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Blockchain et UX : le paradoxe de la transparence

By: blockchainpartner —

Nous publions aujourd’hui notre premiĂšre Ă©tude sur l’UX (user experience) et les blockchains – sujet passionnant tant il est crucial pour l’adoption de ces technologies. 

Nous l’abordons sous l’angle de l’impĂ©rative transparence des blockchains. Cette notion d’ouverture totale, Ă  tous et sans limites, oĂč chacun peut techniquement “voir” de ses propres yeux la machinerie qui se met en place, est peut-ĂȘtre le talon d’achille de la blockchain. 

Termes spĂ©cifiques, sĂ©ries de caractĂšres Ă  apprendre par cƓur, opĂ©rations financiĂšres complexes avec multisignatures sont autant de barriĂšres difficiles Ă  dĂ©passer pour des non-initiĂ©s. À l’inverse, trop simplifier ces processus serait prendre le risque de paraitre opaque sur ses activitĂ©s. 

Cette transparence n’est donc pas synonyme d’accessibilitĂ©, bien au contraire. C’est pourquoi le rĂŽle des interfaces, autant d’un point de vue UX qu’UI, est aujourd’hui crucial pour permettre l’adoption de ces nouveaux services. C’est mĂȘme le deuxiĂšme “pain point”, aprĂšs les enjeux en matiĂšre de scalabilitĂ©, que rĂ©vĂšle ce sondage de janvier 2019 rĂ©alisĂ© auprĂšs de 160 fondateurs et dĂ©veloppeurs de Dapps.

Alors, deux ans plus tard, il est possible de questionner, de maniĂšre lĂ©gitime, sur les possibles évolutions de ces “pain points”. C’est ce que nous proposons dans cette Ă©tude.

Sommaire :

  • UX & UI : partir sur des bases saines
  • Un enjeu de simplicitĂ© : l’exemple de Foundation
  • Un enjeu de lexique : l’exemple d’Argent
  • Un enjeu de confiance : l’exemple de  Balancer V2
  • Conclusion & pour aller plus loin
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Découvrez quatre services de la DeFi à travers le démonstrateur CoFinance

By: blockchainpartner —

Nouveau systĂšme financier basĂ© sur les technologie blockchain et les cryptoactifs, la finance dĂ©centralisĂ©e (DeFi, pour Decentralized Finance en anglais) offre une alternative numĂ©rique au systĂšme traditionnel, qu’elle vient Ă  la fois complĂ©ter et concurrencer.

CaractĂ©risĂ© par sa modularitĂ©, ce systĂšme se compose de multiples services centrĂ©s sur des besoins spĂ©cifiques (Ă©changes de crypto-actifs, stablecoins, prĂȘts, produits dĂ©rivĂ©s, fonds d’investissement, marchĂ©s prĂ©dictifs
) qui se combinent les uns avec les autres faisant ainsi Ă©merger de nouveaux usages chez les clients.

Au mois de Juin 2021, 60 milliards de dollars sont gĂ©rĂ©s par les smart-contracts et applicatifs de la DeFi, en progression exponentielle de 6000% par rapport Ă  l’annĂ©e derniĂšre. On y retrouve  dĂ©jĂ  des services sur toutes les verticales financiĂšres existantes. Le nombre d’utilisateurs a grimpĂ© de 0,2 Ă  2,5 millions en 1 an, ne reprĂ©sentant encore que 2% des dĂ©tenteurs de cryptoactifs dans le monde. 

Convaincus de la dimension stratĂ©gique de cette transformation et Ă  l’image d’acteurs comme BNY Mellon, Morgan Stanley, JP Morgan, StateStreet ou Citi qui ont fait part de leur volontĂ© de proposer des services relatifs Ă  la DeFi, Blockchain Partner by KPMG se positionne sur cette industrie Ă©mergente avec un dĂ©monstrateur agrĂ©geant 4 des principales solutions actuelles de la DeFi.

Co.Finance agrĂšge 4 des principales solutions DeFi : Uniswap (Echange dĂ©centralisĂ©), Aave (PrĂȘts et emprunts), Yearn finance (Fond d’investissement) et Unslashed finance (Assurance)

Actuellement, la multiplication des projets rend l’agrĂ©gation de plusieurs solutions nĂ©cessaire afin d’identifier les meilleures opportunitĂ©s, d’optimiser les frais et de limiter les risques en favorisant la diversification de portefeuille. Notre objectif est d’aider les dĂ©cideurs Ă  comprendre les enjeux liĂ©s Ă  l’essor de la DeFi en construisant une solution permettant de contrĂŽler et de gĂ©rer ses actifs numĂ©riques depuis une seule et mĂȘme interface.

Le Dashboard de Co.Finance permet de monitorer et gérer ses investissements et positions en une seule interface

En outre, les projets blockchain et crypto, plus que jamais, ont besoin d’asseoir leur lĂ©gitimitĂ© et leur crĂ©dibilitĂ© face aux acteurs traditionnels. Un des challenges pour faciliter l’adoption de ces solutions est de proposer des interfaces facilement intelligibles, qui masquent  la complexité  lexicale et technique inhĂ©rente aux  blockchains. Ainsi, l’interface de Co.Fi a Ă©tĂ© pensĂ©e pour ĂȘtre intuitive, sĂ©curisante et agrĂ©able Ă  utiliser au quotidien, dans le but de rendre cet Ă©cosystĂšme plus accessible en simplifiant l’UX au maximum.

Pour approfondir ces enjeux, venez dĂ©couvrir notre dĂ©monstrateur Ă  Vivatech sur le stand de KPMG, ou contactez-nous Ă  l’adresse suivante : cbalva@kpmg.fr

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Rapport – Cryptoactifs : vers une rĂ©volution financiĂšre

By: blockchainpartner —
Blockchain Partner by KPMG dévoile son rapport sur les tendances de fond du secteur des cryptoactifs

AprĂšs l’avĂšnement d’internet qui affecte fortement depuis prĂšs de 30 ans quasiment tous les domaines d’activitĂ©s (autant dans l’industrie que dans les services), une seconde rĂ©volution numĂ©rique s’amorce avec l’émergence de l’internet de la valeur. Celui-ci change totalement le paradigme du transfert et de la gestion de la valeur en ligne, en proposant un fonctionnement nativement numĂ©rique, dĂ©centralisĂ©, et accessible Ă  tous, remettant ainsi au centre la souverainetĂ© des individus.

Cette nouvelle rĂ©volution repose sur les technologies blockchains et les cryptoactifs qui rendent possible ce nouveau paradigme. DĂ©couvrez dans cette Ă©tude inĂ©dite les principales innovations de cette nouvelle industrie et l’analyse leur impact pour les annĂ©es Ă  venir.

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Tribune dans Revue Banque : « Avec les MNBC, les Européens ne doivent pas se tromper de combat »

By: blockchainpartner —

Claire Balva, CEO de Blockchain Partner, a publié dans le magazine Revue Banque une tribune sur les Monnaies Digitales de Banque Centrale. 

Morceaux choisis :

« Face au succĂšs grandissant des cryptoactifs, les banques centrales se positionnent. Elles souhaitent utiliser une “blockchain”, mais sans toutefois basculer dans la “crypto”. 

En rĂ©alitĂ©, une blockchain est philosophiquement incompatible avec un acteur tel qu’une banque centrale : ce protocole se caractĂ©rise par une forte dĂ©centralisation. Il ne peut donc ĂȘtre contrĂŽlĂ© par un acteur unique. C’est le cas des blockchains publiques en particulier : chacun peut librement accĂ©der au registre, et participer au rĂ©seau. Le bitcoin fonctionne selon ce principe. Une banque centrale, si elle crĂ©ait une blockchain publique pour gĂ©rer sa monnaie, perdrait de facto son pouvoir de crĂ©ation et de gestion monĂ©taire. 

Les projets de MDBC privilĂ©gient ainsi naturellement les blockchains dites “privĂ©es”. C’est le cas de la Banque de France qui, dans ses rapports “Monnaie digitale de banque centrale : une, deux ou aucune ?” et “La monnaie digitale de banque centrale” ainsi que dans ses expĂ©rimentations menĂ©es depuis 2020, envisage l’utilisation d’une blockchain privĂ©e pour une MDBC “de gros” et non “de dĂ©tail”. »

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« Finalement, une MDBC, telle qu’elle est envisagĂ©e aujourd’hui en Europe et en France, concurrencera probablement plus l’écosystĂšme traditionnel (utilisant de l’euro) que l’écosystĂšme des cryptoactifs. Cela n’est pas nĂ©cessairement un problĂšme: l’objectif principal derriĂšre la crĂ©ation d’une MDBC est d’apporter plus de compĂ©titivitĂ© aux banques centrales, en particulier Ă  l’ùre de la digitalisation. 

Mais cela montre surtout que l’Europe se trompe de combat. A vouloir rendre la banque centrale compĂ©titive, elle en oublie une autre rĂ©alitĂ© : une MDBC ne suffira pas Ă  rendre l’euro lui-mĂȘme compĂ©titif dans le nouvel environnement technologique des cryptoactifs. « 

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« Ce point est d’autant plus critique que les infrastructures blockchain comptent dĂ©jĂ  des stablecoins, c’est-Ă -dire des cryptoactifs dont le cours est indexĂ© sur des monnaies traditionnelles. Certains ont dĂ©jĂ  acquis un statut de rĂ©fĂ©rence dans le secteur : les quatre plus grands stablecoins (Tether, USDC, Dai et Binance USD) reprĂ©sentent Ă  eux quatre 96% de la capitalisation totale des stablecoins (voir Graphe). Ils sont tous les quatre indexĂ©s sur le dollar, ce qui renforce incontestablement l’influence monĂ©taire des Etats-Unis. »

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« Contre l’hĂ©gĂ©monie du dollar dans cet Ă©cosystĂšme, les projets actuels de MDBC français ou europĂ©ens n’apportent aucune rĂ©ponse. Or, c’est bien lĂ  que tout l’enjeu se situe : la vraie question ne devrait pas ĂȘtre la compĂ©titivitĂ© des banques centrales dans un monde qui se digitalise, mais la compĂ©titivitĂ© de l’euro face aux cryptoactifs – et donc face au dollar.

La solution serait de concurrencer ces outils sur leur terrain, en crĂ©ant un stablecoin indexĂ© sur l’euro. Ce dernier pourrait par exemple ĂȘtre adossĂ© Ă  la blockchain Ethereum sur laquelle est d’ores et dĂ©jĂ  construit l’essentiel des services de finance dĂ©centralisĂ©e. L’urgence, pour la compĂ©titivitĂ© de l’euro, ne semble donc pas tant de crĂ©er une MDBC, mais de crĂ©er un stablecoin euro, qu’il soit une MDBC ou une monnaie commerciale. »

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Bilan 2020

By: blockchainpartner —

Au terme d’une annĂ©e Ă©conomiquement difficile, l’écosystĂšme blockchain & crypto aura dĂ©montrĂ© sa rĂ©silience : entrĂ©e de nouveaux acteurs B2B, hausse du cours des cryptomonnaies, explosion du marchĂ© de la DeFi, et rĂ©gulation europĂ©enne
 Blockchain Partner vous propose de revenir sur les Ă©vĂ©nements marquants.

 

Pour faire face Ă  l’endettement croissant des banques commerciales suite Ă  la pandĂ©mie du coronavirus, les banques centrales majeures comme la BCE (Banque centrale europĂ©enne) ou la FED (US Federal Reserve) ont menĂ© une politique de quantitative easing ou “planche Ă  billet”, rachetant des obligations dĂ©gradĂ©es, entraĂźnant une perte de confiance Ă  l’égard des monnaies fiduciaires.

 

Ce besoin croissant de se prĂ©munir contre la chute des monnaies fiat (dollar, euro) et de s’affranchir des banques conduit, une fois de plus, Ă  une hausse de la popularitĂ© des cryptoactifs et des outils permettant d’y investir. Ainsi, le cours du Bitcoin a augmentĂ© de plus de 225% entre janvier et dĂ©cembre 2020. Cela tĂ©moigne de l’arrivĂ©e de nouvelles liquiditĂ©s sur le marchĂ©.

 

Mais l’impact de la crise Ă©conomique dans l’écosystĂšme blockchain & crypto ne se limite pas Ă  une hausse des investissements. D’autres services financiers utilisant une technologie  blockchain, et en particulier Ethereum, ont vu leur popularitĂ© augmenter. C’est le cas de la Finance DĂ©centralisĂ©e  (DeFi), dont l’objectif est d’offrir une alternative au systĂšme financier traditionnel en crĂ©ant les fondations d’un nouveau systĂšme, plutĂŽt qu’en apportant des amĂ©liorations incrĂ©mentales Ă  l’existant. 

