
La banque israĂ©lienne Leumi sâallie Ă Galaxy Digital pour lancer en 2027 le trading de Bitcoin, Ether et Solana dans son application.
Lâarticle La plus grande banque dâIsraĂ«l ouvre ses portes Ă Bitcoin, Ether et Solana est apparu en premier sur Cointribune.


Wall Street profite-t-elle de la volatilitĂ© crypto pour avancer ses pionsâ? Au deuxiĂšme trimestre 2026, JPMorgan a fortement renforcĂ© son exposition au bitcoin et Ă Ethereum, tout en renouant avec le XRP. Les derniĂšres dĂ©clarations rĂ©glementaires de la banque rĂ©vĂšlent 355,7 millions de dollars investis dans lâETF Bitcoin IBIT de BlackRock, ainsi quâune hausse de 338 % de sa position sur lâETF Ethereum ETHA. Ce mouvement contraste avec les rĂ©centes sorties de capitaux enregistrĂ©es par les ETF Bitcoin spot et rĂ©vĂšle un dĂ©calage saisissant entre les turbulences de court terme et les choix institutionnels.
Lâarticle JPMorgan renforce massivement ses positions sur le Bitcoin et Ethereum et revient sur le XRP est apparu en premier sur Cointribune.


Solana prépare SIMD-0553 : un changement de frais qui pourrait faire chuter les revenus des validateurs crypto. Tous les détails ici !
Lâarticle SIMD-0553 : Solana revoit sa grille de frais pour pĂ©naliser les transactions gaspilleuses est apparu en premier sur Cointribune.

Le plus grand fonds souverain au monde sâexpose indirectement Ă Ethereum. Le fonds norvĂ©gien dĂ©tenait au 30 juin prĂšs de 82 millions de dollars dâactions BitMine, premiĂšre trĂ©sorerie ETH cotĂ©e au monde. Une position qui tĂ©moigne de son exposition croissante Ă lâĂ©cosystĂšme crypto.
Lâarticle Le fonds souverain de NorvĂšge exposĂ© Ă lâEthereum via BitMine est apparu en premier sur Cryptoast.

KPMG vient de confirmer ce que Tether promettait depuis des années : un audit complet, pas une simple attestation. Résultat, 6,8 milliards de dollars d'excédent de réserves avec une opinion sans réserve à la clé. Mais un détail que Paolo Ardoino ne met pas en avant refroidit un peu l'euphorie.
Lâarticle KPMG audite les comptes de Tether et confirme un excĂ©dent de rĂ©serves de 6,8 milliards de dollars est apparu en premier sur Cointribune.


La menace quantique pousse Ethereum Ă revoir ses choix cryptographiques. Poseidon, longtemps envisagĂ©e comme une fonction de hachage adaptĂ©e aux preuves Ă divulgation nulle de connaissance et Ă lâĂšre post-quantique, vient dâĂȘtre Ă©cartĂ©e par les chercheurs du rĂ©seau. DerriĂšre ce changement se joue bien plus quâun choix dâalgorithme. Alors Ethereum revoit les fondations cryptographiques de sa future architecture. Une nouvelle approche promet dĂ©sormais de meilleures performances, une auditabilitĂ© renforcĂ©e et une intĂ©gration plus sĂ»re. Reste Ă comprendre pourquoi Poseidon a perdu la course, quels gains offre son remplaçant et Ă quel rythme cette transition pourrait atteindre le rĂ©seau.
Lâarticle Face au risque quantique, Ethereum prĂ©pare sa dĂ©fense et revoit ses choix cryptographiques est apparu en premier sur Cointribune.

Le leader mondial des stablecoins Tether est connu pour lâĂ©crasante domination quâil impose sur ce marchĂ© avec son USDT, mais Ă©galement pour lâopacitĂ© avec laquelle il gĂšre ses rĂ©serves. Une situation qui vient apparemment de changer, suite Ă un audit complet menĂ© par lâun des « Big Four » amĂ©ricains, KPMG. On fait le pointâŠ
Lâarticle Tether annonce (enfin) un audit complet et indĂ©pendant menĂ© par KPMG est apparu en premier sur Cryptoast.
Le piratage dâAdform, lâun des poids lourds europĂ©ens de la publicitĂ© en ligne, a entraĂźnĂ© la diffusion dâun script malveillant sur des milliers de sites. Celui-ci pouvait remplacer les adresses Bitcoin, Ethereum et TRON copiĂ©es par les internautes afin de dĂ©tourner leurs cryptomonnaies vers les portefeuilles de lâattaquant.
Lâarticle Agence publicitaire piratĂ©e : des milliers de sites exposĂ©s aux vols de cryptos est apparu en premier sur Cryptoast.

Ethereum revient au centre des donnĂ©es on-chain aprĂšs le rĂ©veil de quatre anciennes baleines liĂ©es aux premiers jours du rĂ©seau. Mardi 11 aoĂ»t, un portefeuille Genesis a dĂ©placĂ© 2 680 ETH aprĂšs onze ans dâinactivitĂ©. Cette rĂ©serve, acquise pour environ 830 dollars, valait alors 5,03 millions de dollars. Deux autres portefeuilles avaient dĂ©jĂ transfĂ©rĂ© 2 000 ETH chacun en juillet. Ces mouvements rapprochĂ©s ravivent les craintes de vente, alors que des fonds longtemps considĂ©rĂ©s comme dormants retrouvent le marchĂ©.
Lâarticle Ethereum : Le rĂ©veil de quatre anciennes baleines ravive les craintes de vente est apparu en premier sur Cointribune.


LâEIP-8363 pourrait rĂ©duire fortement le rendement du staking Ethereum, provoquant une vive opposition avant son examen par les dĂ©veloppeurs.
Lâarticle Ethereum : lâEIP-8363 menace de bouleverser le staking est apparu en premier sur Cryptonaute.

