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Affaire Airsoft : Retour sur une arnaque Ă  950 millions de dollars

By: Magali —

Homo homini lupus. L’homme est un loup pour l’homme, Ă©crivait dĂ©jĂ  Plaute deux siĂšcles avant notre Ăšre. Rony Hadjedj et la bande que la presse israĂ©lienne surnommait « les loups de Tel-Aviv » ont perfectionnĂ© cette loi du plus fort. Leur outil s’appelait Airsoft, un logiciel conçu pour piloter des centaines de faux courtiers en ligne et vider les comptes de milliers de clients. On retrouve aujourd’hui la mĂȘme mĂ©canique dans les arnaques d’investissement en cryptomonnaies, le mĂȘme tuyau mais sous un autre habillage.

Le 6 juillet 2025, Ă  l’aĂ©roport de Casablanca, ce Franco-IsraĂ©lien de 36 ans descend d’un vol en provenance de DubaĂŻ. Sur place, la police marocaine l’arrĂȘte aussitĂŽt, mandat d’arrĂȘt international du parquet de Bamberg en main. Treize ans de cavale s’achĂšvent lĂ  entre deux portes d’embarquement.

Des braquages Ă  main armĂ©e dans les beaux quartiers de Marseille jusqu’à la direction d’Airsoft. Ce logiciel a permis Ă  plus de 400 sites de courtage frauduleux de vider les comptes de milliers d’épargnants, de la France jusqu’en AmĂ©rique du Nord en passant par l’Europe et l’Asie.

Cet article n’aurait pas pu exister sans l’enquĂȘte sur Rony Hadjedj et le logiciel Airsoft de Mediapart et le rĂ©seau EIC.

Le Journal du Coin a lu cette enquĂȘte et vĂ©rifiĂ© ce qui pouvait l’ĂȘtre auprĂšs d’autres sources. Il l’a complĂ©tĂ©e par ce qu’elle dit, une fois de plus, du business de l’arnaque Ă  l’investissement, jusque dans son versant crypto.

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Les points clés de cet article :
  • Rony Hadjedj, surnommĂ© « le loup de Tel-Aviv », a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© aprĂšs treize ans de cavale, liĂ© Ă  des arnaques Ă  grande Ă©chelle en cryptomonnaies.
  • Le logiciel Airsoft a permis Ă  des centaines de sites de courtage frauduleux de manipuler le marchĂ©, causant des pertes massives pour les investisseurs.

Du braquage chez les riches Marseillais au logiciel de l’arnaque au trading

Le 12 mai 2010, deux hommes cagoulĂ©s braquent un appartement marseillais. Le chauffeur qui les attend, 20 ans, s’appelle Rony Hadjedj. CondamnĂ© Ă  six ans de prison en 2012, il fuit en IsraĂ«l sous le nom de Jeremy Atlan et y devient faux courtier en options binaires et en CFD, un mĂ©tier que la presse israĂ©lienne surnomme « les loups de Tel-Aviv ».

2013 : les premiers sites visant les épargnants français

DĂšs fin 2013, Rony Hadjedj lance au moins cinq sites destinĂ©s Ă  la clientĂšle française, CEA Finance, Finanperf ou Golden Bank, pilotĂ©s par une coquille immatriculĂ©e Ă  Anguilla dont les Panama Papers rĂ©vĂ©leront qu’elle appartient Ă  sa propre mĂšre. En janvier 2015, l’AMF place ces courtiers sur liste noire, mais la justice ne donne pas suite aux plaintes des victimes.

« L’AutoritĂ© des MarchĂ©s Financiers (AMF) attire l’attention du public sur les activitĂ©s de CO&H Ltd, ainsi que sur celles de CEA FINANCE, FINANPERF, ANALYSIS FINANCE, GA FINANCE et FINANCE TRADITION et rappelle que ces entitĂ©s ne sont pas autorisĂ©es Ă  fournir des services d’investissement sur le territoire français.»

Source : AMf

Airsoft, l’entreprise familiale qui vendait une arnaque clĂ© en main

Fin 2014, Hadjedj voit plus grand et lance Airsoft, une plateforme logicielle pour faire tourner des courtiers frauduleux en marque blanche, montĂ©e en affaire de famille avec sa sƓur Amandine, propriĂ©taire sur le papier de la coquille qui encaisse l’essentiel des revenus. BasĂ© sur le papier Ă  Chypre et Hong Kong, Airsoft fait tourner en rĂ©alitĂ© une vingtaine d’employĂ©s Ă  Ramat Gan, sous la direction de Shay Benhamou, un Canado-IsraĂ©lien remplacĂ© en 2021 par CĂ©dric Halfon. Le logiciel, lui, permettait de « manipuler librement le marchĂ© », puisqu’il n’y avait « pas de trading au sens normal du terme ».

Un modÚle économique bùti sur la manipulation

Le modĂšle Ă©conomique Ă©tait limpide dans sa brutalitĂ©. Les courtiers reversaient Ă  Airsoft entre 5 et 8 % de leurs « dĂ©pĂŽts nets », un pourcentage direct sur les pertes des Ă©pargnants. Sur 2018-2023, plus de 440 sites ont utilisĂ© ce logiciel pour collecter 950 millions d’euros, dont 53 millions gardĂ©s en commissions. Amazon Web Services, qui hĂ©bergeait plusieurs de ces sites, a fini par prĂ©venir en 2021 qu’il « en avait assez ». Airsoft n’a pourtant pas coupĂ© les brokers concernĂ©s, leur offrant simplement une nouvelle enseigne.

Mafia, tueur à gages et impunité en Israël

Le personnage cultive un train de vie voyant et des frĂ©quentations Ă  l’avenant. L’EIC a Ă©tabli sa proximitĂ© avec le clan Jarushi, l’une des familles mafieuses les plus violentes du pays selon le Times of Israel. ArrĂȘtĂ© en 2016, il ressort pourtant libre, sans poursuites. En aoĂ»t 2022, un tueur Ă  gages tire trois balles sur son Audi, sans qu’il soit Ă  bord. MalgrĂ© ce signal, Airsoft continue de tourner en IsraĂ«l pendant encore un an.

Un employĂ© de bureau canadien et un procureur bavarois font tomber la tĂȘte du serpent

Mais il aura fallu deux hommes sans lien entre eux pour arrĂȘter la machine. Le premier, un Canadien que Mediapart appelle Travis P., perd 24 250 dollars en 2017 sur un site utilisant Airsoft. Il se met Ă  enquĂȘter seul, rĂ©pertorie plus de 500 sites utilisant le logiciel et alerte les rĂ©gulateurs d’une vingtaine de pays dĂšs 2017. Silence radio, jusqu’en 2023.

Le second homme, c’est Nino Goldbeck, procureur en chef Ă  Bamberg. En enquĂȘtant sur plusieurs rĂ©seaux de courtiers vĂ©reux, il dĂ©couvre qu’ils tournent tous sur la mĂȘme infrastructure et vise l’outil plutĂŽt que chaque site. Le 4 septembre 2023, la police israĂ©lienne perquisitionne le siĂšge d’Airsoft, dont le patrimoine est saisi. CĂ©dric Halfon, Shay Benhamou, Amandine et leur mĂšre finissent la journĂ©e en garde Ă  vue. Rony Hadjedj, absent du pays ce jour-lĂ , passe entre les mailles du filet.

L’extradition et le procùs de Shay Benhamou

Shay Benhamou est finalement extradĂ© depuis la France en 2024 et jugĂ© Ă  Bamberg en juin 2026. Selon Finance Magnates, il plaide finalement coupable de complicitĂ© de fraude et Ă©cope de quatre ans de prison. « J’ai honte, les gens ont Ă©tĂ© appĂątĂ©s par l’illusion des profits et ont tout perdu », dit-il Ă  l’audience. Rony Hadjedj, lui, reste en prison au Maroc, sa condamnation française de 2012 pour les braquages marseillais n’ayant jamais Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e.

De l’arnaque au trading Ă  l’arnaque crypto : le mĂȘme logiciel, un autre actif

Or, ce qui rend l’affaire Airsoft prĂ©cieuse pour un lecteur crypto, ce n’est pas seulement son ampleur, c’est son modĂšle. Le logiciel gĂ©rait indiffĂ©remment des paris sur des actions, des devises et des cryptomonnaies. La technologie ne se souciait pas de l’actif sous-jacent, seulement de savoir combien le client allait perdre. Selon le volet EIC relayĂ© par le Journal de MontrĂ©al, une partie de la rĂ©munĂ©ration du directeur gĂ©nĂ©ral Shay Benhamou Ă©tait d’ailleurs versĂ©e en bitcoins, jusqu’à 132 BTC, environ 14 millions de dollars selon leur conversion.

C’est exactement la logique qu’on retrouve aujourd’hui dans les arnaques crypto de type « pig butchering », oĂč de faux exchanges affichent de faux graphiques pendant que l’argent des victimes finit hors de tout marchĂ© rĂ©el. Airsoft n’a rien inventĂ©, il a industrialisĂ© le procĂ©dĂ©, support client et politique de « rebranding » compris. Le secteur crypto s’est contentĂ© de le redĂ©corer, faux tableaux de prix et influenceurs Telegram en plus.

L’autre leçon tient Ă  la stratĂ©gie judiciaire elle-mĂȘme. Pendant des annĂ©es, plaintes individuelles et listes noires n’ont rien changĂ©. Le Journal du Coin avait dĂ©jĂ  racontĂ© comment l’AMF peinait Ă  tenir le rythme face Ă  des communautĂ©s de victimes qui recensaient plus de plateformes que le rĂ©gulateur. Ce qui a fait tomber Airsoft, c’est une bascule de cible : le procureur Goldbeck s’en est pris au fournisseur d’infrastructure commun Ă  toutes les façades. Pour la premiĂšre fois, une autoritĂ© judiciaire frappait la « tĂȘte du serpent » plutĂŽt que ses innombrables Ă©cailles.

Une leçon pour la régulation crypto

Cette logique du « fournisseur unique » Ă  faire tomber pour assĂ©cher tout un Ă©cosystĂšme, la rĂ©gulation crypto la dĂ©couvre Ă  peine. Les poursuites amĂ©ricaines contre les mixeurs de cryptomonnaies ou les plateformes d’échange sans vĂ©rification d’identitĂ© procĂšdent du mĂȘme raisonnement. S’attaquer au tuyau plutĂŽt qu’à chaque robinet. Airsoft a opĂ©rĂ© pendant neuf ans avant qu’un procureur ne s’y attaque frontalement. Combien d’équivalents crypto tournent, aujourd’hui mĂȘme, avec la mĂȘme impunitĂ© ?

L’affaire Hadjedj n’est donc pas un simple fait divers israĂ©lo-marseillais. C’est le mode d’emploi, presque intĂ©gral, de la façon dont l’arnaque Ă  l’investissement s’est transformĂ©e en industrie logicielle. Et ce, bien avant que la crypto ne s’en empare Ă  son tour. Et la justice française, dans cette histoire, n’a jamais tenu le premier rĂŽle. Ni pour les braquages de 2010, toujours pas sanctionnĂ©s, ni pour les cinq premiers sites d’arnaque de 2013, blacklistĂ©s sans suite. La tĂȘte du serpent, en 2026, s’est fait attraper au Maroc par un procureur bavarois.

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La SEC ouvre 5 ans d’exemption pour les actions tokenisĂ©es on-chain (pas les synthĂ©tiques)

By: Le Journal Du Coin —
https://x.com/SECGov/status/2100571317128888364

Le verrou saute. La SEC a approuvĂ© une exemption temporaire autorisant l’échange d’actions amĂ©ricaines tokenisĂ©es sur des plateformes on-chain rĂ©gulĂ©es. Le pĂ©rimĂštre reste Ă©troit et la durĂ©e bornĂ©e Ă  cinq ans. MalgrĂ© tout, des titres cotĂ©s Ă  Wall Street peuvent dĂ©sormais s’échanger sous forme de tokens depuis le sol amĂ©ricain.

Coinbase, Kraken, Robinhood et le Nasdaq rĂ©clamaient ce feu vert depuis des mois. Paul Atkins en avait esquissĂ© le principe dĂšs l’étĂ© 2025, sous le nom d’« innovation exemption ». Il l’avait d’ailleurs prĂ©sentĂ© au moment de lancer son chantier Project Crypto.

Points clés

  • La SEC ouvre, pour cinq ans, le trading on-chain de titres amĂ©ricains via des plateformes agréées (TSV) et des teneurs de marchĂ© automatisĂ©s.
  • Coinbase, Kraken, Robinhood, Ondo et le Nasdaq attendaient ce feu vert, promis par Paul Atkins sous le nom d’« innovation exemption ».
  • Le marchĂ© des actions tokenisĂ©es est passĂ© de quelques dizaines de millions de dollars dĂ©but 2025 Ă  prĂšs de 2,8 milliards de dollars (au 17 septembre 2026), d’aprĂšs RWA.xyz.
  • La SIFMA rĂ©clamait un refus, tandis que la commissaire Hester Peirce maintient que les titres tokenisĂ©s restent des titres financiers.

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Actions tokenisées : ce que la SEC autorise vraiment

Une exemption ne réécrit pas la loi. Elle suspend l’application de certaines obligations, pour une durĂ©e dĂ©terminĂ©e et sous conditions, au profit d’acteurs identifiĂ©s. Le dispositif ne couvre pas l’ensemble des courtiers-nĂ©gociants et ATS. Il cible spĂ©cifiquement les Tokenized Securities Venues (TSV), des plateformes Ă  accĂšs permissionnĂ©. Elles nĂ©gocient via des teneurs de marchĂ© automatisĂ©s et des pools de liquiditĂ©, eux-mĂȘmes agréés. Un second volet exonĂšre ces teneurs de marchĂ©, dits « Covered Firms », de la dĂ©finition de dealer. ConcrĂštement, ils Ă©chappent Ă  ce statut lorsqu’ils interviennent avec leurs propres capitaux. Enfin, le texte de l’ordonnance fixe le reste : titres Ă©ligibles, plafonds d’encours, obligations d’information, rĂšgles de conservation, date d’extinction du rĂ©gime.

Deux façons de tokeniser une action

Un token adossĂ© Ă  une action Apple ne fait pas d’Apple une cryptomonnaie. ConcrĂštement, deux modĂšles coexistent aujourd’hui. Le premier repose sur un Ă©metteur tiers : il achĂšte le titre, le place en conservation et Ă©met un token adossĂ© un pour un. Par exemple, c’est le principe des xStocks, conçus par Backed et dĂ©ployĂ©s sur Solana. À l’inverse, le second inscrit le titre directement dans un registre blockchain, l’émetteur reconnaissant le porteur du token comme actionnaire. Le premier procure une exposition Ă©conomique avec rĂ©percussion des dividendes, sans droit de vote. Ici, le second promet les droits attachĂ©s Ă  l’action elle-mĂȘme et suppose que l’entreprise et son teneur de registre suivent.

L’exemption de la SEC ne couvre que ce second modĂšle. Les tokens synthĂ©tiques, comme les xStocks, qui rĂ©pliquent un cours sans droits d’actionnaire, restent donc hors du dispositif.

Le gain opĂ©rationnel, lui, se mesure sans thĂ©orie. Le rĂšglement prend quelques secondes, contre un cycle T+1 (livraison le lendemain) sur les marchĂ©s actions amĂ©ricains. La nĂ©gociation devient possible le week-end, et le fractionnement descend jusqu’au centiĂšme d’action. Enfin, il devient mĂȘme possible de dĂ©poser le titre en garantie dans un protocole DeFi. C’est cette derniĂšre brique qui intĂ©resse le plus les dĂ©veloppeurs, et qui inquiĂšte le plus les rĂ©gulateurs.

Wall Street on-chain : les plateformes déjà en ordre de bataille

Kraken a ouvert le bal en juin 2025, avec une soixantaine d’actions et d’ETF amĂ©ricains tokenisĂ©s. Pour l’heure, l’offre restait rĂ©servĂ©e Ă  sa clientĂšle hors des États-Unis.

Robinhood a lancĂ© la mĂȘme semaine son offre europĂ©enne. L’opĂ©ration a vite tournĂ© Ă  l’incident, avec des tokens censĂ©s suivre la valorisation d’OpenAI et de SpaceX. En retour, OpenAI avait publiquement dĂ©menti tout partenariat et rappelĂ© que ces tokens ne reprĂ©sentaient aucune part de son capital. De son cĂŽtĂ©, Ondo Finance a suivi Ă  l’automne avec plus d’une centaine de titres tokenisĂ©s, toujours fermĂ©s aux rĂ©sidents amĂ©ricains.

Le Nasdaq, de son cĂŽtĂ©, a dĂ©posĂ© une demande de modification de rĂšgles pour coter des versions tokenisĂ©es de titres dĂ©jĂ  listĂ©s. Le rĂšglement resterait assurĂ© par la DTCC, le dĂ©positaire central amĂ©ricain. Coinbase en a fait une prioritĂ© affichĂ©e depuis plus d’un an. De fait, la plateforme attendait prĂ©cisĂ©ment ce type d’exemption pour ouvrir le service Ă  ses clients amĂ©ricains.

Le marchĂ© des actions tokenisĂ©es reste modeste. Ainsi, il est passĂ© de quelques dizaines de millions de dollars dĂ©but 2025 Ă  prĂšs de 2,8 milliards de dollars au 17 septembre 2026, selon RWA.xyz. À l’échelle de l’ensemble des actifs rĂ©els tokenisĂ©s hors stablecoins, le total atteint environ 38,5 milliards de dollars.

🚹 TODAY: The SEC issued an order granting temporary, conditional exemptive relief to Tokenized Securities Venues from the definition of “exchange” in the Exchange Act to trade tokenized NMS stock using innovative permissioned automated market makers and liquidity pools. pic.twitter.com/VDi7Oty2d9

— U.S. Securities and Exchange Commission (@SECGov) September 17, 2026

Une exemption contestée jusque dans les rangs de la SEC

La SIFMA, principal lobby des banques et courtiers amĂ©ricains, avait demandĂ© Ă  la Commission de refuser toute dĂ©rogation de ce type. Son argument : laisser des plateformes crypto nĂ©gocier des actions hors du cadre des bourses nationales fabriquerait un marchĂ© parallĂšle. Du coup, ce marchĂ© offrirait moins d’obligations et une liquiditĂ© plus fragmentĂ©e. Sur le fond, l’association rĂ©clamait un dĂ©bat rĂ©glementaire complet plutĂŽt qu’une mesure d’exception.

Hester Peirce pilote, au sein de la SEC, le groupe de travail sur les actifs numĂ©riques. Elle avait posĂ© la limite dĂšs l’étĂ© 2025.

The innovation exemption is an actual thing: https://t.co/WRJu1704Sg

— Hester Peirce (@HesterPeirce) September 17, 2026

« Aussi puissante que soit la technologie blockchain, elle ne possĂšde pas le pouvoir magique de transformer la nature de l’actif sous-jacent. Les titres tokenisĂ©s restent des titres.»

