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La tempĂȘte qui s’annonce

By: PhilH —

Dans notre sĂ©rie de textes de rĂ©fĂ©rence, aprĂšs le Manifeste d’un Cypherpunk, voici la traduction française par philh du Manifeste DarkFi. DarkFi est un projet Ă  la fois politique et technologique, s’inscrivant dans la veine cypherpunk la plus pure. Il est animĂ© par Amir Taaki, Ivan Jelincic et Rose O’Leary.


Nous sommes en 2013. Le directeur du FBI prononce un discours intitulĂ© “Le problĂšme de la fuite dans l’obscuritĂ©â€. Il met solennellement en garde contre une menace Ă©mergente pour les forces de l’ordre. Depuis les rĂ©vĂ©lations de Snowden, la sensibilisation croissante du public Ă  la surveillance a encouragĂ© l’utilisation Ă  grande Ă©chelle des technologies de chiffrement – ce qu’il considĂšre ĂȘtre la technologie idĂ©ale pour les criminels.

Malheureusement, la lĂ©gislation est en retard par rapport Ă  la technologie, et ce dĂ©calage a permis l’apparition d’un problĂšme significatif de sĂ©curitĂ© publique. Nous l’appelons “la fuite dans l’obscuritĂ©â€ (“Going Dark”).
– James Comey, directeur du FBI

Ce discours a mis en lumiĂšre un nouveau risque : la diffusion massive du chiffrement menace de crĂ©er un environnement en ligne impĂ©nĂ©trable, que les forces de l’ordre ne pourront pas investir. Nous affirmons que ces zones d’ombre sont indispensables Ă  la rĂ©alisation d’une sociĂ©tĂ© vĂ©ritablement dĂ©mocratique. Le dĂ©veloppement rĂ©cent des DAO et de la finance dĂ©centralisĂ©e (DeFi) reprĂ©sente un pas de plus dans cette direction.

D’autres percĂ©es dans le domaine de la cryptographie, telles que les preuves Ă  divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs), ouvrent une nouvelle Ăšre de remises en cause et de bouleversements. Ce document donne un aperçu de ces avancĂ©es et prĂ©sente notre projet : DarkFi.

DarkFi n’est pas une start-up. C’est une expĂ©rience Ă©conomique dĂ©mocratique, un systĂšme d’exploitation pour la sociĂ©tĂ©.

Destruction sociale et Megamachine

La situation s’est dĂ©veloppĂ©e depuis que le discours de Comey en 2013. La logique de l’expansion permanente de l’État, accompagnĂ©e d’une Ă©mission monĂ©taire dĂ©bridĂ©e et de l’industrialisation de masse ont plongĂ© la sociĂ©tĂ© dans un Ă©tat de guerre permanent. Le pouvoir et l’appareil d’État contrĂŽlent, oppriment et surveillent la sociĂ©tĂ© tandis que la big tech nous emprisonne dans une cage numĂ©rique.

Cet Ă©tat de guerre a Ă©tĂ© appelĂ© “sociocide”. La sociĂ©tĂ© est progressivement privĂ©e de sa nature morale et politique. Le peuple se transforme en masse docile.

L’Internet devient un moyen d’extraire du profit Ă  partir de la plus inepte des activitĂ©s : cliquer sur des publicitĂ©s. Il conduit Ă  la collecte massive de donnĂ©es personnelles et Ă  l’édification d’une mĂ©ga-machine de surveillance. Il encourage la docilitĂ© et la consommation plutĂŽt qu’à une utilisation active individualisĂ©e. Il s’agit d’une architecture d’oppression basĂ©e sur le contrĂŽle de l’utilisateur.

Des intelligences artificielles sont constamment perfectionnĂ©es pour faire la guerre Ă  la rĂ©sistance et renforcer l’aliĂ©nation des personnes incarcĂ©rĂ©es dans des mĂ©gapoles gĂ©antes. Avec l’arrivĂ©e des monnaies numĂ©riques des banques centrales (CBDC) et du revenu de base universel (UBI), le pouvoir centralisĂ© cherche Ă  fermer les arĂšnes Ă©conomiques concurrentes. L’État corporatif tend Ă  monopoliser la vie Ă©conomique. L’introduction du crĂ©dit social en Chine a Ă©tĂ© une expĂ©rience instructive que les États occidentaux cherchent Ă  imiter.

Ce qui reste dans ce monde appauvri est une nouvelle et sinistre forme de fascisme et une sociĂ©tĂ© Ă©puisĂ©e qui a perdu son tissu moral et politique. Une telle sociĂ©tĂ© est incapable de s’auto-organiser ou d’agir de son propre chef. La mĂ©ga-machine produit constamment des mĂ©thodes innovantes pour extraire le pĂ©trole du sol, le poisson des ocĂ©ans et le sang de la sociĂ©tĂ©, alors mĂȘme que ces ressources s’épuisent jusqu’au point de non-retour.

Pendant 20 ans, nous avons contribuĂ© au logiciel libre. C’était un mouvement d’une vitalitĂ© et d’une crĂ©ativitĂ© incroyables, qui explorait des idĂ©es bien avant que l’industrie du logiciel propriĂ©taire n’ose y toucher. Mais ĂȘtre un dĂ©veloppeur de logiciels libres Ă  plein temps Ă©tait difficile. Nous avions beau crĂ©er Ă©normĂ©ment de valeur, nous Ă©tions pour la plupart sans ressources. Il n’y avait pas de moyen de rĂ©cupĂ©rer une partie de cette valeur que nous produisions. Cette incapacitĂ© limitait l’expansion du mouvement. De brillants concepts n’ont pu ĂȘtre rĂ©alisĂ©s et la sociĂ©tĂ© n’a pas profitĂ© de leurs bĂ©nĂ©fices potentiels.

Pourtant, le mouvement du logiciel libre disposait de dĂ©veloppeurs de premier plan et d’une communautĂ© convaincue. Mais le mouvement manquait tout simplement de ressources en raison de l’absence de modĂšle Ă©conomique.

Tokenisation

La tokenisation nous offre Ă  prĂ©sent une alternative. La monnaie programmable prĂ©sente tout un Ă©ventail de techniques permettant de dĂ©velopper l’économie des rĂ©seaux.

L’ingĂ©nierie des tokens et les DAO sont en train de briser le moule de l’ancien monde. L’ancien monde est extractif, hiĂ©rarchique et rigide. Le nouveau monde est riche, intense et crĂ©atif.

Dans le modĂšle traditionnel de l’entreprise, il y a une dichotomie consommateur-producteur. Cette distinction n’existe pas en crypto. L’accent est mis sur la communautĂ© et la richesse collective. A la diffĂ©rence du modĂšle de l’entreprise exploitant les utilisateurs Ă  des fins lucratives et monopolisant le profit, les propriĂ©taires et les producteurs constituent eux-mĂȘmes la communautĂ©.

La valeur d’un projet est directement proportionnelle Ă  sa communautĂ©. Les tokens capturent la valeur gĂ©nĂ©rĂ©e par une communautĂ© et la lui retournent. La capacitĂ© des projets Ă  stimuler l’enthousiasme et l’engagement est donc cruciale. Les communautĂ©s encouragent l’autonomie des individus par la participation et le narratif. Cela conduit Ă  son tour Ă  des transformations dĂ©mocratiques induites par la sensibilisation de l’individu aux valeurs d’autogestion et d’autodĂ©veloppement.