Circle prĂ©pare le mainnet dâArc avec onze validateurs institutionnels et un Ă©cosystĂšme DeFi, avant lâouverture publique du 16 septembre 2026.
Lâarticle Arc : Circle mise sur un front institutionnel avant le mainnet est apparu en premier sur Cryptonaute.
Michael Saylor, le PDG de Microstrategy, est devenu extrĂȘmement populaire au sein de la communautĂ© de Bitcoin au cours des annĂ©es. Comme je lâai expliquĂ© dans le premier article de ce diptyque, il a su se faire une place parmi les bitcoineurs, passant dans des podcasts Ă large audience, intervenant lors des grandes confĂ©rences, attirant lâattention des mĂ©dias spĂ©cialisĂ©s â si bien quâil est devenu, en quelque sorte, une Ă©gĂ©rie de la monnaie orange.
MalgrĂ© tout, cette fascination gĂ©nĂ©rale pour le personnage mâa profondĂ©ment surpris. Je trouvais en effet mystĂ©rieux que des gens qui aimaient sincĂšrement Bitcoin, câest-Ă -dire au-delĂ du simple gain financier, puissent prendre cet homme au sĂ©rieux. Je mâopposais Ă©videmment Ă ses prises de position les plus pĂ©remptoires, exprimĂ©es dans certains courts extraits dâentrevues que jâavais entendus Ă contrecĆur. Et pourtant, nâayant jamais fait lâeffort dâĂ©couter ses longues interventions, je me persuadais que sa perspective sur la monnaie et sur Bitcoin devait prĂ©senter des qualitĂ©s insoupçonnĂ©es ; quâelle Ă©tait semblable Ă la pensĂ©e de Saifedean Ammous qui, malgrĂ© ses dĂ©fauts, avait le mĂ©rite de ne pas nier en bloc la proposition de valeur de lâargent liquide Ă©lectronique.
Câest pour combler ce manque de connaissance sur le discours saylorien que jâai lu, il y a peu, The Treasury of Michael Saylor1. Il sâagit dâune anthologie publiĂ©e en 2025 qui compile les paroles les plus marquantes de Saylor prononcĂ©es dans des podcasts ou des confĂ©rences. Le contenu a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© et rĂ©organisĂ© par lâinvestisseur et Ă©ducateur Anil Patel, dĂ©jĂ auteur dâun Manuel du Bitcoin en 2023.
Ma premiĂšre impression, en parcourant ce livre, a Ă©tĂ© un sentiment de vide. Certes, le texte provenait dâinterventions orales, et il fallait par consĂ©quent sâattendre Ă ce que le message de fond soit dissĂ©minĂ© au fil de lâeau. Mais il mâa semblĂ© que la pensĂ©e profonde de Saylor sur Bitcoin (censĂ©e ĂȘtre mise en Ă©vidence dans cette compilation) Ă©tait peu cohĂ©rente, parfois dĂ©nuĂ©e de sens, voire complĂštement improvisĂ©e⊠Lorsquâil reste dans son domaine dâexpertise, Ă savoir la finance et la gestion dâentreprise, le PDG amĂ©ricain fait preuve de pertinence et peut nous enseigner des choses. En revanche, son discours sur la cryptomonnaie sâapparente Ă du technobabillage : il utilise un pseudo-langage technique pour vendre ses produits, nâayant en rĂ©alitĂ© quâune maigre connaissance du fonctionnement du protocole Bitcoin2.
MalgrĂ© ce quâil dĂ©sire afficher, Saylor nâest pas un ingĂ©nieur ou un idĂ©ologue ; câest un magicien. Il se sert dâun flou artistique pour crĂ©er une sorte dâaura autour de lui, source de son charisme. Tel un numĂ©rologue de la kabbale, il joue avec les chiffres pour stupĂ©fier son public3. Tel un alchimiste, il transforme la crĂ©dulitĂ© des gens en actifs sur le bilan financier de sa sociĂ©tĂ©.
Le saylorisme nâest donc pas vraiment une doctrine solidement dĂ©finie, mais bien plutĂŽt une mystique, Ă savoir un « systĂšme dâaffirmations se rapportant Ă un objet [âŠ] auquel on attribue une sorte de vertu magique ». Et force est de constater que cette mystique saylorienne fascine les foules. Câest pourquoi il me semble essentiel de la dĂ©crypter ici, non pas pour prouver que lâhomme est stupide et quâil raconte nâimporte quoi, mais pour montrer que lâesprit de ses propos est indubitablement antithĂ©tique Ă ce que Bitcoin reprĂ©sente.
La mystique saylorienne semble compliquĂ©e par ses circonvolutions, mais elle sâĂ©claircit une fois quâon comprend la logique qui la sous-tend. En particulier, elle sâappuie sur un courant philosophique trĂšs ancien qui rencontre de plus en plus de succĂšs de nos jours. Ce courant, câest le promĂ©thĂ©isme, pour lequel la technologie est une force libĂ©ratrice qui permet aux individus de sâĂ©manciper de leur condition. Il tire son nom du titan de la mythologie grecque PromĂ©thĂ©e, qui aurait dĂ©robĂ© le feu sacrĂ© aux dieux de lâOlympe pour en faire don aux hommes, leur enseignant par ce biais lâintĂ©gralitĂ© des arts et des techniques, et qui aurait Ă©tĂ© condamnĂ© par Zeus Ă la torture perpĂ©tuelle en consĂ©quence Ă cet acte4.