Hester Peirce, commissaire de la SEC et responsable du groupe de travail sur les cryptoactifs

L’exemption ne contredit pas cette position, elle l’organise. Les tokens Ă©changĂ©s restent des titres financiers soumis au droit boursier amĂ©ricain. Identification des clients, obligations de reporting, responsabilitĂ© de l’intermĂ©diaire : rien ne change sur ce plan. En clair, le rĂ©gulateur accepte simplement que la technique d’enregistrement change. Il garde pour autant la main sur le robinet, grĂące Ă  une durĂ©e de validitĂ© limitĂ©e.

Le dossier du Nasdaq attend toujours sa dĂ©cision. C’est pourtant lui qui arbitrera l’échelle rĂ©elle de ce marchĂ©. D’un cĂŽtĂ© pĂšsent quelques centaines de millions de dollars d’expĂ©rimentation. De l’autre s’étalent les dizaines de milliers de milliards de dollars de la cote amĂ©ricaine. À terme, les donnĂ©es collectĂ©es pendant la pĂ©riode d’exemption serviront de matiĂšre premiĂšre Ă  la rĂšgle permanente. Dans les faits, la Commission l’a dĂ©jĂ  inscrite Ă  son agenda.

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Économie de guerre en Chine : quels risques pour Bitcoin et les marchĂ©s ?

By: Mattis Meichler —

PĂ©kin prĂ©pare son Ă©conomie au scĂ©nario du pire. À partir du 1er octobre, une nouvelle loi permettra Ă  la Chine de mobiliser beaucoup plus largement ses entreprises, ses infrastructures et ses ressources civiles afin d’assurer une « transition rapide entre paix et guerre ». DerriĂšre cette rĂ©forme historique se dessine une stratĂ©gie plus vaste : prĂ©parer le pays Ă  un conflit autour de TaĂŻwan, mais aussi aux sanctions, aux pĂ©nuries Ă©nergĂ©tiques et Ă  un possible cumul de crises mondiales.

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Polymarket – PrĂ©sidentielle 2027 : 128 M$ misĂ©s, bloquĂ© en France

By: Ering N. —
Polymarket - Présidentielle 2027 : 128 M$ misés, bloqué en France

Au 6 septembre 2026, le marchĂ© « Prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle française » de Polymarket affiche 128 026 232 dollars de volume Ă©changĂ©, selon les donnĂ©es publiques de la plateforme. C'est l'un des marchĂ©s politiques les plus actifs au monde, et il porte sur un scrutin qui n'aura lieu qu'en avril 2027. Dans le mĂȘme temps, ce marchĂ© est inaccessible depuis la France par voie lĂ©gale : l'AutoritĂ© nationale des jeux en a ordonnĂ© le blocage le 16 juillet 2026. Un objet financier construit sur la blockchain, une audience française rĂ©elle, et un rĂ©gulateur qui le qualifie de jeu d'argent illĂ©gal : le sujet n'est pas la course, c'est la mĂ©canique.

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Économie : La Chine injecte 54 milliards dans son systùme financier

By: Ben Canton —

360 milliards de yuans pour consolider le systĂšme financier chinois. PĂ©kin va injecter l’équivalent d’environ 54 milliards de dollars dans trois banques et cinq assureurs contrĂŽlĂ©s par l’État. PilotĂ©e par le ministĂšre chinois des Finances, l’opĂ©ration vise Ă  renforcer leurs fonds propres, leur capacitĂ© Ă  absorber les pertes et, Ă  terme, leur aptitude Ă  financer l’économie rĂ©elle. Sur les 360 milliards de yuans annoncĂ©s, 290 milliards iront aux banques et 70 milliards aux assureurs. Une recapitalisation massive dont les effets sur la liquiditĂ© et les actifs risquĂ©s, dont Bitcoin, resteront nĂ©anmoins indirects.

Points clés

  • Le ministĂšre chinois des Finances injecte 360 milliards de yuans, soit environ 54 milliards de dollars, dans des banques publiques et des assureurs d’État
  • 260 milliards de yuans vont Ă  ICBC et Agricultural Bank of China, 30 milliards Ă  l’Export-Import Bank of China
  • Avec un effet de levier de huit pour un, l’opĂ©ration peut adosser prĂšs de 2 300 milliards de yuans de crĂ©dit nouveau
  • La Chine dĂ©tient le premier agrĂ©gat M2 mondial, une variable que les analystes relient au cycle du Bitcoin avec deux Ă  trois mois de dĂ©calage
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Pékin recapitalise trois banques et cinq assureurs publics

Agricultural Bank of China doit lever jusqu’à 160 milliards de yuans grĂące Ă  une Ă©mission d’actions rĂ©servĂ©e au ministĂšre des Finances, Ă  China National Tobacco Corporation et Ă  certaines de ses filiales. ICBC, premiĂšre banque mondiale par la taille de son bilan, prĂ©voit une opĂ©ration similaire pouvant atteindre 100 milliards de yuans.

L’Export-Import Bank of China recevra pour sa part 30 milliards de yuans. Cette banque publique spĂ©cialisĂ©e finance notamment les exportateurs chinois et les projets considĂ©rĂ©s comme stratĂ©giques par PĂ©kin.

Les cinq assureurs concernĂ©s se partageront 70 milliards de yuans : China Life recevra 35 milliards, PICC jusqu’à 15 milliards, Sinosure 10 milliards, China Taiping 7 milliards et China Reinsurance 3 milliards.

Le ministĂšre chinois des Finances financera 300 milliards de yuans au moyen d’obligations souveraines spĂ©ciales. Le complĂ©ment proviendra notamment d’autres investisseurs publics.

Cette opĂ©ration prolonge une premiĂšre vague de recapitalisation de 500 milliards de yuans destinĂ©e Ă  quatre autres grandes banques d’État. Elle intervient alors que les Ă©tablissements chinois subissent la faiblesse de la demande de crĂ©dit, les difficultĂ©s persistantes de l’immobilier et l’érosion de leurs marges provoquĂ©e par la baisse des taux.

PĂ©kin va injecter l’équivalent d’environ 54 milliards de dollars dans trois banques et cinq assureurs contrĂŽlĂ©s par l’État. PilotĂ©e par le ministĂšre chinois des Finances, l’opĂ©ration vise Ă  renforcer leurs fonds propres, leur capacitĂ© Ă  absorber les pertes et, Ă  terme, leur aptitude Ă  financer l’économie rĂ©elle. Sur les 360 milliards de yuans annoncĂ©s, 290 milliards iront aux banques et 70 milliards aux assureurs. Une recapitalisation massive dont les effets sur la liquiditĂ© et les actifs risquĂ©s, dont Bitcoin, resteront nĂ©anmoins indirects.
La Chine va injecter 54 milliards de dollars dans son Ă©conomie via des banques et des assureurs – Source : Compte X

Quel effet sur le crédit chinois et Bitcoin ?

L’injection ne correspond pas Ă  une distribution directe d’argent aux mĂ©nages ou aux entreprises. Elle renforce d’abord le capital rĂ©glementaire des Ă©tablissements concernĂ©s, c’est-Ă -dire leur capacitĂ© Ă  absorber d’éventuelles pertes tout en respectant les ratios imposĂ©s aux banques et aux assureurs.

Elle peut nĂ©anmoins crĂ©er un puissant effet de levier. En retenant un ratio thĂ©orique de huit unitĂ©s d’actifs pour une unitĂ© de fonds propres, les 290 milliards de yuans attribuĂ©s aux banques pourraient soutenir jusqu’à environ 2 300 milliards de yuans d’actifs supplĂ©mentaires. Ce chiffre reprĂ©sente une capacitĂ© maximale, pas une prĂ©vision de nouveaux prĂȘts : encore faut-il que la demande existe et que les banques acceptent de prĂȘter.

Pour Bitcoin, le lien reste donc indirect. Une accĂ©lĂ©ration du crĂ©dit chinois pourrait alimenter la liquiditĂ© mondiale et favoriser les actifs risquĂ©s. Mais aucun des fonds annoncĂ©s n’est destinĂ© au marchĂ© crypto, dont le trading demeure interdit en Chine continentale.

Hong Kong offre certes des passerelles rĂ©glementĂ©es avec ses plateformes agréées et ses ETF Bitcoin et Ether au comptant. Cela ne permet toutefois pas d’affirmer que cette recapitalisation se transformera automatiquement en achats de cryptomonnaies. Le vĂ©ritable indicateur Ă  surveiller sera dĂ©sormais l’évolution du crĂ©dit bancaire chinois : sans reprise des prĂȘts, l’impact de ces 54 milliards de dollars restera principalement comptable.

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BRICS : Les CBDC au cƓur d’un nouveau projet de paiements transfrontaliers

By: Ghiles A. —
Illustration des BRICS rĂ©unis autour d’un projet de connexion des CBDC et des systĂšmes de paiement internationaux.

Les transferts d’argent entre pays restent un sujet central pour les BRICS. À Mumbai, le gouverneur de la Banque de rĂ©serve de l’Inde, Sanjay Malhotra, a indiquĂ© que plusieurs pistes Ă©taient Ă©tudiĂ©es pour faciliter ces opĂ©rations. Parmi elles figure la connexion des CBDC et des systĂšmes de paiement rapide. Les discussions restent toutefois Ă  leurs dĂ©buts. L’objectif avancĂ© concerne surtout la baisse des coĂ»ts. Cette rĂ©flexion intervient alors que l’Inde cherche aussi Ă  renforcer l’usage international de sa monnaie nationale.

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Fiscalité crypto en France : les 6 mesures de la proposition de loi Midy expliquées

By: Magali —

Les petits ruisseaux font les grandes riviĂšres. Un hackathon d’un week-end, une loi de la RĂ©publique. Six mesures, une seule proposition, et une bonne dizaine d’annĂ©es de frustrations fiscales et sĂ©curitaires enfin couchĂ©es sur le papier. La proposition n°3090, dĂ©posĂ©e le 23 juillet Ă  l’AssemblĂ©e nationale par le dĂ©putĂ© Paul Midy, entend aligner la fiscalitĂ© crypto française sur celle des actions, protĂ©ger les dirigeants menacĂ©s et ouvrir un nouveau canal de financement aux jeunes entreprises. Ce que la plupart des rĂ©sumĂ©s rĂ©duisent Ă  trois lignes tient en rĂ©alitĂ© en six articles bien distincts, chacun avec sa propre logique. Autant les dĂ©tailler correctement, texte officiel Ă  l’appui.

Les 6 mesures de la loi Midy :

  • Jetons de gouvernance : taxĂ©s Ă  la revente, pas Ă  l’attribution (rĂ©troactif au 1er janvier 2024)
  • Moins-values crypto reportables sur 10 ans, comme pour les actions
  • Paiements en crypto exonĂ©rĂ©s jusqu’à 1000€ par an
  • Adresse personnelle des dirigeants masquĂ©e dans les registres publics (amende 45 000€ en cas de non-conformitĂ©)
  • Frais de protection des dirigeants menacĂ©s pris en charge par l’entreprise, sans risque d’abus de biens sociaux (sous 4 conditions cumulatives)
  • RĂ©gime pilote DLT europĂ©en ouvert aux SAS, pour lever des fonds directement on-chain
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Un hackathon Ă  l’AssemblĂ©e, pas un cabinet ministĂ©riel

La proposition n°3090 est nĂ©e d’un format inhabituel : un hackathon lĂ©gislatif organisĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale par l’Adan, en prĂ©sence de Gabriel Attal et de Paul Midy. Le texte a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© le lendemain, dĂ©jĂ  cosignĂ© par 91 dĂ©putĂ©s.

Un hackathon, format habituellement rĂ©servĂ© aux dĂ©veloppeurs qui codent un prototype en 48 heures, appliquĂ© Ă  la rĂ©daction d’une proposition de loi. La mĂ©thode a un effet concret sur le rĂ©sultat. Les six mesures collent aux irritants remontĂ©s par des professionnels du secteur, pas Ă  une vision abstraite de la fiscalitĂ© crypto imaginĂ©e depuis un bureau parisien.

Il y a quelques semaines je participais Ă  un hackathon lĂ©gislatif Ă  l'AssemblĂ©e nationale, organisĂ© par l’@adan_asso avec @GabrielAttal et @midy_paul

Hier, à la suite de ces échanges une proposition de loi crypto a été portée par Paul Midy et cosignée par 91 députés
 pic.twitter.com/vhDgNs3crO

— Hasheur (@PowerHasheur) July 24, 2026

Les jetons de gouvernance, taxés à la revente et pas avant

PremiĂšre mesure, la plus technique : les jetons de gouvernance, ces tokens qui donnent un droit de vote sur le fonctionnement d’un protocole informatique. Le texte crĂ©e un nouvel article du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts pour les jetons attribuĂ©s en rĂ©compense d’une contribution documentĂ©e au dĂ©veloppement, Ă  la sĂ©curitĂ© ou Ă  la gouvernance d’un protocole. Contrairement Ă  une lecture rapide, il ne s’agit pas d’exonĂ©rer tous les airdrops distribuĂ©s au grand public.

La mesure vise spĂ©cifiquement les jetons de contributeurs, dĂ©veloppeurs ou mainteneurs, taxĂ©s seulement au moment de leur revente effective et non dĂšs leur rĂ©ception. Simple sur le papier. Elle s’appliquerait rĂ©troactivement aux attributions depuis le 1er janvier 2024, ce qui rĂšgle au passage plusieurs annĂ©es de zone grise pour les contributeurs open source dĂ©jĂ  rĂ©munĂ©rĂ©s en tokens.

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Moins-values et paiements courants, le service minimum du bon sens

DeuxiĂšme chantier, les moins-values. Un investisseur crypto qui perd de l’argent sur une annĂ©e ne peut aujourd’hui reporter cette perte sur des gains futurs. Un porteur d’actions, lui, le peut sur dix ans. La proposition copie ce rĂ©gime dĂ©jĂ  existant pour les valeurs mobiliĂšres, une mesure qui ne coĂ»te rien Ă  l’État en rĂ©gime de croisiĂšre puisqu’elle lisse dans le temps une fiscalitĂ© dĂ©jĂ  due.

TroisiĂšme chantier, une exonĂ©ration des paiements en cryptoactifs jusqu’à 1000 euros par an pour l’achat de biens ou de services. De quoi encourager l’usage des cryptos dans l’économie rĂ©elle plutĂŽt que comme simple rĂ©serve de valeur, un objectif que la loi PACTE de 2019 n’avait pas atteint malgrĂ© la crĂ©ation du statut de PSAN (prestataire de services sur actifs numĂ©riques).

Protection des dirigeants, la loi rattrape une réalité sécuritaire

Le texte ne s’arrĂȘte pas Ă  la fiscalitĂ©. L’exposĂ© des motifs s’appuie sur un chiffre qui justifie Ă  lui seul deux articles entiers. La France est devenue le premier pays d’Europe pour les violences physiques visant des dĂ©tenteurs de cryptoactifs, avec plus d’une quarantaine d’enlĂšvements, tentatives d’enlĂšvement ou sĂ©questrations recensĂ©s depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2026, soit environ un cas tous les deux jours et demi.

Face Ă  ce constat, l’article 4 impose le masquage de l’adresse personnelle des dirigeants dans les registres dĂ©matĂ©rialisĂ©s, Ă  l’exception du code postal, sous peine d’une amende de 45 000 euros pour les opĂ©rateurs qui ne s’y conforment pas. L’article 5 touche Ă  un point de droit plus fin. Il exclut du champ de l’abus de biens sociaux la prise en charge, par l’entreprise, des frais de protection personnelle d’un dirigeant menacĂ©, ainsi que de son conjoint, partenaire pacsĂ©, concubin, ascendants, descendants ou fratrie, sous quatre conditions cumulatives : une menace avĂ©rĂ©e et liĂ©e Ă  la fonction, une dĂ©pense proportionnĂ©e, une autorisation prĂ©alable de l’organe social compĂ©tent, et une documentation conservĂ©e pour contrĂŽle. De quoi lever un flou juridique qui dissuadait certaines entreprises de financer la sĂ©curitĂ© de leurs dirigeants par crainte de s’exposer elles-mĂȘmes Ă  des poursuites.

Le DLT pilot regime, la mesure que personne ne commente

Dernier volet, et sans doute le moins commentĂ© du texte. L’article 6 ouvre aux sociĂ©tĂ©s par actions simplifiĂ©es (SAS) l’accĂšs au rĂ©gime pilote europĂ©en applicable aux infrastructures de marchĂ© fondĂ©es sur la technologie des registres distribuĂ©s (DLT), prĂ©vu par le rĂšglement europĂ©en 2022/858. ConcrĂštement, une SAS pourrait Ă©mettre des titres financiers exclusivement via une infrastructure DLT, un format aujourd’hui rĂ©servĂ© Ă  d’autres formes sociales.

Le lĂ©gislateur affiche un objectif simple, faciliter le financement des petites et moyennes entreprises innovantes. La SAS est le statut juridique le plus rĂ©pandu chez les startups françaises, crypto ou non, ce qui explique le choix de cette forme sociale plutĂŽt qu’une autre. Une mesure technique, presque invisible dans les rĂ©sumĂ©s du texte, mais qui pourrait peser lourd pour une SAS crypto en levĂ©e de fonds.

Le vote, pas le texte, sera le vrai test

Le calendrier compte aussi. Un texte dĂ©posĂ© fin juillet ne sera pas discutĂ© avant septembre, mais ce dĂ©lai laisse le temps aux commissions de l’examiner et aux cosignataires de se multiplier avant que l’agenda budgĂ©taire de la rentrĂ©e, 2027 en tĂȘte, ne prenne toute la place. Le prĂ©cĂ©dent le plus proche donne une idĂ©e du chemin qui reste Ă  parcourir. En avril, un article similaire visant Ă  taxer les wallets non hĂ©bergĂ©s au-delĂ  de 5000 euros avait Ă©tĂ© rejetĂ© en commission mixte paritaire, Ă  la faveur d’un lobbying assumĂ© du secteur. Le texte intĂ©gral de la proposition n°3090 est consultable sur le site de l’AssemblĂ©e nationale, avec l’exposĂ© des motifs complet et la liste des 91 signataires.

L’écosystĂšme crypto français ne se contente plus de rĂ©agir aux textes qui le menacent. Il en Ă©crit dĂ©sormais lui-mĂȘme, dans une salle de l’AssemblĂ©e nationale plutĂŽt que dans un cabinet d’avocats. La suite se joue en commission des finances, dans la continuitĂ© directe des dĂ©bats sur la fiscalitĂ© des wallets qui avaient occupĂ© le secteur en avril, la derniĂšre fois qu’un texte crypto est passĂ© aussi prĂšs du vote avant d’ĂȘtre recalĂ©.

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2,2 milliards de gains en 2025 pour Donald Trump : Ce sénateur réclame un bureau anti-corruption

By: Magali —

L’argent n’a pas d’odeur. Le chiffre est connu depuis fin juin, mais c’est la riposte politique d’hier qui le remet sur le devant de la scĂšne. Le 30 juillet, le sĂ©nateur dĂ©mocrate Chuck Schumer, Ă©paulĂ© par son collĂšgue Alex Padilla, a dĂ©gainĂ© un projet de loi taillĂ© sur mesure pour un seul homme : Donald Trump, dont la dĂ©claration financiĂšre 2025 affiche plus de deux milliards de dollars de revenus personnels, l’essentiel provenant de tokens qu’il a lui-mĂȘme contribuĂ© Ă  lancer.

