâaction des mineurs dâor qui dĂ©pensent des ressources pour mettre de lâor en circulation. »
Il justifie ainsi le choix dâune « inflation naturelle » en comparant le bitcoin Ă lâor, qui a toujours connu une certaine crĂ©ation monĂ©taire tout en conservant son pouvoir dâachat2. Avec une quantitĂ© constante de nouveaux bitcoins, le taux dâĂ©mission annuelle devrait diminuer au cours du temps : il passerait sous les 5 % aprĂšs 20 ans, et sous les 2 % au bout de 50 ans. Outre la phrase du livre blanc, Satoshi prĂ©cisera dans un courriel privĂ© quelque jours plus tard :
« Lâoffre dâor augmente dâenviron 2 Ă 3 % par an.  Nâimporte quelle monnaie fiat affiche gĂ©nĂ©ralement un taux dâinflation supĂ©rieur. »
La discussion avec Ray Dillinger
En novembre 2008, Satoshi discute de Bitcoin avec les membres de la liste. Il Ă©change notamment avec Ray Dillinger, consultant indĂ©pendant dans les nouvelles technologies, qui sâintĂ©resse aux protocoles de monnaie numĂ©rique. Dans un courriel envoyĂ© dans la soirĂ©e du 5 novembre (PST), il reproche au bitcoin son « absence de valeur intrinsĂšque », ne comprenant pas bien quâil sâagit dâune politique monĂ©taire dĂ©finie, contrĂŽlĂ©e par un algorithme dâajustement de la difficultĂ©. Pour lui, tout le monde peut crĂ©er de nouvelles unitĂ©s Ă lâinfini (comme dans systĂšme RPOW de Hal Finney), ce qui rĂ©duit considĂ©rablement la valeur de la monnaie. Il conclut faussement que la monnaie « prĂ©sente une inflation dâenviron 35 %, puisque câest le taux annuel dâamĂ©lioration de la performance informatique ». Satoshi en discute en privĂ© avec lui, avant de le corriger publiquement le 8 novembre :
« La difficultĂ© augmente proportionnellement afin de maintenir constante la production supplĂ©mentaire totale.  On sait donc Ă lâavance combien de nouveaux bitcoins seront créés au cours des annĂ©es futures.
La production de nouvelles unitĂ©s implique une augmentation planifiĂ©e de la masse monĂ©taire, mais celle-ci nâentraĂźne pas nĂ©cessairement de lâinflation.  Si la quantitĂ© de monnaie augmente au mĂȘme rythme que le nombre de personnes qui lâutilisent, les prix resteront stables.  Si elle nâaugmente pas aussi vite que la demande, il y aura de la dĂ©flation et les premiers dĂ©tenteurs de la monnaie verront sa valeur augmenter.
Les unitĂ©s doivent ĂȘtre distribuĂ©es dâune maniĂšre ou dâune autre au dĂ©part, et un taux constant semble ĂȘtre la meilleure mĂ©thode. »
Satoshi confirmera lâexistence de ce modĂšle initial Ă Martti Malmi en mai 2009 dans un courriel incluant son dĂ©bat en privĂ© avec Ray :
« Cette discussion sur lâinflation a eu lieu avant la mise en place du mĂ©canisme de frais de transaction et du programme fixe des 21 millions dâunitĂ©s ; elle nâest donc peut-ĂȘtre plus tout Ă fait dâactualitĂ©. »
Toutefois, ce modĂšle sâavĂšre dĂ©fectueux, ce que ne manque pas de lui faire remarquer le premier dĂ©tracteur de Bitcoin : James A. Donald.
LâĂ©change avec James A. Donald
James A. Donald est un cypherpunk anonyme qui est le premier Ă avoir rĂ©pondu publiquement Ă Satoshi, le 2 novembre, pour reprocher Ă Bitcoin sa faible capacitĂ© Ă passer Ă lâĂ©chelle. Les deux hommes Ă©changent longuement sur la liste. Ce sont les remarques du cypherpunk sur le systĂšme incitatif de Bitcoin qui vont pousser Satoshi Ă revoir sa politique monĂ©taire et Ă intĂ©grer des frais de transaction.
