Berlin a choisi de ne pas jouer, sans doute au prix fort. AprĂšs le hack qui avait mis deux administrations du SĂ©nat berlinois hors ligne Ă la mi-aoĂ»t et les 30 bitcoins rĂ©clamĂ©s par le groupe Rhysida, la ville a refusĂ© de payer. La sanction est tombĂ©e le 4 septembre, dĂšs lâexpiration de lâultimatum, avec 1,4 million de fichiers dĂ©versĂ©s dans le dark web et un message qui sonne comme une provocation calculĂ©e. Et lâhistoire ne sâest pas arrĂȘtĂ©e lĂ .
- Berlin a refusé de céder au chantage du groupe Rhysida, malgré le scandale des 1,4 million de fichiers déversés sur le dark web.
- Un second lot de données a été publié, mais aucune preuve ne montre que le réseau administratif reste compromis.

Le vidage de sac promis, exécuté à la lettre
Vous vous souvenez du compte Ă rebours de sept jours ? Rhysida lâa tenu Ă la minute prĂšs. Quelques instants aprĂšs lâĂ©chĂ©ance, le groupe a mis en ligne environ 1,4 million de fichiers, comme lâa dĂ©taillĂ© le mĂ©dia spĂ©cialisĂ© IT-Administrator dans son analyse du 5 septembre : dossiers de personnel, documents financiers et administratifs, identifiants dâaccĂšs. Le tout accompagnĂ© dâun message qui se veut narquois, une invitation à « bien sâamuser » adressĂ©e aux fouineurs du dark web.
Rien de trĂšs original, en rĂ©alitĂ©. La bibliothĂšque britannique avait fait le mĂȘme choix face Ă Rhysida en 2023, et prĂšs de 490 000 fichiers avaient fini par fuiter derriĂšre son refus. Berlin savait donc parfaitement Ă quoi sâattendre en tenant tĂȘte au groupe.
Un second paquet de données, confirmé par la chancellerie du Sénat
Sauf que lâhistoire ne sâarrĂȘte pas au 4 septembre. Dans la nuit de samedi Ă dimanche, les pirates ont mis en ligne ce que la chancellerie du SĂ©nat berlinois a elle-mĂȘme qualifiĂ© dâ« autre paquet de donnĂ©es », cette fois centrĂ© sur des identifiants dâaccĂšs, comme lâa rapportĂ© Berliner Zeitung dimanche soir. Lâadministration du dĂ©veloppement urbain, de la construction et du logement a revu et durci certaines mesures de sĂ©curitĂ© dĂ©jĂ en place, avec un risque de restrictions ponctuelles sur des dĂ©marches en ligne, par exemple les demandes dâaide au logement. Les usagers concernĂ©s doivent ĂȘtre prĂ©venus au cas par cas.
Le SĂ©nat reste peu bavard sur le dĂ©tail des procĂ©dures touchĂ©es. Il confirme seulement quâaucun Ă©lĂ©ment ne montre, Ă ce stade, que le rĂ©seau administratif resterait compromis : les enquĂȘteurs de la police criminelle du Land et du parquet de Berlin, mobilisĂ©s depuis lâannonce officielle fin aoĂ»t, poursuivent leurs investigations.
Le vrai danger commence maintenant
VoilĂ le paradoxe dâune fuite de cette ampleur : le piratage Ă proprement parler est terminĂ©, ses consĂ©quences ne font que dĂ©buter. Un tel volume de noms, de fonctions et de dossiers internes authentiques transforme le moindre futur email frauduleux en arme de prĂ©cision. Le hameçonnage ciblĂ© (spear phishing, une tentative de fraude construite sur mesure Ă partir dâinformations rĂ©elles sur la cible) nâa plus besoin dâimproviser, il pioche directement dans les vrais dossiers de la ville.
Câest le principe de la double extorsion, devenu la norme chez les groupes de rançongiciel : voler les donnĂ©es avant de chiffrer les systĂšmes, puis menacer de les publier, peu importe si les machines sont restaurĂ©es derriĂšre. Une sauvegarde propre rĂ©pare un serveur. Elle ne fait pas revenir un fichier dĂ©jĂ en ligne. Double peine, pas double protection.
Rhysida, calendrier Ă©lectoral et coĂŻncidences qui nâen sont pas
Ajoutez Ă cela le calendrier Ă©lectoral. LâĂ©lection du Parlement rĂ©gional berlinois se tient le 20 septembre, deux semaines seulement aprĂšs cette deuxiĂšme vague de fuites. Les autoritĂ©s le disent sans dĂ©tour, aucun lien nâa Ă©tĂ© Ă©tabli entre lâattaque et le scrutin, lâopĂ©ration reste classĂ©e comme motivĂ©e par lâargent. Reste que des donnĂ©es volĂ©es pour de lâargent peuvent trĂšs bien resservir plus tard Ă dâautres fins, Ă©lectorales ou non.
Rhysida avait dĂ©jĂ visĂ© lâaĂ©roport de Seattle, en 2024, pour 100 bitcoins. Son nom avait aussi circulĂ© autour de Stuttgart en mai, pour une demande de 5 bitcoins que la ville nâa jamais confirmĂ©e. Berlin, elle, a tenu bon sur 30 et refusĂ© de nourrir la machine. La Saxe avait pourtant vendu, en 2024, prĂšs de 50 000 bitcoins saisis dans lâaffaire Movie2k, pour plus de 2,6 milliards dâeuros. Le mĂȘme pays refuse aujourdâhui dâen payer trente pour racheter la paix face Ă Rhysida. Le groupe, lui, nâa jamais eu lâintention de jouer selon les rĂšgles de qui que ce soit.

Lâarticle Cyberattaque Ă Berlin et rançon en bitcoins : 1,4 million de fichiers publiĂ©s sur le darkweb est apparu en premier sur Journal du Coin.