La dĂ©claration en elle-mĂȘme dĂ©taille des gains qui dĂ©passent largement tout ce qu’un prĂ©sident amĂ©ricain a jamais rĂ©vĂ©lĂ©, et remet en pleine lumiĂšre son implication directe dans l’écosystĂšme crypto. Mais c’est bien le texte de Schumer, un mois plus tard, qui transforme ce chiffre en actualitĂ© brĂ»lante.

Les points clés de cet article :
  • Chuck Schumer a proposĂ© une loi en rĂ©ponse aux revenus extraordinaires de Donald Trump liĂ©s aux cryptomonnaies.
  • La dĂ©claration financiĂšre de Trump a rĂ©vĂ©lĂ© plus de 2,2 milliards de dollars de revenus pour 2025, dont une grande partie provient de tokens numĂ©riques.

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Une fortune personnelle bùtie sur les tokens présidentiels

Selon le Washington Post, la déclaration financiÚre de Trump fait état de plus de 2,2 milliards de dollars de revenus pour 2025, dont plus de 1,4 milliard provenant directement de cryptomonnaies, de tokens numériques et de partenariats liés.

Une part substantielle vient de World Liberty Financial, le projet crypto cofondé par la famille Trump, qui lui aurait rapporté plus de 580 millions de dollars sur la seule année écoulée.

À cela s’ajoutent les ventes rĂ©alisĂ©es par World Liberty Financial elle-mĂȘme, chiffrĂ©es Ă  plus de 594 millions de dollars. La famille Trump contrĂŽle aujourd’hui 60 % des parts financiĂšres du projet et dĂ©tient une crĂ©ance sur 75 % des revenus nets tirĂ©s de la vente de ses tokens.

Un montage qui transforme, de fait, la prĂ©sidence en un accĂ©lĂ©rateur direct de fortune personnelle, sans grand prĂ©cĂ©dent dans l’histoire politique amĂ©ricaine.

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Schumer dégaine un bureau anti-corruption inédit

La rĂ©plique politique n’a pas tardĂ©, mĂȘme si elle arrive un mois aprĂšs la dĂ©claration elle-mĂȘme : c’est ce dĂ©lai, et surtout la date du texte, le 30 juillet, qui explique pourquoi le dossier revient sur le devant de la scĂšne. Le sĂ©nateur dĂ©mocrate Chuck Schumer, avec son collĂšgue Alex Padilla, a prĂ©sentĂ© l’Anti-Corruption Bureau Creation Act, un texte qui crĂ©erait le premier bureau fĂ©dĂ©ral indĂ©pendant entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  traquer la corruption au sein de l’exĂ©cutif.

Le texte cite explicitement les plus de 2 milliards de revenus dĂ©clarĂ©s par Trump en 2025, dont 1,4 milliard liĂ© Ă  la crypto, ainsi qu’un fonds crypto familial dotĂ© de plus d’un milliard de dollars et liĂ© Ă  des gouvernements Ă©trangers.

D’aprĂšs le communiquĂ© officiel du bureau du leader dĂ©mocrate au SĂ©nat, ce nouveau bureau remplacerait purement et simplement l’Office of Government Ethics, la Federal Election Commission et l’Office of Special Counsel, avec pour mission de rĂ©cupĂ©rer les sommes captĂ©es par un prĂ©sident ou son entourage via la corruption.

Un projet ambitieux, mais qui n’a, Ă  ce stade, aucune chance rĂ©elle d’avancer dans un SĂ©nat oĂč les RĂ©publicains gardent la main sur l’agenda lĂ©gislatif.

Un symbole plus qu’un vrai risque juridique immĂ©diat

Ce texte ne changera rien Ă  court terme : Trump n’a rien fait d’illĂ©gal au regard du droit actuel, et il l’a lui-mĂȘme revendiquĂ© publiquement. C’est bien tout le problĂšme que pointe Schumer, un cadre juridique qui n’a jamais anticipĂ© qu’un prĂ©sident puisse Ă  ce point mĂ©langer fonction publique et activitĂ© crypto lucrative personnelle.

L’épisode illustre une tension de fond que l’écosystĂšme crypto n’a pas fini de payer politiquement : plus les liens entre pouvoir exĂ©cutif et tokens personnels se resserrent, plus la rĂ©gulation du secteur tout entier risque d’ĂȘtre perçue, Ă  tort ou Ă  raison, comme tĂ©lĂ©guidĂ©e par des intĂ©rĂȘts privĂ©s plutĂŽt que par l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

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Élections amĂ©ricaines : Ripple et Coinbase dĂ©pensent des millions de dollars pour soutenir leurs candidats

By: Le Journal Du Coin —

189 millions de dollars posĂ©s sur la table. À l’approche des Ă©lections amĂ©ricaines de mi-mandat de novembre 2026, les entreprises arrosent la classe politique, et l’industrie de la cryptomonnaie mĂšne la danse. Selon un rapport de l’ONG Public Citizen, Ripple, Coinbase et Crypto.com ont, Ă  eux seuls, injectĂ© des sommes colossales pour soutenir les candidats jugĂ©s favorables au secteur.

Points clés

  • La crypto arrive en tĂȘte des dĂ©penses des entreprises avec 189 millions de dollars, soit 37 % du total
  • Ripple (49,6 M$), Crypto.com (38,6 M$) et Coinbase (35,2 M$) mĂšnent la liste des contributeurs
  • Le super PAC Fairshake, fondĂ© par Ripple, a rĂ©coltĂ© 82,6 millions de dollars de contributions liĂ©es Ă  la crypto
  • Public Citizen rĂ©clame une rĂ©forme du financement des campagnes pour limiter le pouvoir des super PAC
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La crypto en tĂȘte des dĂ©penses politiques avec 189 millions de dollars

Le rapport de Public Citizen, une organisation qui milite pour plus de transparence dans la vie politique, s’appuie sur les donnĂ©es de la Commission Ă©lectorale fĂ©dĂ©rale et d’OpenSecrets, organisme qui piste les flux financiers entre le monde des affaires et celui de la politique. Verdict : la cryptomonnaie arrive en tĂȘte avec 189 millions de dollars engagĂ©s pour peser sur ce cycle Ă©lectoral, soit environ 37 % des 517 millions dĂ©pensĂ©s par l’ensemble des entreprises.

Dans le détail, Ripple ouvre le bal avec 49,6 millions de dollars, suivi de Crypto.com (38,6 millions) et de Coinbase (35,2 millions). Viennent ensuite des entités liées à Gemini et à ses fondateurs, les jumeaux Tyler et Cameron Winklevoss, à hauteur de 25,7 millions de dollars.

À eux quatre, ces poids lourds totalisent prĂšs de 149 millions de dollars. Loin derriĂšre, l’intelligence artificielle et la Big Tech pĂšsent 60 millions, les paris en ligne 45,6 millions. Ces trois secteurs concentrent 57 % des dĂ©penses des entreprises pour la pĂ©riode.

Fairshake, les super PAC et la colĂšre de Public Citizen

Principaux bĂ©nĂ©ficiaires de cette manne : les super PAC (Political Action Committees), ces comitĂ©s d’action politique autorisĂ©s Ă  recevoir des dons illimitĂ©s d’entreprises ou de particuliers pour soutenir un candidat ou une cause. CĂŽtĂ© crypto, un nom domine, Fairshake, fondĂ© par Ripple et alimentĂ© par Coinbase, Gemini et d’autres acteurs du secteur.

Fairshake a rĂ©coltĂ© 82,6 millions de dollars de contributions liĂ©es Ă  la crypto. L’argent a financĂ© des Ă©lus favorables Ă  une rĂ©gulation claire du secteur, du dĂ©mocrate Jon Tester au rĂ©publicain Mike Braun. Le super PAC MAGA Inc., proche de Donald Trump, a de son cĂŽtĂ© touchĂ© 56,2 millions de dollars en provenance de Fairshake.

Public Citizen dĂ©nonce un mĂ©canisme qui laisse les entreprises orienter la politique Ă  coups de millions. L’organisation rĂ©clame une rĂ©forme du financement des campagnes pour brider le pouvoir des super PAC, et une traçabilitĂ© renforcĂ©e sur l’origine et la destination des fonds versĂ©s.

La rĂ©glementation Ă©volue, et de nombreux utilisateurs cherchent dĂ©sormais une nouvelle plateforme pour poursuivre leurs activitĂ©s crypto dans de bonnes conditions. Avec OKX, profitez d’une offre dĂ©diĂ©e aux lecteurs du Journal du Coin : jusqu’à 400 € en Bitcoin, 8 % de bonus sur vos dĂ©pĂŽts et un VIP Pass.
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DĂ©troit d’Ormuz fermĂ© Ă  nouveau : a quoi s’attendre sur les marchĂ©s ?

By: Mattis Meichler —

L'Iran a annoncé ce samedi une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz. Cela pourrait avoir un impact majeur sur l'économie mondiale.

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Economie : La Banque de France revoit à la baisse sa prévision de croissance pour 2026

By: Ben Canton —

Pas en rĂ©cession, mais
 La Banque de France rĂ©vise Ă  la baisse ses projections Ă©conomiques nationales pour l’annĂ©e 2026. Selon le rapport macroĂ©conomique publiĂ© le 16 juin, l’institution anticipe dĂ©sormais une croissance du produit intĂ©rieur brut (PIB) limitĂ©e Ă  0,5 %, contre 0,9 % initialement prĂ©vu lors des estimations de mars. Ce flĂ©chissement s’explique par les tensions gĂ©opolitiques au Moyen-Orient et par le repli de 0,1 % de l’activitĂ© constatĂ© au premier trimestre. MalgrĂ© ce net ralentissement de l’activitĂ©, l’analyse Ă©carte le scĂ©nario d’une rĂ©cession prolongĂ©e au profit d’une phase de stagnation temporaire, mais on n’est franchement pas loin


Points clés

  • La Banque de France ramĂšne sa prĂ©vision de croissance 2026 de 0,9 % Ă  0,5 %
  • Le conflit au Moyen-Orient et la hausse du pĂ©trole pĂšsent sur l’économie française
  • Le dĂ©ficit budgĂ©taire devrait atteindre 4,9 % du PIB, contre 4,7 % prĂ©vu
  • L’inflation pourrait grimper jusqu’à 2,5 % et rogner le pouvoir d’achat

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Facteurs du ralentissement et pressions inflationnistes

Le conflit international pĂšse directement sur les coĂ»ts d’approvisionnement, provoquant une remontĂ©e notable des prix des hydrocarbures. L’indice des prix Ă  la consommation harmonisĂ© devrait ainsi atteindre une moyenne annuelle de 2,5 % en 2026, marquant une rĂ©vision Ă  la hausse de 0,8 point par rapport aux projections antĂ©rieures.

Cette augmentation des prix de l’énergie et des transports comprime la consommation des mĂ©nages, qui progresse Ă  un rythme modĂ©rĂ© de 0,2 % cette annĂ©e. Face Ă  ces incertitudes, les entreprises manifestent un certain attentisme, limitant le redressement de leurs investissements Ă  seulement 0,5 %.

Les modĂšles de prĂ©vision intĂšgrent ces chocs Ă©nergĂ©tiques majeurs, tout en excluant les retombĂ©es potentielles des rĂ©centes discussions diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran. La faiblesse des exportations au cours des premiers mois de l’annĂ©e contribue Ă©galement Ă  rĂ©duire la contribution du commerce extĂ©rieur Ă  la richesse nationale.

La persistance de ces facteurs de blocage maintient l’activitĂ© du deuxiĂšme trimestre Ă  un niveau quasi nul, confirmant le manque de dynamisme de la demande intĂ©rieure globale.

La Banque de France révise à la baisse ses projections économiques nationales pour l'année 2026. Selon le rapport macroéconomique publié le 16 juin, l'institution anticipe désormais une croissance du produit intérieur brut (PIB) limitée à 0,5 %, contre 0,9 % initialement prévu lors des estimations de mars. Ce fléchissement s'explique par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et par le repli de 0,1 % de l'activité constaté au premier trimestre. Malgré ce net ralentissement de l'activité, l'analyse écarte le scénario d'une récession prolongée au profit d'une phase de stagnation temporaire, mais on n'est franchement pas loin...
La Banque de France publie ses donnĂ©es pour l’annĂ©e 2026 et elles ne sont pas trĂšs bonne pour l’économie – Source : Compte X

ConsĂ©quences budgĂ©taires et perspectives sur l’emploi en France

Cette rĂ©vision Ă  la baisse engendre des rĂ©percussions immĂ©diates sur les comptes publics, entraĂźnant un creusement du dĂ©ficit budgĂ©taire estimĂ© Ă  0,2 point de PIB, soit l’équivalent de 6 milliards d’euros. Le gouvernement adapte sa gestion financiĂšre en annonçant un plan d’économies de structure d’un montant comparable afin de compenser les pertes de recettes fiscales.

ParallĂšlement, la trajectoire d’endettement poursuit sa progression pour s’établir Ă  un niveau supĂ©rieur aux moyennes de la zone euro. Les services de l’État s’efforcent ainsi de stabiliser les Ă©quilibres macroĂ©conomiques dans un contexte de durcissement des conditions financiĂšres.

Sur le marchĂ© du travail, l’impact du ralentissement demeure mesurĂ© grĂące Ă  une rĂ©silience relative des secteurs de l’industrie et des services. Le taux de chĂŽmage s’établit Ă  8,1 % au premier trimestre, affichant une hausse marginale avant une stabilisation progressive attendue pour l’annĂ©e suivante.

Enfin, l’inflation sous-jacente, qui exclut les Ă©lĂ©ments volatils comme l’énergie et l’alimentation, se maintient Ă  1,6 %, ce qui indique l’absence de spirale inflationniste structurelle au sein de l’économie nationale.

L’ajustement des prĂ©visions par la Banque de France met en lumiĂšre la dĂ©pendance de l’économie nationale vis-Ă -vis des chocs gĂ©opolitiques extĂ©rieurs. La maĂźtrise du dĂ©ficit public dĂ©pend dĂ©sormais de l’application rigoureuse des coupes budgĂ©taires programmĂ©es par l’exĂ©cutif. Les mois qui arrivent s’annoncent compliquĂ©s pour un gouvernement Lecornu sans majoritĂ© qui aura bien du mal Ă  faire passer de nouvelles Ă©conomies ou de nouvelles taxes Ă  des Français dĂ©jĂ  pressurisĂ©s par les hausses de prix et les prĂ©lĂšvements obligatoires.

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L'Iran abat un hĂ©licoptĂšre amĂ©ricain – les marchĂ©s plongent, le Bitcoin sous pression

By: Alex Griset —

Coup de tonnerre sur les marchĂ©s ce 9 juin. Donald Trump affirme que l’Iran a abattu un hĂ©licoptĂšre Apache amĂ©ricain au-dessus du dĂ©troit d’Ormuz. Wall Street dĂ©croche et le pĂ©trole s’envole. Tour d'horizon.

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BlackRock redoute un rebond de l’inflation portĂ© par le pĂ©trole

By: Mikaia A. —
Monstre pĂ©trolier gĂ©ant envahissant le quartier financier, investisseurs paniquĂ©s en fuite, tandis qu’un Bitcoin brisĂ© gĂźt au sol.

Pendant que Trump joue les gros bras, BlackRock flaire le mauvais coup. Pétrole, inflation, bitcoin : la trilogie qui peut tout faire sauter.

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L’or et l’argent reculent malgrĂ© l’inflation et la guerre au Moyen-Orient

By: Mikaia A. —
Investisseur sidĂ©rĂ© observant l’or et l’argent fissurĂ©s s’effondrer malgrĂ© la guerre, symbole d’une perte inattendue des refuges.

L’or devait briller sous les bombes, l’argent devait jouer les gardes du corps. RatĂ© : la Fed sort son gourdin, les marchĂ©s vendent tout, et bitcoin prend aussi sa gifle.

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Trump relance la demande d’audit des 6 000 tonnes d’or de Fort Knox

By: Fenelon L. —
EnquĂȘte spectaculaire Ă  Fort Knox avec Trump, lingots d’or empilĂ©s, agent arrĂȘtĂ©, gardes armĂ©s, audit financier sous haute tension politique et sĂ©curitaire.

Fin mai 2026, le FBI a saisi 303 lingots d'or d'une valeur d'environ 40 millions de dollars au domicile de David Rush, un ancien haut responsable de la CIA. Donald Trump a saisi l'occasion pour relancer publiquement son appel à un audit physique des réserves d'or américaines. Le coffre-fort le plus célÚbre du monde est-il vraiment plein ?

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Les cours du pĂ©trole chutent aprĂšs un signal d’apaisement entre les États-Unis et l’Iran

By: Ben Canton —

This is the end ? Les marchĂ©s du pĂ©trole affichent un repli marquĂ© ce lundi 25 mai sous l’effet des perspectives d’apaisement gĂ©opolitique au Moyen-Orient. Le baril de Brent de la mer du Nord enregistre une baisse d’environ 5 % pour s’établir autour de 98,30 dollars, tandis que la rĂ©fĂ©rence amĂ©ricaine, le West Texas Intermediate (WTI), recule vers le seuil des 92 dollars. Cette dĂ©tente des cours dĂ©coule directement de l’avancement des discussions diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran, qui laisse entrevoir une possible augmentation de l’offre mondiale. Les investisseurs intĂšgrent dĂ©sormais la possibilitĂ© d’une rĂ©solution ordonnĂ©e, ce qui limite les stratĂ©gies spĂ©culatives Ă  la hausse.

Les points clés de cet article :
  • Les marchĂ©s pĂ©troliers ont subi un repli marquĂ© en raison de perspectives d’apaisement gĂ©opolitique au Moyen-Orient, avec une baisse notable du baril de Brent et du West Texas Intermediate.

  • Les discussions diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran laissent entrevoir une augmentation potentielle de l’offre mondiale, influençant ainsi les stratĂ©gies spĂ©culatives des investisseurs.

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Les paramĂštres des nĂ©gociations diplomatiques et l’enjeu d’Ormuz

La dynamique baissiĂšre s’alimente de dĂ©clarations officielles qualifiant les Ă©changes en cours de constructifs. L’administration amĂ©ricaine Ă©voque un progrĂšs significatif dans l’élaboration d’un accord-cadre, mĂȘme si les autoritĂ©s prĂ©cisent qu’aucun texte n’est encore finalisĂ©. Le prĂ©sident amĂ©ricain a notamment indiquĂ© qu’il n’entendait pas prĂ©cipiter la conclusion des discussions, estimant que la position de son pays restait favorable.

Les sanctions et le blocus maritime en vigueur s’appliqueront de fait jusqu’à la certification et la signature d’un compromis dĂ©finitif. L’enjeu technique majeur de ces discussions repose sur la rĂ©ouverture du dĂ©troit d’Ormuz, une voie maritime stratĂ©gique par laquelle circule habituellement prĂšs de 20 % de la production pĂ©troliĂšre mondiale.

Un mĂ©morandum d’entente pourrait d’ailleurs formaliser la libertĂ© de navigation dans cette zone, en contrepartie d’un dĂ©gel partiel des avoirs iraniens et d’une levĂ©e progressive des restrictions Ă©conomiques. NĂ©anmoins, des points de divergence notables subsistent, en particulier sur le volet du programme nuclĂ©aire et sur la nature des inspections requises par Washington. La validation interne par le pouvoir exĂ©cutif Ă  TĂ©hĂ©ran pourrait par ailleurs nĂ©cessiter un dĂ©lai de plusieurs jours.