Dans la nuit du 8 au 9 novembre, James A. Donald blĂąme ainsi lâĂ©mission monĂ©taire constante choisie par Satoshi pour inciter les mineurs Ă assurer le traitement des transactions. Il nuance nĂ©anmoins son propos en ajoutant que câest mieux que les monnaies classiques sujettes aux alĂ©as de la politique :
« Cette proposition ne peut pas ĂȘtre mise en Ćuvre, car dans le systĂšme proposĂ©, le travail de suivi de la propriĂ©tĂ© des unitĂ©s est financĂ© par le seigneuriage, ce qui nĂ©cessite de lâinflation.
Ce nâest pas un dĂ©faut insurmontable : une inflation prĂ©visible est moins choquante quâune inflation qui est traficotĂ©e de temps en temps pour transfĂ©rer les richesses dâun groupe Ă©lectoral Ă un autre. »
Dans la journĂ©e du 9, James A. Donald Ă©met un nouvelle critique, cette fois-ci sur le fait quâun mineur nâest pas incitĂ© Ă inclure des transactions dans un bloc :
« Cette solution [âŠ] ne rĂ©sout pas celui de lâenregistrement des dĂ©penses. Si un nĆud ignore toutes les dĂ©penses sans importance pour lui, il nâen subit aucune consĂ©quence nĂ©gative. »
Satoshi a alors lâidĂ©e dâajouter un mĂ©canisme des frais de transaction, qui aurait lâavantage de rĂ©soudre les deux problĂšmes. Dans la soirĂ©e du 9 novembre, rĂ©pondant Ă James A. Donald, il dĂ©crit ce mĂ©canisme comme suit :
« Si tu as des difficultĂ©s avec la question de lâinflation, il est facile dâajuster le systĂšme pour quâil fonctionne avec des frais de transaction.  Câest trĂšs simple : il suffit que la valeur en sortie de toute transaction soit infĂ©rieure de 1 centime Ă la valeur en entrĂ©e.  Soit le logiciel client construit automatiquement des transactions ayant un montant supĂ©rieur de 1 centime Ă la valeur de paiement prĂ©vue, soit ce montant est prĂ©levĂ© du cĂŽtĂ© du bĂ©nĂ©ficiaire.  La rĂ©compense obtenue lorsquâun nĆud trouve une preuve de travail pour un bloc correspondrait au total des frais contenus dans ce bloc. »
Le lendemain, Satoshi ajoute :
« GrĂące au systĂšme de rĂ©compense basĂ© sur les frais de transaction que jâai rĂ©cemment prĂ©sentĂ©, les nĆuds seraient incitĂ©s Ă inclure toutes les transactions payantes quâils reçoivent. »
Le code de novembre 2008
Ă la suite de sa discussion avec James A. Donald, Satoshi Nakamoto dĂ©cide de mettre en Ćuvre le mĂ©canisme des frais de transaction au sein de son modĂšle. Il fait Ă©galement diminuer la crĂ©ation monĂ©taire au cours du temps, de façon Ă limiter la quantitĂ© Ă un montant prĂ©dĂ©fini. Le 14 novembre, dans une rĂ©ponse Ă Ray Dillinger, il Ă©crit :
« Il y aura des frais de transaction, ce qui incitera les nĆuds Ă recevoir et Ă inclure autant de transactions que possible.  Les nĆuds finiront par ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©s uniquement par ces frais lorsque le nombre total dâunitĂ©s créées atteindra le plafond prĂ©dĂ©terminĂ©. »
Le 16 novembre, il partage le code logiciel de Bitcoin avec certains membres de la liste, dont Ray Dillinger et James A. Donald. Les paramĂštres prĂ©sents dans cette version diffĂšrent du prototype de janvier 2009. Le temps entre chaque bloc, par exemple, est de 15 minutes (au lieu de 10). Chaque bitcoin (COIN) se divise en 100 centimes (CENT), qui sont eux-mĂȘmes divisibles en 10 000 unitĂ©s plus petites, si bien quâun bitcoin correspond Ă 1 million dâunitĂ©s de base.