Michael Saylor adhĂšre tout Ă fait Ă cette conception de la vie, voyant dâun bon Ćil lâaccroissement des moyens techniques. Et cette perspective se manifeste dans sa vision de Bitcoin. Par exemple, il considĂšre que le progrĂšs de la civilisation a dĂ©coulĂ© dans lâhistoire de sa capacitĂ© Ă canaliser lâĂ©nergie â de la domestication du feu Ă la maitrise de la fission nuclĂ©aire, en passant par lâexploitation du pĂ©trole â et que la cryptomonnaie comme une amĂ©lioration de cette capacitĂ©.
Saylor va ainsi jusquâĂ comparer directement Satoshi Nakamoto, le crĂ©ateur de Bitcoin, au titan PromĂ©thĂ©e. Pour lui, Satoshi a « offert un cadeau » au monde en mettant au point son systĂšme, et doit par consĂ©quent ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un demi-dieu. Il dit ouvertement :
« Satoshi est une figure spirituelle au sein de la communautĂ© Bitcoin ; il est lâĂ©quivalent de PromĂ©thĂ©e. PromĂ©thĂ©e nous a donnĂ© le feu ; Satoshi nous a donnĂ© la monnaie. Bitcoin est la premiĂšre monnaie parfaite de lâhistoire de lâhumanitĂ©. »
Au-delĂ de cette rĂ©vĂ©rence envers PromĂ©thĂ©e, Saylor sâinspire de pensĂ©es qui sont trĂšs clairement promĂ©thĂ©ennes dans leur nature. La mystique saylorienne sâincrit ainsi dans lâobjectivisme, philosophie de la romanciĂšre libĂ©rale Ayn Rand, qui exalte lâhĂ©roĂŻsme, lâĂ©goĂŻsme rationnel et lâentrepreneuriat capitaliste. Le promĂ©thĂ©isme transparait clairement dans les Ćuvres de lâautrice, oĂč on retrouve des rĂ©fĂ©rences directes au titan5.
Le PDG de MicroStrategy a particuliĂšrement Ă©tĂ© marquĂ© par La GrĂšve, roman publiĂ© en 1957 aux Ătats-Unis sous le titre Atlas Shrugged. Ce livre met en scĂšne des ingĂ©nieurs qui font sĂ©cession de la collectivitĂ© socialiste sclĂ©rosĂ©e dont ils supportent la charge, en se rĂ©unissant dans le « Canyon de Galt », une vallĂ©e situĂ©e au milieu des montagnes Rocheuses et dissimulĂ©e par un dispositif technique de rĂ©fraction lumineuse. Saylor, lors de son discours inaugural au gala annuel de lâAtlas Society6 en 2022, a ainsi rendu hommage Ă lâĆuvre :
« Les histoires dâAyn Rand traitent de la lutte de lâindividu contre le collectif, et elles sont captivantes. Quand jâai lu La GrĂšve pour la premiĂšre fois, je nâai pas pu lĂącher le livre. Jây ai consacrĂ© 12 heures par jour, puis 14, et puis 16. La nature humaine ne change pas : cette lutte existait il y a 100 000 ans ; elle existe encore aujourdâhui. Ce qui change, câest la technologie. »