Les marchĂ©s du pĂ©trole affichent un repli marquĂ© ce lundi 25 mai sous l'effet des perspectives d'apaisement gĂ©opolitique au Moyen-Orient. Le baril de Brent de la mer du Nord enregistre une baisse d'environ 5 % pour s'Ă©tablir autour de 98,30 dollars, tandis que la rĂ©fĂ©rence amĂ©ricaine, le West Texas Intermediate (WTI), recule vers le seuil des 92 dollars. Cette dĂ©tente des cours dĂ©coule directement de l'avancement des discussions diplomatiques entre les États-Unis et l'Iran, qui laisse entrevoir une possible augmentation de l'offre mondiale. Les investisseurs intĂšgrent dĂ©sormais la possibilitĂ© d'une rĂ©solution ordonnĂ©e, ce qui limite les stratĂ©gies spĂ©culatives Ă  la hausse.
La Maison-Blanche semble optimiste sur une sortie de crise dans le conflit en Iran – Source : Compte X

PĂ©trole : Les implications structurelles et l’attente des marchĂ©s

Cette réévaluation des cours modifie les perspectives d’approvisionnement des pays importateurs de pĂ©trole Ă  moyen terme. Les marchĂ©s anticipent qu’une stabilisation de la zone gĂ©ographique permettrait un retour rĂ©gulier des volumes exportĂ©s, ce qui attĂ©nuerait les tensions sur les capacitĂ©s de raffinage occidentales. Pour les Ă©conomies europĂ©ennes, et notamment pour le marchĂ© français, ce repli du brut offre une possibilitĂ© de stabilisation des prix des carburants Ă  la pompe, bien que l’effet ne soit pas immĂ©diat en raison des dĂ©lais de stockage.

La dĂ©pendance des cours vis-Ă -vis des facteurs gĂ©opolitiques confirme cependant le caractĂšre incertain des prĂ©visions Ă©nergĂ©tiques pour le reste de l’annĂ©e. Les analystes soulignent que l’absence d’un calendrier prĂ©cis pour la signature finale maintient une volatilitĂ© latente.

Le comportement des autres pays producteurs de pĂ©trole, notamment au sein de l’OPEP+, constituera un autre facteur dĂ©terminant pour l’équilibre global si l’offre iranienne venait Ă  se rĂ©intĂ©grer pleinement dans les circuits officiels.

Les fluctuations observĂ©es en ce dĂ©but de semaine illustrent la sensibilitĂ© des marchĂ©s Ă©nergĂ©tiques aux signaux de dĂ©tente internationale. La baisse du Brent sous la barre des 100 dollars montre que les craintes d’une rupture prolongĂ©e de l’approvisionnement s’estompent au profit d’une approche plus pragmatique des flux commerciaux. Si un accord-cadre se dessine pour garantir la sĂ©curitĂ© des voies maritimes, la rĂ©solution des questions de fond sur le dossier nuclĂ©aire exigera probablement de longues phases de vĂ©rification. La pĂ©rennitĂ© de ce reflux des prix dĂ©pendra donc de la transformation de ces dĂ©clarations d’intention en engagements contractuels vĂ©rifiables.

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☐ ☆ ✇ Comprendre la cryptomonnaie

L’individu souverain, la technique et le nouveau Moyen Âge

By: Ludovic Lars —

J’ai rĂ©cemment participĂ© Ă  la traduction en français du livre The Sovereign Individual, qui sort ce vendredi 15 mai chez Konsensus Network sous le titre L’Individu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă  l’effondrement de l’État-providence. Cet ouvrage, coĂ©crit en 1997 par William Rees-Mogg et James Dale Davidson, est un texte de prospective, emblĂ©matique par les prĂ©dictions qu’il faisait sur les consĂ©quences politiques de la rĂ©volution numĂ©rique, alors balbutiante Ă  l’époque. Riche en contexte historique et long de quatre-cents pages, il apporte des Ă©lĂ©ments de rĂ©flexion qui n’ont pas vieilli aujourd’hui.

William Rees-Mogg Ă©tait un lord anglais et avait Ă©tĂ© Ă©diteur du Times de 1967 Ă  1981. James Dale Davidson Ă©tait un investisseur amĂ©ricain. Au moment de la publication initiale du livre, les deux hommes gĂ©raient une lettre d’information financiĂšre depuis 1984. Ils avaient alors dĂ©jĂ  publiĂ© deux livres Ă  succĂšs (Blood in the Streets en 1987 et The Great Reckoning en 1993), oĂč ils formulaient dĂ©jĂ  des prĂ©dictions, notamment sur le monde financier et la gĂ©opolitique. L’Individu Souverain constituait pour eux un parachĂšvement de leur vision de l’avenir.

Dans cet ouvrage, ils soutenaient qu’une nouvelle phase de l’histoire de l’humanitĂ© s’ouvrait — l’ùre de l’information — et qu’elle allait permettre aux individus de s’émanciper du joug des États-nations. Revenant sur l’histoire de l’humanitĂ©, du nĂ©olithique Ă  l’époque moderne en passant par le Moyen Âge, ils examinaient les dynamiques rĂ©gissant l’évolution politico-Ă©conomique du monde. Ils mettaient en avant le caractĂšre libĂ©rateur du progrĂšs technique, et prĂ©disaient en particulier l’émergence d’une monnaie numĂ©rique Ă©chappant au contrĂŽle Ă©tatique, chose qui se matĂ©rialiserait avec Bitcoin au dĂ©but des annĂ©es 2010.

Aux États-Unis, le livre s’est rapidement popularisĂ© dans les cercles libertariens, grĂące au portrait peu flatteur qu’il faisait des États centralisĂ©s et des idĂ©ologies qui les soutenaient. Il s’est aussi diffusĂ© dans la Silicon Valley, en raison du point de vue techno-optimiste des auteurs. Il a plus tard connu un succĂšs croissant au sein de la communautĂ© de Bitcoin (et du milieu des cryptomonnaies en gĂ©nĂ©ral), inspirant notamment Francis Pouliot, Jameson Lopp ou Naval Ravikant. En France, il est aujourd’hui mis en avant par le mĂ©dia indĂ©pendant Le Bunker, par la plateforme Zone Franche, et par l’infopreneur Olivier Roland, qui a Ă©crit son propre livre sur le sujet.

À l’heure oĂč la stabilitĂ© de l’ordre mondial est remise en question et oĂč les États deviennent de plus en plus autoritaires, la thĂšse de l’individu souverain est plus que jamais d’actualitĂ©. Cet article constitue une analyse et une critique de cette thĂšse. Le progrĂšs technique va-t-il nous libĂ©rer et sommes-nous Ă  la veille du Moyen Âge ? C’est ce Ă  quoi nous allons tenter de rĂ©pondre ici.

La thùse de l’individu souverain

La thĂšse de l’ouvrage de Rees-Mogg et Davidson est que la rĂ©volution numĂ©rique (dite « de l’information ») va provoquer l’effondrement de l’État-providence moderne et conduire Ă  l’avĂšnement d’une souverainetĂ© individuelle rĂ©elle. Cette souverainetĂ© s’exercera par le renversement du rapport entretenu par les autoritĂ©s politiques et les individus : ces derniers ne seront plus considĂ©rĂ©s comme des sujets ou des citoyens, et comme des « vaches Ă  lait » (p. 238) pour les plus productifs, mais comme des « clients » (pp. 117–118). Et, comme le dit le dicton, le client est roi.

Le concept de « souverainetĂ© de l’individu » n’est pas tout rĂ©cent, puisqu’il a Ă©mergĂ© avec la pensĂ©e libĂ©rale anglo-saxonne (John Locke) et qu’il a Ă©tĂ© formulĂ© par John Stuart Mill en 1859, qui Ă©crivait : « Sur lui-mĂȘme, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain1. » Le terme a ensuite Ă©tĂ© repris dans son acception la plus radicale par les anarchistes individualistes amĂ©ricains, comme Josiah Warren ou Benjamin Tucker, puis par les thĂ©oriciens du libertarianisme moderne, notamment Murray Rothbard.

LĂ  oĂč les auteurs se diffĂ©rencient de cette idĂ©ologie libĂ©rale est que leur discours n’est pas prescriptif (ou du moins pas explicitement), mais descriptif : ils veulent montrer que le sens de l’histoire va vers plus de libertĂ©. Le livre n’est donc pas un manifeste politique en tant que tel, mais un manuel de survie face Ă  la « grande transformation » (p. 234) qui est en train d’avoir lieu. Ils se basent (entre autres) sur les travaux d’un historien amĂ©ricain du XXe siĂšcle nommĂ© FrĂ©dĂ©ric Lane, qui Ă©tait spĂ©cialiste du bas Moyen Âge et qui avait dĂ©veloppĂ© une analyse Ă©conomique de la violence politique2.

Suivant les idĂ©es de Lane, les auteurs Ă©laborent leur propre modĂšle prĂ©dictif. Ils dĂ©crivent comment les « facteurs mĂ©gapolitiques » conditionnent la forme institutionnelle des États en faisant varier ce qu’ils appellent « les rendements de la violence » :

« En modifiant les coûts et les gains potentiels liés à la coercition, la mégapolitique détermine la capacité de certains à imposer leur volonté à autrui. » (p. 48)

Les facteurs qu’ils identifient appartiennent Ă  quatre grandes catĂ©gories :

  1. Les conditions topographiques : les grandes plaines alluviales propices au développement de grands centres de civilisation, les montagnes jouant un rÎle protecteur, les littoraux fragmentés favorisant le commerce3, etc. ;
  2. Les causes climatiques : la tempĂ©rature gĂ©nĂ©rale qui affecte directement la production agricole, et donc la puissance politique de l’État qui domine la rĂ©gion ;
  3. Les agents infectieux : les bactéries et les virus derriÚre les épidémies, qui provoquent des fluctuations démographiques massives, limitant de ce fait la taille des grands empires ;
  4. Les innovations techniques : les outils qui permettent au pouvoir d’asseoir sa domination ou Ă  l’inverse Ă  l’individu de se dĂ©fendre.

Pour les auteurs, la technologie — ou la technique, si l’on veut Ă©viter de faire un amĂ©ricanisme — constitue Ă  l’époque moderne le « facteur dĂ©terminant de l’équilibre entre le coĂ»t et les bĂ©nĂ©fices liĂ©s Ă  l’exercice du pouvoir » (p. 52). L’évolution technique liĂ©e Ă  l’ùre de l’information (la micro-informatique, le cyberespace et la cryptographie) va libĂ©rer l’individu, en provoquant une baisse des rendements de la violence. Les États ne pourront plus contrĂŽler leurs citoyens comme ils l’ont fait jusqu’à prĂ©sent, ce qui conduira Ă  l’émancipation des individus. Ce discours n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui des cypherpunks, qui Ă©crivaient Ă  la mĂȘme Ă©poque.

La taille des entitĂ©s souveraines va ainsi grandement diminuer, pour ne parfois concerner qu’une poignĂ©e d’individus. On assistera Ă  la dĂ©sagrĂ©gation des grands États, pour donner une multitude de micro-juridictions. Le monde connaitra une nouvelle pĂ©riode de fĂ©odalitĂ© qui rappellera celle du Moyen Âge, tout en s’en distinguant fondamentalement. En effet, grĂące Ă  la gĂ©nĂ©ralisation d’Internet, les individus pourront davantage se rĂ©unir en « groupes d’affinité » (p. 157), chose qui existait sous forme embryonnaire dans les ordres religieux et militaires mĂ©diĂ©vaux comme les chevaliers de Malte. Cette dĂ©marche se retrouve aujourd’hui dans le concept de l’État-rĂ©seau de Balaji Srinivasan (ancien directeur technique de Coinbase et associĂ© gĂ©nĂ©ral chez Andreessen Horowitz), qui le dĂ©finit comme « une communautĂ© en ligne hautement alignĂ©e, dotĂ©e d’une capacitĂ© d’action collective, qui finance l’acquisition de territoires Ă  travers le monde et finit par obtenir la reconnaissance diplomatique d’États dĂ©jĂ  existants ».

L’Europe occidentale en 1444 (source : u/ratkatavobratka, 2021)

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les entitĂ©s souveraines se feront concurrence, et les personnes procĂšderont Ă  un arbitrage juridictionnel : elles choisiront oĂč elles voudront rĂ©sider et travailler en fonction des conditions offertes (fiscalitĂ©, sĂ©curitĂ©, infrastructures) par ces micro-États. Ce sera une application du « thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence4 » formulĂ© par les auteurs, qui affirme que les individus rĂ©agiront Ă  une hausse d’impĂŽt, non pas en rĂ©duisant leur consommation mais en dĂ©mĂ©nageant :

« À l’ùre de l’information, cependant, la rĂ©action du contribuable rationnel ne consistera plus Ă  Ă©pargner davantage pour absorber l’augmentation prĂ©visible de ses impĂŽts ; il choisira plutĂŽt de transfĂ©rer sa rĂ©sidence ou d’effectuer ses transactions ailleurs. De mĂȘme que les producteurs choisissent les fournisseurs les plus avantageux, la capacitĂ© Ă  sĂ©lectionner son prestataire de protection deviendra un levier bien plus dĂ©terminant pour prĂ©server ses revenus. » (p. 221)

Il s’agira d’un « vote avec ses pieds », d’une « dĂ©fection5 » (p. 218) affectant indirectement la politique de l’État. Les individus les plus productifs iront enrichir les juridictions fiscalement avantageuses et davantage focalisĂ©es sur les missions rĂ©galiennes, tandis que les grands États-providence s’appauvriront considĂ©rablement, et seront contraints Ă  revoir Ă  la baisse leurs politiques redistributives.

La rĂ©volution de l’information

Tout comme la dĂ©couverte de la poudre Ă  canon et celle de l’imprimerie ont mis fin Ă  la fĂ©odalitĂ© au moment de la Renaissance, la rĂ©volution de l’information va mettre un terme Ă  l’ùre de l’État-nation. Les anciens modes de production Ă©taient soumis Ă  la « tyrannie de l’endroit » (p. 174) : la rattachement de la production Ă  un bien foncier (terre ou usine) rendait les producteurs particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă  l’impĂŽt et aux revendications sociales, et c’est pour cette raison que la crĂ©ation de richesse permise par la rĂ©volution industrielle a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e par l’État. À l’inverse, la rĂ©volution de l’information va permettre aux entreprises de dĂ©centraliser leur mode de production et de transcender cette tyrannie de l’endroit, en devenant davantage mobiles. Les auteurs le rĂ©sument bien : « Le gigantisme des usines a coĂŻncidĂ© avec l’ùre de l’État-providence. À l’inverse, la micro-informatique miniaturise les institutions. » (p. 135)

Internet joue un grand rĂŽle dans la thĂšse soutenue par les auteurs. À la suite de John Perry Barlow, auteur d’une DĂ©claration d’indĂ©pendance du cyberespace en 1996, ils professent que « le cyberespace, tel le royaume imaginaire des dieux d’HomĂšre, forme un univers distinct de notre monde terrestre familier, fait de fermes et d’usines » (p. 174). Ils considĂšrent que l’activitĂ© se fera dans le cadre de la « multinationale virtuelle » (p. 222), association d’individus souverains s’adaptant facilement aux conditions du marchĂ©. Ce type de production est devenu rĂ©alitĂ© aujourd’hui avec l’émergence des digital nomads, dont le modĂšle a Ă©tĂ© exposĂ© en 2007 par l’influenceur Tim Ferriss dans son best-seller de dĂ©veloppement personnel, La Semaine de quatre heures.

Rees-Mogg et Davidson soutiennent aussi que la rĂ©volution de l’information va mener Ă  la crĂ©ation d’une monnaie numĂ©rique, appelĂ©e « cybermonnaie », qui repose sur la cryptographie asymĂ©trique et Ă©chappe au contrĂŽle de l’État. Ils Ă©crivent :

« Avec l’émergence du commerce en ligne, l’apparition de la cybermonnaie est inĂ©luctable. Cette nouvelle forme de monnaie sapera la capacitĂ© des États Ă  dĂ©terminer qui pourra accĂ©der au statut d’individu souverain. Ce changement s’explique en grande partie par le rĂŽle de la technologie de l’information, qui affranchira les dĂ©tenteurs de patrimoine de la confiscation dĂ©guisĂ©e que constitue l’inflation. [
] Cette monnaie numĂ©rique est appelĂ©e Ă  jouer un rĂŽle central dans le cybercommerce. Elle se prĂ©sentera sous la forme de suites chiffrĂ©es de nombres premiers de plusieurs centaines de chiffres. Unique, anonyme et vĂ©rifiable, cette monnaie pourra ĂȘtre utilisĂ©e pour les transactions les plus importantes, mais aussi ĂȘtre fractionnĂ©e Ă  l’infini pour rĂ©gler des montants microscopiques. Elle s’échangera instantanĂ©ment et sans aucune restriction sur un marchĂ© mondial pesant plusieurs milliers de milliards de dollars. » (p. 191)

À l’époque, le modĂšle eCash de David Chaum Ă©tait dĂ©ployĂ© de façon expĂ©rimentale dans certaines banques amĂ©ricaines depuis 1995. Les auteurs n’étaient donc pas les seuls Ă  prĂ©dire l’émergence d’une monnaie numĂ©rique libre : le constat Ă©tait partagĂ© par Milton Friedman par exemple. Cet idĂ©al de monnaie numĂ©rique a fini par se matĂ©rialiser sous la forme de Bitcoin, conçu par Satoshi Nakamoto en 2008 : une monnaie rĂ©sistante Ă  la censure et rĂ©sistante Ă  l’inflation, confidentielle et programmable, adaptĂ©e aux gros transferts vers l’étranger comme aux petits paiements.

Une autre vision prophĂ©tique rĂ©alisĂ©e dans L’Individu souverain est l’adoption de l’intelligence artificielle au sein de la population gĂ©nĂ©rale. Les auteurs prĂ©voient en effet que les individus pourront augmenter leurs capacitĂ©s de façon surprenante grĂące Ă  des « serviteurs » ou « assistants numĂ©riques » (p. 150). Ils Ă©voquent notamment la cas de « juristes numĂ©riques » qui « automatiseront la sĂ©lection des clauses contractuelles, en utilisant des processus d’intelligence artificielle tels que les rĂ©seaux neuronaux, pour rĂ©diger des contrats privĂ©s personnalisĂ©s en fonction des conditions juridiques internationales » (p. 185). Certains individus pourraient ainsi devenir extrĂȘmement puissants : « Un gĂ©nie excentrique, Ă©paulĂ© par ses serviteurs numĂ©riques, pourrait thĂ©oriquement rivaliser avec l’influence d’un État-nation dans une guerre informatique. » (p. 169)

Cette prĂ©diction rappelle inĂ©vitablement les agents d’IA, ces systĂšmes qui effectuent des tĂąches de maniĂšre autonome en concevant des flux opĂ©rationnels et en interagissant avec le monde rĂ©el Ă  la place de l’utilisateur. L’intelligence artificielle, qui jusque-lĂ  Ă©tait restĂ©e confinĂ©e Ă  quelques utilisations prĂ©cises (AlphaGo), s’est popularisĂ©e Ă  partir de 2022 avec le succĂšs de la premiĂšre version ouverte de ChatGPT (basĂ©e sur GPT-3). Puis la pratique de l’IA agentique s’est dĂ©veloppĂ©e Ă  partir de cette base, pour se faire connaitre par le biais de Clawdbot/OpenClaw en 2025. Aujourd’hui, l’individu a dĂ©sormais la possibilitĂ© de dĂ©multiplier ses capacitĂ©s, en disposant d’outils puissants pour automatiser les tĂąches les plus redondantes, comme la programmation logicielle, la traduction, l’écriture d’articles ou la gestion des courriels.