Cette Ă©volution sociale n’est nulle part plus apparente que dans les DAO. Les DAO sont une nouvelle forme de gouvernance qui permet aux forces dĂ©mocratiques latentes de se rassembler et de s’organiser avant que les forces du pouvoir et du capital ne puissent les dominer. Elles permettent d’explorer des modes de libĂ©ration nouveaux. Les utilisateurs deviennent des parties prenantes participant directement aux dĂ©cisions de gouvernance. Ils peuvent influer sur les objectifs de dĂ©veloppement, les caractĂ©ristiques des projets, les modes de rĂ©munĂ©ration, l’allocation des capitaux, les investissements.

La politique est fondĂ©e sur le dĂ©veloppement d’espaces publics de dĂ©libĂ©ration. C’est sous cet angle que la crypto est profondĂ©ment politique. La politique consiste Ă  prendre des dĂ©cisions concernant les intĂ©rĂȘts collectifs de la sociĂ©tĂ©, tels que le bien-ĂȘtre, la sĂ©curitĂ© et la libertĂ© des individus qui la composent. En ce sens, politique et dĂ©mocratie directe convergent.

L’ancien modĂšle technologique est anti-politique car il ĂŽte la propriĂ©tĂ© au peuple et la place entre les mains de monopoles. L’ancien modĂšle encourage fonciĂšrement la passivitĂ© et l’indiffĂ©rence, en rĂ©duisant les gens Ă  des consommateurs. C’est essentiellement ce Ă  quoi conduit la technologie moderne, depuis l’origine de la civilisation il y a 5000 ans.

L’entrĂ©e Wikipedia (en anglais) pour “civilisation” indique :

La civilisation concentre le pouvoir en Ă©tendant le contrĂŽle de l’homme sur le reste de la nature, y compris sur les autres ĂȘtres humains.

Au cours de l’histoire, la lutte entre la sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique et le systĂšme Ă©tatique de la civilisation est passĂ©e par des phases d’intensitĂ© variable. Parfois, cette lutte a Ă©clatĂ© en conflit ouvert. A d’autres moments, une paix prĂ©caire s’est installĂ©e. Le conflit s’est intensifiĂ© Ă  l’ùre moderne. La sociĂ©tĂ© est aujourd’hui confrontĂ©e Ă  des moyens de coercition automatisĂ©s, Ă  la surveillance de masse et Ă  des opĂ©rations de manipulation visant Ă  saper la libertĂ© morale et politique du peuple.

Groupes politiques autonomes

Le totalitarisme ne peut pas ĂȘtre dĂ©fait sans insurgence. La dĂ©fĂ©rence ne fait qu’enhardir les puissants. La terreur totalitaire se dĂ©chaĂźne quand l’opposition disparait et que le pouvoir en place ne la craint plus. La complaisance nourrit le totalitarisme. Pour le contrer, rĂ©sister est essentiel.

Les sociĂ©tĂ©s parallĂšles constituent des poches de libertĂ©, renforcent l’idĂ©ologie de rĂ©sistance et forment la base d’une nouvelle sociĂ©tĂ©. Elles peuvent ĂȘtre consacrĂ©es aux technologies, Ă  l’économie, Ă  l’éducation ou Ă  la culture.

Avec les DAOs et la finance dĂ©centralisĂ©e (DeFi), nous pouvons crĂ©er des nations dĂ©mocratiques oĂč cultures, ethnicitĂ©s et options politiques diverses cohabitent au sein d’une structure confĂ©dĂ©rale.

DAOs + DeFi = Groupes Politiques Autonomes

Sous la forme de groupes politiques autonomes, de nombreuses nations peuvent exister en ligne, libre de toute domination externe. Ces nations sont contrÎlées par leurs propres communautés. Les décisions proviennent de la base.

Multi-Chaines

Il y a une histoire de la monnaie qui se rĂ©sume ainsi : au dĂ©but des temps, les gens troquaient ce qu’ils avaient en trop. Tu as une pomme. Elle a une orange. Le commerce nĂ©cessite un moyen d’échange. La monnaie Ă©merge en rĂ©ponse Ă  ce besoin.

Nous avons tous entendu cette histoire. Sauf que c’est un mythe. Elle ne s’est jamais produite dans la rĂ©alitĂ©.

La MĂ©sopotamie ancienne a connu des rĂ©seaux bancaires sophistiquĂ©s bien avant que la monnaie n’existe. Ces rĂ©seaux permettaient toutes les opĂ©rations offertes par les banques modernes, telles que les prĂȘts, les dĂ©pĂŽts, l’échange de devises et le rĂ©glement des dettes. Babylone, le berceau de la civilisation humaine, Ă©tait la florissante capitale financiĂšre de la rĂ©gion et un marchĂ© actif de contrats Ă  terme. L’argent a Ă©mergĂ© de ce systĂšme de rĂ©seaux de crĂ©dit. Bordereaux de dĂ©pĂŽt et contrats Ă  terme Ă©taient Ă©changĂ©s sous la forme de jetons d’argile qui pouvaient ĂȘtre brisĂ©s. Ce n’est que plus tard, lors de l’émergence de l’empire Perse, que le systĂšme monĂ©taire bimĂ©tallique Ă  base d’or et d’argent est apparu.

La leçon de l’Histoire est la suivante : les rĂ©seaux Ă©conomiques viennent en premier. C’est le transfert de valeur au sein de rĂ©seaux qui donnent Ă  la monnaie une signification qu’elle ne possĂšde pas intrinsĂšquement. La monnaie hĂ©rite de propriĂ©tĂ©s issues des rĂ©seaux financiers dans lesquels elle est utilisĂ©e.

En 2010, le concept de monnaie saine Ă©tait au coeur de la crĂ©ation du Bitcoin. Le monde crypto s’est ensuite dĂ©veloppĂ© en produisant de nouvelles classes d’actifs. Nous avons vu d’abord de nouvelles blockchains comportant des fonctionnalitĂ©s uniques, comme Monero. Ethereum fut la premiĂšre Ă  offrir une architecture de gĂ©nĂ©ralisation des traitements, suivie par la multiplication des ERC20 (standard de tokens que chacun peut crĂ©er sur Ethereum) et l’explosion des ICO (Initial Coin Offering, mise en vente initiale de tokens). Mais la nature du monde crypto a fondamentalement changĂ©. La DeFi nous invite Ă  penser dans une perspective d’écosystĂšme, Ă  considĂ©rer des rĂ©seaux d’échange de valeur plutĂŽt que des tokens isolĂ©s.

Nous Ă©tions habituĂ©s Ă  apprĂ©hender les crypto-monnaies et leurs blockchains de façon indĂ©pendante. Ceci est Bitcoin, ceci est Monero, ceci est Ethereum. Nous raisonnions Ă  partir d’entitĂ©s atomiques et autonomes. La DeFi rend possible un autre mode de raisonnement, basĂ© sur les Ă©cosystĂšmes, les rĂ©seaux, les flux de liquiditĂ©.