Enfin, Michael Saylor a aussi Ă©tĂ© largement influencĂ© par lâauteur de science-fiction Robert Heinlein, qui est connu pour avoir Ă©crit Starship Troopers et dont la vision du monde est proche du promĂ©thĂ©isme7. Le PDG de MicroStrategy en a lu tous les romans, dont RĂ©volte sur la Lune (1966) quâil a dĂ©clarĂ© ĂȘtre « lâun de ses livres prĂ©fĂ©rĂ©s ». Ce dernier livre raconte la guerre dâindĂ©pendance menĂ©e par la colonie lunaire de Luna contre la Terre, qui est remportĂ©e Ă lâaide dâun systĂšme balistique gĂ©rĂ© par une intelligence artificielle (nommĂ©e Mike). Heinlein y prĂ©sente des idĂ©es trĂšs libertariennes : on y retrouve notamment lâadage selon lequel « un repas gratuit ça nâexiste pas8 », câest-Ă -dire que la plupart des choses prĂ©sentĂ©es comme « gratuites » sont en rĂ©alitĂ© payĂ©es par quelquâun dâautre, comme les services publics. Et Ă nouveau il y a cette idĂ©e que la maitrise technique permet de retrouver sa libertĂ© en faisant sĂ©cession.
Pour Michael Saylor, Bitcoin correspond ainsi trĂšs exactement au projet promĂ©thĂ©en, ce que des bitcoineurs hellĂ©nisants ont remarquĂ© bien avant lui, comme Andreas Antonopoulos (dĂšs 2013) ou Jacques Favier. Mais contrairement Ă Antonopoulos, Saylor a son interprĂ©tation particuliĂšre de la façon dont Bitcoin doit libĂ©rer le monde du joug de ZeusâŠ
ConformĂ©ment Ă sa philosophie promĂ©thĂ©enne et Ă son court passĂ© dâingĂ©nieur, Michael Saylor voit le monde sous lâangle de la science et de la thermodynamique. La notion dâĂ©nergie, qui est centrale en physique, revient constamment dans son discours, y compris concernant la cryptomonnaie. Entre autres, il considĂšre que le bitcoin constitue de lâ« énergie numĂ©rique », Ă lâinstar de lâacier qui est une « forme mĂ©tallique dâĂ©nergie » et du pĂ©trole qui reprĂ©sente une « forme liquide dâĂ©nergie ».
Cette affirmation est plus une image quâautre chose, car le bitcoin nâa aucun lien direct avec lâĂ©nergie. Certes, le rĂ©seau est sĂ©curisĂ© par un procĂ©dĂ© impliquant une consommation dâĂ©lectricitĂ© dans le monde rĂ©el ; mais lâunitĂ© de compte nâa jamais Ă©tĂ© adossĂ©e dâune quelconque maniĂšre Ă lâĂ©nergie consommĂ©e pour la crĂ©er. Satoshi Nakamoto avait dâailleurs dĂ©jĂ rĂ©futĂ© cette idĂ©e Ă son Ă©poque, expliquant que le bitcoin nâĂ©tait pas « stable par rapport Ă lâĂ©nergie ».
Bien entendu, on pourra argĂŒer que cette mĂ©taphore permet dâexpliquer les bonnes propriĂ©tĂ©s monĂ©taires que les marchandises possĂšdent habituellement en tant que produits standardisĂ©s (et que le bitcoin prĂ©sente). Sauf quâelle prend une place prĂ©pondĂ©rante dans ses propos, et quâelle justifie toutes les aberrations. Par exemple, Saylor considĂšre quâil ne peut pas y avoir de monnaie sans dĂ©pense Ă©nergĂ©tique et que (faisant Ă©cho au bon mot du banquier J. P. Morgan sur lâor) tout le reste constitue du crĂ©dit. Pour lui :
« Une monnaie sans Ă©nergie, câest du crĂ©dit. Des marchandises sans Ă©nergie, ce sont des bons dâachat. Dans le cyberespace, un objet sans Ă©nergie est une reprĂ©sentation. Si on a un objet et quâil nây a pas dâĂ©nergie, câest comme lâombre dans la caverne de Platon. Une personne sans Ă©nergie est un fantĂŽme. »
Dans ce cadre, seul le bitcoin peut constituer une rĂ©elle monnaie numĂ©rique, car la monnaie des banques centrales ne nĂ©cessite aucun travail pour ĂȘtre produite9. Lâinvocation de lâĂ©nergie sert Ă lĂ©gitimer Bitcoin en tant que futur fondement du systĂšme Ă©conomique10.
Michael Saylor se repose aussi beaucoup sur la thermodynamique, et sur les trois lois qui la composent : la conservation de lâĂ©nergie, la croissance inĂ©luctable de lâentropie et lâĂ©mergence de structures auto-dissipatives. Dans son discours, il assimile Bitcoin Ă un systĂšme physique stable, insensible aux perturbations extĂ©rieures. Cette allĂ©gorie lâamĂšne Ă prĂ©senter la hausse du prix du bitcoin comme une nĂ©cessitĂ© quasi scientifique. Il explique que miser sur le bitcoin Ă©quivaut Ă placer son argent sur le second principe de la thermodynamique, et donc que câest un pari sĂ»r :
« Quand on place son argent Ă la banque et quâon le garde sous forme de monnaie fiduciaire, on le prĂȘte Ă un Ătat. Quand on investit son argent dans une action, on le prĂȘte Ă lâĂ©quipe de direction dâune entreprise. Quand on met son argent dans un immeuble, on le prĂȘte au maire dâune ville. Quand on utilise son argent pour acquĂ©rir une Ćuvre dâart, on le prĂȘte et on lâinvestit dans une culture. Quand on achĂšte effectivement du bitcoin, on prĂȘte son argent aux seigneurs de lâEntropie et aux dieux du Chaos. Sur quoi parie-t-on ? On parie que le chaos surpassera les villes, les entreprises, les pays et les cultures. »
Toute la dĂ©marche de Michael Saylor vis-Ă -vis de Bitcoin est, comme on lâa vu dans le premier article de ce diptyque, de parvenir Ă conserver sa richesse malgrĂ© les Ă©vĂšnements extĂ©rieurs. Et lâun des Ă©lĂ©ments qui lâont amenĂ© Ă la cryptomonnaie est la menace de la hausse gĂ©nĂ©ralisĂ©e des prix, ou la baisse de la valeur de la monnaie courante, alias lâinflation. Toutefois, il a une conception particuliĂšre de ce phĂ©nomĂšne.
Dâabord, il dĂ©finit lâinflation comme un « vecteur » et pas un « scalaire », une maniĂšre mathĂ©matique de dire quâil sâagit dâune variation Ă plusieurs dimensions. Comme il lâexplique :
« Lorsquâon imprime plus dâargent, lâinflation ne se rĂ©partit pas de façon uniforme. On ne peut pas vraiment la rĂ©duire Ă un simple chiffre ; il sâagit plutĂŽt dâun vecteur. »
Il est en effet incorrect de rĂ©sumer lâinflation Ă un seul paramĂštre, comme le fait le monde officiel avec lâindice des prix Ă la consommation (IPC), qui prend en compte le prix moyen dâun panier de marchandises. Le prix des pommes varie diffĂ©remment de celui des composants informatiques ou de celui du logement dans une grande ville. De cette maniĂšre, lâinflation rĂ©elle est largement sous-estimĂ©e, ce qui est une aubaine pour ceux qui sont proches de lâĂ©mission de nouvelle monnaie.
LĂ oĂč Saylor pĂšche dans son analyse, câest lorsquâil assimile le gonflement des prix Ă la crĂ©ation monĂ©taire. Ă ses yeux en effet, « la monnaie courante perd 7 % de sa valeur par an », chiffre qui correspond au taux annualisĂ© dâĂ©mission monĂ©taire dans les pays occidentaux et Ă lâaugmentation moyenne du S&P500, lâun des trois principaux indices boursiers amĂ©ricains. Par consĂ©quent, pour lui, « si on gagne moins de 7 % sur ses investissements, on sâappauvrit ».
Saylor fait ainsi abstraction de la croissance Ă©conomique, qui compense en partie la perte de pouvoir dâachat qui aurait lieu si la richesse totale restait la mĂȘme. Certes, les banquiers centraux profitent largement de leur statut dâĂ©metteur, mais ça ne veut pas dire que lâĂ©mission de nouvelle monnaie se rĂ©percute toujours sur les prix. Dans lâhypothĂšse oĂč on crĂ©erait Ă la fois deux fois plus dâargent et deux fois plus de biens et services dans une Ă©conomie, les prix resteraient Ă peu prĂšs les mĂȘmes.
Cette erreur tĂ©moigne nĂ©anmoins dâune chose importante chez Michael Saylor : sa mentalitĂ© de compĂ©titeur. On devine quâil estime, en un sens, que stagner câest rĂ©gresser. Sa philosophie correspond Ă une transcription en Ă©conomie de lâhypothĂšse de la Reine rouge, hypothĂšse biologique qui postule que lâĂ©volution permanente dâune espĂšce est nĂ©cessaire pour maintenir son aptitude face aux Ă©volutions des espĂšces avec lesquelles elle coĂ©volue11. Saylor se trouve dans un monde effrĂ©nĂ© oĂč il faut sans cesse progresser pour ne pas se faire distancer par les autres. Il veut non seulement prĂ©server sa richesse, mais aussi son rang dans la sociĂ©tĂ©.
Le capital est un bien quâon emploie Ă la production dâun autre bien. Lorsquâil sâagit dâune somme dâargent, il faut que lâinvestissement de cette somme gĂ©nĂšre un intĂ©rĂȘt. Le capital est de cette maniĂšre une façon de crĂ©er de la valeur. Et il constitue ainsi un atout majeur pour conserver sa position Ă©conomique.
Michael Saylor a une conception multiple de Bitcoin. Ă ses yeux, ce nâest pas une monnaie courante (currency) qui serve de moyen de paiement dans la vie de tous les jours ; il rĂ©serve cette fonction au dollar et Ă ses dĂ©rivĂ©s. Câest, en revanche, Ă la fois un genre de marchandise, un type de propriĂ©tĂ©, une forme dâĂ©nergie et, surtout, une sorte de capital. Il pense que le bitcoin constitue du capital numĂ©rique vouĂ© Ă gĂ©nĂ©rer un revenu qui ressemble Ă un intĂ©rĂȘt, issu de son apprĂ©ciation en prix quâil estime ĂȘtre de 29 % par an, et ceci pour toujours.