Ainsi, nous ne pouvons que constater que Rees-Mogg et Davidson ont Ă©tĂ© visionnaires sur un certain nombre de sujets. Toutefois, on peut largement nuancer cette opinion, trop rĂ©pandue parmi les dĂ©fenseurs du livre et de la thĂšse de l’individu souverain. Le discours des auteurs semble relever de la pensĂ©e dĂ©sidĂ©rative au moins sur deux points : le rĂŽle libĂ©rateur de la technique et l’imminence de la dĂ©centralisation politique.

La technique, libératrice ou tyrannique ?

MĂȘme Rees-Mogg et Davidson se contentent de dĂ©crire les choses telles qu’elles sont censĂ©es se passer, on comprend qu’ils ont un point de vue positif sur la rĂ©volution numĂ©rique, ayant une bienveillance toute promĂ©thĂ©enne Ă  l’égard du progrĂšs technique rĂ©cent et Ă  venir. Ils Ă©ludent ainsi la perspective inverse : que le progrĂšs technique en cours amĂšne une plus grande servitude en mĂȘme temps qu’un plus grand confort. De leur propre aveu, c’est ce qui s’est passĂ© lors de la « rĂ©volution agricole » et de la rĂ©volution industrielle ; pourquoi serait-ce diffĂ©rent cette fois-ci ?

Une technique particuliĂšre n’est jamais neutre et influence la sociĂ©tĂ© entiĂšre dans un sens particulier. Dans le cadre politique, elle vient changer les « conditions mĂ©gapolitiques » de la rĂ©gion dans laquelle elle est adoptĂ©e. Une innovation peut donc apparaitre comme un outil d’indĂ©pendance pour l’individu, tout en favorisant en rĂ©alitĂ© la mainmise gĂ©nĂ©rale de l’État.

Les moyens de transport et de communication, par exemple, sont utiles aux individus pour se dĂ©placer entre les juridictions et pour Ă©changer des informations et des richesses. Mais ils permettent surtout la centralisation au niveau politique : les ordres peuvent ĂȘtre transmis plus rapidement aux gouverneurs de province et les troupes peuvent ĂȘtre envoyĂ©es plus facilement en cas de sĂ©cession. Le dĂ©veloppement des transports terrestres, maritimes, ferroviaires et aĂ©riens, ainsi que le dĂ©ploiement des communications modernes (tĂ©lĂ©graphe, tĂ©lĂ©phone, TCP/IP), ont favorisĂ© l’émergence d’États-continents centralisĂ©s comme la RĂ©publique populaire de Chine ou les États-Unis. Le cas d’Internet est emblĂ©matique : il a, de par son architecture distribuĂ©e, Ă©tĂ© un outil fantastique pour dĂ©mocratiser la connaissance de l’individu, mais il a aussi largement contribuĂ© Ă  la diffusion de propagande de masse, Ă  la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă  l’abrutissement global.

La numĂ©risation de la monnaie peut aussi ĂȘtre examinĂ©e sous ce prisme. Elle a certes amenĂ© l’argent liquide Ă©lectronique qu’est Bitcoin (dont le potentiel est sous-exploitĂ© aujourd’hui), mais elle a Ă©tĂ© essentiellement l’occasion de dĂ©ployer la surveillance et le contrĂŽle financier Ă  des domaines qui ne l’étaient pas avant, d’abord dans le systĂšme bancaire, et bientĂŽt directement par les États eux-mĂȘmes, par l’intermĂ©diaire de la monnaie numĂ©rique de banque centrale. Bitcoin constitue bien plus une rĂ©action Ă  cette numĂ©risation de la monnaie, une valorisation des propriĂ©tĂ©s de la « monnaie physique » et une opposition aux « institutions financiĂšres qui servent de tiers de confiance pour traiter les paiements Ă©lectroniques », qu’une volontĂ© de faire advenir une monnaie intĂ©gralement numĂ©rique. De mĂȘme, David Chaum avait en son temps dĂ©veloppĂ© ses mĂ©thodes cryptographiques (et son fameux systĂšme eCash) parce qu’il se catastrophait de l’informatisation de la sociĂ©tĂ©6.

L’intelligence artificielle est Ă©galement concernĂ©e par ce cotĂ© double : elle est en effet particuliĂšrement puissante dans un certain nombre de domaines (on regardera l’illustration de cet article pour s’en convaincre), mais demeure dans sa conception une chose trĂšs centralisĂ©e et sensible Ă  l’intervention Ă©tatique. L’entrainement des meilleurs modĂšles d’IA (Claude, ChatGPT, Gemini) requiert une infrastructure informatique monstrueuse (datacenters), de sorte que ces derniers sont contrĂŽlĂ©s par des grandes sociĂ©tĂ©s plus ou moins soumises au pouvoir amĂ©ricain (OpenAI, Anthropic, Google). Du cĂŽtĂ© de l’infĂ©rence, on peut logiquement dĂ©ployer localement des modĂšles open source (comme Qwen ou Deepseek) Ă  l’aide d’une carte graphique performante valant aujourd’hui une poignĂ©e de milliers d’euros. Toutefois, cette façon de faire est significativement moins efficace : les modĂšles concernĂ©s sont moins bons et le coĂ»t de maintenance locale est non nĂ©gligeable (sans parler du fait que les concurrents sont actuellement subventionnĂ©s). On peut donc aisĂ©ment prĂ©dire que l’essentiel de la production par IA se fera par le biais des modĂšles propriĂ©taires et hĂ©bergĂ©s de maniĂšre centralisĂ©e.

Vue aĂ©rienne d’une site de datacenters dĂ©diĂ©s Ă  l’entrainement d’intelligence artificielle Ă  Mount Pleasant, dans le Wisconsin, en 2025 (source : Microsoft)

Dans ce registre, il est intĂ©ressant de citer Peter Thiel, cofondateur controversĂ© de PayPal et de Palantir, qui Ă©tait l’auteur de la prĂ©face de la réédition de 2020 de The Sovereign Individual. Il Ă©crit ainsi (en Ă©cho Ă  une dĂ©claration prĂ©cĂ©dente) :

« L’intelligence artificielle laisse entrevoir la possibilitĂ© de rĂ©soudre enfin ce que les Ă©conomistes appellent le « problĂšme du calcul Ă©conomique » : l’IA pourrait thĂ©oriquement permettre de contrĂŽler de maniĂšre centralisĂ©e l’ensemble d’une Ă©conomie. Ce n’est pas un hasard si l’IA est la technologie prĂ©fĂ©rĂ©e du Parti communiste chinois. La cryptographie forte, Ă  l’autre extrĂȘme, laisse entrevoir la perspective d’un monde dĂ©centralisĂ© et individualisĂ©. Si l’IA est communiste, la crypto est libertarienne7. »

La rĂ©volution de l’information est bel et bien en train de bouleverser le monde, pour le meilleur et pour le pire. Si le progrĂšs technique est aujourd’hui en plein essor, il pourrait nous conduire Ă  la pire des dystopies, oĂč intelligence artificielle cĂŽtoierait identitĂ© informatisĂ©e, monnaie numĂ©rique de banque centrale, surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă©conomie planifiĂ©e — la technocratie. Il est donc avisĂ© d’avoir un certain discernement et de ne pas se rĂ©jouir bĂ©atement de toutes les nouvelles avancĂ©es techniques que nous propose sans cesse l’élite technologique, cette « élite cosmopolite de l’ùre de l’information » (p. 270).

Le nouveau Moyen Âge n’est pas pour tout de suite

Dans L’Individu souverain, ainsi que dans leurs autres ouvrages, Rees-Mogg et Davidson prĂ©sentent une conception cyclique de l’histoire, et se basent sur les Ă©vĂšnements passĂ©s pour prĂ©dire l’avenir. DĂšs le dĂ©but du livre, ils font ainsi remarquer que l’histoire occidentale est marquĂ©e un « mystĂ©rieux cycle de cinq siĂšcles » depuis la GrĂšce antique : Ă  chaque fois, un « grand bouleversement » provoque « l’apparition d’une nouvelle phase d’organisation sociale » (p. 33). En 508 avant JĂ©sus-Christ, c’étaient les rĂ©formes dĂ©mocratiques de ClisthĂšne ; en l’an 1, la naissance du Christ marquant l’apogĂ©e Ă©conomique antique ; en 476 ap. J.-C., l’effondrement de l’Empire romain d’Occident et le dĂ©but de l’« Âge sombre » ; vers l’an mil, l’instauration de la fĂ©odalitĂ© en Europe occidentale initiant une restructuration ; et en 1492, le dĂ©but de l’époque moderne avec la dĂ©couverte de la poudre Ă  canon, la Renaissance et la RĂ©forme protestante. Dans cette logique, l’an 2000 devrait amener avec lui le dĂ©but d’une nouvelle Ăšre — l’ùre de l’information — oĂč l’organisation sociale reposerait sur une sorte de fĂ©odalitĂ© technologique, marquĂ©e par une division politique forte et par un dĂ©veloppement technique avancĂ©. Cette pĂ©riode nouvelle prendrait les atours d’un nouveau Moyen Âge, sans pour autant en prĂ©senter les inconvĂ©nients principaux.

Si cette façon de prĂ©senter les choses est sĂ©duisante, elle est peu mĂ©thodique en ce que la sĂ©lection des Ă©vĂšnements est arbitraire et ne repose sur aucun critĂšre prĂ©cis, hormis le ressenti dans la mĂ©moire collective8. L’intuition des auteurs sur les variations historiques est nĂ©anmoins bonne, et on peut percevoir un autre cycle : le cycle des civilisations, qui a notamment Ă©tĂ© mis en lumiĂšre par l’historien et essayiste français Philippe Fabry. Depuis l’émergence des premiĂšres civilisations au nĂ©olithique, le monde a connu des hauts et des bas, mesurĂ©s selon le niveau d’urbanisation, de commerce et d’unification politique.

Dans ce cadre, le « Moyen Âge » correspondait Ă  une pĂ©riode de transition entre deux Ăšres civilisationnelles : l’AntiquitĂ© grĂ©co-romaine et la ModernitĂ© europĂ©o-amĂ©ricaine. Il a permis une relative « concurrence entre les juridictions9 » prĂ©cisĂ©ment parce qu’il constituait l’aboutissement d’un long processus de dĂ©civilisation. Cette indĂ©pendance s’accompagnait ainsi d’une dominance du mode de vie rural et d’un bas niveau d’échanges Ă©conomiques avec l’étranger.

Plus encore, le Moyen Âge n’était pas la premiĂšre pĂ©riode de ce genre : en GrĂšce, la disparition de la civilisation mycĂ©nienne lors de l’effondrement de l’ñge du bronze au XIIe siĂšcle avant JĂ©sus-Christ a conduit Ă  des « siĂšcles obscurs » qui ont durĂ© plus de 400 ans. La reconstruction a eu lieu ensuite, lors de l’époque archaĂŻque, qui a donnĂ© la GrĂšce antique que nous connaissons, avec les citĂ©s-États d’AthĂšnes ou de Sparte. Il s’en est suivi un mouvement d’unification politique (Ă  l’échelle de l’époque), d’abord sous l’égide de la MacĂ©doine vers 330 av. J.-C. (Alexandre le Grand), puis de Rome au IIe siĂšcle avant notre Ăšre.

Essor et dĂ©clin civilisationnel dans le Levant mĂ©ridional entre l’ñge du bronze et l’ñge de fer (source : Pierre de Miroschedji)

Le monde est donc soumis Ă  des forces au long cours autrement plus immuables que l’innovation technique. Bien que celle-ci atteigne aujourd’hui un niveau inĂ©dit dans l’histoire de l’humanitĂ© (cybernĂ©tique, intelligence artificielle, manipulation gĂ©nĂ©tique, neurotechnologie), elle n’en demeure pas moins assujettie au cycle civilisationnel, qui est une dynamique humaine10. La technique, en tant qu’elle constitue une extension de la vie humaine, a seulement pour effet de ralentir le cycle, pas d’y mettre un terme.

Le processus de dĂ©civilisation et de dĂ©centralisation du monde est un processus lent et graduel : il peut ĂȘtre ponctuĂ© par des Ă©vĂšnements spectaculaires, mais ceux-ci sont l’expression de mutations plus profondes. Rome ne s’est pas effondrĂ©e en un jour par exemple ; il lui a fallu un demi-millĂ©naire. Il parait de ce fait trĂšs illusoire de croire qu’un changement brutal va se produire, et ce d’autant plus que ce potentiel dĂ©clin n’a pas encore commencĂ©. Le monde n’a jamais Ă©tĂ© aussi riche qu’aujourd’hui. La tendance Ă  la centralisation politique (qui a dĂ©butĂ© autour de l’an mil en Europe) ne montre aucun signe d’inversement, malgrĂ© les conflits militaires qui marquent l’actualitĂ© de ces derniĂšres annĂ©es.

L’heure est donc aux grands empires, qui seuls peuvent exercer une souverainetĂ© concrĂšte : les États-Unis, l’Union europĂ©enne, la Chine, l’Inde. Les petites entitĂ©s soi-disant « souveraines » sont en rĂ©alitĂ© soumises au bon-vouloir de ces grands empires11. Elles persisteront probablement, ne serait-ce que pour permettre Ă  l’élite de jouir de son statut, mais ne constitueront pas de rĂ©elles solutions viables avant des siĂšcles.

La pratique comme maĂźtre-mot

On peut ainsi conclure que la thĂšse de l’individu souverain est intĂ©ressante, mais peine Ă  convaincre dans son entiĂšretĂ©. Rees-Mogg et Davidson sont beaucoup trop optimistes sur la possibilitĂ© de libertĂ© politique des individus. L’État est une institution de servitude qui orchestre la contrainte depuis des millĂ©naires, et qui ne sera pas renversĂ©e du jour au lendemain par un procĂ©dĂ© technique, fĂ»t-il aussi gĂ©nial que Bitcoin.

Toutefois, malgrĂ© ce postulat erronĂ©, le livre prĂ©sente une vĂ©ritable valeur en ce qu’il incite Ă  la pratique. S’il a eu le succĂšs qu’on lui connait, c’est parce qu’il a apportĂ© beaucoup Ă  ceux qui l’ont lu. MĂȘme si les auteurs ne donnent pas de conseils directs (hormis des investissements en lien avec leur lettre d’information, non reproduits dans la version en français), leurs analyses ouvrent la voie Ă  des actions dans le monde rĂ©el. Il pousse ainsi Ă  agir plutĂŽt que de se plaindre, Ă  anticiper plutĂŽt que de subir. Et, Ă  dĂ©faut de prĂ©dire l’effondrement de l’État-providence, il permettra Ă  l’individu d’ĂȘtre libre dans un monde qui ne l’est pas.

On sera ainsi amenĂ©s Ă  voir d’un bon Ɠil l’entrepreneuriat, notamment par le biais d’Internet, qui modifie le marchĂ© Ă  aller chercher. Avoir un flux de trĂ©sorerie issu du cyberespace nous rendra moins facilement saisissable et imposable. On voyagera et on profitera des disparitĂ©s entre les juridictions en dĂ©plaçant certains aspects de notre vie Ă  l’étranger, voire en s’expatriant dĂ©finitivement. On se regroupera en communautĂ©s basĂ©es sur des intĂ©rĂȘts communs. On filtrera notre flux d’information, en personnalisant nos sources documentaires, plutĂŽt qu’en s’abreuvant du discours gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias de masse.

Certains trouveront Ă  redire de ce mode de vie nomade, mais la dĂ©marche a le mĂ©rite de pousser les gens Ă  se frotter Ă  la rĂ©alitĂ©, qualitĂ© trop peu rĂ©pandue de nos jours. La rĂ©flexion est, et a toujours Ă©tĂ©, censĂ©e nourrir l’action. Et ce sont nos actions qui dĂ©terminent ce Ă  quoi le monde de demain ressemblera. Pour citer Peter Thiel : « La lecture de L’Individu souverain en 2020 est un moyen de rĂ©flĂ©chir attentivement Ă  l’avenir que nos propres actions contribueront Ă  façonner. »


Références et notes

James Dale Davidson et William Rees-Mogg, L’Individu souverain : Survivre et prospĂ©rer face Ă  l’effondrement de l’État-providence. Konsensus Network, 2026. 411 pages. À retrouver sur la boutique en ligne de l’éditeur (10 % de rĂ©duction avec le code promo lugaxker) et sur Amazon.

Illustration : image gĂ©nĂ©rĂ©e avec GPT Image 1.5, Ă  partir du tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages peint en 1818 par Caspar David Friedrich. Texte : rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM. Traduction : sauf prĂ©cision contraire, les traductions sont rĂ©alisĂ©es par l’auteur au moyen de DeepL.