 

Ainsi, la valeur totale des liquiditĂ©s dans la DeFi a augmentĂ© de 2252% pour franchir la barre des 12 milliards de dollars. Cette explosion a pour effet d’apporter plus de stabilitĂ© dans l’écosystĂšme crypto, en particulier dans le secteur de l’emprunt, de l’assurance, ou encore des marchĂ©s dĂ©rivĂ©s – caractĂ©risĂ©s par l’incertitude de l’action humaine – en permettant d’offrir plus de liquiditĂ© pour se couvrir.

De telles augmentations soulignent non seulement la rĂ©silience des cryptoactifs dans une situation de crise Ă©conomique, mais Ă©galement leur capacitĂ© Ă  gagner la confiance des investisseurs et de constituer une vĂ©ritable rĂ©serve de valeur. L’engouement autour de la DeFi laisse penser que l’annĂ©e 2021 sera trĂšs prometteuse pour le secteur des blockchains et cryptoactifs. Attention cependant : l’analyse peut ĂȘtre faussĂ©e par l’inondation de liquiditĂ©s consĂ©quente aux politiques monĂ©taires : les cryptomonnaies auraient-elles subsistĂ© sans cette derniĂšre ? 

L’annĂ©e 2020 se caractĂ©rise Ă©galement par un intĂ©rĂȘt croissant pour la tokenisation de la part d’entreprises de diffĂ©rents secteurs. De nouveaux acteurs Ă©mergent dans l’assurance, proposant des services basĂ©s sur une autonomisation des indemnisations (Yearn Finance, Nexus Mutual, GoodsID). Dans le secteur de l’immobilier, on remarque de plus en plus que ces outils permettent une dĂ©mocratisation de l’investissement, comme le dĂ©montrent des acteurs tels que RealT ou Mata Capital. MĂȘme les acteurs des jeux-vidĂ©os redoublent de projets autour de la reprĂ©sentation de la raretĂ© en ligne : c’est par exemple le cas d’Ubisoft autour d’un projet de tokenisation, ou de nouveaux acteurs comme Sorare, startup française qui a d’ailleurs levĂ© 4 millions de dollars cette annĂ©e..

Un tel phĂ©nomĂšne constitue un point de rupture avec la position gĂ©nĂ©rale des entreprises depuis l’avĂšnement des blockchains : alors qu’elles Ă©taient davantage tournĂ©es vers les blockchains privĂ©es par mĂ©fiance Ă  l’égard de ces nouvelles technologies, elles saisissent dĂ©sormais l’intĂ©rĂȘt de la tokenisation (reprĂ©sentation et transfert de valeur en ligne) et des blockchains publiques pour leurs projets (sĂ©curitĂ© et transparence du systĂšme).

Enfin, sur le plan rĂ©glementaire : le climat semble plus favorable Ă  la crĂ©ation de nouveaux services crypto-blockchain outre-atlantique. Nous n’aurons pas manquĂ© le virage des banques institutionnelles comme JP Morgan au cours de l’annĂ©e. Un tel revirement aura certainement eu des consĂ©quences sur le discours des autoritĂ©s de rĂ©gulation elles-mĂȘmes
 L’OCC (Office of the Comptroller of the Currency) – l’autoritĂ© amĂ©ricaine de rĂ©gulation des banques – dĂ©clare vouloir donner des licences aux banques dĂ©centralisĂ©es et perçoit la DeFi comme une rĂ©volution du monde financier.

Ces signaux ne peuvent qu’encourager le secteur privĂ© Ă  innover : d’Ebay Ă  Paypal, en passant par ING ou encore BBVA, tous proposent de nouveaux services dans les cryptoactifs.

Pendant ce temps, les acteurs français et europĂ©ens continuent Ă  supporter de lourdes obligations lĂ©gales au nom de la lutte contre le terrorisme. L’ordonnance de Bruno le Maire, en fin d’annĂ©e 2020, pose des exigences trĂšs contraignantes en termes de vĂ©rification d’identitĂ© des clients ; et la rĂ©glementation MiCA interdit purement et simplement l’émission des stablecoins.

Si le souci d’harmoniser les rĂšgles Ă  l’échelle europĂ©enne dĂ©montre un intĂ©rĂȘt certain du lĂ©gislateur pour cet Ă©cosystĂšme, la rĂ©glementation actuelle pourrait n’avoir pour effet que de freiner son dĂ©veloppement en France. On ne peut donc que regretter un discours politique toujours aussi critique, et souhaiter une nette amĂ©lioration pour l’annĂ©e Ă  venir.

Pour conclure


L’annĂ©e 2020 est finalement marquĂ©e par un dĂ©but de bull-run, c’est-Ă -dire de cycle haussier : les cryptoactifs suscitent une plus grande confiance des investisseurs et des entreprises. Le dollar devient bel et bien le maillon faible avec une forte baisse de son cours, et le Bitcoin confirme son statut de valeur refuge face Ă  l’inflation. 

Ce phĂ©nomĂšne illustre un changement de narrative, et une ouverture vers une nouvelle vague de projets et cas d’usage innovants dans les blockchains publiques. 

Quant aux grandes institutions, elles s’avancent de plus en plus dans des projets crypto – Ă  l’image de la BRI (Banque des RĂšglements Internationaux) par la crĂ©ation d’un groupe de travail sur les monnaies numĂ©riques ; ou encore de la Banque de France par un projet de monnaie digitale de banque centrale. Cela tĂ©moigne indĂ©niablement d’une Ă©volution dans la position des grandes institutions : si elles ne rejettent plus totalement ces nouvelles technologies, elles se trouvent encore dans une phase de nĂ©gociation “les cryptos, oui, mais
 “

2021 sera-t-elle alors l’occasion de changer de paradigme, vers une acceptation plus grande des cryptoactifs ?

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Le Bitcoin institutionnel devient une réalité

By: blockchainpartner —

Il ne fait aucun doute que l’annĂ©e 2020 marque l’entrĂ©e de Bitcoin et des cryptoactifs dans un nouveau cycle. L’engouement spĂ©culatif des annĂ©es 2017-2018 laisse dĂ©sormais place Ă  des prises de position institutionnelles de long-terme sur Bitcoin, et dans la foulĂ©e c’est le concept de raretĂ© numĂ©rique et l’ensemble des crypto-actifs qui gagne en lĂ©gitimitĂ©. 

En parallĂšle d’un dĂ©bat français cantonnĂ© Ă  la vision paranoĂŻaque du financement du terrorisme et du blanchiment d’argent, le monde financier traditionnel ne se trompe plus : Bitcoin et cryptoactifs sont devenus non seulement des actifs trĂšs liquides et performants, mais surtout un investissement sur l’avenir et une rĂ©serve de valeur numĂ©rique.

Depuis l’annonce de Paul Tudor Jones en Mars qui considĂ©rait l’investissement en Bitcoin comme un pari sur le “cheval le plus rapide”, ou encore celle de Michael Saylor, CEO de Microstrategy qui annonçait adopter Bitcoin comme actif principal pour la trĂ©sorerie de son groupe, les annonces et prises de positions publiques se sont multipliĂ©es. 

Fonds assurantiels, fintechs (Square, Paypal) comme entreprises non-financiĂšres (MicroStrategy sus-mentionnĂ©), leaders d’opinions de la sphĂšre financiĂšre (Raoul Pal, Druckenmiller), tous dĂ©clarent des positions en Bitcoin et aiment Ă  le dĂ©crire comme un actif rĂ©silient, performant et une rĂ©serve de valeur incontournable pour les annĂ©es Ă  venir. 

Si ces annonces peuvent sembler relever d’évĂšnements isolĂ©s, les mouvements d’allocation sont bien rĂ©els.  On observe dĂ©jĂ  que plus de 4% de la base monĂ©taire des bitcoins en circulation sert d’équivalent de trĂ©sorerie* pour des sociĂ©tĂ©s cotĂ©es. Les barriĂšres Ă  l’entrĂ©e de tels acteurs Ă©tant largement dĂ©passĂ©es, les outils disponibles (custody, vĂ©hicules d’investissements, instruments financiers) pour investir en Bitcoin et cryptomonnaies gagnent en popularitĂ©. La croissance des fonds sous gestion des vĂ©hicules destinĂ©s aux investisseurs institutionnels (Ex. Grayscale, Fidelity), de mĂȘme que l’accĂ©lĂ©ration du volume des contrats Ă  termes et autres produits dĂ©rivĂ©s sur Bitcoin tendent Ă  confirmer la tendance. 

Cet intĂ©rĂȘt pour Bitcoin peut s’expliquer en partie par les performances passĂ©es de l’actif, et son intĂ©rĂȘt lors de la constitution de portefeuilles. Bitcoin a en effet surpassĂ© l’ensemble des classes d’actifs sur ces cinq derniĂšres annĂ©es** et sa faible corrĂ©lation Ă  des indices tels que l’or ou les marchĂ©s actions en fait un outil puissant de diversification de portefeuille. Bien sĂ»r, il convient de nuancer ces performances historiques, qui ne prĂ©jugent en rien de l’avenir de la valeur de l’actif. NĂ©anmoins, dans une optique de diversification du portefeuille, cet actif peut prendre tout son sens pour les managers de portefeuilles. 

Mais au-delĂ  de la performance de l’actif, c’est la consolidation de la conviction de Bitcoin comme d’une potentielle rĂ©serve de valeur au mĂȘme titre que l’or qui gagne en popularitĂ©. De par son caractĂšre fini et sa robustesse (sĂ©curitĂ© du rĂ©seau), les investisseurs commencent Ă  dresser un parallĂšle entre la flambĂ©e de l’or dans les annĂ©es 70 pour se prĂ©munir contre l’inflation (Ă  la suite de la fin des accords Bretton-Woods) et la situation du bitcoin aujourd’hui, dans le contexte d’un risque inflationniste similaire, rĂ©sultat de la monĂ©tisation de la crise du coronavirus par les banques centrales. 

Plus encore, avec l’institutionnalisation de Bitcoin c’est le concept de raretĂ© numĂ©rique et l’ensemble des cryptoactifs qui gagne en lĂ©gitimitĂ©. Bitcoin n’est que la premiĂšre Ă©tape de l’internet de la valeur, et l’écosystĂšme crypto au sens large, incluant les expĂ©rimentations de la finance dĂ©centralisĂ©e, bĂ©nĂ©ficiera bientĂŽt de cet engouement. Les entreprises et institutions françaises ont donc intĂ©rĂȘt Ă  s’y positionner dĂšs aujourd’hui. 

 

 

*https://bitcointreasuries.org/

** https://casebitcoin.com/

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Table ronde sur les Monnaies Numériques de Banque Centrale

By: blockchainpartner —

Lundi 30 Novembre 2020, avait lieu -en visioconférence, confinement oblige- la table ronde du Cercle du Coin (association francophone autour des cryptomonnaies) sur le sujet des MNBC (Monnaies Numériques de Banque Centrale). 

Claire Balva, CEO de Blockchain Partner, y intervenait avec notamment Pierre Person (dĂ©putĂ© LREM), JoĂ«lle Toledano (autrice du rapport “Blockchain” de France StratĂ©gie), Christian Pfister (chargĂ© de mission « MNBC » Ă  la Banque de France), JĂ©rĂŽme de Tychey (Ledger), et Jean-Samuel LĂ©crivain (Catenae).

Extraits :

“La BCE saisit bien les enjeux d’un euro numĂ©rique (cash numĂ©rique et nĂ©cessitĂ© de confidentialitĂ©, une option de politique monĂ©taire, gains de productivitĂ© dans un monde numĂ©rique, etc.), ce qui est une bonne chose. Mais elle reste timide dans ses recommandations. Par exemple, elle n’imagine pas que l’euro puisse ĂȘtre distribuĂ© autrement que par des banques ou des institutions financiĂšres, et ne conçois qu’avec des pincettes une architecture dĂ©centralisĂ©e pour son Ă©mission ; elle manque donc certains aspects du respect de la vie privĂ©e et de l’euro programmable. Typiquement, pour la BCE, utiliser une blockchain pour l’émission d’un euro numĂ©rique n’est qu’une possibilitĂ© parmi d’autres, et c’est la moins probable selon le rapport (Ă  cause de dĂ©fis en ce qui concerne le KYC / AML). Donc on parle d’un euro numĂ©rique, mais Ă  l’infrastructure centralisĂ©e : ce ne sera pas un cash numĂ©rique, et on s’éloigne de l’idĂ©e d’un euro programmable, ce qui est dommage”

“La principale raison pour laquelle on parle peu de ces choix technologiques pourtant importants, c’est qu’en dehors de la communautĂ© de spĂ©cialistes, la plupart des gens comprennent malheureusement que peu de choses aux distinctions techniques, et aux idĂ©ologies qu’il y a derriere. A mon sens, il y a un grand enjeu : ne pas reproduire le meme scĂ©nario qu’avec le minitel. C’est Ă  dire Ă©viter de crĂ©er quelque chose “à nous”, quelque chose de privĂ©, pour que finalement dans 15 ans, tout soit sur un protocole public – Ethereum ou un autre – . Je pense que ce serait la hantise de tout le monde : si on fait ça, on reprendra 15 ans de retard par rapport Ă  ces technologies et par rapport Ă  notre souverainetĂ© monĂ©taire.”