Selon lui, lâachat de bitcoins est un jeu Ă somme positive contrairement aux jeux dâargent : « Bitcoin est le seul jeu du casino oĂč lâon peut tous gagner. » De cette maniĂšre, une baisse est un contretemps, voire mĂȘme une opportunitĂ©. Dans son esprit, la volatilitĂ© est en effet un signe de vitalité ; plus encore, câest « un cadeau fait aux fidĂšles ».
Cette conviction presque mĂ©canique dans la rente perpĂ©tuelle issue du bitcoin lâamĂšne logiquement Ă prĂ©coniser non seulement dâen acheter, mais aussi dâemprunter de lâargent pour en acheter. Il le dit clairement :
« Ce quâon veut, câest emprunter de lâargent pour une durĂ©e de 10 ans ou plus, et on aimerait obtenir un taux dâintĂ©rĂȘt infĂ©rieur Ă 10 %. [âŠ] Si on a eu lâintelligence de contracter un crĂ©dit immobilier sur 30 ou 20 ans Ă 3 ou 4 % pour acheter du bitcoin, on est un gĂ©nie de la finance. Ce nâest pas compliqué : on Ă©change un coĂ»t du capital de 3 ou 4 % contre un rendement de 29 % sur ce capital. »
Saylor considĂšre que lâinvention de Bitcoin a ouvert une brĂšche dans le systĂšme financier traditionnel. Par lâintermĂ©diaire de lâeffet de levier, nâimporte qui peut ainsi profiter des avantages de lâancien monde reposant sur la monnaie fiat et le crĂ©dit, tout en ayant un pied dans le nouveau monde reposant sur le « capital numĂ©rique ». Il sâagit de la thĂšse dâinvestissement derriĂšre lâactivitĂ© de MicroStrategy (renommĂ©e Strategyâż depuis lors), qui sâest endettĂ©e considĂ©rablement pour se construire un trĂ©sor en bitcoins reprĂ©sentant 55 milliards de dollars aujourdâhui.
Toutefois, cette conception du bitcoin comme capital est un sophisme Ă©conomique. Peu importe combien de fois Saylor le rĂ©pĂšte, le bitcoin nâa rien dâun capital : câest une monnaie de base. Sa premiĂšre monĂ©tisation a certes provoquĂ© une rĂ©guliĂšre croissance du prix (au rythme des diffĂ©rents halvings), mais le pouvoir dâachat du bitcoin nâa aucune raison dâaugmenter comme il lâa fait par le passĂ©. Ă terme, il se stabilisera, et seule la « dĂ©flation naturelle » persistera. Comme lâexpliquait Satoshi Nakamoto Ă son Ă©poque :
« Les bitcoins ne rapportent aucun dividende et nâoffrent aucune perspective de dividende futur ; ils ne sâapparentent donc pas Ă des actions. Ils ressemblent plus Ă des objets de collection ou Ă des marchandises. »
Michael Saylor est un homme insensĂ© qui a bĂąti sa maison sur du sable, dont les fondations sâeffondreront lorsque la tempĂȘte arrivera. Comme pendant la bulle Internet, il mise tout sur lâengouement suscitĂ© par son charisme ; une fois lâenvoutement dissipĂ©, la chute sera vertigineuse.
Un autre Ă©lĂ©ment de la mystique saylorienne est la position ambigĂŒe entretenue Ă lâĂ©gard de la conservation personnelle (self-custody) et de la confidentialitĂ© (privacy). Saylor prĂ©tend respecter ces valeurs, mais dans les faits ne prend jamais leur parti : ni en paroles, ni en actes.
Dâune part, il est naturellement partisan de lâintermĂ©diation par les institutions financiĂšres. Son discours est le symptĂŽme du retournement qui sâest lentement fait depuis la publication du livre blanc en 2008. Dans la premiĂšre phrase du document fondateur, Satoshi Nakamoto rĂ©sumait la raison dâĂȘtre de Bitcoin Ă la possibilitĂ© pour les paiements en ligne « dâĂȘtre envoyĂ©s directement dâune partie Ă lâautre sans passer par une institution financiĂšre ». Aujourdâhui, les grands financiers comme Michael Saylor et Larry Fink prĂŽnent une conservation par lâintermĂ©diaire dâune institution, relĂ©guant la conservation personnelle au second plan.
On peut supposer que Saylor est de bonne foi, croyant que Bitcoin ne peut plus ĂȘtre attaquĂ© frontalement. Ainsi, lorsque la podcasteuse nĂ©ozĂ©landaise Madison Malone lui parle de la possibilitĂ© dâune confiscation des bitcoins par les autoritĂ©s (comme lâOrdre exĂ©cutif 6102 lâavait fait pour lâor aux Ătats-Unis en 1933), il qualifie cet argument de « mythe » et de « cliché » propagĂ© par les « crypto-anarchistes paranoĂŻaques ». De plus, il rejette la faute sur ces derniers jugeant quâils accroissent le risque de saisie par leur existence mĂȘme, car ils « nient lâautoritĂ© de lâĂtat », « refusent de payer des impĂŽts » et « ne respectent pas les obligations dĂ©claratives ». Il prĂ©cise :
« En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, le risque est plus Ă©levĂ© lorsquâon considĂšre que ceux qui dĂ©tiennent lâactif sont des entitĂ©s privĂ©es non rĂšglementĂ©es. En revanche, quand ce sont des entitĂ©s rĂšglementĂ©es cotĂ©es en bourse comme BlackRock, Fidelity, JP Morgan et State Street Bank qui dĂ©tiennent lâactif, [âŠ] il est impossible que lâintĂ©gralitĂ© des sĂ©nateurs et des dĂ©putĂ©s saisissent les actifs de Fidelity, BlackRock ou Vanguard, car câest lĂ que sont placĂ©s tous leurs fonds de retraite. »
Dâautre part, Michael Saylor sâoppose complĂštement Ă la confidentialitĂ© sur la chaine de Bitcoin, qui est pourtant un Ă©lĂ©ment essentiel de la cryptomonnaie12, le rĂ©servant aux rĂ©seaux construits en surcouche. Il explique ainsi :
« Si Bitcoin consacrait toute son Ă©nergie Ă dĂ©velopper sa confidentialitĂ© et quâil se faisait connaitre comme un rĂ©seau offrant lâanonymat le plus total, ça risquerait de lui ĂȘtre prĂ©judiciable. En effet, il ne faudrait pas que lâĂtat fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain considĂšre que Bitcoin offre une confidentialitĂ© totale : Ă ce moment-lĂ , il deviendrait lâoutil parfait pour le blanchiment dâargent, serait considĂ©rĂ© comme un ennemi, et devrait ĂȘtre arrĂȘtĂ©. [âŠ] Il nây a aucune chance que cent mille milliards de dollars affluent dans le bitcoin si son utilisation va directement Ă lâencontre des intĂ©rĂȘts dâun Ătat qui y participe. On ne souhaite pas ĂȘtre aussi efficace. »
Saylor a confirmĂ© cette position en 2024 en restant silencieux vis-Ă -vis de lâarrestation des fondateurs de Samourai Wallet par lâĂtat fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain. Ces derniers proposaient une solution de mĂ©lange de piĂšces, appelĂ©e Whirlpool, qui permettait aux utilisateurs dâaccroitre la confidentialitĂ© de leurs bitcoins. Elle servait Ă des particuliers soucieux de leur vie privĂ©e, mais aussi (Ă©videmment) Ă des criminels purs et simples. Les fondateurs de Samourai Wallet â par leur dĂ©sobĂ©issance informelle, puis par leur arrestation et leur condamnation â ont, en quelque sorte, Ă©tĂ© des martyrs de la libertĂ© financiĂšre : ils ont tĂ©moignĂ© quâil Ă©tait possible dâavoir une utilisation souveraine de Bitcoin.
Mais Saylor ne mange pas de ce pain-lĂ . Il veut gagner au change, au sens le plus matĂ©rialiste du terme, ce qui implique de ne surtout pas se sacrifier. Lors de son discours inaugural au gala annuel de lâAtlas Society, il exprime nettement ne pas vouloir ĂȘtre un martyr, mais un gagnant. Ainsi, il ne fera probablement jamais dâeffort pour favoriser cet aspect de Bitcoin pourtant essentiel.
Comme nous lâavons vu, Michael Saylor nâest pas avare de mĂ©taphores, et la mystique saylorienne regorge de ce fait dâimages en tous genres. Lâune des plus frappantes de ces images est celle de lâessaim de frelons cybernĂ©tiques, quâil a longtemps mise en avant sur Twitter et quâil a Ă©voquĂ©e Ă plusieurs occasions. Elle lui est venue le 18 septembre 2020, Ă la suite dâune « rĂ©vĂ©lation » Ă propos de Bitcoin. Il sâest alors prĂ©cipitĂ© sur le rĂ©seau social pour Ă©crire la phrase suivante :
« Bitcoin est un essaim de frelons cybernĂ©tiques au service de la dĂ©esse de la sagesse, se nourrissant du feu de la vĂ©ritĂ©, devenant exponentiellement plus intelligent, plus rapide et plus fort Ă lâabri dâune muraille dâĂ©nergie cryptĂ©e13. »
On peut croire quâil rendait par lĂ une sorte dâhommage poĂ©tique Ă Bitcoin et Ă sa communautĂ© mais, comme il lâa ensuite expliquĂ©, il Ă©tait trĂšs sĂ©rieux. En effet, il ne voit pas cette image comme une « mĂ©taphore amusante » ; pour lui, « câest littĂ©ralement un essaim de frelons cybernĂ©tiques qui ne cessent de gagner en puissance, quâon ne peut pas Ă©liminer, [âŠ] qui vont devenir de plus en plus intelligents, puissants et rapides », et qui « finiront par dĂ©vorer ceux qui tenteront de les arrĂȘter ». Câest le systĂšme immunitaire du rĂ©seau, qui garantit son antifragilité :
« LâantifragilitĂ© de Bitcoin rĂ©sulte donc du fait que tous les acteurs de lâĂ©cosystĂšme ressentent pareillement la mĂȘme douleur. Si le cours du bitcoin baisse, chaque dĂ©tenteur de bitcoin le ressent. Si Bitcoin est piratĂ© et tombe Ă zĂ©ro, chaque utilisateur de Bitcoin perd toute son Ă©nergie vitale. Nous formons une sorte de ruche, oĂč nous sommes tous intimement liĂ©s les uns aux autres. Et lorsquâune douleur est infligĂ©e, elle se propage trĂšs rapidement Ă travers tout lâĂ©cosystĂšme. Lâinformation circule Ă toute vitesse. »