Avec la DeFi, nous voyons surgir un systĂšme financier parallĂšle sophistiquĂ©. Les tokens natifs de blockchains perdent de leur prĂ©Ă©minence au profit d’instruments et de rĂ©seaux. L’ingĂ©nierie financiĂšre permet d’interconnecter ces rĂ©seaux, d’amortir la volatilitĂ© des cours et de transfĂ©rer efficacement les actifs. Il s’agit d’un environnement quasi-bancaire dĂ©diĂ© au monde crypto, qui y gagne un avantage radical : les fonctions financiĂšres sont plus puissantes et plus fondamentales que la seule monnaie.

Plus de 1% de tous les bitcoins Ă©mis Ă  ce jour sont aujourd’hui sur Ethereum et ce nombre grandit rapidement. Nous nous attendons Ă  ce que cette tendance se poursuive.

Divulgation nulle de connaissance

La crypto-anarchie consiste à utiliser la cryptographie pour créer des espaces de liberté résistant à la force coercitive exercée par les monopoles du pouvoir et du capital.

Un tel espace de libertĂ© est la semence d’une nouvelle sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique. Ces structures sociales sont rĂ©sistantes par construction au contrĂŽle d’état et au pouvoir totalitaire. Elles contrent l’atomisation sociale et promeuvent des relations librement Ă©tablies entre ceux qui chĂ©rissent la libertĂ©.

Ce sont des espaces dissimulés, utilisés par une alliance de forces démocratiques.

Le Zero-knowledge (ZK, en français “divulgation nulle de connaissance”) est une science aux applications puissantes, susceptible d’ouvrir de vastes espaces de libertĂ©.

ZK nous permet de crĂ©er des smart contracts (programmes exĂ©cutĂ©s sur une blockchain) anonymes. N’importe qui peut Ă©crire un programme anonyme fournissant une “preuve”. MĂȘme si la donnĂ©e utilisĂ©e est chiffrĂ©e, la preuve fournit une dĂ©claration Ă  propos de cette donnĂ©e, dĂ©claration qui ne peut ĂȘtre falsifiĂ©e.

Ceci crĂ©e un nouveau champ des possibles pour les applications anonymes. La technologie est mature, disponible pour ĂȘtre utilisĂ©e et appliquĂ©e.

On pourrait penser que l’utilisation de ZK dĂ©grade les performances, mais ce n’est pas le cas. Il est plus rapide de vĂ©rifier une preuve ZK que d’effectuer un calcul non-ZK pour obtenir le mĂȘme rĂ©sultat Ă  partir des donnĂ©es non chiffrĂ©es. Et quelle que soit la taille des donnĂ©es en entrĂ©e, la preuve est toujours de taille constante.

Par exemple, il est possible de comprimer une blockchain toute entiĂšre dans une preuve ZK. Au lieu de tĂ©lĂ©charger 300 Go de donnĂ©es lors de la synchronisation initiale du rĂ©seau, il suffit de tĂ©lĂ©charger une preuve de 22 Ko confirmant que l’état actuel est cohĂ©rent avec la chaine des transactions depuis le dĂ©but ! Il y a dĂ©jĂ  des projets offrant cette possibilitĂ©. Cette propriĂ©tĂ© de ZK est appelĂ©e concision.

Voici un programme tout simple :
def foo(s, x, y): if s: return x * y else: return x + y

Posons qu’Alice calcule z = foo(True, 4, 110). Pour prouver que z est calculĂ© de façon correcte, Alice donne Ă  Bob les valeurs de z, s, x, y, puis Bob exĂ©cute la fonction pour vĂ©rifier qu’il obtient le mĂȘme rĂ©sultat qu’Alice. Ce n’est pas anonyme, puisque Bob peut voir les valeurs en entrĂ©e de la fonction. A la place, Alice peut utiliser une preuve ZK qui montre que la fonction a Ă©tĂ© correctement calculĂ©e, sans rĂ©vĂ©ler les valeurs en entrĂ©e.

En utilisant cette technique, nous pouvons mettre en place des marchés financiers complÚtement furtifs : un réseau économique décentralisé et mondial, opérant de façon totalement anonyme.

ZK ouvre des possibilitĂ©s inĂ©dites aux dĂ©veloppeurs. C’est aussi une architecture computationnelle diffĂ©rent du modĂšle Von Neumann qui nous est familier. Certaines opĂ©rations sont plus adaptĂ©es, d’autres plus compliquĂ©es Ă  rĂ©aliser. Il y a encore beaucoup Ă  faire pour amĂ©liorer l’outillage autour des ZK, comme les compilateurs qui sont encore trĂšs primitifs.

Mais il s’agit du premier pas vers un nouveau modĂšle Ă©conomique basĂ© sur la technologie et non sur l’exploitation des utilisateurs.

DarkFi

DarkFi est une fondation technique multi-chaines pour les applications et les smart contracts anonymes.

Vous pouvez accéder au code ici :
github.com/darkrenaissance/darkfi

DarkFi est un environnement incluant un langage pour écrire des smart contracts à divulgation nulle de connaissance. La recherche en la matiÚre en est à ses débuts, mais nous avons déjà un testnet (réseau de test) opérationnel.

ZK dĂ©verrouille un nouvel espace de conception d’applications anonymes. Auparavant, si vous vouliez crĂ©er une application anonyme, il fallait tenter de combiner plusieurs approches cryptographiques existantes. Le rĂ©sultat pouvait s’avĂ©rer lent, ou mĂȘme impraticable. Avec ZK, nous disposons d’une approche cryptographique gĂ©nĂ©rique que tout programmeur peut utiliser pour crĂ©er des applications anonymes.

Nous pouvons créer des services anonymes : les utilisateurs interagissent avec des DAO et des marchés en présentant des preuves cryptographiques de leurs qualifications, sans pour autant révéler leur identité.

Nous avons dĂ©jĂ  un testnet connectĂ© aux rĂ©seaux Bitcoin et Solana. Nous prĂ©voyons d’y ajouter bientĂŽt Ethereum et Monero. Vous pouvez l’utiliser pour exĂ©cuter une application et envoyer des paiements.

Notre prioritĂ© est de permettre des Ă©changes anonymes de tokens et une DAO pour la gouvernance. Nous nous attellerons Ă©galement Ă  la mise en place d’outils collaboratifs et au dĂ©veloppement de notre Ă©cosystĂšme. Rejoignez-nous dans cette aventure de crĂ©ation d’un nouveau monde !

Nous recherchons des dĂ©veloppeurs politiquement engagĂ©s et nous offrons des rĂ©munĂ©rations compĂ©titives. Nous crĂ©ons un Ă©cosystĂšme oĂč de nombreux projets seront lancĂ©s et financĂ©s par DarkFi.

Un meeting pour les développeurs est organisé chaque lundi à 16:00 CET sur le channel #dev.

Nous sommes plus que des crĂ©ateurs d’outils. Nous construisons des applications et soutenons les autres Ă©quipes qui dĂ©veloppent les leurs sur DarkFi. Nous accueillons chacun dans ce voyage vers un monde nouveau.