  1. John Stuart Mill, De la libertĂ©, trad. Dupont-White (Guillaumin et Cie, 1860), p. 18. ↩
  2. Voir notamment Frederic C. Lane, « Economic Consequences of Organized Violence », The Journal of Economic History, vol. 18, n° 4 (dĂ©cembre 1958), pp. 402–417. ↩
  3. L’argument du littoral accidentĂ© qui favorise le commerce fait penser Ă  la thĂšse de la « thalassographie articulĂ©e » de David Cosandey, formulĂ©e la mĂȘme annĂ©e, en 1997. ↩
  4. Le thĂ©orĂšme de non-Ă©quivalence est appelĂ© ainsi en rĂ©fĂ©rence Ă  l’équivalence ricardienne, selon laquelle, lors d’une relance budgĂ©taire, les acteurs Ă©conomiques rĂ©duisent leur consommation par anticipation d’une future hausse d’impĂŽt. Ce thĂ©orĂšme de Rees-Mogg et Davidson est prĂ©sentĂ© dans The Bitcoin Handbook d’Anil Patel, traduit en français chez Konsensus Network. ↩
  5. Dans le livre Exit, Voice, and Loyalty Ă©crit 1969 par l’économiste amĂ©ricain Albert Hirschmann, le terme « dĂ©fection » (exit) s’oppose Ă  la « prise de parole » (voice) et au « loyalisme » (loyalty) dans la gouvernance des organisations. Hirschmann Ă©crivait notamment : « Ce n’est que lorsque les pays commenceront Ă  vraiment se ressembler, grĂące Ă  la modernisation et Ă  l’évolution des communications, que le danger des dĂ©fections prĂ©maturĂ©es et excessives se prĂ©sentera. » ↩
  6. En 1985, David Chaum Ă©crivait : « L’informatisation prive les individus de la capacitĂ© de surveiller et de contrĂŽler la façon dont les informations les concernant sont utilisĂ©es. (
) Nous sommes en train de jeter les bases d’une sociĂ©tĂ© du fichage, dans laquelle les ordinateurs pourraient ĂȘtre utilisĂ©s pour dĂ©duire le mode de vie, les habitudes, les dĂ©placements et les frĂ©quentations des individus Ă  partir de donnĂ©es collectĂ©es dans le cadre de transactions de consommation ordinaires. L’incertitude quant Ă  la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es contre les abus de ceux qui les conservent ou les exploitent peut avoir un « effet paralysant », amenant les gens Ă  modifier leurs activitĂ©s observables. À mesure que l’informatisation se gĂ©nĂ©ralise, ces problĂšmes risquent de s’aggraver considĂ©rablement. » — Voir « Security without identification: transaction systems to make big brother obsolete », in Communications of the ACM, vol. 28, no. 10, octobre 1985, p. 1030. ↩
  7. Peter Thiel, « Preface », in James Dale Davidson et William Rees-Mogg, The Sovereign Individual (Touchstone, 2020), p. 6. ↩
  8. Pourquoi parler de l’instauration de la dĂ©mocratie athĂ©nienne et ignorer la rĂ©volution anglaise du XVIIe siĂšcle par exemple ? ↩
  9. Rees-Mogg et Davidson vantent notamment les « marches », ces « rĂ©gions frontaliĂšres mĂ©diĂ©vales » qui Ă©taient « le théùtre d’un enchevĂȘtrement de souverainetĂ©s » et avaient dĂ©veloppĂ© « des formes institutionnelles et juridiques singuliĂšres » (p. 166). ↩
  10. Philippe Fabry, citĂ© plus haut, affirme que le processus de dĂ©civilisation dĂ©coule d’un effondrement dĂ©mographique, dĂ» en partie Ă  la baisse de la natalitĂ©. Une sociĂ©tĂ© qui dĂ©cline dĂ©mographiquement a en effet tendance Ă  connaitre une dĂ©croissance Ă©conomique, ce qui diminue l’incitation Ă  la centralisation politique. ↩
  11. Dans sa prĂ©face de 2020, Peter Thiel a mis en perspective la thĂšse de l’individu souverain en mentionnant la prise de contrĂŽle de la Chine sur la citĂ©-État d’Hong Kong, qui correspondait, pour les auteurs, « au type de juridiction qui [
] prospĂ©rera Ă  l’ùre de l’information » (p. 303). ↩
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La pensĂ©e technocratique et l’abolition de la monnaie

By: Ludovic Lars —

Savez-vous ce qu’est un technocrate ? Lorsque le terme est Ă©voquĂ©, on pense vaguement Ă  un bureaucrate bien nourri, fonctionnaire habituĂ© de l’administration publique, dont les dĂ©cisions politiques se basent sur des Ă©tudes statistiques plutĂŽt que sur des considĂ©rations sociales et humaines. NĂ©anmoins cette image n’est qu’une version Ă©dulcorĂ©e de ce que reprĂ©sente l’idĂ©ologie technocratique originelle : le rĂšgne absolu de la technique et de ses reprĂ©sentants (les scientifiques et les ingĂ©nieurs) aboutissant Ă  une gestion rationnelle et planifiĂ©e de la sociĂ©tĂ©.

Cette philosophie politique est nĂ©e avec la rĂ©volution industrielle, et a culminĂ© avec le mouvement technocratique amĂ©ricain des annĂ©es 1930 menĂ© par Howard Scott. Si elle ne s’est jamais directement emparĂ©e du pouvoir oĂč que ce soit, elle a nĂ©anmoins profondĂ©ment influencĂ© la politique de l’Occident et continue de le faire de nos jours, d’Emmanuel Macron Ă  Donald Trump en passant par Jinping Xi. De plus, Ă  l’heure oĂč la technique est de plus en plus prĂ©sente dans nos vies avec la numĂ©risation accĂ©lĂ©rĂ©e de la sociĂ©tĂ©, l’effet de cette philosophie prend une toute autre dimension.

La pensĂ©e technocratique tient un discours dur sur l’économie : elle abhorre le marchĂ© libre, et prĂŽne la planification pure et simple. En particulier, elle propose d’abolir la monnaie telle que nous la connaissons pour lui substituer un systĂšme de distribution centralisĂ©. Dans cet article, je me propose de retracer les origines de cette pensĂ©e et d’examiner plus en dĂ©tail son discours inquiĂ©tant sur le systĂšme monĂ©taire.

À l’origine de la technocratie : le saint-simonisme

La technocratie est, comme son nom l’indique, une forme de gouvernement oĂč le pouvoir est laissĂ© Ă  la technique, ou du moins Ă  ses reprĂ©sentants, c’est-Ă -dire les scientifiques et les ingĂ©nieurs. Elle recourt entre autres Ă  une planification de l’économie, et refuse en cela de laisser faire le marchĂ©. Le terme a Ă©tĂ© créé en 1919 par l’ingĂ©nieur amĂ©ricain William H. Smyth, qui la dĂ©crivait comme une « dĂ©mocratie industrielle rationalisĂ©e », et il s’est par la suite popularisĂ© par le biais du mouvement technocratique amĂ©ricain au dĂ©but des annĂ©es 30.

À l’époque, il ne s’agissait pas d’une idĂ©e nouvelle. La pensĂ©e technocratique a Ă©mergĂ© avec le progrĂšs technique issu de la rĂ©volution industrielle. Certaines personnes, constatant que la science permettait de rĂ©soudre le problĂšme de la production des biens, voulaient appliquer cette mĂȘme science Ă  la politique, c’est-Ă -dire Ă  la distribution des richesses.

La pensĂ©e technocratique prend en particulier racine dans le saint-simonisme, courant de pensĂ©e nĂ© au dĂ©but du XIXe siĂšcle, fondĂ© par le philosophe, Ă©conomiste et militaire français Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon. Cette doctrine industrialiste prĂŽnait l’organisation rationnelle de la sociĂ©tĂ© afin de rĂ©partir le travail et la richesse produite : « à chacun selon sa capacitĂ©, Ă  chaque capacitĂ© selon ses Ɠuvres1 ». Cette doctrine avait Ă©galement un pan spirituel, se voulant ĂȘtre un « nouveau christianisme », une religion rationaliste sans dieu, censĂ©e dĂ©barrasser les hommes de leur Ă©goĂŻsme.

Saint-Simon, fondateur de la religion nouvelle, gravure de Gottfried Engelmann en 1825 (source : Wikimédia)

Concernant l’organisation Ă©conomique, Saint-Simon s’est contentĂ© de donner des principes gĂ©nĂ©raux, et n’a pas eu de mot particulier sur la monnaie. Toutefois, ses disciples, menĂ©s par Prosper Enfantin et Armand Bazard, s’en sont chargĂ©s. Dans la Doctrine de Saint-Simon publiĂ©e en 1931, ils imaginaient ainsi un « systĂšme gĂ©nĂ©ral de banques » qui ferait circuler des « crĂ©dits », en les distribuant aux travailleurs :

« Ce systĂšme comprendrait d’abord une banque centrale reprĂ©sentant le gouvernement, dans l’ordre matĂ©riel : cette banque serait dĂ©positaire de toutes les richesses, du fonds entier de production, de tous les instrumens de travail, en un mot, de ce qui compose aujourd’hui la masse entiĂšre des propriĂ©tĂ©s individuelles.

De cette banque centrale dĂ©pendraient des banques de second ordre qui n’en seraient que le prolongement, et au moyen desquelles elle se tiendrait en rapport avec les principales localitĂ©s, pour en connaĂźtre les besoins et la puissance productrice ; celles-ci commanderaient encore, dans la circonscription territoriale qu’elles embrasseraient, Ă  des banques de plus en plus spĂ©ciales, embrassant un champ moins Ă©tendu, des rameaux plus faibles de l’arbre de l’industrie.

Aux banques supĂ©rieures convergeraient tous les besoins ; d’elles divergeraient tous les efforts : la banque gĂ©nĂ©rale n’accorderait aux localitĂ©s des crĂ©dits, c’est-Ă -dire ne leur livrerait des instruisons de travail, qu’aprĂšs avoir balancĂ© et combinĂ© les opĂ©rations diverses ; et ces crĂ©dits seraient ensuite rĂ©partis entre les travailleurs par les banques spĂ©ciales, reprĂ©sentant les diffĂ©rentes branches de l’industrie. »

Ces idĂ©es ont aussi inspirĂ© un certain nombre de doctrines et d’expĂ©riences socialistes en France, mĂȘme si le socialisme (courant idĂ©ologique alors naissant) diffĂ©rait sensiblement par sa dĂ©marche Ă©galitaire et dĂ©mocratique. La vulgate saint-simonienne a ainsi influencĂ© le communisme de Louis Blanc, le mutuellisme de Pierre-Joseph Proudhon, et le « socialisme scientifique » de Marx et Engels.

Les clubs nationalistes d’Edward Bellamy

La pensĂ©e technocratique a connu un nouvel essor Ă  partir de la fin du XIXe siĂšcle. Les États-Unis ont en particulier Ă©tĂ© propices au foisonnement de ces idĂ©es, en raison de leur industrialisation rapide Ă  partir de la guerre de SĂ©cession. À titre d’illustration, le nombre d’ingĂ©nieurs dans le pays, qui n’était de 7 000 en 1870, est passĂ© Ă  28 000 en 1890, puis 43 000 en 1900, pour finalement atteindre 226 000 en 1930. Cette Ă©volution a provoquĂ© une mutation idĂ©ologique profonde au tournant du XXe siĂšcle, faisant advenir ce qu’on a appelĂ© la Progressive Era, une pĂ©riode de rĂ©formes Ă©conomiques et sociales, s’opposant au laissez-faire et Ă  l’individualisme du Gilded Age qui la prĂ©cĂ©dait.

L’une des personnes qui Ă©mettaient alors des idĂ©es progressistes Ă©tait le journaliste et auteur amĂ©ricain Edward Bellamy. En 1888, alors qu’il n’avait que 27 ans, ce dernier a publiĂ© un roman d’anticipation utopique, intitulĂ© Looking Backward 2000–1887 (et traduit en français sous le nom Cent ans aprĂšs ou l’An 2000), dans lequel il dĂ©crivait une sociĂ©tĂ© future, ayant rompu avec le capitalisme et l’individualisme pour lui substituer la mĂ©ritocratie et l’égalitĂ©. Dans ce monde, le commerce et la monnaie ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par un systĂšme de distribution contrĂŽlĂ© par l’État, oĂč les citoyens utilisent une « carte de crĂ©dit » (terme inĂ©dit Ă  l’époque) pour subvenir Ă  leurs besoins. Dans le roman, le docteur Leete (homme de l’an 2000) explique au protagoniste (projetĂ© dans le futur) le fonctionnement de ce systĂšme :

« Un crĂ©dit, correspondant Ă  sa part du produit annuel de la nation, est ouvert Ă  chaque citoyen, au commencement de l’annĂ©e, et inscrit sur les livres de l’Etat. On lui dĂ©livre une carte de crĂ©dit, au moyen de laquelle il se procure, quand il veut, dans les magasins nationaux Ă©tablis dans toutes les communes, tout ce qu’il peut dĂ©sirer. Vous voyez que ce systĂšme supprime toute transaction commerciale entre producteurs et consommateurs2. »

Couverture de l’édition illustrĂ©e de Looking Backward, 1890

Cet ouvrage de fiction a connu un succĂšs populaire retentissant aux États-Unis, Ă©tant vendu Ă  prĂšs de 400 000 exemplaires en l’espace d’une dĂ©cennie, ce qui en a fait le troisiĂšme roman le plus vendu du XIXe siĂšcle outre-Atlantique. Cet ouvrage a eu pour consĂ©quence de crĂ©er un vĂ©ritable mouvement intellectuel Ă  tendance socialiste, formĂ© des partisans de Bellamy, Ă  Boston d’abord, puis tout autour de l’AmĂ©rique du Nord. Les membres de ce mouvement se faisaient appeler les « nationalistes » en raison de leur revendication principale : la nationalisation des biens de production.

On a assistĂ© Ă  la formation de plus de 500 associations nommĂ©es « clubs nationalistes » aux quatre coins du continent. Une revue mensuelle, The Nationalist, a Ă©tĂ© lancĂ©e en 1889. Et Bellamy lui-mĂȘme s’est joint Ă  l’effort, publiant un « programme des nationalistes » en 1894, dans lequel il dĂ©crivait le nationalisme comme une « dĂ©mocratie Ă©conomique » qui visait « à instaurer l’égalitĂ© Ă©conomique en appliquant le principe dĂ©mocratique Ă  la production et Ă  la rĂ©partition des richesses » et Ă  mettre les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques du pays entre les mains d’« organismes publics responsables Ɠuvrant pour le bien-ĂȘtre gĂ©nĂ©ral ». Le mouvement a cependant pĂ©riclitĂ© avec l’implication de ses membres dans la politique Ă©tasunienne (qui se sont notamment ralliĂ©s au jeune Parti populiste lors de l’élection prĂ©sidentielle de 1892) et Ă  cause d’un manque de financement. Il Ă©tait nĂ©anmoins avant-coureur du mouvement technocratique3, qui a pris son plein essor quelques dĂ©cennies plus tard.

Henry Gantt, Thorstein Veblen et la Technical Alliance

L’industrialisation de l’AmĂ©rique a poussĂ© Ă  une gestion de plus en plus rationnelle du travail au sein des usines. À la fin du XIXe siĂšcle, l’ingĂ©nieur amĂ©ricain FrĂ©dĂ©ric Taylor a mis au point un modĂšle d’organisation scientifique du travail, qui porterait plus tard son nom : le taylorisme. Cette mĂ©thode, formalisĂ©e dĂ©finitivement dans ses Principes d’organisation scientifique des usines en 1911, consistait Ă  donner une tĂąche Ă  chaque ouvrier Ă  exĂ©cuter dans un temps dĂ©terminĂ©, afin d’accroitre la productivitĂ© de l’entreprise.

Cette volontĂ© d’optimisation rationnelle ne s’est toutefois pas limitĂ©e au secteur Ă©conomique, et certains thĂ©oriciens ont tentĂ© de l’appliquer Ă  la politique. C’était le cas de l’ingĂ©nieur et consultant Henry Gantt, qui avait Ă©tĂ© l’assistant de Taylor pendant plus d’une dĂ©cennie et qui s’était fait connaitre en mettant au point l’outil de gestion de projet qui porterait son nom, le « diagramme de Gantt », en 1910. Avec le dĂ©clenchement de la Grande Guerre en 1914, ce dernier a cherchĂ© Ă  mettre en pratique les principes d’efficacitĂ© industriels dans les secteurs politique et militaire. En avril 1916, il Ă©crivait :

« Il apparaĂźt de plus en plus clairement que les principes qui sous-tendent l’efficacitĂ© industrielle et militaire sont les mĂȘmes et qu’une nation, pour ĂȘtre efficace sur le plan militaire, doit d’abord l’ĂȘtre sur le plan industriel4. »

Henry L. Gantt en 1916 (source : Engineering Magazine via Wikimedia)

En dĂ©cembre 1916, lors de l’assemblĂ©e annuelle de l’American Society of Mechanical Engineers (ASME) Ă  New York, Gantt a inspirĂ© la formation d’un groupe de rĂ©flexion de 34 personnes appelĂ© The New Machine, qu’il a dirigĂ© avec un certain Charles Ferguson. Le groupe se focalisait sur l’élimination des faiblesses qui, selon ses fondateurs, s’étaient insinuĂ©es dans le systĂšme Ă©conomique. Il prĂ©conisait entre autres de « s’attaquer aux causes des frais gĂ©nĂ©raux excessifs et de la flambĂ©e des prix en remĂ©diant aux inefficacitĂ©s de la main-d’Ɠuvre et de la direction, en modifiant le climat de laxisme qui [rĂšgnait] dans le monde des affaires et de l’industrie, et en mettant fin Ă  la pratique consistant Ă  surĂ©valuer la valeur des biens immobiliers industriels5 ». Mais ces ambitions affichĂ©es n’ont pas portĂ© beaucoup de fruits, et le groupe s’est dissout aprĂšs la mort de Gantt en 1919.

Parmi les sources d’inspiration de Henry Gantt, on retrouvait les idĂ©es de Thorstein Veblen, Ă©conomiste et sociologue amĂ©ricain, Ă  l’origine des concepts de « rivalitĂ© pĂ©cuniaire » et de « consommation ostentatoire ». Veblen Ă©tait notamment l’auteur de The Theory of Business Enterprise (1904), oĂč il avait examinĂ© le conflit entre les intĂ©rĂȘts commerciaux axĂ©s sur le profit et les besoins sociĂ©taux plus larges. Voyant les efforts rĂ©alisĂ©s par Gantt avec The New Machine (ainsi que ceux de Morris Cooke, autre disciple de Taylor et dirigeant d’un groupe planiste au sein de l’ASME), Veblen s’est fortement intĂ©ressĂ© aux ingĂ©nieurs et Ă  leur potentiel de direction. Au cours de l’annĂ©e 1919, il a Ă©crit une sĂ©rie d’essais pour le magazine The Dial 6, oĂč il critiquait le « systĂšme des prix », affirmant que le systĂšme de marchĂ© Ă©tait inefficace car la recherche du profit faussait la production. Il spĂ©culait Ă  propos d’une prise de pouvoir par les ingĂ©nieurs, qui formeraient ce qu’il nommait le « soviet des techniciens », en rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©volution bolchĂ©vique survenue quelques annĂ©es auparavant.

À la fin de l’annĂ©e 1919, Veblen a participĂ© Ă  la fondation de la New School for Social Research, universitĂ© privĂ©e new-yorkaise qui offrait un enseignement libre des sciences humaines et sociales. C’est dans cette derniĂšre que s’est formellement constituĂ©e la Technical Alliance, un groupe constituĂ© de d’ingĂ©nieurs, de mathĂ©maticiens, de scientifiques, de statisticiens et d’économistes, dont beaucoup appartenaient Ă  l’école. Les buts de cette association Ă©taient :

  • « de mettre en Ă©vidence les gaspillages et les dĂ©perditions du systĂšme industriel actuel » ;
  • « d’établir une estimation des matiĂšres premiĂšres et de la main-d’Ɠuvre nĂ©cessaires pour garantir aux diffĂ©rents membres de la sociĂ©tĂ© un certain niveau de confort » ;
  • « de montrer schĂ©matiquement comment [fonctionnait] le systĂšme actuel de production et de distribution, et, parallĂšlement, d’élaborer un modĂšle provisoire de production et de distribution entiĂšrement coordonnĂ©es ».

La Technical Alliance proposait de mener des recherches concernant le systĂšme industriel, et en particulier sur ses inefficacitĂ©s. Elle offrait aussi des services d’ingĂ©nierie appliquĂ©e pour les organisations publiques et les grands groupes industriels.

Organigramme de la Technical Alliance, vers 1920 (source : The Words and Wisdom of Howard Scott)

Outre Thorstein Veblen (qui n’était nĂ©anmoins presque pas impliquĂ©, Ă©tant souffrant et ayant perdu sa femme Ă  l’automne 1920), plusieurs personnalitĂ©s en vogue dans le monde scientifique faisaient partie de l’association, dont l’ingĂ©nieur en Ă©lectricitĂ© Charles Steinmetz, le physicien Richard C. Tolman et le statisticien Leland Olds. Mais un homme se dĂ©tachait du reste du groupe, et en constituait le rĂ©el meneur idĂ©ologique : Howard Scott.