Cependant, cette mĂ©taphore interpelle quelque peu. Lâimage de lâessaim, qui symbolise le caractĂšre inĂ©luctable dâune force dĂ©centralisĂ©e, nâest pas vraiment rassurante, et sonne mĂȘme comme une menace aux oreilles non averties. Saylor le sait : il connait la terreur quâinspire cette image, qui est par ailleurs trĂšs ancienne14. Dans un podcast ultĂ©rieur, il affirme ainsi (dans une discussion sur la technologie militaire) que « ce quâil y a de plus terrifiant » nâest pas « une crĂ©ature qui nous attaque » ou encore « une armĂ©e », mais « un essaim de frelons bioniques ».
De plus, et câest lĂ un Ă©lĂ©ment Ă©nigmatique, la mĂ©taphore de lâessaim de frelons avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© utilisĂ©e en relation Ă Bitcoin par le passĂ©, et ceci par nul autre que Satoshi Nakamoto lui-mĂȘme ! En dĂ©cembre 2010, ce dernier se dĂ©solait de lâattention que WikiLeaks avait attirĂ© sur Bitcoin, estimant que Bitcoin nâĂ©tait quâune « petite communautĂ© expĂ©rimentale encore naissante ». Dans son avant-dernier message public sur le forum, il Ă©crivait :
« Il aurait Ă©tĂ© bon dâattirer cette attention dans un tout autre contexte. WikiLeaks a donnĂ© un coup de pied dans le nid de frelons, et lâessaim se dirige maintenant vers nous. »
Par lâessaim de frelons, il dĂ©signait lâensemble de lâappareil institutionnel, constituĂ© des responsables politiques, des reprĂ©sentants parlementaires, des magistrats, des chefs de police, des journalistes des grands mĂ©dias, etc. Ainsi, il en avait une apprĂ©ciation nĂ©gative. Si Saylor vĂ©nĂšre les frelons, Satoshi les craignait profondĂ©ment. Et le fait que le premier ait inconsciemment rĂ©pondu au second une dĂ©cennie plus tard en dit long sur lâĂ©volution de Bitcoin au cours de cette pĂ©riode.
Lâimplication dans Bitcoin des financiers de la Silicon Valley et de Wall Street Ă partir de 2013 a fait grincer des dents dans la communauté : pour un certain nombre de membres historiques, cette intrusion nâĂ©tait pas de bonne augure, et allait faire perdre Ă la cryptomonnaie son caractĂšre rebelle. DâoĂč les rĂ©actions Ă©pidermiques qui sâen sont suivies. En juin 2018, par exemple, CĂžbra (le gestionnaire du site Bitcoin.org) appelait sur Twitter à « repousser loin de Bitcoin ces porcs de capital-risqueurs Ă©tatistes venus de la Silicon Valley, de peur quâils en fassent un nouvel outil au service de lâĂ©lite mondialiste ». Toutefois, une part grandissante des bitcoineurs voyait dans cette ouverture une Ă©volution naturelle et inĂ©luctable du secteur, nĂ©cessaire pour que lâadoption de Bitcoin se diffuse au grand public. Lâinfluenceur Vortex rĂ©pondait ainsi Ă CĂžbra :
« Bitcoin est un mouvement pacifique qui rendra la monnaie fiat obsolĂšte ; il nây a pas lieu de dĂ©tester tous les capital-risqueurs, car beaucoup dâentre eux sont honnĂȘtes. Bitcoin est destinĂ© Ă tous ceux qui souhaitent lâutiliser, et pas seulement aux anarchistes. »
Cette idĂ©e sâest rapidement transformĂ©e en formule â « Bitcoin is for everyone », que nous traduisons ici par « Bitcoin est destinĂ© Ă tous » â qui a servi Ă lĂ©gitimer lâinclusion des financiers. De nombreux faiseurs dâopinion lâont invoquĂ©e, dont entre autres StopAndDecrypt (alias Beautyon), Parker Lewis, Cory Klippsten et MrHodl15. Une expression apparentĂ©e est Ă©galement apparue en 2018 sous la plume de Pierre Rochard pour signifier que le systĂšme est ouvert Ă tout le monde, y compris aux adversaires idĂ©ologiques et gĂ©opolitiques : « Bitcoin est destinĂ© aux ennemis ».
LâidĂ©e a ensuite Ă©tĂ© reprise par Michael Saylor lui-mĂȘme, qui a fait sienne la maxime « Bitcoin is for everyone » en lâutilisant comme titre de sa prĂ©sentation Ă Bitcoin Atlantis en mars 2024. Il concluait son intervention par les paroles suivantes (qui lui ont valu une standing ovation du public) :
« La transformation numĂ©rique du capital, de lâĂ©nergie et de la propriĂ©tĂ© permet Ă chaque individu, chaque famille, chaque entreprise, chaque Ătat et chaque mouvement de tirer le meilleur parti de sa situation et de rĂ©aliser ses plus grandes aspirations. [âŠ] Bitcoin est destinĂ© Ă tous. »

