Il a trouvĂ© 39 000 wallets Bitcoin. Il les a apportĂ©s Ă la police. La police les lui a rendus. LâĂ©cosystĂšme crypto nâest jamais Ă court de folles histoires. Des fortunes faites en une nuit, des wallets perdus au fond dâune dĂ©charge, des pizzas achetĂ©es avec 10 000 BTC qui valent aujourdâhui des centaines de millions. Mais celle dâaujourdâhui mĂ©rite une place Ă part dans le panthĂ©on. Elle implique 285 milliards de dollars de Bitcoin dormants, un homme qui sâappelle Noah Doe, une police de New York manifestement dĂ©passĂ©e par les Ă©vĂ©nements, et un procĂšs contre 39 069 inconnus dont personne ne connaĂźt ni le nom ni lâadresse. Ce nâest pas le pitch dâune sĂ©rie Netflix. Câest une vraie procĂ©dure judiciaire, dĂ©posĂ©e le 1er mai 2026 devant la Cour suprĂȘme de lâĂtat de New York.
- Un homme nommé Noah Doe a découvert 39 000 wallets Bitcoin dormants, représentant une fortune de 285 milliards de dollars.
- Noah Doe a poursuivi en justice des propriétaires de wallets inconnus, soulevant un choc juridique entre droit et cryptographie.
Noah Doe, chasseur de wallets fantĂŽmes
Tout commence en dĂ©cembre 2024. Un certain Noah Doe, oui, câest son vrai nom de procĂ©dure, ce qui ne manque pas de sel, dĂ©couvre 1 625 wallets Bitcoin dormants depuis au moins cinq ans, apparemment abandonnĂ©s.
Que fait-il alors ? Ce quâun citoyen exemplaire ferait avec un portefeuille trouvĂ© dans la rue : il apporte une clĂ© USB contenant les wallets au commissariat de police de New York, le 1er janvier 2025, conformĂ©ment Ă la loi new-yorkaise sur les objets trouvĂ©s.
La suite est dĂ©licieuse. La police de New York lui rend la clĂ© USB environ onze mois plus tard. Onze mois. Pour faire quoi avec exactement ? MystĂšre. LâNYPD a visiblement conclu que les wallets Bitcoin nâentraient pas vraiment dans la catĂ©gorie habituelle des parapluies ou des tĂ©lĂ©phones perdus.
Noah Doe, lui, ne se dĂ©courage pas. En mars 2025, il remet ça : 546 wallets supplĂ©mentaires identifiĂ©s comme dormants depuis au moins cinq ans. Nouveau dĂ©pĂŽt au commissariat. La police les lui rend quatre mois plus tard. On commence Ă voir un pattern, et Ă se demander ce que les agents de lâNYPD ont bien pu faire de ces clĂ©s USB pendant des mois.
285 milliards de dollars et 39 069 inconnus Ă poursuivre
Au terme de cette saga administrative, Noah Doe se retrouve donc avec une collection imposante de wallets orphelins. Pendant un an, il tente sĂ©rieusement dâidentifier et notifier les propriĂ©taires, allant jusquâĂ insĂ©rer des messages de notification directement dans chaque wallet on-chain, une transaction visible sur la blockchain servant dâavis de recherche numĂ©rique. Ăa, câest de lâinventivitĂ©.
MalgrĂ© ces efforts, 39 069 wallets restent sans propriĂ©taire revendiquĂ©. Câest alors que Noah Doe, flanquĂ© de ses mystĂ©rieuses co-plaignantes sobrement baptisĂ©es « ABC Company » et « XYZ Company », dĂ©cide de passer aux choses sĂ©rieuses et de saisir la justice.
La plainte couvre environ 3,7 millions de BTC rĂ©partis sur ces 39 069 adresses dormantes, valorisĂ©s Ă quelque 285 milliards de dollars au cours actuel. Lâobjectif dĂ©clarĂ© est dâobtenir une dĂ©claration judiciaire confirmant les droits des plaignants sur ces wallets, autrement dit, une reconnaissance lĂ©gale quâils peuvent lĂ©gitimement sâen emparer.
Les dĂ©fendeurs, eux, sont listĂ©s comme « John Does 1 Ă 39 069 », des individus dont les adresses sont « actuellement inconnues ». Ce qui soulĂšve une question pratique assez amusante : comment signifier une assignation Ă quelquâun dont vous ne connaissez ni le nom, ni lâadresse, ni mĂȘme la nationalitĂ©, ni mĂȘme sâil est encore en vie ?
Noah Doe a sa réponse : en envoyant la notification directement dans le wallet Bitcoin sous forme de transaction on-chain.
Droit des objets trouvés contre crypto : le match du siÚcle
Au-delĂ de son cĂŽtĂ© kafkaĂŻen, lâaffaire soulĂšve une vraie question juridique. Le droit new-yorkais prĂ©voit effectivement des dispositions pour les biens abandonnĂ©s : si un objet trouvĂ© nâest pas rĂ©clamĂ© aprĂšs un certain dĂ©lai et les dĂ©marches requises, il peut revenir lĂ©galement Ă celui qui lâa dĂ©couvert. Noah Doe applique littĂ©ralement cette logique aux wallets Bitcoin, et câest lĂ que ça coince.
La crypto, en effet, ne fonctionne pas comme le droit civil. Un wallet Bitcoin nâest « abandonné » que si son propriĂ©taire a perdu sa clĂ© privĂ©e, ou est dĂ©cĂ©dĂ© sans en transmettre lâaccĂšs. Mais un wallet dormant depuis dix ans peut trĂšs bien appartenir Ă quelquâun qui attend tranquillement les 200 000 dollars le BTC sans se manifester. Et surtout, câest le point crucial, sans clĂ© privĂ©e, Noah Doe ne peut de toute façon pas accĂ©der aux fonds, quoi quâen dise le tribunal de New York.
Câest toute lâironie fondamentale de cette histoire : mĂȘme si un juge lui donnait raison demain matin sur lâensemble de ses 285 milliards de dollars revendiquĂ©s, sans les clĂ©s privĂ©es correspondantes, le jugement ne vaudrait pas un satoshi en pratique. Le Bitcoin nâobĂ©it pas aux injonctions des tribunaux Ă©tatiques. Il nâobĂ©it quâaux mathĂ©matiques.
285 milliards de dollars de Bitcoin que personne ne rĂ©clame, un chasseur de wallets qui sâappelle Noah, une police qui rend les clĂ©s USB aprĂšs onze mois sans trop savoir quoi en faire, et un procĂšs contre 39 069 fantĂŽmes anonymes auxquels on signifie lâassignation via une transaction blockchain. Il y a dans cette histoire tout ce qui fait la singularitĂ© profonde de Bitcoin : une richesse accessible uniquement Ă qui dĂ©tient la clĂ©, une blockchain transparente mais mathĂ©matiquement inviolable, et un droit civil du XIXe siĂšcle qui tente dâappliquer ses rĂšgles Ă une technologie du XXIe ⊠autant essayer de faire rentrer un rond dans un carrĂ©.
Lâarticle 3,7 millions de BTC sans propriĂ©taire : lâhistoire improbable de lâhomme qui veut tous les rĂ©clamer est apparu en premier sur Journal du Coin.