La technocratie d’Howard Scott

Howard Scott Ă©tait un AmĂ©ricain nĂ© en 1890 qui se prĂ©sentait comme un ingĂ©nieur. Il Ă©tait plutĂŽt Ă©nigmatique sur son passĂ©, Ă  tel point que son expertise technique serait plus tard remise en question. À la fin de l’annĂ©e 1919, il occupait la position d’ingĂ©nieur en chef de la Technical Alliance, dont il Ă©tait la tĂȘte pensante et le meneur idĂ©ologique. En particulier, il en avait rĂ©digĂ© le programme et se chargeait de rĂ©pondre Ă  la presse.

Il défendait un point de vue purement technocratique. En février 1921, dans une entrevue accordée au New York World, il affirmait :

« Les techniciens sont les seuls Ă  savoir comment les choses se font. Ils ne sont pas les seuls producteurs, mais ils sont les seuls Ă  savoir comment la production s’effectue. Les banquiers, eux, ne le savent pas. Les politiciens et les diplomates ne le savent pas. Si ces gens-lĂ  le savaient, ils auraient dĂ©jĂ  lancĂ© le processus. Ils sont tous favorables Ă  la production – tout le monde l’est ; mais ceux qui ont Ă©tĂ© aux commandes jusqu’à prĂ©sent ne savent pas comment s’y prendre, tandis que ceux qui savent comment s’y prendre n’ont pas encore considĂ©rĂ© que cela relevait de leur compĂ©tence. »

Il poursuivait :

« On pourrait rĂ©sumer tout le problĂšme comme Ă©tant celui de l’élimination du gaspillage. [
] L’ingĂ©nieur reconnaĂźt que l’oisivetĂ© est un gaspillage, que la duplication des efforts est un gaspillage, et que l’épuisement inutile de toute ressource naturelle est un gaspillage. Si nous parvenons Ă  Ă©liminer l’oisivetĂ© et la duplication des efforts, nous pourrions connaĂźtre une prospĂ©ritĂ© immĂ©diate – une prospĂ©ritĂ© telle que le monde n’en a jamais connue. Si nous parvenons ensuite Ă  trouver un moyen de gĂ©rer nos ressources naturelles, nous pourrions rendre cette prospĂ©ritĂ© permanente. »

L’Alliance a Ă©tĂ© cependant dissoute au cours de l’annĂ©e 1921, Ă  cause d’une dissension interne liĂ©e notamment au tempĂ©rament de Scott. À la suite de cette brouille, Howard Scott a peaufinĂ© sa thĂ©orie, refusant d’abandonner sa vision et passant son temps libre Ă  Greenwich Village pour en discuter avec qui voulait l’écouter. Il gĂ©rait en parallĂšle une petite manufacture de cire pour sols dans le New Jersey pour subvenir Ă  ses besoins.

À la fin de la dĂ©cennie, un Ă©vĂšnement est venu changer le cours des choses : le krach d’octobre 1929, dont les effets devaient se faire ressentir pendant plusieurs annĂ©es, au cours de ce que l’on a appelĂ© la Grande DĂ©pression. Beaucoup y ont vu un Ă©chec du systĂšme en place, et ont cherchĂ© des solutions, ce qui a inĂ©vitablement ravivĂ© l’idĂ©e technocratique. Howard Scott est ainsi revenu sur les devants de la scĂšne : en 1930, il a relancĂ© une enquĂȘte sur l’énergie Ă  l’universitĂ© Columbia (intitulĂ©e « Energy Survey of North America ») ; en 1931, il a remis sur pieds la Technical Alliance avec avec le gĂ©ophysicien M. King Hubbert (futur thĂ©oricien du pic pĂ©trolier) et quelques anciens membres de l’organisation ; et en 1932, il a commencĂ© Ă  communiquer les premiĂšres conclusions de sa recherche.

Howard Scott Ă  l’hĂŽtel Morrison Ă  Chicago le 29 juin 1933 ; il est entourĂ© par (de gauche Ă  droite) M. King Hubbert, William Knight et Ernest N. Howe (source : Associated Press via Technocracy Technate Picture Archive)

Étant donnĂ© le contexte Ă©conomique de l’époque, son ton Ă©tait volontiers catastrophique et prophĂ©tique, et il se prĂ©sentait comme un sauveur7. En aoĂ»t 1932, par l’entremise du professeur Walter Rautenstrauch (prĂ©sident du dĂ©partement gĂ©nie industriel de Columbia), un article concernant l’enquĂȘte sur l’énergie a Ă©tĂ© publiĂ© dans le New York Times. Howard Scott y prĂ©disait l’augmentation du chĂŽmage et « l’effondrement du systĂšme » si aucune dĂ©cision concernant la rĂ©partition de l’énergie n’était prise. Ce mouvement naissant, qui a pris alors le nom de technocratie8, a attirĂ© l’attention du public et les articles se sont multipliĂ©s dans la presse, aboutissant Ă  une vĂ©ritable frĂ©nĂ©sie mĂ©diatique.

Nombre d’articles rĂ©digĂ©s sur le mouvement technocratique, dans le New York Times dans les revues (source : David Adair)

Au plus haut de l’engouement, Howard Scott soutenait que l’effondrement du systĂšme des prix Ă©tait Ă  la fois inĂ©luctable et imminent. Dans un article publiĂ© en janvier 1933 dans le Harper’s Magazine, il affirmait avec emphase :

« Une crise dans l’histoire de la civilisation amĂ©ricaine est imminente. La nation se trouve Ă  l’aube d’un Ă©vĂ©nement qui est Ă  la fois une opportunitĂ© et une catastrophe. L’opportunitĂ© porte sur le bien-ĂȘtre social, la catastrophe est l’échec du systĂšme des prix ; et il n’est possible d’échapper ni Ă  l’une ni Ă  l’autre. La meule des dieux a presque accompli son Ɠuvre, et elle a moulu la farine avec une finesse extrĂȘme. »

Mais l’enthousiasme du grand public pour la technocratie de Scott a Ă©tĂ© de courte durĂ©e. D’une part, l’accession de Franklin D. Roosevelt Ă  la prĂ©sidence et l’application de son New Deal ont eu pour effet de rĂ©pondre partiellement aux revendications sociales. D’autre part, un discours d’Howard Scott donnĂ© Ă  l’hĂŽtel Pierre 13 janvier 1933 (et retransmis Ă  la radio) a profondĂ©ment déçu l’élite industrielle, qui s’est aperçue de son amateurisme.

AprĂšs cet apogĂ©e mĂ©diatique, le mouvement s’est scindĂ© en plusieurs branches, dont celle de Harold Loeb, rĂ©formiste, qui durerait quelques annĂ©es. Mais la principale branche restait celle d’Howard Scott, plus rĂ©volutionnaire, qui se concentrait autour de la sociĂ©tĂ© commerciale Technocracy Inc., enregistrĂ©e en 1934.

Le mouvement a alors pris des atours sectaires : il a adoptĂ© le symbole du yin et du yang comme emblĂšme ; le rouge vermillon et le gris argentĂ© ont Ă©tĂ© choisis comme couleurs officielles ; et ses membres se sont mis Ă  porter des uniformes et Ă  faire des saluts militaires. Un slogan a Ă©tĂ© trouvé : « la science appliquĂ©e Ă  l’ordre social9 ». Technocracy Inc. a Ă©ditĂ© plusieurs ouvrages de propagande, dont le propre livre de Scott intitulĂ© Science versus Chaos. Le programme politique du mouvement s’est clarifiĂ©, son but Ă©tant de faire advenir une « zone continentale soumise Ă  un contrĂŽle technique » en AmĂ©rique du Nord : le « technat d’AmĂ©rique ». Les technocrates, comme l’explique David Adair, se voyaient davantage comme une Ă©lite, « et qui plus est une Ă©lite biologique ». Cette ambition radicale a notamment attirĂ© des auteurs de science-fiction, comme Hugo Gernsback (l’inventeur du terme « scientific fiction »), T. Bruce Yerke, ou encore le jeune Ray Bradbury.

Technat d’AmĂ©rique, illustration de 1940 (source : Cornell)

Les certificats d’énergie de Technocracy Inc.

Howard Scott articulait son discours autour de la critique du systĂšme des prix, qu’il jugeait ĂȘtre la cause des maux de la sociĂ©tĂ©. Il lui opposait une conception Ă©nergĂ©tique de la valeur : en janvier 1933, il affirmait ainsi que le dollar Ă©tait une « unitĂ© purement arbitraire », et mettait en avant la « constance de l’unitĂ© d’énergie ». Il expliquait :

« L’énergie se prĂ©sente sous de nombreuses formes, mais il est possible de les mesurer en unitĂ©s de travail — l’erg et le joule — ou en unitĂ©s de chaleur — la calorie. C’est le fait que toutes les formes d’énergie, quelles qu’elles soient, puissent ĂȘtre mesurĂ©es en ergs, en joules ou en calories qui revĂȘt une importance capitale. La rĂ©solution des problĂšmes sociaux de notre Ă©poque dĂ©pend de la reconnaissance de ce fait. Un dollar peut valoir — en pouvoir d’achat — tant aujourd’hui et plus ou moins demain, mais une unitĂ© de travail ou de chaleur est la mĂȘme en 1900, 1929, 1933 ou en l’an 2000. »

Il prĂ©conisait donc l’abolition du systĂšme des prix, qui se matĂ©rialiserait par le remplacement de la monnaie par un « intermĂ©diaire de distribution ». Il dĂ©fendait la mise en place de certificats d’énergie attribuĂ©s Ă  chaque citoyen, qui seraient des parts de l’énergie totale produite et qui ne pourraient pas ĂȘtre Ă©changĂ©es ou prĂȘtĂ©es (mettant fin Ă  la spĂ©culation et aux bulles de crĂ©dit). En 1932, il expliquait :

« Toute unitĂ© de mesure sous contrĂŽle technologique constituerait une certification de l’énergie disponible convertie. Ces unitĂ©s de certification n’auraient de validitĂ© que pendant la pĂ©riode d’équilibre de charge pour laquelle elles ont Ă©tĂ© Ă©mises. »

La vision d’Howard Scott a par la suite Ă©tĂ© affinĂ©e par ses disciples. En 1937, un technocrate appelĂ© Harold Fezer a dĂ©taillĂ© Ă  quoi pouvait ressembler ce systĂšme de certificats d’énergie. Il Ă©crivait :

« Le nombre total de certificats qui seront Ă©mis correspondra Ă  la quantitĂ© totale d’énergie nette convertie lors de la fabrication de biens et de la prestation de services. Tous les coĂ»ts d’exploitation, de remplacement, d’entretien et d’extension (en Ă©nergie) du complexe continental, ainsi que tous les coĂ»ts liĂ©s aux services et prestations commerciaux (tels que les transports locaux, la santĂ© publique et la fourniture d’une surface habitable minimale pour chaque individu) sont dĂ©duits avant de calculer l’énergie nette. La conversion de l’énergie humaine n’entre pas dans ce calcul puisqu’elle reprĂ©sente moins de 2 % de l’énergie totale consommĂ©e. La part de chaque individu n’est pas basĂ©e sur sa contribution en termes de travail ou d’effort Ă  l’ensemble des opĂ©rations de la zone. La thĂ©orie de la « valeur » travail — ou de toute autre « valeur » — n’existe pas. [
] Le certificat sera dĂ©livrĂ© directement Ă  l’individu. Il est incessible et non nĂ©gociable, et ne peut donc ĂȘtre volĂ©, perdu, prĂȘtĂ©, empruntĂ© ou donnĂ©. Il n’est pas cumulable, ne peut donc pas ĂȘtre Ă©pargnĂ©, et ne porte pas d’intĂ©rĂȘts. Il n’est pas obligatoire de le dĂ©penser, mais il perd sa validitĂ© aprĂšs une pĂ©riode dĂ©terminĂ©e. »

Fezer dĂ©crivait ensuite l’aspect purement pratique de la chose. Le certificat serait « imprimĂ© sur du papier filigranĂ© et dĂ©livrĂ© sous forme de bandes pliĂ©es en carnets rectangulaires suffisamment petits pour ĂȘtre facilement transportĂ©s dans une poche ».

Exemple de certificat d’énergie (source : Harold Fezer)

Le systĂšme dĂ©fendu par les technocrates Ă©tait un systĂšme de surveillance Ă©conomique total. Fezer dĂ©crivait comment ce systĂšme pouvait fonctionner avec les techniques de l’époque :

« Les perforations prĂ©vues permettent l’utilisation d’une cellule photoĂ©lectrique. GrĂące Ă  ce dispositif, il sera possible d’enregistrer automatiquement et pratiquement instantanĂ©ment la date, l’heure, la quantitĂ© et le type d’achat, ainsi que les coordonnĂ©es complĂštes de la personne effectuant l’achat. Les totaux pour le continent ou toute partie du continent seront rapidement disponibles Ă  tout moment. On verra Ă  quel point ce systĂšme — la cellule photoĂ©lectrique et le certificat d’énergie — sera indispensable pour le maintien de calendriers de production adĂ©quats et de stocks suffisants. GrĂące Ă  lui, de nombreux types de vĂ©rifications pourront ĂȘtre effectuĂ©s rapidement. Si nĂ©cessaire, les dĂ©placements d’un individu pourront ĂȘtre retracĂ©s Ă  partir de ses achats Ă  travers le continent. »

Ainsi, le mouvement technocratique d’Howard Scott a thĂ©orisĂ© l’ambition totalitaire par excellence : l’abolition de la monnaie et du systĂšme Ă©conomique tels que nous les connaissons, au profit d’un systĂšme de distribution requĂ©rant la surveillance et le contrĂŽle de chaque citoyen.

Le nouvel ordre mondial de H. G. Wells

Un dernier idĂ©ologue de la pensĂ©e technocratique, contemporain du mouvement d’Howard Scott, est l’écrivain de science-fiction britannique Herbert George Wells, qui, avant de connaitre le succĂšs littĂ©raire, avait Ă©tudiĂ© la science Ă  la Normal School of Science de Londres (et notamment la biologie auprĂšs de Thomas Huxley, le « bouledogue de Darwin »). L’écrivain a exposĂ© sa vision du monde dans ses Ɠuvres, tant au sein de ses romans que ses essais : un point de vue planiste et socialiste, radicalement opposĂ© Ă  l’individualitĂ© et Ă  la confidentialitĂ©10. Il y anticipait rĂ©guliĂšrement l’avĂšnement d’un État mondial rationaliste, qui remĂ©dierait aux maux du libre-arbitre humain, comme la guerre11. Cette obsession technocratique, dĂ©jĂ  prĂ©sente dĂšs ses premiers romans, est devenue de plus en plus explicite au fur et Ă  mesure du temps.

H. G. Wells en 1920, portrait réalisé par George Charles Beresford (source : Wikimedia)

H.G. Wells a donnĂ© un aperçu de sa vision de la monnaie dans son roman The Shape of Things to Come, publiĂ© en 1933. Dans celui-ci, une longue rĂ©cession Ă©conomique a provoquĂ© une guerre majeure qui a laissĂ© l’Europe dĂ©vastĂ©e et menacĂ©e par la peste. Les nations dotĂ©es des forces aĂ©riennes les plus puissantes ont mis en place une dictature bienveillante : la « dictature aĂ©rienne », dominĂ©e par les techniciens, scientifiques et pilotes, dont la capitale se trouve Ă  Bassorah en actuel Irak. Cette organisation amĂšne la paix dans le monde en abolissant les divisions nationales, en faisant respecter l’anglais de base (le « basic » d’Ogden), en promouvant l’apprentissage scientifique et en interdisant la religion (qu’il s’agisse de l’islam ou du catholicisme).

ScĂšne de Things to Come (1836), adaptation cinĂ©matographique du livre de Wells, oĂč le rĂ©gime rationaliste de Bassorah soumet les « derniers vestiges sinistres d’anciens soldats prĂ©dateurs » (source : Youtube)

Wells y affirmait qu’« il ne pouvait y avoir de thĂ©orie de la monnaie qui ne soit pas, en rĂ©alitĂ©, une thĂ©orie complĂšte de l’organisation sociale ». C’est pour cette raison qu’il imaginait une « monnaie entiĂšrement abstraite », « dĂ©nuĂ©e de tout lien avec une substance matĂ©rielle », qui serait Ă©mise « de maniĂšre Ă  maintenir un indice des prix pratiquement constant », et qui serait « protĂ©gĂ©e par les lois les plus strictes contre toute forme de manipulation Ă  but lucratif ». Dans le roman, celle-ci prend la forme du « dollar aĂ©rien », dont la valeur est indexĂ©e Ă  l’énergie liĂ©e au transport de marchandises :

« Il ne s’agissait pas du tout d’une piĂšce de monnaie mĂ©tallique, mais d’une sĂ©rie de billets de papier reprĂ©sentant la distance, le poids, le volume et la vitesse. Chaque billet valait un certain nombre de kilogrammes dans un certain espace, pour un certain nombre de kilomĂštres Ă  une certaine allure. La valeur d’un dollar aĂ©rien s’était stabilisĂ©e Ă  peu prĂšs Ă  un mĂštre cube pesant dix kilogrammes et parcourant deux cents kilomĂštres Ă  cent kilomĂštres Ă  l’heure. Il s’agissait dĂ©jĂ  d’une unitĂ© d’énergie et non d’une unitĂ© de matiĂšre, comme l’avaient toujours Ă©tĂ© les anciennes normes mondiales. Ce changement indiquait trĂšs clairement que les anciennes conceptions statiques de la vie humaine aux ressources limitĂ©es cĂ©daient la place Ă  des idĂ©es cinĂ©tiques d’une vie en expansion constante. Le dollar aĂ©rien Ă©tait une unitĂ© d’énergie liĂ©e au transport, et sa transformation en dollar-Ă©nergie de notre vie quotidienne d’aujourd’hui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© clairement esquissĂ©e par les experts de Bassorah, bien que le changement effectif n’ait Ă©tĂ© accompli que dix ans plus tard. »

Tout comme le mouvement technocratique qui lui Ă©tait contemporain, H.G. Wells militait donc pour l’abolition de la monnaie. Mais son ambition Ă©tait mondiale et non continentale. C’est pourquoi il a cherchĂ© Ă  influencer la gĂ©opolitique de son temps par ses publications : en 1940, quelques annĂ©es avant sa mort, il a ainsi rĂ©digĂ© un essai intitulĂ© Le Nouvel ordre mondial, dans lequel il soutenait la formation d’un État mondial socialiste et scientifiquement planifiĂ©. Celui-ci s’inscrivait dans l’effort occidental de crĂ©er une gouvernance internationale durable dans le cadre de la crĂ©ation de l’ONU. Le texte contenait en particulier une « dĂ©claration des droits de l’homme », qui a fait partie des 18 textes consultatifs pour la rĂ©daction de la DĂ©claration universelle des droits de l’homme en 1948.