Lâargument de lâouverture se dĂ©fend : il est vrai quâon voit parfois dâun mauvais Ćil le fait que les personnes quâon nâaime pas sâimpliquent dans le mĂȘme rĂ©seau que nous, et cet aspect a tendance Ă crĂ©er des tensions (comme en tĂ©moigne lâactuel conflit autour de lâinscription de donnĂ©es, ou bien le clivage gauche-droite dans la communautĂ© francophone). En rappelant que Bitcoin sâadresse Ă tout le monde, on indique que le systĂšme ne fait pas de discrimination, malgrĂ© les animositĂ©s qui existent. On prend de la distance par rapport Ă nos propres affects.
Et pourtant, cet argument est un piĂšge. Bitcoin est ce que les gens en font : les rĂšgles de consensus Ă©manent de la communautĂ© de personnes qui sâen servent. En accueillant de plus en plus dâinstitutionnels qui font passer le message que le bitcoin est titre financier numĂ©rique et qui poussent les nouveaux arrivants Ă passer par leur intermĂ©diaire plutĂŽt que de conserver leurs propres clĂ©s privĂ©es, on affaiblit Bitcoin. La formule « Bitcoin is for everyone » est instrumentalisĂ©e pour faire passer la pilule.
Ce nâest pas parce que tout un chacun peut participer quâil faille pour autant accueillir tout le monde Ă bras ouverts. Quand un loup entre dans la bergerie, les moutons ne devraient-ils pas ĂȘtre mĂ©fiants16 ?
Or, dans ce contexte, Michael Saylor est bel et bien un loup. Il promeut une vision faussĂ©e de Bitcoin, le considĂ©rant comme du capital et non comme un intermĂ©diaire dâĂ©change. Il relĂšgue la conservation personnelle au second plan, ne daignant mĂȘme pas la mettre en place pour sa propre sociĂ©tĂ©. Il sâoppose frontalement Ă la confidentialitĂ© sur la chaine de blocs pourtant essentielle Ă la sĂ©curitĂ© des utilisateurs. Il bloque consciemment tous les changements de protocole, pourtant nĂ©cessaires au dĂ©veloppement de la programmabilitĂ©. Il appelle de ses vĆux une rĂšglementation financiĂšre stricte, Ă base de connaissance du client et de vĂ©rifications en tous genres. Tout ce quâil dit et fait mĂšne donc Ă la complĂšte neutralisation de Bitcoin.
Saylor envoute les bitcoineurs en les faisant rĂȘver. Il leur explique que Bitcoin va rĂ©ussir Ă contaminer le systĂšme de lâintĂ©rieur tel un cheval de Troie, sans que lâadoption institutionnelle ne lâaffecte en retour. Il prĂ©voit que le prix va continuer encore et encore, et quâil atteindra mĂȘme 21 millions de dollars en 2046. Pour lui, Bitcoin a dĂ©jĂ gagné ; il ne reste plus quâĂ faire confiance aux banques pour assurer sa croissance.
Par cette maniĂšre de fasciner son auditoire, Michael Saylor ressemble Ă sây mĂ©prendre Ă Craig Wright, lâindividu charismatique qui sâĂ©tait fait passer pour Satoshi Nakamoto Ă partir de 2015 et qui avait rĂ©ussi Ă crĂ©er un culte autour de sa propre version de Bitcoin (BSV). La mystique saylorienne rentre dans cette catĂ©gorie, Ă lâexception quâelle est autrement plus subtile, et donc beaucoup plus efficace.
Voyant les ravages que fait le discours de Michael Saylor sur la façon dont les nouveaux arrivants perçoivent Bitcoin, on peut ĂȘtre tentĂ© de rejeter la faute sur lâhomme, qui nâhĂ©site pas Ă utiliser son charme pour parvenir Ă ses fins. On pourrait aussi en imputer la responsabilitĂ© Ă ceux qui lui ont donnĂ© du crĂ©dit, Ă commencer par les podcasteurs amĂ©ricains et les organisateurs de confĂ©rences. Il serait Ă©galement possible, selon un raisonnement moins manichĂ©en, dâexpliquer que le succĂšs de la mystique saylorienne parmi les bitcoineurs est le symptĂŽme dâune maladie qui sâest insinuĂ©e depuis longtemps au sein de la communauté : lâamour de lâargent. Mais cette dĂ©nonciation nâaurait probablement que peu dâinfluence sur le cours des choses. Les gens entendent ce quâils ont envie dâentendre, et seul un retour brutal Ă la rĂ©alitĂ© leur fait comprendre la vĂ©ritĂ©, comme toujours.
La diffusion du saylorisme dans Bitcoin est nĂ©anmoins une bonne illustration de la diffĂ©rence entre le compromis et la compromission. Les deux sont des formes de renonciation, mais se distinguent par leur esprit. Le compromis est, avant tout, un acte extĂ©rieur : il consiste Ă adapter nos exigences Ă celles des autres, faire des concessions dans le but dâarriver Ă un accord commun. La compromission est, quant Ă elle, une dĂ©mission intĂ©rieure : elle implique de modifier nos convictions profondes, de revenir sur nos principes moraux, afin de soulager la dissonance cognitive qui rĂ©sulte dâune inadĂ©quation entre nos actions et nos valeurs.
Lâhistoire de Bitcoin est marquĂ©e par le compromis. Satoshi Nakamoto lui-mĂȘme, pour qui Bitcoin Ă©tait une façon de « conquĂ©rir un nouveau territoire de liberté » sur le plan politique, nâavait pas une attitude profondĂ©ment hostile Ă lâautoritĂ©. MĂȘme sâil connaissait lâimportance de la confidentialitĂ©, il a renoncĂ© Ă prĂ©senter Bitcoin comme « monnaie numĂ©rique anonyme » pour ne pas rebuter le grand public ou fĂącher le pouvoir en place. Câest dans le mĂȘme esprit quâil a confiĂ© les rĂȘnes du projet Ă Gavin Andresen, homme du compromis par excellence, qui aurait notamment une attitude trĂšs mesurĂ©e vis-Ă -vis de la place de marchĂ© du dark web Silk Road17.
Mais ce compromis a progressivement mutĂ© en compromission, dont Saylor est devenu lâincarnation la plus Ă©clatante. Le dĂ©bat sur la pertinence de la conservation personnelle nâaurait jamais pu avoir lieu Ă lâĂ©poque de Satoshi, la conservation par un tiers Ă©tant vue comme un pis-aller, « pour la petite monnaie ». Aujourdâhui, ce qui Ă©tait vu comme un compromis est en train de devenir la normalitĂ©, avec les ETF indexĂ©s au bitcoin et les produits financiers de MicroStrategy.
Comment donc combattre la compromission ? Puisque le compromis est inĂ©vitable, il y a toujours une tentation de trahir nos principes pour accroitre notre confort mental. La seule maniĂšre de sâopposer Ă cette dĂ©mission intĂ©rieure est ainsi de se souvenir, de nous rappeler pourquoi nous sommes lĂ en premier lieu. Certes, notre position peut Ă©voluer, mais elle nâa pas Ă ĂȘtre antithĂ©tique Ă tout ce que Bitcoin promettait.
« Ce dont nous avons besoin, câest dâun systĂšme de paiement Ă©lectronique basĂ© sur des preuves cryptographiques plutĂŽt que sur la confiance, qui permettrait Ă deux parties volontaires de rĂ©aliser directement des transactions entre elles sans avoir recours Ă un tiers de confiance. » â Satoshi Nakamoto
Cet article a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM, hormis les traductions qui ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es grĂące Ă DeepL et dont certaines sont inspirĂ©es de celle de Jacques-Edouard Tiberghien pour Le TrĂ©sor de Michael Saylor(Ă paraitre). Lâillustration a Ă©tĂ© produite avec GPT Image 1.5, sur la base dâune photographie de Michael Saylor prise par Jason Koerner en 2023.