Satoshi y inclut surtout la mĂ©canique de rĂ©duction de moitiĂ© (le fameux halving) qui divise par deux la crĂ©ation monĂ©taire tous les 100 000 blocs, soit 2 ans et 10 mois environ. Dans cette version du code, il se crĂ©e 100 bitcoins durant la premiĂšre pĂ©riode de 100 000 blocs, 50 durant la deuxiĂšme pĂ©riode, etc. de sorte que la quantitĂ© totale de bitcoins converge vers 20 millions dâunitĂ©s, qui sera atteinte 77 ans plus tard.

Le lancement du réseau
Un mois et demi plus tard, le 8 janvier 2009, Satoshi Nakamoto publie la version 0.1 du logiciel. Cette derniĂšre inclut les paramĂštres quâon connait bien : les 10 minutes entre chaque bloc, les 50 bitcoins par bloc, les 100 millions dâunitĂ©s de base (« satoshis ») par bitcoin, le halving tous les 4 ans, et le plafond des 21 millions de bitcoins. Comme il lâĂ©crira quelques mois plus tard Ă Mike Hearn, le choix du nombre des 21 millions et de la granularitĂ© des unitĂ©s est une « estimation Ă©clairĂ©e », un « entre-deux » prenant en considĂ©ration le scĂ©nario oĂč Bitcoin resterait une « petite niche » et celui oĂč il serait utilisĂ© « pour une partie du commerce mondial ».
Outre le code, Satoshi dĂ©crit la politique monĂ©taire dĂ©finitive dans son courriel dâintroduction :
« La circulation totale sera de 21 000 000 dâunitĂ©s.  Elles seront distribuĂ©es aux nĆuds du rĂ©seau lorsquâils crĂ©eront des blocs, la quantitĂ© Ă©mise Ă©tant divisĂ©e par deux tous les 4 ans. [âŠ] Lorsque cela sera Ă©puisĂ©, le systĂšme pourra prendre en charge les frais de transaction si nĂ©cessaire. »
Le 10 janvier, Hal Finney, ingĂ©nieur amĂ©ricain connu pour son implication dans le mouvement cypherpunk et dans PGP, approuve cette façon de faire en sâenhtousiasmant du fait que « le systĂšme peut ĂȘtre configurĂ© pour nâautoriser quâun nombre maximum certain dâunitĂ©s Ă ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ©es ». Dans son courriel, il estime que si Bitcoin devient « le systĂšme de paiement dominant utilisĂ© dans le monde entier », chaque unitĂ© aura alors « une valeur dâenviron 10 millions » de dollars.
Satoshi voit dans cette prĂ©diction un formidable moyen de communication pour donner envie aux gens dâessayer Bitcoin. Il utilise ainsi cet argument de vente Ă plusieurs reprises, sur la liste de diffusion en janvier et sur le forum de la Fondation P2P en fĂ©vrier. Et il a son effet : Dustin Trammell, lâun des premiers mineurs aprĂšs Satoshi et Hal Finney, confiera au crĂ©ateur de Bitcoin que cette possibilitĂ© de gagner de lâargent est « lâune des raisons qui [lâont] poussĂ© Ă dĂ©marrer un nĆud si rapidement ».
Satoshi prend ensuite ses distances avec cet aspect spĂ©culatif, nâen parlant pratiquement jamais et toujours de maniĂšre trĂšs mesurĂ©e. En juin 2009, dans un courriel Ă Martti Malmi, il Ă©crit quâil nâest « pas Ă lâaise avec le fait de dĂ©clarer explicitement » que le bitcoin devrait ĂȘtre considĂ©rĂ© « comme un investissement », jugeant que câest une « affirmation dangereuse » (dâun point de vue lĂ©gal vraisemblablement). Il ajoute :
« Il nây a pas de mal Ă ce que les gens arrivent Ă cette conclusion par eux-mĂȘmes, mais nous ne pouvons pas le prĂ©senter de cette façon. »
Mais lâimaginaire des gens est dĂ©jĂ irrĂ©mĂ©diablement influencĂ©, et les bulles successives qui se produiront en 2011 et en 2013 termineront de modifier la perception gĂ©nĂ©rale de Bitcoin par le public.