Visionner la table ronde :

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Jetons non-fongibles et applications financiĂšres

By: blockchainpartner —
Nous publions tous les deux mois une chronique blockchain dans le mĂ©dia suisse Allnews, spĂ©cialisĂ© dans la finance. Pour cet Ă©pisode, nous proposons un tour d’horizon des NFT et des applications financiĂšres qui en dĂ©coulent.

 

Extrait :

DE QUOI S’AGIT-IL?

Le NFT, pour Non Fungible Token, se traduit par «Jeton non-fongible». Cela signifie qu’un jeton prĂ©sente des caractĂ©ristiques qui lui sont propres, uniques, qui empĂȘchent de le confondre avec un autre jeton. Les jetons fongibles sont Ă  l’inverse des jetons interchangeables : un euro vaut un autre euro par exemple, tandis qu’un NFT ne vaudra pas un autre NFT. 

Pour illustrer ce concept, prenons l’exemple de Sorare, sociĂ©tĂ© française crĂ©ant un jeu Ă  mi-chemin entre Mon Petit Gazon et les cartes Panini nativement numĂ©riques. La sociĂ©tĂ© propose l’achat de jetons reprĂ©sentant des joueurs de football Ă©mis en quantitĂ©s limitĂ©es. Les meilleures cartes se vendent Ă  des prix Ă  4 voire 5 chiffres. Le NFT peut revĂȘtir diffĂ©rentes formes et ĂȘtre par exemple un objet («item») de jeux vidĂ©os, un actif immobilier ou une Ɠuvre d’art Ă  part entiĂšre.

En «jetonisant» un actif numĂ©rique, celui-ci profite des caractĂ©ristiques intĂ©ressantes des blockchains: il devient plus aisĂ©ment liquide, auditable et transparent afin de pouvoir contrĂŽler son Ă©mission. Par ailleurs, cela rend possible une «rĂ©elle» dĂ©tention pour le joueur recevant ou achetant une carte, Ă  l’inverse d’une dĂ©tention fictive sur un serveur d’un tiers. Libre au dĂ©tenteur de l’envoyer Ă  un proche, de le vendre Ă  une autre personne ou de l’utiliser sur des services tiers. Dans le cas de Sorare, cela permet au joueur de collectionner vĂ©ritablement les cartes de ses joueurs prĂ©fĂ©rĂ©s, ou encore de repĂ©rer Ă©ventuellement des joueurs prometteurs et les revendre au plus offrant.

 
UN ACTIF À PART ENTIÈRE AUX APPLICATIONS NOMBREUSES

Le NFT peut revĂȘtir diffĂ©rentes formes et ĂȘtre par exemple un objet («item») de jeux vidĂ©os, un actif immobilier ou une Ɠuvre d’art Ă  part entiĂšre. Les plateformes OpenSea ou Rarible proposent une place de marchĂ© permettant d’acheter ses Ɠuvres numĂ©riques. Citons Pascal Boyart proposant des fresques bien rĂ©elles mais aussi une tokenization de son art qui propose Ă  la vente la copie numĂ©rique de celles-ci. 

Dans des univers numĂ©riques Ă  la «Second Life», il devient dĂšs lors possible d’ĂȘtre propriĂ©taire de terrains reprĂ©sentĂ©s par un NFT indiquant les coordonnĂ©es. Charge aux particuliers et aux entreprises de construire ensuite sur leurs parcelles un casino, un espace de discussion ou une Ă©cole. Depuis 2018, il s’est Ă©changĂ© pour plus de 20 millions de dollars de parcelles ou d’items tokenizĂ©s sur la plateforme Decentraland. Ces NFT disposent donc d’un prix qui se fonde sur l’offre et la demande. Certes moins liquides que des jetons traditionnels, les parcelles depuis 2018 sont restĂ©es relativement stables dans leur prix. On peut donc imaginer construire des services sur cette valeur. 

 

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Du choix des meilleures opportunitĂ©s blockchain pour l’assurance – par Laurent Benichou

By: blockchainpartner —

Merci Ă  Laurent Benichou, qui a initialement Ă©crit cet article en langue anglaise. Pour voir la version originale de l’article, c’est par ici.

RĂ©unir le monde de l’assurance et celui de la blockchain a jusqu’à prĂ©sent Ă©tĂ© la mission la plus difficile de ma carriĂšre. D’un cĂŽtĂ©, ces deux concepts devraient bien fonctionner ensemble : l’assurance et la blockchain appartiennent toutes les deux Ă  la famille des services financiers ; dans les deux cas, il s’agit de flux monĂ©taires, et les deux peuvent compenser vos pertes si un malheur arrive Ă  vos actifs.

Pourtant, de grands obstacles se dressent entre ces deux mondes : les technologies blockchain, les cryptomonnaies et la finance décentralisée sont des innovations trÚs récentes, tandis que le travail actuarial implique de pouvoir bénéficier de longues séries historiques pour prendre un risque.
Les crypto-ventures sont promptes Ă  prendre des risques, tandis que les compagnies d’assurances cĂšdent la majoritĂ© du risque qu’elles prennent. Les dĂ©veloppeurs blockchain commencent sur une architecture neuve alors que l’assurance a beaucoup de dette technique. Les entreprises blockchain inventent des modĂšles non rĂ©gulĂ©s tandis que les assureurs doivent ĂȘtre particuliĂšrement attentifs Ă  leur conformitĂ© rĂ©glementaire. Enfin, les assureurs se basent sur la confiance du consommateur (qu’il sera indemnisĂ© en cas de perte) tandis que la devise de l’écosystĂšme blockchain est “don’t trust, verify” (ne faites pas confiance, vĂ©rifiez)

La blockchain est pleine de potentiel pour les assureurs, mais sĂ©lectionner les meilleures opportunitĂ©s et savoir comment s’y atteler est une tĂąche difficile pour les dĂ©cideurs du secteur. Les meilleurs opportunitĂ©s sont en effet la plupart du temps les plus risquĂ©es, les moins rĂ©gulĂ©es et/ou les plus difficiles Ă  mettre en place. Avant de s’attarder sur ces opportunitĂ©s, je souhaite commencer par Ă©voquer quelques erreurs que j’ai observĂ©es en voyant le dĂ©veloppement, l’accĂ©lĂ©ration ou l’arrĂȘt de “projets blockchain” dans l’assurance.

Erreurs que le secteur assurantiel devrait Ă©viter concernant la blockchain

Erreur #1 : “Oui” à la blockchain, “Non” aux tokens

Bitcoin a Ă©tĂ© crĂ©Ă© pour Ă©changer de la valeur sans tiers centralisateur. L’objectif mĂȘme de Bitcoin Ă©tait de crĂ©er un actif numĂ©rique pour permettre son Ă©change incensurable. On peut donc par principe douter que la “technologie blockchain” soit la meilleure rĂ©ponse Ă  des objectifs trop Ă©loignĂ©s du principe d’échange dĂ©centralisĂ© de valeur numĂ©rique. Lorsqu’on est face Ă  un projet blockchain sans token, la valeur ajoutĂ©e de la blockchain s’avĂšre la plupart du temps au minimum sujette Ă  dĂ©bat, et se conclut souvent par un examen technique des diffĂ©rences entre une blockchain privĂ©e et une base de donnĂ©es partagĂ©e. En d’autres termes, on dĂ©marre avec la volontĂ© de sauter d’un grand pas dans la modernitĂ© avec la blockchain, et on termine par une discussion technique sur les moyens d’amĂ©liorer lĂ©gĂšrement son SI.

Utilisons une blockchain mais pas le token qui va avec

Erreur #2 : Ajouter de la blockchain mais ne pas changer le reste

Le caractĂšre nouveau de la blockchain la rend incompatible ou difficilement connectable Ă  d’anciens systĂšmes. On peut mĂȘme ajouter que la philosophie de blockchain dans son premier avatar, le bitcoin, est plutĂŽt de se substituer Ă  d’anciens systĂšmes. Et il faut beaucoup d’efforts de gens talentueux (propriĂ©taires de plateformes d’échange, fournisseurs de services, rĂ©gulateurs) pour relier le “monde cypher” avec l’ancien monde et apporter une valeur ajoutĂ©e Ă  ce dernier, parfois sous la critique des dĂ©fenseurs les plus intransigeants et les plus radicaux de la sphĂšre crypto.

Si vous voulez extraire de la valeur de la blockchain, vous devez vous y adapter. C’est pourquoi penser qu’un assureur peut siffler la blockchain Ă  l’aide et voir soudainement apparaĂźtre un magicien amĂ©liorant les processus de l’assurance n’est qu’une chimĂšre. Vous ne pouvez pas tirer de la valeur de la blockchain si vous voulez conserver tous vos anciens systĂšmes, tous vos processus, toute la complexitĂ© dont vous devriez vous dĂ©barrasser.


Erreur #3 : ignorer les opportunités les plus évidentes

Le secteur de l’Assurance comprendra bientĂŽt que les opportunitĂ©s les plus immĂ©diates ne sont pas liĂ©es Ă  la maniĂšre dont la Crypto peut soutenir l’Assurance, mais Ă  la maniĂšre dont l’Assurance peut soutenir la Crypto. Le secteur des cryptomonnaies est dĂ©sormais bien rĂ©el, avec des milliards de dollars Ă©changĂ©s chaque jour. Ce secteur a besoin d’assurances pour les portefeuilles et les dĂ©positaires et a vu des produits Ă©merger Ă  des prix Ă©levĂ©s. L’assurance finira certainement par faire son travail habituel (Ă©valuation et couverture des risques) sur cette nouvelle surface (Bitcoin et toutes les autres cryptomonnaies). Certains courtiers (Marsh, AON) et assureurs (Arch Insurance) se sont engagĂ©s dans cette premiĂšre Ă©tape, et pourront ainsi rapidement lancer une activitĂ© autour de l’assurance Blockchain. Plus ces acteurs acquerront de connaissances, plus il sera difficile pour les suivants de les rattraper.


Erreur n°4 : Refuser aux cryptomonnaies leur statut d’actifs financiers

Les assureurs investissent le produit des primes d’assurance sur les marchĂ©s financiers. Ils le font avec prudence et investissent dans des actifs Ă  faible risque, gĂ©nĂ©ralement des obligations souveraines ou des actions dĂ©fensives [NDLR: action qui fournissant un dividende rĂ©gulier et des bĂ©nĂ©fices stables quel que soit l’état du marchĂ© boursier global], afin de pouvoir indemniser les crĂ©ances d’assurance (le respect de la rĂ©glementation SolvabilitĂ© II les contraint Ă©galement dans cette direction). La thĂ©orie moderne du portefeuille de Markowitz enseignant de ne jamais “mettre tous ses Ɠufs dans le mĂȘme panier” afin de rĂ©duire le risque pour une mĂȘme attente de rendement, les gestionnaires de trĂ©sorerie des compagnies d’assurance optent pour la diversification entre les obligations souveraines de diffĂ©rents pays, les obligations Ă  long et Ă  court terme, et ajoutent les obligations d’entreprises et d’autres classes d’actifs.

Mon avis personnel est qu’il serait Ă©galement judicieux d’investir une toute petite part de leurs fonds dans un “nouvel” actif, appelĂ© bitcoin, aujourd’hui :
– Investir une petite partie des primes d’assurance dans le bitcoin permet de se couvrir contre l’hyperinflation fiat en cas de dĂ©faut de crĂ©dit souverain ou de faillite bancaire (n’oubliez pas que les assureurs n’indemnisent pas seulement en espĂšces, mais parfois avec des services qui peuvent aussi ĂȘtre soumis Ă  une forte augmentation des prix en cas d’hyperinflation)
– L’engagement d’une partie de leurs rĂ©serves en bitcoin comme rĂ©serve de valeur, comme Microstrategy a dĂ©cidĂ© de le faire il y a quelques semaines, est une couverture contre les turbulences des monnaies souveraines

Michael J. Saylor, PDG, MicroStrategy Incorporated : “Cet investissement reflĂšte notre conviction que Bitcoin, en tant que cryptomonnaie la plus largement adoptĂ©e dans le monde, est une rĂ©serve de valeur fiable et un actif d’investissement attrayant avec un potentiel d’apprĂ©ciation Ă  long terme plus important que la dĂ©tention de liquiditĂ©s”.