Que l’obscuritĂ© nous dissimule

Sous le masque, il y a plus qu’un visage. Sous le masque, il y a une idĂ©e. Et les idĂ©es sont indestructibles.
— V

Chacun peut sentir qu’un Ă©vĂ©nement Ă©conomique ou politique majeur va survenir dans les annĂ©es qui viennent. Chacun est profondĂ©ment insatisfait de la domination exercĂ©e par les monopoles du pouvoir et du capital.

Quel est le prochain modÚle qui devrait résoudre cette situation ? Voici la réponse :

Nous ne devrions pas penser en termes de modĂšle ou de systĂšme. Les ĂȘtres humains ne sont pas des objets au sein d’un modĂšle mathĂ©matique. C’est ce mode de pensĂ©e qui nous a mis dans cette situation en premier lieu.

De quel mode de pensée avons-nous besoin ?

Que se passe-t-il autour de nous ? Que font les gens ? Quels problĂšmes affrontent-ils ? OĂč est le vrai, le beau et le bien ? Comment stimuler les aspects de l’humanitĂ© et de la nature que nous voulons voir croĂźtre ?

Par chance, nous disposons d’une contre-Ă©conomie agoriste, qui n’est pas une simple philosophie mais un puissant agent de changement. Exercez ce pouvoir, faites bouger les choses.

Les rĂ©gulateurs sont dĂ©jĂ  aprĂšs nous. Ils nous voient comme des gamins avec des vĂȘtements trop grands. Ils veulent nous remettre Ă  notre place, nous rĂ©duire au silence, ou nous gronder parce que nous faisons trop de bruit. Qui sont ces gens et d’oĂč viennent-ils ? Dans leurs cages dorĂ©es, ils n’auraient jamais pris le risque de parier sur Bitcoin en 2010. Pourtant, ils se considĂšrent socialement au sommet, et pensent qu’ils doivent s’assurer que les choses sont faites selon leur conception.

Le narratif crypto est aujourd’hui dominĂ© par les prĂ©occupations d’une classe privilĂ©giĂ©e : GameFi, ArtFi, SocialMediaFi – le business des cĂ©lĂ©britĂ©s et des distractions.

Mais il suffit de noter ce que les monopoles du pouvoir et du capital cherchent à contrÎler et interdire pour comprendre les facteurs clés de libération de la nation démocratique.

Ils s’apprĂȘtent Ă  rĂ©glementer ce qui fait l’essence de la crypto, comme l’envoi direct de crypto-actifs de personne Ă  personne sur la planĂšte. Ou comme la formation d’organisations auto-gouvernĂ©es. Tout ce qui menace les systĂšmes monopolistiques de capital et de pouvoir.

Le monde crypto se scindera en deux. La RegFi (Regulated Finance) sera inutilisable parce que verrouillĂ©e, sans possibilitĂ© de remettre en cause le statu quo. L’autre cĂŽtĂ© sera le DarkFi underground. Il aura des griffes et des dents.

DarkFi n’est pas un projet ni une startup. Nous sommes une communautĂ© et un mouvement.

La contre-économie nous donne des outils pour édifier des communautés libres.

La crypto-anarchie est la tactique d’emploi de la cryptographie au bĂ©nĂ©fice de la contre-Ă©conomie.

Les technologies de protection des donnĂ©es personnelles s’imposent et sont dĂ©sormais inarrĂȘtables.

Combinez tout ceci et vous obtenez : DarkFi.

L’opacitĂ© s’étend sur le monde numĂ©rique. Elle ne peut ĂȘtre stoppĂ©e, ses avantages sont trop grands. Les potentialitĂ©s latentes de l’humanitĂ© qui ont Ă©tĂ© rĂ©primĂ©es pourront enfin s’exprimer. Nous dĂ©tenons un grand pouvoir qui doit ĂȘtre utilisĂ© avec respect.

Souvenez-vous que chaque rĂ©volution technologique dans l’histoire a fait face Ă  des opposants rĂ©trogrades, cherchant Ă  faire rentrer le gĂ©nie dans sa bouteille. Ils sont toujours trainĂ©s dans le futur contre leur grĂ©, inexorablement.

Il ne s’agit pas ici de juger ou de condamner. Juste de reconnaĂźtre la rĂ©alitĂ©.

Qu’on le veuille ou non, le futur sera agoriste.

Que l’opacitĂ© s’installe.

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☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

Avant Bitcoin : l’amorçage des premiers systĂšmes d’argent liquide numĂ©rique

By: Ludovic Lars —

Le concept de Bitcoin a fait son apparition dans le monde le 31 octobre 2008. Dans un court document technique de 9 pages, le livre blanc, le mystérieux Satoshi Nakamoto décrivait les principes de base de ce qui deviendrait par la suite un phénomÚne économique d'envergure mondiale. Le titre de ce livre blanc ? « Bitcoin : un systÚme d'argent liquide électronique pair-à-pair ». Ce projet s'inscrivait donc dans une lignée bien définie : celle des tentatives de créer une monnaie numérique fonctionnant de maniÚre indépendante sur internet.

L'idĂ©e de monnaie numĂ©rique n'est pas une idĂ©e particuliĂšrement nouvelle. Celle-ci remonte en effet au dĂ©veloppement des moyens de communication modernes et est Ă©voquĂ©e dans de nombreuses Ɠuvres de science-fiction, notamment sous la forme de « crĂ©dits ». Avec l'Ă©mergence d'internet dans les annĂ©es 1980, cette idĂ©e devenait rĂ©alisable. De mĂȘme qu'il existait un courrier Ă©lectronique (e-mail), il pouvait y avoir une monnaie Ă©lectronique (e-money). NĂ©anmoins, une interrogation subsistait : la question de savoir s'il Ă©tait possible de transposer les propriĂ©tĂ©s de l'argent liquide au cyberespace. Pouvait-on construire une monnaie entiĂšrement numĂ©rique qui pouvait se transmettre facilement, de personne Ă  personne et de maniĂšre anonyme ? Ou devait-on se rĂ©signer Ă  simplement Ă©tendre le fonctionnement du systĂšme bancaire Ă  internet ?

Le concept d'argent liquide numérique a été formalisé pour la premiÚre fois en 1982 par le cryptographe américain David Chaum dans son papier académique intitulé « Blind signatures for untraceable payments ». Dans ce papier il décrivait un procédé de signatures aveugles qui permettait théoriquement d'envoyer des paiements de maniÚre anonyme. David Chaum a par la suite étoffé cette idée et a travaillé à l'implémenter par le biais de sa société DigiCash, créée en 1989 pour l'occasion.

L'idée a ensuite été reprise par le mouvement cypherpunk, formé en 1992, dont le but était d'établir une forme d'anarchie dans le cyberespace grùce à la cryptographie et à la technologie. Pour réaliser leur objectif, un argent liquide numérique constituait un élément central, car c'était lui qui pouvait permettre le développement de marchés indépendants en ligne. Eric Hughes, l'un des fondateurs du mouvement, écrivait par exemple dans son Manifeste d'un cypherpunk en mars 1993 :

Nous, les cypherpunks, nous consacrons à construire des systÚmes anonymes. Nous défendons notre confidentialité avec la cryptographie, avec les systÚmes anonymes de transfert de courriels, avec les signatures numériques, et avec la monnaie électronique.