EIP-8363 propose un mécanisme de burn progressif des récompenses de consensus pour limiter le staking ETH à 50 % de l'offre totale.
Lâarticle BrĂ»ler les rĂ©compenses pour plafonner le staking : EIP-8363 divise Ethereum est apparu en premier sur Cryptonaute.

Un groupe de chercheurs propose EIP-8363 pour brûler jusqu'à 100 % des récompenses des validateurs Ethereum si le staking franchit 50 % de l'offre.
Lâarticle EIP-8363 veut brĂ»ler les rĂ©compenses des validateurs Ethereum si le staking dĂ©passe 50 % est apparu en premier sur Cryptonaute.

676 millions de dollars, un exchange dubaĂŻote fantĂŽme, et Binance de nouveau dans la tourmente. Une enquĂȘte rĂ©vĂšle des flux crypto suspects entre l'Iran, sa banque centrale, et des entitĂ©s liĂ©es aux Gardiens de la rĂ©volution. VARA et l'OFAC s'en mĂȘlent. DĂ©couvrez pourquoi ce scandale relance un dĂ©bat brĂ»lant sur la conformitĂ© crypto.
Lâarticle Lâexchange crypto Binance confrontĂ© Ă de nouvelles rĂ©vĂ©lations sur des transferts liĂ©s Ă lâIran est apparu en premier sur Cointribune.

Tether vient de publier son attestation trimestrielle pour le deuxiĂšme trimestre. LâĂ©metteur de lâUSDT affiche 1,5 milliard de dollars de profit net dâexploitation, un excĂ©dent de rĂ©serves de 4,11 milliards et une capitalisation qui frĂŽle dĂ©sormais les 184,6 milliards de dollars. Retour sur les chiffres clĂ©s.
Lâarticle Tether engrange 1,5 milliard de dollars de profits au 2e trimestre est apparu en premier sur Cryptoast.

L'USDT vient de pulvériser un record : plus de 650 millions d'utilisateurs dans le monde. Un chiffre vertigineux qui traduit surtout la fuite de millions de personnes face à l'effondrement de leur propre monnaie. DerriÚre l'euphorie affichée par Tether, une question dérange : cette adoption massive est-elle vraiment une victoire ?
Lâarticle LâUSDT franchit un nouveau cap historique dâadoption est apparu en premier sur Cointribune.