Erreur n°5 : Supposer que vous pouvez rattraper le retard plus tard

Une chose est certaine Ă  propos de la Blockchain, c’est la vitesse de changement de l’industrie. Forks, ICOs, stablecoins, DeFi, flash loans: chaque trimestre apporte un nouveau sujet et il est de plus en plus difficile de rattraper les connaissances non acquises. De plus, les blockchains donnent naissance Ă  des projets qui ne cadrent pas bien avec l’idĂ©e que “les assureurs investiront plus tard, lorsque le secteur sera stabilisĂ©â€. Il ne sera pas possible pour les assureurs d’“acheter la Blockchain gagnante” car elle sera beaucoup trop chĂšre ; il ne sera pas possible pour les assureurs d’éliminer les pools de liquiditĂ© car ils sont dĂ©centralisĂ©s ; il ne sera pas possible pour les assureurs d’assurer le secteur de la crypto quand des smart contrats alimentĂ©s par des capitaux dĂ©centralisĂ©s le feront de maniĂšre autonome. Le risque pour l’assurance n’est pas seulement celui d’opportunitĂ©s perdues, mais aussi celui de menaces pour les activitĂ©s actuelles.

OpportunitĂ©s de la blockchain dans le secteur de l’assurance

1. Nouvelles opportunitĂ©s d’assurance : assurer le monde Crypto

Portefeuilles, contrats intelligents, ICO, dĂ©positaires, solutions de sĂ©curitĂ©, actifs tokenisĂ©s
 La beautĂ© de l’assurance est que tout nouveau secteur ou activitĂ© crĂ©Ă© dans le monde reprĂ©sente souvent une nouvelle surface d’application d’assurance. Le besoin d’assurance est d’autant plus fort pour les cryptomonnaies que le vol digital ne peut par construction pas ĂȘtre “annulĂ©â€ par un pouvoir central administrant le systĂšme. La bonne nouvelle pour l’assurance est qu’elle suppose une premiĂšre Ă©tape d’évaluation des risques crypto, qui elle-mĂȘme fournit dĂ©jĂ  beaucoup de “connaissances sur la blockchain” Ă  une compagnie d’assurance. Ensuite vient l’assurance elle-mĂȘme, et la perte liĂ©e aux premiers piratages couverts permet aux assureurs
1. D’affiner leur Ă©valuation des risques et d’adapter les couvertures
2. D’identifier les points faibles du secteur de la crypto qui pourraient constituer de nouvelles opportunitĂ©s commerciales pour les assureurs.


2. Nouvelle opportunitĂ© d’investissement : se prĂ©munir contre la chute des monnaies fiat

Alors que les primes d’assurance investies sur les marchĂ©s financiers reprĂ©sentaient autrefois une grande partie des bĂ©nĂ©fices des assureurs, ce n’est plus le cas dans un contexte de taux d’intĂ©rĂȘt faibles voire nĂ©gatifs. De plus, la rĂ©cession Ă©conomique attendue aprĂšs la crise, combinĂ©e Ă  de fortes mesures d’assouplissement quantitatif, pourrait conduire Ă  des Ă©pisodes d’hyperinflation, potentiellement favorisĂ©s par la dĂ©fiance des investisseurs Ă  l’égard de la dette souveraine et des entreprises. Il s’agit d’un risque que les assureurs pourraient couvrir en investissant dans de la « hard monnaie »: ils peuvent suivre Berkshire Hathaway et investir dans l’or, ou suivre des Ă©conomistes autrichiens comme Saifedean Ammous et investir dans Bitcoin.

MĂȘme s’il n’y a pas d’effondrement complet des systĂšmes de devises souveraines, la structure de Bitcoin (Ă©mission programmĂ©e, rĂ©duction de l’émission au fil du temps, offre maximale fixe) rassurera les investisseurs en leur montrant qu’il s’agit d’un actif qui a le pouvoir de dĂ©tenir plus de valeur Ă  moyen et long terme que les actifs Ă  taux fixe, et qui constitue donc une couverture claire contre la chute des valeurs des devises souveraines. Et ce, quoi qu’en disent les critiques sur la “volatilitĂ© des bitcoins”.

La logique qui sous-tend un investissement dans Bitcoin est triple :
1. Augmenter la diversification (et donc réduire le risque pour un objectif de rendement des capitaux propres)
2. Repenser le risque d’allocation dans un monde oĂč les risques de dĂ©faut souverain amĂ©ricain, allemand ou suisse ne peuvent plus ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme les risques les plus faibles
3. Pouvoir survivre dans un monde oĂč les monnaies souveraines s’effondrent

Dans un scénario apocalyptique pour les monnaies fiduciaires, comment les assureurs protégeraient- ils leurs fonds ?

3. Remodeler l’assurance
 et la finance

L’idĂ©e que l’assurance ne peut ĂȘtre fournie que par les assureurs est de plus en plus contestĂ©e par les nouvelles technologies et les nouveaux acteurs du numĂ©rique. Les barriĂšres traditionnelles Ă  l’entrĂ©e du secteur de l’assurance s’effondrent : l’expertise actuarielle est contestĂ©e par de nouvelles armĂ©es de ‘data scientists’ ; la gestion des sinistres devient inutile avec l’assurance paramĂ©trique et l’internet des objets ; les ‘smart contracts’ publics Ă©liminent la nĂ©cessitĂ© de faire confiance Ă  une grande marque financiĂšre sur la promesse d’un paiement futur ; le capital peut ĂȘtre accumulĂ© par le biais de pools de liquiditĂ© et la rĂ©glementation devient inutile et impuissante pour rĂ©guler les protocoles dĂ©centralisĂ©s et les flux monĂ©taires. Dans ce nouveau contexte, le secteur de l’assurance doit se rĂ©inventer, se renouveler avant d’ĂȘtre dĂ©pasĂ© et trouver de nouveaux domaines oĂč il peut apporter de la valeur.

Si nous regardons en arriĂšre, voici quelles sont les opportunitĂ©s que les assureurs ont dĂ©jĂ  laissĂ©es Ă  d’autres : ĂȘtre un oracle (Chainlink), ĂȘtre un dĂ©positaire de cryptomonnaie (BitGo), assurer des places de marchĂ© de cryptomonnaies (SAFU de Binance), inventer des protocoles d’assurance distribuĂ©e (Etherisc), crĂ©er des pools de liquiditĂ© dĂ©centralisĂ©s (Uniswap), assurer la finance dĂ©centralisĂ©e / offrir de la couverture de prix en finance dĂ©centralisĂ©e (Nexus Mutual, Opyn)
 On peut bien sĂ»r dĂ©battre de la proximitĂ© de ces opportunitĂ©s avec le secteur de l’assurance aujourd’hui, mais elles pourraient constituer les Ă©lĂ©ments de base de la prochaine gĂ©nĂ©ration d’assurance.

Il en va de mĂȘme pour la finance. La capacitĂ© des assureurs Ă  saisir les opportunitĂ©s de la finance dĂ©centralisĂ©e ne dĂ©pend pas du fait que les banques ou autres institutions financiĂšres les laissent faire (notez que la liste ci-dessus n’est composĂ©e que de nouveaux acteurs) mais de la capacitĂ© des assureurs Ă  fournir les services dĂ©centralisĂ©s que les amateurs de crypto recherchent. Tout est possible pour les assureurs, pour autant qu’ils respectent les “principes de la crypto” (open source, dĂ©centralisation, confiance prouvĂ©e, transparence et respect de la vie privĂ©e dans une certaine mesure). Il ne s’agit pas tant de savoir si les compagnies d’assurance ont les ressources nĂ©cessaires pour contribuer, mais si leur culture leur permettra ou non de contribuer, et de le faire de la bonne maniĂšre.

4. OpportunitĂ©s pour les process : Plus d’horodatage dans les processus d’assurance

La modernisation des processus d’assurance implique l’ajout de dĂ©cisions simples mais difficiles Ă  mettre en Ɠuvre : passage des processus de courriers et d’appels tĂ©lĂ©phoniques Ă  des logiciels, numĂ©risation et suivi. Dans le domaine du suivi, qu’il s’agisse de l’engagement de l’assureur/rĂ©assureur, de la relation entre le ‘fronter’ et le porteur de risque, des conditions contractuelles de l’entreprise ou du contrĂŽle du fret, la Blockchain peut apporter une certaine valeur grĂące Ă  l’horodatage des actions et au rapprochement automatisĂ© des Ă©vĂ©nements. Ce n’est certainement pas la maniĂšre la plus rĂ©volutionnaire de tirer parti de la Blockchain pour les assureurs, mais c’est une maniĂšre opportune car les assureurs d’une pĂ©riode post-COVID devront Ă©liminer les frictions, les litiges coĂ»teux et le temps perdu dans le rapprochement manuel.
C’est, j’en conviens, une exception Ă  l’erreur n° 1 dĂ©crite ci-dessus.

Le proof-of-process de Stratumn
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Blockchain, résilience et souveraineté : tribune dans Investir

By: blockchainpartner —

Alexandre Stachtchenko, associĂ© cofondateur de Blockchain Partner, a Ă©tĂ© interrogĂ© parmi 57 dirigeants et personnalitĂ©s par le magazine Investir Ă  l’occasion d’un numĂ©ro spĂ©cial, sorti le 11 juillet. Nous publions ci-dessous la version texte de ses propos, articulĂ©s autour d’une idĂ©e : la blockchain et Bitcoin pour renouer avec la rĂ©silience et la souverainetĂ©.

« La pandĂ©mie de Covid 19 a eu le mĂ©rite de remettre certains sujets sur le devant de la scĂšne, et en particulier celui de rĂ©silience. Il est en effet apparu clairement ces derniers mois que la tendance Ă  la recherche permanente d’efficience a menĂ© Ă  une complexification des systĂšmes Ă©conomiques, au point de mener Ă  de sĂ©rieuses pannes, voire des arrĂȘts, lorsque l’un des maillons est dĂ©faillant.

Efficience et rĂ©silience sont deux modĂšles gĂ©nĂ©ralement opposĂ©s, le premier Ă©tant celui privilĂ©giĂ© par dĂ©faut depuis des dĂ©cennies. Ils forment souvent un dilemme au moment d’effectuer le choix de l’architecture d’un systĂšme. Plus l’on privilĂ©gie l’efficience d’une chose, moins l’on privilĂ©gie sa rĂ©silience, c’est-Ă -dire sa capacitĂ© Ă  rĂ©sister aux modifications et chocs de son environnement.

Ce choix clef se retrouve notamment dans les architectures informatiques. Si, par exemple, vous choisissez un modĂšle centralisĂ© (un seul serveur faisant fonctionner tout un service), il sera gĂ©nĂ©ralement efficient : il atteindra son but en consommant le moins de ressources possibles. Mais coupez l’accĂšs Ă  Internet Ă  ce serveur, et c’est l’ensemble du service qui ne fonctionne plus.

La blockchain par essence est Ă  qualifier de systĂšme plutĂŽt rĂ©silient qu’efficient. L’exemple phare en est sa capacitĂ© de transaction : lĂ  oĂč Bitcoin, la blockchain la plus connue et sĂ©curisĂ©e, est capable de gĂ©rer sept transactions par seconde maximum, le nombre monte Ă  plus de 20 000 pour Visa. Mais si un nƓud (serveur) tombe, aucun problĂšme sĂ©rieux ne se pose pour le rĂ©seau. La base de donnĂ©es est en effet rĂ©pliquĂ©e en des dizaines de milliers d’endroits. C’est l’incarnation d’un systĂšme dĂ©centralisĂ©.

Ces derniĂšres annĂ©es, les technologies blockchain se sont heurtĂ©es Ă  ce modĂšle de pensĂ©e dominant favorisant l’efficience. Le premier rĂ©flexe des professionnels dĂ©couvrant ces technologies a Ă©tĂ© de chercher Ă  faire rentrer un carrĂ© dans un rond : « d’accord pour la blockchain, mais si possible dans mon propre serveur, en plus rapide, et moins Ă©nergivore ». Peu comprenaient alors que ce qu’ils interprĂ©taient comme des dĂ©savantages Ă©taient en rĂ©alitĂ© des caractĂ©ristiques essentielles de ces systĂšmes : c’est ce qui leur permet d’ĂȘtre plus rĂ©silients. Aujourd’hui, avec le retour en grĂące du concept de rĂ©silience, les mentalitĂ©s Ă©voluent peu Ă  peu, fort heureusement.

Réduire la dépendance au dollar américain

Car ĂȘtre plus rĂ©silient c’est aussi souvent renforcer sa souverainetĂ©. Bitcoin a ici des arguments Ă  faire valoir. Loin des politiques monĂ©taires de la FED et de la BCE, qui ont mis sous perfusion les marchĂ©s financiers dans une sorte de fuite en avant gĂ©ante et inhĂ©rente Ă  ces politiques, Bitcoin constitue la monnaie de la raretĂ©. En s’appuyant sur une politique monĂ©taire dĂ©flationniste, transparente, et trĂšs difficilement altĂ©rable, Bitcoin se comporte comme l’étalon-or de l’espace numĂ©rique. Un or amĂ©liorĂ© : facilement stockable, transmissible, et divisible, l’utilisation du bitcoin ne connaĂźt pas de frontiĂšres. Une potentielle monnaie qui permettrait de s’émanciper de la domination amĂ©ricaine du dollar. En effet, pour les amĂ©ricains, « il est facile de s’endetter dans une monnaie qu’il ne tient qu’à soi d’émettre » prophĂ©tisait De Gaulle peu avant la fin des accords de Bretton-Woods. Avec une monnaie devenue le standard des Ă©changes internationaux, et dĂ©tenue par de multiples pays comme rĂ©serve de valeur (dont en particulier la Chine), les Etats-Unis peuvent sans limite crĂ©er de la monnaie pour leurs propres marchĂ©s financiers, au dĂ©triment des autres pays, qui s’appauvrissent par l’inflation.