Cependant, pour qu'une telle monnaie soit vraiment indĂ©pendante, il fallait qu'elle possĂšde une valeur sans ĂȘtre adossĂ©e Ă  un autre bien. En effet, adosser sa monnaie Ă  des rĂ©serves prĂ©sentes Ă  un endroit donnĂ© revenait Ă  jouer le rĂŽle d'une banque, ce qui Ă©tait trĂšs peu compatible avec l'idĂ©al des cypherpunks. C'est dans ce contexte qu'ont eu lieu les premiĂšres tentatives d'amorçage de systĂšmes d'argent liquide numĂ©rique.

 

Le Hawthorne Exchange : un systÚme de réputation basé sur le Thorne

La premiÚre expérience que l'on peut citer n'est pas un systÚme de monnaie numérique à proprement parler puisque son rÎle initial n'était pas l'échange commercial. Il s'agit du Hawthorne Exchange, un systÚme de jetons de réputation utilisé pour la liste de diffusion extropienne.

Les extropiens Ă©taient des futuristes transhumanistes optimistes qui envisageaient l'Ă©volution technologique comme un moyen de libĂ©ration de l'individu. Ils avaient avait donc des centres intĂ©rĂȘts en commun avec les cypherpunks (le mouvement extropien avait Ă©tĂ© fondĂ© 4 ans aurapavant), et beaucoup de personnes faisaient partie des deux mouvements comme Timothy C. May, Nick Szabo ou encore Hal Finney. La liste de diffusion extropienne Ă©tait une liste de distribution de courrier Ă©lectronique privĂ©e, par laquelle les extropiens communiquaient sur internet et pouvaient discuter de nombreux sujets.

Logo extropianisme extropie

Le Hawthorne Exchange (couramment abrĂ©gĂ© en HEx) a Ă©tĂ© lancĂ© le 24 mars 1993 par un individu du nom de Brian Holt Hawthorne comme un marchĂ© de rĂ©putation pour les membres de la liste de diffusion. Le systĂšme se basait sur un serveur qui gĂ©rait les courriels de maniĂšre automatique. Chaque membre de la liste de diffusion pouvait s'incrire pour acquĂ©rir des parts liĂ©es Ă  son identitĂ©, ainsi que des parts de la plateforme possĂ©dant le sigle boursier HEX. Chaque part pouvait ensuite ĂȘtre Ă©changĂ©e sur le marchĂ© selon l'offre et la demande, ce qui permettait thĂ©oriquement d'Ă©valuer la rĂ©putation des membres de la liste. Le principe de base Ă©tait que si un membre considĂ©rait que quelqu'un avait contribuĂ© positivement Ă  la liste de diffusion, il achetait des parts de cette personne, et que dans le cas inverse il revendait ces parts.

L'unité native pour effectuer ces échanges était le Thorne, et avait pour symbole ð ou p. La quantité monétaire émise au tout début était d'un million de Thornes et était détenue par le serveur. La distribution initiale se faisait lors de l'inscription : au moment de leur entrée dans le systÚme, les participants recevait, en plus de leurs parts représentant leur réputation, 100 HEX chacun (les parts du systÚme d'échange) qu'ils pouvaient vendre au serveur pour un prix de 100 Thornes piÚce, et donc obtenir au moins 10 000 Thornes chacun.

Le systĂšme Ă©tait trĂšs expĂ©rimental et beaucoup de membres de la liste de diffusion Ă©taient sceptiques (Ă  raison) sur sa pĂ©rennitĂ©. NĂ©anmoins, certains se sont tout de mĂȘme inscrits comme Hal Finney (il Ă©tait l'un des premiers Ă  s'inscrire et possĂ©dait la part HFINN), Perry E. Metzger (P) ou Nick Szabo (N) qui disait essayer pour « le plaisir du jeu » malgrĂ© ses rĂ©ticences.

AprÚs une période de développement plus longue que prévue, les échanges ont pu débuter le 28 juin 1993. Les opérations étaient rares mais elles avaient lieu. Voici à quoi ressemblaient le cours des différentes parts dans le rapport du 22 juillet :

Cours parts Hawthorne Exchange 1993

Plusieurs problĂšmes ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s dĂšs le dĂ©but. Le premier Ă©tait le manque de liquiditĂ© du marchĂ©. Un groupe restreint de personnes possĂ©dait la majeure partie des Thornes et ne les faisaient pas bouger, ce qui n'aidait pas les autres Ă  s'en procurer. Des propositions ont Ă©tĂ© faites pour amĂ©liorer les choses. Ainsi, le 6 juillet, un membre de la liste nommĂ© Derek Zahn proposait d'augmenter drastiquement la quantitĂ© de Thrones en circulation. Suite Ă  cette proposition, Perry Metzger rĂ©torquait que les gens oubliaient que « la taille de la masse monĂ©taire [n'avait] pas d'importance » et que « les valeurs [pouvaient] augmenter indĂ©finiment mĂȘme avec une masse monĂ©taire fixe ». NĂ©anmoins, il fallait pour cela que l'unitĂ© soit rendu divisible, chose qu'a faite Brian Hawthorne le 16 juillet en ajoutant deux chiffres aprĂšs la virgule dans la reprĂ©sentation des Thornes.

Le deuxiÚme problÚme était la valorisation du Thorne et des jetons de réputation. Certaines personnes montraient en effet un certain scepticisme à propos de la mise en route du systÚme, à l'instar de Hal Finney qui déclarait le 27 juillet :

De nombreuses personnes ont observĂ© que les parts Hex ont peu ou pas de valeur intrinsĂšque. Cela remet en question toute la prĂ©misse de la place de marchĂ©, Ă  savoir que les valeurs des parts sont censĂ©es reprĂ©senter d'une maniĂšre ou d'une autre la rĂ©putation des gens. Mais il n'y a aucune raison pour que la valeur des parts corresponde de quelque maniĂšre que ce soit Ă  la rĂ©putation des gens, si ce n'est le fait qu'on se dit qu'il devrait en ĂȘtre ainsi. Il s'agit d'une tentative de crĂ©er une prophĂ©tie auto-rĂ©alisatrice, oĂč si tout le monde croit X, alors tout le monde agit comme si X Ă©tait vrai, et cela rend X vrai. [...] Il est important de comprendre que les Thornes ne sont pas comme les dollars. À moins que les parts HeX ne puissent recevoir une base autre que le caprice de leurs propriĂ©taires, le marchĂ© s'effondrera sĂ»rement, car il n'y a rien pour le soutenir.

Plusieurs personnes ont réagi à cette conception. Ainsi, Dave Krieger a répondu à Hal Finney que les dollars fonctionnaient déjà comme cela. Perry Metzger, lui, a été plus loin en invoquant la conception subjective de la valeur :

L'une des grandes avancĂ©es de la thĂ©orie Ă©conomique autrichienne est la notion que toute valeur est complĂštement subjective - c'est tout simplement ce que les gens sont prĂȘts Ă  payer pour la chose valorisĂ©e. [...] Toute monnaie est psychologique.