Bitcoin a été dévoyé
Satoshi Nakamoto nâĂ©tait donc pas opposĂ© Ă ce que les gens utilisent le bitcoin comme une rĂ©serve de valeur, comme un vĂ©hicule dâ« investissement Ă long terme ». Mais il voyait cet aspect spĂ©culatif davantage comme un moyen dâamorcer Ă©conomiquement son systĂšme que comme une fin en soi. Le but principal de Satoshi Nakamoto, explicitement citĂ© dans lâintroduction du livre blanc, Ă©tait de rĂ©soudre le problĂšme des paiements en ligne en crĂ©ant un « argent liquide Ă©lectronique » pouvant ĂȘtre utilisĂ© « sans avoir recours Ă un tiers de confiance ».
Sâil a jugĂ© que son systĂšme Ă©tait prĂȘt le 31 octobre 2008, câest que lâobjectif pouvait ĂȘtre rempli avec une crĂ©ation monĂ©taire constante. Il a revu cet Ă©lĂ©ment, car le modĂšle incluant des frais de transaction et une quantitĂ© limitĂ©e dâunitĂ©s Ă©tait simplement plus Ă©lĂ©gant : les frais incitaient les mineurs Ă inclure les transactions dans leurs blocs tandis que « dĂ©flation naturelle » rĂ©compensait les commerçants qui conservaient les unitĂ©s reçues, limitant le change avec les monnaies classiques. Ce second modĂšle Ă©tait donc bien plus Ă mĂȘme de remplir le but originel de Bitcoin.
Il est difficile de nier que la spĂ©culation liĂ©e Ă la limite des 21 millions a Ă©tĂ© lâĂ©lĂ©ment qui a permis Ă Bitcoin de perdurer jusquâaujourdâhui. Entre autres, elle garantissait une demande minimale pour lâunitĂ© de compte et une utilisation plancher du rĂ©seau. Mais cet appĂąt du gain a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© jusquâĂ ne plus vraiment servir le sain dĂ©veloppement de Bitcoin, dans le sens oĂč les gens nâassurent mĂȘme plus la garde de leurs propres bitcoins. Satoshi Nakamoto voulait initialement crĂ©er un « systĂšme dâargent liquide Ă©lectronique », pas une « marchandise numĂ©rique sans Ă©metteur » qui servirait dâadossement pour des instruments financiers institutionnels ou de garantie dans des prĂȘts collatĂ©ralisĂ©s. Il pourrait ĂȘtre opportun de sâen rappeler.
Notes
Cet article est une version remaniĂ©e et augmentĂ©e de plusieurs sections du cours sur lâhistoire de la crĂ©ation de Bitcoin publiĂ© sur PlanB Academy. Lâillustration a Ă©tĂ© produite avec GPT Image 1.5, sur la base du gĂ©nĂ©rique de 20th Century Fox ; lâidĂ©e vient de u/birth_of_bitcoin sur Reddit. Les traductions ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e grĂące Ă DeepL. Le reste du texte a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM.
- Ce modĂšle rappelle inĂ©vitablement lâĂ©mission rĂ©siduelle de Monero, qui est de 0,6 XMR toutes les deux minutes. â©ïž
- MalgrĂ© la conception soutenue par certains Ă©conomistes autrichiens comme Ludwig von Mises, lâinflation monĂ©taire nâĂ©quivaut pas Ă lâinflation des prix, car la croissance de lâĂ©conomie compense en partie la crĂ©ation monĂ©taire. Dans le cas dâune monnaie-marchandise soumise uniquement au marchĂ©, il nây a pas dâinflation des prix, Ă moins que les conditions de sa production ne changent drastiquement. â©ïž