Bitcoin est cependant une maniĂšre Ă  la fois de renforcer l’indĂ©pendance des Etats et de l’amoindrir. De la mĂȘme façon que l’or, qui dans un certain sens nuisait Ă  la souverainetĂ© des banques centrales en limitant leur pouvoir d’action, un Ă©talon-bitcoin produirait les mĂȘmes effets. Mais n’est-ce pas un prix honnĂȘte Ă  payer pour rĂ©duire le dĂ©sĂ©quilibre massif de puissance entre les banques centrales, et faire valoir ainsi leur indĂ©pendance ? En douze ans, les Etats-Unis ont multipliĂ© par six leur base monĂ©taire, alors que leur PIB n’a Ă©voluĂ© « que » d’environ 20%. Cette illusion collective n’a que trop durĂ©.

RĂ©silience, monnaie, souveraineté  Autant de concepts, sous le feu nouveau des projecteurs, qui portent les technologies blockchain et du web dĂ©centralisĂ©. Les entreprises ne s’y trompent pas : pensons ces derniers mois aux annonces de la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale (actions reprĂ©sentĂ©es sur blockchain), de Samsung (portefeuilles numĂ©riques intĂ©grĂ©s aux smartphones, ainsi qu’accĂšs direct Ă  des bourses en ligne de cryptomonnaies), ou encore plus rĂ©cemment d’Ubisoft (items numĂ©riques collectionnables uniques sur blockchain). Les projets blockchains deviennent plus concrets, crĂ©dibles, ambitieux. Gageons qu’il ne s’agit lĂ  que d’un dĂ©but. »

– Alexandre Stachtchenko

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Les enseignements des monnaies numériques de Facebook et Telegram

By: blockchainpartner —

Un an aprĂšs le dĂ©voilement de Libra par Facebook, quels enseignements peut-on tirer ? DĂ©couvrez ci-dessous l’analyse de ClĂ©ment Jeanneau et Alexandre Stachtchenko publiĂ©e aujourd’hui dans L’Express :

« C’était il y a un an : Facebook annonçait en grande pompe le lancement Ă  venir de Libra, son projet de monnaie numĂ©rique fondĂ©e sur un panier de devises traditionnelles. L’ambition Ă©tait immense : imposer Libra comme la monnaie de rĂ©fĂ©rence dans l’espace numĂ©rique – autrement dit dans ce qui constitue l’économie de demain et de plus en plus d’aujourd’hui.

Douze mois plus tard, la tonalitĂ© est toute autre. Mark Zuckerberg, parfois prĂ©sentĂ© comme le dirigeant d’un proto-Etat en puissance, a dĂ» revoir sa copie : avant de viser la rĂ©volution monĂ©taire, il s’attellera d’abord plus modestement Ă  faire naĂźtre diffĂ©rentes monnaies numĂ©riques fondĂ©es sur leurs Ă©quivalents physiques : e-euro, e-dollar, etc.

Plusieurs leçons peuvent dĂ©jĂ  ĂȘtre tirĂ©es.

La premiĂšre tient Ă  l’écart spectaculaire entre l’annonce tonitruante du dĂ©part et la confrontation Ă  la rĂ©alitĂ©. Beaucoup voyaient dans Libra le parachĂšvement de la domination des GAFA sur les Etats. Ici, les Etats, les vrais, ont gagnĂ© la bataille – et probablement avant tout les Etats-Unis.

La mĂȘme remarque vaut pour Telegram. En 2017, l’application de messagerie aux 400 millions d’utilisateurs avait fait, elle aussi, une entrĂ©e fracassante dans l’univers des cryptomonnaies, qu’elle voulait rĂ©volutionner de fond en comble. Telegram projetait de crĂ©er un systĂšme de paiement alternatif Ă  Visa et Mastercard et une multitude d’applications dĂ©centralisĂ©es vouĂ©es Ă  devenir leaders dans leur domaine.

Trois ans et une levĂ©e de fonds de 1,7 milliards de dollars (!) plus tard, l’ampleur de la chute est Ă  la hauteur de l’ambition du projet : celui-ci ne verra en rĂ©alitĂ© jamais le jour, en raison d’un imbroglio juridique qui aura traĂźnĂ© en longueur jusqu’au couperet final. C’est le plus grand Ă©chec de l’histoire – jeune mais dĂ©jĂ  mouvementĂ©e – des cryptomonnaies.

Les exemples de Facebook et de Telegram sont emblĂ©matiques. LĂ  oĂč les deux gĂ©ants avaient fait de la technologie le moteur de leur initiative, la rĂ©alitĂ© est venue rappeler qu’en matiĂšre monĂ©taire, le dĂ©fi est avant tout rĂ©glementaire et politique. En venant s’attaquer Ă  la souverainetĂ© des Etats, Facebook a franchi une ligne rouge. PlutĂŽt que le passage en force, Mark Zuckerberg a prĂ©fĂ©rĂ© reculer.

Pour un groupe valorisĂ© 236 milliards de dollars, qui n’est plus depuis longtemps une startup prĂȘte Ă  prendre tous les risques, ce choix Ă©tait logique. Mais en creux, cet Ă©chec et celui de Telegram viennent valoriser ce qui constitue encore aujourd’hui la seule monnaie numĂ©rique mondiale de rĂ©fĂ©rence : le bitcoin, lancĂ© en 2009 par un anonyme sans demande d’autorisation prĂ©alable.

MalgrĂ© ses limites, suffisamment dĂ©crites par ailleurs, cet ovni monĂ©taire poursuit ses avancĂ©es depuis plus d’une dĂ©cennie sans discontinuer, comme un pied de nez aux multiples Ă©conomistes qui n’ont cessĂ© d’annoncer sa mort imminente et qui n’ont, en vĂ©ritĂ©, jamais acceptĂ© de prendre au sĂ©rieux les cryptomonnaies
jusqu’à aujourd’hui.

C’est lĂ  l’ironie de la situation actuelle : il aura fallu la menace du Libra pour que le sujet des cryptomonnaies, sur la table depuis des annĂ©es, soient enfin pris au sĂ©rieux par les plus grands experts et les institutions les plus prestigieuses, Ă  commencer par les banques centrales. A posteriori, l’impact le plus fort du Libra tiendra peut-ĂȘtre Ă  ce rĂŽle d’accĂ©lĂ©rateur des mentalitĂ©s.

Depuis un an, les rapports s’enchaĂźnent sur ce qui est pudiquement dĂ©signĂ© comme « actifs numĂ©riques ». Une notion en particulier suscite les dĂ©bats : les « stablecoins », ces cryptomonnaies indexĂ©es le plus souvent Ă  des monnaies traditionnelles. Les stablecoins apparaissent, pour les acteurs traditionnels, comme une façon de mettre un pied dans ce monde mystĂ©rieux des actifs numĂ©riques tout en restant arrimĂ©s Ă  leur champ de connaissances – une sorte d’« en mĂȘme temps » adaptĂ© Ă  ce nouvel univers.

Ce faisant, les cryptomonnaies, si peu considĂ©rĂ©es jusqu’ici, ont gagnĂ© en lĂ©gitimitĂ©. Bien sĂ»r, elles restent regardĂ©es avec mĂ©fiance. Mais l’évolution est notable. Il est tout sauf anodin, entre autres exemples, que JP Morgan, dont le PDG dĂ©signait bitcoin comme une « fraude » en 2017, ait dĂ©cidĂ© cette annĂ©e d’étendre ses services bancaires aux plateformes d’échanges de cryptomonnaies. D’innovations Ă  Ă©touffer, celles-ci reprĂ©sentent maintenant la nouvelle donne Ă  laquelle il faut s’adapter.

A quoi s’attendre pour la suite ? Suite au recul de Facebook, les Etats auraient tort de croire que la guerre est gagnĂ©e. En rĂ©alitĂ©, il ne s’agissait que du premier acte. L’erreur serait de se centrer uniquement sur la numĂ©risation des processus monĂ©taires existants sans percevoir qu’il ne s’agit lĂ  que d’innovation incrĂ©mentale, insuffisante face l’innovation de rupture qui frappe Ă  notre porte.

Par innovation de rupture, il faut notamment comprendre cette capacitĂ© inĂ©dite Ă  rendre les actifs financiers programmables, interopĂ©rables, et ouverts Ă  tous. C’est la proposition de valeur d’une plateforme comme Ethereum, dont l’attractivitĂ© ne cesse de grandir. Un brevet pour un dollar digital utilisant Ethereum a du reste Ă©tĂ© dĂ©posĂ© rĂ©cemment par
Visa.

Le parallĂšle entre les Ă©checs de Libra et de Telegram d’une part, et l’attractivitĂ© de Bitcoin et d’Ethereum d’autre part, devraient inciter les acteurs existants Ă  plus d’humilitĂ© face Ă  la crypto-Ă©conomie. Facebook semble l’avoir compris. Si l’entreprise a reculĂ©, c’est pour mieux revenir demain. Elle vient de placer Ă  la tĂȘte de Libra un expert de la rĂ©glementation, ex-directeur juridique de HSBC passĂ© par le TrĂ©sor amĂ©ricain. Quant au cofondateur de Libra, David Marcus, il ne cesse d’insister dans ses interviews sur l’argent programmable.

Une immense vague d’innovations est en prĂ©paration. Elle pourrait demain bousculer un monde financier et monĂ©taire qui n’a pas encore connu de transformation numĂ©rique de rupture. Les banques centrales, qui ont ici l’opportunitĂ© de retisser un lien avec le citoyen qu’elles avaient en partie perdu au profit des banques commerciales, seraient mal avisĂ©es de faire la sourde oreille. Et Ă  l’heure oĂč l’on reparle de souverainetĂ©, en toile de fond se profile une question fondamentale, qui devrait importer Ă  tout citoyen : celle de savoir si l’euro programmable de demain sera pilotĂ© par un acteur public
ou par un gĂ©ant privĂ©. »

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VidĂ©o : comprendre l’Internet de la valeur en 10mn

By: blockchainpartner —

Albert Dessaint, analyste et consultant chez Blockchain Partner, a rĂ©alisĂ© une vidĂ©o pĂ©dagogique de 10mn sur l’Internet de la valeur, en partenariat avec le site Cryptoast.

Retrouvez cette vidéo ci-dessous :

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[Blockchain Business Cases] Une application en production pour l’énergie verte

By: blockchainpartner —

Suite de notre série de Business Cases autour des blockchains et cryptoactifs : nous présentons une succession de projets réalisés par notre équipe pour des organisations de différents secteurs.

1er volet (9 octobre) : AR24 – La blockchain Tezos au service du KYC

2e volet (7 novembre) : Unchain Immo – La blockchain utilisĂ©e en pratique dans l’immobilier

3e volet (10 dĂ©cembre) : RCI Bank and Services (Groupe Renault) – Les ZKP pour anonymiser et exploiter les donnĂ©es de vĂ©hicules

4e volet (13 janvier) : Scenso.TV – La blockchain au service du spectacle vivant en VOD

5e volet (4e fĂ©vrier) : MarchĂ© du Film du Festival de Cannes – Plus de transparence dans l’industrie du cinĂ©ma

6e volet (aujourd’hui) : La blockchain au service de la traçabilitĂ© de l’énergie verte et locale

Le contexte

Qui ?

Sun’R est un acteur historique de la production d’électricitĂ© renouvelable photovoltaĂŻque en France.

En 2019, Sun’R a lancĂ© une nouvelle filiale, intitulĂ©e Volterres, en s’associant Ă  d’autres producteurs indĂ©pendants. Volterres est un fournisseur d’électricitĂ© qui propose une « offre de fourniture rĂ©ellement verte, dont le systĂšme de traçabilitĂ© va au-delĂ  des garanties d’origine » (standard visant Ă  labelliser la production d’électricitĂ© afin de montrer au client final qu’une quantitĂ© dĂ©terminĂ©e d’électricitĂ© est d’origine renouvelable).

Pourquoi ?