HEx n'a jamais rĂ©ellement fonctionnĂ© en tant que systĂšme de rĂ©putation car il n'y avait pas de sens Ă  Ă©valuer la rĂ©putation comme cela, et l'activitĂ© Ă©tait de toute maniĂšre trop timide. NĂ©anmoins, le Thorne lui a commencĂ© Ă  ĂȘtre utilisĂ© comme monnaie d'Ă©change. Par consĂ©quent, bien que Brian Hawthorne lui-mĂȘme avait dĂ©clarĂ© que HEx n'Ă©tait pas « un systĂšme d'argent liquide numĂ©rique » et n'avait « aucune prĂ©tention Ă  l'ĂȘtre », les personnes prĂ©sentes sur la liste se sont mises naturellement Ă  effectuer des Ă©changes contre du Thorne.

Le premier achat d'un service a eu lieu le 31 août 1993 lorsque Dave Krieger a proposé à John McPherson de lui donner 1000 Thornes s'il recopiait et publiait une présentation de Vernor Vinge réalisée par The San Diego Union-Tribune. John McPherson a accepté dans la soirée, heure de Californie, concluant ainsi l'échange.

Nick Szabo vendait quelques services contre du Thorne, et avait été jusqu'à mettre au point son propre catalogue de textes en tous genres, appelé « Nick's Catalog ».

Catalogue de Nick Szabo Thorne Hawthorne Exchange 1993

Quelques paris étaient réalisés sur la liste de diffusion. De son cÎté, Tim May mettait à disposition des dossiers d'informations contre des Thornes, dans le cadre de son projet de BlackNet.

Au cours du temps, le Thorne a aussi acquis un prix en dollars. Brian Hawthorne vendait du Thorne à un prix de 0,01 $ piÚce. Cependant, la demande pour le Thorne était moins forte que cela et la plupart des gens acceptaient d'acheter du Thorne un prix de 0,001 $. Tim May en particulier cherchait à se procurer plus de Thornes : il a par exemple acheté 10 000 Thornes à Edgar W. Swank pour 10 $ en liquide. Le but de Tim May était d'« accumuler plus de Thornes » dans l'espoir que le systÚme persiste et que Brian Hawthorne n'ait pas « l'intention de dévaloriser le Thorne en imprimant plus », chose que ce dernier confirmera :

Je vais répéter ce que j'ai déclaré publiquement auparavant. Il y a exactement un million de Thornes en circulation. Je n'en imprimerai pas plus.

Cet amorçage du Thorne a étonné certains membres de la liste, et ce d'autant plus que cette utilisation n'était pas la vocation initiale du systÚme. Ainsi, David Murray expliquait le 28 septembre :

Quand HEX a débuté, je ne pensais pas que le thorn[e] pouvait spontanément acquérir de la valeur. Je n'en suis plus si sûr maintenant. Les thorn[e]s offrent un avantage distinct par rapport aux dollars ici sur la toile : ils sont électroniques et échangeables électroniquement. Cette marge d'efficacité peut suffire à leur permettre d'acquérir de la valeur, avec un peu d'aide (spontanée).

Cela a Ă©galement inquiĂ©tĂ© Brian Hawthorne, qui voyait son systĂšme ĂȘtre utilisĂ© comme monnaie, et qui ne voulait pas subir les poursuites Ă©tatiques que subissait Ă  l'Ă©poque le crĂ©ateur de PGP, Philip Zimmermann :

Avertissement officiel, de sorte Ă  ce que je ne me retrouve pas dans la mĂȘme situation que Phil Zimmermann : Le Hawthorne Exchange est un marchĂ© de rĂ©putation, pas un marchĂ© d'actions, de matiĂšres premiĂšres, de devises ou d'obligations. Le Thorne est un jeton avec lequel Ă©changer des rĂ©putations. Le Hawthorne Exchange dĂ©cline toute responsabilitĂ© quant Ă  l'utilisation de Thornes comme monnaie rĂ©elle par ses clients.

Toutefois, cette expérience est lentement tombée dans l'oubli et l'activité a commencé à décliner vers la fin de l'année 1993. Le 21 janvier 1994, Brian Hawthorne a mis le Hawthorne Exchange en vente, n'ayant plus le temps de s'en occuper. Il avait en effet lancé la chose de maniÚre plus ou moins ironique et ne s'attendait pas à ce que les gens la prennent autant au sérieux. La plateforme a été rachetée par Bill Garland, qui a déclaré par la suite que « HEx [avait été mis] en sommeil et qu'il le resterait encore un peu » (HEx is now dormant and will be for a little while yet). Le Hawthorne Exchange n'a jamais réapparu et par conséquent le Thorne a fini par perdre sa valeur.

 

Magic Money et les Tacky Tokens

À l'instar de la liste extropienne, la mailing list cypherpunk a Ă©galement connu son expĂ©rience d'argent liquide numĂ©rique. Il s'agissait du protocole Magic Money qui permettait Ă  chacun de crĂ©er sa propre devise numĂ©rique. Celui-ci a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© sur la liste de diffusion cypherpunk le 4 fĂ©vrier 1994, par un anonyme qui utilisait PGP pour s'identifier. Le crĂ©ateur de Magic Money, Pr0duct Cypher, dĂ©crivait son systĂšme comme suit :

Magic Money est un systĂšme d'argent liquide numĂ©rique conçu pour ĂȘtre utilisĂ© par courrier Ă©lectronique. Le systĂšme est en ligne et intraçable. « En ligne » signifie que chaque transaction implique un Ă©change avec un serveur, pour Ă©viter les doubles dĂ©penses. « Intraçable » signifie qu'il est impossible pour quiconque de retracer les transactions, de faire correspondre un retrait avec un dĂ©pĂŽt, ou de faire correspondre deux piĂšces de quelque maniĂšre que ce soit.

Tout comme le Hawthorne Exchange, Magic Money nĂ©cessitait par un serveur qui analysait des courriels pour faire fonctionner la chose. Magic Money Ă©tait un protocole et par consĂ©quent nĂ©cessitait que la personne qui dĂ©sirait crĂ©er une nouvelle devise numĂ©rique fasse fonctionner son propre serveur. Pour ĂȘtre intraçable, le systĂšme se fondait sur les signatures aveugles de David Chaum, une technologie brevetĂ©e, ce qui faisait que Magic Money Ă©tait avant tout un prototype expĂ©rimental.

À la fin de sa prĂ©sentation initiale, Pr0duct Cypher ajoutait la remarque suivante Ă  propos de la valorisation des jetons crĂ©Ă©s avec son systĂšme :

Maintenant, si vous ĂȘtes toujours rĂ©veillĂ©, vient la partie amusante : comment introduire une valeur rĂ©elle dans votre systĂšme digicash ? Comment, d'ailleurs, faites-vous mĂȘme en sorte que les gens jouent avec ?

Qu'est-ce qui rend l'or précieux ? Il a quelques propriétés utiles : c'est un bon conducteur, il résiste à la corrosion et aux produits chimiques, etc. Mais celles-ci ne sont devenus importantes que récemment. Pourquoi l'or a-t-il été précieux pendant des milliers d'années ? C'est joli, c'est brillant et surtout, c'est rare.

Digicash est joli et brillant. Les gens en parlent depuis des années, mais peu l'ont utilisé. Vous pouvez rendre votre cash plus intéressant en donnant à votre serveur un nom provocateur. Le faire passer par un service de repostage pourrait lui donner une touche « underground » qui attirerait les gens.