Les héritages du mouvement technocratique

AprĂšs les annĂ©es 1930, le mouvement technocratique a progressivement dĂ©clinĂ©. La commencement de la Seconde Guerre mondiale et l’entrĂ©e en guerre du Canada est venu bouleverser les choses. Scott s’y est d’abord opposĂ©, envoyant un tĂ©lĂ©gramme au premier ministre canadien en 1939 oĂč il affirmait que « Technocracy Inc. [s’opposait] catĂ©goriquement Ă  la mobilisation des effectifs canadiens pour toute guerre menĂ©e en dehors de ce continent », avant de plaider pour la « mobilisation totale » en juin 1940, alors que la France Ă©tait submergĂ©e par l’Allemagne nazie. À cause de cette volontĂ© d’interfĂ©rer dans les affaires publiques, l’État fĂ©dĂ©ral canadien a interdit le mouvement technocratique sur son territoire Ă  partir de 1940 (au mĂȘme titre que les TĂ©moins de JĂ©hovah et le Parti communiste), et des membres de Technocracy Inc. ont mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par la Gendarmerie royale.

Le mouvement a continuĂ© de dĂ©cliner aprĂšs-guerre, et a presque disparu Ă  la suite de la mort de son meneur messianique, Howard Scott, en 1970. Toutefois, la pensĂ©e technocratique n’a pas pĂ©riclité : elle a mutĂ© et s’est insinuĂ©e dans les sphĂšres de pouvoir. DĂšs la dĂ©claration Schuman en 1950, la construction europĂ©enne Ă©tait dĂ©signĂ©e comme un « technocratisme superdirigiste international, discrĂ©tionnaire, et Ă©ternel » par Albert MĂ©tral, prĂ©sident du Syndicat gĂ©nĂ©ral des industries mĂ©caniques et transformatrices de mĂ©taux. De mĂȘme, le projet RAND aux États-Unis et le Club de Rome en Italie avaient tous les deux une composante technocratique forte.

Dans les annĂ©es 1960–1970, la pensĂ©e technocratique a connu un regain d’intĂ©rĂȘt auprĂšs du public, notamment en raison du dĂ©veloppement de la cybernĂ©tique, d’Internet et de l’intelligence artificielle, qui ont rendu plus envisageable la gestion planifiĂ©e de la sociĂ©tĂ©. Au Chili, c’est ce qui a poussĂ© le gouvernement de Salvador Allende Ă  dĂ©velopper le projet CyberSyn entre 1970 et 1973, un systĂšme informatique en temps rĂ©el qui avait pour but de gĂ©rer une Ă©conomie planifiĂ©e cybersocialiste.

Fréquence du terme « technocracy » dans les sources imprimées entre 1919 et 2022 (source : Ngram Viewer)

Plus rĂ©cemment, la technocratie est Ă  nouveau revenue dans l’actualitĂ© lors de la crise du covid de 2020–2022 (oĂč les concepts de « grande rĂ©initialisation » de Klaus Schwab et de « ville du quart d’heure » de Carlos Moreno ont Ă©tĂ© exposĂ©s au grand public). Puis, elle est a encore fait parler d’elle avec l’accession au pouvoir de Donald Trump en 2025 qui a mis en lumiĂšre des personnalitĂ©s comme Peter Thiel (Palantir) ou Elon Musk (DOGE12). Le cas d’Elon Musk est intĂ©ressant car son grand-pĂšre maternel, Joshua Norman Haldeman, a fait partie du mouvement technocratique originel entre 1936 et 1941 (et a mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  Vancouver en octobre 1940 en raison de son implication).

Concernant la monnaie, on peut trouver dans la pensĂ©e technocratique les prĂ©mices de concepts comme la « monnaie estampillĂ©e » de Silvio Gesell (aussi appelĂ©e monnaie fondante, qui perdrait en valeur lors de sa dĂ©tention selon un taux de demeurage fixe), l’« économie distributive » de Jacques Duboin (qui fournirait un revenu de base Ă  chaque citoyen), ou la « monnaie idĂ©ale » du mathĂ©maticien John Nash (dont la valeur serait ajustĂ©e par rapport Ă  l’inflation des prix). Les projets de monnaie synthĂ©tique mondiale, comme le concept de bancor soutenu par Keynes Ă  Bretton Woods en 1944, ou les droits de tirage spĂ©ciaux Ă©mis par le FMI en 1969, s’inscrivent aussi dans cette tendance. Enfin, les projets de monnaie numĂ©rique de banque centrale (tel que le projet d’euro numĂ©rique dĂ©fendu aujourd’hui par la Banque centrale europĂ©enne) constituent des objets intrinsĂšquement technocratiques, les MNBC Ă©tant par essence des systĂšmes centralisĂ©s et programmables, permettant l’intervention directe et instantanĂ©e dans la vie Ă©conomique des citoyens.

Combattre la dictature technicienne

Le projet technocratique est clair : assujettir les ĂȘtres humains Ă  une administration rationnelle et totalitaire. Bien qu’il soit sĂ©duisant pour les esprits scientifiques obtus, ce projet constitue un danger. C’est cette menace que se sont efforcĂ©s d’exposer des Ă©crivains comme Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932) ou George Orwell (1984, 1949). L’analyse rationnelle, aussi sĂ©duisante soit-elle, ne peut pas apprĂ©hender l’ensemble de la rĂ©alitĂ©, et l’application d’un tel projet mĂšnerait probablement Ă  un avenir dystopique.

Aujourd’hui, la prĂ©sence de la technique dans nos vies a atteint un niveau tel que cette menace semble imminente. L’identitĂ© numĂ©rique est dĂ©jĂ  en train d’ĂȘtre mise en place. La surveillance de masse, en ligne comme dans l’espace public, progresse Ă  vitesse grand V. Les monnaies numĂ©riques centralisĂ©es, qu’il s’agisse des MNBC ou des stablecoins, sont en voie de dĂ©ploiement. L’« intelligence artificielle » est portĂ©e aux nues, et certains thĂ©oriciens dĂ©sirent qu’elles prennent en charge le gouvernement des hommes, ce qui aboutirait Ă  une « technocratie directe » exempte d’« erreurs humaines » et de vicissitudes politiques. En bref, tous les ingrĂ©dients sont lĂ  pour permettre Ă  un rĂ©gime tyrannique mondial d’émerger et de rĂ©duire l’humanitĂ© Ă  du bĂ©tail.

Si la tendance vers la technocratie existe, nous avons toujours la possibilitĂ© d’y rĂ©sister. Cette opposition peut ĂȘtre sociale ou politique, mais elle passe avant tout par un rĂ©sistance directe et quotidienne. En effet, c’est en refusant les outils du contrĂŽle numĂ©rique dans notre vie de tous les jours que nous pouvons nous prĂ©munir contre le danger technocratique de façon efficace et durable. Diverses mĂ©thodes existent ainsi pour prĂ©server notre libertĂ© et notre confidentialitĂ© face Ă  l’envahissement de la technique, dont quelques-unes sont les suivantes :

  • Utiliser des systĂšmes d’exploitation libres, comme Linux sur ordinateur ou GrapheneOS sur tĂ©lĂ©phone, en lieu et place de systĂšmes propriĂ©taires fermĂ©s comme Microsoft ou iOS ;
  • Passer par des applications de communication chiffrĂ©es pour interagir, comme Signal, plutĂŽt celles oĂč un tiers peut accĂ©der Ă  vos messages (Telegram, Whatsapp) ;
  • Utiliser des services de confidentialitĂ©, comme les VPN ou Tor, pour naviguer en ligne ;
  • PrĂ©fĂ©rer payer en argent liquide ou en cryptomonnaie (Bitcoin, Monero), plutĂŽt que de se servir d’une carte de crĂ©dit, de PayPal ou de Google Pay ;
  • Commander ses biens et services directement aux producteurs, plutĂŽt que de passer par des intermĂ©diaires comme les supermarchĂ©s et les plateformes en ligne (Amazon, etc.) ;
  • PrivilĂ©gier la « vie rĂ©elle » Ă  la « rĂ©alitĂ© virtuelle » pour limiter sa trace numĂ©rique.

La liberté sera décentralisée ou ne sera pas.


Références et notes

David Adair, The technocrats 1919-1967: A case study of conflict and change in a social movement (Simon Fraser University, 1970).
The Words and Wisdom of Howard Scott (Technocracy Inc., 1989)
Finn Brunton, « Speculating with Money », in Digital Cash: The Unknown History of the Anarchists, Utopians, and Technologists Who Created Cryptocurrency (Princeton University Press, 2019), pp. 6–20.

Illustration : « This is the Devouring Monster invented by Technocracy », illustration pleine page de Winsor McCay, parue le 2 avril 1933 dans le San Francisco Examiner (via le blog Yesterday’s Papers). Texte : rĂ©digĂ© intĂ©gralement sans LLM. Traduction : sauf prĂ©cision contraire, les traductions sont rĂ©alisĂ©es par l’auteur, au moyen de DeepL.

  1. Cet adage doctrinal apparait dans la Doctrine de Saint-Simon, rĂ©digĂ©e par les militants saint-simoniens Saint-Amand Bazard, Prosper Enfantin, Hippolyte Carnot, Henri Fournel et Charles Duveyrier et publiĂ©e en 1931. ↩
  2. Edward Bellamy, Cent ans aprĂšs ou l’An 2000, trad. Paul Rey (E. Dentu, 1891), pp. 54–55. ↩
  3. Howard Scott, le fondateur de Technocracy Inc., n’a lu le livre de Bellamy qu’aprĂšs avoir lancĂ© son mouvement, mais il l’a qualifiĂ© d’« ouvrage idĂ©aliste et imaginatif » en 1937. Il en faisait le commentaire suivant : « C’est une tentative sincĂšre qui mĂ©rite d’ĂȘtre lue, mais on ne pourrait pas concevoir un sous-marin Ă  partir de Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne, ni un systĂšme de contrĂŽle technique moderne Ă  partir de Looking Backward. » ↩
  4. CitĂ© dans Peter B. Petersen, « Henry Gantt and The New Machine (1916-1919) », Academy of Management Proceedings, 1986, pp. 128–132. ↩
  5. Peter B. Petersen, « Henry Gantt and The New Machine (1916-1919) », Academy of Management Proceedings, 1986, pp. 128–132. ↩
  6. Les essais de Veblen sur les ingĂ©nieurs ont Ă©tĂ© rassemblĂ©s en 1921 dans un ouvrage intitulĂ© The Engineers and the Price System, qui a Ă©tĂ© traduit en 1971 en français sous le titre Les IngĂ©nieurs et le capitalisme. ↩
  7. L’historien Henry Elsner dĂ©signe le mouvement technocratique de Scott comme un « scientisme messianique ». ↩
  8. Un « ComitĂ© sur la technocratie » a Ă©tĂ© créé durant l’annĂ©e 1932 : il Ă©tait dirigĂ© par Walter Rautenstrauch et largement influencĂ© par Howard Scott. ↩
  9. Le slogan est apparu dans Technocracy: Some Questions Answered, pamphlet Ă©ditĂ© en 1934 par Technocracy Inc. Il a Ă©tĂ© repris Ă  de nombreuses reprises dans la propagande technocratique. ↩
  10. Voir Gabriel Custodiet, « H. G. Wells, prophet of Centralism », in Privacy and Utopia: A History (Amazon KDP, 2024), pp. 61–74. ↩
  11. Par exemple, le roman Une Utopie moderne publiĂ© en 1905, dĂ©crit comment des nobles appelĂ©s les « SamouraĂŻs » gouvernent un État mondial « dynamique, et non statique », qui assure la « combinaison du progrĂšs et de la stabilitĂ© politique ». Voir Une Utopie moderne, trad. Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz (Ă©ditions du Mercure de France, 1907), pp. 88, 295. ↩
  12. De nombreux libĂ©raux se sont rĂ©jouis de la crĂ©ation de ce Department of Governement Efficiency en 2025, qui a ƓuvrĂ© Ă  rĂ©duire les excĂšs de dĂ©pense publique dans l’administration fĂ©dĂ©rale, mais il faut garder en tĂȘte que son but premier Ă©tait l’efficacitĂ© de l’État fĂ©dĂ©ral, et non pas la rĂ©duction des effectifs ou la dĂ©centralisation du pouvoir. ↩
☐ ☆ ✇ Journal du Coin

Crypto US : Paul Atkins (SEC) fixe un cap provisoire en attendant le vote d’un cadre lĂ©gislatif

By: Ben Canton —

La SEC temporise sur la crypto. Le paysage rĂ©glementaire des actifs numĂ©riques aux États-Unis connaĂźt actuellement une transformation majeure sous l’impulsion du CongrĂšs et des instances de rĂ©gulation financiĂšre. Paul S. Atkins, prĂ©sident de la Securities and Exchange Commission (SEC), a ainsi publiĂ© le 17 mars une interprĂ©tation officielle conjointe avec la CFTC, marquant la fin d’une dĂ©cennie d’incertitude juridique. Ce document de 68 pages clarifie la nature des cryptoactifs et rompt avec la politique prĂ©cĂ©dente de « rĂ©gulation par l’exĂ©cution » (regulation by enforcement).

En reconnaissant que la grande majoritĂ© des actifs numĂ©riques ne constituent pas des titres financiers (securities), l’agence fĂ©dĂ©rale propose un cadre lisible qui distingue dĂ©sormais cinq catĂ©gories claires, allant des matiĂšres premiĂšres numĂ©riques aux objets de collection. Toutefois, cette notice interprĂ©tative ne constitue qu’un « socle transitoire », la dĂ©finition d’un rĂ©gime juridique dĂ©finitif et permanent reposant Ă  prĂ©sent entre les mains du CongrĂšs amĂ©ricain, qui traine un peu Ă  voter le fameux CLARITY Act.

Les points clés de cet article :
  • La SEC a publiĂ© une interprĂ©tation officielle clarifiant la nature des cryptoactifs, marquant un tournant dans le paysage rĂ©glementaire amĂ©ricain.

  • Une nouvelle classification distingue les actifs soumis Ă  la SEC, introduisant un cadre transitoire en attendant le CLARITY Act du CongrĂšs, qui tarde Ă  ĂȘtre votĂ©.

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Une nouvelle classification simplifiée de la crypto, des stablecoins et des NFT

La clarification apportĂ©e par la SEC repose sur une taxonomie qui limite dĂ©sormais son propre champ d’intervention. Paul Atkins a prĂ©cisĂ© lors du DC Blockchain Summit qu’une seule classe d’actifs reste soumise aux lois sur les valeurs mobiliĂšres : les titres traditionnels tokenisĂ©s (actions ou obligations sur blockchain). À l’inverse, les matiĂšres premiĂšres numĂ©riques (comme Bitcoin ou Ethereum), les outils numĂ©riques, les objets de collection (NFT) et les stablecoins Ă©chappent dĂ©sormais Ă  la compĂ©tence directe de la SEC.

Cette simplification rĂ©duit le risque juridique pour les entreprises du secteur, le prĂ©sident soulignant que les rĂšgles doivent ĂȘtre assez flexibles pour accommoder l’innovation. Toutefois, Paul Atkins a insistĂ© sur le fait que cette interprĂ©tation n’est qu’un « commencement et non une fin ». Elle constitue un « pont » nĂ©cessaire pour guider les marchĂ©s en attendant que le pouvoir lĂ©gislatif fournisse un cadre dĂ©finitif.

L’agence prĂ©cise d’ailleurs que des activitĂ©s courantes, telles que les distributions gratuites (airdrops) ou le staking de protocole, ne crĂ©ent pas de contrats d’investissement dans ce nouveau cadre. Cette nouvelle grille de lecture sert de transition stratĂ©gique alors que le CongrĂšs travaille activement sur une lĂ©gislation structurelle.

Le paysage rĂ©glementaire des actifs numĂ©riques aux États-Unis connaĂźt actuellement une transformation majeure sous l'impulsion du CongrĂšs et des instances de rĂ©gulation financiĂšre. Paul S. Atkins, prĂ©sident de la Securities and Exchange Commission (SEC), a ainsi publiĂ© le 17 mars une interprĂ©tation officielle conjointe avec la CFTC, marquant la fin d'une dĂ©cennie d'incertitude juridique. Ce document de 68 pages clarifie la nature des cryptoactifs et rompt avec la politique prĂ©cĂ©dente de « rĂ©gulation par l'exĂ©cution » (regulation by enforcement). En reconnaissant que la grande majoritĂ© des actifs numĂ©riques ne constituent pas des titres financiers (securities), l'agence fĂ©dĂ©rale propose un cadre lisible qui distingue dĂ©sormais cinq catĂ©gories claires, allant des matiĂšres premiĂšres numĂ©riques aux objets de collection. Toutefois, cette notice interprĂ©tative ne constitue qu'un « socle transitoire », la dĂ©finition d'un rĂ©gime juridique dĂ©finitif et permanent reposant Ă  prĂ©sent entre les mains du CongrĂšs amĂ©ricain, qui traine un peu Ă  voter le fameux CLARITY Act.
Paul Atkins, le boss de la SEC, explique en substance que dĂ©sormais la balle est dans le camp du CongrĂšs – Source : Compte X

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Un transfert de compétences vers le CongrÚs et la CFTC

Ce changement de doctrine s’accompagne d’une volontĂ© de la SEC de dĂ©lĂ©guer la fixation des rĂšgles finales au pouvoir lĂ©gislatif. Paul Atkins a signalĂ© que l’agence s’effacerait devant le projet de loi sur la structure du marchĂ©, le CLARITY Act, une fois celui-ci adoptĂ©. Ce texte vise Ă  confĂ©rer Ă  la CFTC une autoritĂ© accrue sur la surveillance des actifs numĂ©riques. Les nĂ©gociations au SĂ©nat progressent de maniĂšre notable : une rencontre rĂ©cente entre des sĂ©nateurs rĂ©publicains et le conseiller crypto de la Maison-Blanche, Patrick Witt, a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de trĂšs productive.

Les lĂ©gislateurs estiment ĂȘtre dĂ©sormais Ă  « 99 % du chemin » concernant les points de blocage sur les rendements des stablecoins. En prĂ©vision de cette transition, la SEC prĂ©voit d’instaurer un « Token Safe Harbor », offrant aux startups une pĂ©riode d’exemption pour tester leurs projets sans contrainte d’enregistrement complet.

L’objectif affichĂ© est de transformer le rĂ©gulateur en un « partenaire de la structuration de l’industrie », tout en maintenant la fermetĂ© nĂ©cessaire pour protĂ©ger les investisseurs. Le transfert du pouvoir vers la CFTC et le pouvoir lĂ©gislatif marque l’entrĂ©e du marchĂ© crypto dans une phase d’institutionnalisation, soutenue par une visibilitĂ© rĂ©glementaire inĂ©dite.

Cette orientation rĂ©duit considĂ©rablement les menaces de poursuites judiciaires massives. Bien que cette interprĂ©tation soit un outil provisoire, elle constitue un signal fort pour les acteurs institutionnels opĂ©rant sur le sol amĂ©ricain. La signature d’un protocole d’accord (MOU) avec la CFTC la semaine derniĂšre confirme cette volontĂ© de coordination. Le marchĂ© attend dĂ©sormais le passage dĂ©finitif du CLARITY Act au SĂ©nat pour sceller ce nouveau rĂ©gime juridique pro-innovation et c’est pourquoi Paul Atkins prĂ©fĂšre rester prudent.

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