L’entreprise explique dans une courte vidĂ©o pĂ©dagogique les limites des offres vertes actuelles :

« Les offres vertes actuelles ne considĂšrent pas les Ă©quilibres production-consommation en temps rĂ©el. Elles assurent seulement que le fournisseur a injectĂ© ou injectera dans la mĂȘme annĂ©e sur le rĂ©seau europĂ©en une quantitĂ© d’électricitĂ© d’origine renouvelable Ă©quivalente Ă  la consommation de ses clients. Un client peut donc consommer de l’électricitĂ© non-renouvelable en ayant souscrit Ă  ces offres vertes. Par consĂ©quent les offres vertes actuelles procurent une vision opaque et irrĂ©aliste ».

Quelle proposition de valeur ?

La promesse de Volterres est de proposer une traçabilitĂ© de l’énergie consommĂ©e nettement plus fine qu’avec les garanties d’origine, prenant en compte les variations de production des Ă©nergies renouvelables et vĂ©rifiable par chacun.

Pour ce faire, Volterres a créé un systÚme innovant appelé R.E.D.S (Renewable Energy Digit System).
R.E.D.S permet de garantir la provenance gĂ©ographique et le type d’électricitĂ© rĂ©ellement consommĂ©e, demi-heure par demi-heure.

Le consommateur peut ainsi notamment choisir de quelles centrales renouvelables proviendra prioritairement l’électricitĂ© qu’il consomme.



Le besoin

Le systùme innovant de Volterres repose sur un algorithme d’affectation.

L’un des enjeux de Volterres Ă©tait de pouvoir garantir au maximum l’honnĂȘtetĂ© de l’algorithme, sans avoir Ă  rĂ©vĂ©ler l’algorithme lui-mĂȘme (qui fait partie de la propriĂ©tĂ© intellectuelle de Volterres), afin de prouver in fine la rĂ©alitĂ© des affectations (consommations/productions).

Deux façons d’auditer l’algorithme Ă©taient possibles : de façon centralisĂ©e, en faisant appel Ă  un tiers de confiance, ou de façon dĂ©centralisĂ©e en s’appuyant sur la communautĂ© des producteurs et consommateurs. Cette seconde option a Ă©tĂ© privilĂ©giĂ©e : elle permet d’assurer la validitĂ© de la solution publiĂ©e plutĂŽt que celle de l’algorithme. Cela Ă©vite de faire un audit complet du systĂšme et de le refaire Ă  chaque Ă©volution du SI. Elle est Ă©galement plus en phase avec les valeurs portĂ©es par Volterres autour de la dĂ©centralisation et du local, et permet aux utilisateurs de vĂ©rifier eux-mĂȘmes, directement, l’exĂ©cution correcte de l’algorithme, sans dĂ©lĂ©guer ce pouvoir Ă  un auditeur externe.

Volterres a fait appel Ă  Blockchain Partner pour permettre aux producteurs et consommateurs d’auditer les rĂ©sultats de l’algorithme, sans devoir rĂ©vĂ©ler l’algorithme lui-mĂȘme, tout en respectant plusieurs conditions essentielles :
-Une capacité de fonctionner à grande échelle dÚs le départ ;
-Le respect de la confidentialité des données de production et de consommation ;
-Une empreinte énergétique trÚs réduite par rapport au volume certifié, tout en garantissant une forte sécurité du systÚme.

Notre travail

Nous avons d’abord rĂ©alisĂ© une phase de conception, en partenariat avec le cabinet ISlean consulting et en Ă©troite collaboration avec les ingĂ©nieurs de Sun’R, pour identifier une solution capable de rĂ©pondre Ă  l’ensemble de ces besoins.

La solution que nous avons identifiĂ©e et construite, et qui a ensuite fait l’objet d’un dĂ©pĂŽt de brevet par Volterres, repose d’abord sur la mise en place d’un fichier d’affectation : tous les jours, Volterres constitue un fichier contenant l’ensemble des affectations d’énergie de ses clients producteurs vers ses clients consommateurs. Ce fichier contient les productions de tous les producteurs du rĂ©seau et les consommations de tous les consommateurs du rĂ©seau.

Ce fichier est mis Ă  disposition des clients de Volterres pour qu’ils puissent vĂ©rifier de maniĂšre indĂ©pendante que les informations affichĂ©es sur leur portail client sont vĂ©ridiques.

En outre, pour assurer la confidentialitĂ© des informations, nous avons chiffrĂ© ce fichier (double chiffrement). Chaque producteur et chaque consommateur dispose de sa propre clef pour dĂ©verrouiller sa propre ligne ou colonne (en pratique, il leur suffit de saisir un mot de passe). Ainsi, les informations transmises par Volterres peuvent ĂȘtre contrĂŽlĂ©es Ă  tout moment par ses clients.

Enfin, afin de s’assurer que l’ensemble des acteurs utilisent le mĂȘme fichier, nous avons choisi d’utiliser la blockchain Ethereum (publique) en tant que registre, en construisant un module de certification. ConcrĂštement, Volterres inscrit Ă  intervalle rĂ©gulier l’empreinte du fichier d’affectation sur Ethereum, afin de garantir notamment son unicitĂ© et son origine.

Ainsi, les clients peuvent comparer les informations affichĂ©es sur leur portail client avec le fichier d’affectation en ayant la certitude que Volterres n’en a pas crĂ©Ă© un « sur mesure » pour eux et que les donnĂ©es ne sont donc pas falsifiĂ©es. Ce systĂšme permet par exemple de vĂ©rifier que Volterres ne vend pas la mĂȘme Ă©lectricitĂ© verte Ă  deux clients diffĂ©rents.
Remarques conclusives :

–Ce systĂšme est fonctionnel et utilisĂ© depuis 2019.

-Pour rĂ©sumer notre travail, aprĂšs la phase de conception, nous avons construit : le module de gĂ©nĂ©ration des fichiers d’affectation ; l’interface qui permet aux producteurs et consommateurs de vĂ©rifier que les informations du fichier correspondent Ă  celles de leur portail client ; le module qui permet de gĂ©nĂ©rer et distribuer les clefs de chiffrement aux consommateurs et producteurs, et d’effectuer le double chiffrement et le dĂ©chiffrement ; et le module de certification sur Ethereum.

-Comme on le voit, la blockchain est ici une brique d’un dispositif plus global, ce qui correspond bien Ă  notre vision de cette technologie qui n’est pas une « baguette magique » mais une rĂ©ponse pouvant ĂȘtre pertinente dans certains cas spĂ©cifiques, dans le cadre de projets plus globaux.

-Voir Ă©galement la vidĂ©o de prĂ©sentation de la solution sur le site d’ISlean Consulting avec qui nous avons travaillĂ© main dans la main sur ce projet

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Du choix des meilleures opportunitĂ©s blockchain pour l’assurance – par Laurent Benichou

By: Blockchain Partner —

Merci Ă  Laurent Benichou, qui a initialement Ă©crit cet article en langue anglaise. Pour voir la version originale de l’article, c’est par ici.

RĂ©unir le monde de l’assurance et celui de la blockchain a jusqu’à prĂ©sent Ă©tĂ© la mission la plus difficile de ma carriĂšre. D’un cĂŽtĂ©, ces deux concepts devraient bien fonctionner ensemble : l’assurance et la blockchain appartiennent toutes les deux Ă  la famille des services financiers ; dans les deux cas, il s’agit de flux monĂ©taires, et les deux peuvent compenser vos pertes si un malheur arrive Ă  vos actifs.

Pourtant, de grands obstacles se dressent entre ces deux mondes : les technologies blockchain, les cryptomonnaies et la finance décentralisée sont des innovations trÚs récentes, tandis que le travail actuarial implique de pouvoir bénéficier de longues séries historiques pour prendre un risque.
Les crypto-ventures sont promptes Ă  prendre des risques, tandis que les compagnies d’assurances cĂšdent la majoritĂ© du risque qu’elles prennent. Les dĂ©veloppeurs blockchain commencent sur une architecture neuve alors que l’assurance a beaucoup de dette technique. Les entreprises blockchain inventent des modĂšles non rĂ©gulĂ©s tandis que les assureurs doivent ĂȘtre particuliĂšrement attentifs Ă  leur conformitĂ© rĂ©glementaire. Enfin, les assureurs se basent sur la confiance du consommateur (qu’il sera indemnisĂ© en cas de perte) tandis que la devise de l’écosystĂšme blockchain est “don’t trust, verify” (ne faites pas confiance, vĂ©rifiez)

La blockchain est pleine de potentiel pour les assureurs, mais sĂ©lectionner les meilleures opportunitĂ©s et savoir comment s’y atteler est une tĂąche difficile pour les dĂ©cideurs du secteur. Les meilleurs opportunitĂ©s sont en effet la plupart du temps les plus risquĂ©es, les moins rĂ©gulĂ©es et/ou les plus difficiles Ă  mettre en place. Avant de s’attarder sur ces opportunitĂ©s, je souhaite commencer par Ă©voquer quelques erreurs que j’ai observĂ©es en voyant le dĂ©veloppement, l’accĂ©lĂ©ration ou l’arrĂȘt de “projets blockchain” dans l’assurance.

Erreurs que le secteur assurantiel devrait Ă©viter concernant la blockchain

Erreur #1 : “Oui” à la blockchain, “Non” aux tokens

Bitcoin a Ă©tĂ© crĂ©Ă© pour Ă©changer de la valeur sans tiers centralisateur. L’objectif mĂȘme de Bitcoin Ă©tait de crĂ©er un actif numĂ©rique pour permettre son Ă©change incensurable. On peut donc par principe douter que la “technologie blockchain” soit la meilleure rĂ©ponse Ă  des objectifs trop Ă©loignĂ©s du principe d’échange dĂ©centralisĂ© de valeur numĂ©rique. Lorsqu’on est face Ă  un projet blockchain sans token, la valeur ajoutĂ©e de la blockchain s’avĂšre la plupart du temps au minimum sujette Ă  dĂ©bat, et se conclut souvent par un examen technique des diffĂ©rences entre une blockchain privĂ©e et une base de donnĂ©es partagĂ©e. En d’autres termes, on dĂ©marre avec la volontĂ© de sauter d’un grand pas dans la modernitĂ© avec la blockchain, et on termine par une discussion technique sur les moyens d’amĂ©liorer lĂ©gĂšrement son SI.

Utilisons une blockchain mais pas le token qui va avec

Erreur #2 : Ajouter de la blockchain mais ne pas changer le reste

Le caractĂšre nouveau de la blockchain la rend incompatible ou difficilement connectable Ă  d’anciens systĂšmes. On peut mĂȘme ajouter que la philosophie de blockchain dans son premier avatar, le bitcoin, est plutĂŽt de se substituer Ă  d’anciens systĂšmes. Et il faut beaucoup d’efforts de gens talentueux (propriĂ©taires de plateformes d’échange, fournisseurs de services, rĂ©gulateurs) pour relier le “monde cypher” avec l’ancien monde et apporter une valeur ajoutĂ©e Ă  ce dernier, parfois sous la critique des dĂ©fenseurs les plus intransigeants et les plus radicaux de la sphĂšre crypto.

Si vous voulez extraire de la valeur de la blockchain, vous devez vous y adapter. C’est pourquoi penser qu’un assureur peut siffler la blockchain Ă  l’aide et voir soudainement apparaĂźtre un magicien amĂ©liorant les processus de l’assurance n’est qu’une chimĂšre. Vous ne pouvez pas tirer de la valeur de la blockchain si vous voulez conserver tous vos anciens systĂšmes, tous vos processus, toute la complexitĂ© dont vous devriez vous dĂ©barrasser.


Erreur #3 : ignorer les opportunités les plus évidentes

Le secteur de l’Assurance comprendra bientĂŽt que les opportunitĂ©s les plus immĂ©diates ne sont pas liĂ©es Ă  la maniĂšre dont la Crypto peut soutenir l’Assurance, mais Ă  la maniĂšre dont l’Assurance peut soutenir la Crypto. Le secteur des cryptomonnaies est dĂ©sormais bien rĂ©el, avec des milliards de dollars Ă©changĂ©s chaque jour. Ce secteur a besoin d’assurances pour les portefeuilles et les dĂ©positaires et a vu des produits Ă©merger Ă  des prix Ă©levĂ©s. L’assurance finira certainement par faire son travail habituel (Ă©valuation et couverture des risques) sur cette nouvelle surface (Bitcoin et toutes les autres cryptomonnaies). Certains courtiers (Marsh, AON) et assureurs (Arch Insurance) se sont engagĂ©s dans cette premiĂšre Ă©tape, et pourront ainsi rapidement lancer une activitĂ© autour de l’assurance Blockchain. Plus ces acteurs acquerront de connaissances, plus il sera difficile pour les suivants de les rattraper.