Votre digicash devrait ĂȘtre rare. Ne le donnez pas en grande quantitĂ©. Demandez Ă  certaines personnes de jouer avec votre serveur, en vous faisant passer des piĂšces. Organisez un concours - la premiĂšre personne qui casse ce code, rĂ©pond Ă  cette question, etc. gagne de l'argent numĂ©rique. Une fois que les gens commenceront Ă  s'y intĂ©resser, votre monnaie numĂ©rique sera demandĂ©e. Assurez-vous que la demande dĂ©passe toujours l'offre.

 

Magic internet Money Bitcoin brouillon
Bitcoin n'est-il pas le digne héritier de Magic Money ?

 

Suite à cette présentation, les réactions ont été enthousiastes. Hal Finney a répondu dans la foulée : « Wow ! Génial ! ». Francis Barrett, lui, affirmait que c'était « la chose la plus géniale [qu'il avait] lue depuis longtemps ».

Le premier serveur a été mis en place par Mike Duvos le 25 février 1994. Ses piÚces étaient appelés les « Tacky Tokens », ou « jetons poisseux », et elles étaient émises en dénominations de 1, 2, 5, 10, 20, 50, et 100 unités. En guise d'incitation à essayer le systÚme, il distribuait 100 Tacky Tokens aux 10 premiÚres personnes qui envoyaient un courriel au serveur.

Quelques tentatives d'utiliser les Tacky Tokens comme monnaie d'échange sont apparues comme la proposition de vente d'un GIF de qualité contre 5 Tacky Tokens, mais cependant cela n'a pas pris comme les cypherpunks l'imaginaient. Cet échec a fait réfléchir certains d'entre eux sur le problÚme de l'amorçage.

Dans son essai Why Digital Cash is Not Being Used, Tim May relevait diffĂ©rentes raisons pour lesquelles Magic Money / Tacky Tokens ne gagnait pas en traction, dont les trois principales Ă©taient qu'il n'y avait quasiment rien Ă  acheter, que l'utilisation Ă©tait difficile techniquement et que le systĂšme n'offrait aucun intĂ©rĂȘt particulier. May recommandait donc une liste de marchĂ©s qui pourraient ĂȘtre avantageux pour les systĂšme d'argent liquide numĂ©rique comme les cartes de tĂ©lĂ©phone, les routes Ă  pĂ©age, les marchĂ©s illĂ©gaux, les marchĂ©s de paris et les services numĂ©riques de repostage.

Pr0duct Cypher, dans un texte intitulé Giving Value to Digital Cash, écrivait :

Quelqu'un m'a rĂ©cemment rappelĂ© mes mots de l'intro de Magic Money, dans laquelle j'ai prĂ©dit que l'argent liquide numĂ©rique pouvait prendre de la valeur par lui-mĂȘme. Je savais quand j'ai Ă©crit le programme que donner la valeur au systĂšme serait la partie la plus difficile. [...] La plupart des grandes Ă©conomies utilisent aujourd'hui une monnaie fiduciaire, il est donc clair que la monnaie fiduciaire fonctionnera. Mais vous ne pouvez pas crĂ©er une nouvelle Ă©conomie avec de la monnaie fiduciaire. La monnaie doit commencer par avoir une valeur et une convertibilitĂ© dans le monde rĂ©el. AprĂšs avoir Ă©tĂ© en circulation pendant un certain temps, elle peut ĂȘtre « dĂ©couplĂ©e » des Ă©talons extĂ©rieurs.

Il y a trois problĂšmes qui interviennent.

1> Faire en sorte que les gens s'y mettent, de l'ignorance totale à la présence d'un client Magic Money opérationnel sur leurs systÚmes.

2> Distribuer vos piÚces numériques.

3> Échanger vos piĂšces numĂ©riques contre quelque chose ayant de la valeur.

On note qu'il revenait alors sur sa position initiale, pour rejoindre la conclusion du théorÚme de régression de Mises : la valeur de la monnaie devait remonter à une valeur d'usage non monétaire, si besoin par le biais d'adossements successifs.

À la suite de ces discussions, d'autres implĂ©mentations de Magic Money ont vu le jour : les GhostMarks ou « marks fantĂŽmes » ; les DigiFrancs ou « francs numĂ©riques », prĂ©tendument adossĂ©s Ă  10 caisses de Cola-Cola Light conservĂ©s dans un coffre ; ou encore les NexusBucks ou « dollars de liaison », crĂ©Ă©s par un dĂ©nommĂ© Sameer qui souhaitait rĂ©munĂ©rer du travail de dĂ©veloppement informatique grĂące Ă  ces jetons.

Cependant, toutes ces unitĂ©s numĂ©riques Ă  l'utilitĂ© trĂšs limitĂ©e ont disparu progressivement. À la mi-aoĂ»t 1994, Mike Duvos, l'opĂ©rateur du serveur gĂ©rant les Tacky Tokens, dĂ©clarait :

Je n'ai pas vu de Tacky Token depuis des mois, bien qu'il y avait pas mal d'activité lorsque j'ai rendu mon serveur disponible au début.

La cause de cette désertion était l'apparition d'un autre systÚme d'argent liquide numérique : eCash et ses cyberbucks.

 

eCash : l'expérience des cyberbucks

Comme on l'a dit en introduction, David Chaum est l'un des fondateurs de l'argent liquide numérique. C'est donc tout naturellement qu'il a essayé de mettre en application son idée, par l'intermédiaire de eCash. AprÚs avoir fondé sa société (DigiCash) en 1989, et avoir travaillé sur le sujet pendant plusieurs années, il a fini par mettre au point un prototype et à le présenter au monde le 27 mai 1994 lors de la premiÚre conférence internationale sur le World Wide Web au CERN à GenÚve.

eCash a par la suite mis en route, sous la forme d'un essai réalisé avec la participation de volontaires. Cet essai a été annoncé en juillet et a débuté le 19 octobre. Les unités émises pour l'occasion étaient appelés les cyberbucks, ou « dollars d'internet », et avaient pour symbole cb$, c$ ou e$ selon les individus. Puisqu'il s'agissait d'un test, les cyberbucks ne bénéficiaient d'aucun adossement au dollar et possédait donc un prix flottant.

L'avantage que possédait eCash est que le systÚme était développé par une entreprise reconnue, qui savait communiquer et qui savait comment démarrer un nouveau projet. La distribution initiale a ainsi été mise à profit pour encourager l'utilisation du systÚme : 100 cyberbucks étaient en effet distribués à chaque nouvel utilisateur. Cela fait que l'expérience des cyberbucks s'est retrouvé avec des centaines d'utilisateurs et des dizaines de commerçants dÚs ses débuts.

Commerçants essai eCash cyberbucks

En janvier 1995, l'essai jusqu'alors rĂ©servĂ© aux États-Unis s'Ă©tendait au monde entier.

Le premier échange en cyberbucks aurait eu lieu dÚs octobre : ils s'agissait de l'achat d'une carte postale par Marcel van der Peijl, un employé de DigiCash, auprÚs de la société Global-X-Change.

eCash connaissait Ă©galement un certain succĂšs dans la communautĂ© cypherpunk, et Ă©tait souvent Ă©voquĂ© sur la liste de diffusion. Certains cypherpunks ont mĂȘme fini par travailler pour DigiCash, comme Nick Szabo.