Erreur n°4 : Refuser aux cryptomonnaies leur statut d’actifs financiers

Les assureurs investissent le produit des primes d’assurance sur les marchĂ©s financiers. Ils le font avec prudence et investissent dans des actifs Ă  faible risque, gĂ©nĂ©ralement des obligations souveraines ou des actions dĂ©fensives [NDLR: action qui fournissant un dividende rĂ©gulier et des bĂ©nĂ©fices stables quel que soit l’état du marchĂ© boursier global], afin de pouvoir indemniser les crĂ©ances d’assurance (le respect de la rĂ©glementation SolvabilitĂ© II les contraint Ă©galement dans cette direction). La thĂ©orie moderne du portefeuille de Markowitz enseignant de ne jamais “mettre tous ses Ɠufs dans le mĂȘme panier” afin de rĂ©duire le risque pour une mĂȘme attente de rendement, les gestionnaires de trĂ©sorerie des compagnies d’assurance optent pour la diversification entre les obligations souveraines de diffĂ©rents pays, les obligations Ă  long et Ă  court terme, et ajoutent les obligations d’entreprises et d’autres classes d’actifs.

Mon avis personnel est qu’il serait Ă©galement judicieux d’investir une toute petite part de leurs fonds dans un “nouvel” actif, appelĂ© bitcoin, aujourd’hui :
– Investir une petite partie des primes d’assurance dans le bitcoin permet de se couvrir contre l’hyperinflation fiat en cas de dĂ©faut de crĂ©dit souverain ou de faillite bancaire (n’oubliez pas que les assureurs n’indemnisent pas seulement en espĂšces, mais parfois avec des services qui peuvent aussi ĂȘtre soumis Ă  une forte augmentation des prix en cas d’hyperinflation)
– L’engagement d’une partie de leurs rĂ©serves en bitcoin comme rĂ©serve de valeur, comme Microstrategy a dĂ©cidĂ© de le faire il y a quelques semaines, est une couverture contre les turbulences des monnaies souveraines

Michael J. Saylor, PDG, MicroStrategy Incorporated : “Cet investissement reflĂšte notre conviction que Bitcoin, en tant que cryptomonnaie la plus largement adoptĂ©e dans le monde, est une rĂ©serve de valeur fiable et un actif d’investissement attrayant avec un potentiel d’apprĂ©ciation Ă  long terme plus important que la dĂ©tention de liquiditĂ©s”.


Erreur n°5 : Supposer que vous pouvez rattraper le retard plus tard

Une chose est certaine Ă  propos de la Blockchain, c’est la vitesse de changement de l’industrie. Forks, ICOs, stablecoins, DeFi, flash loans: chaque trimestre apporte un nouveau sujet et il est de plus en plus difficile de rattraper les connaissances non acquises. De plus, les blockchains donnent naissance Ă  des projets qui ne cadrent pas bien avec l’idĂ©e que “les assureurs investiront plus tard, lorsque le secteur sera stabilisĂ©â€. Il ne sera pas possible pour les assureurs d’“acheter la Blockchain gagnante” car elle sera beaucoup trop chĂšre ; il ne sera pas possible pour les assureurs d’éliminer les pools de liquiditĂ© car ils sont dĂ©centralisĂ©s ; il ne sera pas possible pour les assureurs d’assurer le secteur de la crypto quand des smart contrats alimentĂ©s par des capitaux dĂ©centralisĂ©s le feront de maniĂšre autonome. Le risque pour l’assurance n’est pas seulement celui d’opportunitĂ©s perdues, mais aussi celui de menaces pour les activitĂ©s actuelles.

OpportunitĂ©s de la blockchain dans le secteur de l’assurance

1. Nouvelles opportunitĂ©s d’assurance : assurer le monde Crypto

Portefeuilles, contrats intelligents, ICO, dĂ©positaires, solutions de sĂ©curitĂ©, actifs tokenisĂ©s
 La beautĂ© de l’assurance est que tout nouveau secteur ou activitĂ© crĂ©Ă© dans le monde reprĂ©sente souvent une nouvelle surface d’application d’assurance. Le besoin d’assurance est d’autant plus fort pour les cryptomonnaies que le vol digital ne peut par construction pas ĂȘtre “annulĂ©â€ par un pouvoir central administrant le systĂšme. La bonne nouvelle pour l’assurance est qu’elle suppose une premiĂšre Ă©tape d’évaluation des risques crypto, qui elle-mĂȘme fournit dĂ©jĂ  beaucoup de “connaissances sur la blockchain” Ă  une compagnie d’assurance. Ensuite vient l’assurance elle-mĂȘme, et la perte liĂ©e aux premiers piratages couverts permet aux assureurs
1. D’affiner leur Ă©valuation des risques et d’adapter les couvertures
2. D’identifier les points faibles du secteur de la crypto qui pourraient constituer de nouvelles opportunitĂ©s commerciales pour les assureurs.


2. Nouvelle opportunitĂ© d’investissement : se prĂ©munir contre la chute des monnaies fiat

Alors que les primes d’assurance investies sur les marchĂ©s financiers reprĂ©sentaient autrefois une grande partie des bĂ©nĂ©fices des assureurs, ce n’est plus le cas dans un contexte de taux d’intĂ©rĂȘt faibles voire nĂ©gatifs. De plus, la rĂ©cession Ă©conomique attendue aprĂšs la crise, combinĂ©e Ă  de fortes mesures d’assouplissement quantitatif, pourrait conduire Ă  des Ă©pisodes d’hyperinflation, potentiellement favorisĂ©s par la dĂ©fiance des investisseurs Ă  l’égard de la dette souveraine et des entreprises. Il s’agit d’un risque que les assureurs pourraient couvrir en investissant dans de la « hard monnaie »: ils peuvent suivre Berkshire Hathaway et investir dans l’or, ou suivre des Ă©conomistes autrichiens comme Saifedean Ammous et investir dans Bitcoin.

MĂȘme s’il n’y a pas d’effondrement complet des systĂšmes de devises souveraines, la structure de Bitcoin (Ă©mission programmĂ©e, rĂ©duction de l’émission au fil du temps, offre maximale fixe) rassurera les investisseurs en leur montrant qu’il s’agit d’un actif qui a le pouvoir de dĂ©tenir plus de valeur Ă  moyen et long terme que les actifs Ă  taux fixe, et qui constitue donc une couverture claire contre la chute des valeurs des devises souveraines. Et ce, quoi qu’en disent les critiques sur la “volatilitĂ© des bitcoins”.

La logique qui sous-tend un investissement dans Bitcoin est triple :
1. Augmenter la diversification (et donc réduire le risque pour un objectif de rendement des capitaux propres)
2. Repenser le risque d’allocation dans un monde oĂč les risques de dĂ©faut souverain amĂ©ricain, allemand ou suisse ne peuvent plus ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme les risques les plus faibles
3. Pouvoir survivre dans un monde oĂč les monnaies souveraines s’effondrent

Dans un scénario apocalyptique pour les monnaies fiduciaires, comment les assureurs protégeraient- ils leurs fonds ?

3. Remodeler l’assurance
 et la finance

L’idĂ©e que l’assurance ne peut ĂȘtre fournie que par les assureurs est de plus en plus contestĂ©e par les nouvelles technologies et les nouveaux acteurs du numĂ©rique. Les barriĂšres traditionnelles Ă  l’entrĂ©e du secteur de l’assurance s’effondrent : l’expertise actuarielle est contestĂ©e par de nouvelles armĂ©es de ‘data scientists’ ; la gestion des sinistres devient inutile avec l’assurance paramĂ©trique et l’internet des objets ; les ‘smart contracts’ publics Ă©liminent la nĂ©cessitĂ© de faire confiance Ă  une grande marque financiĂšre sur la promesse d’un paiement futur ; le capital peut ĂȘtre accumulĂ© par le biais de pools de liquiditĂ© et la rĂ©glementation devient inutile et impuissante pour rĂ©guler les protocoles dĂ©centralisĂ©s et les flux monĂ©taires. Dans ce nouveau contexte, le secteur de l’assurance doit se rĂ©inventer, se renouveler avant d’ĂȘtre dĂ©pasĂ© et trouver de nouveaux domaines oĂč il peut apporter de la valeur.

Si nous regardons en arriĂšre, voici quelles sont les opportunitĂ©s que les assureurs ont dĂ©jĂ  laissĂ©es Ă  d’autres : ĂȘtre un oracle (Chainlink), ĂȘtre un dĂ©positaire de cryptomonnaie (BitGo), assurer des places de marchĂ© de cryptomonnaies (SAFU de Binance), inventer des protocoles d’assurance distribuĂ©e (Etherisc), crĂ©er des pools de liquiditĂ© dĂ©centralisĂ©s (Uniswap), assurer la finance dĂ©centralisĂ©e / offrir de la couverture de prix en finance dĂ©centralisĂ©e (Nexus Mutual, Opyn)
 On peut bien sĂ»r dĂ©battre de la proximitĂ© de ces opportunitĂ©s avec le secteur de l’assurance aujourd’hui, mais elles pourraient constituer les Ă©lĂ©ments de base de la prochaine gĂ©nĂ©ration d’assurance.

Il en va de mĂȘme pour la finance. La capacitĂ© des assureurs Ă  saisir les opportunitĂ©s de la finance dĂ©centralisĂ©e ne dĂ©pend pas du fait que les banques ou autres institutions financiĂšres les laissent faire (notez que la liste ci-dessus n’est composĂ©e que de nouveaux acteurs) mais de la capacitĂ© des assureurs Ă  fournir les services dĂ©centralisĂ©s que les amateurs de crypto recherchent. Tout est possible pour les assureurs, pour autant qu’ils respectent les “principes de la crypto” (open source, dĂ©centralisation, confiance prouvĂ©e, transparence et respect de la vie privĂ©e dans une certaine mesure). Il ne s’agit pas tant de savoir si les compagnies d’assurance ont les ressources nĂ©cessaires pour contribuer, mais si leur culture leur permettra ou non de contribuer, et de le faire de la bonne maniĂšre.

4. OpportunitĂ©s pour les process : Plus d’horodatage dans les processus d’assurance

La modernisation des processus d’assurance implique l’ajout de dĂ©cisions simples mais difficiles Ă  mettre en Ɠuvre : passage des processus de courriers et d’appels tĂ©lĂ©phoniques Ă  des logiciels, numĂ©risation et suivi. Dans le domaine du suivi, qu’il s’agisse de l’engagement de l’assureur/rĂ©assureur, de la relation entre le ‘fronter’ et le porteur de risque, des conditions contractuelles de l’entreprise ou du contrĂŽle du fret, la Blockchain peut apporter une certaine valeur grĂące Ă  l’horodatage des actions et au rapprochement automatisĂ© des Ă©vĂ©nements. Ce n’est certainement pas la maniĂšre la plus rĂ©volutionnaire de tirer parti de la Blockchain pour les assureurs, mais c’est une maniĂšre opportune car les assureurs d’une pĂ©riode post-COVID devront Ă©liminer les frictions, les litiges coĂ»teux et le temps perdu dans le rapprochement manuel.
C’est, j’en conviens, une exception Ă  l’erreur n° 1 dĂ©crite ci-dessus.

Le proof-of-process de Stratumn

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Blockchain, résilience et souveraineté : tribune dans Investir

By: Blockchain Partner —

Alexandre Stachtchenko, associĂ© cofondateur de Blockchain Partner, a Ă©tĂ© interrogĂ© parmi 57 dirigeants et personnalitĂ©s par le magazine Investir Ă  l’occasion d’un numĂ©ro spĂ©cial, sorti le 11 juillet. Nous publions ci-dessous la version texte de ses propos, articulĂ©s autour d’une idĂ©e : la blockchain et Bitcoin pour renouer avec la rĂ©silience et la souverainetĂ©.

« La pandĂ©mie de Covid 19 a eu le mĂ©rite de remettre certains sujets sur le devant de la scĂšne, et en particulier celui de rĂ©silience. Il est en effet apparu clairement ces derniers mois que la tendance Ă  la recherche permanente d’efficience a menĂ© Ă  une complexification des systĂšmes Ă©conomiques, au point de mener Ă  de sĂ©rieuses pannes, voire des arrĂȘts, lorsque l’un des maillons est dĂ©faillant.

Efficience et rĂ©silience sont deux modĂšles gĂ©nĂ©ralement opposĂ©s, le premier Ă©tant celui privilĂ©giĂ© par dĂ©faut depuis des dĂ©cennies. Ils forment souvent un dilemme au moment d’effectuer le choix de l’architecture d’un systĂšme. Plus l’on privilĂ©gie l’efficience d’une chose, moins l’on privilĂ©gie sa rĂ©silience, c’est-Ă -dire sa capacitĂ© Ă  rĂ©sister aux modifications et chocs de son environnement.

Ce choix clef se retrouve notamment dans les architectures informatiques. Si, par exemple, vous choisissez un modĂšle centralisĂ© (un seul serveur faisant fonctionner tout un service), il sera gĂ©nĂ©ralement efficient : il atteindra son but en consommant le moins de ressources possibles. Mais coupez l’accĂšs Ă  Internet Ă  ce serveur, et c’est l’ensemble du service qui ne fonctionne plus.

La blockchain par essence est Ă  qualifier de systĂšme plutĂŽt rĂ©silient qu’efficient. L’exemple phare en est sa capacitĂ© de transaction : lĂ  oĂč Bitcoin, la blockchain la plus connue et sĂ©curisĂ©e, est capable de gĂ©rer sept transactions par seconde maximum, le nombre monte Ă  plus de 20 000 pour Visa. Mais si un nƓud (serveur) tombe, aucun problĂšme sĂ©rieux ne se pose pour le rĂ©seau. La base de donnĂ©es est en effet rĂ©pliquĂ©e en des dizaines de milliers d’endroits. C’est l’incarnation d’un systĂšme dĂ©centralisĂ©.

Ces derniĂšres annĂ©es, les technologies blockchain se sont heurtĂ©es Ă  ce modĂšle de pensĂ©e dominant favorisant l’efficience. Le premier rĂ©flexe des professionnels dĂ©couvrant ces technologies a Ă©tĂ© de chercher Ă  faire rentrer un carrĂ© dans un rond : « d’accord pour la blockchain, mais si possible dans mon propre serveur, en plus rapide, et moins Ă©nergivore ». Peu comprenaient alors que ce qu’ils interprĂ©taient comme des dĂ©savantages Ă©taient en rĂ©alitĂ© des caractĂ©ristiques essentielles de ces systĂšmes : c’est ce qui leur permet d’ĂȘtre plus rĂ©silients. Aujourd’hui, avec le retour en grĂące du concept de rĂ©silience, les mentalitĂ©s Ă©voluent peu Ă  peu, fort heureusement.

Réduire la dépendance au dollar américain

Car ĂȘtre plus rĂ©silient c’est aussi souvent renforcer sa souverainetĂ©. Bitcoin a ici des arguments Ă  faire valoir. Loin des politiques monĂ©taires de la FED et de la BCE, qui ont mis sous perfusion les marchĂ©s financiers dans une sorte de fuite en avant gĂ©ante et inhĂ©rente Ă  ces politiques, Bitcoin constitue la monnaie de la raretĂ©. En s’appuyant sur une politique monĂ©taire dĂ©flationniste, transparente, et trĂšs difficilement altĂ©rable, Bitcoin se comporte comme l’étalon-or de l’espace numĂ©rique. Un or amĂ©liorĂ© : facilement stockable, transmissible, et divisible, l’utilisation du bitcoin ne connaĂźt pas de frontiĂšres. Une potentielle monnaie qui permettrait de s’émanciper de la domination amĂ©ricaine du dollar. En effet, pour les amĂ©ricains, « il est facile de s’endetter dans une monnaie qu’il ne tient qu’à soi d’émettre » prophĂ©tisait De Gaulle peu avant la fin des accords de Bretton-Woods. Avec une monnaie devenue le standard des Ă©changes internationaux, et dĂ©tenue par de multiples pays comme rĂ©serve de valeur (dont en particulier la Chine), les Etats-Unis peuvent sans limite crĂ©er de la monnaie pour leurs propres marchĂ©s financiers, au dĂ©triment des autres pays, qui s’appauvrissent par l’inflation.

Bitcoin est cependant une maniĂšre Ă  la fois de renforcer l’indĂ©pendance des Etats et de l’amoindrir. De la mĂȘme façon que l’or, qui dans un certain sens nuisait Ă  la souverainetĂ© des banques centrales en limitant leur pouvoir d’action, un Ă©talon-bitcoin produirait les mĂȘmes effets. Mais n’est-ce pas un prix honnĂȘte Ă  payer pour rĂ©duire le dĂ©sĂ©quilibre massif de puissance entre les banques centrales, et faire valoir ainsi leur indĂ©pendance ? En douze ans, les Etats-Unis ont multipliĂ© par six leur base monĂ©taire, alors que leur PIB n’a Ă©voluĂ© « que » d’environ 20%. Cette illusion collective n’a que trop durĂ©.

RĂ©silience, monnaie, souveraineté  Autant de concepts, sous le feu nouveau des projecteurs, qui portent les technologies blockchain et du web dĂ©centralisĂ©. Les entreprises ne s’y trompent pas : pensons ces derniers mois aux annonces de la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale (actions reprĂ©sentĂ©es sur blockchain), de Samsung (portefeuilles numĂ©riques intĂ©grĂ©s aux smartphones, ainsi qu’accĂšs direct Ă  des bourses en ligne de cryptomonnaies), ou encore plus rĂ©cemment d’Ubisoft (items numĂ©riques collectionnables uniques sur blockchain). Les projets blockchains deviennent plus concrets, crĂ©dibles, ambitieux. Gageons qu’il ne s’agit lĂ  que d’un dĂ©but. »

– Alexandre Stachtchenko

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Les enseignements des monnaies numériques de Facebook et Telegram

By: Blockchain Partner —

Un an aprĂšs le dĂ©voilement de Libra par Facebook, quels enseignements peut-on tirer ? DĂ©couvrez ci-dessous l’analyse de ClĂ©ment Jeanneau et Alexandre Stachtchenko publiĂ©e aujourd’hui dans L’Express :

« C’était il y a un an : Facebook annonçait en grande pompe le lancement Ă  venir de Libra, son projet de monnaie numĂ©rique fondĂ©e sur un panier de devises traditionnelles. L’ambition Ă©tait immense : imposer Libra comme la monnaie de rĂ©fĂ©rence dans l’espace numĂ©rique – autrement dit dans ce qui constitue l’économie de demain et de plus en plus d’aujourd’hui.

Douze mois plus tard, la tonalitĂ© est toute autre. Mark Zuckerberg, parfois prĂ©sentĂ© comme le dirigeant d’un proto-Etat en puissance, a dĂ» revoir sa copie : avant de viser la rĂ©volution monĂ©taire, il s’attellera d’abord plus modestement Ă  faire naĂźtre diffĂ©rentes monnaies numĂ©riques fondĂ©es sur leurs Ă©quivalents physiques : e-euro, e-dollar, etc.

Plusieurs leçons peuvent dĂ©jĂ  ĂȘtre tirĂ©es.

La premiĂšre tient Ă  l’écart spectaculaire entre l’annonce tonitruante du dĂ©part et la confrontation Ă  la rĂ©alitĂ©. Beaucoup voyaient dans Libra le parachĂšvement de la domination des GAFA sur les Etats. Ici, les Etats, les vrais, ont gagnĂ© la bataille – et probablement avant tout les Etats-Unis.

La mĂȘme remarque vaut pour Telegram. En 2017, l’application de messagerie aux 400 millions d’utilisateurs avait fait, elle aussi, une entrĂ©e fracassante dans l’univers des cryptomonnaies, qu’elle voulait rĂ©volutionner de fond en comble. Telegram projetait de crĂ©er un systĂšme de paiement alternatif Ă  Visa et Mastercard et une multitude d’applications dĂ©centralisĂ©es vouĂ©es Ă  devenir leaders dans leur domaine.

Trois ans et une levĂ©e de fonds de 1,7 milliards de dollars (!) plus tard, l’ampleur de la chute est Ă  la hauteur de l’ambition du projet : celui-ci ne verra en rĂ©alitĂ© jamais le jour, en raison d’un imbroglio juridique qui aura traĂźnĂ© en longueur jusqu’au couperet final. C’est le plus grand Ă©chec de l’histoire – jeune mais dĂ©jĂ  mouvementĂ©e – des cryptomonnaies.

Les exemples de Facebook et de Telegram sont emblĂ©matiques. LĂ  oĂč les deux gĂ©ants avaient fait de la technologie le moteur de leur initiative, la rĂ©alitĂ© est venue rappeler qu’en matiĂšre monĂ©taire, le dĂ©fi est avant tout rĂ©glementaire et politique. En venant s’attaquer Ă  la souverainetĂ© des Etats, Facebook a franchi une ligne rouge. PlutĂŽt que le passage en force, Mark Zuckerberg a prĂ©fĂ©rĂ© reculer.

Pour un groupe valorisĂ© 236 milliards de dollars, qui n’est plus depuis longtemps une startup prĂȘte Ă  prendre tous les risques, ce choix Ă©tait logique. Mais en creux, cet Ă©chec et celui de Telegram viennent valoriser ce qui constitue encore aujourd’hui la seule monnaie numĂ©rique mondiale de rĂ©fĂ©rence : le bitcoin, lancĂ© en 2009 par un anonyme sans demande d’autorisation prĂ©alable.

MalgrĂ© ses limites, suffisamment dĂ©crites par ailleurs, cet ovni monĂ©taire poursuit ses avancĂ©es depuis plus d’une dĂ©cennie sans discontinuer, comme un pied de nez aux multiples Ă©conomistes qui n’ont cessĂ© d’annoncer sa mort imminente et qui n’ont, en vĂ©ritĂ©, jamais acceptĂ© de prendre au sĂ©rieux les cryptomonnaies
jusqu’à aujourd’hui.

C’est lĂ  l’ironie de la situation actuelle : il aura fallu la menace du Libra pour que le sujet des cryptomonnaies, sur la table depuis des annĂ©es, soient enfin pris au sĂ©rieux par les plus grands experts et les institutions les plus prestigieuses, Ă  commencer par les banques centrales. A posteriori, l’impact le plus fort du Libra tiendra peut-ĂȘtre Ă  ce rĂŽle d’accĂ©lĂ©rateur des mentalitĂ©s.

Depuis un an, les rapports s’enchaĂźnent sur ce qui est pudiquement dĂ©signĂ© comme « actifs numĂ©riques ». Une notion en particulier suscite les dĂ©bats : les « stablecoins », ces cryptomonnaies indexĂ©es le plus souvent Ă  des monnaies traditionnelles. Les stablecoins apparaissent, pour les acteurs traditionnels, comme une façon de mettre un pied dans ce monde mystĂ©rieux des actifs numĂ©riques tout en restant arrimĂ©s Ă  leur champ de connaissances – une sorte d’« en mĂȘme temps » adaptĂ© Ă  ce nouvel univers.

Ce faisant, les cryptomonnaies, si peu considĂ©rĂ©es jusqu’ici, ont gagnĂ© en lĂ©gitimitĂ©. Bien sĂ»r, elles restent regardĂ©es avec mĂ©fiance. Mais l’évolution est notable. Il est tout sauf anodin, entre autres exemples, que JP Morgan, dont le PDG dĂ©signait bitcoin comme une « fraude » en 2017, ait dĂ©cidĂ© cette annĂ©e d’étendre ses services bancaires aux plateformes d’échanges de cryptomonnaies. D’innovations Ă  Ă©touffer, celles-ci reprĂ©sentent maintenant la nouvelle donne Ă  laquelle il faut s’adapter.

A quoi s’attendre pour la suite ? Suite au recul de Facebook, les Etats auraient tort de croire que la guerre est gagnĂ©e. En rĂ©alitĂ©, il ne s’agissait que du premier acte. L’erreur serait de se centrer uniquement sur la numĂ©risation des processus monĂ©taires existants sans percevoir qu’il ne s’agit lĂ  que d’innovation incrĂ©mentale, insuffisante face l’innovation de rupture qui frappe Ă  notre porte.

Par innovation de rupture, il faut notamment comprendre cette capacitĂ© inĂ©dite Ă  rendre les actifs financiers programmables, interopĂ©rables, et ouverts Ă  tous. C’est la proposition de valeur d’une plateforme comme Ethereum, dont l’attractivitĂ© ne cesse de grandir. Un brevet pour un dollar digital utilisant Ethereum a du reste Ă©tĂ© dĂ©posĂ© rĂ©cemment par
Visa.

Le parallĂšle entre les Ă©checs de Libra et de Telegram d’une part, et l’attractivitĂ© de Bitcoin et d’Ethereum d’autre part, devraient inciter les acteurs existants Ă  plus d’humilitĂ© face Ă  la crypto-Ă©conomie. Facebook semble l’avoir compris. Si l’entreprise a reculĂ©, c’est pour mieux revenir demain. Elle vient de placer Ă  la tĂȘte de Libra un expert de la rĂ©glementation, ex-directeur juridique de HSBC passĂ© par le TrĂ©sor amĂ©ricain. Quant au cofondateur de Libra, David Marcus, il ne cesse d’insister dans ses interviews sur l’argent programmable.

Une immense vague d’innovations est en prĂ©paration. Elle pourrait demain bousculer un monde financier et monĂ©taire qui n’a pas encore connu de transformation numĂ©rique de rupture. Les banques centrales, qui ont ici l’opportunitĂ© de retisser un lien avec le citoyen qu’elles avaient en partie perdu au profit des banques commerciales, seraient mal avisĂ©es de faire la sourde oreille. Et Ă  l’heure oĂč l’on reparle de souverainetĂ©, en toile de fond se profile une question fondamentale, qui devrait importer Ă  tout citoyen : celle de savoir si l’euro programmable de demain sera pilotĂ© par un acteur public
ou par un gĂ©ant privĂ©. »

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