Le cyberbuck a lui aussi acquis un prix. Il existait une liste de diffusion spĂ©cialisĂ©e qui servait Ă  rĂ©aliser des Ă©changes : appelĂ©e ECM (pour Electronic Cash Market), celle-ci avait Ă©tĂ© dĂ©marrĂ©e le 24 juin 1995 par Rich Lethin. Il y avait Ă©galement d'autres endroits oĂč Ă©changer des dollars contre des cyberbucks et inversement, comme l'Eshop de FireCloud Solutions (voir l'image ci-dessous). En 1995, le prix du cyberbuck Ă©tait de quelques centimes de dollar.

Place de marché eCash EShop FireCloud Solutions 1995

Bien que rare, l'utilisation des cyberbucks Ă©tait bien rĂ©elle. Hal Finney offrait un prix en cyberbucks pour son concours de programmation (problĂšme rĂ©solu par Damien Doligez). Adam Back proposait Ă  la vente des t-shirts sur lesquels Ă©tait imprimĂ© du code d'un algorithme de chiffrement (algorithmes alors considĂ©rĂ©s comme des munitions par l'État fĂ©dĂ©ral des États-Unis), dont un exemplaire a Ă©tĂ© achetĂ© par Mark Grant le 17 aoĂ»t 1995. Bryce Wilcox (devenu aujourd'hui Zooko Wilcox-O'Hearn) proposait de vendre son logiciel facilitant l'utilisation de PGP pour 10 cyberbucks.

Jim Crawley résumait l'état des lieux le 11 juillet 1995, dans une courte chronique pour la revue en ligne The Computists' Weekly :

Pouvez-vous crĂ©er de la valeur rĂ©elle sur la toile simplement en Ă©mettant une monnaie Ă©trange ? Apparemment oui. Digicash a distribuĂ© 1 M d'ecash, 100 e$ par utilisateur. Quelques marchands ont acceptĂ© les cyberbucks pour des partagiciels ou des produits d'information, et Adam Back en Grande-Bretagne vous vendra un T-shirt cryptographique "export-interdit" pour 250 e$ (ou 8 ÂŁ, qui met en place un taux de change diffĂ©rent). Le premier Ă©change connu vers la devise amĂ©ricaine a eu lieu lorsque Lucky Green a acceptĂ© le mois dernier de vendre ses 100 e$ pour 5 $. Cela Ă©tablit un prix de vente de 50 000 $ pour l'Ă©mission de Digicash, bien qu'il soit possible que l'Ă©dition limitĂ©e ait une valeur beaucoup plus Ă©levĂ©e en tant qu'article de collection. Selon l'analyste du commerce en ligne, Robert Hettinga, « le prix dont nous parlons ici est la valeur marginale du concept d'e$ lui-mĂȘme : anonymat, fluiditĂ© de transfert, commoditĂ©, ce que vous voulez. »

Cependant, tout n'était pas parfait pour les utilisateurs de cyberbucks et certains se posaient des question sur la pérennité du systÚme, à l'instar de Nathan Loofbourrow qui évoquait dans un courriel du 23 août la dépendance du systÚme vis-à-vis de DigiCash :

Je n'ai pas encore vu de date, mais Digicash déclare à plusieurs reprises dans ses communiqués de presse que les Cyberbucks ne sont qu'une monnaie d'essai et qu'à un moment donné dans le futur, l'essai prendra fin. Est-ce que cela signera le fin du marché pour les c$ à ce moment-là ? Sans Digicash pour authentifier la monnaie, il semblerait impossible d'échanger les piÚces de c$. [...] Afin de préserver la valeur de la nouvelle monnaie électronique, [...] nous avons besoin de l'assurance que la masse monétaire ne connaßtra pas une croissance déraisonnable. L'essai de ecash bénéficie de la promesse de Digicash d'un plafond de 1 million de c$ ; cette confiance a-t-elle un poids suffisant pour que le Cyberbuck ou son successeur garde une quelconque valeur pour l'utilisateur ?

Malheureusement, sa prĂ©diction est rapidement devenue rĂ©alitĂ©. En octobre 1995, la Mark Twain Bank lançait sa propre version de eCash en partenariat avec DigiCash, et, contrairement Ă  l'essai prĂ©cĂ©dant, l'unitĂ© Ă©changĂ©e Ă©tait adossĂ©e au dollar Ă©tasunien. Bien que l'expĂ©rience des cyberbucks ne se soit pas arrĂȘtĂ©e lĂ , leur valeur s'est effondrĂ©e Ă  cause de cette nouvelle. Le sort des cyberbucks a finalement Ă©tĂ© scellĂ© lorsque Digicash a fait faillite en septembre 1998.

 

Conclusion

Ainsi, que ce soit avec le Hawthorne Exchange, Magic Money ou eCash, on a pu voir des unitĂ©s numĂ©riques ĂȘtre valorisĂ©es sans ĂȘtre adossĂ©e Ă  une monnaie existante. Pourquoi ? Parce que leur fonction -- transfĂ©rer de la valeur sur internet -- Ă©tait trĂšs demandĂ©e, notamment par les cypherpunks dans le but de rĂ©aliser leur idĂ©al. NĂ©anmoins, toutes ces expĂ©riences reposaient sur un tiers de confiance, et se sont dĂ©finitivement arrĂȘtĂ©es lorsque le tiers en question a cessĂ© ses activitĂ©s. Le Thorne, le Tacky Token et le cyberbuck n'Ă©taient ni durables ni rares, et ne pouvaient donc pas devenir des monnaies plus largement acceptĂ©es.

Satoshi Nakamoto le reconnaissait lui-mĂȘme. Dans un courriel adressĂ© Ă  la liste de diffusion p2p-research, il rĂ©agissait Ă  la comparaison entre Bitcoin et eCash en disant :

Bien sûr, la plus grande différence est l'absence de serveur central. C'était le talon d'Achille des systÚmes chaumiens ; lorsque l'entreprise centrale fermait ses portes, la monnaie disparaissait.

À la suite des expĂ©riences des annĂ©es 1990, l'idĂ©e de crĂ©er un argent liquide numĂ©rique sans valeur intrinsĂšque s'est faite plus rare, pour laisser la place Ă  des systĂšmes oĂč les unitĂ©s Ă©taient indexĂ©es sur l'or (e-gold) ou le dollar (Liberty Reserve). Quelques cypherpunks ont bien tentĂ© d'imaginer des systĂšmes dĂ©centralisĂ©s, comme b-money, bit gold ou RPOW, mais ceux-ci ont Ă©tĂ© immĂ©diatement jugĂ©s trop peu robustes. Ce n'est qu'avec l'apparition de Bitcoin en 2008 que la malĂ©diction a Ă©tĂ© levĂ©e et qu'un vrai argent liquide numĂ©rique a pu voir le jour.

 


Sources

John Paul Koning, The bootstrapping of Thorne, Magic Money, and Cyberbucks: three pre-Bitcoin monetary experiments, 6 novembre 2017.
Extropians (mailing list), 1993 - 1994.
Cyperpunks (mailing list), 1992 - 1998.

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